Bonjour à toutes et tous,
Voici un nouveau chapitre. J'essaie de faire avancer Dean pas à pas et je tiens à vous préciser ici que sa guérison sera lente. Je la veux réaliste et pas miraculeuse. Les choses s'arrangeront mais avec le temps.
D'ailleurs, je pense clore la fic quand les choses se seront arrangées et commencer ensuite une suite pour expliquer comment les choses passent.
Autre précision : je répète à nouveau que des épreuves attendent Dean avant la fin. Lui et Castiel devront se battre pour enfin entrevoir la lumière au bout du tunnel.
Bien, assez parlé, je vous livre le nouveau chapitre en espérant qu'il vous plaise.
Une énième fois, merci à toutes et tous pour vos messages. Ils me donnent la pêche !
Sydney8201
Musique du chapitre :
Smile de Michael Jackson
Chapitre 14 : Le plan
Dean allait mieux. Il le sentait dans la façon qu'il avait d'accepter le reflet que lui renvoyait le miroir. Dans le fait qu'il n'avait plus bu une goutte d'alcool depuis plusieurs jours. Dans le simple fait qu'il n'en ressentait presque plus le besoin. Il dormait mieux même si les cauchemars continuaient de le réveiller parfois. Il souriait plus souvent, riait de bon cœur aux plaisanteries que Chris faisait – même les plus nulles – et ne pensait plus quotidiennement à la mort.
Il avait toujours de mauvais jours. Parfois, il pleurait sans trop savoir pourquoi et finissait par s'enfermer dans sa chambre et par se cacher sous sa couette jusqu'à ce qu'il s'endorme. Il avait toujours mal en pensant à sa mère. Il était toujours furieux quand il pensait à son père. Il n'était pas guéri. Loin de là. Il n'était pas idiot au point de croire que les améliorations qu'il avait constatées suffisaient à faire de lui un homme neuf.
Il allait mieux. Mais il était encore fragile. Chris s'en était bien sûr rendu compte et semblait avoir développé une sorte de sixième sens pour déceler les moments où les choses étaient plus compliquées pour lui. Dean était décidé à s'ouvrir à lui. Il était persuadé qu'il était préférable de lui parler ouvertement de ce qui lui passait par la tête plutôt que d'essayer de le gérer seul. Mais parfois, quand le chagrin était trop présent, et quand il ne trouvait pas les mots pour s'expliquer, Chris se contentait de lui tenir compagnie en silence. Ils regardaient la télé ensemble, chacun dans un coin du canapé. Et Dean puisait dans son meilleur ami l'énergie nécessaire pour continuer à avancer.
Il appelait Castiel parfois. Quand il allait mal bien sûr mais aussi quand il se sentait bien. Il plaisantait avec lui et parlait de tout et de rien. Il lui racontait sa journée et posait à son ami des questions sur la sienne. Ils ne parlaient presque jamais de choses sérieuses. Dean voyait ces conversations comme un moyen de s'évader. Castiel lui offrait une vraie bouffée d'oxygène quand il avait la sensation d'étouffer. Et il en avait affreusement besoin.
Sam l'appelait régulièrement. Généralement quand il sortait de l'école. Ils rattrapaient le temps perdu en se racontant ce qu'ils avaient vécu durant les deux années où ils avaient été séparés. Dean adorait entendre son frère lui parler de ses cours ou de ses amis. Il était fier de lui à chaque fois qu'il lui racontait combien ses professeurs aimaient le féliciter pour ses notes. Dean avait l'impression de tisser de nouveaux liens avec Sam. Des liens plus forts encore que ceux qui les avaient liés dans le passé. Il se reconstruisait peu à peu. Entouré des gens qu'il aimait.
Mais Dean n'ignorait pas que le chemin serait encore long. Il était déterminé à se battre. Il ne comptait pas baisser les bras. Mais parfois, quand il était allongé dans son lit et qu'il ne parvenait pas à stopper les larmes qui coulaient sur ses joues, il continuait à se demander si tout ne serait pas plus simple s'il était effectivement mort. Il n'était pas sûr que se poser de telles questions était normal. Il avait l'impression, quand cette idée lui effleurait l'esprit, qu'il faisait un énorme pas en arrière. Il continuait d'avancer le reste du temps mais il ne pouvait s'empêcher de redouter le moment où ces idées, éphémères parfois, plus tenaces à d'autres moments, finiraient par effacer toutes ses bonnes résolutions.
Afin d'éviter que cela se produise, Dean avait l'intention de s'en tenir à son plan. Il l'avait élaboré seul, sans réellement demander de conseils à ses amis. Il avait listé sur papier toutes les choses qu'il estimait nécessaires d'accomplir afin d'aller mieux. Le jeune homme savait que ce ne serait pas simple. Mais il était déterminé à essayer. Et il voulait mettre toutes les chances de son côté.
Il avait commencé par se débarrasser des cachets qu'il prenait pour ne pas dormir. Il avait également jeté toutes les bouteilles d'alcool qu'il avait caché ici et là dans l'appartement. Il ne sortait plus seul et tentait d'ignorer les regards que les hommes lui lançaient quand il était dans un bar avec Chris et Steve. Il était déterminé à ne plus suivre des inconnus pour coucher avec eux. Il faisait de son mieux pour ne pas prêter attention à ceux qui cherchaient visiblement à le séduire. Il n'écoutait pas leurs compliments et refusaient systématiquement les verres qu'ils voulaient lui offrir.
L'étape suivante était de s'excuser envers ceux à qui il estimait avoir fait du mal. Il avait commencé par Chris. Son meilleur ami l'avait écouté sans l'interrompre puis lui avait assuré qu'il ne lui en voulait pas. Ils s'étaient entendus sur le fait que Chris devait se montrer un peu moins protecteur et Dean avait juré qu'il ne cacherait plus rien à son ami.
Il avait ensuite mis les choses au clair avec Castiel. Ca n'avait pas été facile. Dean savait que le jeune homme accepterait ses excuses sans problème. Mais parler avec lui de ce qui était arrivé à l'hôpital avait été stressant. Dean repensait souvent à ce baiser qu'ils avaient failli échanger. Il savait que ça aurait été une erreur. C'était quelque chose que Castiel avait fait sur l'instant. Sans y réfléchir. Sans le vouloir réellement. Et Dean restait persuadé qu'il avait pris la bonne décision. Mais il ne pouvait pas nier qu'il avait ressenti quelque chose de fort à ce moment. Il avait eu envie que Castiel l'embrasse. Envie de savoir enfin quel goût pouvaient avoir ses lèvres. Son corps n'avait pas manqué de réagir à la proximité de son ami. C'était normal. Après tout, Dean était un jeune homme de dix-sept ans, actif sexuellement, et confronté à un homme qu'il trouvait physiquement attirant. Il se serait inquiété si ce presque baiser n'avait pas fait naître en lui un désir physique. Mais son cœur était en chantier et son esprit était embrouillé et confus. Il n'était plus sûr de rien et surtout pas de ce qu'il pouvait ressentir pour Castiel. Il préférait laisser cela de côté et se concentrer sur lui. Il avait eu peur que son ami le rejette en l'entendant. Il avait eu peur qu'il renonce à lui maintenant que la possibilité d'une relation sexuelle avec lui s'était envolée. Mais le jeune homme lui avait assuré que ce n'était pas ce qu'il recherchait. Et Dean savait à présent qu'il pouvait compter sur lui.
Une fois le problème réglé avec Castiel, le jeune homme avait présenté ses excuses à Steve. Son ami avait eu une réaction similaire à celle de Chris et lui avait assuré qu'il n'y avait aucun problème entre eux.
Dean avait définitivement les meilleurs amis du monde. Et il faisait son maximum pour ignorer la voix dans sa tête qui lui répétait sans cesse qu'il ne les méritait pas. Une voix qui ressemblait étrangement à celle de son père.
Il ne lui restait plus qu'une seule personne auprès de qui il devait s'excuser. Et c'était ce qui l'avait conduit – deux semaines après sa sortie de l'hôpital – devant l'église du Père Adam Milligan.
Dean n'était pas vraiment sûr que le jeune homme se souviendrait de lui mais il voulait lui parler. Lui dire qu'il était désolé d'être parti comme un voleur. Le remercier pour sa gentillesse et sa générosité.
Il faisait particulièrement froid ce jour-là et Dean frissonnait en regardant la porte de l'église. Il avait remonté le col de sa veste et était statufié au pied des marches depuis un bon quart d'heure. Il n'avait vu personne entrer ou sortir du bâtiment depuis son arrivée. Mais il craignait d'interrompre quelque chose. De ne pas être le bienvenu. D'être mis à la porte.
Il prit une grande inspiration puis hocha la tête et gravit enfin les marches qui le séparaient de la porte. Il la poussa d'une main tremblante puis pénétra dans le bâtiment. Il n'y avait personne sur les bancs devant lui et le père Milligan n'était pas là non plus. Dean avança de quelques pas, appréciant l'air chaud qui le réchauffait peu à peu. Il regarda autour de lui, s'attardant sur les tableaux qu'il avait vus lors de sa première visite. Certains étaient résolument classiques quand d'autres étaient définitivement plus modernes. L'un d'eux était même carrément abstrait et Dean ne voyait pas en quoi les tâches de couleur qui étaient étalées sur la toile pouvaient avoir un quelconque rapport avec la religion. Il le regarda pendant quelques secondes avant de jeter un coup d'œil à la porte qui menait au bureau du prêtre. Il s'en approcha lentement, répétant dans sa tête ce qu'il voulait dire pour éviter de se ridiculiser. Le silence était assourdissant autour de lui. Il sentait son cœur battre dans ses tempes et de la sueur commençait à perler à son front. Il détestait être aussi stressé. Il avait la sensation d'être faible et lâche. Mais il restait convaincu que cette étape était nécessaire. Il ne pourrait pas aller de l'avant s'il ne parlait pas avec le Père Milligan. De surcroît, il avait besoin de son aide et il espérait que le jeune prêtre serait toujours enclin à la lui apporter.
Dean prit son courage à deux mains et frappa à la porte du bureau. Il tendit ensuite l'oreille mais n'obtint aucune réponse. Le jeune homme regarda une nouvelle fois autour de lui avant de tenter sa chance à nouveau. Cette fois, il entendit la voix du prêtre à l'intérieur.
- C'est ouvert.
Dean se passa la langue sur les lèvres – elles étaient incroyablement sèches – et déglutit avec peine. Il appuya sur la poignée puis poussa la porte. Il n'était pas encore entré dans la pièce que déjà le prêtre était devant lui, un sourire étirant ses lèvres.
- Dean.
Il se souvenait donc de lui. C'était une bonne chose. Cela faciliterait probablement la tâche du jeune homme. Il entra dans la pièce et referma la porte derrière lui.
- Mon Père.
- Dean, je vous l'ai dit … je préfère de loin que vous m'appeliez Adam.
Le jeune homme s'en souvenait. Mais il avait appris durant son enfance à s'adresser aux prêtres par leur « titre ». C'était une habitude qu'il avait du mal à oublier.
- Oui je sais, c'est juste que c'est … c'est bizarre pour moi de vous appeler par votre prénom. Vous êtes prêtre.
- Oui mais je ne suis pas que ça. Avant d'être un homme d'église, je suis un jeune homme de 23 ans qui n'est pas encore vraiment habitué à s'entendre appeler de la sorte. Et puis si vous continuez à vous adresser à moi en me disant « Mon Père », je serais obligé de vous dire « Mon Fils » et honnêtement, je suis trop jeune pour ça.
Dean ne put s'empêcher de sourire en entendant son explication. Il n'était définitivement pas un prêtre comme les autres. Au-delà de ses convictions qui n'étaient pas en adéquation avec celles de l'Eglise Catholique, il était également plus drôle et plus souriant que tous les prêtres que Dean avait rencontrés dans sa vie. Le jeune homme était persuadé qu'ils auraient pu être amis si Adam n'avait pas choisi cette voie. Peut-être Dean aurait-il même cherché à le séduire. Il était objectivement beau garçon. Mais il n'avait définitivement pas le droit de penser à ce genre de choses. Il avait déjà suffisamment péché pour ne pas en rajouter en fantasmant sur un homme d'église.
Dean prit quelques secondes pour observer le prêtre en face de lui. Il ne portait pas son « uniforme » et avait opté pour un jean et un tee-shirt aux couleurs de l'équipe de football locale. C'était un choix étonnant mais qui collait finalement parfaitement au jeune homme.
- Vous voulez vous asseoir ? demanda Adam, arrachant Dean à sa contemplation.
Le jeune homme hocha la tête puis suivit le prêtre jusqu'au canapé. Il s'y installa alors qu'Adam s'asseyait sur le fauteuil en face de lui.
- Vous vous souvenez de moi ? demanda Dean inutilement.
Le jeune prêtre hocha la tête aussitôt. Il souriait toujours et son attitude décontractée chassa un peu de la tension que Dean ressentait.
- Bien sûr que je me souviens de vous. A vrai dire, j'ai beaucoup pensé à vous ces dernières semaines, répondit Adam en étendant ses jambes devant lui.
- Ah oui ? s'étonna Dean.
- Ca ne devrait pas vous surprendre. Votre départ a été quelque peu précipité et vous sembliez préoccupé.
C'était une évidence. Au moment de leur rencontre, Dean était au fond du trou. Il était désespéré et prêt à en finir. Mais sa courte visite avait changé beaucoup de choses. Et il ressentait le besoin de le dire à Adam.
- Je suis venu m'excuser pour ça … je n'aurais pas du prendre la fuite comme ça, expliqua le jeune homme.
Adam haussa les épaules.
- Je ne vous en veux pas. On m'a souvent reproché d'être trop insistant. Mais je suis comme ça. Quand je veux aider quelqu'un, j'ai tendance à être trop … enthousiaste.
Dean détourna les yeux du visage du jeune prêtre et observa la pièce autour d'eux. Elle était aussi chaleureuse que dans son souvenir. Elle ne ressemblait en rien à un bureau. Plutôt à un salon. Il s'y sentait bien.
- J'ai été … touché que vous insistiez. Même si je ne m'en suis pas rendu compte sur le moment. Mais je n'ai pas été totalement honnête avec vous.
- Comment ça ?
Dean se frotta la cuisse de sa main libre et posa celle emprisonnée dans l'atèle à côté de lui sur le canapé.
- Vous m'avez demandé si j'allais bien et je … je vous ai dit que oui mais … c'est un mensonge. Je ne vais pas bien, expliqua t-il sans regarder le prêtre.
Il se doutait qu'Adam savait déjà tout ça. Mais il avait besoin de lui dire. Besoin de se montrer honnête avec cet homme qui lui avait tendu la main.
- Vous voulez m'en parler ? demanda le jeune prêtre d'une voix douce.
Dean tourna le visage vers lui et l'observa un instant. Il souriait toujours et ses yeux étaient posés sur lui. Mais il n'y avait aucun jugement dans son regard. Aucune animosité. Adam semblait réellement concerné par ce qu'il lui disait. Inquiet pour lui et déterminé à l'aider. Il y avait des similitudes entre son regard et celui de Castiel. Et Dean continuait d'être surpris de trouver chez ces inconnus une vraie volonté de l'aider.
- Je ne saurais pas par où commencer, avoua le jeune homme en frottant à nouveau sa cuisse.
Il avait préparé ce qu'il voulait dire au jeune prêtre mais maintenant qu'il était face à lui, toutes les phrases qu'il avait répété des centaines de fois lui semblaient dépourvues de sens et d'intérêt. Il se racla la gorge pour chasser le nœud qui semblait vouloir s'y former puis hocha la tête.
- Je ne vais pas bien depuis longtemps mon Pè … Adam. A vrai dire, je ne me souviens même pas de la dernière fois où je n'ai pas eu l'impression que tout allait mal autour de moi … en moi, expliqua Dean.
Il porta sa main libre à sa tempe et effleura la blessure qui s'y trouvait toujours. Elle avait commencé à cicatriser mais elle allait laisser une trace. Et depuis sa sortie de l'hôpital, il la touchait souvent. Comme pour se rappeler qu'il avait frôlé la mort mais qu'il était en vie. C'était un geste qu'il faisait inconsciemment parfois. Un geste qui avait le don d'énerver Chris.
- Vous êtes blessé, constata alors Adam en fronçant les sourcils.
Dean laissa retomber sa main sur sa cuisse puis agita son atèle devant lui.
- J'ai eu un accident. En fait, j'ai été renversé par une voiture le soir où on s'est rencontré. Mais j'ai eu de la chance, expliqua t-il.
Adam observa son atèle une seconde avant de reporter son attention sur le visage du jeune homme.
- J'espère que ce n'est pas de ma faute, avança le prêtre.
Dean secoua aussitôt la tête. Il en avait assez de pousser les gens à s'inquiéter ou à se culpabiliser pour ses propres erreurs.
- Non ce n'est pas de votre faute. Je courrais et je n'ai pas regardé où j'allais. C'est de ma faute et … je ne suis pas venu ici pour vous faire le moindre reproche.
Il soupira longuement puis décida de se lancer. Il ne voulait pas continuer à tourner autour du pot. Plus les minutes passaient et plus il avait la sensation qu'il devenait difficile de se confier. Il ne voulait pas être venu pour rien. Il ne voulait surtout pas faire perdre son temps à Adam.
- Depuis plusieurs semaines je … j'ai envie de mourir, asséna t-il rapidement.
Il vit le jeune prêtre se tendre brusquement et il s'en voulut aussitôt. Mais il était également soulagé d'avoir enfin été honnête avec lui. Il se mordilla la lèvre une seconde avant de la relâcher.
- J'ai failli en finir plusieurs fois … et je crois que je l'aurais probablement fait si je ne vous avais pas rencontré et si je n'avais pas été renversé par cette voiture. Je crois sincèrement que si je ne m'étais pas retrouvé à l'hôpital, je serais passé à l'acte ce soir là. J'en suis même persuadé.
- Mais vous ne l'avez pas fait, constata Adam en joignant ses mains sur ses cuisses.
Dean ferma les yeux et se passa une main sur le visage. Il se souvenait parfaitement de ce qu'il avait ressenti en sortant de chez Michael. Il se rappelait parfaitement de cette sensation que rien ne pourrait jamais aller mieux. Qu'il n'existait aucune échappatoire. Il continuait de le penser parfois. Mais il commençait à apprendre à composer avec.
- Parce qu'après mon accident, j'ai eu l'occasion de reparler avec mon frère et il m'a convaincu que je devais me battre. Il m'a supplié de rester en vie. Et je ne veux pas le décevoir … ni lui ni mes amis.
- C'est une bonne chose que vous soyez entouré Dean, assura Adam d'une voix calme.
Dean rouvrit les yeux et observa le plafond pendant de longues secondes. Il savait qu'il avait de la chance d'avoir du monde autour de lui. Il serait probablement déjà mort s'il n'y avait pas eu Castiel, Chris, Steve et Sammy. Mais ce n'était pas tout à fait suffisant. C'était à lui de s'en sortir, à lui de trouver des raisons de s'accrocher et de se battre.
- J'adore mes amis et mon frère … mon frère est tout pour moi mais parfois j'ai l'impression que … que je ne réussirais jamais à m'en sortir. C'est bizarre parce que certains jours tout va bien et je me surprends à être optimiste … d'autres jours en revanche, j'ai la sensation de me noyer dans mes problèmes … j'ai la sensation que rien n'ira jamais mieux.
Adam l'écoutait avec attention et sans l'interrompre. Et Dean avait la sensation de ne plus pouvoir s'arrêter de parler.
- Et parfois, je me mets à pleurer sans raison. J'ai l'impression que tout s'effondre autour de moi et je ne supporte plus de vivre … j'étouffe … littéralement je veux dire. Je n'arrive plus à reprendre ma respiration et j'ai la sensation que mes poumons se ferment complètement. J'ai envie de me battre. Je vous le jure mais c'est trop dur. Certaines fois, c'est juste trop dur. Alors bien sûr, je sais que je vais mieux. Je sens que les choses avancent mais ce n'est pas assez rapide. C'est comme si j'avais une bataille à mener et que je n'avais aucune arme à ma disposition. Et cette bataille je dois la mener contre moi-même. Contre cette voix dans ma tête qui me répète sans cesse que je ne vaux rien et que tout le monde serait soulagé si je mourrais.
Dean s'interrompit une seconde et se frotta les yeux pour éviter que des larmes viennent s'y loger. Il ne voulait pas pleurer. Il avait suffisamment versé de larmes.
- J'ai l'impression de ne plus avoir aucun contrôle sur ce que je ressens … c'est comme si les émotions s'enchaînaient sans fin, parfois heureuses et parfois douloureuses. Je passe d'une humeur à l'autre sans même qu'il y ait la moindre explication. Je suis instable. Je suis … je suis fatigué de ne rien comprendre et de ne rien contrôler. Je crois que … je crois que j'ai surestimé mes forces. J'ai besoin d'aide. Et je ne sais pas à qui demander parce que mes amis ne pourront rien faire pour moi. Mon frère non plus. Ils ne savent pas ce que je ressens. Ils ne savent pas ce que je traverse. Parfois, je me demande s'il existe quelque part dans ce monde quelqu'un capable de me comprendre. Je ne sais plus Adam. Je ne sais plus quoi faire.
Quand Dean s'interrompit enfin, il était surpris d'en avoir autant dit. Il avait parlé sans réellement se rendre compte de ce qu'il disait. Mais il se sentait légèrement soulagé par sa confession et par la certitude qu'Adam ne répéterait à personne ce qu'il avait entendu.
- Dean, est-ce que vous savez ce que c'est que la dépression clinique ? Demanda Adam en observant le jeune homme.
Ce dernier secoua la tête. Il savait que la dépression était le terme qu'on employait pour parler des gens qui étaient déprimés. Mais il ne savait rien de la « dépression clinique ». De surcroît, il avait du mal à réfléchir. Ses yeux le brûlaient et il avait la tête qui tournait. Son petit monologue l'avait privé de ses forces. Il avait la sensation d'avoir couru un marathon.
- La dépression clinique est une forme majeure de dépression … une maladie qui touche parfois les jeunes gens comme vous. Elle se caractérise par plusieurs symptômes comme les pleurs incontrôlés, les pertes d'appétit, de sommeil ou d'intérêt pour ce qui vous entoure. Les gens qui en souffrent se distancent généralement de leur famille ou de leurs amis. Ils ont des sautes d'humeur, des pensées suicidaires, des sentiments de culpabilité et de dépréciation ou même des difficultés de concentration et de prises de décision. Est-ce que vous avez souffert de certaines de ces choses là ?
Dean hocha la tête lentement. A vrai dire, il se reconnaissait dans l'ensemble de ces symptômes. Mais les entendre listés de la sorte était atroce. Il baissa les yeux sur ses mains et lutta contre son envie de pleurer.
- Vous voulez dire que je suis malade ? Qu'il faudrait m'enfermer ? Demanda t-il d'une voix qui tremblait.
- Ce n'est pas ce que je dis Dean. Ce que j'essaie de vous expliquer, c'est qu'il n'y a rien d'anormal dans ce que vous me décrivez. Parce que de toute évidence, vous souffrez de ce qu'on appelle un trouble dépressif majeur. C'est traitable.
Dean n'avait jamais envisagé les choses sous cet angle. Et il était effrayé par ce qu'il entendait. Car si Adam avait vu juste alors il ne pourrait jamais s'en sortir sans avoir recours à de la médication. Et cela impliquait qu'il rencontre un médecin. Ce qu'il refusait.
- Je ne veux pas prendre de cachets … je ne veux pas voir de psychiatre, protesta t-il en relevant la tête.
Adam l'observait toujours sans avoir bouger d'un millimètre. Son regard était un peu plus sombre que quelques minutes plus tôt mais Dean trouvait toujours la même chaleur dans ses yeux. Il soupira.
- Je ne suis pas fou, ajouta t-il.
Le jeune prêtre secoua la tête.
- Etre dépressif ce n'est pas être fou Dean. Mais cela reste une maladie. Il n'y a aucune honte à en souffrir. Les causes peuvent être multiples et dans votre cas, je dirais qu'elles ont un rapport avec vos parents et leurs croyances, avec leur abandon.
- Mais je vais mieux. Tout n'est pas parfait mais je sens que les choses commencent à s'arranger.
- Parce que vous vous forcez à aller mieux mais vous l'avez dit vous-même … il y a des jours où rien ne va et où les symptômes réapparaissent. Je ne dis pas que vous ne pouvez pas vous en sortir par vous-même mais … ce ne sera jamais qu'une solution temporaire. Il faut traiter la maladie Dean … pas uniquement les symptômes.
Dean se leva du canapé et contourna la table basse pour se diriger vers le meuble où Adam avait posé la cafetière. Il tournait le dos au jeune prêtre et pouvait sentir son regard posé quelque part entre ses omoplates. Ses paroles étaient difficiles à entendre. Il semblait si sûr de lui que Dean était enclin à le croire. Mais il refusait de voir un spécialiste. Et surtout, il ne voulait pas prendre de cachets. Il ne se faisait pas confiance sur ce point là.
- Et si je ne fais rien … si je ne prends pas de traitement ? Est-ce qu'il y a la moindre chance que je finisse par aller réellement mieux ? Durablement je veux dire ? Demanda t-il en posant ses mains sur le meuble devant lui.
Il entendit Adam bouger sur le fauteuil mais il ne lui fit pas face. Il ne voulait pas voir son visage. Il savait qu'il finirait par craquer en le regardant.
- Les miracles arrivent Dean mais … si vous continuez à nier que vous avez besoin d'aide médicale, vous ne ferez que repousser l'échéance. Vous arriverez peut-être à vous convaincre que vous allez bien mais ce ne sera qu'une illusion. Et le jour où elle ne sera plus suffisamment solide pour camoufler la réalité, alors la maladie reprendra le contrôle et ce sera pire.
Dean laissa tomber sa tête entre ses épaules alors que ses jambes se mettaient à trembler.
- Ecoutez Dean, je connais un docteur qui pourrait … commença Adam.
Mais le jeune homme ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase. Il frappa du point contre le meuble pour l'interrompre puis fit volte face et le foudroya du regard.
- Je ne veux pas voir de médecin ! S'écria t-il.
Il fouilla ses poches et finit par en sortir son paquet de cigarettes. Il en prit une puis tenta de l'allumer. Il fit tomber son briquet deux fois avant de parvenir à l'allumer et quand il tira enfin la première bouffée, il eut la sensation qu'elle avait le goût du sang.
- Qu'est-ce que vous savez de tout ça vous ? Vous n'êtes pas médecin ! Je … vous êtes seulement prêtre … et je ne vois pas en quoi cela vous autorise à poser un diagnostic sur mon état. Vous n'avez pas la science infuse ! Ajouta t-il.
Adam ne semblait pas vexé par les accusations du jeune homme. Et Dean se demanda comment il pouvait être aussi calme alors qu'il se faisait hurler dessus.
- Dean, calmez-vous, lui suggéra le prêtre.
Le jeune homme secoua la tête puis tira une nouvelle bouffée de sa cigarette. Il s'était attendu à ce que le prêtre lui demande de ne pas l'allumer mais de toute évidence, c'était encore une chose qui le différenciait des autres prêtres.
- Que je me calme ?! Que je me calme ! Non mais vous vous foutez de moi ! Comment voulez-vous que je me calme alors que vous êtes en train de me dire que je perds la boule.
- Ce n'est pas ce que je dis … vous n'êtes pas fou. Vous êtes …
- Malade, oui je sais. Et où est la différence ? Vous croyez tout savoir hein ?
Adam secoua la tête.
- Non, je suis loin de tout savoir, assura t-il calmement.
- Alors fermez-la ! Ne me diagnostiquez pas comme si vous saviez tout sur tout. Je suis venu ici pour qu'on m'écoute … pas pour qu'on me dise ce que je dois faire.
- C'est vous-même qui avez dit que vous aviez besoin d'aide, rappela le prêtre en croisant ses bras sur son torse.
Dean le regarda pendant de longues secondes avant de détourner les yeux.
- Je parlais de votre aide à vous … ou peut-être de celle de ce groupe de soutien dont vous m'avez parlé ! Mais certainement pas de celle d'un médecin quelconque. Qu'est-ce qu'il pourra comprendre de ce que je ressens ?
Adam se leva finalement de son fauteuil et pendant une seconde, Dean se demanda s'il allait lui indiquer la porte. Sans doute avait-il poussé le bouchon trop loin en s'emportant de la sorte. Mais c'était plus fort que lui. Parfois la colère était trop forte pour qu'il puisse l'ignorer. Et la majeure partie du temps la force de ses émotions lui semblait comme multipliée par dix ou par cent. Et sans doute cela renforçait-il l'hypothèse d'Adam. Mais il ne comptait pas le lui dire.
Dean observa le jeune prêtre venir à sa hauteur. Il ne put s'empêcher de se tendre quand Adam enfonça sa main dans la poche de sa veste. Il fronça les sourcils quand il le vit en sortir son paquet de cigarettes.
- Qu'est-ce que … commença t-il avant qu'Adam ne l'interrompe.
- Je viens d'arrêter mais je crois que j'en ai autant besoin que vous.
Dean le regarda sortir une cigarette du paquet et sans s'en rendre réellement compte, il lui tendit son briquet pour qu'il puisse l'allumer. Adam le remercia d'un signe de tête puis fuma quelques secondes en silence. Dean n'était pas forcément à l'aise aussi proche de lui mais il ne bougea pas. Il était fasciné par ce qu'il voyait. Par cet homme incroyable sur lequel il venait d'hurler et qui ne semblait pas lui en tenir rigueur. Le jeune homme sentit alors sa colère disparaître brusquement et il ne lui restait plus rien d'autre que ce vide immense dans lequel il savait qu'il pourrait se perdre si toutefois il ne se battait pas suffisamment.
- Je n'aurais pas du vous crier dessus, lâcha finalement Dean en baissant les yeux vers ses pieds.
Il pouvait sentir la fumée qu'Adam expirait devant lui emplir ses narines et il se demanda s'il était normal que ce simple fait le fasse se sentir mille fois mieux. Peut-être était-ce la présence du prêtre qui en était la cause. Il n'aurait pas su le dire.
- Non, vous n'auriez pas du, confirma Adam.
Dean releva les yeux et quand il vit le jeune prêtre lui sourire, le nœud dans sa gorge se dénoua considérablement.
- Je suis un idiot, désolé, jeta le jeune homme avant de soupirer longuement.
Il regarda Adam fumer en silence pendant encore quelques secondes avant de porter sa propre cigarette à ses lèvres pour remplir ses poumons de nicotine.
- Vous n'êtes pas un idiot Dean. Mais je suis d'accord avec vous … vous n'allez pas bien, confirma Adam.
- Putain, je ne sais pas quoi faire.
Réalisant qu'il venait de jurer devant un prêtre, Dean secoua la tête.
- Et désolé pour le « putain », je devrais probablement me taire avant d'aggraver un peu plus mon cas.
- Vous n'êtes pas la première personne à jurer devant moi Dean et je peux vous assurer que je ne m'en prive pas moi non plus quand je suis réellement énervé. Je suis un prêtre … pas un Saint.
Dean sourit devant ce qui était une plaisanterie. Il avait du mal à imaginer Adam perdre son calme et jurer comme lui le faisait régulièrement. Le jeune prêtre n'était peut-être pas un Saint mais il était définitivement un Ange.
- Bien, maintenant que nous avons tous les deux retrouvé notre calme … nous allons nous asseoir et discuter ensemble de votre problème, déclara Adam.
Il tourna le dos à Dean et retourna s'installer sur le fauteuil. Le jeune homme le suivit quelques secondes plus tard et reprit place sur le canapé en face de lui. Il jeta la cendre de sa cigarette dans le verre vide sur la table basse puis la porta de nouveau à ses lèvres. Adam ne le regardait pas pour le moment, ses yeux étant posés quelque part au dessus de sa tête.
- Vous n'allez pas me mettre à la porte ? Demanda Dean quand le silence devint trop pesant pour lui.
Adam secoua la tête mais ne le regardait toujours pas. Sa cigarette se consumait entre ses doigts mais il semblait l'avoir oubliée. Il regardait toujours fixement le mur au dessus de la tête du jeune homme et son attitude commençait à l'angoisser.
- Vous allez me faire la morale alors ?
Une nouvelle fois, Adam secoua la tête. Dean se passa la langue sur les lèvres et ne fut pas surpris de constater qu'elles étaient toujours aussi sèches.
- Alors quoi ? Vous allez me demander de prier ? De faire pénitence ? D'entrer dans les ordres ?
Il parlait uniquement pour briser le silence et faire réagir le jeune prêtre en face de lui. Il savait que ses paroles n'avaient aucun sens mais elles semblèrent attirer l'attention d'Adam.
- Pourquoi vous demanderais-je quoi que ce soit de ce genre ?
Dean haussa les épaules avant de tirer une bouffée de sa cigarette.
- Parce que je suis une cause désespérée … il doit bien y avoir un Saint à prier pour ce genre de choses non ?
- Sainte Rita oui … ou Saint Jude mais ça n'aurait aucun sens parce que vous n'êtes pas une cause désespérée.
Dean n'était pas forcément de cet avis mais il doutait que le dire à voix haute servirait à quoi que ce soit. Il garda donc son opinion pour lui-même et attendit qu'Adam reporte enfin son attention sur lui.
- Je veux que vous intégriez mon groupe de soutien, énonça finalement le jeune prêtre.
Dean avait la sensation que cela sonnait comme un ordre et il avait toujours eu du mal à accepter l'autorité d'un inconnu facilement. Mais dans la bouche d'Adam, ce n'était pas agressif ou malveillant.
- Je vous ai dit que j'étais venu pour ça … enfin, à vrai dire, j'étais surtout venu pour m'excuser mais je crois que ça pourrait être une bonne idée, accepta Dean.
Adam sourit avant de jeter sa cigarette dans le verre sur la table. Il se frotta ensuite les mains puis se leva de son fauteuil. Il se dirigea vers une étagère et attrapa un prospectus sur une pile. Il retourna alors vers Dean et le lui tendit.
- Nous nous réunissons tous les jeudis soirs à vingt heures, expliqua t-il.
Dean prit le morceau de papier qu'il lui tendait et ne prit pas le temps de le lire. Il regarda Adam reprendre place sur le fauteuil et poser ses pieds sur la table basse en soupirant. Si Dean n'avait pas vu le jeune homme dans son « uniforme » la première fois qu'il s'était rencontré, il aurait refusé de croire qu'il était prêtre. Il n'en avait pas l'attitude.
- C'est comme les alcooliques anonymes ou un truc de ce genre ? Est-ce qu'on doit se lever de sa chaise et dire quelque chose du genre « je m'appelle Dean et je suis gay » ?
Adam secoua la tête en souriant à nouveau.
- Non et à vrai dire, vous ne serez pas obligé de parler. Mais je pense que ce serait une bonne chose que vous essayiez de vous confier à des jeunes gens dans votre situation.
- Dans ma situation ? Vous voulez dire qu'ils sont tous gays, abandonnés et suicidaires ? Ou peut-être qu'ils sont tous dingues comme moi.
- Dean, je vous l'ai dit. Vous n'êtes pas fou. Et les membres de ce groupe ne le sont pas plus que vous.
Adam semblait légèrement agacé par l'attitude du jeune homme mais il gardait tout de même son calme. Son ton était toujours chaleureux. Dean l'admirait de parvenir à rester composé.
- Mais ils ont tous le même genre de problèmes que moi ?
- Et bien certains oui … d'autres ont été maltraités et battus par leurs parents. Certains ont vécus pire encore … mais tous ont en commun le fait d'être gay et d'avoir des familles qui ne l'acceptent pas.
- Je vais y être comme un poisson dans l'eau, souffla Dean.
Adam fronça les sourcils.
- Si vous n'êtes pas motivé ou si vous y allez uniquement pour les dénigrer alors je préfère que vous restiez chez vous, lâcha t-il.
Dean observa le prospectus dans sa main et finit par secouer la tête.
- Non, désolé, je ne voulais pas … je suis motivé. Je vous l'assure. C'est juste que je n'ai jamais rien fait de ce genre … je veux dire parler ouvertement de mes problèmes. J'en discute avec mes amis parfois … et surtout avec Castiel mais …
- Castiel ? L'interrompit Adam.
Dean hocha la tête et leva les yeux vers le jeune prêtre. Il réalisa alors qu'il n'avait jamais parlé de son ami avec lui.
- Je l'ai rencontré par le biais d'une de ces lignes d'entraide … vous savez, celles qu'on appelle pour parler. Mais le hasard a voulu qu'on se rencontre et aujourd'hui, nous sommes amis.
Adam acquiesça.
- Castiel … c'est un nom intéressant, commenta t-il.
Dean devait admettre qu'il l'avait trouvé étrange lui aussi. Mais parfois, les parents pouvaient se montrer cruels avec leurs enfants. Il imaginait que les choses n'avaient pas du être à l'école pour son ami. Il était toujours difficile de ne pas être comme tout le monde. Dean en savait quelque chose.
- C'est surtout un nom bizarre … mais je suppose que ça lui va bien, répliqua le jeune homme en repensant à son ami.
Adam sourit de plus belle et se pencha en avant, ses bras reposant sur ses cuisses, ses mains jointes entre ses genoux.
- Castiel est le nom d'un archange.
- D'un archange ? Demanda Dean en fronçant les sourcils.
- Oui … à vrai dire, son nom exact est Cassiel mais Castiel est accepté. C'est un archange censé être le témoin des évènements sur Terre … dans certains textes, il est décrit comme l'ange de la solitude et des larmes. Il aurait été le témoin de la mort des rois.
Dean sourit à son tour devant l'ironie de la situation.
- Parfois j'ai l'impression que le destin se moque de moi … parce que pour quelqu'un qui a fui la religion comme la peste, je vois des références religieuses partout autour de moi, commenta t-il.
- Ou alors il s'agit là d'un signe, rétorqua Adam.
Dean haussa les épaules et jeta un coup d'oeil à sa cigarette. Elle s'était éteinte entre ses doigts. Il la jeta dans le verre sur la table puis se réadossa au canapé.
- Ca fait bien longtemps que je ne crois plus aux signes, assura t-il.
- J'imagine que je penserais la même chose si j'étais dans votre situation, admit Adam.
- Comment faites-vous ?
Adam fronça les sourcils en entendant la question de Dean. Le jeune homme se racla la gorge et choisit de préciser sa pensée.
- Comment faites-vous pour croire en Dieu quand vous voyez ce qui se passe autour de vous ? Quand vous entendez des gamins vous parler de la façon dont leurs parents les ont battus ou abandonnés ? Comment pouvez-vous sincèrement penser qu'il existe quelqu'un là-haut qui veille sur nous alors même que certains de ses enfants (il mima des guillemets avec ses doigts sur ce dernier mot) souffrent et meurent sans raison ?
Adam réfléchit à la question pendant de longues secondes. Dean le regarda fixement pendant qu'il cherchait une réponse appropriée. Il ne voulait pas porter d'accusations ou paraître moqueur. Il était sincèrement curieux. Et admiratif. Car la foi du jeune prêtre aurait probablement du être ébranlée depuis longtemps. Il avait de toute évidence une volonté de fer.
- Je ne vois pas Dieu comme un témoin passif de ce qui se passe sur Terre. Mais je ne crois pas non plus que ce soit Son rôle d'intervenir dans le destin de chacun de Ses sujets, expliqua finalement Adam.
- Comment ça ?
- Et bien, selon moi, quand Dieu a créé l'Homme, Il lui a fait le plus merveilleux des cadeaux. Il lui a donné … le libre-arbitre. Il nous a donné à tous la capacité de faire nos propres choix, de décider par nous-mêmes de ce que nous voulions faire de nos vies. Ce n'est pas de Sa faute si certains ont utilisé ce cadeau pour faire le mal autour d'eux.
- Mais pourquoi n'intervient-Il pas ?
Adam sourit gentiment à Dean.
- Certains vous diraient que ce n'est pas le rôle des hommes de porter des jugements sur Son action. Mais en ce qui me concerne, je pense qu'Il nous considère capables de nous en sortir par nous-mêmes. Dieu est notre Père à tous et parfois, c'est aussi le rôle d'un parent de pousser son enfant à voler de ses propres ailes. On ne peut pas être assisté toute notre vie. On n'avancerait pas sinon.
- Alors désolé mais c'est le deuxième père à me faire faux bond, lâcha Dean en croisant ses bras sur son torse.
- Je peux comprendre ce que vous ressentez Dean. Mais je sais aussi que Dieu vous aime. Et qu'Il ne vous a pas abandonné. Peut-être est-ce Lui qui m'a mis en travers de votre chemin. Ou peut-être vous a t-Il envoyé Castiel.
Dean savait qu'il ne se laisserait pas convaincre. Mais il trouvait le raisonnement d'Adam relativement plaisant. Et par dessus tout, il appréciait que le jeune prêtre ne cherche pas à le forcer à le croire. Il s'agissait d'une simple discussion et pas d'un discours militant.
- Vous savez, il m'arrive de douter quand j'entends certains des jeunes de mon groupe de soutien me parler des horreurs qu'ils ont vécues. Il m'arrive de me demander ce que je fais là à prier un Dieu qui ne nous donne jamais de réponses claires mais ensuite, je regarde dehors et je vois des enfants qui jouent et rigolent. Je vois ce qu'il y a de beau dans ce monde et je sais qu'Il est partout autour de nous. Il suffit de savoir où regarder, expliqua Adam.
Dean soupira longuement puis leva les yeux au plafond et ferma les yeux.
- J'aimerais avoir autant confiance que vous, souffla t-il.
- Que ce soit en Dieu ou en vous-même, vous finirez pas retrouver confiance Dean. On peut avoir foi en plein de choses différentes … en ses amis, sa famille, la vie ou soi-même. La religion n'est pas la solution à tous nos problèmes.
Dean hocha la tête.
- Vous n'êtes définitivement pas un prêtre ordinaire, lança t-il en rouvrant ses yeux pour les poser sur Adam.
Ce dernier lui adressa un sourire chaleureux.
- En tout cas, je fais tout mon possible pour ne pas l'être.
Dean sourit à son tour.
- Vous voulez un café ? Lui demanda Adam.
- Oui, merci.
Et en regardant le prêtre se lever, le jeune homme espérait qu'il avait compris que son remerciement n'était pas uniquement du au café qu'il lui offrait. Car Dean était reconnaissant envers Adam pour bien plus que pour ça. Il aurait probablement du le dire mais quelque chose lui laissait penser que ce n'était pas nécessaire. Il ne savait pas si c'était Dieu, le destin ou juste le hasard qui avait mis le prêtre en travers de sa route mais il savait que c'était une chance de l'avoir aujourd'hui dans sa vie. Et même s'il continuait de croire que la religion était une vaste plaisanterie, la présence de ce jeune prêtre à ses côtés lui redonnait presque la foi. Pas en Dieu ou en l'Eglise Catholique mais en l'être humain en général. Il avançait pas à pas. Oui. Dean allait mieux. Et quand tout serait fini et qu'il serait guéri, il aurait des dizaines de mercis à adresser. Il avait hâte.
