Bonjour, Bonjour !

Merci, merci, merci, merci, merci, merci, merci, m… (- Euh… C'est bon là… Ils ont dû piger l'essentiel de l'idée, on peut passer à la suite / - Oups ! C'est vrai…) Pas de panique ! Il m'arrive parfois de me disputer avec mon ego : je suis un peu schizo mais rien de bien dangereux, au fond… Enfin… J'crois pas… Ou alors… Non, non ! L'explosion du barbecue était un cas isolé… …Hein ? Quoi la décoloration du chien ! Mon « ça » m'avait dit qu'il serait plus mignon en bleu et il avait raison ! Quoi, quoi, quoi ? L'omelette de champignons vénéneux était juste une mauvaise coordination d'idées entre mon « ça » et mon « moi » ! Et puis il n'y a pas eu de morts que je sache ! …Seulement des lavages d'estomac à l'hôpital !

Bien ! Revenons aux choses sérieuses ! Il me paraît important et un minimum respectueux de remercier toutes les personnes qui se donnent la peine de me laisser un com. Alors : MERCI à tous !

J'ai été un peu longue à publier, cette fois et je m'en excuse. Ce chapitre 14 vous en rappellera très certainement un autre mais j'espère qu'il ne vous décevra pas et que Miss Elodie85 aura eu le temps de le lire avant de partir en vacances… Pour me faire pardonner ce délai, je vous promets de publier le 15ème chapitre à la fin de la semaine (il m'a donné du mal mais bon ! Je vous fais confiance : bonnes ou mauvaises, les critiques tomberont !).

Une dernière chose avant de vous laissez à votre lecture : comme on dirait du côté de chez moi « Dion ! Vous êtes tous gavés trop cools ! »

-14-

Stimulatrice d'efforts

18h15. Nico n'était toujours pas arrivé. Anna Lou pesta contre son frère tandis que des éclats de voix lui parvenaient du stade de football.

Sur le terrain de foot :

- ALLEZ LES GARS ! CE QUE JE VOIS CE SOIR NE ME DONNE PAS BON ESPOIR POUR SAMEDI PROCHAIN ! JE VOUS RAPPELLE QUE C'EST LE MUSASHI FC DE JUN MISUGI QUE VOUS AFFRONTEZ ET PAS LE CLUB DES VETERANS DU QUARTIER ! réprimanda l'entraîneur.

Après les traditionnels tours de terrain, l'entraîneur leur fit faire un tennis ballon histoire de peaufiner l'échauffement. Puis il enchaîna sur un circuit semé de plots où les joueurs, après un parcours de dribbles et de courtes passes, devaient tirer aux buts sévèrement gardés par Ken.

- PLUS RAPIDE ! PLUS RAPIDE ! SI VOUS ÊTES AUSSI MOUS PENDANT LE MATCH, MISUGI NE FERA QU'UNE BOUCHÉE DE VOUS ! cria-t-il à Hideto et Kazuki qui étaient à mi-parcours tandis que les autres attendaient leur tour.

- Elle n'est pas venue… constata Hiroshi en fixant l'entrée du stade. J'aurai pourtant juré…

- Tant mieux ! Si c'est pour l'entendre brailler pendant une heure, autant qu'elle reste loin ! On la supporte assez la journée ! objecta Kojirô.

- Personnellement, ça ne me dérangerait pas de l'avoir sur le dos toute la journée… dit Hiroshi rêveur.

- Ouais… susurra Tsuneo. Sur le dos ou éventuellement ailleurs !

Ils rirent aux éclats. Sauf Kojirô.

- ALORS ! vibra le timbre criard de l'entraîneur. KIYOSHI ET YUTAKA ! VOUS ATTENDEZ UNE INVITATION PEUT-ÊTRE !

Kiyoshi Furuta et Yutaka Matsuki sursautèrent et s'élancèrent sous les boutades de leurs coéquipiers.

- Vous avez vu qui vient d'arriver ? lança Hideto quand, avec Kazuki, ils eurent rejoint le groupe.

- Elle est venue ! s'extasia Hiroshi. Je savais qu'elle viendrait… Elle peut dire ce qu'elle veut, je suis sûr qu'au fond, elle adore mater les beaux gosses en short…

- Ecoutez-le ce débauché qui se fait des films ! lança Tsuneo. Il faut vraiment que tu penses à te faire soigner, toi !

- HIROSHI ! TSUNEO ! C'EST POUR AUJOURD'HUI OU POUR DEMAIN !

Hiroshi et Tsuneo se lancèrent à leur tour.

- Qu'est-ce qu'ils ont aujourd'hui ! s'interrogea l'entraîneur. Je les trouve bien dissipés !

Il jeta un coup d'œil dans la direction qui attirait leur attention et vit Anna Lou, accoudée à la main courante qui ceindait le terrain, observant tranquillement l'entraînement de ses joueurs. Il sourit et rappela son équipe.

- Bon ! Allez les gars ! Rassemblement ! On va faire un petit match à sept contre sept comme la dernière fois et je compte sur vous pour faire mieux !

- On forme les mêmes équipes ? demanda Hideto.

- Oui : équipe des bleus avec Kojirô, les rouges pour Takeshi. Tadashi fera l'arbitre et Hiroshi prendra donc sa place dans l'équipe de Takeshi.

Pendant que les joueurs se préparaient au match, l'entraîneur les abandonna et rejoignit Anna Lou.

- Bonsoir, Mademoiselle, dit-il en s'inclinant pour la saluer. Je suis Makoto Kitazume, l'entraîneur de cette équipe. Je suis très content que vous soyez là ce soir. Comment vous appelez-vous ?

- Anna Lou. Anna Lou Bonnamy.

- Très bien, Anna Lou Bonnamy. Si tu le permets, je vais te tutoyer : cela simplifiera nos rapports. Tu veux bien me suivre ?

Anna Lou afficha sa frimousse incrédule des jours indécis. Elle regardait Monsieur Kitazume qui s'éloignait vers l'équipe sans trop savoir si elle devait le suivre ou non.

« Mais qu'est-ce qu'il me veut exactement ?... Me rapprocher de Kojirô n'est pas l'idée du siècle ! Je crois qu'on s'est assez bouffé le nez pour la journée… »

- Tu viens ? insista l'entraîneur en se retournant.

- Euh… Je ne sais pas si c'est…

- Viens ! Ce soir, ils sont assez dociles ! Tu ne crains rien ! sourit-il.

- Sachez, Monsieur Kitazume, que je ne crains pas une famille de magots dont la préoccupation principale est de s'essouffler derrière un ballon !

- Eh bien ! Au moins, tu as de la suite dans les idées… Si j'ai vu juste, ta présence sera un vrai coup de fouet stimulant…

Anna Lou suivit l'entraîneur auprès de l'équipe, laquelle l'accueillit avec enthousiasme dans l'ensemble.

- Bien ! s'exclama l'entraîneur. Ce soir, nous avons une spectatrice alors tâchez de vous montrer sous votre meilleur jour ! Vous pouvez y aller !

Coup d'envoi : Kazuki fit une courte passe à Kojirô qui s'élança seul vers les buts. Hiroshi et Tsuneo s'interposèrent mais le capitaine transmit le ballon à Yutaka. Ce dernier le perdit sur un tacle de Takeshi qui repartit sans délai en attaque. Avec le soutient de trois coéquipiers dont Tsuneo, Takeshi parcourut tout le terrain et se trouva bientôt en position menaçante pour l'équipe adverse. Seul face au goal, il arma son tir et shoota. Le ballon décolla comme un bouchon de champagne mais percuta la transversale et retomba aux pieds de Tsuneo : l'action n'était pas terminée pour les rouges. Tsuneo remarqua l'approche imminente des défenseurs Yutaka et Katsuharu et transmit à Takeshi, lequel tira droit au but sans attendre son reste. Ce second tir était beaucoup moins puissant que le premier mais bien mieux cadré : le goal s'étant élancé dans la direction opposée, les sourires s'affichèrent sur le visage des rouges mais Kojirô s'interposa soudain et stoppa sa course d'un amorti de la poitrine.

Monsieur Kitazume semblait fort contrarié du jeu de l'équipe. Les mains serrées sur les hanches, il ne disait mot mais les crispations de ses mâchoires étaient très significatives quant à son appréciation du match.

Anna Lou n'osait se manifester si près de l'entraîneur. Elle faisait un gros effort sur elle-même pour ne pas exploser et se mordait les lèvres pour éviter de dire des choses qui lui causeraient des problèmes plus tard. Pourtant… Elle en avait des remarques à formuler ! Que d'occasions bonnes à la critique !

Le match continuait dans un festival de vains efforts et quand Tadashi siffla la fin de la première période, les scores étaient toujours nuls.

Changement de camp pour les deux équipes. Coup d'envoi de la seconde mi-temps avec la balle aux rouges.

- Tu restes muette ce soir ? fit remarquer Monsieur Kitazume sans quitter le jeu des yeux. Où est donc passée la jeune fille d'hier, naturelle et spontanée, qui mettait le feu sur la touche ? C'est elle que j'ai réclamée, pas un fantôme souffrant d'aphasie !

Anna Lou se figea de stupeur : Monsieur Kitazume venait de lui enjoindre clairement d'exhorter son équipe à se surpasser. Elle resta un moment à le sonder du regard, ne sachant s'il était sérieux ou s'il lui faisait passer une sorte de test. Ce dernier ferma les paupières et baissa la tête puis, se tournant vers elle :

- J'attends plus de dynamisme et d'enthousiasme de ta part, Anna Lou… Montres-moi donc de quoi tu es capable…

Pendant ce temps, le match traînait en longueur dans des actions inutiles et sans effets. Un tacle irrégulier et musclé de Katsuharu sur Hiroshi occasionna un coup franc pour les rouges. Tsuneo tira le coup franc et l'attaque repartit sur les buts des bleus. Un imbroglio entre sept ou huit joueurs obligea l'arbitre à siffler une seconde faute accordée aux bleus.

- Oh là, là, là, là, là, là ! QU'EST-CE QUE VOUS ÊTES NULS ! C'EST LE FAR WEST, LÀ ! VOUS VOULEZ QUE JE DISTRIBUE LES PLUMES ET LES COLTS POUR JOUER AUX COW-BOYS ET AUX INDIENS, PEUT-ÊTRE ?

La voix d'Anna Lou résonna dans tout le stade comme un écho en pleine montagne. Tous les joueurs se raidirent en entendant la critique mais restèrent concentrés. Monsieur Kitazume esquissa un sourire.

Kojirô au contrôle du ballon. Dévalant le terrain à grande vitesse, il chargea sauvagement, balle aux pieds, deux défenseurs qui s'interposaient et amorça son tir.

- EEEH ! TU TE CROIS OÙ TOI ! ROLLERBALL, C'EST UNE FICTION MON BONHOMME ! SI TU AS DES ENVIES DE VIOLENCE, RECYCLES-TOI DANS LE FOOTBALL AMERICAIN OU DANS LE HOCKEY !

Le hurlement de l'adolescente déstabilisa Kojirô dans son action et Ken cueillit le ballon comme une fleur.

- S'il ne la fait pas taire dans les trois secondes, je lui arrache moi-même les cordes vocales avec mes dents ! grogna Kojirô.

Ken remit le ballon en jeu. L'attaque s'organisa autour de Takeshi avec Tsuneo et Hiroshi en appui. Une série de passes bien menées accéléra le jeu et donna du fil à retordre à la défense adverse.

Monsieur Kitazume sourit. Le jeu prenait une tournure plus intéressante.

- ALORS, LES BLEUS ! hurla Anna Lou. FAÎTES PAS TROP D'EFFORTS SURTOUT : VOUS RISQUERIEZ LA DÉCHIRURE MUSCULAIRE OU PIRE : LA RUPTURE D'ANÉVRISME !

Le retour de flamme ne se fit pas attendre : profitant d'un moment de relâchement de Tsuneo, Kazuki s'empara du ballon et passa loin devant à Kojirô, lequel partit seul en attaque. Tous les joueurs se réorganisèrent aux vues de cette nouvelle action.

Tadashi consulta son chrono : plus que trois minutes de jeu.

- ALLEEEEEEEEZ ! C'EST PAS LE MOMENT DE CHERCHER LES PÂQUERETTES POUR FAIRE DES COLLIERS ! BOUGEZ-VOUS LE FION : IL EST TOUT SEUL DEVANT LES BUTS !

Sans aucun obstacle pour entraver son action, Kojirô arma son tir et shoota alors même qu'il n'avait pas atteint la surface de réparation.

- Cette fois, le point est pour nous !

Le ballon fusa telle une étoile filante. Ken s'élança dans sa direction avec la souplesse d'un félin. Il effleura la balle du bout des doigts mais elle se logea au fond du filet sans être inquiétée par le gardien.

- Et merde ! lâcha Ken en tapant du point sur la pelouse.

Coup de sifflet pour confirmer le but à l'équipe des bleus : Kazuki et Hideto sautèrent sur leur capitaine et s'empressèrent de le féliciter, suivis de près par les autres membres de l'équipe.

Remise en jeu pour ce qui serait sûrement la dernière action du match. Takeshi, Tsuneo et Hiroshi accélérèrent le mouvement : ils avaient un but à rattraper pour sauver la face. Le trio brilla dans sa série de passes qui leur permit d'accéder rapidement aux buts. Mais Hideto s'interposa au moment opportun et éloigna le danger, relançant par l'occasion l'attaque des bleus par Kazuki. Ce dernier se dirigea, balle aux pieds, vers le camp adverse et fit une passe en cloche sur Kojirô qui, après un amorti de la poitrine, se prépara à un tir direct.

- ARRETEZ-LE OU IL VA VOUS EN COLLER UN AUTRE, NOM D'UN CHIEN ! C'EST PAS VRAI ! MÊME MON ARRIÈRE GRAND-PÈRE AVEC SES OIGNONS AUX PIEDS ET SON DÉAMBULATEUR AURAIT DÉJÀ ÉCARTÉ LE DANGER !

Tous les rouges se replièrent en défense mais Kojirô avait tiré avant même que l'un de ses adversaires ne soit sur lui. Ken resta immobiles quelques secondes…

- KEN ! TU ATTENDS PEUT-ÊTRE QUE JE COMPTE JUSQU'À TROIS POUR…

…Et sauta avec une extrême agilité et une vivacité presque prodigieuse à la rencontre du ballon. Il l'attrapa des deux mains et le bloqua contre sa poitrine alors que le poteau stoppait sa chute. Il se releva sans trop de casse et trois coups de sifflets signalèrent la fin du match.

- Merci Anna Lou. Ta stratégie d'encouragement est… Comment dirais-je… Très singulière et personnelle mais non moins émérite… la complimenta Monsieur Kitazume. Je ne saurais expliquer pourquoi mais ta présence est un vrai stimulant ! Si tu le veux bien, j'aimerais discuter un peu avec toi pendant que mes gars seront dans les vestiaires.

- Euh… Oui… Mais…

- EH ! KAERU ! coupa Kojirô en s'approchant d'elle d'un pas volontaire et décidé. Tu commences sérieusement à m'emmerder ! A cause de tes meuglements de génisse j'ai manqué une occasion de but ! J'ai bien envie de te pendre à un arbre par les pieds et te laisser sécher comme un jambon !

- Ooooooh… Cher Journal, railla Anna Lou avec impétuosité en mimant de façon burlesque une scène imaginaire. Dans la soirée, le mec le plus populaire du lycée, le numéro un de l'équipe de foot, le sexe symbole de tout un bataillon de groupies incultes en rut m'a adressé la parole pour me menacer ! Si tu savais, Cher Journal, j'en étais si tourneboulée que j'en ai FAIT PIPI DANS MA CULOTTE !

Tout le monde, y compris l'entraîneur, explosa d'un fou rire incontrôlable. Kojirô ne sut quoi répondre à pareille réplique et quitta le groupe pour regagner les vestiaires.

- Kaeru, je ne sais pas ce que tu as réveillé en moi mais il va falloir que tu arrêtes avec ta manie de toujours m'asticoter, se dit-il à voix basse en esquissant un sourire alors qu'il refermait la porte des vestiaires derrière lui. Parce que tes yeux bleus et tes minauderies vont finir par me rendre dingue…

- Bon ! s'exclama Monsieur Kitazume. La première mi-temps laissait à désirer mais vous vous êtes bien rattrapés en seconde période. Allez vous changer, je vous rejoins pour le debriefing dans cinq minutes.

Les joueurs abandonnèrent Anna Lou et l'entraîneur mais Hiroshi se ravisa :

- Tu es venue, hein, finalement… se réjouit Hiroshi. Tu sais quoi ? A partir de ce soir, tu es notre mascotte !

- Ce n'est pas d'une mascotte dont vous avez besoin mais d'un entraînement draconien ! C'était quoi ces temps morts en plein match ? Et ces fautes aussi débiles qu'infantiles ! Il va falloir en mettre un coup si vous voulez passer les éliminatoires ! La honte si vous échouez avant même le début du tournoi !

- En parlant de ça, l'entraînement draconien débute dès jeudi, je te rappelle… annonça l'entraîneur.

- Hem… Je crois que je vais aller me changer, moi… bégaya Hiroshi d'un air blasé.

- Pas si vite, le coupa l'entraîneur. Avant, tu vas ranger les ballons et les plots…

Hiroshi grimaça mais s'exécuta. Anna Lou s'avança vers l'entraîneur.

- Alors ? interrogea-t-elle. Vous vouliez me parl…

- LOU ! EH OH ! LOU ! coupa Nico en rejoignant sa sœur et Monsieur Kitazume. Mais qu'est-ce que tu fais encore ici ? s'étonna-t-il. Bonjour, Monsieur, dit-il en saluant l'entraîneur.

- Grr… Nico ! Sais-tu l'heure qu'il est ! Laisses-moi deviner : tu m'as une fois de plus oubliée, c'est ça !

- Lou… Je me suis déjà excusé pour ça ! Combien de fois vas-tu encore me le reprocher ?

- Jusqu'à ce que la culpabilité ait rongé tes os de pithécanthrope !

Monsieur Kitazume s'approcha de Nicolas :

- Eh bien ! Je constate qu'elle est fidèle à son caractère quel que soit son interlocuteur ! Je m'appelle Makoto Kitazume. Je suis l'entraîneur de l'équipe de foot du lycée.

- Nicolas Bonnamy, répondit Nicolas. Cette flèche, là, c'est ma p'tite sœur.

- Je suis content de vous rencontrer parce que j'aurais souhaité vous entretenir d'une idée que j'ai eue concernant l'équipe et Anna Lou.

Anna Lou et Nico échangèrent un regard perplexe.

- Quel genre d'idée ?

- Vous n'êtes pas sans savoir que le tournoi national inter lycée débute dans deux semaines…

- Oui… intervint Anna Lou. A condition que vous remportiez la finale des éliminatoires…

- Je ne m'inquiète pas pour ce match, certifia Monsieur Kitazume. Il est vrai que mon équipe présente certaines lacunes mais elle a toutes les capacités pour remporter ce match et tous ceux qui suivront. Ce que j'ai pu remarquer en revanche, c'est qu'Anna Lou était un vrai leitmotiv pour les joueurs. Une sorte de stimulatrice d'efforts et d'obstination… Je ne saurais expliquer pourquoi mais les faits sont là : quand elle est sur la touche à les encourager (si on peut appeler ses hurlements des encouragements…), la dynamique des joueurs s'en trouve bouleversée et leur jeu prend une tournure plus constructive et combative.

- Ce que vous dites là ne m'étonne pas le moins du monde mais je ne vois pas en quoi je puis vous être utile…

- C'est très simple : je voudrais que votre sœur suive l'équipe durant tout le tournoi.

Anna Lou et Nico restèrent interloqué à l'annonce de cette requête.

« Ouah, c'est le genre d'idée lumineuse qui va m'attirer les pires ennuis avec Kojirô… Mais rien que pour rendre Saeko folle de rage, je suis partante ! »

- Vous entendez quoi, exactement, par « suivre l'équipe durant tout le tournoi » ? Vous voulez que j'autorise ma p'tite sœur à passer toutes ses journées avec quinze gars dont le taux de testostérone est à la limite de l'implosion !

- Anna Lou assistera aux entraînements et aux matchs. Elle prendra ses repas avec nous et aura sa propre chambre au complexe sportif. Elle emploiera son temps libre comme bon lui semblera. En ce qui concerne sa vertu, je veillerai personnellement à ce que rien ne vienne l'entacher… Bien que je sache d'avance qu'il n'y aura aucun problème de ce côté-là… Quand à sa scolarité, elle ne s'en trouvera nullement perturbée puisque le tournoi a lieu pendant les vacances des Cerisiers en Fleur.

Nicolas parut cogiter un long moment.

- Qu'en penses-tu, toi ? demanda-t-il à sa sœur.

« Réfléchis bien à ce que tu vas répondre, ma vieille… Si tu ne prends en compte que le facteur Saeko, tu risques de le regretter amèrement plus tard… »

- Euh… hésita-t-elle. Si vous le permettez, je souhaiterais réfléchir à la question avant de vous donner ma réponse.

- Très bien, dit l'entraîneur. Mais ne tarde pas trop, s'il te plaît : je te rappelle que le championnat commence dans deux semaines. (Puis se retournant vers Hiroshi qui s'éternisait à ranger trois plots :) Tu peux aller te changer, maintenant, Hiroshi !

L'entraîneur les salua et alla terminer de ranger le matériel.

- Allez, on s'en va ? demanda Nico à sa sœur.

- Une seconde : tu ne m'as pas donné ta réponse pour le karaté !

- Hein !

- Oui ! Les cours de karaté ! Je t'en ai parlé hier !

- Oh… Oui, c'est vrai… Je n'sais pas trop…

- Tu ne te défiles pas ! Après toutes les bévues auxquelles j'ai eu droit depuis ce matin, je crois que j'ai assez de crédit pour mériter une petite faveur de ta part !

- OK ! OK ! Autorisation accordée ! Mais je veux rencontrer ce Ken avant !

- Très bien ! Sois pile poil à l'heure demain à la sortie des cours et tu nous emmèneras au dojo !

Anna Lou sortit de son sac une feuille et un stylo et commença à écrire. Quand elle eut terminé, elle plia la feuille en quatre, interpella Monsieur Kitazume qui rejoignait les vestiaires et lui tendit le mot :

- S'il vous plaît, Monsieur, pouvez-vous donner ça à Ken ?

Monsieur Kitazume prit le mot et la salua une dernière fois avant de disparaître dans les vestiaires.

☻☻☻☻

- EH ! LES GARS ! s'écria Hiroshi en déboulant dans les vestiaires comme un typhon. Vous ne devinerez jamais !

- A voir ta tête, je présume que c'est une bonne nouvelle… dit Hideto qui enfilait son tee-shirt.

- Laisse-moi deviner… fit Tsuneo d'un air espiègle. Vu ta tête d'ahuri et ton sourire béat, je dirais qu'il s'agit de Catwoman…

Hiroshi balaya rapidement du regard le vestiaire : il manquait la moitié de ses coéquipiers. Il se dirigea vers les douches et pria ses copains, presque dissimulés par les vapeurs d'eau chaude, de se remuer s'ils voulaient entendre la méga nouvelle de l'année.

Ken et Takeshi se montrèrent les premiers. Les cheveux dégoulinants, le corps encore humide et leur précieuse anatomie à demi dissimulée par une courte serviette nouée autour de la taille, ils regagnèrent leur place et se hâtèrent de questionner Hiroshi pendant qu'ils terminaient de se sécher. Kazuki, Yutaka, Kojirô et Tadashi ne tardèrent pas à les rejoindre.

- Bon ! lança Tsuneo avec impatience. Tu la lâches ta bombe !

- En fait, j'en ai deux… se vanta Hiroshi alors qu'il ôtait ses crampons. Vous savez, le vieux qui vient tout le temps chercher Anna Lou ! Et bien c'est son frère ! s'exclama-t-il fièrement.

- Génial ! lança Takeshi. Si tu nous donnais une info inédite maintenant…

- Comment ça, inédite ?

- Parce que tu n'avais pas deviné que ce mec était son frangin ! se moqua Hideto. C'était pourtant évident !

- Je ne vois pas comment j'aurais pu le deviner !

- T'as pas percuté quand elle a dit qu'elle vivait chez son frère ! Il faudrait que tu utilises plus souvent ton cerveau : tu te rendrais vite compte qu'il est plus efficace pour la réflexion que les occupants de ton boxer ! railla Tsuneo.

- Bon ! Et la seconde nouvelle ! s'impatienta Ken.

- Oh ! Un truc incroyable ! Jamais vous le croirez ! Même moi qui l'ai entendu de la bouche de…

- Tu vas accoucher, oui ou non ! coupa Kojirô avec exaspération.

Hiroshi relata au mot près la conversation entre Anna Lou, son frère et l'entraîneur et, nu comme un ver, disparut dans les douches, avec la tête d'un benêt qui vient de comprendre le système de multiplication du chiffre un.

L'équipe resta de longues minutes sans réaction.

- Vous croyez qu'elle va accepter ? demanda Kazuki.

- Si son cerveau pèse plus lourd qu'un grain de riz, elle refusera ! lança Kojirô en boutonnant la veste de son uniforme.

- Tu dis ça mais je suis sûr que tu espères bien qu'elle acceptera ! s'exclama Hideto.

- Cette excitée de la corde vocale m'a fait rater un but ! Désolé, mais je suis très sérieux !

- Sérieux à propos de quoi ? interrogea Hiroshi en revenant de la douche.

La porte des vestiaires s'ouvrit et l'entraîneur apparut dans l'encadrement. Il s'approcha de Ken et lui tendit le mot d'Anna Lou :

- Anna Lou a laissé ça pour toi, dit-il sous les railleries de ses coéquipiers. Allez, les gars ! lança-t-il. On se calme ! Si tout le monde est prêt, on va pouvoir passer au debriefing !

Ken se retira à l'écart et lut le mot d'Anna Lou. Un sourire égaya soudain son visage.

« Je viens d'avoir à l'instant l'autorisation de Nico pour les cours de karaté.

Si tu es d'accord, on peut commencer demain. Enfin… Il veut d'abord te parler (quel rabat-joie celui-là !).

Quoi qu'il en soit, je comprendrai très bien que tu veuilles te consacrer au foot avec le tournoi qui approche.

On en reparle demain.

Bonne Soirée.

Lou. »

Il replia le mot en quatre et le rangea dans sa poche sous le regard contrarié et frustré de son capitaine.

A suivre…