Les Potter organisaient chaque année, dans leur vaste manoir, un dîner à l'occasion de la veillée de Noël. Ils y conviaient leurs plus proches amis, famille durant cet événement qui permettait à tous de se retrouver.
Elle allait donc le revoir, une semaine à peine après leur séparation sur le quai de la gare. Et pourtant, cela lui avait semblé si long, une éternité. Elle se rendait compte de l'importance sans cesse grandissante qu'il prenait dans sa vie, dans son coeur et elle avait ce besoin impératif de lui, à tout moment. C'était une nécessité comme le fait de respirer. Elle n'avait cru pouvoir être aussi dépendante d'un homme de toute son existence. Elle, la plus indomptable de toutes. Et pourtant, son meilleur ami détenait les rouages de son coeur et semblait prendre un malin plaisir à les dérégler à tout bout de champ, la laissant, suffocante face à sa douleur. Elle voulait lui avouer ses sentiments tout en étant craintive à l'idée de le faire.
Face à sa glace, elle lissa les pans de son chemisier blanc avant de rajuster sa jupe d'un noir d'ébène qui lui arrivait au dessus des genoux. Pour parfaire le tout, elle avait enfiler des collants de la même teinte, chaussant à leurs suite, une paire de ballerine. Elle avait préféré rassembler ses cheveux en un haut catogan. Ses yeux étaient soulignés de noir et ses lèvres légèrement rosés. Elle appréciait la simplicité de sa tenue, elle avait tenue à ce qu'il en soit ainsi. Sa mère l'appelait à l'étage en-dessous et elle les rejoignit. Son arrivée fut accueillie par quelques sifflements appréciateurs de ses aînés. Elle retint ses rougissements, avançant dignement entre eux.
_ Pour qui t'es-tu rendue aussi jolie, Ginnichou? S'enquit Fred.
_ Une véritable perle ajouta Georges.
_ Rien que pour mes jumeaux préférés répondit-elle de son air le plus innocent, en battant exagérément des cils.
Ces derniers se concertèrent un instant avant d'éclater de rire. Ils tournèrent autour de leur cadette, un sourire diabolique sur les lèvres, l'étudiant.
_ Nous aurions pu te croire, adorable petite soeur...Commença Georges.
_ Mais nous reconnaissons ses narines frémissantes au moindre mensonge termina Fred.
_ Ce n'est pas bon de mentir, soeurette grondèrent-ils faussement, en choeur.
Elle caressa ses narines, vérifiant leurs dires avant de se rendre compte qu'elle s'était faite bêtement avoir par ses frères. Ronchonnant contre eux, elle se rapprocha de sa mère qui morigénait déjà les jumeaux.
_ Je vous promets que si vous agissez d'une manière à me faire honte, la mort vous serait préférable face à la punition dont vous écoperez.
Ils déglutirent en choeur avant d'opiner fermement. Ginny eut un sourire vainqueur. Elle s'accrocha au bras de Ron qui riait également. Il se pencha vers elle et lui murmura de manière à ce qu'elle soit la seule à entendre.
_ Tu es magnifique, petite soeur.
_ Merci Ron sourit-elle.
Il se contenta d'un haussement d'épaule avant de transplaner à la suite de chaque membre de leur famille.
Ginny détestait la sensation du transplanage, comme si elle passait dans une sorte d'étroit tuyau. Ce fut donc avec soulagement qu'elle accueillit l'air frais de Godric Hollow's. Le manoir était splendidement décorée. La barrière d'entrée était peinte de rouge et de vert. Un cerf accueillit les hôtes en chantonnant un « Joyeux Noël ». Sûrement une idée de James assez ironique dans la mesure où son animagi était lui-même un cerf. L'allée traversant le jardin était encadrée par des cannes à sucres géantes et une arcade faite de houx précédait le perron. Des guirlandes étaient accrochés autour des colonnes de chaque côté de la porte d'entrée. Quelques chaussettes pendaient du toit. C'était un décor fantastique et les convives furent enchantés. Déjà, les jumeaux espéraient que les Maraudeurs leur communiqueraient l'idée du cerf pour qu'ils puissent en tirer un produit made in Fred & Georges. L'habituel carillon avait été remplacé par un chant de Noël. Ginny retint rire.
Ce fut James qui leur ouvrit, impressionnant aux yeux de la jeune fille dans le chambranle de la porte. Il ressemblait tant à son fils que cela pouvait déconcerter quelques uns. La même allure nonchalante, le même sourire mi-tendre, mi-facétieux, le visage légèrement anguleux, une mâchoire puissante, le même front volontaire, faisait qu'aussi bien le père que le fils était doté d'un charme déroutant. Cependant, là où la malice dominait dans le regard du père, la douceur et une certaine faiblesse prônait dans celui du fils. Il avait hérité des yeux de sa mère mais aussi des qualités les plus enviés de Lily Evans Potter. C'était ce qui rendait Harry si étonnant. Il était la symbiose de ce qui avait de mieux dans chacun de ses parents.
_Bonsoir à tous
Il s'effaça, leur cédant le passage. Il serra les mains des hommes Weasley avant de déposer un baiser sur son front. Elle s'était toujours sentie comme chez elle, chez les Potter, au même titre que Ron, Drago ou Hermione. James et Lily s'étaient assurés de cela. Sauf qu'à présent, elle aurait apprécié être autre chose que l'une des meilleures amies de leur fils. Elle aurait voulu être beaucoup plus.
Dans le séjour, la plupart des convives étaient déjà installés. Il y avait les membres de l'Ordre du Phénix, une association créée par Dumbledore et ayant pour unique but de protéger la communauté sorcière d'un éventuel mage noir, pouvant surgir à tout moment. Elle avait été fondé au temps d'une guerre qui avait eu lieu, il y avait de cela très longtemps. Dumbledore avait réussi à détruire celui qui s'était proclamé « sorcier le plus puissant du monde ». L'Ordre n'était là que pour éviter un nouveau fléau. Il y avait Kingsley Shakelbot, un homme de main de James Potter, l'épaulant dans certaines de ses fonctions de Chef des Aurors. Près de lui était installé Maugrey Fol Oeil, plus communément nommé Alastor Maugrey, un ancien Auror des plus respectés par la brigade. Il occupait le poste de James et avait été son mentor. Tonks se tenait près de Rémus et fit un joyeux signe de la main à la jeune fille. Elle s'entendait très bien avec la jeune Auror. Elle était amusante et toujours pleine de ressources. Certains sorciers qu'elle ne connaissait que de visages avaient pris place un peu partout. Dumbledore et McGonagall participaient également au dîner ainsi que Severus Rogue, un des meilleurs amis de Lily Evans, ce que n'avait jamais pu comprendre Ginny. Comment une personne aussi gentille que Lily pouvait pactiser avec le diable? De l'autre côté du séjour, elle vit Drago, Hermione, Neville, Luna et Harry en train de converser. A la simple vue du jeune homme, le coeur de Ginny sembla battre à une allure folle qu'elle craignit que tous ne l'entendent. Elle suivit son frère auprès de leurs amis, tentant de paraître détachée. Ron fit une bourrade à son meilleur ami avant d'enlacer fortement sa petite amie. Ce fut là que les prunelles du jeune Potter rencontrèrent les siennes. Elle retint un halètement face à la force de ce regard mais surtout par tout ce qu'il contenait. Elle n'arrivait pas à saisir le sens de tous ses maux mais elle savait, par ce regard, que le jeune homme n'allait pas bien mais que courageusement, il continuerait à sourire. Comme elle aurait aimé lui retirer sa peine? Mais il était si distant à présent...Il s'éloignait à chaque seconde un peu plus d'elle sans qu'elle parvienne à le retenir. Avant, il aurait pris dans ses bras, l'aurait fait tournoyer, rien que pour l'entendre rire, aujourd'hui, il se contentait d'un sourire et d'un signe de la tête. Elle aurait tant voulu hurler pour qu'il réagisse, pour qu'il lui permette de nouveau de se blottir contre lui, au creux de ses bras.
_ Bonsoir Ginny.
_ Bonsoir Harry. La maison est merveilleusement décorée.
Son sourire parut plus sincère alors qu'il opinait avant d'oublier jusqu'à sa présence en se concentrant sur une conversation qu'entretenait Drago, Hermione et Ron. Elle prit place près de Luna qui contemplait d'un air absent le plafond. Ginny suivit son regard, intriguée avant que son amie ne se retourne vers elle.
_ Je crois que la maison est construite sur un ancien cimetière de Krenlots.
_ Krenlots? Répéta la jeune fille, interrogative.
_ Oui. Ceux sont des petits elfes.
Ginny opina aussi sérieusement qu'elle le pouvait avant de détourner les yeux et de se permettre un sourire. Elle en avait de ses idées parfois. Elle eut le temps d'apercevoir, la main de Neville se poser sur celle de la jeune fille. Leur relation était assez ambigüe, parfois Ginny avait l'impression qu'ils sortaient ensemble, mais paradoxalement, ils ne paraissaient pas très...amoureux. Ils n'étaient pas démonstratifs. C'était intriguant. Cela durait depuis deux années et lorsque Ginny abordait le sujet avec Luna, cette dernière se contentait de répéter qu'elle aimait bien Neville sans spécifier ce qu'elle entendait par aimer. Aimer comme on aimerait un chaton, un ami ou une part de soi.
_ Qu'avez-vous fait de ce début de vacances? S'enquit Drago à la cantonnade.
Elle fut surprise de le voir si ouvert, si...chaleureux?Il avait été si sombre ces derniers temps, à l'opposé du Drago qu'elle connaissait. Alors qu'elle étudiait, elle le vit toujours froid, peu présent mais il faisait des efforts. C'était en cela que résidait la différence.
_ Ma mère m'a forcé à me rendre chez ma tante Cunégonde, une opulente femme, légèrement folle qui continue à m'appeler Hélène et pense que je suis mariée avec un fermier borgne. Elle collectionne les queues de rats. Je ne rigole pas.
Cette information provoqua l'hilarité chez les adolescents sauf Luna qui continuait à contempler le plafond. Avec un nom pareil, pas étonnant que les astres lui furent défavorables. Pauvre Hermione! Ginny connaissait ce genre de spécimen. Certains de ses oncles étaient également barges. Son père collectionnait des objets Moldus, ce qui pouvait laisser imaginer les spécimens qui composaient la généalogie Weasley.
_ Elle pense que ma mère est morte et croit voir son esprit. Donc j'ai dû prétendre pendant trois jours ne pas voir ma mère et demander à ma tante, ce que ma mère attendait de moi dans la vie.
Ginny essuya les larmes qu'elle avait au coin de l'oeil. Elle aurait adoré assister à cela.
_Pourquoi t'a-t-on forcé à t'y rendre? S'enquit Ron, les joues rougies par la force qu'il mettait à ne pas rire.
_ Elle est seule dans à Bristol. C'était la moindre des choses...Même si j'ai vraiment maudit mes parents de m'avoir forcé à m'y rendre, je dois admettre que je ne regrette en rien. Tu imagines vivre seule toute ta vie, sans personne pour se soucier de toi. Tu pourrais mourir, personne n'en saurait rien. C'est horrible murmura la jeune fille, les yeux embués.
Ron lui caressa la joue avant de déposer un baiser sur sa joue.
_ J'aime ton altruisme Mione.
_Je crois que c'est le cas de la Tante Marge. La soeur de l'Oncle Vernon. Elle n'est pas très saine d'esprit non plus ajouta Harry, provoquant de nouveaux rires.
_J'ai entendu le nom de ce bon cher Vernon s'enquit Sirius en tombant à leur côté, Rémus sur ses talons.
_ Nous parlions de sa soeur Marge reprit Harry.
_Cette cinglée, amoureuse des Bouledogs! Vous saviez qu'elle en avait une douzaine! S'exclama-t-il, l'air terrifié.
_ Vous devriez vous entendre, Patmol. Après tout, les chiens ont tous un air de famille ajouta Rémus, recevant une œillade assassine de son ami.
Harry et ses amis rirent de nouveau. Rémus pouffa légèrement avant de préférer changer de sujet.
_Comment se passent vos cours?
_ Tu ne peux pas savoir combien tu nous manques se plaignit Ron.
_ C'est vrai que Kaïs n'est pas mal mais il ne saurait t'égaler Lunard reprit Drago.
_ Vraiment Mr Malefoy? Déclara une voix derrière eux.
Cette fois-ci, ce fut aux Maraudeurs de s'esclaffer alors que les deux adolescents pâlissaient considérablement. Ledit professeur talonnait James qui les rejoignait. Harry ne fut pas surpris de le voir là. Son père était un bon ami du professeur Kaïs et il lui avait prévenu de son invitation. Ce dernier vivait en Australie à l'origine mais le décès de son épouse, l'année dernière l'avait forcé à vouloir changer de vie et c'est là que le professeur Dumbledore l'avait sollicité. Il avait été Auror toute sa vie, en contact constant avec toutes les brigades d'Aurors du monde. Mais le fait qu'il n'ait pas pu sauver Marlène, avait détruit cette foi qu'il avait en ce qu'il faisait.
_ Ah Professeur, j'ignorais que vous étiez là.
_ Visiblement plaisanta ce dernier.
_ Tu aurais pu le mentionner Potter cracha Ron, d'un ton menaçant.
_ Qui aurait cru que vous alliez critiquer notre si talentueux professeur? S'enquit ce dernier, d'une voix lente et sérieuse.
_ Je ne pense pas que fayoter vous mènera où que ce soit Potter.
Harry rejoignit ses amis dans leur rire.
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La sonnette du dîner retentit et ils prirent place autour de la table. Pure coïncidence ou stratagème défini préalablement par leurs amis, Harry et Ginny se retrouvèrent l'un à côté de l'autre, extrêmement gênée de cette proximité, surtout que chaque mouvement qu'ils faisaient entraîner forcément un contact et d'agaçants rougissements. Les conversations allaient bon train autour de la table par petits groupes ou par large tablée. Toutes les voix se mêlaient en un joyeux brouhaha. Des éclats de rire, de l'insouciance, des amitiés. Le dîner des Potter rassemblait tout cela, comme un Patchwork, différentes âmes dans une même pièce.
_ A propos des Aurors, je me dois de vous informer que pour les jeunes élèves intéressés, un stage aurait lieu l'été prochain. Les inscriptions commencent dès la rentée prochaine et ce stage accepte un nombre limité de candidats expliqua-t-il à son fils et à leurs amis.
_ Intéressant répondit Drago, pensif.
_ Je me voyais plus en tant que joueur de Quidditch professionnel répliqua Ron, motivé.
_ Tu deviendras joueur lorsque je te passerais sur le corps Ronald Weasley s'exclama Molly.
De nouveaux rires s'élevèrent autour de la table alors que ce dernier grognait ostensiblement.
_ En parlant de projets d'avenir, il me semble que vous souhaitiez être Médicomage, Miss Weasley s'enquit le professeur McGonagall.
_ Oui, spécialisée dans la Gynécomagie acquiesça la jeune fille, légèrement intimidée par l'attention qu'on lui portait soudain, mais surtout par le regard consciencieux de son voisin de table.
_ Certes. Je me suis renseignée à ce sujet et il se trouve que selon leurs exigences, il vous sera demandé d'avoir un Effort exceptionnel en DCFM, en Métamorphose et en Sortilèges mais un Optimal en Botanique et en Potions.
La jeune fille ne put retenir une grimace alors que ledit professeur se trouvait non loin d'elle. Mais bon, il se doutait bien qu'elle n'appréciait pas les Potions.
_ Je te comprends Ginny. Devoir te taper Servilo pour encore deux années, ce n'est pas la joie s'enquit Sirius.
_ Ne commence pas intervint Lily en foudroyant son ami du regard.
Rogue se contenta de serrer les poings avant de poursuivre son repas. Lily lui servit un morceau de dinde sous l'oeil mauvais de son époux.
_ Ma lys, que tu défendes ton ami est une chose mais es-tu obligée de le traiter ainsi?
_ Serais-tu jaloux Potter ? S'enquit Severus, mauvais.
_ Je n'ai jamais vraiment envié ta chevelure si huileuse mon cher Servilo répliqua James faisant rugir Sirius de plaisir.
Severus allait répliquer lorsque de nouveau Lily intervint. Elle serra les poings avant de réprimander ostensiblement son époux. Ce dernier grogna, ronchon.
_ Quoiqu'il en soit, il serait intéressant que vous participiez dès l'été prochain à leur stage de préparation. Cela pourrait peut-être vous apporter quelques connaissances avant d'entamer votre septième année.
_ Merci Professeur dit Ginny, doucement.
_ Une élève si douée ne peut que réussir. Je n'en dirais pas autant de votre frère.
Harry et Drago faillirent s'étouffer avec leur jus de citrouille. Ginny passas inconsciemment une main sur le dos du jeune Potter dans l'espoir que cesse sa quinte de toux. Sauf que ce contact électrisa le jeune homme qui s'en éloigna avec ce qu'il espérait assez de discrétion. Mais elle le remarqua et ne put que se sentir davantage blessée.
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Le domaine fut bientôt envahi par les convives. Certains se rendirent dans le jardin pour une balade digestive, d'autres restèrent à l'intérieur, loin de la fraîcheur environnante. Quelques uns prirent même congés, occupés en cette veille de Noël. Les adolescents s'étaient rassemblés autour de la cheminée. Harry, près de Drago, s'assura que nul ne les écoutait avant de s'exprimer d'une voix à peine plus haute qu'un murmure.
_ Ma mère a en quelque sorte deviné pour Ginny.
_ Que t-a-t-elle dit?
_ Qu'elle était certaine de ses sentiments à mon égard. Mais que si ce n'était pas le cas, si elle se trompait, je pouvais toujours la séduire.
_ Tiens, je ne me savais pas d'aussi bon conseil reprit ironiquement le jeune Malefoy.
Harry sourit avant d'opiner. Il glissa un regard vers la jeune fille qui était lovée contre Neville. Une pointe de jalousie lacéra son coeur bien qu'il sache qu'il ne se passerait jamais rien entre eux. Neville était son meilleur ami. Il en avait toujours été ainsi. Mais il ne pouvait pas s'empêcher d'envier le jeune homme à l'instant. Elle tourna légèrement le menton vers lui, affrontant son regard.
Elle avait été vexée tout à l'heure par son attitude. Il n'arrivait pas à agir normalement en sa présence et s'il continuait ainsi, il finirait vraiment par la perdre. Il devait s'expliquer, expliquer son attitude, son malaise. Il devait pour le moins essayer. Passant une main dans ses cheveux, il s'extirpa de son siège. Drago leva les yeux vers lui, surpris et interrogateur.
_ Je vais me chercher quelque chose à boire, souhaitez-vous quelque chose?
_Non merci répondirent-ils à la cantonade.
Il opina, se rendant vers la table à boisson et saisissant une Bièreaubeurre au passage. Comment pourrait-il aborder la chose? Comment arriverait-il à formuler une phrase cohérente sur le sujet? Mais surtout, comment réagirait-elle? Il sentit son odeur avant l'entendre. Son souffle était saccadé, erratique. Elle était nerveuse, il pouvait le percevoir. C'était une sorte d'aura qui l'entourait, qui la précédait et qui semblait dicter à Harry l'attitude qu'il se devait d'avoir à ses côtés, ce qu'elle attendait de lui. Il se retourna lentement, se préparant à l'affronter.
_ Veux-tu quelque chose à boire? Commença-t-il.
_Non répondit-elle lentement.
Il but encore une gorgée avant qu'elle ne soupire et ne lui retire la boisson des doigts. Il se laissa faire, surpris. Elle ne quitta son regard lorsqu'elle en fit de même. Il dut se retenir de retirer la boisson et de déposer ses lèvres à sa place. Il eut un mouvement de recul à cette idée puis détourna les yeux de la tentation qu'elle devenait à ses yeux.
_ Harry l'appela-t-elle doucement, le forçant à lui faire face.
Il n'y apposa aucune résistance, attendri par les tonalités fébriles qui résonnaient dans sa voix.
_ Parles moi murmura-t-elle.
_ Que veux-tu dire Ginny? Reprit-il.
_ En fin de compte, j'aimerais bien une Bièreaubeurre s'enquit Ron, en arrivant à l'instant.
Ils se séparèrent promptement, dissimulant leur malaise sous des airs de faux semblants. La jeune fille jeta un dernier regard vers le jeune homme avant de rejoindre leur groupe plus loin. Il ne put détacher son regard d'elle qu'au moment où Ron s'adressa à lui.
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La fête battait son plein à l'étage du dessous mais il avait eu besoin de s'isoler, de revivre l'instant qui s'était déroulé quelques minutes plus tôt. Si Ron n'était pas intervenu, s'ils avaient été seuls encore un moment, que se serait-il passé? Où en seraient-ils à présent? Lui aurait-il avoué la vérité, enfin?
Il gratta les cordes de sa guitare un moment, l'air un peu absent avant qu'une mélodie ne lui vienne à l'esprit. Il l'avait entendu dans la radio Moldue qu'adorait Lily et à ce moment-là, il avait été saisit par la véracité des propos du jeune chanteur.
Tried to turn on my TV to get you out of my head
Feeling something deep inside that I just won't admit
It's not like I don't wanna commit (wanna commit)
I just don't know why I can't stop feeling like this
Elle l'avait vu disparaître quelques instants à peine après leur « discussion ». Elle aurait tant souhaité que Ron n'intervienne jamais. Mais ce n'était pour autant qu'elle souhaitait se laisser démonter. Elle devait lui parler. Elle avait l'impression que si elle ne le faisait pas maintenant, elle n'en aurait plus jamais l'occasion. Selon Gaby, elle avait aperçu à l'étage du dessus.
Tell me Why? Why? Why?
Does it hurt so bad
Tell me Why? Why? Why?
Does it make me mad
Tell me Why?
Tell me Why?
Elle arriva près de sa chambre et ne put qu'être bercée par la voix qui s'éleva de l'autre côté de la porte. Elle lui connaissait avoir une splendide voix et l'avait entendu plusieurs fois à la guitare. C'était un jeune homme si talentueux.
Now you're off with someone else
And I'm stuck at home
It's getting late and now I'm feeling
so alone
Elle déposa son oreille contre la porte, totalement séduite par les tonalités graves et sourdes. Elle tentait de se concentrer sur les paroles qui proféraient mais le simple fait de l'entendre suffisait à lui faire perdre toute raison. Se forçant cependant, elle discerna une douleur enfouie, un amour à sens unique. Exactement ce qu'elle ressentait à présent. C'était comme si elle avait écrit les paroles de cette mélodie, comme si c'était sa propre main qui avait dicté ses mots pour décrire ses maux.
Now I can see the storm's not gonna clear (not gonna clear)
Dressed in my pain and all of my tears
Tell me Why?
Why? Why?
Does it hurt so bad (why does it hurt so so bad)
Tell me Why?
Elle posa instinctivement une main sur son propre coeur, comme si la peine de celui qu'elle aimait résonnait dans son propre coeur.
Now my faith costs
losing is not all
I've love this time
C'était donc cela. Son ami était amoureux. C'était comme si quelque chose se brisait en elle. Il aimait une fille qui le lui rendrait sûrement. Une jeune femme particulièrement chanceuse. Elle déglutit, espérant retenir la boule qui menaçait d'exploser dans sa poitrine. Il était normal qu'il soit amoureux, elle savait bien que cela arriverait un jour mais elle avait espéré que ce soit d'elle, qu'elle était la cause de son désarroi. Elle aurait voulu être cette personne si spéciale dans son coeur. Une larme roula le long de sa joue, avant de dessiner sa mâchoire. Elle ne devrait pas réagir ainsi. Elle se devait d'être forte, d'agir normalement. Il aurait sûrement besoin de son soutien dans la mesure où il souffrait et elle allait donc être forcée de faire taire sa propre détresse au profit de la sienne. Elle allait devoir être une courageuse amie. Elle pouvait le faire...Elle lui devait cela. Elle entendit le jeune soupirait et recula de plusieurs pas. Elle essuya promptement les larmes sur ses joues, tentant de faire bonne figure. Elle espérait pouvoir rejoindre le salon avant qu'il ne franchisse le seuil de sa chambre mais manque de chance, le parquet grinça sous ses pieds révélant sa présence. Elle espérait pouvoir s'arranger mais la porte s'ouvrit brusquement, faisant apparaître les plus beaux traits qu'elle ait eu à apercevoir durant sa si courte vie. Son estomac se contracta à sa vue. Il la contempla un moment avant de froncer les sourcils. Il n'appréciait peut-être pas l'idée qu'elle ait entendue sa chanson, qu'elle ait compris ses sentiments. Mais elle remarqua qu'il était avant tout, inquiet. Il avança une main hésitante vers elle.
_ Qu'as-tu Ginny? Pourquoi pleures-tu?
_ Oh non, c'était juste ta mélodie. Tu joues merveilleusement bien mentit-elle en faisant bonne figure.
_ Merci répondit-il peu convaincu.
Ils restèrent ainsi silencieux un moment avant qu'il ne soupire et ne s'accoude contre sa porte. Elle se contenta de croiser ses bras en étudiant ses ballerines. Au bout d'un moment, elle releva les yeux vers lui et vit qu'il la fixait.
_ Veux-tu parler de...D'elle?
_De qui parles-tu Ginny? S'enquit-il, surpris.
_ La fille de la chanson répondit-elle, essayant de dissimuler l'émotion dans sa voix.
Il ébouriffa ses cheveux, signe de sa gêne avant de secouer la tête.
_ Il n'y a aucune fille.
_ Hey Potter, tu ne peux pas mentir. Je suis prête à entendre des déboires amoureux tenta-t-elle, faussement taquine.
A l'intérieur, elle agonisait. C'était comme si un trou avait pris place dans son coeur, un trou béant. Il suintait, il frémissait, il la blessait. Une véritable meurtrissure. Harry voyait dans ses prunelles embuées, la douleur qu'elle tentait de lui dissimuler, sa silencieuse souffrance. Elle allait craquer. Il en ignorait la cause mais il savait qu'elle avait mal, très mal.
_ Ginny, que se passe-t-il?
Elle se mordit la lèvre, ne souhaitant pas en révéler davantage. Il se rapprocha d'elle avant de la prendre dans ses bras, lui permettant de se blottir contre lui. C'était exactement ce dont elle avait besoin. Elle se réfugia contre lui, passant ses bras autour de lui et humant pleinement sa fragrance. Elle était si bien ainsi qu'elle aurait aimé y demeurer longtemps. Mais elle savait que ce privilège serait accordé à une autre.
_ Ginny, parles moi.
_ Cela te va bien de dire cela Harry marmonna-t-elle dans son torse.
Il eut un soupir qui fit voler quelques unes de ses mèches avant de plonger son visage au creux du cou de la jeune fille, elle sentit sa respiration contre sa peau et cela la fit frissonner.
_Je te promets de me confesser une fois que tu l'auras fait plaisanta-t-elle.
Il n'y avait aucun risque qu'elle lui parle de ses sentiments mais elle souhaitait qu'il se sente mieux, qu'il allège le poids pesant sur ses épaules.
_ Je serais bien chanceux si tu m'adressais tout simplement la parole murmura-t-il avant de se détacher légèrement d'elle.
Elle fut étonnée par ses paroles et contempla son visage avec interrogation. Il soupira comme pour se donner sur courage et relâcha le corps de la jeune fille, se maintenant à une distance assez respectable d'elle. Il avait peur de ses réactions. Il fourragea son regard puis s'exprima comme si c'était la voix d'un autre, les gestes d'un autre.
_ C'est toi, Ginny. Tu es ce que tu as appelé la « fille de la chanson ». Je...Tu as toujours été une précieuse amie mais depuis quelques temps, je n'arrive plus à jouer ce rôle. Je ressens des choses différentes à ton égard...Des choses si fortes qu'elles en deviennent effrayantes. Je n'arrive pas à t'ôter de mes pensées...Je...Je t'aime Ginny.
Il y était arrivé bien que peu sûr de ses formulations. A dire vrai, il avait dû mal à réfléchir pour l'instant dans l'attente d'une réponse. Elle le contempla un moment, presque figée. Elle ne se rendait pas compte de la réalité de la situation. C'était comme si tout avait été imaginé. Il ne pouvait pas l'aimer et pourtant c'était ce qu'il venait de dire. Elle était la fille qu'il aimait. Elle essayait de se remémorer son comportement de ces derniers jours et se rendit compte que cela pouvait avoir un certain sens. Que tout pouvait être plausible. Toute à sa réflexion, elle en oublia d'achever les tourments du jeune homme.
_ Ecoutes Ginny, je refuse de te perdre alors si tu ne m'aimes...
Il frémit à cette idée alors que le ciel semblait lui être tombé sur la tête. Il le savait, elle ne le voyait pas ainsi. Il ne pouvait qu'espérer que cela ne détruise en rien leur amitié. Il tenait trop à elle. Il acceptait de n'être que l'ami si cela lui permettait de continuer à la côtoyer. Elle sembla revenir à elle et aux paroles qu'il proférait. Le sentant paniqué, elle déposa un doigt sur ses lèvres.
_ Tu penses trop Potter et en plus, tu penses mal ajouta-t-elle avec un sourire. Tu m'as avoué ce qui te tourmentait, permets moi d'en faire de même.
Elle se rapprocha lentement de lui avant de déposer ses mains sur les épaules fermes du jeune homme et de se hisser sur la pointe des pieds. Elle déposa alors un chaste baiser sur ses lèvres provoquant une euphorie dans son coeur. Plus de trou béant, plus rien, juste un soulagement, un bonheur. Il prit du temps à se rendre compte de ce qu'il se passait avant de passer ses bras autour de sa taille, la rapprochant de lui et approfondissant de ce fait leurs baisers. Il avait tant rêvé de ce baiser, de la manière dont elle le prodiguerait qu'il se rendait compte à quel point il lui avait peu porté justice. Paradoxalement, il eut envie de transcender le jeune homme qui lui avait appris à embrasser de cette manière. Lorsqu'elle se détacha de ses lèvres, il les rechercha un moment ce qui la fit sourire.
_ J'aimerais que tu me dises bonjour de cette manière à partir d'aujourd'hui, Harry murmura-t-elle contre ses lèvres.
_ Ce serait avec joie, Pumpkin répondit-il en effleurant son nez du sien.
Il n'avait pas été aussi heureux et tranquil depuis si longtemps. C'était comme s'il l'avait attendu depuis toujours. Elle eut un rire.
_ Pumpkin...Si tu savais comme ce surnom m'a manqué. Pourquoi as-tu cessé de me nommer ainsi?
_ Parce que je n'arrivais plus à te voir comme une simple vieille amie. Tu n'étais plus cette Pumpkin innocente à mes yeux avoua-t-il, rosissant légèrement.
_ Quand t'en es-tu enfin rendu compte? Demanda-t-elle, amusée.
_ Depuis ce soir-là où tu as décidé de t'accrocher à moi dans le lac, inconsciente de l'effet que tu me faisais.
Elle eut un sourire à ce souvenir. Il la voyait de cette manière depuis si longtemps. Elle caressa sa joue, attendrie avant de retomber sur ses talons, toujours dans ses bras.
_ Je t'aime Harry.
_ Si tu savais combien j'espérais que tu dises cela murmura-t-il, en déposant son front contre le sien.
Ils restèrent un long moment ainsi, silencieux, dispensant leurs paroles par leurs simples présences. Au loin, la voix de Molly Weasley retentit, avertissant sa jeune fille de leur imminent départ. Cette dernière soupira avant de quitter à contre coeur les bras de son amoureux.
_ Je dois y aller.
Il déposa un baiser sur ses lèvres avant d'entrelacer leurs doigts.
_ Je n'en ai aucune envie à dire vrai Pumpkin sourit-il.
Elle rit avant de s'éloigner.
_ Moi non plus mais je n'ai pas le choix. On se reverra sûrement dans les jours qui viennent.
Il embrassa ses doigts avant de les relâcher, elle lui sourit et se dirigea vers les escaliers. Il se souvint soudain de quelque chose et la rattrapa en deux enjambées. Elle le contempla, interrogative.
_ Me ferais-tu l'honneur d'être ma petite amie?
Elle sourit, radieuse avant d'opiner fermement.
_ Oui Potter. Tout l'honneur me reviendra.
Elle l'embrassa sur la joue puis rejoint sa mère au rez-de chaussée. Il devait les rejoindre, rejoindre les festivités, rejoindre sa famille, ses amis mais il n'en avait aucune envie. Tout ce qu'il souhaitait à l'instant, c'était de la retrouver et de savourer chaque seconde à ses côtés. Il était certain que nul ne pourrait lui retirer ce sourire rêveur de ses lèvres.
