Chapitre 13

- Yes, m'écrie-je en touchant le lapin.

- Bien ! me dit Daryl. Il était petit, c'était pas facile, je pensais pas que tu réussirais à l'avoir.

- Tu doutes de mes incroyables capacités ? dis-je avec un petit sourire espiègle.

Il rit.

- Non, mais j'avoue que tu m'impressionnes de plus en plus.

Nous ramassons le lapin et continuons à avancer.

Daryl est gentil et attentionné avec moi. Il arrive à m'occuper l'esprit lorsque nous sommes ensemble. C'est plus facile qu'avant. Chaque jour, mes sentiments pour lui se confirment un peu plus.

- Par où tu étais allé quand tu es parti tout seul ? demande-je.

- Plutôt vers le sud. C'est par là que conduisaient les traces des hommes qui nous ont attaqués.

- Le camp que t'as trouvé... il est loin ? dis-je.

- Assez, oui. Pourquoi ?

Il se tourne vers moi, intrigué.

- Tu crois qu'on pourrait aller voir ? lui demande-je.

- C'est à plus d'une demi-journée de marche et je vois pas pour...

- S'il-te-plaît ! dis-je.

- Ok, c'est bon. Mais on marche vite, sinon on sera pas rentrés avant la nuit.

Je hoche la tête et nous nous mettons en route direction plein sud. Je veux voir à quoi ressemblait ce camp, s'il y a encore des affaires qu'on pourrait récupérer pour Judith, ou si on pourrait s'y réfugier en cas de problème. Ce n'est pas que je n'ai pas confiance en Daryl, mais je veux simplement le voir de mes propres yeux.

...

- C'est là, dit Daryl en tendant le doigt en direction d'un petit hameau.

- Là ? dis-je. Mais ce n'est même pas protégé.

Nous nous approchons et Daryl me désigne une corde à terre qui s'étend tout autour de quelques maisons.

- Quand je suis venu, la corde tenait encore. Mais des rôdeurs sont sûrement passés par là.

J'avance jusqu'à la porte de la maison la plus proche. Il y a des débris partout, je suis persuadée qu'on s'est battu ici.

Je sors mon couteau et frappe sur la porte de la maison. Pas de bruit. J'ouvre la porte et rentre à l'intérieur. J'y trouve moins de bordel qu'à l'extérieur mais certains murs sont couverts de tâches de sang.

Je monte à l'étage et pousse la première porte qui était déjà entrouverte. Le lit est défait et des vêtements jonchent le sol. Je fouille la pièce mais je n'y trouve rien de particulièrement intéressant. Je cherche ensuite dans le reste de la maison mais tout ce qui aurait pu m'être utile a déjà disparu.

Dans la cuisine, j'entends un bruit derrière moi et me retourne violemment en dégainant mon couteau.

- Du calme, Barbie. T'as trouvé quelque chose ?

- Rien..., dis-je.

- La maison a déjà été pillée, c'est pour ça, m'explique Daryl.

- Ok..., dis-je, un peu découragée. On aura peut-être plus de chance avec la maison suivante.

Je sors et me dirige vers la villa en face. Un rôdeur s'avance vers moi, mais je lui défonce le crâne rapidement et poursuit ma route.

...

La maison suivante est plus sale et plus vide encore que la précédente. Les seuls objets restants sont cassés ou inutiles.

- Qu'est-ce que t'espère trouver ? me demande Daryl.

- Je ne sais pas..., dis-je. Des biberons, des conserves pas encore périmées, un petit miroir, des munitions, un peu d'espoir...

...

Nous fouillons quatre autres maisons, mais elles sont toutes dans le même état.

- C'était déjà comme ça quand tu étais venu ?

- J'avais pas regardé dans ces maisons-là, j'avais juste fait la petite là-bas, me dit Daryl en me désignant une plus petite maison au bout de la rue.

- Pourquoi justement celle-là ? demande-je.

- Les gens se dirigent plutôt vers ce qui est grand parce qu'ils espèrent y trouver beaucoup. Personne penserait à fouiller une tente quand il y a trois maisons autour. Alors j'me disais qu'elle devait pas avoir été trop fouillée.

- Et elle l'était ?

- J'ai vu pire, dit-il. Viens.

Nous nous dirigeons donc vers cette petite maison tout au bout du hameau. Des rôdeurs nous bloquent la route mais ils sont peu nombreux et nous nous en débarrassons vite.

Soudain, je reçois une goutte sur la tête. D'autres se mettent à tomber et mon premier réflexe est de sortir ma gourde pour pouvoir la remplir. Nous restons une bonne dizaine de minutes dehors, le bras tendu et la gourde en main, puis un violent éclair déchire le ciel. Sur le coup, je sursaute et crie. Immédiatement, Daryl me tire par le bras vers notre destination de base.

Nous rentrons dans la maison et je range ma gourde pendant que mon ami fait le tour des pièces pour vérifier les rôdeurs. Il revient cinq minutes après.

- Rien ? demande-je.

- Rien, répond-il.

Je m'assois nonchalamment sur le canapé et observe le salon. En effet, celle-ci est moins bordélique que les autres.

Daryl pousse une armoire devant la porte et jette un coup d'œil par une des fenêtres.

- Ça a l'air d'être violent, dit-il.

- L'orage ?

Il acquiesce.

- Tu crois qu'on va pouvoir rentrer avant la nuit ? demande-je.

- J'sais pas. Ça dépendra de quand ça se calmera.

Il referme le rideau et pousse une seconde armoire devant les deux fenêtres.

J'allume une bougie et m'enveloppe d'une couverture.

- Tu as froid ? demande Daryl.

Je hoche la tête.

- Pas toi ? réplique-je.

Il fait non et je ressers mes bras autour de moi.

Je grelotte pendant dix minutes pendant qu'il observe chaque recoin du salon.

- Tu vois, je ne me laisse pas mourir de froid, j'essaye de me réchauffer, dis-je en rigolant.

Il relève la tête mais ne rit pas. Comme si le sujet avait été trop sérieux que pour que l'on puisse en rire.

Puis, à ma grande surprise, il s'approche et s'assied juste à côté de moi. Il passe sa main dans mon dos et frotte doucement. Il continue ainsi plus de quinze minutes sans jamais s'arrêter. J'ai l'impression qu'il est increvable. Dehors, j'entends l'orage qui gronde toujours plus.

- Merci, dis-je.

Il ne dit rien et m'observe. Je le regarde dans les yeux et je crois voir de la tendresse. Je le dévisage avec douceur, comme si je caressais chacun de ses traits, puis je m'arrête sur sa bouche. Et je ne peux m'empêcher de me rappeler ce baiser dans la cabane.

- A quoi tu penses ? demande-je.

- A un truc que mon frère m'a dit hier, répond Daryl.

Sur le coup, mon cœur se met à battre plus rapidement.

- Et qu'est-ce qu'il t'a dit ?

- C'est rien, c'est pas important.

- Si, insiste-je, c'est important, puisque tu y penses.

Daryl sourit et je crois voir une pointe d'assurance dans ses yeux. Chose que je pensais totalement impossible de la part de Daryl.

Je me redresse et lui fais face.

- Daryl ! Qu'est-ce que Merle t'as dit ?

- Que tu aimais bien venir chasser avec moi, répond-il finalement.

Je suis étonnée de sa réponse et cogite dans ma tête. Pourquoi Merle lui a-t-il dit ça ?

- Et bien, oui, c'est vrai, j'ai appris plein de choses.

Daryl émet un petit rire et je vois son regard descendre sur mes lèvres. A ce moment, je sais qu'il voudrait m'embrasser mais il n'ose pas.

Alors je l'aide un peu et l'embrasse moi.

...

Ses lèvres sont douces et je ne recule pas comme la dernière fois. Je l'embrasse violemment, passionnément. Il semble plutôt ravi et me rend mon baiser de manière presque bestiale. Il pousse la couverture et ses bras prennent le relais, parcourant tout mon corps et me réchauffant par la même occasion. Je passe mes mains à moi dans ses cheveux et les caressent. Je doute qu'il les lave tous les jours, pourtant, ils sont soyeux.

Je passe mes mains sur son torse et je sens ses mains à lui caresser mes fesses. J'ai envie de lui mais le visage de Merle m'apparaît soudain.

Je recule d'un coup et crie.

- Non !

Daryl me regarde, interloqué.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demande-t-il.

- Je... Rien, je m'excuse. C'est juste que... Je crois que c'est trop tôt..., bafouille-je.

Il baisse les yeux, gêné.

- J'avais pas du tout l'intention de... Laisse tomber.

Je reste là, à le regarder sans savoir quoi faire.

- Viens, me dit-il avec un mouvement de main.

Je me rassois dans le fauteuil à côté de lui et pose ma tête sur son torse. Il me caresse doucement la joue et je dois lutter pour ne pas m'endormir.

...

Je me réveille en sursaut peu de temps après et je me rends compte que je me suis tout de même endormie.

Daryl n'est pas là, je suis seule dans la pièce et la couverture est étendue sur moi.

Je me lève, sors mon couteau et me mets à la recherche du chasseur.

Je finis par le trouver dans la chambre... à moitié nu. Lorsqu'il me voit, il sursaute. Je me mets à rire comme une hystérique.

- T'inquiètes, c'est que moi, dis-je. Tu fais du strip-tease ?

- C'est que... Je croyais que tu dormais, je pensais pas que tu te réveillerais. Je me change, mes vêtements puent la mort. Fais pareil si tu veux.

Il enfile un t-shirt, fouille l'armoire et me lance un top bleu tout propre. Je me tourne et me change aussi. Dans le miroir, je vois Daryl qui m'observe du coin de l'œil, mais je ne dis rien. Après tout, je l'ai surpris torse nu.

- Va falloir qu'on dorme ici, me dit-il. Si on rentre maintenant, on arrivera qu'à la moitié de la nuit, et c'est trop dangereux dehors.

Je hoche la tête.

- Tu peux avoir le canapé si tu veux, dis-je.

- Tu vas dormir dans le lit ?

Je fais non de la tête.

- Je suis pas rassurée de dormir seule... Non, j'allais dormir avec la couverture, par terre.

- Sois pas idiote, réplique-t-il en levant les yeux au ciel.

- Si c'est pas moi, c'est toi qui dormira par terre !

- Ça me va, dit-il.

Un silence s'installe et Daryl se remet à fouiller les vêtements. Je réfléchis une seconde.

- Ou alors..., propose-je, on dort tous les deux dans le lit.

Daryl s'arrête net et me dévisage. Je crois qu'il se demande si c'est une invitation ou non.

- C'est vrai, continue-je, mal à l'aise, pourquoi on devrait dormir par terre alors qu'on a un superbe lit deux personnes ?

Il hoche la tête et redescend dans le salon. Je ne suis pas certaine qu'il soit convaincu, mais j'espère qu'il l'est, parce que je ne veux pas dormir seule.

...

Je veux me laver, mais il n'y a pas d'eau. Dehors, il pleut toujours mais l'orage s'est calmé. Je ris en pensant au paradoxe de l'eau. Si je veux me laver, je n'ai qu'à me déshabiller et sortir dehors. Je secoue la tête pour moi-même et descend fouiller la cuisine. J'y trouve Daryl en train de cuire les deux lapins attrapés dans la journée sur un petit feu.

Nous mangeons cette maigre viande en silence, puis je lui lance :

- Bon, et bien, je vais me coucher, dis-je.

Il ne répond rien et je monte les escaliers. Je me glisse dans le lit encore toute habillée comme j'ai l'habitude de le faire. Je cherche le sommeil, mais à peine dix minutes plus tard, Daryl me rejoint dans le lit.

Il se couche au-dessus de la couverture et la bloque par la même occasion. Gênée de ne pas pouvoir bouger comme je voudrais, je finis moi aussi par passer au-dessus de la couverture, mais j'ai froid.

J'essaye de ne pas faire de bruit, mais je tremble et mes dents claquent toutes seules. Je me tourne sur le côté en position fœtale pour garder un maximum de chaleur.

Quand soudain, je sens un corps chaud collé au mien. Je tourne la tête et vois Daryl.

- Tu trembles..., dit-il.

- Merci, dis-je en souriant et en me collant encore un peu plus à lui pour capter la moindre particule de chaleur.

- Tu savais qu'il y aurait un orage, me dit-il calmement.

- Quoi ? Pourquoi tu dis ça ?

Je ne sais pas comment, mais Daryl vient de lire dans mes pensées. Oui, je savais qu'il y aurait un orage. Les signes de la nature ne trompent pas.

- Mais tu as quand même voulu qu'on vienne jusqu'ici. Et tu savais qu'on resterait coincés. Pourquoi ?

Je soupire.

- Je ne veux pas rentrer, dis-je. J'ai besoin de prendre de la distance avec certaines personnes de la communauté.

- Mais pas moi ?

- Daryl, je te l'ai déjà dit, tu sais bien que tu es le seul que...

- Pourquoi ?

Il insiste. Je sens qu'il veut en venir quelque part mais je ne parviens pas à voir où. Je m'appuie sur mes coudes et le regarde dans les yeux même s'il fait noir et qu'on n'y voit pas grand-chose.

Sur le moment, je voudrais tout lui dire. Merle, mes sentiments, comment il m'a brisé le cœur, et comment lui, son frère, est ensuite arrivé à me faire remonter la pente. Une pente bien trop raide que je ne pensais jamais pouvoir remonter. Je me rappelle ses baisers, ses caresses, sa tendresse et sa patience. Je me rappelle qu'il était là, à chaque fois que j'en avais besoin. Qu'il n'était jamais très loin de moi.

Et je ne sais pas si c'est la fatigue, la tristesse malgré tout encore présente, ou le fait qu'on soit juste tous les deux, mais tout à coup je craque et je lui dis.

- Je t'aime.