Chapitre 14

Au matin, il se leva lorsque l'alarme du sas retentit, indiquant que ses collègues arrivaient. Il prit une douche rapide et s'habilla puis les rejoignit.

– Merci Eirian, fit-il en acceptant la tasse qu'elle lui tendait.

– Tu as pu dormir ? demanda-t-elle.

– Un peu, mais sans doute pas suffisamment. Owen ! appela-t-il. Je suis certain que Ianto est toujours en vie.

– Qu'est-ce qui te fait penser ça ? fit le médecin avec une moue surprise.

– Hier soir, je suis monté sur le toit et j'ai perçu son appel. Il me demandait de l'aider.

– Mais comment aurait-il fait ?

– Je n'en sais rien. Lorsque je lui ai parlé de ma télépathie, je lui ai précisé que mon esprit était toujours ouvert, il s'en est peut-être souvenu !

– Oui, effectivement, c'est possible. As-tu essayé de le contacter ?

– Je n'ai pas eu de réponse. Mais cela ne veut rien dire, ici, nous avons vu comment procéder, lui, le ne savait pas.

– Très bien, alors continue à rester ouvert, il t'appellera peut-être de nouveau.

– C'est bien mon intention. Tosh, ton rendez-vous est à quelle heure ?

– Dix heures au Café Rouge sur le quai.

– Ok, nous avons encore un peu de temps. Neill, tu viens avec moi, nous allons chercher Kiram.

Les deux hommes se rendirent dans les voûtes, laissant les autres membres finir leur petit déjeuner.

– Au fait, Jack, désolé pour hier.

– À quel propos ?

– Nous aurions dû choisir un autre endroit pour nous embrasser, fit le militaire un peu embarrassé.

– Tu m'avais vu ?

– Oui, mais quand je t'ai vu t'arrêter…

– Ne t'en fais pas, le coupa-t-il, un peu de chaleur humaine ne fait pas de mal. Prends bien soin d'elle, c'est tout.

– C'est bien mon intention.

Le Capitaine sourit et ils entrèrent dans la zone de détention. Kiram était debout devant la vitre et les regardait approcher.

Bonjour, fit-il.

Bonjour Kiram. Ça va être l'heure, vous êtes prêts ?

Autant que vous, je dirais.

L'immortel ouvrit la porte et l'invita à sortir puis ils l'accompagnèrent jusqu'à la salle des ordinateurs. Quand ils le virent arriver, les autres membres furent un peu nerveux. Le Capitaine ne lisait pas dans leurs pensées, mais lui, ne s'en privait pas. Ils n'avaient pas de lourds secrets à cacher, mais certains ne devaient pas être dévoilés.

Dites-leur de se détendre, je sais tenir ma langue, fit Kiram, amusé.

– Ok, ne vous en faites pas, fit le leader, il sera muet comme une tombe. Il ne me dira rien, sauf évidemment si vous envisagez de me tuer, finit-il pour tenter de les dérider.

La petite phrase produisit son effet et tous partirent d'un grand éclat de rire. Après que tous eurent reprit leur sérieux, il demanda à Tosh de se rendre à son rendez-vous. La jeune femme acquiesça puis quitta la base. Neill ne lâchait pas Eirian des yeux et le Capitaine sourit.

– Je te l'emprunte, fit-il à voix basse en passant près d'elle.

Elle rougit puis se tourna rapidement pour s'intéresser aux fichiers à analyser. Owen retourna à la baie médicale et poursuivit ses recherches sur la formule modifiée du Retcon.

– On y va, fit l'immortel en invitant, de la main, Kiram à passer le sas.

Ils se rendirent sur le quai et il laissa les deux hommes poursuivre leur chemin. Ils s'arrêtèrent non loin du Café Rouge et attendirent que la Japonaise soit rejointe par Gwen. Quand celle-ci arriva, elle semblait de très bonne humeur.

– Salut Tosh, lança-t-elle avec un grand sourire.

– Bonjour, comment vas-tu ?

– Bien, ça me fait plaisir que tu m'aies appelée. Je commençais à croire que plus personne ne pensait à moi !

– Mais non voyons ! Seulement, nous avons de gros soucis en ce moment.

– Ah bon ! Un surplus de Weevils ou un débarquement alien ? fit Gwen sur le ton de la plaisanterie.

– Si ce n'était que ça, on s'en sortirait. Non, c'est plus important !

– Ouh, tu m'intrigues là, dis-moi !

– Ianto a disparu. Il y a quelques jours, Jack et Neill sont partis en intervention et Ianto a dû répondre à une activation, mais quand ils sont arrivés pour lui prêter main forte, ils n'ont trouvé que sa voiture et son arme.

– Oh, mais tu m'inquiètes là, fit-elle. Vous avez des pistes, vous savez qui pourrait lui en vouloir ?

– À vrai dire, non ! Nous avons tout étudié, mais impossible de savoir ce qu'il s'est passé.

Et vous n'êtes pas près de le trouver ! Et Jack ?

– Il s'inquiète.

Tant mieux ! De toute façon, c'est de sa faute, s'il s'était intéressé à moi au lieu de s'enticher de ce type, ça ne serait pas arrivé. Et vous avez une idée de qui a pu faire ça ? demanda-t-elle.

– Non, absolument aucune ! Ianto a complètement disparu, Jack est effondré.

Elles continuèrent à discuter jusqu'à ce que le portable de Gwen vibre. Elle regarda le message et sourit. Besoin de votre présence pour terminer le boulot, lut-elle.

– Tosh, il faut que je te laisse, fit-elle en se levant.

– Un souci ?

– Non, une bricole à terminer ! Je te rappelle bientôt. Au revoir.

La jeune informaticienne la regarda partir et tourna les yeux vers Neill qui attendait plus loin. Il leva le pouce et invita Kiram à rentrer à la base. En arrivant devant l'office, ils retrouvèrent l'immortel qui avait déjà été mis au courant de ce que l'extraterrestre avait découvert. Le Capitaine semblait hors de lui et le militaire se garda bien de parler.

Ils descendirent dans le Hub après que Tosh les eut rejoints puis Jack appela Eirian et Owen pour une réunion. Quand ils s'installèrent dans la salle, ils eurent la surprise de voir que leur prisonnier était assis auprès de l'immortel.

– Jack, que se passe-t-il ? demanda le médecin.

– Kiram avait raison, Gwen est au courant pour Ianto et je ne m'avancerais pas en disant qu'elle est même à l'origine de sa disparition.

– Quoi ! Non, intervint Tosh. Ce n'est pas possible, elle n'aurait pas fait une chose pareille !

– Il semblerait que si ! Le message qu'elle a reçu avant de te quitter parlait d'un travail à terminer et qui requérait sa présence.

– Et tu sais où elle est allée ?

– Oui, Kiram a pu intercepter sa pensée quand elle est partie. Elle serait sur les docks dans un entrepôt désaffecté. Le plus difficile va être de trouver le bon !

– Non, Jack, tu vas pouvoir le faire, lâcha le médecin. Peu importe que tu ne veuilles pas entrer dans notre esprit, il faut que tu te connectes à Gwen. Si elle est vraiment responsable de l'enlèvement de Ianto, il faut la retrouver.

– Je suis d'accord avec Owen, intervint Neill et je pense que nous le sommes tous !

Vous avez une équipe loyale, fit Kiram.

Oui, je le sais, ce sont les meilleurs, répondit l'immortel.

Les autres membres le fixèrent un instant, tous avaient perçu la transmission.

– Merci Jack, mais nous ne faisons que notre boulot ! dit Tosh.

– De quoi parles-tu ?

– Je crois que nous avons tous entendu ce que tu viens de dire à Kiram.

– Oh, pardon, je n'ai…

– Jack, je t'en prie, nous perdons du temps, l'interrompit Owen. Si c'était vraiment un travail à terminer, il vaut mieux que nous la trouvions très vite.

– Ok, alors on y va. Tosh et Eirian, vous restez ici, je vous confie Kiram. Owen et Neill, avec moi, fit-il en sortant rapidement de la pièce.

Ils se rendirent au garage, s'installèrent dans le véhicule et quittèrent le bâtiment. Le militaire vérifia son arme, mais garda le silence. Il s'inquiétait pour Ianto et savait qu'il en était de même pour son leader.

Dix minutes plus tard, ils arrivaient sur les docks et garèrent le SUV à l'écart puis ils descendirent. Jack hésitait, mais son amant avait besoin de son aide et il sortit son arme.

– Vas-y, fit Owen, trouve-la !

Le Capitaine ferma les yeux et se concentra. Tous les bruits environnants le submergèrent, mais il parvint à faire le tri.

Cette fois, c'est la fin, perçut-il. Plus rien ne me sauvera, elle va me tuer. Pourquoi fait-elle ça ?

– Ianto est là, fit soudain l'immortel. Je viens de percevoir sa pensée.

– Essaye de lui dire que tu es là pour lui ! lâcha Owen.

Ianto, tiens le coup, nous arrivons.

Il attendit, mais ne reçut aucune réponse puis brusquement, une douleur vrilla son esprit et il tomba à genoux. Le médecin se baissa pour l'aider à se relever et quand Jack le regarda, il vit des larmes rouler sur les joues de son leader.

– Elle… Je ne sais pas… je n'ai plus rien… balbutia-t-il.

– Jack, il faut y aller, debout ! asséna Owen.

L'immortel obéit puis les trois hommes s'approchèrent du bâtiment. Suivant toujours les pensées de Gwen, le Capitaine se dirigea vers le fond de l'entrepôt. Arrivé devant une porte, il s'arrêta et tendit la main pour ouvrir.

Quand ils passèrent le seuil, ils virent deux hommes entourant un troisième qui était assis sur une chaise, le frappant à tour de rôle. Gwen était devant eux et souriait, les bras croisés sur sa poitrine.

– Tu croyais vraiment que j'accepterais d'être rejetée comme il l'a fait, cracha-t-elle.

– Je n'aurais jamais pensé que tu en arriverais là, fit-il entre deux coups, Jack t'avait pourtant dit que tu ne l'intéressais pas. Tu as déjà un fiancé qui t'aime, pourquoi as-tu besoin d'aller voir ailleurs, crois-tu que Rhys mérite ça ?

– Rhys et moi, c'est pour la vie, Jack, c'est par envie, je sais que je lui plais et je ferai tout pour qu'il s'en rende compte.

– Pourquoi ne peux-tu pas accepter que tu ne pourras jamais l'avoir ? fit Ianto en la défiant du regard.

– C'est ce que tu penses ! Toi parti, je reprendrai ma place dans l'équipe et rien ne m'empêchera de lui mettre le grappin dessus. Je saurais bien lui faire oublier que tu as existé !

– Ça, je ne le pense pas ! lança l'immortel en sortant de l'ombre.

Pris par surprise, Sean et Melvin frappèrent violemment le Gallois qui tomba avec sa chaise. Il resta sans bouger pendant que les deux hommes s'enfuyaient, mais Owen et Jack leur tirèrent dessus et ils s'effondrèrent en hurlant de douleur, touchés à la cuisse.

Gwen essaya de quitter le bâtiment, mais Neill ne lui en laissa pas le loisir et l'obligea à sortir pour aller vers le SUV. Il l'attacha avec des menottes suffisamment serrées pour qu'elle ne puisse pas bouger, puis retourna chercher les deux blessés qui furent sédatés et ligotés. Quand ce fut fait, il attendit le retour de ses collègues.

En voyant le Gallois couché sur le sol, le Capitaine se précipita vers lui et le détacha. Il retira son manteau et le posa sur son corps meurtri. Owen, à ses côtés, cherchait le pouls mais il leva les yeux en secouant la tête.

– Jack, je suis désolé, nous sommes arrivés trop tard, fit-il en lui touchant le bras.

– Non, il ne peut pas être mort, il ne peut pas me laisser, dit-il en laissant couler ses larmes. Je t'en prie Ianto, ouvre les yeux, regarde-moi.

– Jack ! insista le médecin.

Le leader se dégagea d'un geste brusque et prit le jeune homme dans ses bras. Il déposa un baiser sur son front en murmurant des mots incompréhensibles puis l'embrassa tendrement, glissant sa main dans son cou en une douce caresse. Le baiser se fit plus audacieux, sa langue avait trouvé le passage entre les lèvres inertes et touchait maintenant celle du Gallois. Owen se relevait lorsque le corps de Ianto fut secoué d'un brusque spasme et le jeune homme reprit son souffle, ouvrant difficilement les yeux sur son amant qui pleurait toujours.

Le médecin s'accroupit de nouveau et prit son pouls. Il constata avec surprise que celui-ci battait.

– Pouls filant, mais bien là ! fit-il. Jack, que s'est-il passé ?

– Je t'expliquerai, pour le moment, il faut le ramener, aide-moi.

Ils redressèrent le Gallois et le Capitaine lui fit mettre le manteau puis ils l'accompagnèrent au SUV. Près du véhicule, Neill tenait Gwen en joue, celle-ci ayant été détachée et se tourna au moment où les trois hommes arrivèrent.

– Owen, va ouvrir, il faut faire vite.

Le médecin obéit et s'approcha du véhicule.

– Il est mort, pourquoi le protèges-tu encore ? lâcha la Galloise.

– Tu te trompes Gwen, il est bien vivant, répondit Owen, la main sur la poignée.

– Ce n'est pas vrai !

Ianto releva difficilement la tête et la fixa. Un instant surprise, elle se reprit. Le visage tordu de rage, elle sortit son arme et la pointa sur le jeune homme, mais Jack fut plus rapide qu'elle et tira le premier. Pas de quartiers ! Elle s'effondra sans un cri, touchée en pleine tête.

– J'en ai fini avec toi ! lâcha le Capitaine en resserrant sa prise sur la taille de son amant. Viens Ianto, rentrons, tu as besoin de soins.

Le Gallois ne répondit pas et se laissa installer sur la banquette. Jack fit le tour et monta à l'arrière, le prenant dans ses bras. Owen se mit au volant et Neill, après avoir chargé le corps de Gwen, prit place près de lui.

– Eirian, il faudrait préparer la baie médicale, fit le militaire par l'oreillette.

– Quelqu'un est blessé ?

– Nous ramenons Ianto !

– Jack, je suis désolé, fit Neill.

– Pour quelle raison ?

– Je ne l'avais pas fouillée, dit-il en baissant la voix.

À la base, Tosh leva les yeux en entendant les paroles et s'approcha de sa collègue.

– Jack, dis-moi qu'il est vivant ! fit-elle.

– Oui, il est vivant, dit-il en surprenant le coup d'œil de Owen dans le rétroviseur.

Le retour fut rapide et lorsqu'ils arrivèrent, les deux jeunes femmes les attendaient dans le garage. Ianto avait perdu connaissance et Jack le prit dans ses bras pour le porter jusqu'à l'infirmerie. Les autres membres le suivaient en silence, le médecin réfléchissant à ce qu'il avait vu.

Allongé sur la table, le Gallois fut recouvert d'un drap. Tosh s'approcha et passa sa main dans ses cheveux.

– Que s'est-il passé ?

– Pour le moment, je ne peux rien vous dire, fit Jack. Je voudrais que vous rentriez chez vous, sauf toi, dit-il en s'adressant au médecin. Neill, Eirian, allez passer la soirée dehors, s'il vous plait et ne revenez pas dans cette pièce avant demain. Neill, occupe-toi de vider le SUV, mets les prisonniers dans une cellule et le corps à la morgue, je m'en occuperai plus tard.

– Ok, pas de problème ! Pour ce qui est de te laisser du temps, j'avais prévu une virée à Swansea. Nous pouvons dormir là-bas, ne t'en fais pas.

– Très bien, alors à demain !

– Vas-y Tosh, fit Owen, je te rejoindrai tout à l'heure.

– Jack, j'ai raccompagné Kiram dans sa cellule, fit-elle avant d'aller prendre ses affaires.

Tous quittèrent la zone informatique puis le médecin commença ses examens. Le pouls était un peu mieux frappé, mais restait toujours faible.

– Jack, peux-tu m'expliquer ce qui s'est passé ? Il était mort, comment se fait-il qu'il…

– Je n'en sais rien, le coupa le Capitaine. Je sais que ce que j'ai fait n'est pas croyable, mais c'est déjà arrivé. Tu te souviens quand Lisa l'a balancé ?

– Oui !

– Il ne s'était pas juste assommé. Elle l'avait tué.

Owen ouvrit la bouche pour répondre mais la referma en baissant les yeux sur le Gallois qui venait de bouger.

– Ne me demande pas comment j'ai fait, je n'en sais rien. La première fois, j'avais juste eu envie de l'embrasser avant de le laisser partir mais je lui ai rendu la vie. Je me suis dit que c'était mon immortalité qui me permettait ça. Il n'avait pas été tué par balle, c'était juste une mauvaise chute.

– Tu veux donc dire que tu pourrais nous faire revenir s'il nous arrivait la même chose !

– Je ne sais pas, j'avoue que je n'ai jamais voulu tenter l'expérience. Pour le moment, le principal, c'est qu'il soit là et vivant.

– Sait-il ce qu'il s'est passé la première fois ?

– Non, je n'ai jamais rien dit.

– Mais il y a quand même quelque chose de bizarre, tu l'as fait revenir alors qu'il n'était pas juste tombé. Il a été torturé et je pense que c'est son cœur qui a fini par lâcher, fit le médecin.

– Justement, lors de l'incident avec Lisa, c'est également ce qui s'était passé !

– Il faut que je lui fasse des examens et que je soigne ses blessures. Je vais en avoir pour un bon moment. Pourrais-tu me faire un café ?

– Oui, bien sûr, répondit le Capitaine.

Il quitta la baie médicale et s'arrêta en haut des marches pendant un instant avant de se rendre dans la cuisine. Il resta un long moment, les mains posées sur la machine, puis se tourna vers celle de secours. Il avait réussi à retrouver son amant, mais dans quel état ! Quand les boissons furent prêtes, il prit les tasses et retourna auprès de médecin qui le remercia.

L'immortel observa le visage du Gallois. Celui-ci semblait détendu, mais les traces qui le marquaient le firent souffrir. Comment, par simple besoin de vengeance, pouvait-on faire subir ce genre de chose à un ancien compagnon d'arme !

À suivre…