Sans un regard en arrière, le Serpentard quitta la forêt et remonta la pente en direction du château, la lettre de Voldemort écrasée dans son poing.

Drago se dirigea machinalement vers les toilettes des cachots. Une fois à l'intérieur, il s'enferma dans une cabine et s'assit sur le couvercle des toilettes. Serrant la mâchoire avec force, il ouvrit l'enveloppe et déplia la lettre dans un souffle. Les sourcils froncés, Drago lut avec attention.

Demain soir, tu retourneras au manoir, où Macnair et Pansy Parkinson te rejoindront. Sois arrivé à minuit pile. Tu utiliseras ton balai pour venir.

Ne me déçois pas.

L.V.

Le Serpentard déglutit difficilement et ferma les yeux le temps de retrouver un rythme cardiaque normal. L'odeur nauséabonde de moisissure finit par le décider à quitter la cabine. Il déchira la lettre en petits morceaux et les jeta dans les toilettes. Il n'oublia pas de tirer la chasse pour qu'il n'en reste aucune trace et d'un air résigné, il rejoignit son dortoir.

Le lendemain matin, tout Poudlard se retrouva pour petit-déjeuner dans la Grande Salle. Lundi, un nouveau jour de classe. L'esprit de Drago était cependant focalisé sur sa mission inconnue. En rentrant dans son dortoir la nuit dernière, il s'était installé dans son lit et avait tiré les rideaux pour pouvoir lire tranquillement son livre moldu sur le contrôle des émotions.

Quelques techniques expliquaient comment empêcher son rythme cardiaque de s'accélérer lorsqu'on était interrogé au détecteur de mensonge. D'autres techniques étaient consacrées au contrôle des émotions fortes, mais rien de suffisamment puissant pour durer le temps d'une mission. Le Serpentard jeta son livre dans la malle, vaincu moralement. Il n'y avait plus qu'à espérer un miracle et que sa marque continue à ne pas le brûler.

En entrant dans la Grande Salle, Drago fut surpris de constater que les élèves ne se retournaient pas à son passage. Pourtant, il avait cru que tout le monde était au courant de sa mésaventure. Apparemment, les Gryffondor avaient tenu leur langue et madame Pomfresh n'avait prévenu personne. C'était toujours une humiliation de moins.

Alors que le Serpentard avançait dans la salle en longeant le mur, Neville leva la tête de son assiette remplie de viande séchée et d'œuf brouillé. Leur regard se croisèrent et Neville recracha ce qu'il avait dans la bouche, les yeux étincelant de rage et de surprise. Drago eut un léger mouvement de recul, ce qui n'échappa pas aux regards d'Hermione, Harry et Ron.

- Ses agresseurs sont dans la salle et à notre table. J'en étais sûre ! C'est un Gryffondor qui a fait ça, murmura Hermione avec frénésie dans l'oreille de Harry.

- Oui, ça ne fait aucun doute, enchaîna l'Elu. Le problème, c'est que j'ai bien réfléchi ce matin, et je crois savoir qui c'est…j'espère me tromper.

- Je crois qu'on est sur la même longueur d'onde…

- Neville ?

- Oui…

- J'espère qu'on se trompe, Harry.

- Moi aussi, parce que si c'est bien lui qui a amoché Malefoy, honnêtement, je ne pense pas que je pourrais le dénoncer, même si je trouve qu'il devient carrément dangereux.

- Harry, on ne peut pas le laisser faire des choses aussi atroces ! Il faudra le dénoncer. Moi je le ferai. Il se détruit comme ça en plus ! Et maintenant qu'il sait que Malefoy l'a échappé belle, à ton avis qu'est-ce que tu crois qu'il va se passer ?

- …

- Tu sais bien qu'il va recommencer et qu'il va finir par le tuer.

- Peut-être qu'on pourrait essayer de le raisonner ?

- Ça ne coûte rien d'essayer.

- Mais sérieux, vous vous entendez parler ? explosa Ron dans un murmure sifflant. Ses deux amis lui firent les yeux ronds. Vous n'avez aucune preuve et vous parlez déjà de lui comme d'un coupable ! Neville est quelqu'un de bien, contrairement à la Fouine !

- Arrête de l'appeler comme ça, Ron ! menaça Hermione d'un regard meurtrier. Et puis, ne sois pas stupide ! Tu as bien vu ce qui s'est passé à la gare. Neville n'est plus lui-même depuis ce qui est arrivé dans le Département des Mystères. Je crois que d'avoir vu Bellatrix Lestrange lui a fait perdre les pédales.

Harry serra les dents et tenta de dissimuler son malaise. Ses amis ne virent rien.

- Peu importe. C'est absurde ! Par Merlin, vous m'avez carrément coupé l'appétit avec vos histoires ! J'en ai marre ! Quand vous aurez fini d'inventer plein de trucs où c'est les Gryffondor qui martyrisent les pauvres Serpentard, vous n'aurez qu'à me rejoindre dans la salle commune des Gryffondor.

- Pfff, Ronald…

- Oui, je sais je suis stupide, tu l'as déjà dit, grogna Ron sans pouvoir réellement cacher le fait qu'il était blessé par ses paroles.

Sans laisser le temps à Hermione de répondre, il se leva de table et quitta la Grande Salle d'une démarche énergique. Pendant leur discussion, Drago s'était assis d'un air glacial et assuré. Malgré que son estomac soit noué dans tous les sens, il trouva la force de manger un croissant et de boire du jus de citrouille, ignorant volontairement le regard de Neville posé sur lui.

- Comment se fait-il qu'il soit toujours en vie ? grogna Seamus.

- Sale vermine ! Quelqu'un a forcément dû l'aider, supposa Neville d'une voix tremblante de rage. A la prochaine occasion, ce sera donc un Avada Kedavra bien placé.

- Attendons vendredi soir, ça nous laissera plus de temps pour se débarrasser du corps et le temps que quelqu'un se rende compte qu'il a disparu, il n'y aura plus de preuve, chuchota MacLaggen avec excitation.

- Vendredi soir…, murmura Neville, les mains secouées de tremblements, c'est une mauvaise idée. Maintenant, que Cheveux d'Ange se sait menacé, il sera sur ses gardes et trouvera probablement un moyen pour se défendre. Non, le plus tôt sera le mieux. De toute façon, c'était comme s'il était déjà mort…

- Pas aujourd'hui en tout cas, il nous faut un bon plan, raisonna Jack.

- On verra…répondit Neville, les yeux dans le vague.

MacLaggen, Seamus, Sloper et Neville quittèrent finalement leur place. A l'autre table, Drago ne put s'empêcher de jeter un œil dans leur direction. Son dos fut parcouru de frissons lorsqu'il vit Neville tracer une ligne invisible à l'horizontal le long de son cou avec son index, ses yeux étincelants de vengeance. Ce geste passa inaperçu aux yeux de tous, ou presque.

Harry et Hermione échangèrent un regard entendu puis ils regardèrent à la table des Serpentard en face. Drago braqua son regard métallique sur eux. Le temps semblait s'être figé et Drago, Harry et Hermione n'avaient plus conscience du monde qui les entourait. Un dialogue silencieux s'était instauré entre leurs yeux. Des questions sans réponse, des problèmes sans solution, des propositions de soutien et d'aide, un refus catégorique de l'autre, un rejet, de la peur, de la terreur même. N'y tenant plus, Drago détourna la tête et se leva.

- Harry ! Il s'en va. On ne doit pas le laisser seul. Va savoir quand Neville compte agir !

- Oui, suivons-le.

Hermione et Harry se levèrent à leur tour. Sentant leur présence derrière lui, Drago se retourna et leur adressa un regard hostile et menaçant, ce qui n'eut aucun effet. Il accéléra donc le pas, en vue de retourner dans son dortoir et de récupérer ses affaires de classe, histoire de maintenir cette apparence d'élève de Poudlard. Mais Harry et Hermione étaient toujours là, derrière lui. Même s'ils maintenaient une certaine distance, Drago ne supportait pas d'entendre leurs pas résonner sur la pierre.

Débordant de colère, il leur fit volte-face et avança droit vers eux. Par chance, le couloir était désert et aucune oreille indiscrète n'aurait l'occasion d'entendre les paroles qui allaient s'échanger entre trois personnes qui n'avaient rien à faire ensemble. Harry et Hermione s'arrêtèrent de marcher et Drago se plaça juste en face d'eux, la tête en avant pour avoir l'air intimidant.

- Par Salazar ! Vous allez arrêter ça immédiatement ! Je n'ai pas besoin de votre protection ridicule, surtout lorsque votre présence « si discrète » ne fait qu'attirer les yeux ! Vous me mettez en danger par rapport aux autres Serpentard, bande d'imbéciles !

La respiration de Drago était laborieuse tant il était furax et nerveux.

- Et Neville, il ne te fait pas plus peur qu'eux ? demanda Harry d'un air provoquant.

- J'ignore de quoi tu parles…

- Oh je t'en prie, Malefoy, ravale ta fierté de temps de temps, s'écria Hermione, exaspérée. Tu sais très bien ce que ça signifie.

- CE SONT MES AFFAIRES ! éclata Drago ! Je ne vous ai rien demandé, alors foutez-moi la paix !

- Drago…supplia Harry sans s'en rendre vraiment compte.

Mais cela ne fut pas suffisant pour stopper le Serpentard. Ce dernier avait déjà tourné dans un autre couloir. Harry soupira lourdement.

- Quelle tête de mule ! Il ne voudra jamais de notre aide.

- Alors il faudra l'aider sans être à ses côtés, déclara Hermione d'un ton décidé. Moi je vais essayer de trouver Neville pour lui parler et toi, tu vas envoyer une lettre à Dumbledore pour lui dire que Drago et sa mère ont besoin de son aide de toute urgence. Tu m'as dit qu'il a reçu une lettre de la part de Voldemort hier soir. Je suis certaine que c'est un ordre de mission et celle-ci ne devrait pas tarder et…

- Attends, Hermione, je ne peux pas te laisser voir Neville toute seule. Ce que tu vas lui dire ne va pas lui plaire du tout et j'ai peur qu'il s'en prenne à toi.

- Je suppose que tu as raison. Je vais alors essayer de trouver Neville et je le surveillerai discrètement au cas où il aurait décidé de passer à l'action ce matin même. Toi, va écrire immédiatement à Dumbledore.

- Mais c'est ce que je fais depuis le début de l'année, soupira Harry à nouveau. Je crois que ce qu'il fait doit être extrêmement important pour qu'il s'obstine à ne pas revenir.

- Alors essaye encore, Harry. Je parlerai à Neville quand tu pourras nous surveiller. Je tiens à lui parler seule. Et ce soir, on ira guetter dehors. Si Malefoy doit exécuter sa mission cette nuit, alors il faut espérer qu'on puisse le convaincre de ne pas y aller. Avec un peu de chance, Dumbledore te répondra vite et on aura peut-être une bonne nouvelle à lui annoncer.

- Ok, faisons ça.

Harry et Hermione se séparèrent et chacun alla s'occuper de ce qu'ils avaient convenu de faire. Harry envoya une lettre à Dumbledore où il lui suppliait de revenir à Poudlard. Il lui expliqua que Drago était véritablement en danger de mort et qu'il avait besoin de son aide au plus vite. Il espérait avoir été convainquant même s'il se doutait qu'aucune lettre ne pourrait le faire revenir. Au moins il avait essayé.

De son côté, Hermione chercha Neville dans tout le château, mais sans succès. Il était introuvable et la jeune femme rebroussa chemin, en direction du dortoir des Gryffondor. Elle se dépêcha de prendre son sac de cours et se dirigea vers la salle de son premier cours de la journée. Tous étaient déjà installés et Hermione se pressa de rejoindre Harry qui était au fond de la salle. Ron s'était assis à côté de Luna et semblait clairement leur faire la tête. Neville était à côté de Jack et Seamus s'était installé à la même table que Dean Thomas, comme d'habitude. Ils avaient cours d'histoire de la magie.

Hermione soupira car la journée était chargée de cours et que les Gryffondor ne partageaient pas de matière avec les Serpentard ce jour-là. Elle ne pouvait donc pas surveiller Drago. Neville était très énervé et plusieurs élèves perdirent des points. Peu de sorciers savaient ce qu'il se passait, mais tous ressentaient la tension dans l'air.

L'heure du dîner arriva sans tarder et c'est un brouhaha infernal qui accueillit Drago dans la Grande Salle. Il s'installa cette fois-ci sans un regard pour la table des Gryffondor et se mit à manger avec encore moins d'entrain qu'au petit déjeuner. Le Serpentard avait la tête ailleurs; néanmoins, il savait que le danger se trouvait juste en face de lui. Neville et sa bande avait pris l'habitude de se placer à l'extrémité de la table, tout comme Drago. Et vu que tous les élèves étaient déjà à table, il ne restait pas d'autre endroit où s'installer.

Neville ne mangeait plus. Ses yeux ne pouvaient plus contenir la haine qu'il ressentait pour le Serpentard. Ses mains tremblaient encore plus qu'au matin et sa mâchoire s'était douloureusement crispée. Inconsciemment, Drago sentait que les choses étaient sur le point de dégénérer et il s'arrêta de manger après seulement être arrivé quelques minutes plus tôt. Tout son corps se figea et son visage resta penché vers son assiette, comme une bête traquée. Les deux hommes enfouirent leur main droite dans le repli de leur robe et ils extirpèrent leur baguette sous la table en même temps, sans savoir que l'un imitait les gestes de l'autre. Chacun se tint prêt à dégainer.

Au moment où Drago releva le visage, Neville sortit sa baguette de dessous la table, mais son bras fut violemment replongé en-dessous, avant même qu'il n'ait eu le temps de faire quelque chose.

- Seamus ! Lâche mon bras !

- Non mais ça va pas la tête ? Devant tout le monde ? C'est ça le bon moment pour toi ? Ecoute, si toi t'en a rien à faire du futur, moi si. J'ai pas envie de finir à Azkaban par ta faute, alors maîtrise-toi !

Neville grogna plein de rage et rangea sa baguette.

- Très bien, mais sache que tu n'es plus dans le coup. Vous non plus d'ailleurs, déclara Neville en s'adressant à Jack et Cormac qui n'en crurent pas leurs oreilles. Vous risquez gros et je me rends compte que notre vision des choses n'est pas tout à fait la même. C'est une vengeance personnelle et dorénavant, je vous interdis de lui faire quoi que ce soit. Il est à moi.

- …

- Je vois qu'on est d'accord. Je le ferais lorsqu'on sera seul à seul. Et tu as ma parole, Seamus, jamais je ne vous trahirai. Sois tranquille. Bon appétit.

Neville quitta la salle, sans un regard derrière lui, sans un regard pour Malefoy. Pour ne pas attirer l'attention sur eux, Hermione et Harry attendirent un moment avant de quitter la salle. Une fois dehors, ils cherchèrent Neville dans tout le château, mais encore une fois, il s'avérait introuvable. Harry se rongeait les sangs. Dumbledore n'avait toujours pas répondu et Drago avait aussi disparu.

- Par Merlin, je deviens fou ! s'écria Harry en se tirant les cheveux.

- Du calme, on va le retrouver. Il y a encore plein d'endroit où on a pas encore cherché.

- Où ça ? Dans les marmites à potion ? répondit l'Elu avec sarcasme.

Hermione ne répondit rien et accéléra le pas en se redressant fièrement, d'un air hautain. Harry soupira. Il l'avait vexée, ce qui n'était étonnant. Il la rattrapa vite et posa une main sur son épaule pour la faire ralentir.

- Excuse-moi, Hermione. Je devrais plutôt me réjouir que tu saches rester optimiste. Je sais pas comment tu fais pour me supporter, soupira-t-il.

- Moi non plus je ne sais pas. Je dois être masochiste, dit-elle, un léger sourire adoucissant ses traits fatigués.

- J'en ai bien peur. Entre moi et Ron, c'est pas ce qu'on peut appeler un cadeau.

Cette fois-ci un sourire radieux et complice illumina son visage à la mention de Ron. Harry le lui rendit avant de refaire face à la dure réalité.

- Et dehors ? questionna la Gryffondor.

- Neville n'a pas de cape d'invisibilité, mais s'il est sorti avant le couvre-feu, il peut très bien y être encore. Ça m'étonnerait pas qu'il ose faire ce genre de chose maintenant.

- Très bien, alors allons-y.

Ils ne mirent pas longtemps avant de repérer une forme large et imposante sur le sol, tout près de la porte principale. Sans un mot, Harry alla se cacher derrière un buisson fourni, tandis que son amie se dirigeait vers Neville.

Ce dernier était assis dans l'herbe, la tête levée vers les étoiles. Elle s'installa en silence à côté de lui. Le jeune homme porta une cigarette à ses lèvres et son visage s'illumina un bref instant d'une couleur de braise. Ses traits étaient durs, son regard sombre, la folie momentanément retenue par un fragile barrage.

- Neville, tu ne devrais pas fumer cette cochonnerie moldue. D'ailleurs, qui t'a donné ça ?

- Pansy Parkinson, ricana Neville. C'est bizarre, non ? C'est une Mangemort et elle aurait très bien pu mettre du poison dedans. Ça rend l'interdit encore plus plaisant.

Hermione essaya de lui enlever la cigarette de la main, mais Neville éloigna son bras d'elle.

- Neville…soupira-t-elle, je n'aime pas te voir te faire du mal. Pourquoi tu as tant changé ?

Neville ne répondit rien, n'esquissa pas la moindre réaction. Il souffla une volute de fumée dans les airs et la contempla de ses yeux graves. Hermione soupira à nouveau. Il fallait qu'elle lui parle, même si cela ne changerait rien. Il le fallait.

- Je sais que c'est toi qui as torturé Malefoy…

Elle retint sa respiration. Neville ne flancha pas. Il se contenta de terminer sa cigarette et de l'écraser durement sur le sol avant de jeter le mégot devant lui.

- Ta cruauté me fait peur…dit-elle en frissonnant.

Contre tout attente, il finit par lui répondre d'une voix calme et posée.

- Je ne vais pas te mentir, ça m'est égal. Si tu as décidé de tendre l'autre joue, moi non. Œil pour œil, dent pour dent…

- Neville…ce n'est jamais la bonne solution. Tu te mets au même niveau que les Mangemorts dans ce cas.

- Non. Je sais qui je suis: le fils de parents torturés jusqu'à la folie par une Mangemort dénommée Bellatrix Lestrange. Je me dois de venger leur honneur. Moi je sais ce que ça veut dire.

- Neville, tu n'avais pas cette folie en toi avant. Qu'est-ce qui s'est passé ? Je suis sure qu'il s'est passé quelque chose.

Le regard de Neville s'assombrit considérablement et Hermione eut peur d'être allée trop loin. Alors qu'elle s'apprêtait à regagner le château, la voix grave de Neville s'éleva dans les airs, la paralysant sur place.

- Comme chaque été, j'ai rendu visite à mes parents à Sainte Mangouste. Je suis resté à leur chevet, pour rien. Ils ne m'entendent pas, ne me répondent pas. Ils rigolent et pleurent en même temps. Ça m'a toujours révolté de les voir comme ça, que tout le monde puisse assister à ce spectacle. Alors un soir, j'en ai eu marre de cette humiliation. J'ai attendu que les infirmières quittent la pièce et je suis allé m'asseoir sur le lit de mon père. J'ai essuyé la bave qui sortait de sa bouche, je l'ai peigné pour qu'il soit présentable, puis je l'ai embrassé sur le front et j'ai tiré sur sa cravate…

- Neville…

- Après, j'ai pris soin de ma mère. J'ai enlevé les sangles qui la maintenaient au lit comme un chien, je l'ai vêtu de sa plus belle robe, puis je l'ai embrassé sur le front et à ce moment-là, pour la première fois de ma vie, je l'ai vu sourire. Alors j'ai su que je faisais ce qu'il fallait. J'ai pressé son visage contre mon coeur jusqu'à ce qu'elle ne bouge plus. Je l'ai alors allongée sur le lit de mon père et j'ai placé leurs bras l'un autour de l'autre. Ils étaient enfin apaisés. Ils étaient enfin en paix. Je devais abréger leur souffrance, tu comprends ?

Hermione sanglotait. Elle sanglotait si fort que Neville se tourna vers elle et la prit dans ses bras avec douceur. Hermione lova sa tête dans son cou, sans avoir peur. Neville caressa ses cheveux.

- J'ai trop de colère en moi pour ne pas faire ce que je fais, Hermione. Avant de gagner cette guerre, je veux venger mes parents, et peut importe ce que je dois faire pour apaiser mon besoin de vengeance. Je veux la tête de Bellatrix et de sa famille. Et il faut que tu saches que je ne laisserai personne se mettre en travers de mon chemin, Gryffondor ou pas, même toi, Hermione. Même Harry…

Hermione se recula de lui, essuya ses larmes et se releva difficilement.

- Tu es devenu fou de vengeance, Neville. Et je pleure la perte d'un ami qui m'était cher. Tu vas me manquer…

- J'aimerais te dire la même chose, mais je ne ressens plus rien de tout ça. Je veux juste me venger…

- Et ensuite ?

- Et ensuite, tout sera fini.

Hermione le regarda une dernière fois avant de tourner les talons, les larmes dévalant à nouveau ses joues. Elle savait qu'il ne lui restait aucune autre alternative que de le dénoncer. Il n'y avait rien de pire que la perte d'un proche et la Gryffondor ne pouvait contenir le flot de larmes et de sanglots en passant la grande porte de bois.

- Hermione ! Attends-moi !

Harry la rattrapa et la prit dans ses bras.

- Oh, Harry, c'est atroce ! ATROCE !

- Chut ! Crie pas si fort ou tu vas attirer les préfets ou Neville.

Hermione regarda autour d'elle, se rappelant qu'il était déjà 10h passé et que les élèves étaient tous dans leur lit. Elle se sépara de Harry et le scruta avec gravité.

- C'est décidé. Je vais aller prévenir le professeur McGonagall. Ce sera à elle de savoir quoi faire ensuite. Moi je ne sais plus ce qu'on peut faire pour l'aider, sanglota-t-elle en s'éloignant un peu plus de Harry.

- Hermione, qu'est-ce qu'il t'a dit pour te mettre dans cet état ? demanda Harry la gorge nouée.

- Je te le dirai quand j'en aurais la force, c'est promis. Ecoute, il faut que j'aille chercher le professeur McGonagall. Toi reste là et si Neville tente de s'enfuir, stoppe-le d'accord ?

- …

- Harry s'il te plaît ! C'est la seule solution !

- Très bien, je vais le faire, marmonna Harry.

- Merci.

Avant de se séparer, Harry lui donna sa cape d'invisibilité qu'il avait gardé précieusement sous sa robe de sorcier. Lui retourna dehors et se tint tranquille, caché derrière le même buisson. Neville n'avait pas bougé, telle une statue.

Entre-temps, Hermione avait trouvé une solution pour que Neville évite Azkaban même si cette solution risquait de le détruire encore plus. Sainte Mangouste. Un autre établissement serait mieux. En plus, de cette manière, personne n'écouterait les accusations de Neville contre Drago. Personne n'irait vérifier. Ce ne serait qu'un fou de plus. Et même s'il disait la vérité, ce n'était qu'un Mangemort de plus.

Il fallut une bonne heure pour qu'Hermione réussisse à convaincre le professeur McGonagall qu'il était nécessaire d'intervenir immédiatement. Le directeur des Lions contacta les autres directeurs pour avoir du renfort et elle ordonna à Hermione de retourner dans son dortoir, ce qu'elle fut obligée de faire car le professeur Rogue la suivit jusqu'au portrait de la Grosse Dame.

Harry assista à la scène, se sentant plus seul que jamais. Il avait envie de prévenir son ami, de le défendre même. Cette drôle d'impression que ces professeurs étaient des ennemis lui envenimait l'esprit. Sa main enserrait sa baguette malgré lui et les unes après les autres, les pensées rationnelles filèrent de sa tête. Les larmes commençaient à perler sur ses joues alors que Neville se battait vaillamment avec rage, un « silencio » englobant ses cris de guerre. Les professeurs avaient tout prévu pour que l'arrestation se fasse sans désordre.

Maintenir l'ordre. Dans un monde de chaos. Cela avait quelque chose d'absurde. Maintenir les apparences de contrôle quand c'est la seule chose qu'il reste du contrôle lui- même. Une vaste fumisterie pour les faibles et les simples d'esprit.

Harry enrageait. Si Neville était devenu ce qu'il était, c'était à cause de ce monde fou. Il était un fou dans un monde fou. C'était normal. Ce qui l'était moins, c'est qu'on le punisse de l'être.

Le raisonnement d'Harry devenait incohérent mais il ne s'en rendait plus compte. Il se retrouvait beaucoup en Neville. Leur esprit tourmenté avait le même arrière-goût de mort, de souffrance et de folie. Dans le fond, Harry avait peur de se retrouver enfermé dans un asile à la fin de cette guerre. C'est donc avec cette peur insurmontable qui lui vrillait les entrailles que Harry décida de charger pour aider son ami, pour sauver sa propre vie quelque part.

Au moment où il s'apprêtait à bondir hors de sa cachette, un bras glacé vint le plaquer sur le sol. Un « silencio » fut chuchoté.

- Ne fais pas ça, murmura Drago qui s'était penché au-dessus de sa tête.

Son regard était très inquiet et Harry mit un certain avant de reprendre pied dans le monde de la raison. Ils restèrent dans cette position, sans rien dire. Chacun observait l'autre sans savoir ce qu'ils devaient faire. Harry vit alors les professeurs rentrer dans le château. Neville flottait dans les airs devant eux, inconscient, vaincu.

- Non…sanglota Harry sans pouvoir contenir sa douleur.

Pris d'une impulsion, Drago prit Harry dans ses bras et lova sa tête dans le creux de son cou, ce que Harry fit dans l'autre sens. Le Serpentard et le Gryffondor se serraient dans les bras à s'en faire mal, mais ils n'en avaient que faire. La douleur les terrassait sur place. Elle était étouffante et aspirait à être libérée.

Malgré son envie de rester dans les bras de Harry, Drago se dégagea de son étreinte.

- Reste, je t'en supplie. Ne me laisse pas seul, implora Harry.

Drago déglutit avec difficulté et se releva alors que le Gryffondor était toujours par terre.

- Je suis désolé, je dois partir.

- Non, ne fais pas ça. Je ne veux pas te perdre.

- …et pourquoi ? demanda Drago, qui n'arrivait à croire qu'un humain, et pas n'importe qui en plus, puisse trouver que sa vie en vaille la peine.

- Parce que aussi dingue que ça puisse paraître, j'ai trouvé un ami en toi, quelqu'un qui a réussi à me faire rire dans ce cauchemar qu'est ma vie. Je ne savais plus ce que ça faisait de se sentir bien depuis si longtemps. Hier, je ne sais pas comment tu as fait, mais tu m'as fait oublier tout ce qui me torturait l'esprit. Et même si on ne se connaît pas, je sais que tu n'es pas plus mauvais que moi. Je t'en prie, n'y va pas.

-…

Drago était estomaqué par tant de franchise. Il n'arrivait à le croire, mais Harry avait ressenti la même chose que lui hier. Un ami…Il en aurait pleuré s'il ne devait pas rester maître de ses émotions.

- Je suis désolé, mais tu sais que je ne peux pas faire ça. Ne m'en veux pas…

Drago s'éloigna vite et sortit son balai de sa poche. Il l'agrandit d'un coup de baguette magique et s'envola dans les airs sans un regard derrière lui, sans un regard vers un Gryffondor assis sur le sol, effondré.

Vaincu.


Salut à tous !

Bon, comme je l'ai dit pour certains, le chapitre précédent était un peu bisounours parce que j'étais malade quand je l'ai écrit et mon esprit délirait un peu sur les bords. Après, j'ai parfois des tendances inconscientes aux dialogues niais, ce que j'essaye de combattre comme la preste lol, mais il y a toujours des rechutes. J'aimerais d'ailleurs savoir si vous trouvez la scène entre Harry et Drago (à la fin) too much. Je crois avoir un peu abusé en utilisant le mot ami si tôt. J'espère avoir contrebalancé lorsqu'Harry dit qu'ils ne se connaissent pas.

Enfin, une chose est sure, ils sont encore loin d'être amis et amants. Et je vous le promets, cette histoire restera sombre jusqu'au bout.

A bientôt !