Je n'ai jamais pleuré
Si j'avais commencé
J'aurais pas pu m'arrêter
De pleurer
Si j'avais commencé
Je n'aurais jamais cessé
Je n'ai jamais pleuré
Je n'ai jamais pleuré : Johnny Hallyday
Chapitre 119 ter : Pirates des Caraïbes (La nuit du 8 au 9 mai)
- Tu voudras bien rester un peu avec moi dans ma chambre ? Le temps que je me rendorme...
- Je vais rester près de toi ! Mais hors de question que tu entres dans la chambre d'Hélène ! Même si je n'y suis pas !
- Oui chef...
- Et si tu dois y aller, tu frappes avant d'entrer et tu attends d'y être autorisé pour y entrer ! Compris ?
- Oui... mais c'est pas juste... toi tu peux entrer dans ma chambre sans frapper...
- Non ! Si je dois entrer dans ta chambre, je frapperai et j'attendrai que tu m'y autorises pour entrer.
- Karl et les autres aussi frappaient toujours avant d'entrer dans ma chambre au manoir du marquis...
- Viens ! Rentrons au chaud !
Il se leva et rentra dans la cuisine. La pluie tombait fort dès à présent. Je refermai la porte à clé derrière moi et éteignis la lumière dans la pièce. Les éclairs étaient tellement rapprochés l'un de l'autre qu'on y voyait comme en plein jour.
- Tu me portes ? me demanda-t-il en tendant ses bras vers moi.
- Mais enfin Louis ! Tu as des pieds et des jambes non ? Tu es capable de marcher !
Il me fit un regard « cocker » avec de grands yeux tristes et la tête penchée sur le côté.
- C'est Meredith qui t'a appris à faire ça ? (Mon amie était la championne incontestée à ce petit jeu là et m'avait appris il y a longtemps à le faire... même si je ne le faisais jamais... sauf une fois, avec Hélène, quand elle s'était rendue compte que j'avais dormi sans ma chemise de nuit).
- Non... je l'ai toujours fait, comme mon papa... Tu me portes s'il te plaît ? (Il tendit de nouveau ses bras vers moi).
- Pourquoi devrais-je te porter ? lui demandai-je pour gagner du temps et aussi parce que j'étais mal à l'aise.
- Hélène elle m'a dit que tu étais fort ! Je voulais vérifier...
- Tu ne croîs pas ce qu'elle te dit ?
- Si, mais je voulais tester ta force... Mon papa me portait toujours pour me mettre au lit quand il était là... et si j'ai peur de l'orage, c'est parce que ça me rappelle des mauvais souvenirs... il faisait ce temps là quand mes parents ont disparus en mer...
Que faire ? Moi qui voulais prendre mes distances avec Hélène et surtout avec Louis... c'était fichu pour le moment ! Je ne voulais pas que cet enfant s'attache à moi plus que de raison. Je ne voulais pas qu'il ait de la peine quand je quitterais Hélène une bonne fois pour toute après son accouchement.
- Louis... je ne suis pas ton père et garde à l'esprit que je ne le deviendrai jamais ! Je ne suis pas le mari d'Hélène et je ne le serai jamais non plus !
- Je le sais... Mais tu peux me porter quand même non ? C'est ça qui t'en empêche ?
Un point pour lui !
- Bon, capitulai-je. Je vais te porter. (Je me penchai pour le prendre dans mes bras et il me sourit en passant ses bras derrière mon cou). Mais tu ne le diras à personne !
- Même pas à Hélène ?
- Surtout pas !
- Tu ne veux pas qu'elle te fasse un bisou en t'appelant « mon héros » ?
- Juste à elle alors ! Surtout pas à Watson ou aux autres !
- Promis ! On monte faire dodo ?
- Oui ! Je vais te mettre au lit et lorsque tu dormiras, j'irai rejoindre mon lit.
- C'est pas le tien c'est celui d'Hélène ! me dit-il en pouffant de rire dans ses mains.
- Continue à m'énerver et tu montras à pied ! fis-je menaçant.
Il gloussa de plus belle sous mes menaces et je montai les marches. Dix-sept marches ici aussi ! Il n'était pas léger le gamin, même s'il n'était pas gros, loin de là ! Il était mince mais on sentait bien qu'il n'était jamais mort de faim même si ses repas devaient être frugaux.
Une fois la porte de sa chambre poussée, je le déposai sur son lit et il se glissa dans les couvertures. Il se mit à fouiller son lit et ne trouvant pas ce qu'il cherchait, il s'écria :
- Oh ! J'ai oublié mon doudou sous le secrétaire ! Faut que j'aille le rechercher !
Ses pieds étaient déjà en dehors du lit.
- Louis ! fis-je en le stoppant. Tu le récupéras demain matin ! Personne ne te le prendra et il ne s'envolera pas ton... doudou !
- Non ! me dit-il paniqué. Il me le faut pour dormir ! J'ai jamais dormi sans lui ! Il me le faut !
- Alors je vais aller te le chercher ! lui dis-je le voyant au bord de la crise de larme. Il ressemble à quoi ton truc ?
- Non ! T'es capable de me le jeter !
- Louis ! Je ne passerai pas mon temps à jeter ton doudou ! J'ai autre chose à faire dans ma vie que d'embêter les enfants !
- Tu me promets que tu vas me le rapporter en entier ? Sans l'abîmer, sans vouloir le laver ou le jeter ?
- Je vais descendre le récupérer sous le secrétaire et je te le remontrai intact ! C'est quoi ton doudou ?
- Un morceau de la chemise de mon papa... c'était sa préférée et maman la mettait sur son dos quand papa était en mer car elle disait qu'elle sentait son odeur...
- Juste un morceau de la chemise de ton père ?
- C'est tout ce qu'il reste... le frère de ma mère a tout jeté... J'ai juste pu sauver un morceau de cette chemise car il l'avait découpé. Il n'aimait pas mon papa car il s'en sortait bien mon papa et pas le frère de ma maman. Il voulait de l'argent et papa l'avait mit dehors en lui disant que s'il faisait moins l'idiot, il aurait des sous... Il s'est bien vengé quand mes parents sont morts... mais j'ai pu conserver une photo d'eux et la chemise toute douce de papa.
- Restes au chaud, je redescends te chercher ton... doudou !
- Merci !
Pas besoin de lumière pour descendre. Une fois arrivé dans la salle à manger, je me mis à quatre pattes pour récupérer le morceau de chemise. Voilà !
Je me retrouvai avec un grand morceau de chemise, le dos, tout doux en effet, mais de propreté douteuse ! Hélène n'avait pas du le voir sinon elle lui aurait lavé ! Quoique, le petit n'avait pas l'air très enthousiasmé à l'idée qu'on le lui lave.
Alors tant pis pour le nettoyage !
Je remontai les marches quatre à quatre et revint dans la chambre de Louis.
Il m'attendait anxieusement et il me fit un grand sourire quand je lui tendis son fameux doudou.
- Il n'est pas très propre ton morceau de chemise...
- Je sais, Hélène voulait me le laver mais j'ai pas voulu ! Alors elle m'a dit que je n'avais qu'à le garder ainsi... Tu veux bien me raconter une histoire ?
- Bon, où se trouve ton livre que je te lise une histoire ?
- J'en ai pas encore... Hélène m'en invente au fur et à mesure...
Plus compliqué comme procédé. Qu'allais-je bien pouvoir lui raconter moi ? Et lui parler en français ou en anglais ?
- Tu m'as parlé tout à l'heure que tu avais envie qu'Hélène te raconte une histoire avec des pirates... Tu peux me la raconter ton histoire de pirates ? En français si possible... je suis pas encore très bon dans ta langue...
Je pris une chaise, la mis contre son lit et je m'assis en étendant mes grandes jambes.
- D'accord, je vais te raconter, en français, une histoire que j'ai lue il y a longtemps... C'était l'histoire du bateau dénommé « Black Pearl » et de son capitaine Jack Sparrow !
Je lui racontai alors, en résumé, l'histoire que j'avais lue enfant et qui se passait dans la mer des Caraïbes, au XVIIe siècle. La vie de Jack Sparrow, flibustier gentleman, qui voyait sa vie idyllique basculer le jour où son ennemi, le perfide capitaine Barbossa, lui vola son bateau, le Black Pearl, puis attaqua la ville de Port Royal, enlevant au passage la très belle fille du gouverneur, Elizabeth Swann. L'ami d'enfance de celle-ci, Will Turner, se joignit à Jack pour se lancer aux trousses du capitaine.
Louis m'écoutait les yeux grands ouverts et ne perdait pas une miette de l'histoire. Je lui parlai de la malédiction qui frappait Barbossa et ses pirates à la nuit tombée.
Je changeai un peu la malédiction, je ne pouvais pas lui raconter que lorsque la lune brillait, ils se transformaient en morts-vivants ! Alors je lui dis qu'ils devenaient comme transparents et que de ce fait, ils ne pouvaient plus rien attraper !
Leur terrible sort ne prendrait fin que le jour où le fabuleux trésor qu'ils avaient amassé serait restitué...
Il fut captivé jusqu'au bout de l'histoire ! Moi qui pensait qu'il piquerait du nez avant la fin ! Rien du tout ! Quand j'eus fini mon histoire, il ne dormait toujours pas !
- C'est fini ? me demanda-t-il. Y'a pas une suite ?
- Heu... non.
- Tu m'inventeras une suite s'il te plaît ! me dit-il en se redressant dans son lit.
- Louis ! Tu ne me verras sans doute plus après...
- Tu l'expliqueras à Hélène et elle me la racontera ensuite ! S'il te plaît ! Juste pour me faire plaisir ! T'as encore le livre chez toi ?
- Je dois faire des fouilles... mais c'est en anglais l'histoire et je viens de te la raconter en français moi !
- Cela m'aidera à améliorer mon anglais...
- L'histoire n'est pas pour les petits enfants... Je t'ai raconté les faits en les adoucissant...
- Pas grave ! Je demanderai à Hélène de la lire et de me dire si je peux la lire maintenant. Sinon, ce sera pour plus tard...
- Ma bonté me perdra ! Je te donnerai le livre dès que je le retrouve. Et si tu es déjà retourné en Normandie, je le donnerai à ton parrain.
- Oh merci ! fit-il en se levant de son lit et en passant ses bras autour de mon cou pour m'embrasser sur la joue.
- Je t'interdis de me faire ce genre de démonstration en public ! fis-je en le grondant gentiment.
- Pourquoi ?
- Parce que je n'aime pas les effusions en public !
- T'es pas normal toi !
- Je t'ai déjà dis que je cultivais ma différence ! Couche-toi et dors !
- Oui mon capitaine !
Je restai sur la chaise encore une grosse demi heure. Il s'était endormi assez vite mais je voulais être sûr qu'il ne se réveille pas.
Mon esprit vagabonda dans le passé. Le cauchemar et ma discussion avec Louis m'avaient rappelés des souvenirs que je m'évertuais à enfouir au plus profond. Mais la présence de cet enfant me les rappelait trop cruellement.
Comment aurait été mon fils si Christine et lui avaient survécu à l'accouchement ? Je ne le saurais jamais... Aurait-il hérité des cheveux blonds de sa mère ou du noir des miens ? Les yeux gris acier des Holmes ou les yeux bleus de sa mère ?
Louis avait un gros défaut : il était blond avec des yeux bleus... mon fils aurait pu lui ressembler... Il irait sur ses dix ans maintenant... Mais il n'avait pas été au delà d'une heure... Il reposait aux côtés de sa mère, dans une tombe où on avait juste pris la peine de graver sur la pierre : « Ci gisent Christine et son fils William »...
Merci père de m'avoir fait perdre tout cela...
Mes poings se serrèrent en y repensant. La rage était en train de monter. Non ! Ce n'était ni le lieu ni l'endroit pour se laisser envahir par les souvenirs douloureux !
Je sentis un picotement au fond de mes yeux...
Il me fallait refouler cela au plus profond de mon esprit...
Mes mains prirent appui sur le dossier de la chaise et je dû faire un effort sur moi même pour arriver à repousser le flot de souvenirs qui voulaient jaillir de mon esprit.
Ma respiration se calma. Mes mâchoires étaient douloureuses de s'être contractées pour tenter d'endiguer le flux lacrymal qui avait été sur le point de franchir tous les barrages...
Je remontai la couverture sur Louis et sortit de sa chambre. Je fis un tour par la salle de bain pour me passer le visage sous l'eau et ensuite, je rejoignis ma chambre... enfin, celle d'Hélène !
Je me glissais sous les couvertures et repris ma place qui était toute froide maintenant. Hélène dormait toujours !
Le sommeil me gagna aussi et je ne tardai pas à sombrer dans les bras de Morphée.
