Je t'aime mais ne le dis à personne.

Vous l'avez voulu ! Le voici !

Merci beaucoup pour votre enthousiasme, ça me rassure bien ! Et du coup, vos commentaires m'ont révélés quelques défauts dans ce chapitre que j'ai pu reprendre avant de vous le donner )

Martine16 : du calme, la voici !

S : Je compatis ! Courage à toi pour cette dernière ligne droite )

Marie : Désolée, ce sera pour une prochaine ^^

Bonnes lectures )

Et bons mouchoirs pour les âmes sensibles.

Chapitre 12- Missives.

BELLA POV

Les jours passaient et se ressemblaient.

Le matin, je rejoignais Angela à la lingerie où nous lavions et battions le linge et l'après-midi, j'étais de corvée nettoyage dans les ailes des invitées, celles que nous avions ouvertes un mois plus tôt pour les tournois. Et, lentement, le château retrouvait son silence. Le temps de la trêve était passé, et tous, nous le sentions. Notre seigneur Aro avait atteint ses limites, et éloignait ses invités. Seuls les Cullen osaient rester, mais eux, c'était parce qu'ils attendaient Edward. Tous les jours, je croisais messeigneurs Emmett et Jasper alors qu'ils allaient au village avec leurs amies. J'étais toujours confinée à la lingerie et couture, donc je n'étais pas censée les rencontrer, mais chaque fois, je recevais un sourire et un bonjour de leur part. Je m'inclinais et comprenais ce qu'ils pensaient : ce n'était pas juste cette séparation forcée, nous avions tous appris à nous apprécier.

Le soir, j'aidais à la cuisine, et partais ensuite dans le jardin privé. Parfois, Ben m'y retrouvait et nous discutions quelques heures. Chaque fois que je rentrais, je ne pouvais cesser de pleurer celui qui ne m'avait pas rejointe.

_ Nous avons reçu des nouvelles, aujourd'hui.

La voix de Ben me sortit de mes pensées. Intriguée, je tournai la tête vers lui. Ben avait vite compris la raison de mon silence.

_ La guerre a commencé dans les Alpes, ils ont réussi à les faire reculer jusqu'aux portes des Germains. Continua-t-il.

_ Quand crois-tu que cela cessera ?

Mon regard cherchait les confins du territoire, ceux que je n'avais jamais vus.

_ S'ils continuent ainsi leur progression, ils pourraient être de retour dans moins d'un mois.

Je ne dis rien, observant toujours les champs et les quelques tentes encore installées. Ben posa sa main sur mon bras, la glissant jusqu'à ma main. Je me tendis. On ne m'avait pas touchée depuis qu'Edward était parti…

Mais avant que j'interprète mal son geste, je sentis qu'il mettait quelque chose contre ma paume. Je fronçai les sourcils, et l'interrogeai du regard.

_ C'était avec les autres lettres.

Mon cœur bondit dans ma poitrine. Je n'osai espérer de ses nouvelles. J'avais presque réussi à me convaincre que je m'étais trompée.

Ben sourit et se redressa.

_ Il semble vraiment prêt à tout pour t'avoir à ses côtés. Dit-il avant de faire demi-tour.

Je restai interdite. Je reconnaissais bien sûr le type de papier sur lequel Edward avait déjà écrit sa précédente missive. Cela me semblait si lointain et non pas seulement trois semaines. Je ne pouvais pas l'ouvrir ici, aussi, décidai-je de rejoindre ma chambre, toujours dans l'aile Nord. Je repassai mon manteau et courus presque dans les galeries jusqu'au hall principal.

_ Toi ! Appela une voix féminine autoritaire.

Je me tournai vers elle.

_ Tu es une servante, n'est-ce pas ?

La jeune damoiselle, aux longs cheveux blonds, était seule, et je réalisai qu'il s'agissait de Tanya Denali. Elle avait été invitée à rester, alors que ses parents et amies étaient repartis. Je m'inclinai, expectative.

_ Ma demoiselle, que puis-je ?

_ Je veux prendre un bain, et je veux voir le seigneur Aro ! Exigea-t-elle à deux pas de moi.

_ Bien sûr. Monseigneur Aro dort, mais vous pourrez…

_ Tout de suite !

Sa voix me causa un frisson d'effroi. Autoritaire et capricieuse, cette jeune dame pouvait ressembler à mon père.

_ Suivez-moi, alors. L'invitai-je en allant d'abord vers la chambre qui lui avait été ouverte.

Elle s'affala sur l'un des fauteuils, attendant que je prépare son bain. La salle dédiée était fraîche, mais je parvins à la réchauffer un minimum avec des bougies et l'eau chaude. Quand je lui indiquais qu'elle pouvait venir, elle me sourit et attendit que je l'aide à ôter ses vêtements. J'avais peu aidé les damoiselles à leur toilette, mais j'obéis, découvrant que l'état d'ébriété dans lequel elle était me permettait des faux pas dont elle ne se rendait pas compte. Elle entra en chancelant dans le bain, et s'y prélassa en marmonnant des choses incohérentes. Je restai dans un coin, impatiente de me retrouver seule, le poids de la lettre pesant de plus en plus dans mon corsage.

_ Il est si beau…Je ne l'ai pas trouvé, quel idiot cet Aro ! Un chevalier comme lui, on ne le fait pas partir à la guerre…On le…On le garde près de nous…Toi ! Me désigna-t-elle. J'avançai vers elle. Ton nom !

_ Isabella, ma demoiselle.

_ Isabella. Elle sembla se délecter de mon prénom. Je veux…Sire Cullen est si beau, mais comment a-t-il pu ! ? Il m'a délaissée, comme…Comme une vieille chose…On ne me refuse pas ! Je suis Tanya De…Tanya Denali !

Je commençais à frémir d'horreur, quand je réalisais le sens de son indignation. Edward s'était détourné d'elle. J'étais celle qu'il voulait. Malgré moi, je souris.

_ Vous êtes fatiguée, ma demoiselle.

Je lui tendis un drap de bain dans lequel elle s'enroula.

_ Tous les autres sont venus, mais pas lui. J'espère qu'il ne se fera pas tué. Je veux le faire moi-même…Elle releva la tête, le regard brillant. Oh oui ! Je veux le tuer de fatigue, le tuer de plaisir…

Quand elle avait ce regard, quelque chose me dit que la demoiselle Denali avait toujours ce qu'elle désirait. Et il était clair qu'elle désirait Edward.

Alors qu'elle s'habillait, je sentais que je ne pouvais pas rivaliser face à une telle beauté. Je réprimai mes larmes et l'accompagnai au lit. Elle se mit en boule entre ses draps, et oublia sa volonté de trouver Aro ce soir.

J'éteignis les quelques bougies, et fermai sa porte avec soulagement. Mon manteau sur le bras, je rejoignis ma chambre, et m'y enfermai.

Le regard dans le vide, j'ôtai mon gilet, et ma robe à terre, je vis voler la lettre d'Edward. Mon cœur se battait avec lui-même : lire cette lettre et profiter de ce qu'il pouvait y mettre, ou ne pas la lire et oublier tout ce qui s'était passé ?

La lettre était à terre quand je m'allongeai….

Je me tournai et retournai comme toujours dans mon lit. Je m'inquiétais. Je voulais le sentir près de moi. J'avais besoin de lui…

En un instant, j'avais la lettre entre les mains, une bougie allumée à mes côtés.

Je m'apprêtai à la lire, et mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine.

« Ma Muse,

Je pense à toi. Tout le temps.

Même les combats ne me détournent pas de toi. Toujours, j'ai ton sourire devant les yeux. Et pendant les quelques heures de sommeil auxquelles nous pouvons nous abandonner, je m'imagine près de toi. Je sens encore ton souffle sur ma peau.

Et je refuse d'oublier.

Eric tente de me changer les idées. Pour lui, je risque ma vie, mais en fait, tu es la seule à me donner la force de continuer.

Parmi le sang, les cris et les douleurs, tu es l'havre de paix dont j'ai besoin. Tu es la seule. Toujours.

Tu es ma vie, Bella.

Les autres m'appellent. Nous prenons nos affaires, et remontons toujours vers le Nord. Bientôt, la mer nous arrêtera. C'est le but de James. Pardonne-moi de parler de lui. Je ne le ferai plus. Sache toutefois qu'il me hait. Il nous envoie souvent en éclaireur avec d'autres nouveaux. Il ne sait pas que je suis plus fort qu'il ne le pense. A chaque fois, je vois son regard. Il veut me tuer. Je l'attends. Il ne pourra pas continuer ainsi. Un jour, il craquera, et je pourrai enfin te venger.

Eric me secoue.

Je t'aime ma Bella.

Je reviens.

E. »

La lettre me tomba des mains, mon souffle s'arrêta dans ma gorge et je sentis mon corps se révulser.

Connaître les intentions secrètes de James sur Edward était une chose. Lire dans la lettre que tout était mis en œuvre pour la mort d'Edward en était une autre. Je sanglotai, resserrant les bras autour de mes jambes repliées. La panique était là, au fond de moi. Comment pouvait-on être si cruel ?

Je basculai la tête en arrière, les yeux fermés. Je me calmai, et les premiers mots me revinrent.

Edward pensait autant à moi que je pensais à lui. Nos pensées s'unissaient pour ramener nos êtres au plus près de l'autre. J'essuyai mes joues humides et dépliai à nouveau la lettre.

Il était vivant. Il se battait pour le rester.

Je décidai que cela serait la seule chose que je conserverais de ce courrier.

OoOoOoOoO

« Mon cher Edward,

Ces jours sans te voir sont de plus en plus difficiles à supporter.

Sans cesse, je cherche ton regard dans les couloirs. J'attends ta venue et ta passion. Et toujours, je sens mon être se disputer. J'ai tant besoin de toi, et pourtant, si tu n'étais pas venu à moi, tu n'aurais jamais vu cette guerre. Ici, des rumeurs se propagent comme de la poudre : vous avez été repoussés dans les Alpes, et vous y êtes coincés. J'ai peur de voir revenir ton corps, gelé par le froid du Nord. Cette simple pensée me procure un frisson d'effroi si intense que je dois passer un manteau sur mes épaules pour continuer cette missive.

Tu me manques, Edward.

Ta première lettre date de deux jours, et à présent, j'attends avec impatience d'en recevoir une autre. Tu as trouvé en Ben un excellent messager. Il me soutient, et souvent, nous nous retrouvons pour discuter de la guerre. Savais-tu qu'il l'avait faite il y a quelques années ? Les horreurs qu'il décrit sont si réelles dans son regard que souvent il s'arrête au milieu d'une phrase. James était de cette guerre, sa première d'après ce que j'ai compris, il a continué. Mais Ben a décidé d'arrêter pour protéger son seigneur. Maintenant que je sais ça, je comprends mieux les critiques que James peut avoir envers Ben. Pour lui, la guerre est la seule vie qui existe.

J'ai peur pour toi.

Je connais James, sa violence et sa détermination. Je m'en veux aussi. Si je n'avais pas accepté cet amour, tu ne souffrirais pas. Je sais ce que tu penses : si je n'avais pas voulu de notre amour, tu en aurais bien plus souffert que ces semaines à la guerre. Je ne crois pas. Tu as beaucoup de succès auprès des femmes, et beaucoup seraient venues à toi pour te consoler. Et tu aurais oublié cette pauvre servante illégitime dans sa prison…

Ta famille est bien courageuse pour rester ici. Aro est de plus en plus terne et perd toute convivialité (aussi faible pouvait-elle être au départ). Le docteur Carlisle a cessé le traitement de Dame Sulpicia, et il lui est demandé de partir. Je ne crois pas qu'ils restent encore longtemps. La damoiselle Rosalie s'ennuie, et s'écrie souvent après Dame Esmée. Ta sœur Alice tente en vain de demander mes services, mais Maggie a interdiction formelle d'y accéder. J'avoue souffrir de l'isolement, pourtant, j'ai vécu avec jusqu'à votre arrivée…Tu m'as montré ce à quoi j'avais le droit, mais sa non réalisation est parfois plus douloureuse.

Pardonne mes plaintes, Edward. Tu es celui qui souffre le plus.

Venons-en aux chevaliers Emmett et Jasper. Tous deux perfectionnent de jours en jours leurs techniques de combats. Certaines servantes disent qu'ils vont partir de leur côté pour parcourir les terres jusqu'en Angleterre. Je ne sais ce qu'ils pourraient trouver là-bas qu'il n'y a pas ici : à part la table ronde. Peut-être l'envisagent-ils ? Quoique les damoiselles sachent bien les retenir auprès d'elles. De plus en plus, elles sortent à leurs bras pour aller rencontrer d'autres familles. Je les soupçonne aussi de vouloir fuir la présence étouffante et agaçante de la damoiselle Tanya Denali. Sache qu'elle est restée ici, à la demande de mon père. Parfois, je me demande bien ce qui l'a poussé à faire ça. Mais elle en profite, et fait tourner Jane et les autres en bourrique. Je ne devrais pas rire de cette situation, mais c'est le cas. Pauvre Jane, toutefois, elle ne mérite pas cela. Elle est bien l'une des seules qui pourraient me soutenir si j'en avais besoin.

La Lune est haut dans le ciel ce soir. Je me demande si tu la vois aussi. Peut-être voyons-nous la même chose ? J'ose le penser. Cela me réconforte.

Je t'attends, Edward. Prends soin de toi.

Je suis à toi,

Ta Muse. »

Je repliai le papier avec soin, et y apposai le cachet que j'avais trouvé inutilisé dans une pièce à côté. Je restai à le contempler, imaginant Edward en train de le tenir. Qu'était-il arrivé depuis qu'il avait écrit la première lettre ? Attendait-il une réponse de ma part ? Répondrait-il lui-même à celle-ci ?

Je soupirai et me mis au lit. Le peu de fragrance qui restait pour signifier la place d'Edward dans ce lit avait disparu, mais je me l'imaginais encore. J'imaginais encore ses mains sur mon corps, et son regard vert quand il était en moi. Combien de temps encore faudrait-il attendre avant de le retrouver ?

Je m'endormis avec cette question et quand je rouvris les yeux le lendemain, elle était toujours dans mon esprit.

_ Bella ?

_ Entre, Angie.

Je finissais d'attacher mon gilet quand elle entra.

_ Quoi ? M'horrifiai-je en voyant son regard brillant.

Elle ne dit rien, s'installant d'abord sur le bord de mon lit. Je l'y rejoignis et la pris dans mes bras. Elle était secouée de sanglots.

_ Angela, que se passe-t-il ? La priai-je.

Elle secoua la tête, et se redressa pour se reprendre. J'étais inquiète.

_ Angie ?

_ C'est…C'est ridicule, mais…Je suis allée pour réveiller Aro et…Sulpicia était dans sa chambre.

Je réprimai un frisson, et m'inquiétai encore plus.

_ Que s'est-il passé ?

_ Elle m'a…Insultée. Bella, je te jure que…

Elle détourna le regard, et je me sentis bouleversée pour elle.

_ Tu connais Sulpicia, Angie, elle est cruelle.

_ Mais je ne veux pas !

_ Tu verras, ça passera. Tentai-je de la rassurer.

Sulpicia n'était éternellement en colère et haineuse qu'avec moi.

_ Tu ne comprends pas, Bella. Toi, tu as Edward, un homme qui t'aime et qui…Te respecte.

Je restai sans voix. Quelque chose me disait que je n'allais pas aimer ce qu'elle annonçait, ce qu'elle avouait. Je me tus et me contentai d'attendre, le cœur battant.

_ Elle m'accuse de le séduire, comme…Ta mère.

Elle osa un regard vers moi. Je me sentis pâlir.

_ Oh non ! Angie…IL…

Elle ne dit rien, et je compris. Ce non-dit expliquait beaucoup des peurs d'Angela, beaucoup des regards qu'Aro pouvait avoir.

_ Je suis désolée, Angie.

Je la pris dans mes bras, et nous restâmes silencieuses. Quand elle s'écarta, elle avait repris contenance.

_ Pardon, je ne voulais pas te révéler cela. C'est juste que…Ce qu'elle a dit c'était comme si je le faisais intentionnellement. Alors qu'elle était elle-même dans son lit à lui !

_ Elle a…Passé la nuit ici ?

_ Il semblerait. Et juste parce que je viens faire mon travail : ouvrir les rideaux, elle m'accuse de séduire son époux.

_ Je ne la comprendrai jamais. Dis-je.

Angela soupira et se leva.

_ Pardon de t'avoir dérangée.

_ Non, Angie ! Je…Tu peux m'en parler si tu veux.

_ Ca va, Bella. Ça ira.

J'avais plutôt l'impression qu'elle tentait de se convaincre.

Bon sang, depuis combien de temps mon père utilisait-il ses prérogatives de seigneur sur Angela ? !

Je décidai de laisser passer pour cette fois, Angela n'était pas prête à en dire plus. Mais je savais que je ne voulais pas apprendre une autre chose de ce genre. Pourquoi fallait-il que mon père soit si monstrueux ?

_ Alors, descendons nous mettre au travail. Proposai-je avec un entrain que je ne ressentais pas.

_ Tu as raison. Il y a à faire, encore aujourd'hui.

Plus tard, je croisai Ben dans un couloir. Il était en conversation avec d'autres hommes, mais quand il me vit, il se détacha d'eux pour me rejoindre.

_ Bonjour.

_ Bonjour, bien dormi ? Demanda-t-il.

_ Ca va, oui. Ben…pourrais-tu…

Sans un mot, je lui tendis la missive pour Edward. Il y jeta un œil.

_ Ca semble tout ce qu'il y a d'officiel tout ça.

_ Ne dis rien, s'il-te-plait.

_ Je le promets. Je fais partir ça très vite.

_ A-t-on des nouvelles ?

_ Non, pas depuis hier. Et encore, ce ne sont que des rumeurs.

_ Oui, je sais.

Il regarda derrière moi, et me salua

_ Passe une bonne journée.

_ Toi aussi.

Je m'inclinai légèrement, et repris mon chemin.

OoOoOoOoO

« Ma Bella,

Je n'osais espérer avoir de tes nouvelles.

Comme tu dis, nous avons trouvé en Seth et Ben des messagers efficaces et discrets. Le soutien que ce dernier peut t'apporter n'est….Pas négligeable. Je ne savais pas que vous étiez si proches lui et toi ?

Ne t'inquiète pas pour moi. En effet, nous avons eu des moments difficiles, mais d'autres chevaliers et mercenaires nous ont rejoints. Nous ne risquons plus rien. Nous avons même réussi à prendre de nouveaux territoires. Ils sont tant comme ceux d'où je viens que mon cœur balance entre l'envie de continuer leur exploration avec ces guerriers ou les laisser là pour rejoindre nos terres familiales. Oh ! Ne t'imagine pas que je t'abandonnerais à Volterra. Non ! Je pense plutôt à revenir sur mes pas, te prendre sur ma selle pour te conduire dans des contrées que même James n'a jamais vues. Mais je divague. Le plus simple est encore de finir cette guerre et revenir en vainqueur à Volterra demander ta main à ton père. La distance entre nous devient insoutenable, et je sais que j'aurai dorénavant énormément de mal à ne pas t'avoir à mes côtés.

Mes camarades, quant à eux, se complaisent à séduire autant de femmes qu'ils peuvent. Certains se moquent de moi quand je n'en fais rien. Comment pourrais-je quand je sais que la plus belle de toutes m'attend dans ces couloirs sombres à Volterra ? J'ai besoin de toi, moi aussi. Cette Lune est bien mauvaise, d'après moi, me rappelant sans cesse que je ne te verrai pas tout de suite. Mais je lui ai promis de te rejoindre. Un jour, nous la regarderons ensemble. Ce jour-là, je te tiendrai contre moi, je laisserai même mes doigts détacher tes cheveux. Tu auras la tête posée sur mon épaule et nous discuterons de notre avenir, oubliant ces moments de séparation comme de simples cauchemars.

Je suis désolé d'apprendre pour ma famille. J'espérais qu'ils seraient à tes côtés pour attendre mon retour. Mais, connaissant mon père, il n'en fera rien. Il préférera éviter les ennuis et la colère de mes amis en rentrant chez nous. Emmett et Jasper partir à la conquête de territoires ? Je ne crois pas, ma Bella. Ils aiment trop Rosalie et Alice ! Et puis, si elles n'étaient pas là, ils ne pourraient se chamailler. Tu vois bien comme ils ont besoin d'elles ! Je t'en prie, si tu peux les voir avant leur départ, dis-leur que je vais bien. J'imagine les inquiétudes de ma mère. Si tu pouvais lui certifier de ma bonne santé…

J'ai été interrompu par une chevauchée nocturne. Cette lettre te parviendra donc plus tard que prévu. J'espère que tu ne t'es pas trop inquiétée.

Aujourd'hui, le brouillard nous entoure. Certains pensent que nos ennemis ont des sorciers avec eux. Tu sais peut-être les diverses légendes qui existent au Nord : les chefs religieux et leurs compagnons contrôlent certains éléments de la Nature, capables de lui ordonner des tempêtes ou des sécheresses intenses. Bien sûr, James et les autres n'y croient pas. Alors, nous continuons avec précaution.

Ces dix-sept jours sans toi semblent interminables, mais je sais que bientôt, cette guerre finira. Je t'en prie, n'aie pas peur pour moi. Je connais mieux ce genre de forêts sombres et escarpées que la plus part d'entre eux.

Ne crains rien, ma Bella, tu vas enfin retrouver le sourire, je te le promets. J'y veillerai.

Sois sûre de mes sentiments, Bella.

E. »

Je relisais sans cesse cette dernière lettre. Tous les mots étaient gravés dans mon esprit et me faisaient souffrir encore plus. Cela faisait près de quinze jours que je n'avais rien reçu. J'avais envoyé une réponse, à mon tour, mais rien n'était revenu. Ben m'assurait que les informations qu'il avait étaient bonnes. Il n'y avait pas de raisons de s'inquiéter. Et pourtant, le poids sur mes épaules était de plus en plus lourd. C'était comme si quelque chose se passait, comme si je le sentais, mais je savais ne rien pouvoir faire.

_ Edward. Sanglotai-je en regardant par le carré de nuit qui apparaissait dans ma chambre.

Je pliai mes genoux contre moi, et écoutai les bruits nocturnes. Le bruissement des ailes d'oiseaux était la seule chose à rompre le silence.

_ Bella ?

La voix basse d'Angela me sortit de mes introspections, et j'essuyai mes joues. Elle entra doucement, et vint s'asseoir sur mon lit.

_ J'ai appris pour la bataille sanglante, Bella.

Je la regardai sans comprendre, et la vis rougir, en comprenant ce qu'elle venait de révéler.

_ Tu ne sais pas ?

_ Non ! Angie…

Je m'accrochai à ses épaules et la secouai presque. Qu'avait-elle voulu dire ?

Elle s'écarta un minimum et croisa mon regard.

_ Au dîner, Aro a eu une visite. J'étais à côté. Bella, ils ont été…Massacrés.

_ Non…

Ma main se posa sur ma bouche. Mon estomac était prêt à redonner tout ce qu'il avait pu prendre. Je sortis de la pièce en courant, et me retrouvai par-dessus un seau d'eau.

_ Je suis désolée, Bella, je…

Angela ne savait pas où se mettre. Je m'assis au sol, appuyée contre un mur froid. Je fermai les yeux. Je ne pouvais pas le croire. Edward avait juré…

Derrière mes paupières, je voyais encore son regard émeraude, son sourire en coin.

Edward m'aimait. Il ne pouvait pas avoir perdu.

OoOoOoOoO

Dame Esmée POV

_ Merci à vous, Maggie. Nous n'aurions jamais fini sans vous.

_ Je vous en prie. Puis-je faire autre chose ?

Je regardai autour de moi. Nos malles étaient prêtes, nos tenues de voyage aussi.

_ Ca ira, allez donc vous reposer.

_ Bien madame.

Elle me salua et s'apprêtait à sortir quand je la rappelais.

_ Maggie, je dois la voir.

Je n'avais pas besoin de préciser de qui je parlais. Maggie était aussi attachée que moi à Bella. Je m'approchai et posai la main sur son bras.

_ Ma dame, elle…Je ne l'ai pas vue depuis l'annonce qu'a faite monseigneur Aro.

_ Mais, elle doit sûrement se trouver dans sa chambre. S'il vous plait, mon fils et elle s'aimaient.

Elle soupira.

_ Je sais. Elle était heureuse avec lui. Elle releva les yeux vers moi. Suivez-moi.

J'acquiesçai. Nous parcourûmes les galeries jusqu'à un escalier dérobé près de la chambre d'Edward. J'avais beau dire et voir la douleur de chacun, je savais que rien n'était arrivé à mon fils. Je le sentais, au fond de moi. Je refusais de le croire mort si je ne voyais pas son corps. Je l'aurais bien attendu, les seigneurs Volturi ayant envoyé un groupe d'hommes et médecins retrouver les autres, mais l'état de mes enfants n'était pas assez solide pour que nous puissions leur imposer de rester ici. Et aucune requête pour emmener Bella avec nous n'avait été accordée. Nous nous en doutions mais rien ne nous était venu pour obtenir sa sécurité…

Bientôt, Maggie frappa à une porte, et attendit l'autorisation d'entrer.

_ Bella, c'est Maggie. Dame Esmée voudrait te voir.

Personne ne répondit. Au contraire, Angela sortit de sa propre chambre.

_ Elle ne parle plus. Maggie, je…Je n'aurais pas dû lui dire…Je pensais qu'elle savait !

La jeune femme n'essaya même pas de cacher ses larmes. Je m'approchai.

_ Vous avez fait ce que vous deviez, Angela. Convainquez-là, s'il vous plait.

Elle m'observa à travers ses larmes. Mon cœur de mère se serra et je la laissai lire mes douleurs et mon instinct maternel sur mon visage. Elle se redressa alors, et alla ouvrir d'autorité la chambre de Bella.

Angela entra en silence, et je la suivis pour découvrir Bella recroqueviller sur son lit. Elle regardait par la fenêtre.

_ Bella, Dame Esmée veut te parler. Répéta Maggie en fermant la porte.

Je passai de l'autre côté du lit pour m'asseoir à mon tour. Je pris la main froide de Bella, et captai son regard. Sa tristesse était si intense que je la ressentis au plus profond de moi.

_ Il t'aimait, Bella. Il n'aura pas abandonné. Si tu l'aimes comme tu dis, tu le sais, tu le sens.

Son regard était comme éteint face au mien. Je m'approchai et lui parlai à l'oreille.

_ Il veut t'épouser, Bella, crois-tu réellement qu'il aura laissé quelqu'un l'en empêcher ?

Ma voix trembla et elle s'en rendit compte. Elle serra ses doigts autour des miens, et je passai une main douce sur son front.

_ Ca fait mal, ma dame.

_ Je sais. Mais crois-moi, je le saurais si mon fils n'était plus. Une mère sent cela.

Une lueur d'espoir apparut dans ses prunelles. Sa jeunesse et sa douceur étaient bien ce qui avait attiré mon fils dès le départ. La voir si fragile réveillait en moi un besoin de la protéger. Je ne pouvais pas la laisser ainsi. Mais que pouvais-je faire ?

Alors ? Ca a répondu à vos questions ? (ça en a créé d'autres ?) Gniark Gniark

Puisque je suis en vacances (bon d'accord, je dois réviser pour le concours en septembre), j'ai un peu plus de temps pour écrire et surtout des chapitres d'avance, donc il se peut que je poste toutes les semaines d'ici fin Juillet. De là, nous verrons où nous en sommes.

A très vite,

Bises Spuffy