Chapitre 13
Bureaux du F.B.I.
- Don, monsieur Carter est là.
Colby venait d'entrer dans la salle, interrompant les deux frères qui discutaient avec animation.
A l'écoute de l'exposé de Charlie, Don avait en effet émis l'idée que, peut-être, il y avait déjà eu des témoins précédemment qui ne s'étaient pas manifestés pour une raison ou une autre, et qui n'avaient pas été identifiés. Il avait demandé à son cadet s'il pensait qu'il existait un moyen de vérifier cette hypothèse et celui-ci, aussitôt, s'était lancé dans une nouvelle explication dont son frère n'avait retenu que ce qui l'intéressait au premier chef : il y avait effectivement une solution mathématique au problème qu'il venait de soulever.
A l'interruption de son subordonné, Don laissa alors son jeune frère se débattre avec ses calculs pour se diriger vers la salle d'interrogatoire où les agents avaient fait entrer le témoin.
En pénétrant dans la pièce, Don vit devant lui un homme entre quarante et cinquante ans, déjà largement dégarni, vêtu d'un complet impeccable et arborant des lunettes à monture d'écaille derrière lesquelles ses yeux myopes clignotaient désespérément, comme s'il était affolé à l'idée de se trouver là, au F.B.I., lui qui, depuis sa naissance, faisait tout pour mener une vie sans histoire.
Mais en l'occurrence, sa conscience ne l'aurait pas laissé en paix si jamais il s'était tu sur ce qu'il avait vu. Cinq de ses voisins étaient morts, des gens qu'il appréciait et qui avaient toujours été gentils avec lui. Les gamins venaient parfois lui rendre une petite visite, et lui le célibataire endurci, esseulé, sans famille, avait un peu l'impression d'avoir retrouvé cet environnement chaleureux qui lui manquait tant depuis que ses parents étaient morts.
- Monsieur Carter ?
L'homme leva les yeux vers l'agent qui venait de l'interpeller. Nul besoin d'être un grand psychologue pour reconnaître en ce dernier le chef de ceux qui l'avaient accueillis. Comment lui avaient-ils dit qu'il se nommait déjà ? Ah oui… Eppes.
- Agent Eppes ?
- En effet. Alors, il paraît que vous avez vu un homme inconnu pénétrer chez vos voisins le matin de l'explosion ?
- Oui, mais… Vous savez je ne voudrais surtout pas vous faire perdre votre temps. Après tout, rien ne prouve qu'il y ait un rapport entre cette visite et la tragédie qui a suivi.
Le ton posé de l'homme, ses yeux qui, bien qu'inquiets, se fixaient tranquillement sur lui, sans se détourner, la manière même dont il abordait la conversation, tout indiqua à Don qu'il n'avait pas à faire à l'un de ces affabulateurs qui feraient n'importe quoi pour exister un moment et sont prêts à tout pour ça.
Effectivement, rien ne permettait d'affirmer que cet homme avait vu quelque chose qui pourrait les conduire sur les traces de leur meurtrier, mais il avait en tout cas vu quelque chose et il importait de savoir exactement quoi ou plutôt qui.
Alors patiemment, sans le brusquer, sans non plus lui laisser entendre combien son témoignage était crucial, il amena l'homme à parler. Celui-ci décrivit alors la scène à laquelle il avait assisté le matin du drame : cet individu qui semblait avoir un peu de mal à entrer par la porte arrière, comme s'il utilisait une clé grippée. Mais finalement la serrure avait cédé puisqu'il avait pénétré dans le foyer.
Carter s'était un instant posé la question de savoir qui était cet homme qu'il n'avait jamais vu auparavant, et puis, fidèle à sa façon de vivre qui lui disait de s'occuper de ses propres affaires, il n'y avait plus pensé. Et ce d'autant moins qu'il devait prendre l'avion deux heures plus tard et qu'il n'était franchement pas en avance.
Derrière la vitre, Charlie, Mickey, Colby et David regardaient et écoutaient Carter. Eux non plus n'imaginaient pas avoir à faire à un affabulateur. Par contre Mike ne pouvait s'empêcher de penser que le témoin, bien que de bonne fois, n'était pas de ceux qui impressionnent un jury, si jamais un jour un jury devait l'entendre.
Son ton hésitant, sa répugnance visible à se mêler de ce qui, somme toute, ne le regardait pas, n'auguraient rien de bon lorsqu'il serait confronté aux avocats de la défense, pour un peu que ceux-ci se montrent offensifs. Et puis, les grosses lunettes de myope dont il était affublé permettraient à un avocat un peu retors de mettre en doute la validité de son témoignage, dans la mesure où plus de trente mètres séparaient la fenêtre de sa chambre de la porte où il avait vu l'homme. Par ailleurs, un arbre touffu se trouvait aussi dans son champ de vision, et le porche arrière des Carpenter était situé directement dans son ombre.
Oui, un témoin de bonne foi sans doute, mais pas un « bon » témoin selon les critères de l'accusation. Et il apparut qu'il était encore moins un « bon » témoin lorsque Don lui demanda s'il pensait pouvoir identifier l'homme qu'il avait aperçu sur des photos. Carter hésita alors longuement avant de prononcer du bout des lèvres :
- Je pourrai essayer. Mais je ne suis pas sûr que je puisse jamais jurer devant Dieu que c'est lui. J'ai bien une image dans la tête mais…
- Pour le moment, assura Don, on ne vous demande pas de jurer de quoi que ce soit. Si vous avez une image dans la tête, c'est parfait ! Nous allons vous adresser à notre technicien et vous dresserez un portrait robot avec lui. Et puis nous allons vous présenter notre trombinoscope ensuite et peut-être que vous pourrez reconnaître quelqu'un.
- Mais si je reconnais quelqu'un, que se passera-t-il ? s'inquiéta alors l'homme.
- Et bien nous mènerons notre enquête et, le cas échéant, nous l'arrêterons.
- Mais si c'est le meurtrier…
Il s'arrêta, comme incapable de continuer.
- Oui… l'encouragea Don de sa voix la plus douce, celle qu'il réservait aux témoins qu'il sentait fragiles et qu'il souhaitait ménager d'autant plus qu'ils étaient précieux.
- Et bien… Est-ce qu'il ne risque pas de… Enfin, de… S'il sait que je l'ai vu… Vous ne croyez pas que…
- Vous avez peur qu'il ne puisse s'en prendre à vous ?
- Oui, souffla l'homme, soulagé qu'on le comprenne et en même temps honteux de la lâcheté qu'il montrait.
- Ne vous inquiétez pas Monsieur Carter. S'il s'avère que vos renseignements nous permettent d'arrêter cet homme, nous ferons en sorte qu'il ne soit jamais au courant de votre rôle.
- C'est ce qu'on dit, objecta l'homme, semblant soudain reprendre de l'assurance. Mais combien de fois cette parole est-elle bafouée ?
Comme Don semblait sur le point de protester, il éleva la main pour le couper dans son élan et continua :
- Oh ! Je ne doute pas de votre bonne foi agent Eppes. Mais je sais comment marche le système. Cet homme aura un avocat, plusieurs peut-être. Et ils feront tout ce qui sera en leur pouvoir pour le sortir de là, malgré tout ce qu'il a fait. Et un de leur devoir consistera à savoir qui est un danger pour leur client. Et, selon les droits même de la défense, l'accusation ne pourra manquer de citer mon nom, surtout si je dois témoigner à l'audience. Ensuite…
- Ensuite il sera condamné à une lourde peine Monsieur Carter. Cet homme a posé plusieurs bombes, tué plusieurs personnes. Croyez-vous vraiment que le meilleur des avocats puisse le sortir de là ?
L'homme planta ses yeux francs dans le regard de Don :
- Ca s'est déjà vu agent Eppes, n'essayez pas de dire le contraire. Ca s'est déjà vu qu'un coupable que tout le monde savait coupable s'en sorte, pour un vice de procédure, un grain de sable minuscule enrayant le procès ou entachant la légalité des investigations menées. Et alors, si cela se produit, qu'adviendra-t-il de moi ?
Gravement, Don prit quelques instants pour réfléchir aux arguments, qu'il savait malheureusement pertinents, de son témoin.
- Monsieur Carter, je ne peux effectivement pas vous promettre formellement que cela n'arrivera pas. Mais ce que je peux vous promettre, en revanche, c'est que je ferai tout pour que ça n'arrive pas, tout pour que le dossier aboutissant sur le bureau du procureur soit inattaquable, tout pour que les preuves soient irréfutables et que le meilleur des avocats n'y puisse rien.
- Mais si malgré tout il s'en sortait, malgré tous vos efforts, toute votre bonne volonté ? Pouvez-vous m'assurer que je serai en sécurité ?
- Ce que je peux vous assurer, Monsieur Carter, c'est que si cette éventualité se produisait, et il n'y a que bien peu de chances que ça arrive, alors nous assurerions votre protection, vous avez ma parole.
- Ma protection…
La voix de l'homme était amère.
- Autrement dit je devrai changer d'identité, de ville, de profession. Je devrai mettre toute ma vie d'avant à la poubelle tandis que lui pourra vivre heureux et libre au grand jour !
- Et bien…
Don ne savait pas quoi répondre à cet argument de bon sens qu'il avait déjà entendu et dont il reconnaissait le bien-fondé. Mais que pourrait-il bien faire de plus si l'impensable se produisait ?
- Je sais, vous pensez peut-être que c'est un bien petit risque à courir, un bien petit prix à payer pour mettre un tel monstre hors d'état de nuire ?
Don n'interrompit pas Carter qui semblait en fait s'adresser autant à lui-même qu'à l'agent qui lui faisait face, comme suivant un dialogue intérieur.
- Et vous avez peut-être raison. Après tout, c'est peut-être en effet un bien petit prix à payer. Et puis pour ce que vaut ma vie actuellement… Peut-être qu'un changement radical ne ferait que la rendre plus palpitante finalement, peut-être que, dans cette nouvelle vie, j'aurais enfin l'occasion de faire quelque chose dont je pourrait être fier.
- Vous avez l'occasion de faire quelque chose dont vous pourriez être fier maintenant, en cet instant, dit alors Don, saisissant la balle au bond. A ce moment précis vous pouvez nous donner l'opportunité peut-être d'identifier un dangereux tueur en série. Si votre témoignage nous permet de l'identifier, vous sauverez sans doute la vie de nombreuses personnes.
A nouveau l'homme regarda l'agent droit dans les yeux et celui-ci y vit soudain les doutes être balayés par une tranquille et nouvelle assurance. Ebenezzer Ephraïm Carter venait de prendre sa décision :
- Vous avez raison. Alors d'accord, je vais vous aider à dresser ce portrait robot.
- Merci monsieur Carter, soupira l'agent soulagé tandis que, dans le local de surveillance, les trois agents et le mathématicien échangeaient des sourires et de vigoureuses claques dans les mains : enfin ils allaient peut-être pouvoir avancer !
- Si vous voulez bien me suivre, continuait Don à l'adresse de son témoin, je vais vous présenter au technicien qui vous aidera à dresser le portrait robot.
Lorsqu'ils sortirent de la salle, David, Colby, Mickaël et Charlie s'empressèrent de les rejoindre en même temps que deux autres agents qui, depuis un moment, attendaient de voir Don pour régler avec lui quelques détails.
Le chef de service s'entretint alors durant plusieurs minutes avec ses subordonnés après avoir demandé à Carter de l'excuser. Ce dernier, regardait fixement Charlie, de l'air de quelqu'un qui reconnaît un visage familier mais sans pouvoir mettre un nom dessus. De son côté, Charlie sentait grandir cette impression d'avoir lui aussi déjà vu cet homme, impression qu'il avait déjà eu en l'observant sur les écrans de contrôle.
- Attendez…, dit soudain Carter, vous êtes…
Colby, qui avait accueilli l'homme fit les présentations :
- Professeur Charles Eppes, Agent spécial Sinclair, Agent spécial Spooner.
C'est tout juste si Carter honora les deux derniers d'un regard tandis que sa main molle se perdait dans leur poigne énergique. Pas plus qu'il ne parut d'ailleurs prêter l'oreille aux mots d'encouragement et de remerciements banals que prononcèrent les deux agents. Toute son attention semblait rivée sur Charlie.
- Charles Eppes ?
- En effet, répondit celui-ci.
- Mais… Vous n'êtes pas agent du F.B.I. non ? Vous êtes professeur à Calsci ! Alors…
- Oui, je suis en effet professeur à Calsci, mais je suis aussi consultant au F.B.I., sur cette affaire notamment et…
- Eppes ! Attendez un instant…
L'exclamation s'échappa soudain des lèvres du témoin tandis que son regard passait alternativement de Charlie à Don.
- Vous êtes de la même famille ? questionna-t-il soudain.
- Oui, Don est mon frère.
- Je comprends, ça explique votre implication.
- Mais d'où nous connaissons-nous ? interrogea à son tour le consultant.
- Nous nous sommes rencontrés lors d'un gala de bienfaisance organisé par le recteur. Vous y étiez venus en compagnie de Mildred Finch que je connais depuis plusieurs années !
- Oui ! Je vous remets maintenant ! s'exclama Charlie, se remémorant en effet cette soirée et les minutes particulièrement ennuyeuses qui s'étaient égrenées lorsque Millie lui avait présenté Ebenezzer, un de ses amis d'antan dont la conversation soporifique n'avait pas amélioré le début de migraine qui taraudait le mathématicien depuis le commencement de cette soirée à laquelle il assistait à son corps défendant, sur injonction expresse de sa supérieure.
- Je comprends que vous n'ayez gardé aucun souvenir de moi, dit Carter. C'est vrai que nous ne nous sommes pas rencontrés dans des conditions idéales pour que…
- Non, tenta de protester Charlie, déchiré entre son honnêteté coutumière et sa bonne éducation.
- Ne vous en défendez pas professeur Eppes, je sais bien que je suis affreusement bonnet de nuit. Mais que voulez-vous ? On ne se refait pas !
Tandis que le consultant, confus cherchait une réplique, les yeux attentifs de Carter se mirent à faire le tour des autres agents présents dans le bureau, en commençant par les trois qui se tenaient le plus près, pour passer aux deux qui discutaient avec animation avec Don et puis aux autres, disséminés dans les alvéoles de l'étage, tous semblant accaparés par leurs tâches respectives.
Charlie, qui ne le quittait pas des yeux, eut l'impression qu'il pâlissait. Il présuma qu'à nouveau l'homme se sentait écrasé par cette responsabilité qui venait de lui tomber sur les épaules. Alors qu'il cherchait les mots pour le rassurer, Don revint vers eux :
- Bon, vous êtes prêt ? demanda-t-il à son témoin.
- Je crois oui.
- Vous vous sentez bien ? s'enquit l'agent, soudain inquiet de la pâleur de l'homme sur le front duquel une sueur malsaine s'étalait.
- Oui, c'est juste que… Il fait très chaud ici, vous ne trouvez pas ?
- Vous voulez qu'on vous apporte quelque chose à boire ? s'empressa Colby, à son tour alarmé par le malaise visible qui s'était emparé de l'homme.
- Je veux bien oui, et puis…
Son regard se mit à chercher désespérément autour de lui et Don comprit ce qui se passait. Sur un signe de sa part, David s'empressa d'avancer une chaise sur laquelle l'homme s'effondra. Colby revenait avec un verre d'eau qu'il attrapa d'une main tremblante et absorba rapidement. Il parut aussitôt reprendre du poil de la bête et leva la tête vers les agents qui l'entouraient, le regard inquiet.
- Ca va aller, excusez-moi. Je crois que c'est le contrecoup de tout ça ! dit-il en faisant un vague geste de la main.
- Ne vous excusez pas, répondit alors Don, ça peut arriver à tout le monde.
- Ce que vous faites est très courageux, appuya Charlie.
- Vous croyez vraiment ? dit Carter en levant son regard vers lui.
- J'en suis persuadé.
Les yeux myopes parcoururent à nouveau les visages qui l'entouraient et un long frisson le saisit. Il regarda Don en face :
- Vous pensez que j'ai raison de faire ça ?
- Oui, tout à fait. Et croyez bien que nous vous sommes reconnaissants de votre aide !
Sans ajouter un mot, les agents présents opinèrent de la tête pour appuyer les propos de leur chef.
Le petit homme se redressa alors et, d'une voix un peu tremblante il demanda :
- Bien, alors on fait quoi maintenant ?
- Et bien l'agent Granger va vous escorter jusqu'à notre technicien.
- Et c'est tout ?
- C'est tout. Ensuite vous pourrez rentrer chez vous.
- Oui, je crois que j'ai besoin de me retrouver un peu au calme.
Lorsque l'homme eut disparu, suivant Colby, ce fut Mickaël qui, à son habitude, attaqua :
- Tu le crois fiable toi ?
- Ecoute, il a visiblement peur, alors s'il veut témoigner c'est sans doute qu'il y a quelque chose.
- Ouais… Mais ce type de témoin…
- Quoi ?
- Tu l'as vu… Il risque de nous péter dans les pattes à la première occasion.
- Je n'en suis pas si sûr, intervint Charlie, avant que Don n'ait pu objecter.
- Ah non ? Et pourquoi ça pet…
Mike se mordit la lèvre au moment où le surnom abhorré allait lui échapper. C'était plus fort que lui : dès que Charlie le contrait, il ne pouvait s'empêcher de laisser remonter ses anciens réflexes de lycéen moqueur et condescendant.
- Et pourquoi ça, Charlie ? reprit-il, jetant au passage un regard penaud vers Don qui se contenta de le foudroyer du regard.
Qu'il ait ou non remarqué l'interruption dans la réplique, Charlie eut l'intelligence de ne pas relever ni le ton un peu sarcastique, ni le surnom avorté :
- Et bien, comme vous l'avez remarqué, il a peur et lorsque quelqu'un qui a peur décide de passer par-dessus ce sentiment, en général plus rien ne l'arrête.
- Ouais… J'espère que tu as raison, maugréa l'agent, peu convaincu. Bon en attendant on fait quoi ? reprit-il à l'intention de Don.
- Et bien on attend de voir si notre portrait robot donne quelque chose et puis on avisera.
- Autrement dit on ne bouge toujours pas.
- Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse Mickey ? On ne va pas partir à l'aventure dans tous les sens non ?
- Mais est-ce que tu te rends compte que ce type peut frapper à tout moment une nouvelle fois ? Et qu'on est là les bras croisés à…
- Je te rappelle qu'on ne se croise pas les bras, coupa Don d'un ton sec. Mais quand on n'a rien on n'a rien ! Enfin, qu'est-ce qui t'arrive Mike ?
Celui-ci se passa une main lasse sur le visage :
- Désolé Don. Ce type me met les nerfs en pelotes ! Et puis je crois que je manque un peu de sommeil aussi.
- C'est vrai que depuis deux jours tu n'as pas beaucoup dételé, compatit son collègue.
- Toi non plus, rétorqua Mike.
- Non, mais moi je ne subis pas la même pression que toi ! Et puis je ne subis pas non plus le décalage horaire ! Alors si tu allais te reposer un peu…
- Tu crois que c'est possible ?…
- Ecoute, tu viens de le dire toi-même. Pour le moment on est bloqué. Alors profites-en donc pour récupérer. Parce que quand les choses vont s'accélérer, et elles s'accélèreront obligatoirement, il faudra que tu sois en pleine forme. Je ne veux pas d'un zombie sur le terrain !
- Zombie toi-même, rétorqua l'agent avec un sourire. Bon, alors si vraiment ça ne te dérange pas…
- Non seulement ça ne me dérange pas, mais c'est un ordre que je te donne ! File et que je ne te revois pas avant demain !
- OK ! Merci ! Alors salut et à demain !
- C'est ça, à demain Mickey.
- A demain Charlie !
- A demain.
Saluant ainsi tous ceux qu'il croisait, l'agent de Washington ne tarda pas à prendre congé. Don se tourna alors vers son frère.
- Tu devrais y aller aussi Charlie, on n'ira pas plus loin ce soir de toute façon.
- Mais si le portrait de Carter donne quelque chose ?
- S'il donne quelque chose de probant, ce sera alors notre affaire, pas la tienne ! Rentre te reposer frangin, tu en as besoin.
- Toi aussi tu en as besoin !
- Mais moi pour le moment je n'en ai pas le temps.
- Don, ce n'est pas raisonnable…
- Charlie ! Je suis assez grand pour m'occuper de moi !
Le ton coupant de l'aîné cachait mal son attendrissement de voir son cadet s'inquiéter pour lui. Pour autant, il n'avait pas l'intention de le laisser le materner, il en avait passé l'âge depuis longtemps. Et puis le chef ici, c'était lui !
- David, tu raccompagnes Charlie ? Et puis rentre aussi. Inutile que nous restions tous sur le pont ! De toute façon si le portrait donne quelque chose je te ferai signe.
- OK boss ! répondit l'agent ainsi interpellé sans chercher à discuter. Tu es prêt Charlie ?
- Le temps de prendre mes affaires et je te suis, répondit le mathématicien, comprenant qu'il ne servirait à rien de protester davantage, et ce d'autant plus qu'il était réellement épuisé par sa journée de calculs infructueux.
Au moment de quitter les lieux, il se retourna tout de même vers son frère qui s'apprêtait à rejoindre le local technique pour voir où en était le portrait robot…
- Essaie tout de même de ne pas rentrer trop tard, lui dit-il l'air soucieux, ne s'attirant en retour qu'un regard furibond tandis que l'agent maugréait une réponse incompréhensible entre ses dents.
Mais son cadet ne fut pas dupe de sa réaction et ne s'en formalisa pas outre mesure : il connaissait son petit Don illustré sur le bout des doigts maintenant !
Il était plus de vingt-trois heures quand Carter vint enfin à bout de son portrait robot, patiemment guidé par le technicien de service et encouragé par Colby.
Les agents furent déçus : l'homme avait décrit monsieur tout le monde. Taille moyenne, blond, sans signe distinctif, corpulence passe partout, bref, rien qui permette de circonscrire vraiment un profil. Tant pis, cela pourrait quand même s'avérer utile en recoupant avec les résultats que ne manquerait pas de leur fournir Charlie. En espérant que, d'ici là, le maniaque n'aurait pas récidivé.
(à suivre)
