Chapitre XIV

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Le repas était assez joyeux – la Cour privée du Chancelier savait apparemment mettre de l'ambiance lors d'un repas de fête – et se prolongeait assez tard. Teyla et le Chancelier échangeaient des anecdotes sur leurs peuples, Ronon se régalait des mets locaux en écoutant leur conversation, et Nadje et Sheppard se racontaient à l'oreille des choses visiblement très amusantes, sous les coups d'œil lassés de McKay.

Quand l'alcool local commença à vraiment faire son effet, Sheppard et Nadje s'éclipsèrent sous prétexte, lui d'aller aux toilettes, elle de lui montrer où c'était. McKay s'excusa alors auprès des hôtes : il avait besoin d'aller faire un tour – au passage il ignora la remarque moqueuse de Ronon sur son manque de résistance à l'alcool.

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Il y avait une petite forêt prolongeant les jardins du Manoir. Rodney s'appuya dos à l'un des premiers arbres en fermant les yeux pour savourer le silence ambiant.

Mais le bruissement du vent dans les feuilles fut rapidement couvert par un léger bruit. McKay rouvrit les yeux et tenta de sonder l'obscurité formée par les ombres des arbres, mais il n'arrivait pas à voir quoi que ce soit. Il déglutit et se dirigea le plus discrètement possible vers la source de ce bruit, qu'il finit par identifier comme étant des voix… et pas n'importe lesquelles ! Il s'agissait indéniablement de John et Nadje. Le cœur du scientifique manqua un battement quand il les imagina en train de…

" Non ! Pas de spéculation sans preuve concrète…

Il secoua la tête pour chasser cette idée et recommença à avancer vers la source du bruit… bruit qui devenait de plus en plus suspect à ses oreilles. C'est alors qu'il les vit : Nadje le dos contre un arbre, les jambes enroulées autour de la taille du Colonel John Sheppard, qui avait le pantalon sur les chevilles.

Le Docteur Rodney McKay se cacha derrière un arbre en étouffant un sanglot de désespoir, puis partit en courant dans la direction opposée. Après quelques dizaines de mètres, il trébucha et tomba de tout son long. Il se roula en boule et commença à pleurer en gémissant « Non… Non ! ». Cela dura de longues minutes avant qu'il ne puisse reprendre le contrôle de lui-même. Il se releva et s'adossa à un arbre pour respirer profondément. Une fois qu'il se sentit prêt à revenir – c'est-à-dire pas en ayant l'air d'avoir pleuré –, il voulut retourner au banquet… et s'aperçut qu'il s'était perdu !

- Mouais, voila ce qui arrive quand on court aveuglément en forêt la nuit… Et merde, tiens ! Maudit Sheppard ! J'ai bien fait de ne pas lui faire confiance…

Il tenta de se repérer mais les étoiles n'étaient pas visibles à travers le feuillage et cette planète ne possédait pas de lune.

- Bon, bah… Y'a plus qu'à !

Il s'assit en tailleur contre un arbre en attendant qu'on vienne le chercher.

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Quelques minutes – qui parurent des heures à l'impatient scientifique – il entendit qu'on l'appelait. Il se releva et cria « Par ici ! » le plus fort possible.
Ronon arriva le premier près de lui.

- McKay, ça va ?

Il ouvrit la bouche pour répondre, et aperçut le Colonel et Teyla courant vers eux. Il attendit qu'ils s'arrêtent près de Ronon et, dirigeant son regard par-dessus l'épaule de Sheppard, dit d'un ton grinçant :

- Moi aussi j'avais un besoin pressant…

Le militaire frissonna quand son regard croisa celui du scientifique, comprenant que celui-ci l'avait surpris. Il avala sa salive et dit, le plus calmement possible pour ne pas alerter Teyla et Ronon :

- Rodney, j'aimerais vous dire un mot seul à…
- Je n'ai rien à vous dire, 'Colonel'.

Il avait bien insisté sur le grade, et John compris à quel point Rodney était blessé. Teyla, remarquant la tension, préféra calmer les esprits :

- Il se fait tard, nous ferions bien d'aller nous reposer.
- Oui, allons-y… » souffla Sheppard en réponse, la tête basse.

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Cette nuit-là, John alla plusieurs fois toquer à la porte de Rodney.
Mais à chaque fois, seul le silence lui répondit, et il retournait dans sa chambre en soupirant, la gorge serrée par sa propre honte.

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À Suivre…