Chapitre 14

Un sourire peut être douloureux quand on sait qu'il est hypocrite ...

Lina courrait partout dans l'appartement. Ses petits pieds foulaient le carrelage avec légèreté. C'était le jour de son anniversaire. Elle criait ce qui semblait être le nom de sa grande sœur. Elle voulait lui montrer son dessin. Un bonhomme avec un chapeau bizarre, et le nom de sa sœur en dessous. De quoi être poursuivie et menacée de chatouilles. Son plan fonctionna à merveilles, et les deux sœurs se retrouvèrent sur le lit à se battre comme des petits chats. Puis vint l'heure d'accueillir les invités. C'est dans ces moments là, qu'Elsana restait à l'écart, mais aujourd'hui elle voulait faire plaisir à sa sœur. Elsana avait seize ans, et cela faisait un mois qu'elle avait d'étranges facultés. Elle respira un grand coup, et entra dans le salon en cachant ses mains gantées derrière son dos. Lina était déjà assise à table et jetait des regards pleins de convoitises sur le gâteau au chocolat. C'était l'un de leur point commun. Elle raffolait toutes deux de chocolat sous toutes ses formes, et n'importe lesquels. Elsa prit place près de sa sœur. Celle-ci voulait que ce soit l'adolescente qui coupe le gâteau et le serve. Elsana se plia à ses exigences comme si elle était une petite reine. Elle souriait à sa sœur. Seule Lina pouvait prétendre avoir vu le véritable sourire de sa sœur. Une fois tout les invités servis, tous mangèrent le gâteau en parlant de tout et de rien. La discussion tourna très vite en défaveur de l'adolescente. En effet, les adultes mentionnaient la chute libre de ses résultats scolaires. Mais Elsana ne s'en formalisa pas, elle avait l'habitude, et elle se jura qu'un jour elle leur montrerai de quoi elle est capable et qu'elle atteindrai son rêve. Elle tourna la tête vers Lina pour regardait son petit minois mignon. C'est alors qu'Elsa vit une entaille sur le front de la petite fille. De minces filets de sang s'en échappaient pour s'écouler le long du visage de l'enfant. Elsana recula brusquement sa chaise. C'était impossible, la blessure était cicatrisée depuis des mois, alors pourquoi ? Elle scruta les visages des invités présents autour de la table, et elle vit avec horreur qu'ils avaient eux aussi une entaille semblable a celle de Lina. Celle-ci descendit de manière mécanique de sa chaise, la tête penchée sur le côté, les yeux vides. Elle s'avança vers sa sœur en bougeant les lèvres. Elsana s'était réfugiée dans un coin de la pièce. Elle ne pouvait pas s'échapper. Lina était à présent à trois pas d'elle, et les mots que ses lèvres prononçaient se firent entendre aux oreilles d'Elsa.

" Comment peux-tu prétendre être ma sœur après ce que tu as fais ? Tu devrais avoir honte. Comment peux-tu te regarder dans un miroir sans avoir envie de mettre fin à tes jours ? Tu ne mérites pas de vivre. Tu veux que je te pardonne, mais je ne peux le faire tant que tu respires encore. Une personne comme toi n'a que la mort comme destin, tu es un monstre Elsana !"

- Non !

Sa voix avait fendu l'air, tout comme son corps qui s'était relevé quand elle s'était interposée à cette vision. Ou plutôt ce cauchemar. Le tonnerre gronda, et un éclair déchira le ciel. Elsana se prit la tête dans les mains. C'était toujours la même chose, toujours les mêmes mots. Elle se sentait seule plus que jamais. Son corps fut secoué d'un sanglot.

Elle était sortie de l'infirmerie il y a deux semaines, et le mois d'Août s'écoulait beaucoup trop vite au goût de la jeune femme. Elle se leva de son lit, même si il était deux heures du matin. Des larmes continuaient leur chemin sur ses joues diaphanes. Elle attrapa son nouveau téléphone qu'elle avait acheté il y a trois jours avec Laurence, et actionna la lampe torche. Elle sortit de la chambre, et ses pas la guidèrent machinalement vers la bibliothèque de l'école. Elle y passait le plus clair de son temps ces dernières semaines. Elle se mit à errer dans les rayons sans prêter attention aux ouvrages autours d'elle. Elle ne cherchait rien, elle voulait marcher pour penser à autre chose qu'à cet horrible cauchemar. Presque sans le vouloir elle pensa à Charles. Elle voulait se blottir dans ses bras, sentir sa respiration qui a le don de la rassurer, et entendre sa voix lui disant de ne plus s'inquiéter. Elsana secoua la tête. Jamais de la vie, cette scène n'arrivera probablement jamais, elle se l'était interdit, elle ne voulait faire souffrir personne, et surtout elle voulait se protéger elle - même. Sauf, c'était déjà trop tard, elle s'était bien trop attachée à lui en six semaines.

Moi aussi je me suis attaché à toi.

La jeune mutante sursauta. Elle détestait quand le télépathe faisait ça. Elle ne prit pas la peine de lui répondre, n'étant pas du tout d'humeur à se chamailler. C'était un peu comme jeu, mais à deux heures du matin, c'est un peu abusé.

Elsa sortit de la bibliothèque et laissa ses pas la guider sans vraiment regarder où elle allait. Elle s'arrêta devant une porte qui laissait voir de la lumière. Le temps qu'elle réalise devant laquelle elle se trouvait, la porte s'était déjà ouverte sur un Professeur en fauteuil roulant.

- Baisse ton téléphone s'il-te-plait, tu m'aveugles.

- Pardon, je ne sais pas pourquoi je suis ici. J'ai pas réfléchis, j'étais trop plongée dans mes pensées.

Elsana éteignit la lumière, et Charles lui fit signe d'entrer. Elle s'arrêta au milieu de la pièce. C'était la première fois qu'elle entrait dans le chambre du télépathe. Pour tout dire, elle était très grande.

- Tu peux t'asseoir, tu sais.

La jeune femme s'exécuta, elle avait l'impression d'être complètement coupé du monde. Il faut dire que son cauchemar tournai en boucle dans sa tête. L'image de sa sœur, et ses paroles. Sans prévenir, la mutante éclata en sanglots une nouvelle fois, sous les yeux d'un Charles peiné.