14.
Depuis la cime d'un arbre aux grandes feuilles grasses, Talmaïdès et Tershwine observaient le campement de fortune des deux frères.
- Et c'est là qu'on constate qu'Alguérande a grandi dans la nature !
Talmaïdès inclina positivement sa fine tête de papillon.
- Khell l'a formé à un point que personne ne peut imaginer, et bien sûr lui le premier ! Ce garçon est des bois et des étoiles, capable de survire en toutes circonstances.
Tershwine fit rouler entre ses doigts les perles de ses colliers, chacune représentant un univers.
- Il aurait pu prendre sa vengeance, il en avait le pouvoir et surtout les droits. Il a choisi une autre punition pour son tortionnaire.
- La pire malédiction ! rectifia la Carsinoés. Bien que contrairement à ses menaces, Khoor et son équipage n'erreront que jusqu'à la fin de leur vie de Mortels, et donc pas pour l'éternité… Mais, tout étant possible, il se pourrait que Khoor et ses fantômes reviennent un jour, sans reconnaissance pour leurs vies épargnées !
- C'est même un avenir déjà écrit ! gronda la jeune et jolie Sorcière. Je pourrai au moins prendre soin de ce Pouchy. Mais j'attendrai qu'il ait grandi, qu'il soit devenu un homme et qu'il soit la promesse explosive de ce que son aîné en souffrances m'a donné à chérir une unique nuit. Pouchy et moi sommes promis, pour toujours !
- Ne lui fais aucun mal…
- Comme le pourrais-je ? Cet enfant est magnifique, prometteur au possible, et il sera éternel !
Talmaïdès jeta un regard inquiet à la superbe Sorcière d'Orishmir.
- Pouchy doit choisir l'Immortalité, s'il le souhaite. Il ne doit pas y être contraint !
- Jamais je ne forcerai cette merveille Mortelle. C'est moi qui m'inclinerai un jour devant lui.
Rassurée, la Carsinoé et la Sorcière reportèrent leurs regards vers la cabane de branchages abritant le sommeil des deux frères, qui s'étaient rempli au maximum l'estomac de fruits et de tubercules cuits au maximum avant de se reposer.
Talmaïdès agita ses antennes de papillon.
- Les Chirinours les observent encore de bien plus près que nous ! Le premier contact risque d'être rude !
- Tu m'étonnes… Mais tu l'as voulu, provoqué, Talma ! Il fallait que ce soit ainsi !
- Oui, je veux, une dernière fois, tester ces deux jeunes enfants Mortels !
Des créatures noires et véloces envahissant le petit abri, Alguérande se trouva dans l'incapacité de réagir, dépassé par le nombre.
- Pouchy, cours vite ! Droit devant toi !
- Et pour aller où… ?
Mais avant d'avoir pu répondre, Alguérande eut l'impression que sa tête explosait sous le coup de la massue asséné qui faisait en même temps jaillir le sang.
- Pouch'…
Le jeune homme vit son cadet s'enfuir, mais ignora s'il avait réussi, sa vue se brouillant alors qu'il sombrait dans les ténèbres.
- Comme je disais, des Nounours, ou encore des KissouNours !
- Fanfaronnade alors que tu n'es pas en position, Chose !
- Je suis un Humain !
- Connais pas… Tu es bizarre, morphologiquement parlant… Tu es laid !
- Bien sûr, un gnome squelettique, court sur jambes, la tête trois fois plus grosse que le corps, tu es un chef d'œuvre de difformité !
Alguérande se racla la gorge, bien qu'il se sente complètement déshydraté, encore à demi sonné par le coup reçu, et sa colère l'emportant sur le bon sens que tous autres interlocuteurs auraient attendus de lui !
- Nous sommes tous différents… Les femelles, qui me ressemblent, m'apprécient plutôt ! C'est moi l'étranger, ici. Je n'ai pas demandé à venir, mais je m'excuse malgré tout pour ma présence. Ces terres sous les frondaisons doivent être sacrées, tout comme ces univers des étoiles pour Pylomène… Mon frère et moi souhaitons juste rentrer chez nous ! Est-ce que mon cadet va bien ? Il doit être préservé, de tout, aussi longtemps que possible !
- Tu payerais, pour ta seule présence ici, pour lui ?
- Bien sûr ! Pouchy est tout pour ma famille ! Pouchy, est-il ici ?
- Algie… Ces HorribleNours me font très peur !
Alguérande tenta de se redresser, portant la main au bandage qui lui ceignait le front, sa blessure diffusant une vive souffrance dans tout son corps.
- Ils me semblent plutôt sympas, rectifia le jeune homme.
- Algie… ?
- Ces Chirinours sont de petits gnomes, oui, mais ils ne font qu'un avec cette Nature. Je ne les respecte que d'autant plus pour cette fusion ! Rends-leur hommage, Pouchy !
Le jeune garçon se frotta les yeux.
- Ils me paraissaient être des monstres géants, armés… Et là, je les vois comme toi, Algie ! Tu as raison, ce sont de braves petites créatures qui tentent de survivre et à qui nous avons fait très peur ! Oh, Algie, cette fois, c'est moi qui étais dans l'erreur !
- Il n'y a pas de points à noter, Pouch'. Nos petits pouvoirs nous aideront, et là il faut que nous trouvions des alliés !
Pouchy se serra contre son aîné à la chevelure fauve.
- On va rentrer chez nous, retrouver notre papa ?
- Oui, j'espère…
Un gnome rachitique et nu se dressa près de la couche où Alguérande peinait à reprendre connaissance tout en rassurant son cadet.
- Je suis Chiroz, même si ce fut dans la douleur, je vous souhaite la bienvenue !
Pouchy glissa son bras pour aider son frère à se lever.
- Ils vont nous aider ?
- Qui sait… ?
