Le dernier Anneau

Chapitre XIV - POUR LE GARDER EN VIE

Sa dernier flèche ricocha sur le heaume du guerrier qui se tenait à trois mètres d'elle, grognant sous l'effort, le guerrier continua d'avancer. Melyana recula et chercha, du regard, de l'aide. Gimli s'était lancé dans la bataille avec fouge et fureur, et elle voyait des Uruk-hai tomber les uns après les autres autour de lui. Legolas, au côté d'Aragorn, avait rejoint un groupe d'ennemis plus important.

Le guerrier Uruk-Hai, les yeux haineux et injecté de sang, fit tournoyer son arme au-dessus de sa tête et s'apprêta à l'abattre quand son rictus resta figé sur son noir visage, maculé de blanc et de sang. Il s'effondra et Melyana vit Legolas, tourné dans sa direction, son arc tendu vers elle.

Elle le remercia d'un hochement de tête, puis elle se baissa sur le corps de l'uruk-Hai pour prendre son arme, tandis que l'elfe retournait à son combat. Elle porta son choix sur l'arme de l'Uruk-hai, mais finit par se saisir de son poignard, accroché à sa taille. Elle serra sa garde de ses deux mains, menus en égard de l'épaisseur de la lame et des grandes mains des guerriers de Saroumane. Elle voulut se jeter dans le combat, prouver qu'elle n'avait pas peur et savait se défendre, mais contre tout attente, ses jambes refusèrent d'obéir à l'injonction de son cerveau. La peur la tétanisait. Il est toujours plus facile de se battre de loin, que d'entrer au combat au corps à corps, murmura-t-elle à voix basse.

Elle vit un Uruk-Hai s'effondrait au pied de son elfe, elle observa sa tenue parfaite. Ses longs cheveux blond flottaient au-dessus de lui, mais ne lui couvraient jamais la vue. Il était tellement beau et dégageait une telle énergie, un courage sans faille. Il connaissait parfaitement ses limites et savait de quoi il était capable. Pourtant, quand elle vit une flèche s'élancer vers lui, elle sentit une bouffée d'antipathie monter en elle. Elle fixa la flèche comme si sa seule pensée pouvait l'arrêter. Et la flèche s'arrêta puis tomba à terre, comme un vulgaire morceau de bois tombé d'un arbre.

Elle aurait juré avoir entendu le vent murmurer à son oreille et l'envelopper d'une douce aura. La sensation ne dura pas et la violente confrontation avec le monde guerrier la ramena à la réalité et à la menace qui pesait sur sa vie. La tête affreuse et hideuse d'un Uruk-Hai lui donna la nausée, mais instinctivement, elle dressa la lame du couteau.

Mais que pouvait une petite lame, tenue par de frêles bras, contre une arme, qui avait déjà retiré nombre de vie, tenue par un guerrier à la force d'acier ?

Elle ferma les yeux et entendit le choc métallique de deux lames. Elle rouvrit les yeux et vit le torse fin et musclé de Legolas, bataillant avec l'Uruk-Hai dont il trancha un bras et coupa le torse du guerrier en deux. L'elfe se tourna vers elle en souriant puis sa bouche se déforma en une douleur silencieuse. Il se tourna vers le demi uruk-Hai qui souriait méchamment, avant de mourir un fois pour toute, décapité par la lame de l'épée de Legolas.

Melyana ne put retenir un cri quand Legolas se tourna vers l'uruk-hai pour l'achever et découvrit un énorme couteau planté dans son épaule. Elle voulut s'approcher et soutenir son aimé, mais l'elfe la poussa sur le coté violemment et retint l'attaque d'un nouveau guerrier. Elle s'assomma sur le heaume défoncé, sûrement par Gimli, d'un guerrier et tomba inconsciente.

Legolas sentit une violente souffrance dans l'épaule. Puis, une fois l'uruk-Hai mort, il sentit le danger derrière lui. Un autre guerrier s'approchait. Il poussa Melyana et décapita le combattant, puis, une fois son souffle reprit, il se tourna vers Melyana, qui gisait inconsciente par terre. Il se pencha mais une forte souffrance lui vrilla l'esprit et il s'écroula sur l'humaine. Quelques minutes plus tard, il sentit qu'on le portait accompagné de quelques jurons dont était friant Gimli. Il sentit les cahots des pas d'un cheval puis il sombra dans l'inconscience.

Il fit l'expérience des bords de la mort. Il entendait des voix, sombres et caverneuses, l'attirer vers de profondes crevasses qui l'emmèneraient loin de la lumière qui s'estompait peu à peu autour de lui. Il espérait, c'est tout ce qu'il pouvait faire, espérer qu'on viendrait à son aide. Subitement, une petite lueur se mit à briller faiblement et plus les voix l'emportaient, plus la lueur s'accroissait et s'approchait. Il entendit des battements de cœur, plusieurs qui ressemblaient à un appel, et essayaient de l'arracher aux ténèbres qui se faisaient de plus en plus pressente et opaque autour de lui.

Il discerna les contours d'un visage dans la lumière, un doux sourire sur les lèvres. Il la reconnut, sa tendre aimée.

Melyana se réveilla au château, sous le regard bienveillant d'Arwen et d'Eowyn. Cette dernière déposa son travail de broderie et se saisit d'un verre d'eau qu'elle porta aux lèvres de Melyana.

« Vous nous avez fait une grande frayeur ! » commença Arwen. « Quand nous avons vu Aragorn et Eomer revenir. Eomer vous tenait dans ses bras, vous étiez blanche, presque cadavérique, nous avons cru que vous étiez morte. Quelle folie vous a pris de vous enfuir ainsi du château ? »

« Legolas ! » murmura Melyana en avalant une gorgée d'eau.

Arwen baissa les yeux, jeta un regard furtif à Eowyn puis répondit d'une voix douce et triste en recoiffant une mèche rebelle sur le front de Melyana.

« Il est gravement blessé. L'arme était empoisonnée ! »

Melyana repoussa le drap et sortit de son lit malgré les protestations des deux hautes dames. Elle sortit de la chambre et rallia rapidement la chambre de l'elfe. Elle trouva Gimli et les trois hobbits, assis dans le couloir, le regard sombre. Pippin sanglotait et Merry, un bras sur son épaule, essayait de le rassurer.

"Non ! pensa-t-elle. Non, Legolas ne mourra pas. Je ne sais comment, mais il ne mourra pas. J'ai trop vu les miens s'éloigner de moi pour un voyage sans retour ! "

Elle s'approcha et les quatre amis levèrent un visage rougis vers elle. Elle était calme, sereine et concentrée. Elle poussa la porte de la chambre de Legolas et dérangea trois personnes, attroupés autour du lit du gisant.

« Que fais cette femme ici !? » maugréa un homme au visage creusé par les années, le front strié de rides de concentration.

Melyana ne retint pas l'allusion du guérisseur et marcha jusqu'au lit, elle salua Aragorn et Eomer qui s'écartèrent pour la laisser avancer auprès du malade.

« Il est mal en point ! » avoua Aragorn.

Elle s'assit sur un rebord du lit, à l'opposé du médecin s'affairant avec quelques décoctions qui sentaient mauvais. Elle ferma les yeux et laissa sa peur s'éloigner.

A l'extérieur, le vent se leva en une douce brise, les arbres murmuraient entre eux.

Elle rouvrit les yeux, souleva le cataplasme de l'épaule de Legolas sous les cris exaspérer du médecin.

« Comment voulez-vous que je fasse mon travail si une petite écervelée vient le saccager sous mes yeux ! »

Melyana posa sa main sur la plaie qui suintait et d'où s'écoulait encore un légers filet rouge. Elle laissa une étrange force et un surprenant pouvoir s'écouler en elle. Comment pouvait-elle faire ça ? D'où provenait ce pouvoir et ce savoir qui coulait dans son corps ?

De nouveau, les battements de son cœur se mélangèrent avec d'autres, plus lointain que la première fois. Plus bas et plus lent, elle perçut ceux du cœur de son Legolas. Elle se concentra sur ceux-ci et leur donna de sa force. Elle repoussa les ombres qui planait sur lui.

« Roi Elessar », s'exclama soudainement le médecin. « Je vous demanderai de bien vouloir repousser cette dame. Si vous ne voulez pas voir votre compagnon mourir ! »

Aragorn se résigna et se pencha vers Melyana quand celle-ci retira sa main de la blessure de l'elfe. La plaie n'était plus et le sang qui aurait du maculé la main de l'humaine n'était pas là. Elle sourit à Aragorn puis se tourna vers Legolas qui ouvrit les yeux, pétillant de vitalité et de malice.

Le médecin lâcha un juron tout en échappant de ses mains un flacon qui éclata en morceau. Il se baissa pour ramasser les morceaux de verre et ne cessa de grommeler, puis il se pencha sur l'elfe pour l'examiner.

« Plus rien, plus de blessure ! Voici une grande magicienne… ou une puissante sorcière ! »

« Je ne suis pas une magicienne, ni une sorcière, messire » expliqua Melyana prenant peur au mot sorcière. « Je suis juste une humaine qui ne veut pas voir son compagnon disparaître de ma vie comme m'ont quitté les êtres chers à mon cœur ».

« Une humaine au grand pouvoir ! » corrigea Aragorn en jetant un regard en coin à Eomer, un peu inquiet. « Par deux fois, vous avez montré un prodige. Quelle est donc votre pouvoir et dont vous ne voulez nous parler ? » ajouta-t-il, suspicieux.

Quatre fois, songea-t-elle avant de répondre :

« Je n'en sais rien, Roi Elessar. Je n'ai jamais eu un tel… potentiel en moi ! »

- " Un anneau pour la déesse de lumière…" murmura Legolas en songeant aux étranges paroles d'Arwen qu'elle gardait secrètes depuis plus de vingt années.