14- Gloups

Sirius s'avança vers le portrait de la Grosse Dame qui menait à la Salle Commune de Gryffondor, étonné de la trouver si silencieuse. Il entra et vit l'équipe, affalée dans des fauteuils, l'air malheureux. Les autres élèves étaient auprès d'eux, ou bien déjà partis se coucher l'ambiance était sinistre.

James descendit l'escalier du dortoir des garçons, comme s'il venait d'aller se changer, ou prendre une douche. Il avait enfilé son pyjama et portait par-dessus une robe de chambre. Il vit Sirius s'avancer vers lui, lui lança un regard furieux et fit demi-tour vers le dortoir. Sirius se précipita derrière lui, mais fut devancé par Lily, qui posa une main compatissante sur l'épaule de James.

- Allez, ne fais pas cette tête, encouragea la Gryffondor. Je suis sure que quelque part, ça te fais du bien de tomber un peu de ton podium.

James leva la tête vers elle, choqué, muet pendant quelques secondes.

Et finalement il explosa :

- Mais va te faire foutre Evans ! J'en ai plus que marre de tes discours moralisateurs, tu te penses à ce point meilleure que moi ?! Sauf que tu ne comprends rien au Quidditch, et rien à moi. Tu sais quoi ? J'en ai marre de te passer toutes tes insultes, tes... crises de nerfs. Si je suis si minable que ça à tes yeux, alors arrête de me coller aux basques !

Il claqua la porte du dortoir derrière lui.

Sirius lança un regard d'excuse à une Lily statufiée, qui semblait hésiter entre la fureur et les larmes. Il suivit James, mais une fois entré dans le dortoir, le Gryffondor était couché et les baldaquins de son lit tirés. Il croisa Peter qui sortait de salle de bain. Le rat lui tapota les flans d'un air compatissant mais ne lui dit rien.

Remus lui, était assis dans son lit, un livre sur les genoux.

- Sur une échelle de un à dix, il m'en veut à combien ? demanda Sirius d'un ton incertain.

Le lycan secoua la tête d'un air consterné.

- T'en parleras directement avec lui.

Et il ferma à son tour ses rideaux.

Sirius s'assit sur son lit, malheureux comme les pierres.

La semaine qui suivit fut une des plus longues de sa vie à ses yeux. James refusait de lui adresser la parole. Il refusait même de le regarder.

Dès le mardi, Sirius avait fini par craquer et lui sauter dessus, presque littéralement, dans un couloir isolé.

- James ! Je suis désolé de ne pas avoir pu être là, d'accord ? Mais j'ai assisté à tous tes matchs depuis que tu fais du Quidditch, et à tes entraînements aussi parfois, si je n'étais pas présent au seul où tu as loupé ton coup, c'est juste... la faute à pas de chance !

- Tu crois ? répondit James d'un ton glacial.

- Quoi, tu ne vas pas me sortir que c'est de ma faute ? s'indigna Sirius.

- Et si ça l'était ? Et si j'étais justement en train de te chercher des yeux quand l'Attrapeur de Serdaigle a repéré le Vif, tu me dirais quoi ?

- Qu'on n'a pas arrêté de te dire de te concentrer sur le match, pendant le match, et pas sur les tribunes ? suggéra-t-il.

James eut une exclamation de mépris et tenta de s'éloigner, mais Sirius le rattrapa par le poignet. Il se dégagea et se tourna vers lui, en articulant d'une voix glaciale :

- Je supporte depuis bientôt dix mois, presque un an que tu sois absent, distrait, concentré uniquement sur tes petits problèmes de cœurs. Chaque jour, je n'ai pas arrêté de me dire : ça va lui passer ou bien il va enfin se décider à nous faire confiance et nous le présenter. A la place, je t'ai vu chaque jour t'enfoncer plus dans le mensonge et la dissimulation. Mais je t'avoue que je ne pensais pas que ça irait jusqu'à me mentir directement à moi.

- À quel moment je t'ai mentit James ? fit Sirius d'une voix blanche.

- Quand tu m'as fait croire que tu serais là pendant le match alors que tu attendais la première occasion pour filer comme un serpent ! Dis-moi Sirius, ça ne serait pas un Serpentard avec qui tu baises ? Parce qu'on dirait qu'ils déteignent sur toi. Ou alors c'est juste les gênes de ta famille qui remontent ?

James crispa les poings une seconde, comme s'il regrettait déjà les mots échappés de sa bouche. Mais trop tard. Sirius lui envoya son poing dans la figure, de toutes ses forces et la tête de James partit en arrière. Il était sonné, voyait des étoiles et une douleur vive palpitait dans sa pommette, paralysant toute sa joue. Ce n'était pas du tout comme prendre un sort. Il vit, dans un flou, Sirius passer à côté de lui et songea à lui attraper la jambe. À peine y avait-il songé qu'il avait déjà disparu. James finit par réussir à se redresser pour voir Remus se précipiter vers lui.

- James ! Sirius m'a dit... mais qu'est-ce qui s'est passé ? Vous êtes devenus fou tous les deux ?

- Je ne veux plus jamais entendre parler de ce sale traître.

La Maison Gryffondor, depuis lors, vivait des heures sombres. Déjà en retard pour la coupe de Quidditch après la défaite contre Serdaigle, ils voyaient maintenant les deux élèves les plus influents se déchirer. Personne n'avait pu louper le bleu sur la joue qu'abordait James Potter en arrivant en cour de Défense contre les Forces du Mal, mais les gens avaient d'abord cru qu'il s'agissait d'un dommage collatéral après une énième farce. Puis ils avaient fini par remarquer que cette fois Black n'était pas là, riant d'un air bravache à ses côtés. Et la rumeur avait commencé à se répandre. Untel avait dit à Machin que Truc avait entendu des bruits de disputes dans le couloir ouest du quatrième étage, et elle avait vu Black passer, blanc de rage. Ce serait donc lui qui aurait frappé James ? Impossible !

Et pourtant, les jours passant, tout le monde pouvait observer qu'ils ne se parlaient plus. Pettigrow et Lupin faisaient la navette de l'un à l'autre, l'air un peu perdus.

La Maison Serpentard elle, en revanche, s'en donnait à cœur joie : il y avait eu cinq attaques de nés moldus à Poudelard dans les deux dernières semaines, et si aucune preuves n'étaient trouvés pour le moment, ils étaient suffisamment surveillés pour que les préfets et préfets en chef se fassent convoquer chez le Directeur.

L'ambiance dans tout le château était à la tension et les professeurs comptaient sur la Saint Valentin pour dissiper tout ça.

X-OOOOO-X

Severus passa sa main dans les cheveux sombres du Gryffondor dont la tête reposait sur ses genoux. Il avait l'impression que des petites étincelles montaient depuis le bout de ses doigts pour répandre de la joie un peu partout dans son corps et son cerveau. Drôle d'alchimie. Il sentait le stress de ces derniers jours diminuer graduellement. Dans les cinq attaques, deux avaient utilisés les sorts qu'il avait enseignés à son petit groupe d'élèves. Une boule de feu pour l'un, et pour le deuxième il soupçonnait la Serdaigle vindicative, Leïla Snanks, un sortilège permettant de faire léviter des corps en l'air comme des marionnettes. Il avait peur qu'un professeur remonte à lui et découvre qui leur avait appris ça. Mais la pierre de serment était resté muette, preuve que personne n'avait parlé, il n'y avait donc pas de raison.

Il baissa les yeux vers Sirius. Il avait l'air fatigué. Severus avait diplomatiquement évité de lui poser la moindre question sur sa dispute avec Potter, se doutant qu'il aurait du mal à dissimuler sa satisfaction.

- Dis Sevy, souffla Sirius.

Severus leva les yeux au ciel mais décida de ne pas tiquer sur le surnom auquel, il devait le reconnaître, il commençait à se faire.

- Oui ?

- Tu veux sortir avec moi pour la Saint-Valentin ? Je me disais que tu pourrais prendre un charme de Glamour pour ressembler à n'importe quel étudiant de Poudlard qui reste au château. En remontant son écharpe sur ton visage, ça devrait suffire largement... Je sais qu'on ne pourra pas aller prendre un thé chez Madame Piedodu...

Severus frissonna à la seule pensée du salon rose fushia et mièvre de la sorcière, remplit de petit couple en train de se bécoter.

- … Mais on pourra se balader main dans la main, dans la rue... Je sais que c'est stupide, mais ça me ferait super plaisir. Si ça te dis bien sûr.

Le Serpentard interrompit sa caresse et Sirius se redressa pour lui faire face.

Il voulait se balader dans la rue. En public. Main dans la main. Avec lui. Si il avait été un, ou mieux une, élève lambda, il aurait sans doute été plus qu'heureux de s'afficher avec son beau petit ami dans les rues de Prés-au-Lard. Il ne pouvait qu'imaginer le bonheur que ce devait être de pouvoir sortir tous les deux au grand jour.

Mais il n'était pas un élève lambda. Sirius n'était pas son petit ami. Ils ne pourraient sans doute jamais sortir ensemble au grand jour.

En plus, il était déjà pris pour la Saint-Valentin.

Severus lui prit les mains du Gryffondor et baissa les yeux. Diplomatie, diplomatie.

- Je... je voudrais bien mais... J'ai déjà accepté un rendez-vous pour Prés-au-lard. Je ne sais pas trop combien de temps ça durera mais...

- Pardon ? s'exclama Sirius qui le leva d'un bond. Tu as rendez-vous avec qui ?!

- Avec Lucius Malefoy.

- Tu... te fiches de moi ? Depuis quand tu sors avec blondasse Malefoy ?!

Fichu Gryffondor trop émotif !

Comprenant le malentendu qui était en train de se mettre en place, Severus leva la main et dit calmement :

- Ce n'est pas du tout un rendez-vous romantique ! Malefoy est hétérosexuel, et même si ce n'était pas le cas, je te rappel que contrairement à une autre personne dans cette pièce, je ne suis pas un sex-symbol. Les gens ne sont pas, pouf, attiré par moi comme ça, d'un coup.

- Ah oui ? Et moi alors ? répliqua Sirius.

- Toi je n'ai toujours pas compris ce qui t'étais passé par la tête... Mais ce n'est pas le sujet ! insista Severus. J'ai un rendez-vous... d'affaire avec Malefoy. Il voulait me voir rapidement et c'était ce week-end-là à Près-au-lard l'occasion la plus proche, c'est tout.

Sirius fit le tour du canapé, l'air énervé. Il finit par s'asseoir à côté de Severus et prit sa tête entre ses mains.

- Il te veut quoi exactement ?

- Je... suppose qu'il a obtenu... l'emploi qu'il souhaitait. Et comme il sait que je suis intéressé aussi par... un poste de ce genre, il veut sans doute m'expliquer quoi faire pour l'obtenir.

Sirius renifla et le dévisagea d'un air suspicieux.

- Tu sais comme moi que Malefoy à des relations haut placées !

- Ouais Sev'. Je sais exactement quel genre de relations Malefoy peut avoir. Et je pense que c'est en rapport avec un certain Mage-Noir qui est en train de mettre notre monde à feu et à sang.

- Je ne sais pas, mentit Severus en prenant un air exaspéré. Mais c'est mon avenir qui est en jeu-là, tu ne comprends pas ?

- Tu es sûr de vouloir un avenir avec ces gens-là ? répliqua-t-il avec une moue dégoûtée.

- Oh c'est bon ! Sirius, arrête un peu ! Ce sont des relations de travail, de travail ! Ce n'est pas une secte ! Je ne vais pas me mettre à tenir des assemblées secrètes caché sous un capuchon noir pour assassiner des gens en lançant des symboles cabalistiques dans le ciel ! Redescend sur terre !

Sirius se sentait plutôt mal à l'aise mais l'idée d'une assemblée de partisans de Vous-Savez-Qui encapuchonnés psalmodiant des incantations à la pleine lune le fit sourire. Il secoua la tête.

- Bon d'accord, j'exagère peut-être un peu. Mais ça me gonfle que Malefoy puisse sortir avec toi et pas moi. Je ne lui fais pas confiance.

- Franchement, s'il n'y a que ça : nous avons rendez-vous à treize heure aux Trois Balais. Tu n'as qu'à y faire un tour avec tes amis si tu veux nous surveiller.

Sirius considéra l'idée pendant une seconde puis secoua la tête :

- Non, c'est bon, je te fais confiance, t'inquiète. Je ne vais pas vous reluquer du coin de l'œil comme un amant jaloux.

- Que tu es, sourit Severus.

- Absolument pas !

Le Serpentard l'embrassa, soulagé. Encore une fois, ce n'était pas passé loin mais… au final tout c'était déroulé bien mieux que prévu. Si Sirius n'avait pas brusquement l'idée saugrenue de se mettre à fouiner, il resterait en sécurité. Mine de rien, Severus se sentait tout… guilleret que Sirius l'ai invité pour la Saint Valentin. C'était un peu comme lui avouer de nouveau qu'il était amoureux.

Amoureux. Sirius Black. De lui. Bien sûr, la première et seule fois qu'il le lui avait dit, Severus avait presque paniqué en pensant à la galère que ça allait être. Mais maintenant qu'il c'était habitué à l'idée…

Au-delà de la peur, du stress du quotidien, Severus avait l'impression d'avoir un secret, un secret lumineux, joyeux, doux pour une fois. Un secret n'impliquant ni souffrance, ni complot. Juste le privilège d'avoir cet homme dans ses bras, de l'écouter dire ses bêtises, de pouvoir coucher avec lui. Peut-être se faisait-il trop de soucis, au fond. Il n'y aurait peut-être pas de guerre, seulement un revirement politique. L'affaire de quelques années. Si son « aventure » avec Sirius persistait jusque-là, qui sait. Peut-être pourraient-ils sortir ensemble au grand jour.

- A quoi tu penses ? demanda Sirius avec un sourire.

Severus vira instantanément à l'écarlate sans pouvoir s'en empêcher.

- Oho, des pensées salaces jeune homme ?

- Non, abruti !

- Des pensées tendres, alors ?

Le Serpentard détourna les yeux, pestant contre son manque de contrôle. Sirius entoura ses épaules de ses bras et l'attira contre lui. Il prit sa main et la posa contre son torse, lui faisant sentir le battement de son cœur. Severus sentit son propre cœur se caler sur le même rythme, lui donnant une impression de vertige.

- Parfois, murmura Sirius, je me dis que c'est vraiment trop compliqué entre nous. Pour aucune de mes copines je n'ai jamais fait la moitié des efforts et sacrifices que je fais pour te voir.

Severus étouffa une exclamation dédaigneuse, mais le brun continua sans s'interrompre.

- Mais quand je suis avec toi… Je ne me l'explique pas, je me sens bien. En paix. Et je me mets à avoir envie de tordre et détourner toute ma vie pour pouvoir rester plus longtemps en ta compagnie.

Sirius plongea ses yeux dans les prunelles noires du Serpentard qui ne détourna pas les yeux.

- Si on était si bien que ça ensemble, répondit-il d'une voix étranglé, on n'aurait pas besoin de tordre quoi que ce soit pour être tous les deux. Ça se ferait naturellement.

- Ah, parce que c'est « naturel » ce genre de relation tu crois ? Pas grand monde ne serait d'accord je pense. Et puis honnêtement Severus, manipuler le monde pour le plier à notre volonté, ce n'est pas une idée qui te plaît ?

- Peut-être bien que si, admit-il avec un demi-sourire. Alors si on se voit dimanche plutôt, ça te va ?

Sirius eut un éclat de rire en voyant l'air sournois du Serpentard et le prit dans ses bras. Penché sur son oreille, il murmura comme une prière, comme une incantation :

- Je t'aime Severus Rogue. Je t'aime, je t'aime, je t'aime.

Et il se délecta de sentir l'autre retenir sa respiration et le serrer si fort dans son étreinte qu'il lui fit presque mal.

X-OOOOOO-X

Je ne suis pas jaloux, je ne suis pas jaloux, je ne suis pas jaloux !

Assit à coté de Peter qui le fixait d'un air anxieux qui le faisait ressembler de façon frappante à sa forme de rat, Sirius arrachait méthodiquement la pelouse autour de lui, touffe par touffe. Il s'était fait inviter à sortir par trois filles différentes et avait reçu une dizaine de lettre accompagnées pour certaines de chocolat. Sirius avait répondu à chacune très cordialement, arguant que son cœur était déjà prit, mais qu'il était reconnaissant de l'attention qui lui était portée. Si cette activité plutôt flatteuse l'avait occupé toute la matinée et un peu après le déjeuner il était maintenant désœuvré et peinait à empêcher son esprit de penser à Severus. Severus assit en face de Malfoy et son petit sourire satisfait...

Raaaahhh !

Combien de temps pouvait durer ce genre d'entrevue ?

Si Sirius devait être parfaitement honnête, il était aussi en colère contre Rogue. Enfin... il avait l'impression de s'être fait manipulé. Lui avait séché le match de James avec les conséquences tragiques qui avaient suivi, mais Monsieur Severus ne peut pas annuler son rendez-vous avec sa Majesté Malefoy, parce que c'est pour l'a-ve-nir tu vois ?

Oui forcément, lui était trop gamin pour avoir ce genre de préoccupation n'est-ce pas ? Lui était juste bon à se morfondre au château en attendant que Monsieur Severus ai fini de se faire rencarder par Monsieur-j'ai-des-relations...

Lui avait l'intime conviction que rien de bon ne pouvait sortir de relation avec Malefoy mais bon... Au moins Severus avait l'air de penser qu'il n'y avait pas forcément de lien avec ce psychopathe de Vous-Savez-Qui. Et s'il se trompait ? S'il y en avait un ? Est-ce qu'il accepterait l'offre d'emploi de Malefoy ?

Sirius ne pouvait certainement pas jurer que Severus repousserait ce qui venait de ce camps-là. Et ça lui fichait le cafard, puissance dix mille.

- Sirius ?

- Quoi Peter ?

- Je...je vais rentrer à la Salle Commune. Il va bientôt plus n'y avoir d'herbe dans le coin.

- Ah okay. Eh ben, vas-y, j'te rejoindrais plus tard.

Le rat lui lança un petit sourire compatissant et s'en alla.

Sirius grimaça. Remus aussi était à un rendez-vous galant. Il avait enfin craqué et invité sa petite Serdaigle, Leïla Truc-much qui avait accepté bien volontiers. Tout le monde était heureux sauf lui. Et puis...James lui manquait. Il n'arrivait pas à croire qu'il s'était brouillé avec lui. Comment des mots pareil avaient pu être échangé entre eux deux ?

Tiens, quand on parle du cerf...

Potter venait de passer devant lui, déambulant comme une âme en peine. Sirius ne put s'empêcher de remarquer qu'il avait l'air malheureux, au moins autant que lui. Ils échangèrent un regard et James paru hésiter. Finalement il se dirigea dans sa direction et se laissa tomber par terre à côté de lui.

- Salut, dit-il après un silence.

- Salut, répondit Sirius.

Grosse ambiance...On va aller loin à ce rythme.

- T'es pas en rendez-vous? remarqua finement James.

- Non.

Sirius lâcha un gros soupir.

- Toi non plus, observa-t-il.

James soupira à son tour et secoua la tête.

- Écoute je...

- Je voulais...

Les deux Gryffondor échangèrent un regard et eurent un petit rire gêné.

- Vas-y, toi d'abord, invita Sirius.

- Je suis désolé pour ce que j'ai dit l'autre fois. C'était... affreux de ma part, et je ne le pensais pas du tout. Je méritais ce coup de poing. J'étais juste furieux et...

Sirius hocha la tête.

- J'ai vu ça. Moi aussi, je suis désolée de ne pas avoir osé te dire que je ne pourrais pas assister au match. Je suis un peu... perdu en ce moment.

- Ton histoire n'a pas l'air d'être plus simple que la mienne, sourit James.

- Tu n'imagines même pas, soupira Sirius.

- Avant se disait tout, regretta le brun ébouriffé. Mais je suppose que c'est aussi ça devenir adulte.

Sirius lui envoya une claque dans le dos :

- Ne parle pas comme ça, c'est trop affreux !

- En tout cas, je vais avoir besoin de mon Patmol et des Maraudeurs au complet pour une nouvelle mission, lança James d'un ton sérieux.

- J'ai peur, rigola Sirius.

- Tu as entendu parler de ces attaques à l'intérieur même du château ? On ne peut pas laisser passer ça ! J'ai commencé à regarder la Carte pour voir quand il y avait des regroupements de Serpentard. Si on se relais pour surveiller on devrait réussir à venir aider leurs victimes.

Pendant une seconde Sirius eut une peur terrible que James l'ai vu avec... puis il se rappela que Severus se rendait incartable toutes les fois où ils se voyaient.

- Mais oui ! Il faut absolument faire ça ! Répondit-il avec un temps de retard à son ami. En plus il paraît que ces moins que rien utilisent des maléfices de magie-noir.

- Ouais, j'ai entendu dire ça aussi, c'est répugnant. Mais justement, ces types-là doivent être des graines de Mangemorts. C'est maintenant qu'il faut leurs apprendre à nous craindre.

Sirius sentit une ombre passer devant le soleil et eut brusquement l'impression de vieillir de plusieurs années d'un coup. Encore une fois, quelqu'un était plus avancé dans l'avenir que lui. Les paroles de James étaient les paroles d'un adulte, qui pensait déjà aux combats à venir, à la violence qu'il faudrait utiliser pour protéger ceux qui leur étaient cher.

Il inspira lentement et quand il releva les yeux vers James, son regard était décidé.

- Je suis avec toi Cornedrue. On va leur montrer ce qu'on peut faire sur des crétins avec de la magie bien légale.

X-OOOOOOO-X

Malefoy les avaient fait asseoir dans une table dans un coin de la salle, ce qui leur assurait une certaine tranquillité. Mais comme le blond l'avait prévu, le pub était bondé et personne ne leur prêtait attention.

- Il est incroyable, raconta Lucius. Tu as le sentiment qu'il te connaît mieux que toi même, il suffit qu'il regarde au fond de tes yeux et tu sais que le fond de ton être lui est révélé. Bien sûr c'est terrifiant mais moi je n'avais rien à cacher. Il m'a tout de suite confié des tâches essentielles au ministère et je peux t'avouer que je m'en suis plutôt bien sortit.

Severus sourit devant la vanité de Malefoy, fier comme un paon. Il avait compris, comme il le supposait depuis un moment, que le Seigneur des Ténèbres devait être un maître Légimen et il se promit de travailler son propre pouvoir plus durement encore.

- Je lui ai parlé de toi Severus. Je te l'avais dit. Tu jouis maintenant d'un agréable préjugé positif en ta faveur. Je pense que tu as de bonne chance de pouvoir nous rejoindre dès la fin de ta septième année.

- Vous rejoindre oui, mais pour faire quoi exactement ? demanda Severus. Je n'ai pas de fortune familiale moi, il faudra aussi que je prenne un emploi.

- Mais tu ne réalises donc pas ?

Il baissa la voix.

- C'est la révolution qui est en marche ! Tout va être changé, bouleversé, il va y avoir des centaines de postes vacants ! Est-ce qu'un poste de d'assistant directeur du Département des Mystère te tenterait ?

- Tu plaisantes, souffla Severus songeant avec un vertige à tout ce qu'il pourrait apprendre, découvrir et accomplir s'il avait le Département des Mystères à sa disposition.

- Absolument pas, répliqua Lucius avec un sourire charmant. Bien sûr pour ça, il faudrait que tu fasses partit des intimes du Lord, comme moi.

- Et, avec un coup d'œil derrière son épaule, il remonta sa manche sur son avant-bras, révélant un tatouage sorcier. Il représentait un crâne traversé par un serpent qui ondulait lentement. Il était visiblement récent. Fasciné, Severus passa sa main au-dessus, sentant le symbole crépiter de puissance.

- C'est...soufflât-il.

- Oui. Un lien. Entre nous, fidèles, et un lien à lui. Ce n'est plus qui est ta famille ou ta richesse qui compte Severus, pas pour le Lord. C'est qui tu es. C'est... un clan. Composé des sorcier et sorcières les plus talentueux.

Lucius rabaissa sa manche et Severus posa sa main sur son avant-bras. Ils restèrent là à se dévisager pendant de longues minutes. Dans l'esprit du blond, Severus sentait une grande peur d'où naissait une révérence nouvelle, comme il n'en avait jamais connu avant. Il n'arrivait pas à percevoir ce que le Seigneur des Ténèbres avait dit ou fait pour obtenir son respect, mais ce devait être quelque chose... d'exceptionnel.

X-OOOOOO-X

- Vous ne devinerez jamais le petit-couple que j'ai vu aux Trois Balais ! lança Timothi Colson en débarquant dans la Salle Commune de Gryffondor.

- De ce que je sais il y avait beaucoup de couple le jour de la Saint-Valentin dans ce pub, répliqua Sirius en haussant les sourcils.

- Oui, mais pas toi. La Saint-Valentin c'est devenu trop ringard pour l'irrésistible Sirius Black ou bien quelqu'un c'est enfin décidé à te mettre un râteau ? répondit le Gryffondor d'un air narquois.

- Parle lui autrement ! exigea James.

- Relax les gars, sourit un pote de Timothi qui était dans l'équipe de Quidditch avec James. Il plaisante.

Colson l'avait toujours un peu mauvaise depuis que Sirius avait récupéré la fille qu'il convoitait en quatrième année. Certaines rancœurs ont la peau dure.

- Moi je dirais plutôt qu'il s'est enfin décidé à avouer son amour à James et qu'ils ont passés la Saint-Valentin ensemble, lança Mary Macdonall, une amie de Lily.

Assise à côté d'elle, la rouquine détourna les yeux.

- Rogue et Malefoy ! s'entêta Colson dans l'idée de ramener l'attention à lui. Ils étaient assis côte à coté et se tenaient les bras. C'était très...romantique.

Les Gryffondors éclatèrent de rire, James comprit à l'idée de ce couple saugrenu.

- Je me demande qui est au-dessus, lança une voix.

- Sûrement Malefoy, répondit un autre élève, il est plus âgé.

- Ouais mais il est aussi drôlement plus efféminé que Rogue !

- Il m'a toujours fait froid dans le dos à moi, ce Rogue, dit une fille. Je vois mal Malefoy avoir envie de quoique ce soit avec lui.

- Peut-être qu'ils sont adepte du sadomasochisme ? suggéra James. Je vois bien Rogue en body de cuir entrain de fouetter le cul de Malefoy.

Une nouvelle vague de rire secoua les Gryffondor et Sirius crispa les poings. Il sursauta en sentant Remus poser une main sur son épaule.

- Il va falloir être plus discret si tu ne veux pas que ton petit secret soit grillé, souffla le lycan.

- De quoi tu parles ? chuchota Sirius avec brusquerie.

- Du fait que n'importe qui pourrait remarquer que l'idée de Rogue couchant avec Malefoy à l'air de te rendre... furieux. Qui sait ce que les gens pourraient s'imaginer.

Sirius dévisagea le loup-garou qui soutint son regard froidement.

- Viens, il faut que je te parle, lança-t-il.

Remus fit un signe de main à James qui plaisantait toujours avec les autres et suivit Sirius hors de la Salle Commune.

- Qu'est-ce que tu sais exactement ?

- Que toutes les fois où tu pars retrouver ton « amant » tu reviens avec l'odeur de Severus Rogue partout sur toi, répondit le lycan. Je te rappel que j'ai eu l'occasion de le sentir de près la fois où...Je n'ai jamais pu oublier l'odeur de son sang.

Sirius se frotta le visage. Il avait l'air exténué et Remus se sentit plus compatissant.

- Écoute, je ne sais pas du tout ce que tu lui trouve mais...ce qui m'inquiète c'est...Pourquoi est-ce qu'il ne veut pas que vous vous affichiez ensemble ?

- Parce que ces camarades de maison lui mèneraient la vie dure tu sais comment ils sont.

Remus écarta les bras.

- Oui, c'est sûr. Mais tu es Maraudeur. Vous êtes aussi redoutés, James et toi. Sans doute les débuts auraient été compliqués, mais une fois qu'il aurait été établit qu'il est sous ta protection et que le premier qui le touche aurait affaire à nous... Sans doute qu'ils l'auraient laissé tranquille.

- Où tu veux en venir, Monny ?

- Et s'il ne voulait pas assumer sa relation avec toi... parce qu'il ne veut pas être exclu de leurs fréquentations ? Tu sais très bien qui les Serpentard fréquentent Sirius.

- Tu-Sais-Qui, tu veux dire ? Mais c'est n'importe quoi ! Qu'est-ce qu'il en aurait à faire de jeunes adultes à peine diplômés ?

- Ah oui ? Parce qu'il n'a pas trouvé un rôle à ton frère peut-être ? Et n'en proposait pas un pour toi? rappela Remus.

- Mais non, ça c'était...les bêtises de ma famille, prête à tout pour se faire bien voir de lui. Il aurait sans doute rigolé en me voyant proposé comme espion !

- Je ne pense pas du tout...

Le loup-garou soupira.

- Tout ce que je te dis Sirius, c'est d'être prudent. Il ne s'agit pas juste de te faire briser le cœur là, il s'agit de... je ne sais pas... tomber dans un piège et te faire tuer par exemple.

- Severus ne ferait jamais une chose pareille, assura Sirius.

- Severus... répéta Remus d'un ton dégoûté.

- Ce n'est pas toi qui dis toujours qu'il faut lutter contre les préjugés, Moony ? Tu ne veux pas faire l'effort d'accorder cette grâce à Sev... Rogue ?

- Ce n'est pas un préjugé Sirius, on a tous vu de quoi il était capable.

- Et nous aussi ! Tu as vu ce qu'on lui a fait subir ?! James à faillit le faire tuer par Merlin ! Pourtant tu ne me soupçonne pas d'être un Mangemort, si ?

Remus secoua la tête.

- Je comprends tes inquiétudes, ajouta Sirius plus doucement, mais ne t'en fais pas. Je suis prudent.

- Demande lui quand même ce qu'il compte faire à la sortie de l'école à l'occasion, suggéra le lycan.

Et il retourna dans la Salle Commune où les autres étaient partis, Sirius à sa suite.

Ils virent tout deux Lily quitter le fauteuil qu'elle occupait face à James, lui adresser un sourire et monter dans son dortoir.

- Alooors, mon vieux Cornedru ? sourit Sirius. De bonnes nouvelles ?

- J'en crois pas mes oreilles, souffla James.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé, demanda Peter qui venait aussi d'arriver.

- Elle s'est excusée !

- Vraiment ? s'étonna Remus. C'est... très mature de sa part.

- Elle a reconnu qu'elle avait été maladroite, et m'a proposé de sortir avec elle pour se rattraper...

James avait l'air d'un homme qui vient d'avaler une potion d'euphorie. Son sourire allait d'une oreille à l'autre et faisait chaud au cœur.

X-OOOOOO-X

- Dis Sev'...

- Je commence à m'inquiéter quand tu commences tes phrases comme ça, tu sais, fit remarquer le Serpentard.

- Qu'est-ce que tu veux faire en sortant de l'école ? Genre...cet emploi dont Malefoy voulait te parler, c'est quoi ?

Severus haussa les sourcils. Son cabot si désinvolte commençait-il à se méfier ?

- Un poste au Département des Mystères, dit-il finalement, ce qui était presque vrai. Son père Abarax Malefoy y a beaucoup travaillé.

Sirius ne put s'empêcher de noter que Abarax Malfoy était soupçonné d'être un Mangemort de la première heure, complètement fanatique.

Fichu Remus !

Il avait beau faire confiance à Severus, il n'arrêtait pas de se poser des questions depuis sa discussion avec le lycan.

- Sympa, dit-il d'un ton qui se voulait détendu... Et... juste pour être sûr.

- Qu'est-ce qu'il y a? Soupira Severus d'un ton exaspéré.

- Tu n'es pour rien dans les attaques de né-moldu de ces derniers jours ?

- Pardon ? s'indigna le Serpentard. Pourquoi tu dis ça ?

- Je sais, je sais, c'est ridicule, dit Sirius d'un ton excuse. Bon, changeons de sujet. Tu sais que tu as un grain de beauté juste en dessous du nombril ?

- Obsédé !

Mais Severus n'était plus d'humeur à rire.

Les attaques contre les nés-moldus et les opposants affichés du Seigneur des Ténèbres allaient se multiplier, dans le château comme à l'extérieur. Et si Sirius commençait à s'y intéresser de trop près... ça risquait de devenir dangereux pour lui.

- Tu sais, commença-t-il d'un ton prudent, il parait que ceux qui attaquent les nés-moldus utilisent de la magie noir.

- Oui, j'ai entendu ça aussi, grimaça Sirius.

- Donc si un jour tu es témoin… d'une de ses attaques, il faudra aller chercher des profs, et vite. Surtout ne pas t'en mêler. Tu en as conscience, hein ?

- Oh, Sevy ! Je rêve ou tu te fais du souci pour moi ?

- Abruti.

Le Serpentard secoua la tête.

- Je ne sais même pas pourquoi je te parle.

- Désolé, désolé, sourit Sirius. Ne t'en fais pas, je ne ferais rien de stupide.

- Tu me le promets ? demanda Severus très sérieusement en le regardant dans les yeux.

- Mais oui ! Je te le promets.

Toujours ravi de l'inquiétude du Serpentard, Sirius l'embrassa, se sentant à peine coupable de son mensonge.

Severus se laissa peu à peu distraire par ses caresses, sans pouvoir s'empêcher de sentir un petit arrière-goût amer sur sa langue.

Il avait senti que Sirius se parjurait. Il emmêla ses doigts dans les mèches noires en se demandant combien de temps leur restait, combien de temps encore...

X-OOOOOO-X

- Là, regardez ! s'exclama James en pointant son index sur la carte. Rosier, Avery, Black...et Black. La folle-dingue et ton frère, Patmol.

Sirius pinça les lèvres.

- Mon ex-frère. Je suis renié je te rappel. Allons-y.

Remus pinça les lèvres, mais ramassa sa baguette et leurs emboîta le pas. Peter lui, souffrait d'une mauvaise migraine et devait rester au lit.

Glissant silencieusement dans les couloirs de Poudlard, utilisant les passages secrets pour aller plus vite, pour la première fois depuis près de six mois, les Maraudeurs entrèrent en action.

A suivre...