Disclaimer: rien d'étonnant, le monde d'Harry Potter appartient à Mrs JK Rowling.

Merci à Selena Flowright et Helleni pour leurs reviews, cela me touche à chaque fois beaucoup de recevoir un petit mot gentil pour me dire de continuer.

Alors je continue!


Chapitre 14 Surprises

La situation était sans aucun doute extrêmement désopilante et certes peu commune, Célaeno ne pouvait le nier, et elle en aurait peut-être même beaucoup rit. Oui...elle en aurait sûrement rit...mais si cela avait été une autre personne qu'elle même, qui, à cet instant, se retrouvait ridiculisée face à tout Poudlard, transformée en cette créature peu humaine conséquence de sa chute dans cette satanée fontaine de Jouvence.

Là, tout de suite, elle ne trouvait pas la situation drôle du tout, plutôt très désagréable même, et elle n'avait qu'une envie, s'enfoncer à dix mètres sous le sol de pierre froide du château, quitte à y passer le reste de ses jours. Oubliée la honte de ce baiser totalement inexpliqué dans le bureau de Rogue, moins de dix minutes auparavant... Oubliée aussi la perspective heureuse de partir quelques jours en vacances, chez elle à Londres... Elle ne ressentait plus rien qu'une humiliation immense et profonde: elle était la risée de toute l'école dans cette apparence de pseudo divinité, et encore, le sort avait bien voulu la laisser habillée cette fois-ci. Elle devait s'estimer chanceuse.

Elle pensa en observant les élèves se tordre de rire autour d'elle qu'ils avaient presque l'apparence des affreux serpents qu'elle avait vu en rêve la nuit dernière, ceux-là même qui riaient en la voyant dans la fontaine de Jouvence en compagnie de Rogue... Le cauchemar était presque réalisé, sauf que, merci Merlin, elle n'était pas à demi-nue dans un bassin avec Rogue avec toute l'école comme spectateurs...

Elle écouta avec une lueur de défaitisme dans les yeux la directrice lui parler.

-Célaeno? C'est bien vous? demanda-t-elle en s'approchant vivement de la sorcière et la question sembla faire redoubler les rires.

Ah tiens? Vous ne me reconnaissez pas? Vraiment étrange...

-Oui c'est bien moi professeur...

Le ton était las et le regard éperdu. La directrice lui prit le bras comme on soutient un grand malade et Célaeno s'aperçut qu'elle l'emmenait en fait dans une autre direction. Elles montèrent un étage et arrivèrent devant le bureau de Célaeno, bureau le plus proche de la Grande salle pour discuter tranquillement. La sorcière sortit sa baguette et ouvrit la porte.

-Mais que vous est-il donc arrivé Célaeno? bredouilla la directrice à peine installée dans la pièce.

Célaeno ne savait plus par quoi commencer. Fallait-il d'abord parler du Polynectar, ou bien du sortilège de jeunesse de la fontaine de Jouvence, installée dans le château? Alors elle raconta à a directrice toute l'histoire, le tour de garde avec Rogue après le banquet de Noël, la découverte de cette pièce étrange autant qu'envoûtante (si elle avait su...), puis ce bassin qui les avaient ensorcelés, elle et Severus, jusqu'à ressembler à ces...espèces de divinités d'un autre temps.

-Ainsi, reprit McGonnagal avec ce que Célaeno jugea être un sourire en coin tout à fait mal venu, si je vais voir Severus, je le verrai aussi dans un tel accoutrement...?

Elle montrait en réalité le visage de Célaeno et ses longs cheveux qui ondulaient comme de longs serpents. La sorcière n'avait pas jugé bon de lui révéler qu'au départ, ils avaient également les costumes qui accompagnaient cette sombre mascaradequi avait en fait consisté pour elle-même à se retrouver dans le plus simple appareil...

-J'en viens à la raison pour laquelle je viens de me retransformer devant..hum...tout le monde en ...ça, expliqua de nouveau Célaeno.

Et elle raconta comment la solution du Polynectar leur été apparue la meilleur sur le moment afin de contrer les effets du sortilège et que c'était entièrement de sa faute si ce soir l'heure de la transformation s'était écoulée à la vue de tous...

A la fin de son récit, McGonnagal avait fortement l'air de s'empêcher de ricaner, ce qui agaçait au plus haut point Célaeno. Évidemment, vu de l'extérieur, cela devait paraître très drôle.

-Et maintenant qu'allez-vous faire? redemanda la directrice, les lèvres pincées. Savez-vous comment contrer ce maléfice?

-Je vais continuer à prendre du Polynectar et...après on verra... Rogue dit que le sortilège devrait partir de lui-même car il ne peut apparement « cohabiter » avec les effets des ingrédients de la potion.

-Allons Célaeno, n'ayez pas l'air si abattue, déclara la directrice tout en posant une main réconfortante sur l'épaule de la sorcière. Puisque vous dites vous même que le sortilège partira bientôt...Je vous ai connu dans des situations bien pires que celle-ci...

-Ce n'est pas ça...murmura Célaeno avec dans la voix quelques chose de désesperé, je crois que je n'oserais plus jamais me montrer devant les élèves...

Cette fois McGonnagal ne se priva pas pour rire franchement et s'éloigna lentement vers la porte.

-Croyez-moi, dit-elle en souriant franchement, la main posée sur la clanche, les élèves riraient sans doute davantage s'ils connaissaient toute l'histoire...

Célaeno haussa un sourcil légèrement inquiet face à l'hilarité manifeste de la directrice et la regarda ouvrir la porte et reporter son regard sur elle une dernière fois:

-Franchement...se retrouver dans la fontaine de Jouvence avec Severus Rogue! Vous avez fait très fort cette fois ma chère!

Et sur ces belles paroles, elle la vit sortir de son bureau.

Le reste de la soirée, Célaeno finit de préparer ses affaires mais se refusa à se montrer en public. Le moment viendrait bien assez tôt, à son retour des vacances. Elle espérait simplement que la directrice ne dévoilerait pas toute l'histoire, en particulier devant Ella Havana et Ulysse Hosier, qui se feraient un plaisir de la partager avec les élèves...

Le lendemain matin à son plus grand malheur sa transformation en créature divine perdurait toujours elle n'alla pas non plus prendre son petit déjeuner dans la Grande Salle et préfera partir assez tôt chez elle, elle avait bien assez de choses à faire comme cela. Aussi, elle emprunta la cheminée de ses appartements et à 9 heures 36 minutes, elle disait haut et fort, entre les flammes vertes, « 23, Charing Cross Road! ».

OOOoooOOO

Célaeno ouvrit ses yeux tout doucement pour s'habituer à la lumière de la pièce. Elle s'en voulut aussitôt d'avoir oublié de fermer ses volets la veille. Elle s'était écroulée de fatigue dans son lit assez tard le soir. À peine rentrée de Poudlard le matin, elle avait commencé par ranger toutes ses affaires et faire aussi un peu de rangement dans l'appartement. Son après-midi avait été consacré à des achats de Noël de dernière minute. La journée s'était passée assez rapidement et la soir arrivé, Célaeno avait eu droit à un repos bien mérité.

Remuant et étirant ses jambes et ses bras, un soupir de satisfaction s'échappa de sa bouche. Elle se sentait tellement bien en cet instant. Encore plongée dans un demi sommeil, elle savoura le fait de pouvoir rester coucher autant qu'elle le voulait. Pas de cours aujourd'hui, pas d'élèves, rien... Juste moi et mon lit, songa-t-elle en soupirant de nouveau d'aise.

Elle sortit sa tête de sous la couette en une fraction de seconde et ses yeux prirent une expression de grande déception. Mais non pas juste elle et son lit! Elle avait complètement oublié que c'était aujourd'hui que sa mère devait arriver pour passer les fêtes de Noël avec elle! Elle se maudit aussitôt d'avoir oublié ça, se faisant ainsi une fausse joie très difficile à supporter, et d'autre part d'avoir accepté la proposition de sa mère.

Oh non..., gémit-elle en sortant ses jambes des draps, procédant par étapes pour s'extraire de son lit.

Elle se décida finalement de se lever rapidement. Connaissant sa mère, elle ne tarderait pas à arriver, sans doute en début d'après-midi, et rien n'était près. Et la chambre d'amis était à ranger.

Elle finit par se lever, non sans rechigner, alla prendre un rapide petit-déjeuner dans sa cuisine. Puis elle fit un peu de ménage, le stricte minimum, simplement pour ne pas offrir à sa mère une occasion de plus de critiquer sa façon de vivre.

Vers midi, elle s'était enfin douchée, habillée et alla manger rapidement seule dans sa cuisine. Un peu plus loin sur le plan de travail était posé le chaudron plein de Polynectar dont Célaeno aurait encore besoin à son plus grand désespoir. Assise à sa table, elle observa de loin les photos dans les cadres sur le petit meuble en bois de son entrée. Les deux mêmes étaient installés sur son bureau de Poudlard. Elle observa sur la première ses parents pris en photos vingt ans plus tôt et autour elle-même, avec son frère aîné et sa soeur, de deux ans plus jeune. Elle pensa aussitôt avec un pincement au coeur qu'elle ne les avait pas vu depuis une quinzaine d'années. Je demanderai de leurs nouvelles à maman..., de dit-elle aussitôt comme on prend une bonne résolution tout en sachant qu'on ne la tiendra guère.

Ses yeux se posèrent alors sur l'autre photo, et un sourire mélancolique éclaira son visage. Cette photo-là avait été prise à la fin de sa septième année. Ils avaient fini leurs examens, et les Maraudeurs, Lily et Célaeno avaient tous un grand sourire joyeux, se tenant par les épaules et riant beaucoup. Sirius faisait le pitre entre James et elle, Lily le regardait d'un air désapprobateur et finissait par éclater de rire, le bras de James autour de sa taille. Et Rémus...et Peter...

Des Maraudeurs ses pensées dérivèrent bientôt à Harry. Elle avait complètement oublié de lui envoyer un courrier pour lui dire quand ils pouvaient se voir! Se levant de suite de table et abandonnant sa maigre assiette, elle alla prendre un papier et un crayon dans un tiroir de son bureau et commença sa lettre.

Salut Harry,

Je suis désolée de t'écrire si tardivement, j'espère que tu n'as pas déjà fait de grands projets pour tes vacances de Noël. Pour ma part, je serai entièrement libre toute la semaine prochaine, alors cela m'arrangerait que l'on se voit à ce moment. Que dirais-tu de lundi prochain? Confirme-moi par retour de hibou ou bien dis-moi un autre jour, cela m'est égal. Je te donnerai mon adresse au prochain courrier.

En attendant, je te souhaite de passer d'excellentes fêtes de Noël.

A très bientôt,

Célaeno.

PS: ne donne surtout pas de Miamhibou à Zéphir, il ne les supporte pas. Mais ne cède pas non plus s'il cherche à manger des chochogrenouilles, il adore ça!

Satisfaite, elle s'approcha de la cage de son hibou. Zéphir dormait encore, ou faisait semblant, et elle le réveilla tout doucement en lui gratouillant les plumes sous le ventre.

-Viens mon grand, murmura-t-elle en souriant face à son obstination de ne pas se lever. Toi aussi tu es paresseux hein?

Elle rit doucement et finit par prendre le hibou dans ses bras, non sans avoir subit ses coups de becs mécontents. Elle lui attacha le rouleau à la patte et le fit sortit par la fenêtre.

Comme l'avait pensé Célaeno, elle n'eut pas à attendre beaucoup avant de voir débarquer sa mère. En effet, vers quinze heures elle entendit frapper à la porte et alla ouvrir sans grand enthousiasme.

-Bonjour maman...marmonna-t-elle en se forçant à sourire quand elle eut ouvert la porte.

Derrière se trouvait une femme encore belle, bien qu'accusant les années. Ses cheveux longs étaient ramenés en un chignon stricte et la sorcière montrait une grande élégance, autant dans son apparence que dans ses manières. Elle se précipita sur Célaeno et la prit dans ses bras dans un geste qui étonna la sorcière de part son côté si maternel...et si inhabituel...

-Célaeno...souffla Ozomène Robinson en observant sa fille de plus près. Comment vas-tu? Tu me sembles en bonne santé... Tu sais que je me suis inquiétée...si peu de courriers, aucunes nouvelles... Je suis bien contente que tu m'aies invitée chez toi pour les fêtes de Noël tu sais...la solitude est bien trop difficile à supporter pour une vieille dame comme moi...

Et voilà, pensa Célaeno en écoutant sa mère parler dans un flot ininterrompu, toujours aussi bavarde et moi je ne peux pas en placer une...

Lorsque sa mère s'arrêta enfin pour reprendre son souffle, Célaeno lui sourit gentiment bien que n'ayant pas suivi toute son monologue et l'invita à entrer avec ses bagages en esquissant le geste de fermer la porte. Mais Ozomène retint son geste et ouvrit la porte en plus grand encore.

-Attends...souffla-t-elle avec un air désormais presque gêné sur le visage, tout du moins avec quelques traces d'appréhension. J'ai pensé que cela te ferait plaisir de revoir...

Elle sourit simplement et porta son regard vers le couloir de l'immeuble alors qu'elle venait d'entendre des pas monter dans l'escalier. Deux personnes apparurent bientôt, une femme et un homme, qui stupéfièrent Célaeno sur place quand elle les vit. La bouche à moitié ouverte et ne pouvant souffler un seul mot, elle réalisa de suite que se tenaient devant elle son frère et sa soeur, qu'elle n'avaient pas vus depuis une quinzaine d'années.

-Equidna...Dolos...murmura-t-elle enfin en fixant la jeune femme très brune qui sourait timidement et son grand frère, plus grand et les cheveux mi-longs. Quelle surprise...

OOOoooOOO

A peine remise de sa surprise, Célaeno fut étreinte doucement par sa soeur, qui faisait la même taille qu'elle, et presque aussitôt par son grand frère, qui la dépassait d'une tête. La sorcière eut tout d'un coup la tête qui lui tournait et elle dû se rattraper au dossier d'un fauteuil derrière elle pour ne pas tomber.

-Par Merlin...souffla-t-elle en essayant de masquer l'émotion de sa voix, émotion trahie par ses yeux brillants. Je ne m'y attendais pas du tout...

Elle ne pouvait pas en dire plus, et c'était déjà beaucoup, pensa-t-elle en observant son frère et sa soeur qui n'avaient pas beaucoup changé pendant toutes ces années. Dolos avait toujours cette allure classe et distinguée qui le caractérisait déjà plus jeune. Ses cheveux avaient poussé et cette coupe lui donnait un air rebelle et séducteur qui amusa Célaeno.

Toujours assez maigre mais de la même taille que Célaeno, Equidna était toutefois très jolie et certains traits de son visage étaient bien similaires à ceux de sa grande soeur.

Célaeno se força enfin à réagir et à aligner plusieurs mots de suite.

-Mais entrez voyons, leur fit-elle signe en souriant sincèrement. Vous n'allez pas rester sur le pas de la porte...

Les trois sorciers sourirent et l'atmosphère sembla soudain se relâcher. Equidna referma la porte derrière elle et bientôt tous s'installèrent dans le salon après s'être dévêtus de leur cape d'hiver.

Célaeno et ses frère et soeur n'avaient pas jamais été en mauvais terme, ce n'était pas la raison d'une si longue séparation. La guerre les avait séparé, et surtout la mort de leur père, qui avait créé un précipice dans lequel Célaeno s'était plongée de toutes ses forces, oubliant le reste du monde, à commencer par sa famille. Les Robinson n'avaient jamais été clairement favorables à Voldemort et à ses idéaux de purification du sang sorcier, mais ils ne s'étaient jamais non plus déclarés contre, n'avaient pas lutté.

Célaeno avait toujours pensé que Dolos et Equidna avaient suivi le pas, mettant la priorité sur leur avenir, la fondation de leurs familles...De son côté, la jeune femme avait elle-même adopté une attitude sans demi-mesure: c'était la résitance ou rien, la liberté ou la servitude, la lutte contre Voldemort ou le soutien au Mage Noir. La question ne s'était même pas posée pour elle dès qu'il avait fallu choisir son camp: la décision s'était imposée d'elle-même, elle lutterait contre le Seigneur des Ténèbres, au péril de sa vie s'il le fallait.

Et cela avait eu des conséquences, à commencer dans ses relations avec sa famille. Il n'y avait alors plus eu ou presque de relations familiales. Elle ne voyait plus ses parents, ni même son frère et sa soeur, voulant sans doute les préserver et les protéger d'une éventuelle menace de Mangemorts. Mais une victime était tombée, Nemrod Robinson, tué par un gang de Mangemorts. Et cet assassinat avait entraîné une deuxième conséquence du combat de Célaeno contre Voldemort.

La jeune femme de vingt ans tout juste qu'elle était n'avait plus vécu que pour cela, se battre, résister à Voldemort, ramener la paix, sauvegarder le monde sorcier des télèbres. Elle avait alors prit la voie d'une lutte sans merci, qui n'excluait pas le sacrifice de soi au nom de ses idées. C'est à ce moment qu'avait commencé sa mission d'espionnage, avec le prix qu'il avait fallu payer pour cela...Et bientôt la marque des mangemorts fut inscrite sur son avant-bras droit...

A présent que tout cela était bien fini, le joie de revoir sa famille était immense dans le coeur de la sorcière. Ils avaient tant de choses à se dire...tant de choses à rattrapper...tellement qu'aucun ne savait apparement par où commencer.

Célaeno les fit installer dans le petit salon et alla chercher à boire pour tout le monde, moment durant lequel elle en profita pour reprendre une rasade de l'infâme potion préparée par Rogue. Elle revint quelques minutes plus tard, ses verres sur un plateau.

-Le whisky pur feu pour toi Dolos...un jus de myrtille pour Echidna...et toi maman, le vin de sureau, je sais que tu adores ça..., dit-elle tout en accompagnant chaque parole d'un geste de baguette pour que les verres rejoignent leur propriétaire.

Elle releva la tête alors que les trois autres la regardaient faire, surpris: elle ne leur avait pas demandé ce qu'ils souhaitent à boire mais semblait s'être parfaitement souvenus de leurs goûts à chacun, même après tant d'années. Célaeno esquissa un sourire d'excuse et s'installa dans un fauteuil avec son verre de Xérès dans la main.

-Alors que devenez-vous, tous les deux? demanda-t-elle après une gorgée de xérès dans le silence gênant de la pièce.

Ce fut Equidna qui parla la première. Elle ramena ses cheveux bruns dans son dos dans un geste qu'elle avait déjà à quinze ans et posa son verre sur la petite table devant elle:

-Et bien, commença-t-elle d'une voix presque semblable à celle de sa soeur, nous habitons toujours à Salem, avec Ossian, depuis presque quinze ans..., et nous avons deux enfants aussi...deux filles.

-Deux petites filles absolument adorables! s'exclama Ozomène, qui ne pouvait s'empêcher de faire un commentaire.

La vie dont tu as toujours rêvée, j'imagine, petite soeur...

-Je m'occupe des filles, elles ne vont pas encore à l'Institut des sorcières de Salem, et je participe aussi à quelques associations...

Célaeno savait que sa soeur pouvait être très bavarde quand elle le voulait et elle la regarda d'un air à la fois amusé et sans le vouloir, légèrement désappointé. C'était donc là tout son bonheur...son plaisir de vivre résidait dans le fait d'être une bonne épouse, une bonne mère, gentiment confinée à des devoirs de femme, sans travail...

-J'ai une photo des filles sur moi, si tu veux les voir...

-J'en serais ravie, répondit Célaeno sincèrement.

Equidna sortit une photo de la poche de sa robe et la tendit à sa grande soeur. Deux fillettes, dont la plus grande devait avoir dix ans, étaient photographiées, l'une sur un hypogriffe à bascule, l'autre sur un balais miniature volant à un mètre du sol. Elles avaient héritées des cheveux auburn de leur père Ossian, qui était d'origine irlandaise, mais Célaeno remarqua les traits héritées de leur mère. Elle redonna la photo à Equidna.

-Elles sont très belles Equidna, tu dois être très fière, sourit-elle à la jeune femme qui eut un grand sourire.

Malgré tout, la joie manifeste de sa soeur lui porta un coup au coeur...Et s'il n'y avait pas eu cette guerre, qu'en serait-il pour elle? Serait-elle également mariée et aurait-elle quelques enfants? Si Sirius... Elle refoula ses pensées de sa tête et sourit à Dolos pour reprendre contenance:

-Et toi Dolos? demanda-t-elle encore à son frère.

-Je ne sais pas si tu es au courant, mais j'avais repris l'entreprise de papa, en 82, et j'en suis toujours le directeur.

-Oui, maman me l'avait dit par hibou. Et je vois quelque fois ton nom dans les journaux, dans la rubrique économique.

Ils eurent un clin d'oeil complice.

-Je ne savais pas que tu lisais cette rubrique!

-Quand on voit son propre nom dans le journal, ça ne passe pas inaperçu! Apparement tu as bien réussi à redresser les affaires, à ce que j'ai lu.

-J'ai fait ce que je pouvais, répondit-il avec un haussement d'épaules modeste. Et puis, papa m'avait enseigné les règles de la direction de l'entreprise, il voulait que je sois son successeur, tu te souviens...

Célaeno acquiesca vaguement, le regard fixé sur son frère. Alors qu'il lui parlait de cette entreprise de fabrication de balais de courses qui était dans la famille Robinson depuis plus de deux siècles, elle se surprit à l'observer attentivement et constata qu'il ressemblait énormément à leur père. Nemrod était à peine plus âgé que Dolos à sa mort et la ressemblance entre les deux était plus que frappante, non seulement physiquement, mais aussi dans la voix, les gestes...

Et là encore, la réalité la frappa au visage avec dureté. Ça encore elle le devait à la guerre, cette guerre stupide dans laquelle elle s'était battue de toutes ses forces... Rarement la sorcière ne s'était autant remise en question, n'avait autant remis en cause sa lutte contre Voldemort. En cet instant et face à l'étalage de bonheur, de réussite de sa soeur et de son frère, elle comprenait plus que jamais ce que la guerre lui avait prit à tout jamais...

-Célaeno, tu vas bien? s'inquièta Ozomène.

Célaeno releva la tête vers sa mère. Elle ne s'était pas aperçue que son regard dérivait depuis déjà quelques minutes dans le vide, rempli de ses pensées et souvenirs.

-Ce n'est rien, dit-elle en souriant pour la rassurer et elle se tourna de nouveau vers son frère. Je me disais simplement...tu ressembles énormément à papa, Dolos...

Son frère lui sourit, une mèche de ses cheveux tombant nonchalement sur ses yeux.

-Et tu devrais voir ses garçons! s'exclama Equidna, un grand sourire aux lèvres. Ce sont ses portraits jurés!

-Tu as des enfants aussi? demanda aussitôt Célaeno à son frère et la question lui brûla de nouveau les lèvres, semblant stupide en cet instant, cela était tellement évident.

Cette fois, ce fut Ozomène qui sortit une photo de son sac à main et la montra à sa fille, en lui expliquant que les deux jeunes garçons en question se trouvaient de chaque côté de leurs cousines. Elliott et Marwin ressemblaient de fait beaucoup à Dolos et étaient âgés de onze et neuf ans.

-A quelle école iront-ils? reprit Célaeno en essayant de faire prendre à sa voix un ton égal.

-Je ne sais pas encore, avoua Dolos en haussant des épaules. Nous avons une maison près de Salem, mais je suis souvent en déplacement pour affaires et Arielle aussi, avec son travail...

Il se tut quelques instants, comme pour mieux peser ses mots, et reprit avec un sourire en coin pour Célaeno:

-En même temps, nous savons très bien que Poudlard est sans doute la meilleur école de sorcellerie, et j'avoue que j'aimerais beaucoup que mes fils étudient là-bas. Après tout, c'est là que nous avons tous les trois étudié...

Les trois frère et soeurs se sourirent, semblant ainsi faire renaître l'amitié qui les liaient dans leur jeunesse.

-Et en plus, reprit Ozomène qui semblait assister à ce tableau avec une force bienveillante, Elliott et Marwin auraient la chance d'avoir leur tante comme professeur!

-Je ne sais pas si c'est une chance...tempéra Célaeno avec une moue amusée et tout en se cachant derrière une gorgée de Xérès, avant d'être coupée par Equidna.

-Mais oui c'est vrai! s'exclama-t-elle apparement ravie. Parle nous donc de ce nouveau job! Tu n'as encore rien dit!

-Et bien, comme maman l'a dit, je suis professeur de défense contre les forces du mal, à Poudlard...

C'était la première fois qu'elle le disait de vive voix et elle s'aperçut qu'elle en ressentait une certaine fierté. Apparement, ce nouveau job était bel et bien une vocation qu'elle s'était longtemps cachée.

-Et ça te plaît? demanda Dolos avec un sourire. C'était une de tes matières préferées quand tu étais élève.

-Heureusement que ça me plaît, émit Célaeno avec un faible sourire, sachant que la défense contre les forces du mal est ce que j'ai fait à plein temps depuis ma sortie de Poudlard...

Elle n'avait pas voulu être cynique mais elle vit bientôt les échanges de regards gênés entre les autres.

-Mais sinon, reprit-elle vivement pour rattrapper la situation, j'adore enseigner, je ne pensais pas que cela pouvait être aussi passionnant!

-Et bien il était temps que tu trouves ta vocation! sembla conclure Ozomène.

-Il n'est jamais trop tard...émit Dolos dans un murmure auquel sa mère ne prêta guère attention.

-Et dire qu'à ta sortie de Poudlard, reprit-elle sans prendre égard que Célaeno se raidissait légèrement dans son fauteuil, tu voulais être dessinatrice de modèles de balais!

-A ma sortie de Poudlard, précisa Célaeno avec un sourire triste, je voulais faire mille choses, mille métiers, connaître le monde entier, tous ses recoins, être célèbre, devenir archéomage aussi, avoir un avenir tout simplement. Mais tu sais bien que je n'ai eu le temps de n'exaucer aucun de ces rêves...

Elle eut un sourire désabusé face au pincement de lèvres de sa mère.

-Mais bon, c'est comme ça, tempéra Célaeno en levant les bras d'un air fataliste et elle se demanda d'où lui venait d'accepter si facilement les choses face à sa famille, alors qu'elle-même ne l'acceptait pas...peut-être du léger étourdissement provoqué par le Xérès...

-Qui en reveut? demanda-t-elle tout en se levant de son fauteuil et en désignant les verres sur la table.

-Merci Célaeno...

-Non merci, remercia Dolos. De toute façon, on ne va pas tarder, ma femme et mes enfants sont sur le chemin de traverse et pareil pour Equidna...

-Mais...s'étonna Célaeno et elle se traita de stupide pour ne pas s'en être rendu compte auparavant. Vous n'avez qu'à leur dire qu'ils viennent là! Vous n'allez pas déjà repartir, on s'est à peine parlés!

Ozomène regarda ses trois enfants avec un sourire et eut un geste de la main leur signifiant que c'était à eux se décider. Dolos interrogea Equidna du regard et celle-ci eut un sourire.

-On ne voudrait pas te déranger...

-Mais non voyons! Puisque je vous le propose!

-Oui mais tu auras huit personnes en plus d'un coup!

Célaeno les assura du plaisir qu'elle avait de les accueillir et de sa joie de rencontrer enfin ses neveux et nièces. La décision fut prise de fêter le réveillon de Noël dans l'appartement de la sorcière, les trois frères et soeurs réunis, avec leur mère, pour la première fois depuis quinze ans. Ils se mirent d'accord de revenir avec la famille au complet pour 18 heures pendant que Célaeno irait de son côté faire les courses sur le chemin de Traverse, à la fois pour préparer le repas du réveillon (elle n'avait pas prévu un festin de dix personnes) et pour faire quelques achats de dernière minutes pour ses quatres neveux et nièces.

Equidna décida à la dernière minute de rester avec sa grande soeur pour faire les courses, et aussi lui permettre de la conseiller pour les cadeaux, et Ozomène partit donc sans plus tarder avec son fils retrouver ses petits-enfants.

Le temps pour Célaeno de s'habiller chaudement et les deux sorcières quittèrent également l'appartement, elles avaient tout juste deux heures pour faire tous leurs achats. Elle sortirent dans la rue et marchèrent jusqu'au Chaudron baveur, voisin de l'immeuble de Célaeno. Puis elles arrivèrent dans la rue enneigée et bruyante de monde du chemin de Traverse et se protégèrent comme elles le purent du froid mordant de cette fin décembre.

-Ca va? demanda soudain Equidna en regardant sa soeur alors qu'elles marchaient depuis un moment en silence. Tu as l'air toute mélancolique...

Célaeno lui fit un sourire rassurant.

-Ce n'est rien...c'est juste que...

Les mots se bousculaient mais aucun ne sortait, comme si le fait de retrouver la complicité d'autrefois avec sa soeur n'attendait que ce moment.

-Vous entendre parler de tout cela avec Dolos, cela me fait penser à tout ce que j'ai loupé...à la vie que j'aurais pu avoir aussi si...

Elle eut un geste de la main qui voulait plus dire que des mots. Elle fut soulagée en les disant de s'apercevoir qu'aucune jalousie ne tirraillait son coeur. Juste des regrets.

-Je sais, répondit sérieusement Equidna en la regardant d'un air soucieux qu'elle chassa bien vite pour un faible sourire. Mais toi, tu as toujours aimé te battre pour de grandes causes, n'est-ce pas?

Elles se regardèrent et ce regard en dit long sur les souvenirs qu'elles partagaient, sur leur vie et aussi la joie teintée de douleur de se retrouver après quinze ans.


J'espère que ce chapitre vous a plu, ainsi que l'arrivée de ces nouveaux personnages.

Régler ses comptes avec le passé et sa famille, passer sa vie en revue...voilà en gros le programme de Célaeno dans le chapitre suivant , Accepter le passé. Pour les éventuels déçus, je vous promet le retour de Rogue très bientôt (ben oui, c'est quand même le 2nd personnage central de cette fic).