Olivier s'attendait à ce que l'approche de sa soutenance de thèse rende Sigridur nerveuse ou fébrile.

Ce ne fut pas le cas. Elle devint juste encore plus froide et déterminée.

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Olivier n'avait plus affaire à une humaine, mais à une machine.

L'efficacité était devenue son maître mot.

Elle avait rendu sa thèse papier, et était toute entière concentrée sur la réalisation de son support de présentation.

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Olivier et Nigel s'entendaient beaucoup mieux que leur première rencontre ne semblait le présager.

Nigel adorait la bière et Sigridur, ce qui d'après Olivier était largement suffisant pour justifier une amitié.

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Un soir qu'il avait passé à s'ennuyer à regarder Sigridur s'activer sur sa machine à écrire sans relever son nez, Nigel était passé.

Il avait exhorté Olivier à la patience, lui promettant que ce comportement de Sigridur était exceptionnel, et qu'elle était sincèrement attachée à lui.

Olivier n'avait rien répondu, espérant seulement qu'il ait raison.

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A quelques semaines de la soutenance, elle était venue passer un weekend chez lui.

Olivier se demanda si elle aurait eu l'idée de venir si Nigel ne le lui avait pas chaudement recommandé.

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Le lendemain quand il se réveilla, elle n'était déjà plus dans le lit. Il l'entendait s'activer sur ses diapositives et sa règle à calcul dans la cuisine.

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Il se leva et s'apprêtait à la rejoindre quand on sonna à la porte.

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Derrière la porte se tenait sa femme.

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- Lydia ?

Olivier tombait des nues. Ernest s'enfuit en crachant de l'apppartement.

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Elle était toujours belle et jeune, mais d'une jeunesse qui doit beaucoup aux esthéticiennes, stylistes et plâtriers les plus chers.

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- Olivier, mon chéri.

D'un geste savant, elle dégagea sa chevelure qui brunissait de plus en plus à mesure que leurs âges avançaient.

- Tu ne vas pas me croire, chéri, mais j'étais sur le yatch de ce cher Mick, quand… Tu te souviens de Mick ? …

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A mesure qu'elle parlait, elle bouscula Olivier -mon-chéri pour entrer dans l'appartement.

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- Donc, Mick me disait que peut-être il t'avait vu dans un bar moldu, et, tu ne vas pas me croire, accompagné !...

Lydia était une de ces personnes qui arrivent à faire entendre l'italique quand elles parlent.

Elle sortait de la chambre ou Sigridur n'était pas et se dirigeait maintenant vers la cuisine.

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- Je lui ai dit, Mick, tu n'y penses pas, il m'a moi, pourquoi est-ce qu'il irait chercher quelqu'un d'autre ? Mais, quand même, je lui ai dit, je vais…

Lydia venait d'entrer dans la cuisine et s'était tue.

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Quand il rentra dans la cuisine, Lydia et Sigridur se dévisagea.

Enfin, Lydia dévisageait furieuse Sigridur.

Sigridur regardait agacée Lydia.

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- Enfin, Olivier, comment tu as pu me remplacer par cette…

Elle regarda Sigridur de haut en bas.

- … Vieille !

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- Vieille ? Olivier s'était attendu à beaucoup de choses, mais certainement pas à ce qualificatif.

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- Enfin, regarde là, elle a deux fois mon âge.

- Je suis là devant vous, vous pouvez vous adresser à moi. Sigridur se leva, et du haut de son mètre quatre-vingt sept contempla Lydia de son regard le plus glacial et métallique.

- Sig', ce n'est pas la peine de…

- Ne t'en fais pas.

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Elle attrapa son blouson et ses dossiers et sortit de la pièce. Il l'accompagna jusqu'à la porte pendant que lydia s'affalait d'un air propriétaire sur une chaise.

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- Olivier… Sigridur renifla exaspérée. Je ne mentirai pas, je ne suis pas désolée. Mais on a peut-être manqué de prudence. Je sais que tu vas me dire dix fois que tu es désolé. Ne dis rien. Ecris-moi quand tu seras disponible.

- Sig… Je te promets qu'on n'est plus ensemble, elle joue la comédie…

Sigridur lui sourit, apaisante.

- Je le sais, bien sûr. Mais je n'ai pas envie de passer du temps à me disputer. Si elle est là, c'est qu'elle a été blessée, et ça mérite que vous discutiez.

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Dans les jours qui suivirent, Olivier eut beaucoup de mal à se débarrasser des journalistes qui le suivaient où qu'il aille.

L'information avait bizarrement fuitée dans la presse, fait de Lydia à n'en pas douter.

Olivier se demandait pourquoi il se sentait en tord alors qu'ils ne vivaient plus ensemble depuis des années. Mais il se rendait bien compte que si Lydia n'avait pas jusque là demandé le divorce, c'était peut être parce que pour elle, le deuil de leur relation n'était pas fait.

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Il n'osait plus aller voir Sigridur. La nouvelle de son divorce s'étalait sur la moitié des couvertures de feuilles de choux magiques.

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Pourtant, il mourrait d'envie de lui parler.

Les réponses à ses hiboux étaient laconiques.

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C'est Nigel qui lui fournit la solution en lui envoyant du polynectar et une mèche de cheveux à lui.

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Dès qu'il reçut le paquet et eut bu la potion, il se précipita à la résidence étudiante.

C'est une Sigridur fatiguée mais toujours aussi concentrée sur sa soutenance qui lui ouvrit.

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Quand elle s'avisa de qu'il était, elle lui sourit. Olivier sentit la pression se relâcher.

- J'ai très envie de t'embrasser, mais j'aurai vraiment l'impression de rouler un patin à Nigel. Et ça, ça serait vraiment trop bizarre.

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Elle l'enlaça, ce qui fut perturbant pour les deux car Nigel était plus petit que Olivier. Ils attendirent que l'heure de transformation soit passée.

- Tu m'en veux ? Olivier caressait ses tresses blanches.

- Non.

- Tu devrais.

- Olivier, elle se le fixa. Je vais passer ma thèse dans pas longtemps. C'est plus important pour moi que ta femme, dont tu seras divorcé rapidement.

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Ses yeux ne le lâchaient pas.

- Tu es surpris, je suis trop directe ? Je l'ai détestée dès que je l'ai vue. Mais j'ai vu aussi que tu n'étais pas heureux avec elle. Je te connais ouvert et drôle. Alors qu'avec elle, quand tu venais voir mon père, tu étais une victime.

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Il sentait l'acier de ses yeux lui transpercer le cerveau.

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- Tu l'as aimé. C'est peut-être pour ça que tu n'arrivais pas à divorcer. Un peu aussi parce que tu es engoncé dans ces stupides valeurs vieu-jeu. Elle doit être drôle et aimable. Mais aujourd'hui, elle ne t'apportera plus rien. Vous n'avez plus rien en commun. Que de la frustration, de l'agacement, de la gêne, et je crois que ce n'est pas un kiné, même excellent qui la rendra heureuse non plus.

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Olivier essaya de détourner la tête. Elle lui saisit la joue et le força à la regarder.

- Olivier, tu as peur de te retrouver vieux et seul. Mais il n'y a pas d'âge limite pour aimer et être aimé. Et tu n'es pas seul, Olivier. Parce que je t'aime.. Et… Si tu veux bien… On pourrait…

Elle s'arrêtait et avait pâli.

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La métamorphose touchait à sa fin. Olivier avait retrouvé son visage.

- Finalement, c'était plus facile de dire ça à la figure de Nigel qu'à la tienne.

Complètement hébété, Olivier se blottit contre Sigridur

- Moi aussi, je t'aime…

- Ne sois pas niais, j'ai dépassé le seuil maximal de mièvrerie que je tolère annuellement.

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- Elle t'a traité de vieille.

- Oui.

- ça n'a pas de sens pourtant.

Sigridur rit. Gloussa, même.

- C'est surement à cause de mes cheveux blancs et des lunettes. On se trompe souvent sur mon âge.

Olivier tombait des nues.

- Ce n'est pas la première fois que ça t'arrive ?

- Non. Mais c'était pire quand j'étais enfants.

- Ah bon ?

- On ne pouvait pas me prendre pour une vieille, alors on pensait avoir affaire à un singe albinos hideux.

- C'est impossible… Tu es belle pourtant.

Elle rit encore et se tourna vers lui.

- Je suppose que ça dépend qui me regarde.

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Blabla de l'auteure :

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J'ai posté pleins de chapitres d'un coup, mais c'est parce que ceux qui viennent vont être longs.

La relation de Olivier est Sigridur est maintenant bien établie pour moi, ils n'en sont plus seulement à faire des choses ensemble, ils vont donc commencé à faire des trucs ! :P

A demain pour la suite !