Aussi improbable que cela puisse être, l'intempérie gagna davantage en puissance pendant le trajet du Poudlard Express. Comme si, suite à l'échec des Détraqueurs, les forces du Mal étaient entrées dans la colère la plus noire qu'on puisse imaginer. Lily n'aurait su dire pourquoi, ni comment, mais elle avait la certitude que la météo était étroitement liée à quelque chose de malfaisant. C'était comme si, tout à coup, elle avait été capable de détecter le Mal sous ses apparences les plus improbables.
Tout au long de l'après-midi, la pluie gagna en intensité, s'écrasant plus violemment que jamais contre les fenêtres des compartiments et le toit du Poudlard Express. Les vitres martelées se mirent également à trembler d'une furieuse secousse lorsque le tonnerre intervint ; et l'obscurité subit elle aussi la colère du Mal, déchirée par instants par des éclairs aveuglants. A plusieurs reprises, pendant sa patrouille dans le train, Lily crut apercevoir une foudre s'abattre sur la Terre. On aurait dit qu'un cataclysme sans précédent pointait le bout de son nez.
Bouleversés par l'attaque des Détraqueurs, les élèves de première année étaient soumis à une épreuve de nervosité avancée. A la demande du professeur McGonagall, Lily avait passé un long moment avec les nouvelles têtes – les plus jeunes – de Poudlard pour tenter de les rassurer, mais ses efforts n'avaient pas eu l'effet escompté sur tout le monde. Les plus secoués étaient les enfants de Moldu, qui avaient eux-mêmes interprété cette attaque comme un assaut ciblé sur eux. Et les jeunes sang-pur racistes ne s'étaient pas gênés pour les approuver avec un enthousiasme sadique.
Hantée par la propre menace qui pesait sur elle, Lily accueillit avec une franche réjouissance l'arrivée du Poudlard Express à la gare de Pré-au-Lard. Soulagée de pouvoir s'éloigner de la paranoïa générale qui se répandait comme une épidémie chez les enfants de Moldu de première année, Lily chassa de son propre esprit les pensées moroses que les nouveaux élèves avaient réussi à lui inspirer. Comme la possibilité que cette attaque ait eu pour objectif de la capturer, ou de kidnapper James Potter.
Dès que le train s'arrêta à quai, Lily fut l'une des premières à descendre et inspira une grande bouffée d'air comme si sa vie en dépendait. L'esprit apaisé, libéré de la paranoïa qui la menaçait, elle attrapa la main de Sonia et prit la direction de l'entrée de la gare. Derrière elle, la voix sonore de Hagrid à grand-peine le martèlement assourdissant de la pluie :
─ Les première année et les nouveaux, par ici !
A gauche et à droite, plusieurs personnes les saluèrent, Sonia et elle. Lily répondit par des sourires, des hochements de tête, des signes de la main, sachant pertinemment que sa voix ne parviendrait pas aux oreilles de ses interlocuteurs. Les cheveux trempés, dégoulinants, elle resserra sa prise sur la main de la petite brune lorsqu'elle sentit Sonia s'écarter d'elle, puis toutes deux se retrouvèrent sur la chaussée où, comme d'ordinaire, les calèches tirées par les Sombrals invisibles pour la plupart des élèves étaient alignées.
Lily sentit son cœur s'arrêter brièvement, ses poumons se vider et un frisson glacial parcourir toute sa colonne vertébrale. Car, pour la première fois, les Sombrals n'étaient pas invisibles. Elle les voyait très bien, leurs yeux d'un blanc laiteux immobiles, leurs corps squelettiques et noires luisants comme de la soie à la lueur des lanternes. Les chevaux ailés étaient aussi visibles que ses camarades… sauf qu'elle n'aurait pas dû les voir.
Plongée dans une torpeur glaciale, Lily entendit vaguement Sonia l'interpeller, mais elle ne réagit pas. Il fallut qu'un bras passe autour de ses épaules et qu'une paire de lèvres dépose un baiser affectueux sur sa joue pour que Lily émerge enfin de son atrophie mentale. Tournant la tête lentement, comme si ses yeux refusaient de quitter les Sombrals du regard, elle finit par les forcer à les orienter vers le jeune homme à qui appartenaient le bras et la bouche.
Warren Cromwell, qui d'autre ! Le Poufsouffle lui adressa un sourire radieux en les entraînant, Sonia et elle, vers la calèche la plus proche, ses cheveux bruns mi-longs ruisselants d'eau, son visage mat et finement ciselé contrastant merveilleusement avec ses yeux d'un bleu extraordinairement clair. Aussi galant qu'à l'ordinaire, Warren lâcha les deux jeunes femmes pour ouvrir la portière et s'inclina en les invita à prendre place.
L'attitude exagérément grotesque de Warren parvint à arracher un faible sourire à Lily, qui lança une dernière œillade vers les chevaux aux ailes de cuir avant de monter dans la calèche. Grelottant, elle fut rejointe par Sonia. Warren prit place sur la banquette d'en face en refermant la porte derrière lui, et la diligence s'ébranla.
─ Alors, ces vacances ? demanda-t-il.
Il parla d'une voix plus forte qu'à l'ordinaire pour couvrir le battement de la pluie contre les vitres.
─ Torrides, prétendit Sonia d'un air rieur. Lily était intenable !
─ Ca ne m'étonne pas d'elle, assura Warren d'un ton amusé.
─ Ce n'est pas ma faute, se défendit Lily. Sonia passait son temps en maillot de bains !
Warren sourit. Plus que n'importe quel autre garçon, le Poufsouffle pouvait prétendre avoir toutes ses chances avec les deux jeunes femmes. De mémoire, Lily ne se souvenait pas avoir éprouvé une aussi grande complicité avec un homme, pas même avec Severus. Avec Warren, elle pouvait aborder toutes les discussions sans tabou, elle n'en ressentirait aucune gêne. Et cette affection toute particulière, cette relation aussi insolite que celle qu'elle vivait avec Sonia, s'expliquait avant tout par les différences qui caractérisaient Warren des autres jeunes hommes de Poudlard.
L'amitié entre Warren et les deux jeunes femmes était née d'une manière toute aussi étrange que leur relation. Malgré sa bonne humeur apparente, Warren était loin d'être quelqu'un d'heureux et, même si Lily répugnait à le reconnaître, leur ami était faible. Lors de leur troisième année, la mère de Warren avait été assassinée par les Mangemorts ; sans son père, mort depuis longtemps, il s'était retrouvé du jour au lendemain orphelin. Lily et Sonia ne le connaissaient pas du tout, à l'époque, mais elles avaient eu un choc lorsqu'elle l'avait aperçu monter sur le rempart de la tour d'astronomie.
Ni une ni deux, les deux jeunes filles s'étaient précipitées jusqu'à lui. Au moment où il basculait dans le vide, Lily avait tiré sa baguette magique et décoché un éclair de lumière sur le garçon pour le rejeter en arrière. Il avait atterri à leurs pieds, douloureusement, mais sous le choc. Ils avaient très longuement discuté, ratant le dîner et le couvre-feu, et s'étaient fait prendre par le concierge, Argus Rusard, hors de leur salle commune.
Depuis, leur relation n'avait cessé d'évoluer, notamment lorsque Lily, remarquant en cinquième année que Warren traversait une dure épreuve, avait fini par lui faire avouer qu'il était perturbé par ses choix sentimentaux. A l'époque, en effet, le cœur de Warren penchait pour deux septième année : s'il savait que ses chances étaient très faibles avec la préfète-en-chef, elles étaient carrément nulles avec le jeune homme qui lui plaisait.
Etrangement, l'orientation sexuelle de Warren avait débloqué quelque chose dans leur relation. Lily et Sonia s'étaient montrées beaucoup plus ouvertes, parlant de sujets qu'elles n'abordaient jusqu'alors qu'entre elles.
─ Au fait, vous êtes au courant pour le nouveau prof de défense ? reprit Warren. Teresa en parlait tout à l'heure. Elle s'est carrément jetée sur nous pour nous apprendre la nouvelle. Le nouveau prof, c'est le portrait de Potter tout craché et, plus étonnant encore, il s'appelle lui aussi Potter.
Lily haussa les sourcils. Elle n'était pas proche de James, mais elle le connaissait depuis suffisamment longtemps pour savoir que le Maraudeur n'avait plus aucune famille. Son oncle Charlus, lui semblait-il, était mort depuis plus d'une décennie, et sa tante Dorea était morte en février. A part ses parents et Sirius Black, qu'il considérait comme un frère, James n'avait aucun parent. Néanmoins, il était étrange que Dumbledore ait accepté d'engager quelqu'un portant le même nom et ressemblant beaucoup à un élève.
Au cours des années précédentes, plusieurs pères et mères avaient essayé d'obtenir ce poste. Bien sûr, il était indubitable que si Dumbledore les avait refusés, c'était en croyant qu'ils ne conviendraient pas à ce poste. Il fallait reconnaître que des employés de bureau manquaient cruellement de crédibilité en prétendant être experts en défense contre les forces du Mal. L'espace d'un instant, Lily se souvint que James était lui aussi menacé par le Lord noir et une désagréable pensée lui traversa l'esprit, mais elle la chassa aussitôt.
Si elle continuait à avoir ce genre de pensées, elle finirait par devenir complètement paranoïaque. S'il y avait bien une chose dont on ne pouvait douter, c'était que Dumbledore ne confiait pas un poste de professeur à n'importe qui, même si ses précédents choix en matière de défense contre les forces du Mal laissaient toujours Lily perplexes. La preuve en était que sans l'intervention du professeur Potter, les choses auraient plus mal tourné pendant l'attaque.
Cette constatation fit naître une nouvelle pensée désagréable, que Lily s'empressa d'étouffer. Secouant la tête légèrement, comme pour remettre ses idées en place, elle fut soulagée que la diligence dépasse le portail de Poudlard et ses piliers de pierre. La calèche remonta l'allée menant jusqu'au château, dont les tours pointues furent brièvement illuminées par un éclair à travers l'épais rideau de pluie. Enfin, la voiture s'immobilisa devant le large escalier de pierre.
Accompagnée de Sonia et de Warren, Lily se hâta de pénétrer dans l'immense hall d'entrée et sortit sa baguette magique pour sécher ses vêtements, imitée par ses deux amis. Puis, de nouveau secs, tous les trois suivirent la masse d'étudiants se dirigeant vers les hautes portes de la Grande Salle, où le plafond magique représentait le même ciel noir que celui qu'on apercevait à travers les fenêtres.
Dépassant les tables de Serpentard et de Serdaigle, au-dessus desquelles flottaient des chandelles par centaines, Lily et Sonia se séparèrent de Warren en atteignant la table de Poufsouffle et poursuivirent leur chemin jusqu'à celle de Gryffondor. Où elles retrouvèrent Marie, leur amie aux cheveux blonds et courts.
─ Quel temps ! commenta Marie en leur adressant un sourire chaleureux. On croirait presque que la fin du monde approche, non ? La Gazette du sorcier va se faire incendier, elle qui annonçait un soleil resplendissant et des températures caniculaires. Alors, comment se sont passées vos vacances ? Lydia m'a dit qu'elle vous avait aperçues sur le Chemin de Traverse et que vous étiez toutes les deux parties chez toi, Sonia ?
─ Ouais, répondit la petite brune d'un ton joyeux. J'ai tellement manqué à Lily au mois de juillet que je n'ai pas eu le cœur de la refuser quand elle m'a implorée de l'héberger.
La version officielle – tout au moins, celle que Lily et Sonia étaient censées répandre si on leur posait des questions sur l'hébergement de la belle rousse par les Winston – prétendait que la gaie petite brune avait invité Lily à séjourner chez elle pendant tout le mois d'août. Mais, comme à son habitude, Sonia n'avait pas résisté à la tentation de faire savoir que Lily l'adorait et, en conséquence, elle avait modifié la version officielle sans en parler à son amie.
Marie connaissant Sonia, toutefois, elle ne laissa pas trompée et soupçonna naturellement Sonia d'être à l'origine du séjour de Lily chez les Winston. Amusée, Lily posa un regard affectueux sur la brunette mais capta un mouvement vers le fond de la Grande Salle et tourna les yeux dans cette direction. Une seconde plus tard, un grand silence s'installa tandis que le professeur Potter, plus robuste que James et nullement handicapé par une quelconque myopie, s'asseyait tranquillement entre le minuscule Filius Flitwick et la potelée Pomona Chourave.
Le silence se rompit rapidement, brisé par les murmures précipités que les élèves s'échangeaient pour commenter la ressemblance frappante entre James Potter et le nouveau professeur, ou pour rappeler à leurs amis qu'ils ne s'étaient pas trompés en affirmant que le Maraudeur et l'enseignant pourraient se faire passer pour des frères. Lily tourna ses yeux d'émeraude vers les Maraudeurs, curieuse de prendre connaissance de leur réaction.
Les cheveux secs et en bataille, James discutait avec Sirius, plus carré et séduisant, à voix basse. Pâle, l'air malade et les yeux soulignés de grands cernes noirs, Remus Lupin écoutait attentivement avec un léger pli entre les sourcils. Quant à Peter Pettigrow, petit et grassouillet, il continuait d'observer le plus âgé des deux Potter, la bouche entrouverte.
─ Eh ben ! s'exclama Marie, époustouflée. Teresa et Kim m'avaient dit que la ressemblance était très frappante, mais je n'imaginais pas qu'elle l'était à ce point-là ! Au fait, vous avez les nouveaux ? Il y a une fille et deux garçons, apparemment. Chris prétend que la fille est un canon comme on n'en avait jamais vu à Poudlard.
Instantanément, comme si une partie du cerveau de Lily assimilait « canon » à la jeune femme croisée non loin de chez elle, le visage d'une beauté impressionnante de celle-ci lui revint en mémoire sans la moindre difficulté. Elle avait beau avoir soupçonné – ou espéré – que cette adolescente viendrait faire ses études à Poudlard, l'idée qu'elle puisse être véritablement présente cette année dans le château lui inspira une étrange nervosité réjouie.
Elle n'eut pas vraiment l'occasion de s'attarder sur ce sentiment inattendu, cependant, car les portes de la Grande Salle, qui s'étaient refermées derrière le dernier élève à être entré, se rouvrirent et établirent un silence cérémonieux. Le professeur McGonagall entra, le visage toujours aussi sévère, un tabouret dans une main, un vieux chapeau usé et rapiécé dans l'autre. Derrière son chignon serré, les élèves de première année la suivaient, pâles d'appréhension et tremblants de nervosité.
Fermant la marche, les trois fameux nouveaux tant attendus. L'estomac de Lily gazouilla d'une façon inattendue quand elle aperçut la jeune femme qui hantait ses pensées, sa longue chevelure blond-blanc scintillante à la lueur des bougies, ses yeux verts et clairs parcourant la Grande Salle dans ses recoins les plus improbables, comme si elle s'attendait à tomber dans un piège. A côté d'elle, un jeune homme provoqua quelques gloussements. Tandis qu'un sourire amusé amplifiait sa beauté, Lily décela un très léger mouvement sur sa gauche et remarqua que les Maraudeurs, James et Sirius en particulier, étaient penchés vers Remus et Peter et leur murmuraient quelque chose.
Quant au troisième nouveau, il serait presque inaperçu s'il n'avait pas été une nouvelle tête – et si son teint n'avait pas été aussi blafard. Le visage pointu, les yeux d'un noir glacé et les lèvres étonnamment roses, sa haute silhouette effilée se déplaçait avec une légèreté et une élégance captivantes, comme si ses pieds s'étaient contentés d'effleurer le sol. Ses cheveux châtain, attachés en une longue queue de cheval, firent ricaner quelques garçons moqueurs, mais il ne parut pas les entendre.
Le professeur McGonagall atteignit l'estrade sur laquelle se dressait la table des enseignants et arrêta la file devant. Montant dessus, elle déposa le tabouret puis le chapeau miteux, et s'écarta d'un pas en fixant son regard perçant et vif sur l'étoffe. Le silence s'intensifia nettement tandis que tous les yeux se focalisaient sur la coiffe, qui remua et se redressa. La déchirure, tout près du bord, s'ouvrit alors :
Plus d'un millénaire s'est écoulé
Depuis qu'la première pierre eût été posée
Et que notre belle école fut fondée
Pour accueillir les apprentis sorciers.
Chaque année depuis ma création,
Je suis dans l'obligation
De remplir mon rôle à la Répartition
Et de vous faire connaître votre maison.
Mais si je ne regrette rien du devoir,
Que j'accomplis gaiement envers Poudlard,
Je désespère lentement de vous voir
D'oublier vos querelles et vos déboires.
Depuis longtemps je suis confronté
A la dure réalité de la rivalité
Qui partage les maisons créées
Par nos Fondateurs bien-aimés.
Hélas, les choses se gâtent à l'extérieur
Et bientôt s'abattra un sinistre malheur
Qui brisera sans doute nos cœurs
Et nous plongera dans l'horreur.
Voyez les signes, mes amis,
Car l'Ennemi grandit et s'endurcit,
Et prochainement, je vous le dis,
Poudlard sera détruit !
Chaque maison serait une aide considérable
Au terrible Mal qui m'accable,
Mais Poudlard sombrera d'une façon lamentable
Si l'opposition reste instable.
A Serpentard vous trouveriez,
Les esprits les plus rusés,
Ceux qui devant la difficulté,
Cherchent à la contourner.
A Serdaigle ont été réparties
Les intelligences les plus accomplies,
Celles qui jour et nuit
Défient tous les soucis de la vie.
A Poufsouffle sont assimilées
La détermination et la loyauté,
C'est là-bas que vous trouverez
Les esprits les plus acharnés.
Quant au courage du combattant,
C'est à Gryffondor qu'il vous attend,
Dont la main toujours se tend
Même pour épargner les mécréants.
A présent que chaque maison connaît la qualité
Qu'elle pourrait apporter pour nous sauver,
Pose-moi sur ta tête et laisse-toi guider
Par l'vieux Choixpeau enchanté.
Les applaudissements éclatèrent aux quatre coins de la Grande Salle mais, comme lors de chacune des rentrées auxquelles Lily avait assisté, la chanson fut succédée par de nombreux chuchotements. Elle ne s'en étonnait pas : les terribles mises en garde du Choixpeau magique avaient commencé au moment où le sinistre Lord noir avait fait son apparition et, bien qu'il ait fallu attendre le début de la décennie pour que le Seigneur des Ténèbres soit considéré comme une réelle menace, Lily avait entendu dire que le Choixpeau avait toujours su quel danger représentait le Mage noir.
Le professeur McGonagall s'avança alors en tenant un rouleau de parchemin qu'elle ouvrit. Lançant un regard brûlant et circulaire aux quatre longues tables, elle imposa facilement le silence et appela la première personne figurant en tête de la liste des nouveaux étudiants. Cependant, Lily constata que la Répartition des première année n'intéressaient pas vraiment ses camarades. De toute évidence, tout le monde attendait avec impatience le tour des trois adolescents.
Chaque fois qu'un élève de première année était réparti, toutefois, ses nouveaux camarades n'étaient pas avares en applaudissements. Malgré l'excitation de découvrir quelles maisons recevraient l'un des adolescents, les étudiants n'oubliaient pas la rivalité qui les opposaient en matière d'accueil bruyant et chaleureux. Enfin, Tabata Xanders fut envoyée à Serpentard – et reçut les applaudissement les moins prolongés – puis le professeur McGonagall appela :
─ Crossfield, Astan !
L'élégant jeune homme au teint blafard s'avança d'un pas souple et s'assit sur le tabouret, mais Lily ne le suivait déjà plus du regard. Elle avait, en effet, remarqué que les deux autres nouveaux avaient échangé un regard indéchiffrable en découvrant l'identité d'Astan Crossfield. Intriguée, elle reporta son attention sur le Choixpeau magique, que le professeur McGonagall posait sur la tête du garçon. Il y eut un silence d'attente et :
─ SERPENTARD !
A l'exact opposé de la table de Gryffondor, celle de Serpentard explosa en applaudissements et en cris réjouis, comme si l'envoi d'Astan Crossfield dans leur maison leur assurait déjà de gagner la Coupe de Quidditch ou celle des Quatre Maisons. Aucune émotion ne traversa le visage blafard de Crossfield, qui se faisait copieusement siffler par les autres maisons. Dès qu'il eut pris place à côté de cette brute de Mulciber, le professeur McGonagall reprit :
─ Green, Drön !
Le jeune homme s'avança, serein, sans accorder la moindre attention aux quelques personnes qui se moquaient de son prénom pour le moins insolite. D'un autre côté, Lily réalisa que le prénom Astan ne pouvait prétendre être plus répandu que celui de Drön Green, qui s'assit sur le tabouret. Le Choixpeau se baissa sur son crâne et réfléchit.
─ GRYFFONDOR !
Le professeur McGonagall ôta le chapeau et Drön Green rejoignit la table de Gryffondor, bruyamment applaudi. Lily eut un léger sourire : on pouvait compter sur les Maraudeurs pour faire un maximum de bruits. Drön s'installa en bout de table et tous les regards se tournèrent vers la jeune femme.
─ Watson, Alana ! conclut le professeur McGonagall.
Décidément, les prénoms étranges devenaient à la mode ! Mais Lily se moquait bien du prénom de la jeune femme et de sa singularité ; satisfaite de connaître l'identité de l'adolescente, elle se redressa très légèrement, presque inconsciemment, et se surprit à espérer que le Choixpeau magique enverrait cette mystérieuse adolescente à…
─ GRYFFONDOR !
Incapable de se retenir, Lily fut l'une des personnes qui applaudit le plus fort. Alana, indifférente à cet accueil comme aux sifflements hostiles des Serpentard, rejoignit Drön. Les mains brûlantes, Lily laissa ses bras retomber et contempla encore un peu Alana Watson tandis que le professeur McGonagall se faufilait par la porte derrière la table des professeurs, emmenant avec elle le Choixpeau et le tabouret.
Dumbledore se leva alors, les bras largement écartés, le sourire rayonnant, sa longue barbe argentée et ses grands cheveux assortis étincelant à la lueur des chandelles :
─ Bon appétit !
