Lorsque Alexis et Drago réussirent enfin à sortir du Manoir Malefoy, ce fût pour atterrir dans la chambre de la jeune femme, tous les deux plein de sang, et devant un Severus Rogue à la mine atterrée. Il soupira grandement avant de commencer à soigner les deux adolescents. Le cas de Drago n'était pas quelque chose de soignable avec de la magie mais avec du temps et, peut-être, des visites chez un psychomage alors, après avoir refermé les quelques plaies et avoir résorbé quelques hématomes, il l'envoya aller prévenir les autres de sa présence ainsi que de se reposer. Enfin, il put s'atteler à la tâche ardue que constituaient les multiples blessures de la jeune femme devant lui.
Ce n'était pas la première fois qu'il la soignait, ni la première fois qu'elle se blessait autant en utilisant ses pouvoirs mais c'était bien la première fois que toutes ses blessures étaient aussi graves. Les coupures étaient présentes sur tout le corps sans aucune exception et venaient s'ajouter à quelques traces de sorts extrêmement bien placés. D'ordinaire, ces mêmes coupures étaient assez superficielles et disparaissaient après un ou deux jours, une semaine grand maximum pour les pires cas mais, cette fois-ci, c'était entièrement différent. Les blessures d'Alexis étaient de vraies ouvertures sur l'intérieur de son corps et c'était assez effrayant à voir.
Severus songea à toutes les potions de régénération sanguine qu'il allait devoir faire afin de remplir son stock qu'il allait invariablement devoir vider. Ajoutez à cela des soins réguliers et vous obtiendrez du temps supplémentaire que le directeur de Poudlard devra enlever sur ses nuits de sommeil déjà trop courtes.
Blaise vit Drago sortir de la chambre d'Isabella et il se sentit tout d'abord un peu jaloux. Son meilleur ami aurait tout de même pu lui indiquer qu'il était en vie au lieu d'aller tout d'abord voir cette moldue. Drago, lui, ne comprit pas tout de suite pourquoi Blaise lui parlait d'Isabella et, après tout, il n'y fit pas réellement attention, trop perdu qu'il était entre les chocs répétés et sa libération soudaine.
Le lendemain, Alexis sentit, au réveil, une énorme douleur suinter de tous les pores possibles et inimaginables de sa peau. Son corps entier était une douleur constante et sa seule envie était de rester couchée jusqu'à être totalement guérie mais elle ne pouvait pas. Elle avait déjà pris beaucoup trop de risques en allant chercher Drago, il ne fallait pas qu'elle se compromette maintenant. Cependant, garder un tel déguisement magique lui prenait beaucoup plus d'énergie qu'elle n'en avait et dont elle avait besoin pour aller mieux alors il fallut faire un choix.
Isabella était plus petite ? Alexis courberait le dos pour perdre quelques centimètres.
Isabella avait bien plus de formes ? Alexis utiliserait des vêtements, paires de chaussettes ou autre, pour changer son corps.
Seuls les cheveux et les yeux posaient problèmes puisqu'Alexis refusait de se couper les cheveux et que, pour les couleurs, elle ne pouvait de toute façon rien y faire. Au pire des cas, si la jeune femme commençait à sentir que quelque chose n'allait pas, elle pourrait toujours prétexter un rhume et repartir dans sa chambre.
Ainsi démarra la journée d'Isabella.
Au cours de la matinée, tout se passa bien mais les choses finirent par se gâter lorsque le midi, elle sentit que, justement, quelque chose n'allait pas. Si elle restait là, ses cheveux et ses redeviendraient ce qu'ils étaient à l'ordinaire et cela n'augurait rien de bon. Comme prévu, elle prétexta une petite maladie et s'empressa de fuir la table pourtant encore pleine de victuailles.
Blaise et Ginny ne firent pas attention. Ils ne portaient pas Isabella dans leurs cœurs alors le fait qu'elle couve un petit rhume ne les intéressait pas du tout. Seul Drago la regarda partir et seul lui se rendit compte d'un petit détail troublant. Ses cheveux étaient en train de redevenir blonds et de repousser allègrement et ça, ce n'était pas normal.
Dès que le repas fût fini, Drago s'empressa de quitter la table et d'aller frapper à la porte d'Isabella mais personne ne répondit.
La curiosité était un vilain défaut, pourtant, mais le jeune homme n'y fit pas attention et entra tout de même et ce qu'il découvrit lui fit presque vomir.
Allongée au travers de son lit, comme si elle n'avait pas eu d'autre choix que de se laisser tomber une fois assez proche de sa délivrance, la jeune femme était couverte de cicatrices ouvertes et d'hématomes béants. Les cheveux longs, le visage fin, les pommettes saillantes et des yeux qu'il n'était possible de voir nulle part ailleurs… Drago reconnut tout de suite la personne qui était devant lui, si faible que cela lui paraissait étrange.
Cette jeune femme était la même personne qui les avait accueillis, Blaise, Pansy et lui dans la Salle sur Demande.
Cette jeune femme était la même personne qui était venu le sauver alors qu'il était piégé dans sa propre maison familiale.
Cependant, un problème persistait car ces deux femmes possédaient deux identités différentes et Drago n'était pas encore sûr que le nom d'Isabella soit une troisième identité inventée de toute pièce ou que cette femme avait simplement volé la place de cette moldue.
Il fallait réfléchir de manière logique.
Dans la Salle-sur-Demande, la jeune femme s'était présentée sous le prénom d'Eméra, un prénom typiquement féminin digne des hautes sphères de la société sorcière.
Dans le Manoir Malefoy, Voldemort avait appelé cette jeune femme « Alexis », un prénom sûrement moldu qui sonnait bien plus masculin.
Et maintenant, voilà que cette personne prenait l'apparence d'une certaine Isabella et se faisait passer pour une moldue depuis une durée indéterminée. Pourquoi ?
Drago ne comprenait pas ce qui pouvait pousser quelqu'un à jongler entre autant d'identités différentes alors, pour savoir, il préféra attendre au chevet de cette jeune femme qui lui semblait à la fois si proche et si lointaine, telle une amie qu'il ne connaissait pas. Lorsqu'il vit, sur la table de chevet, une note gribouillée avec l'écriture qu'il reconnut comme étant celle de son parrain, le jeune homme ne put s'empêcher de lire et il s'empressa de donner à cette fausse Isabella les soins dont elle avait besoin.
S'il y avait, derrière cette inconnue, un peu de la personne avec qui il avait tant apprécié parler, alors il ferait beaucoup de choses pour la sauver.
