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Chapitre 14 : Promesses

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Derek avait fait des crêpes pour le petit déjeuner. Stiles fronçait les sourcils comme si avaler lui faisait physiquement mal. Mais quand il relevait les yeux sur le loup, il lui souriait comme s'il voulait le rassurer. Moins d'un quart d'heure après avoir fini de manger, Stiles se leva brusquement et courut jusqu'à la salle de bain. Il tremblait alors que son estomac se vidait et il semblait ne pas pouvoir reprendre son souffle. Derek rempli un verre d'eau et le lui tendit, mais les yeux bruns étaient incapables de se fixer sur quoique ce soit. Le loup posa le verre par terre et s'assit sur le sol, dos contre le meuble de l'évier, pour se mettre au même niveau que Stiles tout en lui laissant de l'espace.

Stiles était pâle, tremblant. Il ne relevait même pas les yeux sur Derek. Ce dernier ne pensait pas que l'adolescent ait encore quoique ce soit à vomir, quand il le vit se pencher une nouvelle fois par-dessus la cuvette. C'était douloureux à regarder. Derek se mordait l'intérieur des joues, impuissant et détestant ce sentiment. Il se demanda combien de fois il devrait le regarder dans cet état, le voir souffrir en sachant que sa présence ne faisait qu'aggraver les choses, que Stiles perdrait pied si jamais Derek lui prenait la main pour le maintenir à la surface. L'adolescent était seul, parce que c'était tout ce qu'il pouvait accepter. Et c'était tout ce que Derek était incapable de le laisser avoir. Il espérait juste que ce soit pour le mieux.

Finalement, Stiles tendit la main pour le verre, se rinça la bouche avec une gorgée d'eau et but la fin en grimaçant.

« Désolé, » dit-il d'une voix rauque avant de relever, chancelant, ses yeux dans ceux de Derek. Un regard assuré qui tranchait avec le reste de son apparence. Pâle, les yeux rougis, le front en sueur. Le loup allait lui dire de ne pas s'excuser quand celui-ci reprit. « Les crêpes étaient bonnes. »

Derek cligna plusieurs fois des yeux avant de rire. Son corps sursauta nerveusement et il secoua la tête. Il se passa une main sur le visage, pour regagner son calme, mais aussi pour appuyer sur ses paupières. « Je t'en referai quand tu iras mieux, » promit-il. Le regard de Stiles se voila légèrement.

Le loup se mordit l'intérieur des joues. Récemment, Stiles allait mieux. Stiles souriait et parlait et semblait vivre à nouveau. Il y avait toute une part de son être qui s'était révélée à Derek, tout un univers sur lequel il avait pu jeter un coup d'œil. Tout avait disparu avec des yeux rouges et un sourire tordu. Depuis deux jours, Stiles était silencieux, vomissait ses repas, tremblait mais semblait incapable d'être réchauffé, se tenait aussi loin de Derek que possible et se raidissait dès que celui-ci était à un mètre de lui. Il redevenait l'humain statufié qui était arrivé à Beacon Hills quatre mois plus tôt. Derek avait encore parfois du mal à croire que quatre mois de progrès avait été anéantis en quatre minutes.

Stiles tira la chasse et Derek se releva. Le plus jeune se retenait au mur d'une main et le loup s'accrochait au meuble pour empêcher les siennes de venir l'aider. L'adolescent prit plusieurs profondes respirations. « Ça va aller ? » Il hocha la tête, mais n'avait pas l'air d'aller bien. Derek sortit de la salle de bain en premier, l'autre le suivait d'un pas lent.

Le loup se retourna pour lui dire quelque chose et eut juste le temps de voir le coup d'œil qu'il lança au lit. « Tu veux dormir ? » demanda-t-il, en considérant les cernes sous ses yeux et la fatigue sur son visage. Stiles le regarda et, après un moment, une question muette apparut dans ses yeux. « Tu peux aller te rendormir, si tu veux. » Ses yeux bruns se tournèrent vers le lit, mais il ne bougea pas, hésita. « Je ne laisserais personne t'approcher, » ajouta Derek avant de remarquer que c'était le genre de promesses dont Stiles ne voulait pas.

Les yeux bruns le scrutèrent, cherchant un millier de choses dans les traits de son visage que Derek n'était pas sûr de posséder. Mais il resta droit, assuré. Il voulait le convaincre de le laisser prendre soin de lui. Peut-être que s'il semblait savoir ce qu'il faisait, Stiles serait trop fatigué pour voir à travers son jeu.

L'adolescent acquiesça, puis s'avança jusqu'au lit sans jamais tourner le dos au loup. Il s'allongea sur le bord, face à lui et au reste de la pièce. Le loup évita d'y songer et marcha quelques pas jusqu'au salon avant de trouver quelque chose à faire. Il envoya un message à Lydia pour lui dire de ne pas passer aujourd'hui, comme il l'avait fait la veille.

Il va mieux ?

Derek lança un regard à Stiles. Celui-ci semblait en paix quand il dormait, habituellement. Quelque chose dans les traits de son visage était froissé. Il l'observa quelques instants pour être certain qu'il ne faisait pas de cauchemar. Battement de cœur stable, respiration régulière, pas de mouvements ou de gémissements. Derek soupira.

Pas vraiment.

Il avait un livre ouvert devant lui, mais ses yeux restaient sur Stiles, toute son attention portée sur lui. Il avait dit qu'il ne laisserait personne l'approcher, peut-être qu'avec assez de volonté, il pourrait même chasser les monstres de ses cauchemars.

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« Wow. »

Derek releva la tête vers Stiles. Il avait sursauté au son de sa voix, il l'entendait si peu récemment qu'à chaque fois, son cœur bondissait. Chaque fois il s'en voulait de ne pas y avoir prêté plus attention, de ne pas s'y être préparer pour absorber le son et le rejouer dans sa tête pendant les heures de silence qui suivraient.

Stiles était assis dans le fauteuil, le dos appuyé contre l'accoudoir, les jambes passés par-dessus l'autre, le cinquième volume d'Harry Potter ouvert sur ses cuisses. Son visage était tourné vers la fenêtre, illuminé par la lumière pâle qui venait de dehors et les yeux brillant d'admiration.

Derek regarda dans la direction de la fenêtre. Il neigeait. De gros flocons blancs tombaient, poussés par le vent. Stiles souriait paisiblement et Derek ne savait plus ce qu'il était censé regarder.

Environ une heure plus tard, ils étaient tous les deux au pied de l'immeuble. Stiles tendit ses mains en coupe et regarda attentivement les flocons qui s'y posaient. Derek fit quelques pas, marchant jusqu'à sa voiture. La chute de neige était si importante qu'il y en avait déjà plusieurs centimètres surplombant la Camaro. Il la rassembla à main nue, son unique paire de gants prêtée à Stiles. Instinctivement, il réunit la neige en une boule, puis, ses yeux se relevèrent sur l'adolescent qui avait les yeux levés vers le ciel et une expression paisible sur le visage.

L'instant suivant, sans qu'il ne sache lui-même comment, la boule de neige s'écrasa contre l'épaule de Stiles.

Ce dernier sursauta et se tourna vers lui. Ils se regardèrent un moment. Moment durant lequel Derek se demanda s'il venait de commettre une erreur monumentale. Puis, quelque chose changea dans les yeux bruns, un éclair de malice que le loup n'avait encore jamais vu chez lui. Stiles s'accroupit, rassembla de la neige et se releva rapidement pour la lancer sur le loup. Celui-ci s'écarta par réflexe et la boule de neige s'écrasa sur le sol derrière lui.

Stiles le défia du regard et Derek pensa que celui-ci n'avait aucune idée de qui il venait de défier. Si quiconque dans sa famille avait pu être là pour parler, ils auraient dit à l'humain de s'enfuir.

Derek n'était pas du genre extrêmement compétitif la plupart du temps, mais les batailles de boules de neige étaient une toute autre histoire. Ce n'était pas juste un jeu.

Il ramassa plus de neige sur la Camaro, préparant plusieurs coups d'avance tout en évitant les lancés de Stiles. Puis, il releva les yeux sur sa cible et commença à tirer. Stiles courait comme il le pouvait pour se mettre à l'abris, essayant de temps à autre de relancer une boule de neige, mais Derek était toujours plus rapide.

Derek ne manqua presque aucun coup. Il laissa Stiles le toucher quelques fois.

Ce dernier évitait une nouvelle attaque du loup lorsqu'il glissa et s'étala de tout son long dans la neige.

« ça va ? » l'interpela Derek en laissant tomber la boule qu'il tenait pour venir près de lui. Stiles se releva sur ses genoux et tourna le dos au loup. Celui-ci s'accroupit à côté de lui et hésita à poser la main sur lui. « Stiles ? » appela-t-il alors qu'il restait silencieux. Stiles était immobile, rigide, sa respiration régulière, mais tous les instincts du loup lui hurlaient que quelque chose n'allait pas. ça n'avait été qu'une éclaircie. La pause était terminée. Il avait poussé l'humain au bout de ses maigres forces, avait drainé toute l'énergie qu'il avait possédé pendant seulement quelques courts instants.

Puis, Stiles se retourna et ses mains abattirent un tas de neige sur le visage du loup. Derek secoua la tête pour se débarrasser de la neige, et regarda l'adolescent avec surprise. Le temps se figea pendant un instant, les yeux bruns semblant à la fois fiers et paniqués. Soudain, Stiles était sur ses pieds et s'enfuyait en courant. Derek mit un instant supplémentaire à se relever à son tour. « Hé ! Attends ! »

L'adolescent se retourna et s'arrêta. Ils se regardèrent un moment. C'était comme marcher sur un lac gelé et avoir entendu la glace craquer. Vous n'osiez pas faire un geste, ni baisser les yeux pour savoir si elle se fissurait. Tout était risqué, mais en même temps, tout pouvait être sûr.

« T'as pas encore gagné, » dit Derek. Un sourire s'étendit sur les lèvres de Stiles. Au même instant, ils se baissèrent tous les deux pour prendre de la neige et l'envoyer sur l'autre.

Stiles rit en se dirigeant vers la voiture pour prendre de la neige sur son toit. Derek arriva derrière lui et le premier se retourna, jetant toute la neige qu'il avait pu saisir sur le loup, en faisant tomber sur lui au passage. Derek retint ses poignets en l'air, la poudre blanche tomba sur eux en une pluie compacte. Ses cheveux et les épaules de son manteau étaient blancs, Stiles se pinçait les lèvres pour s'empêcher de rire et Derek voulait vraiment arrêter de sourire comme il le faisait, mais en était incapable. « Okay, point pour toi, » concéda-t-il et Stiles fut secoué par son rire, s'appuyant en arrière sur la voiture.

Quand il releva les yeux sur Derek, il fut choqué par ce qu'il trouva dans les yeux du loup. Il avait déjà vu ce genre de regard, il y a longtemps, quand il était enfant et que sa mère disait quelque chose de ridicule et que son père était assis à l'écouter. Elle remarquait ce regard et oubliait ce qu'elle était en train de dire. Stiles était incapable de se souvenir de ce qu'il s'était passé une seconde plus tôt. Puis, il remarqua que ses poignets ne le brulaient pas. Il n'avait pas froid. Il se sentait bien. Il fut terrifié. Derek se redressa, lâcha ses poignets et fit un pas en arrière. Il s'éclaircit la gorge et s'excusa. Et Stiles était gelé.

« Est-ce qu'on peut aller se promener ? » demanda-t-il. Derek le regarda avec surprise, puis il hocha la tête. Il fit quelques pas lents en arrière et attendit que Stiles commence à le suivre pour réellement avancer.

Ils marchèrent l'un à côté de l'autre. Derek ne pouvait s'empêcher de remarquer qu'il ne s'était pas tenu aussi près de Stiles depuis plus d'une semaine. Il ne le touchait même pas, pourtant son bras le picotait. Il lui lançait des coups d'œil qu'il espérait discret, mais l'autre avait les yeux rivés sur la neige qui tombait. « À quoi tu penses ? » ça valait le coup d'essayer.

« Que la pluie aussi tombe du ciel mais que personne n'aime ça. Après, il fait froid et la pluie se change en neige et soudainement, on joue avec et on trouve ça magnifique. Personne ne penserait à se lancer de la pluie.

- Tu peux sauter dans une flaque d'eau.

- Tu peux faire des anges de neige.

- D'accord, » céda Derek, « la neige gagne. » Stiles sourit.

Sa main effleura celle de Stiles et il essaya de ne pas y penser. Deux des doigts de Stiles s'accrochèrent aux siens et il tenta de ne pas s'agripper. Puis, la main disparut et il se força à ne pas être triste. Finalement, Stiles vint saisir sa main, sans aucune marque d'hésitation, sans aucune trace de gant et Derek serra la sienne en retour.

En centre-ville, les enfants jouaient en criant dans la neige, leurs parents assis sur des bancs ou jouant avec eux. Les lampadaires étaient décorés de rouges et de verts, les vitrines des boutiques montraient des cadeaux aux papiers d'or. Les passants étaient couverts d'épais manteaux et d'écharpes et de bonnets, certains tenaient des sacs remplis de choses à offrir. Il y avait une odeur sucrée dans l'air qui venait d'un stand de nourriture, à l'entrée du parc, qui émettait une fumée chaude. Une atmosphère joyeuse flottait autour d'eux, que Stiles admirait avec les yeux brillants d'un enfant.

Il trembla. « Tu as froid ? » Stiles hocha la tête, mais ne put s'empêcher de sourire. C'était un bon froid, un vrai froid, de ceux qui disparaissent quand vous vous trouviez dans un endroit chaud. « Tu veux aller te réchauffer quelque part ? » Il le questionna du regard, alors Derek regarda autour de lui avant de tirer doucement sur sa main pour le guider.

« Cora dit qu'ils font de bons chocolats chauds. » Derek poussa la porte d'un café à la devanture vert émeraude sur laquelle on avait ajouté des rubans dorés et de la fausse neige, maintenant recouverte par de la vraie neige. Il faisait chaud à l'intérieur et une odeur de café moulu emplissait l'air. Ils avancèrent jusqu'au comptoir de la salle peu peuplée.

Après que Derek ait commandé un chocolat chaud et un café, et alors que Stiles regardait autour de lui, l'homme d'un certain âge derrière le comptoir observa ce dernier, les sourcils froncés. « Excusez-moi, on ne s'est pas déjà vu quelque part ? » demanda-t-il.

Stiles releva les yeux vers lui et l'observa un instant avant de sourire poliment. « Non, désolé. Je viens d'arriver en ville. » Le serveur hocha la tête avant de se retourner. Une minute plus tard, ils allaient s'assoir dans le coin près de la fenêtre et d'un radiateur. Stiles enveloppa la tasse de ses mains et se pencha pour sentir le chocolat, fermant les yeux juste un instant.

« Tu le connais ? » demanda Derek qui avait entendu le mensonge dans son rythme cardiaque.

Stiles se redressa et lança un rapide coup d'œil vers le comptoir, puis il hocha la tête. « On venait ici avec mes parents quand j'étais petit. C'était déjà lui qui servait.

- Vous veniez souvent ? »

Stiles réfléchit, puis haussa une épaule. « Au moins une fois par semaine. » Il marqua une pause, avant d'ajouter. « Il a une bonne mémoire. » Derek baissa les yeux sur son café et jeta un regard à l'homme derrière le comptoir. Il ne faisait pas attention à eux. « Désolé, » dit Stiles. « Tu ne voulais pas qu'on me reconnaisse.

- C'est rien. Je ne pense pas qu'il cherche plus loin. » Stiles hocha la tête et leva sa tasse à ses lèvres pour souffler dessus. Personne ne cherchait jamais plus loin. Il se demanda si le serveur pensait que lui et sa mère écoulaient des jours heureux loin de cette ville, si c'était ce que tous ceux qu'ils avaient connus pensaient. Peut-être que c'était mieux qu'ils croient ça, qu'ils ne se torturent pas sur des histoires comme la sienne.

Il prit une gorgée du chocolat et cela lui brula la langue. « Comment il est ? » Stiles hocha la tête avant de sourire. Il sentait sa peau picoter doucement alors qu'elle se réchauffait. Il gardait les yeux ouverts et rivés par la fenêtre.

« Comment est ton café ? » Derek en prit une nouvelle gorge avant d'acquiescer.

Il se lécha les lèvres avant de répondre, « Bon. » Il eut l'air troublé de la façon qu'avait Stiles de le regarder et celui-ci se demanda comment il le regardait, ce qui pouvait se trouver dans ses yeux. « Tu te réchauffe ? » Stiles acquiesça. Derek détourna le regard par la fenêtre.

Lorsqu'ils quittèrent le café, leurs mains se retrouvèrent, comme dans une vieille habitude. Ils marchèrent en direction du loft et croisèrent deux jeunes filles, dont l'une était coiffée de faux bois de cerfs et dont les yeux s'écarquillèrent en les voyant. Un sourire naquit sur ses lèvres et elle pressa le bras de son amie avant de lui murmurer à l'oreille. Derek n'aurait pas dû être capable d'entendre ses mots, mais ouïe de loup garou oblige. Son amie fit un étrange bruit avant de murmurer quelque chose en retour. « Ça va ? »

Derek sursauta à l'interpellation de Stiles. Il hocha la tête. « Tu es tout rouge, » insista-t-il. Derek soupira avant de se passer une main sur le visage. Stiles n'insista pas, serrant juste sa main un peu plus fort, et ils marchèrent en silence jusqu'au loft. Le loup passa tout le trajet à éviter de penser aux paroles de la jeune fille. Adorables. Ils n'étaient pas adorables. Il tourna la tête vers Stiles et le vit sourire à la neige qui tombait. Bon, d'accord, Stiles était adorable.

Derek remarqua qu'ils avaient une routine lorsqu'il vit Stiles installer les assiettes sur la table pour ce qui semblait être la centième fois. Et quand il reposa le cumin dans le placard juste après l'avoir pris, parce que Stiles n'aimait pas ça – il ne l'avait jamais dit, mais Derek savait qu'il n'aimait pas ça. Et lorsqu'ils allèrent s'assoir sur le canapé sans un mot après avoir mangé, en sachant qu'ils allaient regarder un film. Derek s'en aperçu d'autant plus que c'était la première fois depuis plus d'une semaine que les choses se passaient ainsi, aussi facilement, et que les premiers mots qui lui étaient venu pour décrire ça avaient été retour à la normale. La neige semblait avoir agi comme un interrupteur sur Stiles. C'était à nouveau facile d'agir avec lui.

Quand Stiles jeta un coup d'œil à la nuit qui tombait par la fenêtre, il sentit quelque chose en lui se calmer. C'était le premier jour que Derek passait entièrement avec lui depuis la visite de l'alpha.

Ils allèrent se coucher et Stiles regarda, dans le noir, la distance qui le séparait de Derek. C'était un bon jour, lui-même le ressentait. Il ne voulait pas qu'il se termine, ne voulait pas que la chaleur en lui ait le temps de s'éteindre pendant son sommeil. Il avait peur de se réveiller gelé avec des fantômes aux coins des yeux, comme chaque jour depuis qu'il avait revu ces yeux rouges. Cette peur qui ne quittait pas le fond de son esprit, cette lame contre sa peau. « Derek, est-ce que tu peux me prendre dans tes bras ?

- Oui, viens. » Alors, il se rapprocha du loup, se laissa envelopper de sa chaleur, de ses bras forts qui pourraient le tuer s'il le voulait. Il inspira son odeur, laissa sa joue et son nez se presser contre la peau douce de son cou. Il sentit le bas du visage de Derek contre le haut de sa tête qui ébouriffait ses cheveux. Il remua contre lui jusqu'à être parfaitement installé, jusqu'à avoir l'impression d'être dans une place qui lui avait été destinée. Comme s'il avait une place en ce monde. Comme s'il n'avait plus besoin d'espérer que quelque chose vienne l'emporter au loin, hors de lui-même, à jamais. C'était l'horrible effet que Derek avait sur lui : il le faisait se sentir libre et en paix.

Il y avait des mots que Stiles voulait dire, mais même à cet instant, il n'était pas assez fou. « Bonne nuit, Derek.

- Bonne nuit, Stiles. »

Et ils avaient peur, parce que c'était si délicat.

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xx

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Derek se réveilla le lendemain matin lorsqu'il sentit Stiles bouger contre lui. Il remua légèrement, écarta les bras pour le laisser partir. Alors, la cuisse de Stiles se frotta contre son entrejambe et il inspira soudainement. Ils se figèrent tous les deux.

Derek se mordait l'intérieur des joues. Il était incapable d'ouvrir les yeux pour voir Stiles alors qu'il était dur et pressé contre lui. Une seconde plus tard, il s'écarta et se leva.

« Derek, c'est – ça va.

- Évidemment que ça ne va pas, » répondit-il entre ses dents. Il ne tourna pas la tête vers Stiles, mais il l'entendit se redresser pour s'assoir contre la tête de lit en tirant la couverture sur lui.

« Tu peux … si – si tu le veux, tu peux –

- Non, » le coupa Derek avant de partir dans la salle de bain. Il referma la porte derrière lui, retira ses vêtements en essayant de concentrer ses pensées sur quoique ce soit d'autre que le garçon allongé dans son lit, contre lequel il avait dormi et dont l'odeur couvrait chaque parcelle de sa peau. Stiles était déjà partout sur lui et son esprit était en train de se perdre. Il alla dans la douche et ouvrit l'eau, plus froide qu'il ne pouvait le supporter. Il laissa l'eau couler sur son corps et la fraicheur lui couper la respiration et l'esprit. Il attendit, les mains à plat sur le mur carrelé, immobile.

Lorsqu'il sortit, son corps avait enfin arrêté de le trahir. Il tremblait seulement de froid. Il remit son pyjama car il avait oublié de prendre des vêtements. Il alla les chercher dans la commode et retourna se changer. Il avait senti le regard de Stiles sur lui alors qu'il traversait la pièce. Finalement, il sortit habillé et se plaça face à Stiles qui était assis sur le canapé.

Derek le regarda et chercha quoi dire. Puis, il réalisa ce à quoi son action avait dû ressembler. Il se sentit rougir. « J'ai … j'ai pas –

- Je sais, » répondit Stiles. Derek le regarda surpris. « Tu n'as pas la tête de quelqu'un qui vient de –

- Okay, » l'interrompit-il. Derek ne voulait même pas penser à ça. S'il le faisait, il irait commettre des meurtres d'un bout à l'autre du pays.

Il soupira et alla dans la cuisine pour préparer le petit déjeuner, Stiles en profita pour aller se doucher à son tour. Ils mangèrent en silence et Derek évita de relever les yeux sur l'autre homme. Finalement, après avoir ranger, il s'excusa et quitta l'appartement. Le cœur de Stiles sursauta quand il se retourna pour prendre ses clés de voiture et il tourna la tête vers lui. « Tout va bien ? » Stiles hocha la tête, son visage neutre. « Si je ne rentre pas à midi, mange les restes qui sont dans le frigo, » ajouta Derek. Il l'observa encore un instant avant de quitter la pièce.

Stiles avança jusqu'à la fenêtre et alla sur le balcon pour regarder l'alpha monter dans sa voiture et partir. Hier avait été une exception. Il était reparti, comme chaque jour avant ça. Stiles garda les yeux rivés sur le parking, les mains posées sur le bord de la balustrade, gelant dans le froid contre la pierre. Il rentra à l'intérieur et laissa le silence se presser contre lui.

Quand Derek revint quatre heures plus tard, il sut en sortant de sa voiture que ça n'allait pas. Stiles finissait de vomir son repas et il se dépêcha de monter les escaliers. Il entra dans l'appartement au moment où celui-ci ressortait de la salle de bain. Il était pâle, ses yeux ternes, mais il se redressa quand Derek entra. « Hey, » salua-t-il d'une voix monocorde.

« J'ai cru que tu allais mieux, » ne put s'empêcher de dire Derek. Il fronça les sourcils en observant Stiles. « Tu avais l'air d'aller bien hier. » Rien ne changea dans l'expression de l'adolescent et le loup retint un soupir. Il se passa une main dans les cheveux en allant s'assoir sur le canapé. Il réfléchit. Il laissa les muscles de son dos se détendre et bascula la tête en arrière sur les coussins. Il songea à ce qu'il devait dire, devait faire, mais rien ne lui vint.

Il sentit le poids de Stiles sur le canapé alors que celui-ci se plaçait à côté de lui. Il était assis sur l'une de ses jambes repliées. « Derek, est-ce que je peux faire quelque chose ? » demanda-t-il, sa voix juste un murmure près de lui.

Le loup ouvrit les yeux et tourna la tête vers lui. « Oui, quoi ? » demanda-t-il, levant à peine plus la voix. Stiles leva une main pour prendre son visage en coupe, ses doigts écartés pour prendre toute sa joue. Derek releva légèrement la tête.

Stiles s'approcha et prit sa lèvre inférieure entre les siennes, doucement, divinement. Rien que ça était déjà trop pour Derek. Il n'eut pas le temps de réfléchir à lui rendre son baiser, que les mains de Stiles descendirent jusqu'au bas de son t-shirt et commencèrent à le soulever. Derek fronça les sourcils en sentant les doigts contre sa peau. Il s'écarta. « Stiles, qu'est-ce que tu fais ? »

Stiles ne s'arrêta qu'un instant. Il regarda Derek dans les yeux, un manque d'émotion critique dans les iris brunes. Puis, son regard descendit sur les lèvres du loup. « Tu sais très bien ce que je fais. » Alors qu'il allait à nouveau capturer les lèvres de Derek, celui-ci s'écarta, le repoussant à bout de bras avant de se lever.

Stiles fut sur ses pieds en un instant, tendant les mains pour attraper le col du t-shirt de Derek, mais celui-ci retint ses poignets et les éloigna de lui. « S'il te plait, Derek. Laisse-moi faire ça.

- Non. » Il fit un pas en arrière alors que Stiles essayait à nouveau de s'approcher de lui.

« Der –

- Si c'est à propos de ce matin, je suis vraiment désolé. Ça n'aurait jamais dû –

- ça n'a rien à voir avec ce matin, » se dépêcha de dire Stiles. Une intonation proche du désespoir éclata au milieu de sa phrase pour aussitôt disparaitre.

« Alors pourquoi tu fais ça ?

- Parce que j'en ai envie.

- Non, tu n'as pas envie de ça.

- Tu ne sais pas ce que je veux.

- Certainement pas ça, » insista Derek, haussant légèrement le ton. Stiles tendit encore une fois une main en avant et Derek recula. Il y avait une très fine lueur de folie tout au fond des yeux bruns. L'humain se forçait tellement à contrôler tout ce qui formait son être que Derek avait l'impression qu'il allait imploser. « Stiles, parle-moi, » demanda-t-il.

Stiles le regarda, sans plus essayer de s'approcher de lui. Une minute, peut-être deux passèrent, avant que finalement, Stiles ne demande d'une voix dénuée d'émotion, « Comment ça se passe avec l'autre alpha ? » Derek le regarda sans comprendre. « Avez-vous décidé d'une date ? »

Derek cligna plusieurs fois de yeux, l'air bourdonnait autour de lui. Il ne pouvait pas croire ce qu'il venait d'entendre. Il fixa Stiles longtemps avant de retrouver l'usage de la parole. « Je ne vais pas te donner à lui. » Sa voix lui paraissait faible, mais il était trop confus pour qu'elle soit autrement. « Stiles, jamais je ne te ferais ça. Tu le sais. Je te l'ai promis. Je – attends … c'est pour ça que tu as fait ça ? Parce que tu essais de me convaincre de te garder ?! »

Le regard de Stiles était voilé, mais pas assez pour que sa douleur n'y transparaisse pas. « Stiles, je t'ai promis que –

- Je t'ai dit que je ne croirais pas tes promesses. » Sa voix était froide et tranchante. Derek sentait son cœur se serrer. Il voulait le convaincre. Il serra ses mâchoires et laissa la pointe de colère qu'il ressentait prendre le dessus.

« Eh bien, je m'en fous de ce que tu penses ! Je te l'ai promis et je tiens mes promesses. Ce mec ne reposera plus jamais ses mains sur toi. En partie parce que, dans quelques jours, il n'aura plus de mains pour le faire ! » La surprise passa dans les battements du cœur de Stiles, même si le reste de lui resta figé. « On est en guerre, Stiles. C'est pour ça que je m'absente tous les jours. On se prépare et on élabore un plan. » Stiles ne réagissait toujours pas. « Tu veux savoir pourquoi ? » Il resta immobile. « Parce que personne ne s'en prend à un membre de ma meute et s'en sort aussi facilement. Il nous a tous menacé, et toi en particulier. Il va payer pour ça. »

Derek se tut un instant, regardant simplement Stiles. « À quoi tu pensais ? »

Stiles pensait à beaucoup de choses. Il pensait qu'ils préparaient un traité de paix. Il pensait qu'il allait se retrouver entre ces bras, sous ces griffes et face à ces dents à nouveau et pensait ne pas y survivre cette fois. Il pensait que les vacances étaient finies. Il pensait qu'il avait vraiment tout perdu. Il pensait à beaucoup de choses. Il pensait à s'enfuir le lendemain, si Derek ne voulait pas de lui, si Derek s'absentait à nouveau. Il pensait à la façon dont l'alpha avait volé le camion et lui avait appris à conduire. Il pensait que Derek était l'une des pires choses qui lui soit arrivées. Il pensait à travers des rires étrangers, des mots fantômes, des conseils fous. Il pensait.

Derek soupira et se passa une main sur le visage. Le dos de sa main frotta sa bouche, dans un mouvement qui semblait inconscient. Retirer la saleté qui s'était posée sur ses lèvres. Stiles avait entendu ses mots, mais son esprit ne les croyait pas.

Les yeux aujourd'hui gris, reflet du ciel, étaient sur Stiles, l'observaient avec cette inquiétude teintée de pitié qu'il n'avait jamais aimé voir chez l'alpha. « Je suis désolé que tu ais eu à vivre toutes ces choses, Stiles. Et je comprends que tu ne veuilles pas me faire confiance. Je comprends. Vraiment. Je sais que je ne peux pas imaginer la moitié du mal qu'on t'a fait, mais je ne veux pas y penser de toute façon. Et je sais que tu te protèges et tu as raison de le faire. Mais je suis aussi sûr qu'un jour, tu pourras vivre sans ce masque que tu portes là, tout de suite. Je le sais parce que tu l'as déjà retiré. Je t'ai vu sourire. Je t'ai entendu parler. Et rire. Tu as beaucoup trop de choses en toi pour ne jamais aller mieux. Bordel, je sais que tu es du genre à te battre. Je l'ai vu, depuis le premier jour où je t'ai rencontré. Et je suis prêt à t'aider, si tu le veux bien. Mais dans tous les cas, c'est trop tard pour que tu retournes à cette statue de toi-même que tu fais semblant d'être. Tu ne me trompes plus. »

Stiles réalisa qu'il avait perdu sa dernière défense. Il réalisa qu'il avait perdu. Et il eut envie de pleurer.

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« C'est aujourd'hui. » Stiles releva les yeux sur Derek. Il n'eut pas besoin de demander de quoi il parlait. Cela faisait deux semaines qu'il savait ce à quoi la meute se préparait. Il savait ce que ça voulait dire, il baissa les yeux.

« Ne … » Il fronça les sourcils, incapable de formuler les mots qu'il souhaitait lui dire. Il releva les yeux dans les siens et Derek hocha simplement la tête, comme s'il comprenait.

« Ils n'auront pas le temps de comprendre ce qui leur arrive. » Il garda ses yeux dans ceux de Stiles, comme s'il n'avait pas fini de parler. Finalement, il lui tourna le dos et prit sa veste. Il lui lança un dernier regard avant de refermer la porte derrière lui.

Stiles alla sur le balcon et se pencha juste assez pour apercevoir la Camaro. Il attendit de voir Derek sortir de l'immeuble. Il vit sa silhouette sombre marcher jusqu'à la voiture, y monter, puis, les phares de la voiture éclairèrent le parking, tranchant la nuit noire. Stiles la regarda partir et disparaitre au coin d'un immeuble.

Il leva les yeux sur le ciel, essayant d'apercevoir des étoiles à travers les nuages, de distinguer les contours de la lune. Il appuya sa main contre son estomac, espérant pouvoir percer la boule immense et lourde qui y avait pris place. Il prit une grande inspiration pour chasser celle qui se trouvait dans sa gorge. Puis, il baissa à nouveau les yeux sur la route. Il essaya de ne pas penser à ce qu'il ferait si une autre voiture que la Camaro rentrait sur le parking.

Stiles vit passer chaque heure de la nuit. Il vit la lune bouger dans le ciel alors que ses doigts se raidissaient de froid. Il osa, sur les coups de trois heures, aller chercher une couverture dans laquelle il s'emmitoufla. Il se redressait dès qu'une voiture passait dans la rue, mais jamais aucune ne tournait. Le soleil se leva, mais il l'ignora et garda les yeux sur le sol.

Quand l'élégante voiture noire pénétra sur le parking, le cœur de Stiles s'arrêta de battre. Une fois garée au bas de l'immeuble, il vit trois personnes en sortir. L'une d'elle était Derek.

Stiles se releva, laissa tomber la couverture et courut à l'intérieur. Ses muscles étaient endoloris d'être restés aussi longtemps dans la même position et dans le froid, mais cela ne l'empêcha pas de se dépêcher. Il ouvrit la porte à la volée et commença à descendre les marches. Il entendait la voix d'Isaac résonner contre les murs de bêtons. Il s'aida de la rampe pour tourner à chaque palier. Arrivé à l'un d'eux, il s'immobilisa en haut des marches.

Les trois loups relevèrent des yeux surpris vers lui. Stiles était essoufflé, ses joues étaient rouges, un tremblement qui n'avait rien à voir avec le froid secouait son corps. Isaac et Cora échangèrent un regard, Derek avait le sien planté sur Stiles.

« On a pensé à t'amener sa tête, mais ça aurait dégueulassé la voiture, » intervint Isaac.

Stiles eut l'impression que la gravité le poussait vers l'avant et il descendit rapidement les marches. Il sauta les quatre dernières et atterrit dans les bras de Derek, qui le garda au-dessus du sol. Il enfouit son visage dans son cou, referma fort ses bras autour du loup et celui-ci fit de même. Un rire léger s'échappa de Derek quand son corps rentra en collision avec celui de Stiles.

« Joyeux Noël, » murmura le loup. Stiles tremblait. Il ressentait tant de choses à la fois qu'il n'avait aucune idée de comment nommer ces émotions. La main de Derek passa dans son dos, sans pour autant perdre sa prise sur lui.

« On est que le vingt, » fit remarquer Cora en se moquant légèrement.

« Allez, viens, je meurs de faim, » dit Isaac en prenant sa petite amie par la main et la menant en haut des escaliers.

Les pieds de Stiles touchèrent à nouveau le sol, mais quelque chose avait changé. Il ne s'écarta pas de Derek. Il avait l'impression qu'il ne pourrait plus jamais s'écarter de lui et, en cet instant, il s'en fichait. Il pouvait vivre avec ça. « Merci d'être revenu.

- Je t'avais dit que je tenais mes promesses. » Il sentit les lèvres de Derek se poser contre sa tempe et sut, avec certitude et sans peur, qu'il pouvait lui faire confiance.

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