Elle bouillonnait, alors que ses pieds tapaient le sol rapidement, elle voulait que tout cela s'arrête. Elle était en colère, pas seulement contre Gibbs mais contre le monde entier, contre toutes ces choses terribles contre lesquelles ils se battaient. Comment un gamin avait-il pu se transformer en monstre, comment le lien infiniment solide entre Gibbs et Tony avait explosé rendant le premier plus froid que jamais et le second si vulnérable. Ils étaient là, pour se soutenir habituellement, et maintenant chacun plongeait de son coté. Ils n'étaient pas seuls, certes, mais décevoir Gibbs était certainement la pire chose à laquelle son second pourrait faire face. Il l'idéalisait tellement.

Elle entra dans la salle, oubliant toute la douceur qu'elle avait apportée à cet homme blessé jusque là. Elle s'arrêta cependant brusquement en voyant qu'il n'était pas seul.

« Bonjour ziva… »

Ils la regardaient étrangement, essoufflée, rouge, elle était en contraste avec la stature figée qu'elle avait à cet instant.

« Abby ? »

L'homme la regardait ses yeux bleus transperçant, il se doutait de la raison de sa venue.

Elle le fixa alors aussi, intensément. « Qu'est-ce qui ne tourne pas rond dans ta tête ? »

La salle se figea, Ziva avait la bouche ouverte, prête à fuir, mais la conversation sembla l'intéresser.

« Abby.. » Le ton était dur, à la limite de la menace, il la prévenait. De quoi ? Il fallait que les choses changent, peu importe la manière ?

« Non, ne joue pas à ça maintenant. » Elle s'approcha mais il ne dit rien. « Pourquoi en veux-tu tellement à Tony ? »

« Je n'en veux pas à Tony » Elle le regarda, surprise et pourtant ne se laissa pas décontenancer.

« Mais alors c'est quoi toute cette histoire ? Il y a bien une raison au fait de le retrouver ivre dans ton salon ! Zoé l'a quitté parce qu'il n'a plus tous ces esprits Gibbs et ça depuis que tu l'as laissé tomber ! »

« C'est un grand garçon abby ! » Gibbs avait craché les mots, trop froidement pour qu'on puisse les croires mais ca suffit à les glacer elle et Ziva.

« Je croyais qu'on était une famille… » Elle sentait la déception malgré elle, elle savait que Gibbs, ne pensait pas les mots, cachait une douleur bien plus profonde, mais elle commençait à avoir peur.

Elle sentit la main douce et froide de l'israélienne se poser sur elle.

Elle l'observa, sentant les larmes monter et accepta avec plaisir le sourire rassurant de Ziva. Cependant s'en était trop, elle recula doucement, ignorant le regard plein de doute de Gibbs.

"Tu es en train de foirer tout ce que tu as construit ces dernières années." Puis elle sortit de la salle.


Ziva se retourna vers l'homme, qui sembla si vieux à cet instant, très clairement touché par les mots de la femme qu'il considérait comme sa fille.

« Je sais que ce n'est pas ça, et je crois plutôt que tu es en train de fuir Gibbs. ». L'homme broncha à peine, lâchant un désormais irremplaçable grognement.

Elle soupira et s'assit sur le bord du lit. « Mais pourquoi Tony ? ». Il ne répondit pas alors, elle le fixa. Il soupira et leva les yeux pour observer le plafond. Elle vit la peine et le trouble.

« Je n'en veux pas à Dinozzo. »

Ziva soupira, hésitante un instant. Les choses entre elle et Tony étaient aussi compliquées, en ce moment, mais ce n'était pas la priorité.

« C'est pourtant ce qu'il pense, il a tué un enfant, il est facile de croire qu'il t'a déçu. »

Elle l'observa se tortiller lutter contre des idées qui l'assaillaient. Elle avait du mal à rester calme, sereine dans cette conversation, mais elle ne voulait pas le brusquer.

« Il a vu deux autres enfants mourir en tentant de s'enfuir, je ne sais même pas si tu es au courant. »

Elle captura le regard alors vif de son ancien patron. Il savait les choses, mais n'y avait pas réfléchit, les avaient enfuis quelque part.

« Il a passé plusieurs jours dans une prison, pensant que tu étais mort parce qu'il n'avait pas tué l'enfant assez vite, tué l'enfant pour rien. J'ai aussi cru que tu étais mort, quand j'étais avec lui là-bas."

Les mains de l'homme se mirent à trembler. « Ziva… » Elle avait ce qu'elle cherchait, le troubler, le briser aux yeux du monde.

« Je sais que tu as vécu quelque chose de terrible, tu avais essayé de sauver cet enfant, tu n'as pas réussi, et frôlé la mort… Et tu veux haïr Tony pour cet échec »

« Je ne hais pas Tony, jamais… »

Elle ne l'avait jamais vu aussi troublé, et à cet instant elle ne pouvait plus, elle-même retenir les larmes de ses yeux.

« Alors quoi ? » La vue de cette famille, qu'elle avait idéalisée, gardée immortelle dans son esprit quand elle était en Israël, la brisait. Aucun d'eux ne méritait cela.

« Je ne supporte plus ce qu'il me rappelle ! » Il avait craché les mots, trop honteux, trop douloureux. Elle fut à moitié surprise et attrapa la main de l'homme. Elle sembla chercher les mots, mais cette révélation était trop crue, trop brutale.

"je sais que tu as besoin de lui autant qu'il a besoin de toi." Il la regarda alors sans un mot, comme perdu dans ses paroles. "Il passe ses nuits à penser à ces enfants, comme toi, tu l'as abandonné..."

Les mots étaient durs, mais volontaires. Elle était le monstre, bénéfique, à cet instant. Elle se pencha vers lui pour le serrer quelques secondes dans ses bras. Elle n'observa pas la réaction de l'homme, elle n'en était pas capable. Elle se contenta de rester proche, tentant de le rassurer au possible qu'elle le comprenait au fond. "Les choses peuvent encore changer."

Elle sentit un bras la serrer un peu plus, et savoura quelques instants le retour d'une sensation qu'elle avait oublié. Au bout de longues minutes elle se redressa et observa le regard troublé de Gibbs.

Elle soupira et observa l'homme lutter. « Je dois y aller. » Elle sourit et posa une bise sur sa joue.

Elle se leva prête à partir mais il l'arrêta. « Tu ne pars pas ? ».

Elle sourit tristement. Israël.

« Non, pas encore. »


Il observa le tas de cartons sur la table, les restes de soda obligatoirement non alcoolisé. Il soupira. McGee était parti, lui faisant promettre de rester calme. Il était tard de toute façon et il était épuisé…

On ne lui avait pas demandé de remettre son attèle. A vrai dire McPsy s'inquiétait bien plus pour son état psychique de physique.

Il doit avouer que l'après-midi avait été agréable, ils avaient joué à la console, parlé de tout et n'importe quoi, quelques fois de Zoé, McGee avait essayé de le rassurer sur ce point, mais lui n'était pas sur que les choses soient si simples. Il n'avait rien dit, et laissé l'homme prodiguer ses conseils. Au fond de lui il sentait que les choses étaient terminées, des sentiments bien plus sombres, bien lointains avaient pris le dessus.

Le soleil se couchait doucement dehors et il frissonna, il n'aimait pas cet instant. Celui où il serait seul, dans le noir, absorbé par tous ces fantômes qui avaient tendance à lui rendre visite. Il soupira et se leva, grimaçant à la douleur générale qui s'était installée dans son corps, à son genou récalcitrant. Il atteint rapidement la petite cuisine de son patron et ouvrit le frigo. Il soupira, soulagé en voyant le pack de bière au fond. Avec ça il ne fera aucun carnage, mais ça le détendrait un peu.

Il se redressa et s'appuya quelques instants sur la poutre en bois. Peu importe ce qui se passait actuellement, cet endroit restait un refuge, vide ce soir, mais si chaleureux… Il soupira passant une main dans ses cheveux alors ébouriffés et s'installa sur le canapé. Il alluma le lecteur DVD qu'on lui avait installé, et glissa un de ses bon vieux classique. Des bières, un film, que demander de plus.

Il décapsula la première et la bue assez rapidement. Il n'arrivait pas à suivre le film, son esprit était empli de questions, d'images, ravivées à chaque fois par la culpabilité. Il soupira et ferma les yeux, il avait envie de pleurer, de hurler mais il ne le ferait pas. Ce soir il resterait cloîtré dans sa grotte, à subir les conséquences de ses actes, de tous les actes commis dans sa vie.

Il ouvrit une deuxième bouteille, si ce breuvage pouvait l'aider, pourquoi pas. Il était fatigué, épuisé alors que les images de Luke le frappaient à chaque fois plus forte, alors que la voix douce et innocente de la jeune fille emplissait la pièce. Il ferma les yeux, enfonçant les paumes de ses mains dessus pour essayer de tout effacer. Devenait-il fou. Il regretta alors d'avoir laissé McGee partir, la solitude l'absorbait dans les tréfonds de son esprit. Il frissonna, et absorba les 4 autres canettes assez rapidement. La soirée sembla s'éterniser trop longtemps, peut-être devrait-il appeler son père ? Son esprit était déjà embrumé, déjà plus léger, moins sous contrôle.

Il se revoyait sans cesse tirer sur le garçon, brutalement, sans réfléchir. Il revoyait son regard vide, les cris de la foule, la haine partout autour, et à chaque fois ne pouvait retenir un grognement, un râle de frustration, de dégoût contre lui-même.

Il se leva alors, cherchant quoi faire, observant la salle tourner légèrement. Il n'allait pas recommencer, encore. Craquer et pleurer dans les bras de son père, se morfondre au fond d'une cave. Il rit doucement, amèrement, il ne trouvait cependant pas la solution. Tout sentiment semblait doucement fondre au fond de lui, disparaître avec la culpabilité et les regrets qui le rongeait. Quel regret ? Celui d'avoir tué le garçon ? Pourtant Gibbs était en vie… Alors pourquoi avait-il besoin de le revoir au NCIS, de réentendre sa voix, celle fourbe et moqueuse de Daniel ? Regrettait-il d'avoir fait dévier cette voiture ? Tué la jeune fille ? Peut-être, qu'avait-il fait de la vie qu'il avait sauvée, la sienne, de toute façon…

Peut-être aurait-il du mourir sur ce toit à la place de Kate ? Il frissonna à cette pensée, non il ne devait pas sombrer là-dedans, mais alors quoi ? Il regarda autour de lui et commença à être frustré par le manque d'alcool, que pouvait-il faire d'autre que d'anesthésier toutes ces pensées.

Il recula vers l'armoire de la cuisine et commença à fouiller, de plus en plus rapidement, se rendant compte qu'il allait peut-être rester bloqué avec lui-même. Il soupira en fermant les yeux et posa son front contre la porte, prêt à craquer.

« C'est ça que tu cherches ? »

Il se retourna d'un bon, surpris. Gibbs se tenait devant lui, une bouteille de bourbon dans la main. Il ne contrôla pas les tremblements, le poids qui s'effondrait en lui. Venait-il l'achever ?


A suivre très rapidement!