Chapitre 14 : Un moment de bonheur et pouf… Retour à la réalité
A 7 heures moins le quart, Sakura enfila sa veste et quitta son bureau pour se rendre à l'Eden. Lorsqu'elle demanda la table de Sasuke Uchiwa, le maître d'hôtel s'empressa à sa rencontre.
- Mademoiselle Haruno. Une limousine vous attend à l'extérieur.
- Une limousine ?
- M. Uchiwa a changé ses plans. Il nous a priés de vous escorter jusqu'à la voiture qui vous conduira chez lui.
- Je vois…
Soudain, tout paraissait d'une clarté absolue. Sasuke passait à l'offensive de charme. Sans doute aurait-il tout prévu, champagne et musique douce. Il imaginait qu'elle allait lui tomber dans les bras.
Un petit sourire effleura ses lèvres et s'évanouit aussitôt.
- Très bien, dit-elle calmement. Où est la voiture ?
Un homme l'escorta jusqu'à la somptueuse limousine. Dès qu'il eut refermé la portière, la voiture glissa sans bruit dans l'allée. Sakura s'enfonça dans le siège moelleux. Son cœur battait à tout rompre. Elle était parfaitement consciente de jouer avec le feu. Il aurait été beaucoup plus sage de quitter le restaurant et de rentrer chez elle. Pourtant, elle en fut incapable. Il fallait remettre Sasuke à sa place une bonne fois pour toutes, se dit-elle. Mais en réalité, elle avait envie de le voir, de se laisser séduire. Il y avait si longtemps qu'elle refoulait ses élans et qu'elle se refusait le bonheur de s'abandonner dans ses bras…
La limousine s'arrêta. Le chauffeur lui ouvrit la portière et elle descendit. Il était encore temps de faire demi-tour et de se ressaisir. Mais Sakura refusa de jouer les lâches et elle s'avança bravement.
Un serviteur d'un certain âge lui ouvrit la porte et l'escorta jusqu'à l'immense salon où un feu crépitait gaiement dans la cheminée. La pièce était confortable, avec ses gros canapés, ses tapis orientaux, le tout baigné dans la lumière très douce de lampes aux tons assortis.
- Du champagne, mademoiselle Haruno ? demanda le serviteur.
Sakura lui adressa un bref sourire.
- Non, merci.
- M. Uchiwa sera là dans un instant. Il m'a prié de veiller à ce que vous ne manquiez de rien.
- Tout va bien, merci, dit Sakura.
L'homme hocha la tête et quitta la pièce. Sakura s'assit dans l'un des canapés et observa la très belle pièce autour d'elle, se demandant à quoi s'attendre lorsque Sasuke apparaîtrait. Chercherait-il à séduire et, plus important encore, le laisserait-elle faire ?
- Etes-vous en colère ? demanda Sasuke, derrière elle.
Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Mais elle s'efforça de ne rien laisser paraître.
- Pourquoi, je devrais ?
- Je n'étais pas certain que vous apprécieriez mon changement de plan.
- Disons que j'attends de voir ce que me réserve ce nouveau jeu.
- Il ne s'agit pas d'un jeu, Sakura. Je voulais seulement que vous veniez dîner chez moi, c'est tout.
- Vous voulez dire : m'attirer chez vous pour me séduire.
- J'étais certain que vous diriez cela. Mais si je vous avais invitée simplement, vous ne seriez pas venue. J'ai dû user d'un subterfuge. Je suis désolé.
- Vous ne le paraissez pas.
- A minuit, mon chauffeur reviendra vous chercher. Il vous ramènera chez vous ou, si vous préférez, à L'Eden pour reprendre votre voiture. Je n'ai aucune intention de vous garder ici, de vous séduire ni même de vous toucher. Je peux rester de l'autre côté de la pièce toute la soirée si cela peut vous mettre à l'aise.
- Pourquoi suis-je ici, alors ?
- Pour dîner, tout simplement.
- Dans ce cas, pourquoi ne pas me l'avoir carrément demandé ?
- Auriez-vous cru que c'était là tout ce que je voulais ?
- Non, admit Sakura à regret.
- Je peux rappeler mon chauffeur. Il vous reconduira au restaurant tout de suite, si vous le souhaitez.
Elle ne répondit pas, hésitant, ne sachant que faire.
- Je reste, dit-elle finalement.
- Vous avez raison. Ne vous laissez pas mettre à la porte, rétorqua Sasuke, ironique.
Sakura détourna les yeux, honteuse de lui avoir prêté des intentions malhonnêtes, mais encore un peu effrayé de lui faire confiance.
- Je suis désolée. Il semblerait que je vous doive des excuses.
- Ce ne sera pas nécessaire.
Sasuke s'assit dans le canapé en face d'elle.
- Vous croyez que l'Akatsuki a des chances de se qualifier pour la coupe de baseball ?
Sakura rit, soulagée de ce brusque changement de sujet.
- Je ne les ai pas beaucoup regardés récemment. Mais je suis certaine qu'il gagnera.
- Nous pourrions jeter un petit coup d'œil avant de dîner.
- Oui, pourquoi pas ?
Sasuke sourit et s'empara de la télécommande. Un écran géant sortit du mur, comme par enchantement, et l'Akatsuki apparut sur le terrain. Il renversa la tête sur le bord du canapé et poussa un soupir.
- J'en ai tellement rêvé…
Sakura n'était pas certaine de bien comprendre.
- De quoi avez-vous tant rêvé ?
- De votre présence ici pour des choses aussi simples : regarder une émission de télé, partager un repas…
Sakura sentit les larmes affluer ses yeux. Pour la première fois, elle le croyait. Sa voix avait des accents si sincères qu'elle ne pouvait plus douter. Elle se leva et vint s'asseoir près de lui. Il glissa un bras autour de ses épaules et l'attire tout contre lui.
- Hum…, dit-il en posant les lèvres sur ses cheveux. C'est si bon…
- Sakura, voulez-vous dîner ? murmura Sasuke un moment plus tard, en libérant ses lèvres.
- Non, pas vraiment. Je suis si bien dans vos bras.
- Je vous jure que je n'aurais pas posé un doigt sur vous si vous n'étiez pas venue vous asseoir près de moi.
- Vous le regrettez ?
- Certainement pas. Mais la seule question qui m'importe est de savoir si vous vous le regrettez, Sakura ?
- Non, Sasuke. Il y trop longtemps que je me bats contre ce que j'éprouve. Je ne veux plus.
- Alors, vous me pardonnez de vous avoir fait venir ici sous de faux prétextes ?
- Était-il faux ?
- Non, je m'exprime mal. Je ne voulais que partager votre compagnie, avoir du temps avec vous pour dîner, parler de choses sans conséquences, faire connaissance.
Sasuke lui prit le menton, chercha son regard.
- Qu'est-ce qui vous a fait venir vers moi ?
- J'ai compris que vous étiez sincère, que vous n'aviez pas pour seul but de me séduire. Le savoir changeait tout.
- Et si j'avais vraiment envie de vous emmener dans mon lit ?
Sakura le regarda droit dans les yeux.
- …J'y viendrais.
Sasuke l'attira dans ses bras et défit un à un les petits boutons de son chemisier. Ses doigts glissèrent sur la peau douce nacrée de son cou vers sa gorge. Il écarta le tissu, caressa doucement ses seins.
- Je ne sais pas si je vais pouvoir attendre de vous emmener jusqu'en haut.
- Je ne crois pas pouvoir non plus…
Déjà les doigts de Sakura, tremblants, impatients, se glissaient sous la chemise de Sasuke, savourant la chaleur de sa peau, s'attardant sur les muscles souples de son dos. Elle ferma les yeux, enivrée par l'odeur de ce corps si proche.
- Je ne veux plus attendre. J'ai assez attendu…
Alors ce fut comme si le temps s'arrêtait tout à coup, comme s'ils étaient seuls au monde. Ils se déshabillèrent lentement, savourant la découverte de leur corps, explorant mille sensations nouvelles et délicieuses jusqu'à l'instant où, enfin nus, ils se roulèrent peau contre peau.
Leurs bouches se cherchèrent et s'effleurèrent. Puis ils s'embrassèrent longtemps, éperdus, hors d'haleine.
- Tu me rends fou, murmura Sasuke.
Ses lèvres glissèrent, douces et troublantes, sur la peau de Sakura, caressèrent sa gorge soulevée par l'émotion. Puis elles descendirent, descendirent toujours…faisant naître des frissons délicieux sur tout le corps de la jeune femme. Soudain, Sasuke la prit par les hanches, ses mains effleurent ses cuisses. Elle retint un petit cri et se cramponna à ses épaules lorsqu'il la cambra vers lui. La tête rejetée en arrière, elle avait fermé les yeux et s'abandonnait tandis qu'un désir presque douloureux étreignait ses reins. Elle allait et venait contre lui et il la serrait comme un fou. Tout à coup, il la sentit se tendre une dernière fois tandis qu'une plainte douce s'échappait de ses lèvres.
Il se redressa alors et la prit dans ses bras. Eperdue de bonheur, le regard chaviré, Sakura glissa les doigts dans ses cheveux et l'attira contre elle. Sa peau était chaude et ses muscles souples et puissants. Elle se sentait si bien ! Sas mains allaient et venaient le long de son corps. Elle se serra plus fort contre lui et glissa une jambe entre les siennes. Alors, n'y tenant plus, Sasuke la souleva à sa rencontre. Elle avait refermé les bras autour de son cou et un cri s'étrangla dans sa gorge lorsqu'il vint en elle, puissant et exigeant.
La tête lui tournait, elle chavirait tandis que leurs deux corps, moites et enivrés, se donnaient l'un à l'autre. Leurs mains s'étreignaient et leurs bouches se cherchaient.
Lorsque subitement les ongles de Sakura griffèrent ses épaules, Sasuke s'immobilisa un instant pour la sentir chavirer dans ses bras. Mais déjà, le corps tout entier secoué par le spasme de l'extase, il la rejoignait sur les rives du bonheur.
De longs instant s'écoulèrent tandis qu'ils revenaient peu à peu à la réalité.
- Sakura…
Elle ouvrit les yeux.
- Oui ?
- Tu es belle.
- Sasuke… c'était… merveilleux…
- Je savais qu'entre nous ce serait merveilleux.
Nichée contre l'épaule virile, Sakura respirait avec délices l'odeur de Sasuke, le corps tout alangui de plaisir. Elle venait de vivre un moment exceptionnel! Mais pour lui, qu'en était-il ? Le ressentait-il ainsi, lui aussi ? Elle se demanda si, un jour, elle parviendrait à avoir totalement confiance en lui.
Sasuke la serra un peu plus fort et écart une mèche de cheveux de son visage.
- Sakura, resteras-tu avec moi cette nuit ?
Elle sourit, les yeux brillants de bonheur.
- Oui, murmura-t-elle en se lovant contre lui.
Sasuke se pencha et prit sa bouche. Déjà, leur souffle se faisait plus précipité. Il laissait sa main glisser voluptueusement le long du dos de Sakura, jusqu'au creux de ses reins, lorsque la sonnerie de téléphone retentit brusquement.
Sasuke poussa un grognement et décrocha.
- Allô
- Sasuke ?
La voix était si forte que Sakura l'entendit clairement. Ce fut le brusque retour à la réalité. Elle connaissait cette voix.
- Je ne peux pas vous parler maintenant. Je vous rappellerai demain.
- Mes informations vous ont été utiles ? insista la voix tonitruante.
Sakura sentit Sasuke se raidir.
- Je vous l'ai dit, je ne peux pas vous parler.
Il se redressa et tourna le dos à Sakura.
- Je vous rappelle demain.
Puis il raccrocha.
- Les affaires, dit-il au bout de quelques secondes. Cela n'arrête jamais.
Sakura fixait le dos de Sasuke, le cœur serré, comme si elle venait de découvrir un secret qui ne la concernait pas.
- C'était Hiashi Hyuga, n'est-ce pas ?
Il se retourna vers elle.
- Oui.
- Je ne savais pas que vous étiez en affaire avec lui.
- Eh bien…
Sasuke hésitait visiblement à dire quelque chose.
- Eh bien, ce n'était pas exactement une question de travail.
- Vraiment ? Et de quoi s'agissait-il ?
Il eut un haussement d'épaules.
- Rien d'important.
Sakura sentit sa gorge se serrer. Elle l'avait l'art de repérer les mensonges. Une brusque nausée l'envahit et elle se mit à rassembler ses vêtements.
- Ma chérie, intervint Sasuke en serrant ses mais entre les siennes. Inutile de t'habiller, je t'emmène dans mon lit et…
- Non. Je m'en vais.
- Il y a un instant, tu m'as dit que tu restais. Tu changes toujours aussi vite d'avis ?
Le ton ironique avait sûrement but de la culpabiliser. Mais cela ne prenait pas. Sakura savait qu'il lui mentait. La douleur lui étreignait la poitrine. Elle réussit pourtant à n'en rien laisser paraître.
- Quel était le but de ce coup de fil, Sasuke ?
Elle attendit, pleine d'espoir. Il pouvait encore se rattraper et lui dire la vérité.
- Ce n'est rien d'important, je t'assure. N'en parlons plus, ajouta-t-il en l'attirant dans ses bras.
Mais pour Sakura, c'était impossible. Le doute s'était installé en elle, dissipant tout bien-être.
- Qu'est-ce que Hiashi Hyuga t'a dit? demanda-t-elle d'un ton amer. Que la meilleure façon de m'avoir était de me dire que tu appréciais ma compagnie ? Ou est-ce ma mère qui t'a indiqué comment procéder ? Je la vois d'ici… Au fait, Sasuke, tant que nous y sommes, tu vas me dire ce que tu avais prévu pour nous : un petit divertissement d'un soir ou une aventure plus longue ?
- Je ne songeais nullement à une aventure…
- Alors, ce n'était qu'une nuit en passant.
Sakura s'arrêta un instant et le fixa, le regard froid et lourd de reproches. Puis elle reprit avec un ton beaucoup plus distant et formel:
S'il vous plaît, pouvez-vous demander à votre chauffeur de venir me chercher, pria-telle d'une voix blanche. Je suppose que l'histoire de son retour à minuit faisait aussi partie du piège.
Sasuke ignora sa remarque.
- Sakura, votre mère vous aime. Mais vous êtes si amère sur le passé que vous ne savez même plus reconnaître qui vous aime sincèrement.
- Je n'ai pas besoin de leçon sur l'amertume, Sasuke. Vos actions parlent encore mieux que vos mots.
- Sakura, je ne comprends que ce qui vous met autant en colère…
- Là est justement le problème, Sasuke. Vous ne comprenez pas.
- Très bien. Je n'avais pas l'intention de procéder ainsi, mais je vais vous dire…
- Non, inutile. Je ne veux plus vous parler. Je ne suis plus en état.
- Comme vous voudrez. Je ne veux pas me disputer avec vous.
- Je m'en doute. Vous avez eu ce que vous vouliez, de toute façon.
- Nous parlerons plus tard, lorsque vous serez plus calmée.
- Oui. Vous prendrez le ton de circonstances pour me dire que désormais nous ne pouvons plus travailler ensemble.
- Sakura, vous ne comprenez pas…
- Oh, que si !
Des larmes avaient jailli de ses yeux.
- Je savais que si je laissais quoi que ce soit se passer entre nous, ce serait ma fin. Pas pour vous bien sûr, mais pour moi…
Sakura s'interrompit, la voix étranglée par la douleur.
- Nous parlerons demain. Il y a une conférence de presse prévue à 10 heures. Je compte sur vous.
- Appelez la limousine, je vous en prie.
- Viendrez-vous à la conférence ?
- J'y serai.
- Parfait.
Sasuke empoigna le téléphone et appela le chauffeur, le priant de suivre Sakura jusque chez elle après qu'elle aurait récupéré sa voiture.
- Ce n'est pas vraiment nécessaire, objecta-t-elle sèchement.
Sasuke raccrocha.
- Je pense que si.
- Et ce que pense Sasuke Uchica est toujours juste, n'est-ce pas ?
Il semblait sur le point de répondre, mais se ravisa.
- Come je l'ai dit, je vous parlerai après la conférence.
- Vous vouliez garder le secret jusqu'au dernier moment ?
- Non. Je pensais vous en parler ce soir. Mais, dès que vous êtes venue vous asseoir à côté de moi, j'ai cessé d'avoir l'esprit clair.
- Comme c'est pratique de rejeter la faute sur moi !
- Je vous l'ai dit, je n'aurais rien fait ce soir si vous n'aviez pas été constante.
- Vous admettez donc que vous aviez autre chose en tête qu'un simple dîner.
Sasuke la fixa tranquillement.
- Il n'est pas interdit d'espérer.
Quelque chose la trouble dans sa réponse. Subitement, elle doutait que la conversation avec Hiashi Hyuga ait vraiment eu un rapport avec elle. Mais il ne pouvait en être autrement. Sasuke l'avait appelé pour obtenir des renseignements sur elle. Et pour quel autre l'aurait-il fait sinon pour la séduire ? La gorge nouée, elle pensa à tous ses espoirs déçus, au fruit de son acharnement de tous ces derniers mois ruiné. Le rêve de son père se réaliserait sans qu'elle en soit témoin. Et, par-dessus tout, elle perdait Sasuke. Dire que pendant quelques instants, elle avait cru atteindre le bonheur ! Et Il a fallu un simple coup de téléphone pour tout briser.
Le cœur brisé, elle se détourna pour gagner l'entrée.
- Je vais attendre à la porte.
- Sakura…
- Oui ? répondit-elle sans se retourner.
Il ne dit rien et elle regretta alors de ne pouvoir voir son visage. Lorsqu'il parla enfin, sa voix était si douce qu'elle eut vraiment la sensation qu'on lui enfonçait un poignard dans le cœur.
- Je vous verrai demain, après la conférence. Peut-être la situation sera-t-elle plus claire pour vous.
Pourquoi fallait-il qu'il soit aussi gentil ? Sakura ferma les yeux, espérant de toutes ses forces chasser l'atroce douleur. Elle se sentait prête à défaillir lorsque les phares de la limousine apparurent au bout de l'immense allée. Elle ouvrit la porte et sortit dans la nuit sans même un au revoir.
