Même l'Infirmière Joëlle sembla se réjouir pour mon premier badge. Ce fait m'étonna, mais Nick m'expliqua que c'était un peu évident pour tout le monde que j'avais eu peur de l'Arène, et pas que l'infirmière, mais beaucoup d'autres dresseurs qui étaient au courant de la situation m'avaient encouragé. C'était embarrassant de découvrir quelque chose comme ça, mais l'embarras disparaissait bien vite quand ça signifiait qu'on recevait de la nourriture gratuite.
Nick nous invita, mon équipe et moi, à déjeuner. Rien d'extravagant, mais c'était un buffet à volonté. Des et moi en profitâmes, mais je remarquai que Carlita n'avait pas l'air d'avoir grand appétit, et n'avait pas l'air contente du tout. "Allez, Carlita, mange! Tu n'es pas triste à cause du combat, si?" L'encourageai-je, tentant de lui faire ouvrir la bouche.
"Mmph," couina-t-elle en réponse, me tournant le dos.
"Que lui est-il arrivé?" demanda Nick avec curiosité.
"Je ne l'ai utilisée que pour deux ou trois tours, et elle s'est presque faite empoisonner..." Maintenant je me sentais coupable, rien que d'y penser. Tentant d'ignorer le sentiment, je pris une autre bouchée. Le pain à l'ail était vraiment bon. J'en offris un peu à Carlita, tentant de l'apaiser. "Allez, Carlita... j'ai dit que j'étais désolé..."
"Hm. Et si elle n'était pas énervée?"
"Hein?" Des leva la tête avec moi, arborant tous les deux des expressions désemparées assorties.
"Eh bien, regarde les choses sous cet angle. Tu l'as dit toi-même, qu'elle est la plus forte de ton équipe, si on s'en tient aux niveaux. Tu l'appelles pour un combat d'Arène, et elle perd presque conscience. Et si c'était elle qui se sentait coupable?" Suggéra Nick, tentant lui aussi de nourrir mon Balignon. Elle lui jeta un regarda noir et lui mordit le doigt. Il ne fit que rire, et la retira gentiment. "Tu vois? J'ai raison."
"Ohh." C'était logique, maintenant que j'y pensais. Je tendis les bras par-dessus la table pour la soulever, l'enlaçant. "C'est pas grave, Carlita. On a gagné. Tu as fait un super boulot."
"Gnon", marmonna-t-elle avec défiance, frottant son front contre mon bras. Je considérai que ça voulait dire qu'elle allait bien. Du moins, elle allait bien, jusqu'à ce que Des se penche pour lécher le sommet de son crâne. "Bali! Balignon!" hurla-t-elle, essayant de le frapper. Des retourna juste à son repas, satisfait.
"Comme une petite famille, pas vrai?" Nick rit doucement.
"Ouais, c'est une façon de voir les choses," répondis-je, posant Carlita de mon autre côté, pour les séparer. "Ils agissent vraiment comme des enfants..."
"Je pense que c'est le cas de toutes les équipes, à un certain degré."
"Tu es vraiment intelligent, tu sais?" remarquai-je justement, le toisant par-dessus mon verre. "...Et super gentil, aussi. Pourquoi est-ce que tu m'aides autant?"
"Eh bien, tu as beaucoup confiance en moi," dit-il, un peu amusé. Quand je ne répondis pas, il continua, un peu plus sérieusement. "...Si tu dois le savoir, tu me rappelles beaucoup mon petit frère. Mais il n'est pas encore dresseur; il n'a que neuf ans."
"Je te rappelle un gamin de neuf ans?" demandai-je platement. J'avais onze ans, bon sang!
"Ce n'est qu'un an de différence. Ne t'ébouriffe pas les plumes."
"J'ai onze ans!"
"Whoa, vraiment?" Il écarquilla les yeux sous la surprise, et rit à nouveau. "Que puis-je dire? Je dois devenir sénile, dans mes vieux jours."
"Ouais..." je réprimai un sourire et me détournai pour tenter de nourrir Carlita à nouveau. Elle ne mangeait toujours pas beaucoup, mais cette fois surtout parce qu'elle était difficile. Elle accepta finalement un petit bout de pain à l'ail, avant de décider que c'était délicieux et de voler le reste de ma part. Puis, quand je me retournai vers ma propre assiette, je réalisai que Des s'ajustait lui aussi à la nourriture humaine; il mâchouillait mes spaghetti bolognaise avec satisfaction. "Les gars! Mangez votre nourriture!"
"Définitivement une petite famille," décida Nick, se retenant de rire. "Oh, hey—question. Tu as gagné notre petit pari?"
"Eh?" glapis-je, la voix montant d'une ou deux octaves. Je l'avais parfaitement entendu, et je savais que je n'avais pas gagné notre petit pari. "P-Pari?" Répétai-je, feignant l'ignorance.
"T'inquiète. C'était juste pour te motiver un peu," balaya-t-il. Il savait certainement que je l'avais perdu, mais pourquoi il abandonnait la chance de gagner autant d'argent était hors de ma compréhension. Ou peut-être qu'il était si riche, qu'il n'avait pas besoin de cinq mille pokédollars de plus? Il était plus âgé, et si on gagnait de l'argent en faisant des combats, alors on devait en avoir une tonne en devenant plus fort...
J'en aurai une tonne bientôt, alors, me dis-je.
"Il aime beaucoup les spaghetti," dit Nick soudainement. Je le fixai, confus. De quoi parlait-il? Puis je sentis une secousse sur mon coude, et baissai la tête pour voir que Des s'était remis à manger dans mon assiette.
-.-.-
Il était tard dans l'après-midi quand on retourna au Centre. Je boudais toujours mes Pokémon, surtout Des, puisqu'il avait non seulement commencé à développer l'habitude de manger dans mon assiette, mais avait influencé Carlita, qui le faisait aussi. Ils étaient de bonne humeur, comme moi, mais il apparemment ils faisaient encore plus de bêtises quand ils étaient joyeux. Je devrai faire attention à ça, dans le futur.
"Alors, où est-ce que tu vas après ça?" Demanda Nick sur le ton de la conversation alors qu'on retournait dans nos chambres.
"Je... sais pas." Je n'avais pas beaucoup pensé à mon deuxième badge. Contre quelles autres Arènes avais-je l'avantage? Définitivement pas celle de l'eau...
"Charbourg."
"Hein?"
"Va à Charbourg. Sur le circuit conventionnel, Pierrick est le premier champion, alors il n'est pas terriblement fort, et Carlita aurait l'avantage face à son type roche," dit-il, acquiesçant sagement.
Des étoiles dans les yeux, j'acquiesçai aussi. "C'est logique, oui." J'étais absolument entiché avec son expérience; il avait l'air d'être une telle source d'informations! Il n'avait pas fait que m'aider avec Flo, il avait aussi été tellement gentil, et il me donnait même des conseils pour mon futur de dresseur. Une pensée me frappa. Les dresseurs voyageaient souvent ensembles, non...? Ce serait parfait. On était déjà amis, et il pouvait m'aider jusqu'à ce que je sois plus à l'aise dans le monde du dressage, et puis après on pourrait attaquer le Conseil des Quatre ensemble! L'équipe parfaite! Mais je devais subtilement lui faire dire s'il pensait que c'était une bonne idée, aussi. Et s'il n'aimait pas l'idée de traîner tout le temps avec un gosse?
"Hey, euh, Nick—"
"Qu'est-ce que c'est que ça?"
On avait atteint la porte de ma chambre, et il y avait quelque chose qui pendait de la poignée. Je l'attrapai, l'observant avec curiosité. C'était d'un joli rouge vif, et semblait être une sorte de veste. Je me demandai pourquoi ça pendait de ma poignée; ce n'était certainement pas à moi. (Même si je cherchais actuellement une veste. Mes bras me démangèrent rien qu'en y pensant.)
"...Ce n'est pas à moi..."
"Peut-être que quelqu'un l'a laissée ici?"
"Mais comment ça s'est retrouvé sur ma porte?"
"Peut-être qu'elle a été abandonnée dans le hall, et quelqu'un l'a juste laissée sur la porte la plus proche, en espérant qu'il s'agisse du propriétaire. Regarde s'il n'y a pas d'infos de contact dedans."
Je fouillai déjà dans les poches, mais n'y trouvai que des petites peluches et quelques papiers de bonbons. Nick soupira et me prit la veste, la retournant avec expertise pour regarder l'étiquette à l'intérieur. Et dessus, dans une écriture propre et cursive, étaient inscrits un nom et un numéro de téléphone. "Oh. Pri-sci-lla. Priscilla. Une fille." Il y avait beaucoup de filles dans le centre, mais cette veste devait appartenir à l'une des plus jeunes dresseuses. Et elle me semblait un peu familière, maintenant que je la regardais vraiment...
"Tu la connais?"
"Non... Enfin, j'ai probablement dû la voir avant. Je me demande si elle est toujours dans le Centre." Je tournai les talons et redescendis à l'étage inférieur, à la recherche de l'Infirmière Joëlle.
Elle me trouva avant que je ne la trouve, et demanda immédiatement, "Oh, ce n'est pas ta veste? C'est ce que je pensais..."
"Est-ce qu'une certaine Priscilla est toujours ici?"
"Priscilla?" La femme aux cheveux roses pencha la tête, y réfléchissant. "...Oh! Non, j'en ai bien peur. Elle est partie ce matin. Tu sais où?"
"Euh, non." La fille m'était toujours inconnue; comment étais-je censé savoir où elle était partie? Enfin, il n'y avait pas beaucoup d'endroits où se rendre depuis Vestigion. Et si elle s'était attaquée à Flo, ça voulait dire qu'elle était encore une débutante, alors elle était probablement allée à Charbourg, elle aussi... "Mais je vais la prendre avec moi. Elle est peut-être allée à Charbourg." C'était là qu'était l'Arène la plus proche en tout cas, une qui n'était pas désespérément difficile. Et plus j'y pensais, plus je me disais que j'avais raison. Et puis, il y avait un numéro de téléphone, alors je pouvais toujours la trouver avec.
Je partis le matin suivant en direction de Charbourg. À ma grande consternation, tristesse, inquiétude et nervosité, Nick ne voyagerait pas avec moi; il allait s'attaquer à la Route Victoire et au Conseil des Quatre. Evidemment, je ne fis que l'idolâtrer encore plus. Il avait l'air d'être le seul à être digne du piédestal sur lequel je l'avais placé, jusqu'à maintenant.
"Tu te débrouilleras, gamin," dit-il avec un sourire, ébouriffant mes cheveux. "Charbourg sera un jeu d'enfant. Tu atteindras sûrement le Conseil avant moi!"
"Tu vas à la Route Victoire..."
"Ouais, mais j'ai déjà essayé de la traverser. Ça va être ma... quatrième tentative, je crois? Je me perds très facilement," admit-il, frottant l'arrière de son crâne d'un air penaud. "Alors n'abandonne pas espoir."
"D'accord, alors."
Sur ce, je grimpai sur le vélo emprunté à l'entrée nord de la Piste Cyclable, et Nick enfila son sac à dos, traversant la porte. Je me tordis la nuque, voulant apercevoir une dernière fois mon idole, et actionnai accidentellement la béquille de mon vélo. Peu habitué au chemin escarpé, j'avançai d'une demi-douzaine de mètres, et tombai promptement, renversant pokéballs, potions, sac à dos, veste rouge, et tentant tant bien que mal de tous les ramasser avant que mon vélo ne glisse plus bas dans le chemin.
L'embarras fut vite oublié, cependant, parce que je m'habituai à la Piste, même si j'allais tout de même trop vite pour être vraiment à l'aise. Je m'écrasai en bas également, mais au moins j'étais plus proche de Charbourg à la fin. J'avais aussi quelques traces de dérapages sur mes mains et mes genoux, mais ce n'était pas important. J'étais complètement habitué à ce genre de blessures, au nom du dressage, à ce point-là. Après tout, j'allais être le meilleur dresseur du monde, alors quelques égratignures ne voulaient rien dire, pas vrai?
Même si elles faisaient super mal et que je passai le reste de la nuit à retirer des petits gravillons de mes genoux.
