Chapitre 13 :
Disparition
Face à eux, le frère de la voyageuse était pendu au centre du hall, son regard vitreux posé sur eux.
La jeune femme s'arrêta de crier et resta un moment sans bouger. Elle n'arrivait pas à y croire. Puis alors que le jeune homme aux yeux bleus à côté d'elle entra dans le hall, elle hurla de nouveau son désespoir et pleura de toutes les larmes de son corps. Des bras réconfortants l'entourèrent et la bercèrent. Plusieurs secondes passèrent puis le boss dit quelque chose que la voyageuse mis du temps à comprendre.
- « Ce n'était pas votre frère »
Le temps que l'information monte à son cerveau, il ajouta :
- « Les esprits sont forts ici. Hara-san ?
- Il y en a beaucoup. Je sens que certains d'entre eux sont puissants surtout un. Il pourrait s'agir du chef » répondit la médium d'une voix faible avec sa manche de kimono devant les lèvres.
La voyageuse avait relevé la tête.
- Où sont-ils ? Demanda l'employé de son père, nerveux.
- Je sens une concentration d'esprits plus prononcée vers le nord mais il y en a aussi un peu partout. Il y a vraiment eu beaucoup de massacres.
- Je veux retrouver mon frère, déclara la voyageuse.
- Il ne risque rien. Les esprits n'attaqueront pas votre frère tant qu'il sera dehors. Et puis il a un portable, je présume. Vous pourrait toujours l'appeler après qu'on ait récolté assez d'informations.
- Mais ça peut durer des heures !
- Il n'y a que les caméras à installer et il faut visiter un peu les lieux. Cela prendra environ une petite heure, répondit le patron. J'ai demandé à Hara-san et Brown-san de venir par mesure de sécurité » ajouta-il devant l'air dépitée de la voyageuse.
Ce qui ne la rassura pas plus. Elle se demandait vraiment comment ils allait faire pour purifier tout ces esprits. D'après la médium, ils étaient vraiment nombreux. Son air surpris lorsqu'elle avait fait cette constatation l'avait inquiétée.
Ils progressèrent dans le Temple sans rencontrer un seul esprit ni de phénomène paranormal. La jeune femme avait la boule au ventre. Même le fait d'être, cette fois, accompagnée, ne la calmait guère.
Ils installèrent des caméras dans la salle au bouddha, celle des sacrifices, la pièce octogonale à plusieurs portes, le hall et certains couloirs.
Alors que le groupe revenait dans le hall, la voyageuse s'aperçut que son souffle était blanc. Un frisson de froid et de panique lui parcourut l'échine.
Tout était calme pourtant lorsqu'elle regarda autour d'elle. La jeune femme jeta quand même un coup d'oeil au patron qui n'avait rien remarqué mais lorsqu'elle croisa le regard de la médium, la panique et un mauvais présentiment la submergea. Elle s'approcha d'elle et vit qu'elle n'était pas bien. Elle lui prit le bras afin de l'aider à tenir debout et appela le jeune homme aux yeux bleus.
- « Qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda-t-il avec une lueur d'inquiétude. Puis alors qu'il s'avançait vers elle, il comprit : Sortez immédiatement d'ici », hurla-il soudain en voyant les violents tremblements de la jeune femme aux court cheveux bruns.
Le patron aida la voyageuse à soutenir la médium tandis qu'ils sortaient tous.
Ils l'avaient échappé belle ! Alors que la porte se refermait lentement toute seule, des masses blanches envahissaient le hall.
(...)
Deux heures plus tard, tout le monde rapporta ce qu'il avait fait et vu dans la journée. Autant dire que ceux qui étaient restés au village étaient choqué.
La médium avait été obligée de s'allonger un moment et de se faire examiner par la miko qui l'avait forcée à dormir. Elle lui avait diagnostiqué une crise d'angoisse et était sorti de la chambre sous les protestations de la plus jeune.
En revanche, la voyageuse ne tenait plus en place. Le Temple la terrifiait mais la disparition de son frère l'inquiétait de plus en plus. Elle n'arrêtait pas de faire les cent pas ce qui agaçait le jeune patron.
Une demi-heure passa. La jeune femme continuait son manège puis brusquement le boss aux yeux glacial appela son secrétaire. Tout le monde fut réveillé de sa léthargie et s'approcha du patron. Les images que montraient les caméras étaient horribles, étranges et inquiétantes. Horribles puisqu'il y avait un sacrifice qui se déroulait dans la salle à cet effet. Étranges à cause du nombre de personnes ou plutôt d'esprits qui remplissaient les pièces. Elle crut même voir la fillette. Inquiétantes car on aurait dit qu'elles ou ils attendaient quelque chose. Cela donnait l'impression à la voyageuse qu'ils ou elles étaient dans le couloir de la mort tel(le)s des prisonniers. En fait, c'était réellement le cas puisqu'ils ou elles ne pouvaient pas sortir du Temple. Puis elle repensa soudainement à son frangin resté la-bas.
- « Il faut vraiment que je retrouve mon frère ! »
Sur ses mots, elle se mit à courir le plus vite possible. Elle entendait la miko et le moine hurler pour qu'elle revienne. Cependant, elle continua son chemin sans plus ce soucier d'autre chose que de son frangin. Elle parcourut la forêt jusqu'au Temple avec cela en tête puis s'arrêta net. Elle se rendit compte que finalement elle ne savait pas par où commencer ses recherches. La jeune femme secoua fébrilement la tête et scruta les alentours. Puis elle cria son nom mais il n'y eut que l'écho de sa voix qui lui répondit. Elle fit le tour sans trop d'espoir de le retrouver là. Lorsqu'elle revint devant le Temple, elle l'observa avec appréhension. Puis après quelques instants, elle décida d'y entrer. La porte s'ouvrit toute seule encore une fois. La voyageuse resta sur le seuil quelques secondes puis avança. Si son frère était prisonnier de ces fantômes, il fallait qu'elle le libère au plus vite !
Elle traversa le Temple avec cet état d'esprit sans rencontrer le moindre accroc. Par moment, la voyageuse regardait les caméras et faisait signe qu'elle allait bien pour rassurer les personnes qui surveillait le bâtiment si il y avait vraiment quelqu'un qui n'était pas parti à sa suite. Puis elle se remettait en chemin. Elle descendit même dans les sous-sols. La jeune femme se demandait si il pouvait réussir à passer la porte grâce à son sang comme elle puisqu'ils avaient le même. Elle tenta donc et s'écorcha la main avec un petit caillou qui traînait puis posa la paume sur le panneau de bois qui s'ouvrit instantanément à son contact. Elle attendit et regarda si un corps ou ne serait-ce qu'une masse allongée par terre soit en vu. Cependant, il n'y avait rien. Alors la voyageuse prit son courage à deux mains et avança. Elle était encore seule sans défense. Ce n'était pas une très bonne idée puisqu'elle allait inexorablement en enfer. Là où elle avait faillit perdre la vie.
Puis soudain, son instinct lui cria de faire demi-tour. Elle sentait de toute façon que son frère n'était pas ici. Alors elle prit ses jambes à son cou et courut le plus vite possible vers la sortie. Cela lui prit quelques minutes qui parut des heures pour la voyageuse. Puis enfin elle atteignit la porte du hall qui menait vers l'extérieur et sorti complètement exténuée. Finalement plus de peur que de mal. Il ne lui était rien arrivé. Mais cette escapade ne lui avait rien apporté du tout. Bredouille, elle s'assit sur les marches et réfléchit. Puis brusquement, elle entendit du bruit sur la droite. Elle se leva doucement toujours en fixant la source du bruit. Prête à en découdre, ses poings étaient serrés et brandi en l'air. Crispée, elle ne bougeait plus.
Cependant, lorsque la jeune femme vit qui arrivait, elle s'effondra parterre. C'était l'employé de son père qui récemment était devenu son ami.
- « Est-ce que ça va ? Demanda-t-il surpris par la réaction de la voyageuse.
- Oui » répondit la jeune femme en essayant de calmer tant bien que mal ses tremblements.
Il s'accroupit et lui tapota l'épaule puis s'assit à son côté. Ils ne dirent rien pendant un moment puis n'y tenant plus, la voyageuse lâcha :
- « Et si je ne retrouve pas mon frère ?
- Tu vas le retrouver, affirma son interlocuteur. Ne t'inquiète pas.
- Et si je le retrouvais mort ? Ce serait de ma faute ! » Explosa-t-elle alors que des larmes commençaient à naître aux coins de ses yeux.
Elle se leva d'un bond. Elle voulait hurler de toute ses forces. Pourquoi s'acharnait-on autant contre elle ? La voyageuse sentit à peine les bras du jeune homme l'entourer. Ses mains tremblaient, cette fois, de rage tellement elle les serraient. Ses ongles traversaient sa peau et du sang sortit des plaies qu'elle venait de se faire. Elle se mordit la lèvre de douleur ce qui l'intensifia encore plus alors que du sang perlait là aussi. Puis des larmes coulèrent le long de ses joues puisqu'elle ne pouvait plus les retenir. Elle gémit et sentit les bras du jeune homme se resserrer un peu plus. C'est à ce moment là qu'elle se rendit compte de sa présence et se laissa aller contre lui. La jeune femme se calma peu à peu tandis qu'il la berçait doucement. Sa rage et son chagrin régressaient petit à petit. En revanche, son inquiétude lui broyait les entrailles. La voyageuse releva la tête et chercha du réconfort dans les yeux du jeune homme. Elle resta perdu dedans un long moment pour elle alors que cela ne dura que quelques secondes. Et ne se rendit pas compte qu'il s'approchait d'elle jusqu'à ce que leurs lèvres se touchent. Une sensation de chaleur empli son être. Mais alors que le garçon se retirait, elle répondit en lui prenant le visage entre ses mains. Sa peau était aussi douce que ses lèvres. Elle se sentit bien. Vraiment bien. Puis à regret, ils se détachèrent pour reprendre leur souffle. Leurs yeux étaient comme connectés. Ils ne pouvaient plus se quitter. Cependant, un cri les sorti de leur bulle. La voyageuse reconnu son frère. Elle voulut partir en direction de la source mais des mains l'en empêchèrent. Elle se retourna.
- « Non, j'y vais. Reste ici »
Cependant, la jeune femme n'était pas d'accord et le devança en courant. Puis alors qu'ils étaient entrés dans le Temple de nouveau, la porte se referma sur eux. Ils la regardèrent un instant puis le jeune homme se retourna vers la voyageuse.
- « Je t'avais dit de ne pas venir ! S'exclama-t-il de colère.
- C'est mon frère ! Je ne veux pas rester les bras croisés sans rien faire !
- Ce n'est pas une raison.
- Bien sûr que si. Tu dis ça parce que tu n'as plus rien à dire, répondit la voyageuse du tac au tac.
- Je dis ça parce que je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose »
La jeune femme soupira. Elle n'aimait pas quand il disait ce genre de chose. Et puis comme ils recommençaient à se disputer comme avant, cela l'énervait encore plus.
- « On n'a plus le temps pour ce « genre de chose ». Il faut qu'on retrouve mon frère »
Comme si quelqu'un les entendait (et c'était sûrement le cas), un hurlement de douleur se fit entendre. La voyageuse traversa le Temple et se rendit aux sous-sols, le jeune homme sur les talons. Ils s'arrêtèrent devant la porte sans poignet. Elle rouvrit sa plaie sur le doigt et déposa une petite goutte de son sang sur le bois. Le jeune homme avait l'air choqué lorsqu'il l'avait vu faire cela mais ils n'avaient pas le temps de s'arrêter sur ce détail, d'expliquer. La voyageuse l'emmena donc dans la salle de sacrifice puisque c'était là qu'elle pensait avoir entendu le bruit.
- « C'est quoi cette pièce ? Demanda l'employé de son père, incrédule.
- La salle des sacrifices »
Plusieurs émotions passa sur son visage. D'abord de la perplexité puis de l'inquiétude en passant par de la colère et enfin de l'angoisse qui avait prit le dessus sur les autres.
- « C'est ici qu'ils t'ont blessés ? Demanda-t-il alarmé. C'est ici donc que tu as failli mourir, ajouta-il avec colère cette fois.
- Ça ne sert à rien de t'énerver, Ichiro. Il ne faut qu'on traîne trop longtemps ici.
- Tu as frôlé la mort et ça ne te touche pas plus que ça ?
- Bien sûr que si mais là pour le moment ce n'est pas ma priorité, répondit-elle mais voyant que cela ne suffisait pas, elle ajouta : Écoute, plusieurs fois dans notre vie, nous serons confronté à des situations mortelles. C'est comme ça. De toute façon, on n'y peut rien.
Elle savait qu'elle avait enfoncé le clou mais elle ne lui laissa pas le temps de répondre puisqu'elle se retourna et commença à inspecter la pièce. Elle trouva des couteaux et se dit que pour se défendre en cas de besoin c'était l'idéal, enfin, contre des personnes en chair. Elle en passa deux au jeune homme et en cacha deux autres dans ses vêtements. La voyageuse continua son inspection et ne trouva rien d'autre d'intéressant pour se défendre. Des fioles vieilles comme le monde étaient posées sur un meuble près à s'effondrer à tout moment. Les liquides multicolores, unicolores, bulleux, lisses, à plusieurs contenants, etc. attirèrent la curiosité de la jeune femme. Puis elle ouvrit un placard juste à côté et découvrit, avec horreur, des pots et des assiettes en tout genre pleines d'oeil, oreilles, doigts, etc. Elle referma très vite la petite porte. Elle avait encore l'image affreuse dans sa tête. Ces morceaux de corps décomposés à différentes phases la dégoûtaient au plus au point.
Le jeune homme n'avait pas vu la scène puisqu'il était dans l'autre pièce. La voyageuse le rejoignit puis entreprit de faire le tour de la pièce. Peut-être trouvera-t-elle un indice ou encore une lame ?
Lorsque cela fut fait, elle se retrouva de nouveau bredouille. Plus le temps passait plus elle était inquiète et s'énervait facilement. Elle bouscula l'employé de son père sans le faire exprès ce qui l'irrita encore plus. Elle s'avançait vers la table au centre de la pièce quand un hurlement retentit dans la salle d'à côté. Ils se figèrent. Puis le cri redoubla d'intensité et d'autres voix s'ajoutèrent. Cela en devenait assourdissant pour les deux jeunes gens qui se couvrir les oreilles. Ils se rapprochèrent l'un de l'autre et allèrent ensemble vers la source du bruit. Il n'y avait rien dans la pièce. Puis soudain, la lumière vacilla. Ils crurent apercevoir un corps allongé au milieu de la pièce d'abord immobile puis prit de convulsions. Leurs yeux s'habituèrent peu à peu et ils purent voir un corps nu sans cheveu ni yeux. Il hurlait à pleins poumons si il en avait. Les deux jeunes relevèrent en même temps le regard vers des masses noires qui s'approchaient. Ils sortaient de la salle à côté où il y avait la table. Plus les masses, qui étaient en fait des hommes et des femmes, étaient proches d'eux plus ils reculaient jusqu'à ce qu'ils soient pris au piège contre le mur. Mais au moment où une des personnes toucha le bras de la voyageuse, la lumière se ralluma complètement et les « individus » ou esprits disparurent. Il n'y avait plus aucun mouvement ni son. La jeune femme ne baissa pas sa vigilance. Mais alors qu'elle se décollait du mur, elle fit tomber quelque chose parterre, ce qui la fit sursauter. Elle se retourna et prit le flacon au sol. De l'eau bénite ? Comment cela se faisait-il qu'elle ne l'ai pas vu auparavant ?
Le jeune homme la fit revenir à la réalité lorsqu'il lui tira le bras afin qu'ils sortent de la pièce. Mais la porte ne s'ouvrait pas. Et la lumière s'éteignit de nouveau.
