-Waìse heill !

La main écarlate de Murtagh courra au dessus de la peau calcinée de Galaad. Mais, malgré ses pouvoirs, les brûlures restèrent toujours aussi vives et aussi importantes. Son second essai ne se montrait pas plus fructueux que le premier. La magie ne pouvait rien contre le feu d'un dragon.

En prenant Eragon en otage, le Parjure avait réussi à obliger Saphira à les suivre à Urû'baen. Ils allaient se mettre en route lorsque Nuallan et Galaad s'étaient réveillés. La douleur leur semblait insupportable. Alors pour qu'elle ne les tue pas, Murtagh avait endormi magiquement Galaad qui ne ressentait plus rien grâce à cette initiative. Nuallan, bien que très affaibli, ne souffrait plus par l'intermédiaire de Galaad et était resté conscient. Avec Thorn, il surveillait étroitement les deux prisonniers tandis que Murtagh tentait de soigner les plaies du vroengardois.

Préférant ne pas perdre de temps et limiter les risque, Murtagh avait décrété qu'ils partaient immédiatement vers la capitale. Il avait récupéré les chevaux. Il voyageait sur le dos du sien. Galaad lui avait été attaché sur le second. Dans un village, Murtagh était parvenu à acheter une petite carriole permettant de transporter plus facilement son compagnon. Les deux chevaux tiraient le véhicule, les deux hommes à l'intérieur.

Le dos douloureux d'être resté trop longtemps penché, le fils de Morzan se redressa. Sa magie ne pouvait rien pour Galaad. Il fouilla dans son sac, espérant que les onguents d'urgence qu'il avait emporté auraient un minimum d'effet. Il espérait au moins cicatriser les plaies et ainsi éteindre ou diminuer fortement la douleur.

Il dénicha une pommade contre les brûlures. Ça ne coûtait rien d'essayer. Il l'appliqua doucement sur la joue droite de Galaad. Il grimaça de dégoût et de compassion quand il sentit la peau sèche et rugueuse sous ses doigts. Il avait l'impression qu'elle était aussi fragile que du vieux parchemin et qu'elle allait craquer de toutes parts s'il appuyait légèrement.

De longues minutes plus tard, la moitié de visage était badigeonnée de baume. Mais son bras et son flan droits étaient dans un état tout aussi alarmant. Avec délicatesse, il commença à retirer la chemise roussie du jeune homme. Le côté gauche fut aisé à enlever, mais les cloques et les plaies purulentes accrochaient au tissus. Après plusieurs tentatives pour décoller la peau du vêtement, Murtagh y renonça et d'un geste vif arracha l'habit. Heureusement que Galaad était profondément endormi sinon la douleur aurait pu le tuer. Il appliqua, les mains tremblantes, le reste de l'onguent sur les plaies qui lui semblaient de pire en pire. Maintenant, il ne restait plus qu'à attendre et de voir si le produit allait faire ou pas effet. Si ça ne marchait pas, Galaad serait condamné. Ou alors Murtagh devrait le maintenir dans ce coma artificiel jusqu'à sa mort.

***********

Le voyage dura une semaine. Durant ces sept jours, Murtagh put voir les plaies de Galaad cicatriser. Certes, elles étaient toujours aussi visibles et sa peau s'effritait, mais elles ne s'aggraveraient plus. Il aurait pu le réveiller, la douleur devait disparaître avec la guérison. Cependant, il jugea préférable qu'il se réveille à l'abri dans sa chambre au château et sous l'œil d'un guérisseur professionnel. C'était plus prudent. Il ignorait comment l'ancien soldat réagirait.

La citadelle d'Urû'baen apparut durant la septième nuit. Sans discuter, les gardes ouvrirent la porte à Murtagh et aux autres. Très vite, ils arrivèrent au château.

Le Parjure stoppa dans la basse-cour. Il avait la gorge serrée. Il avait enfin accompli sa mission. Ce soir, il ne serait pas puni. Mais à quel prix ? Depuis sa victoire sur Eragon, il n'avait osé regarder son frère. Et dans quelques minutes, il serait entre les mains de Galbatorix. De la sueur froide lui coulait dans la nuque. Il fut reconnaissant à ses prisonniers de ne faire ni commentaire ni supplique. Il allait assez mal comme ça.

Sans qu'il ait besoin de prévenir quiconque, Murtagh vit les immenses portes du palais royal s'ouvrir. Une vingtaine de soldats se tenaient derrière, encadrant le roi en personne. Le fils de Morzan mourrait d'envie de crier, de fuir une bonne fois pour toute, mais resta immobile et silencieux. La partie était terminée. Ou n'était-ce que la première manche ?

Le visage d'Eragon était parfaitement neutre, comme de la pierre. Les yeux de Saphira étincelaient, mais elle ne dit mot. Un sourire satisfait fendit le visage de Galbatorix.

-Enfin ! souffla t-il. Comme quoi il ne faut pas perdre espoir. Du moment que cet espoir suit mes souhaits, bien sûr.

Il fit quelques pas en avant afin de se distinguer du groupe de soldats. Ses yeux sombres et durs croisèrent ceux vides de Murtagh. Il ne jeta pas un seul coup d'oeil à la silhouette immobile de Galaad. Il détourna le regard pour s'intéresser à Eragon et à Saphira. Il les observait comme on observe un trophée, comme un enfant contemple une friandise.

-Murtagh, emmène-les aux cachots. Deux cellules distinctes et éloignées. Aux fonds des oubliettes, il y a des cages assez grandes pour convenir à un dragon. Sinon, pour le reste, je pense que tu connais assez les souterrains.

Dans un mouvement de cape, il se retourna et repartit à l'intérieur, suivi par ses hommes. Murtagh baissa la tête et pénétra dans le hall. Thorn et Nuallan, accompagnés de force par Saphira et Eragon, lui emboitèrent le pas. Mené par la bride par le Parjure, les chevaux suivirent le cortège, Galaad gisant toujours inconscient dans la carriole.

Le Parjure appela des serviteurs et leur ordonna d'emmener Galaad dans sa chambre. Il s'occuperait de lui plus tard. Dès que les quatre hommes et le corps du vroengardois eurent disparut de sa vue dans les escaliers en colimaçons, il se détourna et se dirigea vers les sous-sols et donc les cachots. Ce qui devait être fait allait être fait.

**********

Le bruit sec et métallique des grilles résonnèrent lugubrement lorsque Murtagh claqua la porte du cachot. Eragon observa son frère boucler la serrure à l'aide d'une clé puis l'immuniser contre la magie. Au moins, il ne serait pas drogué. Il soupira. Il pouvait toujours communiquer avec Saphira, mais elle était tellement loin. Il ne l'avait pas vue se faire enfermer, mais il le savait quand même.

-Tu comptes encore m'ignorer longtemps comme ça ? demanda t-il soudain.

Murtagh releva la tête et regarda enfin son cadet.

-Quel intérêt aurais-je à ne pas le faire ? répliqua t-il.

-Ce n'est pas en fuyant ainsi la réalité que tu ne ressentiras aucun remord.

-Non, mais ça ne les empire pas.

-Tu pourrais ne pas en avoir du tout. Il y a sûrement un moyen...

-Pour que je te libère ? Non. Aurais-tu oublier mes serments ?

-Tu ramènes tout à tes serments, Murtagh. Tu pourrais les contourner. Tout se passe dans ta tête. Si tu parviens à trouver un moyen de faire ce qu'on t'interdit en te persuadant que tu fais autre chose ou que ça n'est pas interdit, tu pourrais retrouver une forme de liberté. Ou au moins me sortir de là.

-Parce que tu crois que tout est si simple ? Je l'ai déjà fait, Eragon. Lors de la bataille des Plaines Brûlantes. Ne t'ai-je pas laissé partir ? Suite à cet affront, Galbatorix a tout mis en œuvre pour que cela ne se reproduise pas. Je ne peux plus lui désobéir malgré toute ma volonté.

-Mais as-tu seulement la volonté ? Ou te contentes-tu de résigner ? Tu ne te bas même pas !

-Comment peux-tu oser croire que je ne me suis pas battu ? hurla Murtagh en frappant les grilles. Penses-tu que j'en suis là volontairement ? Tu ne peux pas savoir ! Tu ne sais pas le nombre d'heures passées à subir les coups, à prononcer malgré moi, la bouche en sang, des mots qui me servent de chaînes ! Tu ne sais rien, Eragon ! Crois-moi : tu n'aurais pas fait mieux à ma place.

-Tu sembles croire que tout est déjà joué, mais c'est faux. Tout peut basculer du jour au lendemain. Ne sois pas aussi dépité et résolu à ton sort. C'est toi qui écrit ton destin, Murtagh. Si tu abandonnes aussi vite, tu perds le contrôle et tu te condamnes toi-même. N'accuse pas la malchance, le mauvais sort ou Galbatorix pour ton malheur.

-Abandonner aussi vite ? Toute ma fichue vie, je me suis battu. Depuis tout petit. J'ai même réussi à fuir à un moment pour me retrouver en prison finalement. J'ai résister des mois avant d'avouer à Galbatorix ce que je savais sur toi. Des mois sous la torture. J'ai passé ma vie derrière des barreaux qu'ils soient physiques ou non. J'ai tenté de m'y extraire toute ma vie et je n'ai pas cessé d'échouer et de resserrer ces barreaux. J'ai tout essayé, mais rien n'y fait. Alors, ne me dis pas que j'ai rapidement baissé les bras. Car c'est faux ! Mais il faut se résoudre quand la fatalité se montre trop forte.

-La fatalité ? répéta Eragon. Qu'est-ce que la fatalité ? Elle n'est pas vivante. C'est juste un mot qu'on donne à des faits qu'on pense ne pas contrôler. Si tu veux mon avis, mon frère, elle n'existe pas. C'est toi qui l'a crée. Ton défaitisme et ton manque de foi l'ont crée.

-Alors selon toi, je suis l'unique responsable de ce qui m'arrive ?

-Non, mais tu ne fais rien pour t'en dégager. Tu parles, tu te plains, mais c'est tout. Rien que des mots.

-Comment peux-tu me juger alors que tu n'as pas la moindre idée de ce qui se passe dans ma tête ? Tu n'es pas moi ! Ni omniscient ! Alors, ne crois pas savoir ! Tu ne sais fichtrement rien, Eragon ! Alors, la ferme ! Tu serais plus bas que moi si c'était toi que les Jumeaux avaient capturé à Tronjheim.

-Tu crois que je n'aurais pas su faire face ?

-Oui. Tu es trop faible. Tu aurais ployé. Je doute que tu y aurais survécu.

-Pourquoi ? Je suis trop gentil ? Je n'aurais pas pu tuer contrairement à toi ?

-Tuer pour ne pas être tué est le B.A.B.A de la survie. Ce que tu tu refuses de comprendre.

-Pour moi, tuer est grave. Pardonne-moi de donner de l'importance à une vie qui ne soit pas la mienne. Je ne tue que lorsque c'est nécessaire.

-C'est aussi mon cas, Eragon. Je ne suis pas un assassin. Seulement nous n'avons pas la même compréhension du mot « nécessaire ».

-J'ai l'impression que « nécessaire » est pour toi lorsque tu en as l'occasion. Tu te souviens du marchand d'esclaves aux Beors ?

-On ne va pas revenir dessus. Je pense que nous avons dit tout ce qu'il y avait à dire, soupira Murtagh.

-Je pense au contraire qu'il n'y ait pas de meilleur exemple pour illustrer nos différences. Sa mort n'était pas nécessaire pour notre survie. Il était seul et désarmé. Il n'était d'aucun danger pour nous.

-Je te l'ai dit qu'il nous aurait dénoncé et mené à notre piste.

-Pas forcément. Sans compter les autres marchands qui auraient pu faire de même.

-Ils fuyaient désordonnés, sans chef. Le temps qu'ils se retrouvent et qu'ils se réorganisent, sais-tu combien de personne nous avons sauvé de l'esclavage ? Sûrement beaucoup. Penses-tu à toutes les personnes, toutes les vies qu'il avait détruit ?

-Alors, pour toi, la mort est un châtiment juste ? Ou un sacrifice pour le bien commun ?

-Les deux. Pourquoi crois-tu qu'on est inventé la condamnation à mort ? Une punition et une sureté. Un mort ne fait plus de mal.

-Un châtiment que je pourrais te renvoyer. Du moins, les nains et beaucoup de Vardens l'exigent pour toi. Et si tu meurs, combien de personnes seront sauvées ?

Murtagh esquissa un rictus.

-Je ne suis pas le seul à penser de cette manière. Tu viens de le dire : même les gentils sont de mon avis. Et je ne les contredis pas.

-Je ne suis pas de cet avis. La mort est naturelle, mais ce n'est pas une raison pour la donner. La vie est précieuse. Chaque vie l'est. Prendre une vie sans nécessité juste pour une idéologie ou pire le plaisir, c'est inhumain et inacceptable.

-Sauf lorsqu'il s'agit de celle de Galbatorix ? Que réponds-tu à cela ?

-Celle de Galbatorix est nécessaire. Tu sais tout le mal qu'il propage, tous les morts.

-Ce que je sais surtout c'est que depuis que les Vardens ont commencé cette guerre, il y a beaucoup plus de morts. Certes, Galbatorix n'est pas le modèle du roi parfait et bon avec ses sujets. Mais les meurtres commis sous ses ordres ne sont pas si nombreux. Après que la guerre contre les Dragonniers soit terminée, la mortalité a chuté ainsi la criminalité. Galbatorix fait peur aux meurtriers et aux voleurs. Il est mauvais, certes, mais il sait maintenir l'ordre dans le pays. Mais cette guerre que tu prônes attire les morts et pas seulement sur le champ de bataille. Les famines et les épidémies se propagent à une vitesse folle. La criminalité remonte en flèche et ce n'est pas fini. Lorsque vous aurez réussi à détrôner Galbatorix, qui prendra sa place ? Qu'allez-vous faire ? Vaincre Galbatorix est votre but et vous n'avez pas pensé une seule seconde à la suite. Si un souverain n'est pas immédiatement couronné et ne reprend pas fermement les rênes du pouvoir, ce sera l'anarchie et il y aura plus de morts que jamais.

Eragon resta silencieux, le visage sombre suite à la tirade de Murtagh. Celui-ci reprit sa respiration avant de poursuivre :

-Sors de tes rêves de gosse, Eragon. Chaque décision, chaque action a ses conséquences et elles sont lourdes lorsqu'elles te concernent. Regarde le monde avec autre chose que tes yeux d'enfant et d'idéaliste. Le monde n'est pas fait de méchants et de gentils. Tout n'est pas blanc ou noir. L'extrême n'existe pas. Tout n'est que nuances et gris. C'est ça la réalité : l'alliance constante entre le bien et le mal. L'un ne peut vivre sans l'autre. Ils font partis de chaque être vivant, indispensables pour sa survie. Chacun a sa zone d'ombre et de lumière. Et elles sont loin d'être distinctes, crois-moi. Tout n'est qu'une question de choix et des conséquences qu'ils impliquent.

Murtagh se tut brusquement. Doucement, il fit quelques pas en arrière s'éloignant de la cellule de son cadet.

-Il faut que je parte. Je doute que le roi apprécie que nous discutions autant tous les deux. Je vais partir avant qu'il n'arrive de forte mauvaise humeur. Je te souhaite bien du courage. Tu en auras besoin, petit frère.

Sans rien ajouter, il se détourna définitivement d'Eragon et remonta le couloir, disparaissant dans les ombres.

****************

Le matin se levait doucement.

Murtagh entra dans la chambre de Galaad. Comme convenu, il était allongé sur son lit, toujours endormi. Nuallan, couché près de la fenêtre, ne quittait pas son dragonnier des yeux. Il allait de devoir le réveiller. Même s'il avait un peu honte à se l'avouer, ces quelques jours sans l'entendre avaient été reposants. Il tira une chaise et s'assit à côté du lit. Il s'éclaircit la gorge, posa sa main sur le front du vroengardois et prononça à voix basse des mots en Ancien Langage. Quelques minutes s'écoulèrent, puis sous les paupières closes, les yeux de Galaad s'agitèrent. Les membres commencèrent à bouger mollement. Il battit des cils et ouvrit les yeux.

Tout était flou et trop clair. Légèrement ébloui, il les referma. Sa peau le démangeait. Elle le tiraillait désagréablement, trop sèche. Il bougea l'épaule droite et entendit quelque chose craquer. Il grimaça, peu rassuré et sa joue le tira. Que s'était-il passé ? Il se décida à rouvrir les yeux. Il vit Murtagh qui l'observait avec inquiétude. Du coin de l'œil, il vit Nuallan se déplacer vers lui.

Que s'était-il passé ? Il s'inquiétait. Il tenta de se remémorer ce qui lui était arrivé avant qu'il ne s'endorme. Les rives du lac. Saphira. Du feu. Très mal.

Il fut soudain plus éveillé que jamais. Il se redressa brutalement. La pièce tournoya autour de lui, mais ils 'en fichait. Sans prendre en compte les appels de Murtagh et les suppliques de Nuallan, il se précipita vers le miroir à côté du placard.

Il se figea lorsqu'il rencontra son reflet. Sans un mot, doucement, le visage dénué d'expression, il posa ses doigts sur sa peau brûlée.

-Galaad ? appela doucement Murtagh. Comment vas-tu ? Tu n'as plus mal ?

Un long silence lui répondit. Il réitéra ses questions. Enfin, il entendit un faible murmure.

-Non, j'ai plus mal.

***********

Eragon sursauta quand une grille au bout du couloir claqua violemment. Il craignait et espérait à la fois que ce soit Murtagh qui revenait. Leur entretient de la veille l'avait laissé quelque peu hagard. Les pas se rapprochèrent rapidement, mais avec la même régularité et le même son que la marche d'un soldat. Murtagh marchait lentement et silencieusement. Qui c'était en ce cas ? Un soldat ou pire Galbatorix ?

Une silhouette plongée dans l'obscurité lui apparut enfin. Elle était plus jeune, plus grande et plus mince que Galbatorix. Ce n'était donc pas lui. Mais il l'avait deviné, il ne s'agissait pas plus de Murtagh. Il put distinguer ses traits que lorsqu'il fut à moins d'un mètre face à lui.

Eragon sursauta. C'était le second Parjure. Même si une partie de son visage restait dans l'ombre, il le reconnaissait aisément. Celui-ci croisa les bras et leva le menton avant de demander d'un ton calme et sombre :

-Alors, dragonnier, quel effet cela fait d'être du mauvais côté des barreaux ?

Le premier mot qui vint à l'esprit d'Eragon était « frustrant », mais il se refusa à répondre. Son silence entraina un sourire amusé à Galaad.

-Tu te souviens de ce qui s'est passé au lac Tüdosten ? poursuivit le Parjure.

-Oui, lâcha Eragon la gorge sèche. Mais apparemment tu vas mieux.

-Je suppose que ça dépend du point de vue selon lequel on se place.

Galaad se déplaça de quelques pas, mettant en pleine lumière la partie calcinée de sa figure. Il entendit vaguement Eragon pousser un gémissement de sympathie.

-J'ignore où ils ont mis ta dragonne. Je connais mal cette partie du château. Mais qu'importe. Je sais comment ça marche le lien entre un dragon et son dragonnier. Ça me suffit pour vous faire payer.

Eragon allait protester, mais il ne fut pas assez rapide. La main intacte de Galaad passa entre les barreaux et se saisirent de la gorge du jeune homme. Il serra. Eragon tenta de lui faire lâcher prise, se débattit, mais Galaad, dans sa rage, faisait preuve d'une force étonnante. Eragon parvint à articuler un sort et le lança sur Galaad. Mais les grilles ensorcelées lui renvoyèrent sa magie. À moitié assommé, il étouffait.

De l'autre côté des cachots, Saphira hurlait de toutes ses forces. Au bout d'un moment, quatre gardes, alertés par ce vacarme, descendirent pour la faire taire. Ils aperçurent Galaad étrangler le dragonnier qui semblait presque inconscient. À force de coups, ils parvinrent à lui faire lâcher prise et à sauver de justesse Eragon.

Furieux, Galaad se dégagea de leur prise. Il recula devant la menace de leurs armes. Il jeta un regard haineux à Eragon.

-Ce n'est que partie remise, déclara t-il.

Il repoussa les gardes et fonça vers la sortie en déclarant avoir besoin de prendre l'air.