Lorsqu'Abby revint dans la chambre, Mewtwo n'avait toujours pas bougé. Il occupait un vieux fauteuil défoncé dans le coin le plus sombre de la pièce et l'avait placé de manière à tout voir arriver. Les rideaux étaient tirés, la lampe de chevet allumée, tout comme les différents appareils qui surveillaient l'état de Lise. Abby s'affala dans son propre fauteuil sans un mot et se mit à contempler la malade.
Ça faisait une semaine qu'elle végétait dans un état plus ou moins comateux. Elle avait pris une seringue hypodermique dans la hanche à la place de Mewtwo. Ces trucs-là étaient remplis d'un puissant décontractant musculaire. Bien dosé, il permettait de ralentir les battements cardiaques et de relâcher tous les autres muscles. Une fois touchée, la cible zigzaguait un peu, perdait le contrôle de ses mouvements et tombait au sol sans plus pouvoir bouger. Elle sombrait également dans un demi-sommeil à cause du rythme cardiaque ralenti. Enfin, c'est ce qu'on avait expliqué à Abby. Il n'avait pas fallu longtemps pour qu'elle comprenne le problème : la seringue étant destinée à Mewtwo, Lise s'était prise une dose beaucoup trop importante par rapport à son poids. Une dose potentiellement mortelle. En vérité, sans le massage cardiaque qu'Abby lui avait prodigué, Lise serait morte. Il n'était cependant pas certain qu'elle se réveille, à court ou à long terme.
– Elle remonte, pensa Mewtwo.
Abby tourna la tête vers l'écran de l'électroencéphalogramme et vit que les courbes changeaient effectivement de motifs mais ça ne voulait pas forcément dire que Lise se réveillerait. Ça faisait plusieurs jours que ce phénomène se répétait mais elle replongeait systématiquement au bout de quelques minutes. Et à chaque fois, Mewtwo s'enfermait dans le silence pendant des heures.
Bon, elle ne raffolait pas de sa conversation non plus. Lucas avait raison : c'était un pokémon très étrange et unique en son genre. Abby avait croisé quelques pokémons particulièrement intelligents – son Rayquaza faisait partie de ceux-là – mais celui-ci explosait tous les records. Il se savait supérieur aux « misérables humains » et ça ne jouait pas en sa faveur pour se faire des amis. Abby aimait peut-être les pokémons et les siens en particulier mais elle avait toujours été claire avec eux : il y avait des limites à ne pas dépasser. Or Mewtwo les piétinait allègrement. Il ne respectait pas les humains et estimait qu'il pouvait en tuer autant qu'il le voulait. D'ailleurs, il aurait bien détruit l'humanité entière si ça avait pu ramener définitivement Lise dans le monde des vivants.
Il avait beau dire et redire qu'il détestait les humains, qu'il ne voyageait avec celle-ci uniquement parce qu'elle avait une lourde dette envers lui et donc qu'elle lui appartenait, qu'ils avaient un but commun en prime, et cetera, Abby voyait bien qu'il tenait à elle. A sa manière, certes, mais le résultat était le même. Elle aurait bien aimé savoir ce qu'ils avaient traversé pour en arriver là mais il n'était pas possible de poser la question. Mewtwo ne répondrait pas ou pourrait se montrer désagréable si elle le faisait.
Ils avaient eu quelques petits accrochages au cour de la semaine. Il n'avait pas posé la main sur elle mais ce n'était pas passé loin. Depuis, Abby faisait attention à ce qu'elle disait. Elle n'avait pas envie de le combattre parce qu'elle avait la désagréable impression qu'elle y laisserait des plumes. La dernière fois, Auguste avait dû intervenir pour calmer les choses.
Mewtwo les avait téléportés dans l'endroit qu'il associait le plus à un hôpital. En vérité, c'était un ancien laboratoire. Il était à moitié détruit par une coulée de lave mais les bâtiments restants tenaient encore debout et étaient encore occupés. Il n'en fallait pas plus pour comprendre que ce n'était pas un laboratoire très officiel. D'après ce qu'Abby avait intercepté ici et là, ce n'était pas le genre d'endroit où on philosophait beaucoup sur l'éthique.
Auguste était à la fois champion d'arène, généticien, aubergiste et guide touristique à ses heures perdues. Il connaissait des tas d'anecdotes et de blagues et, surtout, il n'avait absolument pas peur de Mewtwo. Abby ignorait pourquoi mais elle appréciait d'avoir ce genre de personne dans les parages. Parce qu'à part Auguste, tout le monde évitait de contrarier Mewtwo ou simplement de le regarder dans les yeux. Il n'y avait pas grand monde au laboratoire mais il n'y avait pas d'exception.
L'électroencéphalogramme se calma un peu pour retrouver des courbes plus aplaties. Même Abby savait que ce n'était pas bon signe mais elle ne pouvait rien y faire. Elle vit Mewtwo fermer les yeux et l'entendit soupirer.
– Tu pourrais pas faire quelque chose ? demanda Abby, agacée par la situation.
Mewtwo ne lui répondit pas. Il prenait rarement cette peine.
– T'es un pokémon psy, continua-t-elle. Tu pourrais stimuler son cerveau ou j'sais pas quoi.
Toujours pas de réponse. Abby ravala les jurons qu'elle avait envie de cracher.
– On pourrait aussi la baffer pour voir si ça fait quelque chose.
Mewtwo rouvrit les yeux pour la fusiller du regard. Abby soutint ce regard violet qui terrorisait tant de gens et ne lâcha pas l'affaire, même quand un grondement sourd sortit de la gorge du pokémon. Il n'avait manifestement jamais appris où était sa place et quel était son rôle, en tant que pokémon, et voilà le résultat : une bestiole psy de cent vingt kilogrammes ultra-puissante, sans aucune morale et qui n'avait aucuns remords à tuer si on la contrariait. Abby n'aimait pas les mesures radicales mais elle était prête à fermer les yeux dans ce cas. S'il était question un jour ou l'autre de faire disparaître ce pokémon, elle participerait même à l'opération.
Malheureusement, elle comprenait Star et Lucas. Ils n'avaient pas les mêmes motivations mais ils auraient été d'accord sur la finalité. Mewtwo était peut-être un pokémon unique en son genre mais il représentait aussi un certain danger. D'après ce que Lucas lui avait dit, Abby savait que Mewtwo n'était pas innocent. Il était suspecté dans la disparition de plusieurs dresseurs, même s'il avait été innocenté concernant les événements autour de Flocombe. Si un pokémon posait problème, qu'il soit ou non en captivité, on l'éliminait par sécurité. Pourquoi le cas de Mewtwo serait-il différent ?
Aucun des deux ne voulait détourner le regard le premier et Abby se demanda combien de temps ça allait durer. Heureusement pour elle, Auguste fit son apparition. C'était un sexagénaire bien conservé, un brin dandy, au crâne rasé mais à la moustache bien entretenue. Il se baladait toujours avec une canne mais Abby avait remarqué qu'il ne s'appuyait pas dessus. C'était plus pour l'apparence qu'autre chose, tout comme ses costumes blancs toujours impeccables et ses polos de marque.
– Vous ne vous ennuyez pas trop, les enfants ? demanda-t-il avec un sourire bienveillant.
Mewtwo renifla et retourna à ses affaires. Ce ne fut pas au goût d'Auguste qui se rapprocha et frappa un pied du fauteuil de sa canne. Mewtwo gronda tout en fixant le champion mais celui-ci ne plia pas non plus.
– Il me semble que nous avions un accord, continua-t-il en faisant tourner sa canne. Nous soignons ta petite copine et, en contre-partie, tu te soumets à quelques tests.
– Elle n'est pas soignée, répondit froidement Mewtwo.
– Il n'a jamais été question de guérison. Tu m'as dit « soigne-la », j'ai répondu « je vais faire mon possible contre quelques petites choses ». Tu te souviens, je pense.
Mewtwo ne broncha pas mais Abby pouvait voir qu'il était en colère. Il était peut-être très intelligent mais il n'avait pas réfléchi sur le moment. Elle estimait qu'il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même. D'ailleurs, Auguste ne s'adressait pas à elle alors elle n'avait rien à dire.
– Je prends ça pour un oui, reprit Auguste. Bien. Allons, debout. Le scanner t'attend. On a bricolé une rallonge pour la table à ton attention. Tu as tellement grandi !
Mewtwo se leva à contrecœur. Il resta un instant à regarder Lise avant de suivre Auguste hors de la chambre.
– Je te préviens s'il se passe quoi que ce soit, lança Abby avant que le champion ne ferme la porte.
Enfin, ce n'était pas comme si Lise allait miraculeusement se réveiller maintenant, ajouta-t-elle pour elle-même.
– Arrête de bouger, ordonna une voix par l'interphone.
Mewtwo soupira puis s'astreignit à l'immobilité. Il le faisait souvent lorsqu'il chassait mais l'exercice lui paraissait bien plus difficile enfermé dans une boîte. Il n'était pas vraiment enfermé et il se trouvait dans un cylindre mais les effets étaient les mêmes. Les claquements et les grondements du scanner ne lui permettaient pas de se décontracter non plus. Ce n'était pas la première fois qu'il se laissait scruter par un scanner et ça ne lui plaisait pas.
La machine arrêta de faire du bruit et un homme en blouse blanche sortit de la pièce adjacente pour aider Mewtwo à sortir du scanner – il avait un moyen bien plus simple pour ça mais ça impliquait de faire sauter toute l'installation. L'humain était du genre que Mewtwo détestait le plus après les dresseurs : un scientifique. Il avait un physique très commun, un type moyen et brun à lunettes, avec quelques kilogrammes en trop peut-être. Il n'osait pas poser les yeux sur Mewtwo et c'était bien sa seule qualité.
– Tu veux venir voir ? demanda Auguste depuis l'autre pièce.
Mewtwo grogna plus qu'il ne répondit et se glissa dans ladite pièce sans oublier de se baisser pour passer sous la porte – il s'en était pris une ou deux au début.
Auguste était assis devant des ordinateurs, à un long bureau face à une épaisse vitre teintée. La pièce baignait dans une atmosphère verte assez perturbante mais Mewtwo ne montra pas son malaise. Il s'assit à distance respectable des trois humains présents. Auguste se décala un peu pour qu'il puisse bien voir les écrans. Ils présentaient des scans comme Mewtwo en avait déjà vus. C'était étrange de se dire qu'on pouvait voir à l'intérieur de lui avec des champs électromagnétiques et il se demanda un instant s'il ne faisait pas lui-même la même chose. Après tout, ce qu'il « voyait » lorsqu'il scrutait un corps correspondait plus ou moins à ces trucs sur les écrans.
– Il va falloir quelques minutes pour que les ordinateurs tirent une version en trois dimensions de tout ça, informa Auguste, mais on va attendre en regardant un peu. Bon, voyons ça.
Il resta silencieux un moment, tout comme les deux autres humains. Ils étaient très absorbés par leur tâche et Mewtwo perdit vite patience.
– L'examen de la tête ne présente pas d'anomalie, marmonna Auguste. Enfin, on a rien pour comparer mais on ne voit rien qui ressemble à une tumeur ou à un anévrisme. Tu sais ce que c'est ? demanda-t-il à l'intention de Mewtwo.
– Elle en a parlé, répondit-il.
– Tu pourrais l'appeler par son nom, tu ne crois pas ?
Mewtwo détourna la tête mais Auguste ne pouvait pas le voir parce qu'il était tourné vers les écrans, complètement absorbé. L'examen continua en silence quelques minutes encore avant qu'un assistant annonce que la visualisation était prête. Auguste l'afficha sur un très grand écran de l'autre côté de la pièce. Mewtwo ouvrit de grands yeux en se découvrant sur l'écran. C'était effectivement lui, allongé comme il l'avait été dans le scanner, mais sans couleur.
– Bon, l'épiderme ne nous intéresse pas pour l'instant, déclara Auguste.
Un assistant, celui à lunettes, tira un clavier à lui et appuya dessus. Soudainement, la peau disparut du modèle numérique et Mewtwo découvrit tous ses muscles, ses tendons, ses ligaments, le tout en couleurs pour l'occasion. Ça lui faisait quand même quelque chose de se voir ainsi et il n'était pas sûr d'apprécier. Le modèle tourna dans tous les sens plusieurs fois avant que les humains ne soient satisfaits. Ils éliminèrent les muscles comme ils l'avaient fait avec la peau pour laisser apparaître les organes. Cette fois, Mewtwo se décida : il n'aimait vraiment pas ce truc. Il allait faire part de sa découverte lorsque Auguste lâcha un « oh ! » qui surprit tout le monde.
– Zoomez sur le bassin, ordonna-t-il.
Ce que l'assistant à lunettes fit. Auguste se tapa le genou de la main.
– Eh bah ça alors !
– Quoi ? grogna Mewtwo.
– Voilà un changement sur lequel je n'aurais pas pu parier le jour de ta naissance.
Mewtwo gronda pour signifier qu'il n'aimait pas l'attente. Ce fut assez efficace sur les assistants mais Auguste en rit.
– Nous pouvons officiellement dire aujourd'hui que tu es devenu un grand garçon, railla Auguste. Tu vois ces deux glandes, là ? Ce sont des testicules.
– Et alors ? insista lourdement Mewtwo.
– Et alors, personne n'aurait pu penser que tu serais un jour capable de te reproduire. Enfin, ce n'est pas encore prouvé. Généralement, les hybrides sont stériles. Mais ce développement est très intéressant quand même.
– Les pokémons sont sexués, tout comme les humains. Pourquoi en serait-il autrement avec moi ?
– Tu as tort sur un point : tous les pokémons ne sont pas sexués, répliqua Auguste. Certaines espèces sont hermaphrodites ou carrément asexuées. Tu sais ce que ça veut dire ?
– Les hermaphrodites peuvent changer de sexe et les asexués n'en ont pas.
– Exact. La plupart des pokémons très rares, ceux que nous appelons « légendaires », est hermaphrodite. Cela leur permet de se reproduire si deux d'entre eux se rencontrent, afin de perpétuer l'espèce. Par exemple, si deux mâles sont mis en présence, l'un d'eux deviendra une femelle et ils pourront vaquer à la continuité de l'espèce. Dans le cas des asexués, on assiste à un processus qui tient plus de la bactérie que de la reproduction telle qu'on la conçoit. Ils se dupliquent, en fait. Une partie de leurs cellules souches se loge dans ce qu'on appelle une cavité pseudo-utérine et se met à se dupliquer et à s'organiser comme le ferait un gamète fécondé.
– Ils se clonent ? s'étonna Mewtwo.
– En quelque sorte. Enfin, ce n'est pas le cas des mews, dont tu es issu. Les mews font partie des hermaphrodites.
– Mais je ne suis pas un mew.
– Non, effectivement, tu es un hybride mais tu as conservé cette faculté, apparemment. Quelque chose a dû stimuler ta différenciation.
– Je n'ai jamais croisé de mew.
– Hybride, ça veut dire « mélange de différentes espèces ». Giovanni avait beau se targuer du titre de « clone », tu n'en es pas un. Nous avons dû compléter l'ADN de mew avec autre chose pour obtenir des sujets viables.
– Autre chose ? s'indigna Mewtwo. Des sujets ?
Auguste haussa les épaules.
– Tu crois être le seul ? lança-t-il sur un ton de défi. Alors tu te trompes. Tu es le seul qui aies survécu jusque là mais le projet M2 compte à ce jour plus de sept cent cinquante essais. Certains sont nés mais ont dépéri. La plupart n'a pas vu terme.
– Vous pensez au présent.
– Les expériences continuent, confirma Auguste.
Mewtwo se leva aussitôt et ses intentions ne laissaient guère de place à l'imagination mais l'humain plongea sa main dans une poche et en ressortit une petite télécommande qu'il lui brandit sous le nez.
– Un geste de trop et ta petite copine meurt, annonça Auguste. Et tu sais que je ne mens pas. Cette télécommande permet l'injection instantanée de cyanure dans le système sanguin de ta protégée. Elle sera morte dans la seconde suivante.
– Faites donc, défia Mewtwo.
Auguste fut décontenancé. Il tripota la télécommande quelques instants puis la rangea dans sa poche.
– Il serait dommage de la supprimer, s'expliqua-t-il. C'est un de mes sujets d'études, après tout.
– Un sujet d'étude ?
– A ma connaissance, c'est le seul être humain auquel tu apportes un semblant d'intérêt. C'est une énigme, vois-tu ?
Mewtwo renifla. Décidément, les humains ne comprenaient pas son point de vue. Il n'avait aucun intérêt à supprimer l'humaine puisqu'elle pouvait lui servir et elle lui servirait tôt ou tard. Bon, pour l'instant, elle lui avait surtout apporté des problèmes mais il fallait savoir voir à long terme.
– Pour en revenir au sujet qui fâche, reprit Auguste, tu n'es pas unique. Il s'avère juste que tu es le seul qui aies survécu. Je t'emmènerais voir tes petits frères et sœurs plus tard, si tu veux.
Mewtwo fronça les sourcils. Il savait qu'Auguste le provoquait. Il ne devait pas y répondre mais la tentation d'asséner un coup fut plus forte que la raison.
– Aucun ne marchera. Je ne les sens pas.
Auguste fit un drôle de sourire, entre l'agacement et l'amusement. Il fit un signe à l'assistant à lunettes qui continua à enlever des trucs sur l'écran. Un squelette complet apparut mais l'attention de tout le monde fut détournée par la sonnerie d'un téléphone. Auguste décrocha. Il lança un regard à Mewtwo en écoutant puis raccrocha.
– Ta petite copine est réveillée, annonça-t-il. On dirait que tu es un gros veinard.
Abby n'osait plus quitter son coin de la chambre. Elle n'était pas bien grande et présentement occupée par un médecin et une infirmière très affairés autour du lit. Ils inspectaient Lise sous toutes les coutures et celle-ci les repoussait mollement.
C'était un peu sa faute si Lise s'était réveillée « miraculeusement maintenant ». Abby s'était levée pour aller se dégourdir les jambes et elle avait arraché un câble en bougeant son fauteuil. Ce câble se révéla vite être indispensable au bon fonctionnement du respirateur artificiel qui cessa toute activité. Des alarmes s'étaient mises à bipper partout et Abby avait appelé à l'aide. Le médecin, un joli brin de fille, n'avait pas eu à faire grand chose, à sa grande surprise. L'arrêt brutal du respirateur avait forcé Lise à respirer par elle-même. On lui avait retiré un tube de la gorge et attendu quelques minutes pour voir comment les choses allaient. Il ne fallut pas beaucoup plus de temps pour que Lise ouvre les yeux. L'infirmière avait alors appelé Auguste et maintenant encore plus de monde allait débarquer.
Abby se sentit terriblement à l'étroit lorsque Mewtwo arriva – en claquant un grand coup la porte qui fit un trou dans le mur au niveau de la poignée. Il ignora majestueusement le médecin et l'infirmière pour s'intéresser uniquement à Lise. Celle-ci marmonnait des trucs incompréhensibles et luttait manifestement contre le sommeil. Mewtwo prit d'office sa tête entre ses mains et ferma les yeux. Abby le suspectait d'effectuer un petit scran-crâne à sa façon. Lorsqu'il eut terminé, il tira sur la blouse de la malade pour voir si elle avait d'autres blessures et Lise marqua un peu plus son mécontentement. Elle lâcha même un « arrête » très convainquant pour un mort vivant. L'ordre suffit tout de même à stopper Mewtwo. Il reporta son attention sur les câbles qui reliaient encore Lise à des machines et les arracha d'un coup sans même les toucher.
– Qu'est-ce que vous faites ? s'indigna le médecin alors que les machines criaient au viol.
Abby trouva surréaliste de vouvoyer Mewtwo mais elle se contenta de rester à sa place au lieu de faire part de son mauvais esprit.
Mewtwo ne répondit pas mais ses gestes étaient assez éloquents. Il se baissa pour prendre Lise dans les bras et Abby savait qu'il voulait se téléporter mais l'arrivée d'Auguste dans la chambre le retint.
– Repose-la, ordonna Auguste. Tu la mets en danger en agissant ainsi.
– Je m'occuperai d'elle, objecta Mewtwo. Je l'ai déjà fait.
– Son entorse mal rétablie, c'est ton fait ? demanda le champion. Et son anémie ? Ses carences ? Faut-il aussi parler du coma de sept jours suite à une erreur d'administration d'une seringue qui t'était destinée ?
Abby vit une brève expression de culpabilité passer sur le visage de Mewtwo. Elle trouvait cet Auguste vraiment fort pour arriver à faire douter un tel pokémon. Elle aurait bien aimé savoir comment il s'y prenait.
– Elle est sortie du coma, reprit le médecin, mais elle n'est pas tirée d'affaire pour autant. Il faut la surveiller de très près pendant au moins deux jours et procéder à des examens complets. Son cerveau a été privé d'oxygène, c'est très grave. Elle a peut-être des séquelles. Croyez-moi, tout ce dont elle a besoin maintenant, c'est d'un lit et de repos dans de bonnes conditions, pas d'être trimbalée à droite et à gauche sans aucune précaution.
Mewtwo hésita quelques secondes puis reposa Lise dans son lit. Ça lui coûtait visiblement. Il laissa cependant le médecin et l'infirmière replacer les électrodes et rebrancher les câbles. Il leur fallut un peu plus de temps pour la perfusion, le temps de repercer la veine ailleurs – Mewtwo l'avait arrachée aussi et sans aucune délicatesse car Lise saignait.
Auguste attendit en lissant sa moustache et n'intervint que lorsque la tension eut décru dans la chambre. Il frappa trois coups au sol de sa canne pour attirer l'attention des personnes présentes.
– Tu pourras l'emmener dès que le docteur Sulivan aura donné son accord, confirma-t-il. Deux jours minimum, c'est bien cela, docteur ?
– Tout dépend de la vitesse de rétablissement de la patiente, répondit le médecin. Deux jours est un minimum mais resterait un délai dangereux. Le mieux serait une semaine d'observation. Elle s'est prise une dose qui correspondait à plus de deux fois son poids. Ce genre de chose a de lourdes conséquences.
– Bien bien, coupa Auguste qui n'avait pas envie qu'on s'éternise encore sur le sujet. Cela te laisse un peu de temps à me consacrer, Mewtwo.
– J'ai déjà fait le scanner, répliqua sèchement Mewtwo.
– Je parlais au pluriel. « Quelques petites choses », tu te rappelles ?
Mewtwo fronça les sourcils et gronda mais ça n'impressionna pas Auguste. Au contraire, son sourire s'élargit. Il congédia le médecin et l'infirmière ainsi que les assistants restés à la porte. Abby ne bougea pas parce qu'elle n'avait reçu aucune instruction particulière. Elle aurait nettement préféré sortir elle aussi parce qu'elle se doutait d'un coup fourré.
– Je t'ai parlé succinctement du projet M2, reprit Auguste une fois la porte fermée. Eh bien, ici, c'est un peu le M2bis. Le projet a été lancé par la Team Rocket et les financements nous venaient d'elle. Lorsque Giovanni a enfin récupéré un sujet viable, il a décidé d'arrêter les frais. Le laboratoire a été fermé et le volcan l'a partiellement détruit à la fin de la même année. Seulement, tu as pris ton indépendance, dirons-nous, et Giovanni s'est retrouvé sans rien après avoir tant dépensé. Nous lui avons fait une offre qu'il a déclinée. Nous avions peut-être réussi mais tous les documents et les brevets lui appartenaient. Il a monté un autre laboratoire de son côté, un laboratoire où il a repris ses recherches. J'ai un espion là-bas et je sais qu'il a réussi. (Mewtwo se figea.) Enfin, qu'il est sur le point de réussir. Ses sujets sont encore endormis, comme tu l'as été pour terminer ta croissance, mais ce n'est plus qu'une question de semaines, peut-être de jours.
Auguste se ménagea une petite pause mélodramatique durant laquelle il passa une main ridée sur son front tendu, comme sous l'effet de la fatigue.
– Il va d'abord attaquer ce laboratoire, lorsque ses clones seront prêts, continua-t-il sur un ton sûr mais abattu. Nous avons mené nos propres expériences de notre côté, avec des méthodes différentes, beaucoup moins agressives. Nos petits ne peuvent pas être déplacés, pas avant leur naissance. Ils mourront certainement.
Abby jugea que jouer sur la fibre de l'instinct de survie de l'espèce ne marcherait pas sur Mewtwo et un coup d'œil suffit pour confirmer ses pensées. Mewtwo se fichait autant des futures petites copies de lui que de sa première chaussette. Auguste dut s'en rendre compte lui aussi car il réattaqua sous un autre angle.
– Et ensuite, Giovanni te cherchera et te traquera sans répit. Il lancera sur toi ses nouveaux clones, mieux pensés, mieux fabriqués, mieux entraînés, et tu n'auras plus qu'à te terrer dans une grotte et prier pour qu'on ne te trouve pas. Tu as tout intérêt à le détruire avant qu'il ne te détruise.
Mewtwo renifla, ce qui arracha un sourire à Abby. Ce long monologue l'avait aussi fait sourire. Pourquoi tant de mélodrame ? Auguste aurait pu se contenter de dire « détruis mon ennemi », il aurait perdu moins de salive.
– Deux jours, c'est ça ? demanda Mewtwo.
– Minimum, insista Auguste. Ta petite copine est dans un sale état.
– Je suis pas sa petite copine, marmonna Lise dans un état second.
Personne ne releva, même si tout le monde lança un regard en coin à la malade. Elle luttait encore pour garder les yeux ouverts. Mewtwo posa à nouveau sa main sur sa tête mais ne fit rien ni n'ajouta quoi que ce soit. Lise tenta de bredouiller quelque chose mais elle n'en avait plus la force. Elle se contenta de le regarder tout en papillonnant des yeux et relever les paupières fut plus difficile à chaque battement.
– Deux jours, répéta Mewtwo.
Il attrapa Abby par l'épaule et les téléporta.
ADN de grenouilles hermaphrodites -> gros bordel -> vélociraptors qui se reproduisent -> traumatisme). Disons que l'un des 2 pokémons en présence se dévoue à la tâche. Ou ils font ça à pierre-papier-ciseaux-lézard-Spock. Star et Lucas ? Disons qu'Abby ne parle pas de choses qui fâchent quand elle n'est pas sûre de pouvoir gérer la situation après, ce qui est présentement le cas ^^, Et disons aussi qu'il faut que je me décide sur leur sors... ça me fait penser que j'ai oublié la blessure de Mewtwo... Tant pis, il est grand, il se démerde (à la base, il devait se faire exploser un rein mais qu'importe...) Merci ! Et bonne continuation pour le truc qui te plaît pas ! ->
