Chapitre 14 : Animagus

Harry se leva très tôt le lendemain, l'esprit encombré de tellement de questions qu'il savait ne plus pouvoir trouver le sommeil. A défaut, il décida d'aller petit-déjeuner après avoir pris une bonne douche.

Ayant laissé les plats sous des sorts de conservations pour les autres habitants du Manoir, il remonta dans sa chambre pour récupérer les liasses de documents que lui avait remis Grinok la veille. Après une courte réflexion, il se dirigea vers les combles de la maison. Il savait que Séverus ne lui en voudrait pas, et il avait vraiment besoin de solitude pour digérer tout ce qu'il avait appris.

Ayant découvert une petite pièce mansardée dont la fenêtre donnait sur le loch scintillant, il conjura un pouf confortable et commença sa lecture. Sans surprise, il trouva le détail des avoirs de la famille Potter, ainsi que de la famille Black.

Outre la fortune en gallions, le manifeste détaillait de nombreux bijoux et artéfacts magiques, des objets précieux et souvenirs des deux familles ainsi qu'une très grande collection de livres rares dans les coffres de Gringotts. D'autres documents mentionnaient l'hérédité de titres nobiliaires, mais ce n'était pas précisé.

Il découvrit ensuite le détail des propriétés immobilières. Il savait bien sûr que ses parents avaient une maison à Godric's Hollow, bien qu'il en ignore l'état actuel, mais il se retrouvait désormais avec une dizaine de propriétés disséminées de par le monde : un domaine en Irlande un autre en France dans la région de Grasse, réputée pour ses fleurs à parfum et selon toute vraisemblance, d'après les papiers, producteur d'ingrédients de potions extrêmement rares un palais dans la ville des Doges et une île semblait-il magique dans la mer Egée, au large de Santorin, et cela pour le côté Potter. Du côté Black, il savait que le QG de l'Ordre était établi à Square Grimmaurd, maison de famille des Black. A cela s'ajoutait un manoir dans le Sud de l'Angleterre, une villa sur la Riviera Espagnole et une île, encore une, dans le célèbre Triangle des Bermudes, et enfin une villa dans le cœur de Beverly Hills.

Harry passa toute la matinée à réfléchir à cette nouvelle situation Comment voulait-on qu'il puisse gérer tout cela ? Il n'avait même pas une vague idée de ce que cela représentait en livres anglaises. Laissant ces relevés de côté, il se dit que Lucius accepterait sûrement de lui donner quelques explications. Après tout, la famille Malefoy était réputée pour être l'une des plus puissantes et plus riches du monde sorcier.

* HPDM *

Un peu découragé, il redescendit en entendant son estomac gronder. En atteignant le rez-de-chaussée, il perçut des bruits dans la cuisine. Narcissa fut la première à l'apercevoir :

- Harry, tu vas bien ? On ne t'a pas vue de la matinée ?

- Je suis désolé, Madame Malefoy, je crois que j'avais besoin de réfléchir à tout ça.

- Oh, ce n'est rien, Harry, mais appelle-moi Narcissa. Viens, tu as faim ?

- Oui, merci.

Et Narcissa poussa Harry à table avant de déposer une assiette bien garnie devant lui.

- Tu as lu les papiers que Grinok t'a donnés hier, supposa Séverus.

- Oui, Prof… Séverus, et franchement, ça me fait peur.

- Peur ? demanda Draco, légèrement narquois. Tu te retrouves richissime et tu as peur ?

- Eh bien oui, Draco, je ne sais pas comment je dois faire avec … tout ça, rétorqua Harry, un peu sur la défensive.

- Et c'est une réaction tout à fait normale, reprit Lucius, en claquant une main sur la tête de son fils. Avec l'argent vient énormément de responsabilité, encore plus quand on sait que les familles Potter et Black sont également détentrices d'un siège au Magenmagot.

- Quoi … que, mais je n'ai rien lu là-dessus, pâlit Harry

- Cela devait être mentionné pourtant, s'étonna Lucius. Le titre de Lord est héréditaire dans les deux familles et ce titre va toujours de pair avec un siège de représentant.

- Oh ! Oui, j'ai bien vu quelque chose, mais je n'avais pas compris.

- Eh bien, si tu le souhaites, je pourrais peut-être te former, comme je le fais avec Draco, pour apprendre la gestion de ta fortune.

- Si cela ne vous dérange pas, j'accepte avec plaisir. Merci Monsieur Malefoy.

- De rien, Harry et appelle-moi Lucius. De plus, n'oublie pas que Grinok a également accepté de t'aider.

Harry fit un petit sourire timide à l'encontre de l'aristocrate blond que l'impressionnait tellement. Il se souvint d'un autre détail qui l'avait intrigué lors de sa lecture.

- Mons… Lucius, le manifeste des Gobelins mentionnait deux sceaux, un pour chaque famille, mais j'ignore de quoi il s'agit.

- Eh bien, il s'agit d'une sorte de cachet portant les armoiries familiales. Il est utilisé lors de la rédaction de contrats ou de documents légaux, afin d'authentifier lesdits documents. Ils sont généralement en possession du chef de famille.

- Mais je n'ai aucun sceau. Ils ne sont pas indiquer dans le détail des contenus des coffres.

- J'imagine que celui des Black doit être dans le bureau de Sirius, au Square Grimmaurd, intervint Narcissa. Je me rappelle que mon grand-père nous avait un jour montré un coffre dans lequel il conservait le sceau et les copies de certains contrats. Il doit sûrement y être encore.

- Quand à celui de ton père, Harry, j'imagine que Dumbledore a pu le récupérer dans les ruines de la maison de Godric'Hollow, extrapola Séverus.

- Ben, pourquoi il ne l'a pas remis à Harry, alors, demanda Draco, perplexe.

A cette question pertinente, les trois adultes échangèrent un regard tout aussi désorienté. Pourquoi le vieux sorcier n'avait-il pas remis le sceau à Harry en même temps que sa clé de Gringotts.

- Tout simplement pour pouvoir l'utiliser à son avantage, répondit Harry.

- Non, c'est impossible, dit Lucius, seul le chef de famille est en droit t'utiliser le sceau et tu l'as appris toi-même, la signature de ces documents implique une authentification par le sang.

- Non, c'est logique, reprit Harry. Sans les évènements du Ministère et les révélations qui ont suivi, sans ce qui s'est produit chez mon oncle et ma disparition, j'aurai encore fait confiance aveuglément à Dumbledore. Il lui aurait été très facile de me manipuler encore et de m'amener à signer tout et n'importe quoi, finit-il écœuré, tant par sa naïveté que par les manipulations du vieux sorcier.

- Ton raisonnement se tient, Harry, répondit Lucius. Heureusement, tu pourras désormais te tenir sur tes gardes.

Le silence retomba dans la cuisine. Il était évident que chacun retenait un flot de questions, mais pour le moment, personne ne savait trop comment les formuler.

* HPDM *

Séverus empoigna brutalement son avant-bras en poussant un gémissement. Haletant, il remonta sa manche et exposa la Marque des Ténèbres qui pulsait sur la peau blanche.

- Il m'appelle, souffla-t'il.

- Mais pourquoi ? Il a bien vu que tu nous avais aidés à fuir, interrogea Lucius.

- Je ne sais pas. Peut-être que …

- Non, Professeur ! s'écria Harry.

- Harry, tout était très confus.

- Non ! Vous ne devez pas y aller. Depuis que les Malefoy ont trahi Voldemort, quel est votre statut ? Et s'il sait que vous les avez aidés ? Je n'avais jamais réfléchi à ce que cela impliquait pour vous. C'est bien trop dangereux ?

- Nous ne le saurons que si je me présente à sa convocation !

- Mais …

- Harry, je suis espion depuis des années, ne crois-tu pas que je peux me protéger, même de lui ?

- …

- Très bien. J'ai un portoloin d'urgence qui me ramène directement aux limites du domaine. Crois-tu que tu peux étendre sa portée ?

- Oui, je peux le rendre assez puissant pour passer les barrières d'anti-transplanage, de la même façon que je suis arrivé ici.

- Alors, fais-le s'il te plaît.

Harry empoigna le petit bouton que lui tendait Séverus et le serra fortement. Une forte lueur bleue entoura sa main avant qu'il ne rende le portoloin modifié à son Professeur.

- Il devrait pouvoir vous ramener directement dans le Hall, Mons… Séverus.

- Ne t'inquiète pas Harry. C'est une chance que nous devons saisir pour continuer à espionner ce fou.

Après un dernier regard, Séverus s'éloigna rapidement pour récupérer sa robe de Mangemort et son masque.

D'un accord tacite, les quatre occupants de la cuisine se rendirent à la Bibliothèque, l'attente risquant d'être longue et angoissante.

* HPDM *

Deux heures plus tard, Harry avait retrouvé sa place de guetteur dans l'escalier. Draco s'était assis à côté de lui et les deux adolescents fixaient intensément le centre du Hall, comme si leurs regards pouvaient ramener l'absent.

Un craquement sonore se fit soudainement entendre et la longue silhouette noire apparut enfin. Après un moment d'hésitation, elle se laissa tomber à genoux et les deux garçons ayant dévalé les marches la rattrapèrent avant qu'elle ne glisse tout à fait au sol.

Harry sortit précipitamment deux fioles de sa poche, anti-douleur et post-doloris. Séverus les avala rapidement avec un gémissement approbateur. Il se laissa ensuite conduire jusqu'à la Bibliothèque où Lucius les attendait tandis que Narcissa préparait des tasses de thé pour tout le monde.

- Professeur, hésita Harry.

- Ca va Harry. Juste quelques doloris. J'ai déjà connu bien pire. Je ai utilisé le portoloin un peu par curiosité, pour voir s'il passait vraiment toutes les barrières de protection.

- Alors, il n'a pas compris pour les Malefoy ? continua l'adolescent.

- Bizarrement, Harry, personne ne s'est rendu compte de mes actions ce jour-là. Tous les témoins, même Bellatrix, jurent m'avoir vu lancer des maléfices sur Lucius, Narcissa et Draco. Le Seigneur des Ténèbres lui-même a durement puni certains de ses fidèles, persuadé qu'il est de les avoir vus gêner mes efforts pour attraper les fuyards, sourit-il. Je te l'ai dit, tout était très confus ce jour-là. J'ai prétendu avoir fait le tour des propriétés des traîtres pour tenter de les retrouver, en vain.

- Donc Voldemort continue à vous faire confiance ?

- Confiance est un bien grand mot quand il s'applique au Seigneur des Ténèbres, mais oui, on peut dire ça comme ça. Par contre, ta disparition continue à le faire enrager. Il vitupère à qui mieux mieux contre Dumbledore qui n'est même pas capable de protéger son précieux petit Potter. J'en ai profité pour largement me plaindre des missions ridicules que le vieux fou me confiait.

- Vous savez, quand cette guerre sera finie, vous pourrez toujours vous reconvertir.

- Ah oui, et dans quoi, je te prie ?

- Vous pourriez devenir acteur ! déclara Harry avant d'exploser de rire devant le visage stupéfait de Séverus, qui se laissa entraîner par la bonne humeur du plus jeune.

- Espèce de morveux, va !

Et les éclats de rire retentirent dans la Bibliothèque, signe certain de soulagement face à la tournure des évènements.

* HPDM *

- Bien, voilà une question réglée, intervint Séverus après quelques minutes. Dites-moi, les garçons, que comptez-vous faire cette après-midi ?

- Je vais continuer à m'entraîner à la méditation dans le petit bois, répondit Harry qui avait hâte de continuer son entraînement animagus.

- Et moi, je vais essayer mon nouveau balai !

- Pas question, interrompit Lucius. Toi, tu vas faire tes devoirs de vacances.

- Mais, père, je les ai déjà faits, discuta Draco, avant de blêmir, se rendant compte que tout était resté au Manoir Malefoy. Oh non, ils sont à la maison…. Père, vous pouvez sûrement m'excuser. Vous savez que je les ai faits …

- Eh bien, dans ce cas, tu les referas facilement.

- Mais, je ne me rappelle plus les intitulés exacts … Et puis pourquoi Potter ne doit pas les faire lui ?

- En fait, Draco, je les ai faits au début des vacances. Je les avais rangés dans ma malle avant que … termina Harry dans un souffle, les tragiques évènements de sa « disparition » revenant à sa mémoire.

- C'est parfait, coupa Séverus, voyant l'expression de son élève refléter la détresse. Tu pourras donner les sujets des devoirs à Draco et si tu le souhaites, je peux jeter un œil sur tes essais.

* HPDM *

Tandis que Draco ronchonnait en prenant la direction de la bibliothèque, Harry récupéra ses devoirs dans sa malle pour les confier à Séverus. Il sortit ensuite tranquillement, bien décidé à découvrir sa forme animagus.

Il s'installa confortablement au pied d'un grand chêne, sur un épais tapis de mousse et se plongea tout doucement dans son esprit. Il lui fallut un peu de temps pour retrouver le calme et la sérénité qu'il avait appris à développer avec Caerulis.

Il entendait son mentor lui souffler de ranger ses souvenirs, de chasser les pensées importunes et de se laisser envahir par la paix.

- Ce n'est que dans la paix la plus tranquille que tu pourras rencontrer ton animagus. Calme-toi et vide totalement ton esprit. Laisse-toi dériver sans résister, laisse-toi porter là où te mènera ton subconscient. Alors, tu rencontreras ton animal et pourras l'apprivoiser. Alors, tu pourras en adopter la forme.

Et Harry se relaxa, se laissant lentement sombrer dans une profonde méditation, sa respiration se faisant lente et profonde, ses muscles se relâchant.

Lentement, une image se forma dans son esprit. Il aperçut une vallée encaissée, avec un lac tranquille en son centre. Les berges étaient douces, bordées d'arbres se balançant au gré de la brise. Et subitement, il le vit, se prélassant au soleil, sur un rocher plat surplombant l'eau. Lentement, il s'approcha jusqu'à s'assoir en tailleur juste devant l'animal, en silence.

Il sursauta un peu lorsqu'il croisa ses yeux. C'étaient les siens, ou presque. Seules les pupilles différaient. Elles étaient verticales, comme celles des chats, ou des reptiles.

- Bonjour, je m'appelle Harry !

- Je le sais. Il t'a fallu longtemps pour me trouver. Je t'attends depuis des années. Tu peux m'appeler Fulgor.

- Oh, excuse-moi. Je n'ai appris qu'il y a peu que je pouvais être un animagus. Tu sais, c'est pas quelque chose de si courant aujourd'hui.

- Oui, les sorciers ont beaucoup perdu avec le temps. Heureusement, tu as eu un bon professeur, rétorqua le dragon, puisque c'en était un, avec malice.

- C'est vrai que Caerulis est un excellent enseignant. Mais il ne m'avait pas dit que tu …

- Que je quoi… reprit le reptile devant l'air perdu et surtout penaud de Harry.

- Eh bien, que tu parlerais comme si tu étais différent de moi. Je croyais que l'animagus n'était qu'une autre forme que l'on pouvait prendre, pas une « autre personnalité ».

- Je suis bien Toi, en tant que forme animagus. Mais je suis une forme magique, je suis donc une sorte de conscience.

- Super ! grommela Harry, me voilà avec un Jimini Criquet. Et comment dois-je procéder pour me transformer maintenant que je t'ai trouvé ?

- Te concentrer. Tu dois superposer ton image humaine à celle de ton apparence animagus. Tu dois « m'étudier » avec beaucoup d'attention pour prendre ma forme.

Harry se remit sur pied et commença à tourner autour du dragon, étudiant ses pattes, la forme de sa tête et de sa queue, ses ailes. Il le scrutait avec la plus grande attention. Pour l'aider, Fulgor se prêta au jeu en volant, en étirant ses ailes, en crachant du feu.

Après un long moment, Harry se rassit et ferma les yeux. Il imagina sa silhouette et celle de Fulgor et tenta de les superposer.

Soudain, il ressentit un picotement dans les jambes, qui s'étendit rapidement à tout son corps. Il se concentra encore plus et lorsque la sensation de chatouillis disparut, il ouvrit précautionneusement les yeux.

Et tomba nez à nez avec un Draco Malefoy terrifié qui s'enfuit en hurlant vers le Manoir.

* HPDM *

Loin de là, dans un bureau encombré, Dumbledore relisait les rapports sur la disparition de Harry. Il restait encore deux semaines avant la rentrée des classes et si le gamin ne réapparaissait pas d'ici là, il serait dans l'obligation de le déclarer au Ministère.

Il était tout de même étonnant que le Ministre de la Magie n'en ait pas encore été informé, surtout au vu de la vitesse à laquelle Voldemort lui-même avait été mis au courant.

Mais Cornélius était toujours aussi inéfficace. Il avait cependant arrêté de le solliciter quotidiennement, espérant montrer par là qu'il pouvait se débrouiller seul, mais c'était vraiment loin d'être le cas. Sans compter que le Ministère était plus corrompu de jour en jour. Le nombre d'espions à la solde de Voldemort était très élevé, et même la « disparition-trahison » de Lucius Malefoy ne suffirait pas à alléger l'influence que le Lord Noir avait réussi à mettre en place. Cornélius n'était clairement pas de taille.

Du moins, était-ce l'avis d'Albus. Qui d'autre que lui pourrait enfin débarrasser le monde sorcier de ce mage noir pathétique ? N'avait-il pas défait Grindewald, pour le plus grand bien ? Et aujourd'hui, ces imbéciles s'imaginaient qu'ils pourraient se montrer plus efficaces que lui ?

Avec un sourire méprisant, Albus continua à ruminer ses pensées. Des années pour en arriver là, à placer chacun à sa place, comme on place ses pions sur un échiquier et tout était remis en question ! Tout ça à cause d'un gamin incapable de suivre les consignes et de rester dans sa famille ! Il avait laissé les Dursley aller trop loin. Ils devaient contenir le gosse, l'affaiblir, pas le massacrer.

Maintenant, il était obligé d'attendre que Harry refasse surface afin de le ramener sous son influence. Dans deux semaines, il pourra rectifier son plan et reprendre son contrôle.

Mais pour cela, il lui faudrait trouver de nouveaux alliés. Des alliés plus malléables. Des alliés plus proches. Des alliés qui ne pourraient pas être soupçonnés.