Chapitre 12


Dans la petite pièce contenant le bassin, un effroyable grincement métallique retentissait. Phanès se précipita depuis sa chambre, et se pencha sur l'eau rouge qui brillait d'une lueur menaçante... Elle ouvrit des yeux horrifiés, puis se sentit envahie d'une fureur froide...

Dans les ondes rougeoyantes, une énorme masse dorée s'agitait, détruisant tout sur son passage, sous les hurlements terrifiés de son peuple...


Les deux enfants étaient à la Citée du Centre. Juste au pied de la montagne... Et lui, était enfermé là, sans même pouvoir rentrer chez lui...

Roy fixait d'un oeil noir le bassin, au-dessus duquel il était penché, assis sur un siège de roche. Il n'aimait pas les savoir aussi près du Seigneur... Mais en même temps, il se sentait satisfait qu'ils soient arrivés presque jusqu'à lui... En revanche, il n'appréciait pas le dyona qui les accompagnait... Il avait une aura noire autour de lui, comme un malheur... Tout à ses pensées, il ne s'aperçut pas que Maes s'agitait à ses côtés.

"Hum... !"

"?... Oui ?"

"Euh... il y a... en fait, c'est..."

"Quoi !"

"Zolf demande à te voir..."

Silence dans la petite grotte. Roy ne retint pas un grognement mécontent, mais il se leva ; il ne pouvait rien faire d'autre, de toute façon... Que voulait-il encore ?! Déjà toutes les créatures, et puis Lilith... Et le Gardien, où était-il ? Que comptait-il encore faire pour détruire plus rapidement son royaume... ?


L'escorte arriva à la Citée de l'Est en toute discrétion ; le capitaine de garde emmena lui-même les jeunes gens dont le mieux gardés des cachots, et les laissa là, sans autre explication que :

"Attendez sagement ici, quelqu'un veut vous voir !"

Ils ne répondirent pas, Lin se contentant d'un regard assassin ; Frank sourit et referma soigneusement la porte de fer. Quand les bruits de ses pas se furent éloignés, Winry se laissa tombée dans la paille humide, au sol, et se cacha le visage... Lin se rapprocha d'elle.

"Hey... ! Ne t'inquiètes pas, je suis sûr qu'il ne se passera rien.. Après tout, je n'ai rien fait de mal, n'est-ce pas ? Ils ne peuvent pas nous garder... !"

Il s'assit près d'elle, passant un bras autour de ses épaules, sous les cheveux blonds ruisselants d'eau de pluie... Car bien sûr, pendant leur trajet, les soldats n'avaient pas jugé utile de les couvrir... Lui aussi se sentait frigorifié... Il frotta gentiment le dos de la jeune fille qui tremblait contre lui...

La porte se rouvrit bientôt.

Un homme entra, grand, brun, avec deux sabres qui dépassaient de son dos, et un cache-oeil noir qui lui couvrait la moitié du visage...

Lin se releva aussitôt, devant son amie.

"Vous !!"

"Moi ?"

"Je vous reconnais ! C'est vous qui avez attaqué le bateau !?"

"Tout à fait ! Heureux que tu te souviennes de moi ! Comment vas-tu ?"

"Ne plaisantez pas !"

"Je t'assure que ma question est très sérieuse..."

"Qu'est-ce que vous voulez... ?"

"Tu as l'air d'aller bien... C'est l'essentiel ! Maintenant, tu vas me suivre gentiment... sans opposer de résistance inutile, n'est-ce pas ?"

"Et pourquoi cela ?!"

"Crois-moi, tu n'as pas envie de le savoir..."

Il s'empara du bras du garçon et l'entraîna à sa suite, sous ses cris et protestations ; mais la poigne de Wrath était trop forte, et Lin ne réussit pas à s'en dégager.

Winry se releva rapidement pour les suivre, mais la porte se referma devant elle, la faisant tomber à terre. Quand elle rouvrit les yeux, elle fondit en larmes...


Giansar était de retour à Amestris, après une petite altercation avec un autre bateau en mer... En réalité, il l'avait littéralement coulé, et n'y avait plus fait attention...

À présent, il marchait dans les plaines de l'Est, vers le Sud, en direction de la forêt. Il avait encore des choses à faire.

Hadar était resté à Xerxes. Ce qu'il était devenu ? Disons qu'il avait eu suffisamment de courage pour ne pas crier trop fort... Qui aurait cru que le cheval était une viande si délicieuse ? Il rit. Seul, dans le désert d'herbes folles, cela résonna un peu... Il était bien, comme ça... seul au monde...

Il marcha longtemps. Jusqu'à la forêt, à travers laquelle il continua vers l'Ouest. Combien de temps cela dura-t-il ? Il n'en avait aucune idée... il ne ressentait pas la fatigue...

Il arriva bientôt dans une clairière. Il y avait un petit étang, au milieu, autour duquel poussaient des roseaux et toutes sortes de fleurs, des iris, des nénuphars... Un saule immense le recouvrait d'une ombre timide, tachetée de ronds de lumière. Et assise tout près, les pieds dans l'eau, dans une courte tunique blanche...

Il s'immobilisa aussitôt. Non, c'était impossible... pas elle aussi... Comment Roy voulait-il qu'il l'aide, s'il laissait sortir de telles abominations ?!

Il inspira un grand coup et jugea plus sage de s'éloigner... Mais elle tourna ses yeux verts vers lui, sa crinière rousse cascadant en de longues boucles sur ses épaules...

"Giansar... ?"

Il ne répondit pas. Quelle voix ! Il avait tout intérêt à faire très attention...

"Quelle surprise... Tu es sorti depuis longtemps... ?"

"Ne joue pas à la petite fille innocente... C'est un rôle qui ne te sied guère..."

Elle fit une horrible grimace.

"Hn hn... Toujours autant sur tes gardes, n'est-ce pas ?"

"Surtout quand il s'agit de toi..."

"Tu n'es pas heureux de me revoir... ?" fit-elle, avec une moue enfantine, un doigt sur ses lèvres carmin...

"Allons, tu ne connais même pas le sens du mot heureux..."

Elle baissa la main, la posant avec élégance sur l'herbe tendre autour d'elle.

"Tu as raison. Veux-tu venir te rafraîchir ?"

"Pourquoi ? Tu as empoisonné l'eau ?" demanda-t-il, s'approchant d'elle malgré tout.

"Oh... Tu ne me fais pas confiance... ?" Il s'assit à ses côtés, sans toucher l'eau claire.

"Pas le moins du monde... !"

Il se pencha vers elle avec un grand sourire, auquel elle répondit tout en inclinant la tête. Il effleura ses lèvres en murmurant :

"... Ma douce Lilith..."


Dans la salle du Conseil, quand Roy arriva, précédé de Maes, il y retrouva Hécate, Rose et Mawroh, autour du bassin, qui semblaient soucieux et inquiets. Ils s'approchèrent. Derrière la magicienne, Roy remarqua une autre femme, dans une élégante robe noire, ses longs cheveux de la même couleur, et des yeux mauves comme ceux d'Envy... Elle ne croisa pas son regard, fixant consciencieusement le sol. Maes rejoignit les autres autour du bassin, et Roy s'arrêta un peu plus loin.

"Que se passe-t-il ? Où est Zolf ?"

"Hum... nous voulions te parler avant lui..."

Hécate détourna les yeux, mal à l'aise ; le vieux Mawroh secoua la tête dans un signe de découragement, et ce fut finalement Maes qui reprit la parole :

"Le... Gardien. Nous savons où il est et ce qu'il fait..."

Un silence.

"Et bien ?" fit Roy, attendant.

"Et bien... il est... à Xing..."

"Xing ?"

"C'est Phanès qui nous a prévenu... Elle en a parlé à Hécate..."

"Elle est désespérée" continua celle-ci ; "Son peuple est en danger, mais elle n'a aucun contrôle sur le Gardien de Greed..."

"En danger... ? Il détruit tout... ?"

"Oui. C'est moi qui ai dû lui faire traverser la mer..." avoua Mawroh. "Je suppose que Zolf a pensé qu'elle céderait plus facilement s'il menaçait son peuple..."

"C'est digne de lui... ! Et maintenant ?"

"Elle refuse toujours d'accepter, mais... elle ne peut pas non plus laisser le Gardien anéantir Xing." répondit Hécate.

"Est-ce qu'elle en a parlé avec... ?"

"Bêlit ? Oui, mais celle-ci n'a aucun pouvoir de décision. Et de toute façon, elle te déteste trop pour te laisser son royaume..."

"Je m'en doute bien. Mais que vont-elles faire ?"

"Justement..." reprit Maes. "Elles ne savent pas quoi faire... et nous non plus."

Un silence. Personne ne parla pendant un long moment, méditant sur la gravité de la situation... Puis Roy demanda :

"Zolf... savez-vous ce qu'il me veut ?"

"Aucune idée..." avoua Maes. "Mais il avait l'air... joyeux..."

"?... Des problèmes en perspective, si je comprend bien..."

"Hélas, j'en ai bien l'impression... Roy, écoute... Il y a autre chose. Il n'a pas seulement envoyé le Gardien à Xing... dis-lui, Hécate..."

"En fait... Phanès pense qu'il ne veut pas s'emparer uniquement du royaume de Bêlit ; elle pense que ses créatures ne lui suffisent pas... C'est le contrôle total de Xing, qu'il désire. Il a fait enlever son héritier..."

"... ?? Pardon ? Son héritier ? Mais elle est seule... ?"

"Oui, bien sûr, c'était un pacte avec l'Empereur de Xing. Il ressemble peut-être à son père, mais c'est son fils à elle..."

"Je ne savais pas... !"

"Et maintenant, il a été enlevé... Nous pensons que Zolf compte s'en servir comme otage. C'est même fort probable."

Roy commençait à se sentir un peu perdu.

"Et que pouvons-nous y faire... ?"

"Pas grand-chose, c'est vrai... Mais au moins nous assurer qu'il reste en vie et en bonne santé... Zolf ne fera pas attention à lui, c'est un mortel, après tout..."

"À moitié seulement, remarquez..." lança Maes.

Un long silence. Roy le fixa plusieurs minutes, les idées fusant dans son esprit, bien éloignées du prince de Xing... Il fut coupé dans ses réflexions par Hécate, qui reprit :

"Il y a aussi cette jeune fille. Vous êtes au courant de cette histoire avec le seigneur de la Citée de l'Est ? Et bien, cette petite fille est en ce moment même prisonnière, et va probablement subir les foudres de l'imbécile de seigneur si personne ne l'aide à sortir de là..."

"En quoi est-ce que cela nous concerne ?"

"C'est la petite amie du fils de Phanès."

"... oh."

"Le moins que l'on puisse faire, c'est aider cette petite..."

"Comment ?"

"Ça, Roy, tu peux le faire."

"... ?? Et comment ? Je n'ai pas de temple à la Citée de l'Est..."

"Pas besoin de temple !" coupa Maes avec un petit sourire ; "Utilise ceux qui sont déjà dehors... !"

"Mais... ?"

"La jeune fille est protégée ; c'est moi qui l'ai marquée..." intervint Rose. "Il est facile d'en repérer la trace pour certaines personnes."

"... Je vois... Écartez-vous un peu..."

Ils se reculèrent du bassin, et Roy s'y pencha, effleurant l'eau rouge qui crépita, puis une image apparut ; il s'agissait d'une forêt, ou d'un bois, mais le corbeau blanc était là. Il claqua des doigts, et les éclairs s'enfoncèrent dans l'eau : le corbeau leva la tête, puis semblait s'élever vers eux, et enfin, Envy apparut au-dessus du bassin, assis en tailleur sur l'eau bouillonnante...

Il jeta un oeil autour de lui avant de sourire :

"Hey ! Lust, ça fait un bail !"

La femme aux yeux mauves détourna la tête, sans répondre, les bras croisés sur sa poitrine.

Il reporta son attention sur Roy, qui le fixait impatiemment.

"Vous savez que j'ai horreur d'être ici !"

"Seigneur..." fit-il avec ironie. "Sois heureux d'être ici et pas ailleurs..."

"Hum ! Ou...oui. Vous... vouliez me voir ?"

"J'ai une mission pour toi."

"Encore une ?! J'étais en train de surveiller vos gosses, je vous signale ! Et ils en ont bien besoin, avec tout ce qui traîne dans les bois de la montagne !"

"...? Que veux-tu dire... ?"

"Oh, ben, vu la bestiole qu'ils ont emmené avec eux, ils sont plus ou moins en sécurité, mais vous savez aussi bien que moi que la montagne n'est pas fréquentable ; même pas la ville du centre, c'est pour dire..."

"... Tu y retourneras plus tard. Pour l'instant, il y a quelque chose de plus important qu'il faut que tu fasses."

"... je vous écoute..."

"Une jeune fille à la Citée de l'Est porte la marque de Rose ; il faut la retrouver et la mettre en sécurité. Ensuite, le fils de Phanès est en danger..."

"Holà holà ! Attendez une minute ! Quelle fille ?? Et c'est qui, ce fils ??"

"Je t'ai dit qu'elle portait la marque de Rose... tu pourras la retrouver, non ?"

"Oui, mais... je suis pas... enfin, mes capacités sont quand même limitées..."

"Et bien, fais-toi aider."

"... ?? ... Oh, je vois ! ... Ah ! Mais non ! Pourquoi lui !?"

"Il est moins limité que toi..."

"Ne croyez pas que je n'ai pas entendu le sarcasme... ! Bon, et après avoir délivré la fille, je fais quoi ?"

"Retrouve le prince de Xing. Il est fort probable que Zolf cherche à se servir de lui contre Phanès..."

"Mouais... c'était couru d'avance... Et je le récupère comment ?"

"Sans te faire remarquer."

"... bien sûr. C'est tout ?"

"Je pense..." fit Roy en se tourna vers les autres. Ils hochèrent la tête. "Ensuite, tu retourneras à ta surveillance..."

"Pas de problème. Ce sera fait ! Au fait, patron..."

"... ?"

"C'est moi, ou vous avez l'air de mauvaise humeur ?"

Un claquement de doigts lui répondit... Il s'enfonça vite dans l'eau, se retrouvant au même endroit qu'il avait quitté un peu plus tôt.

Alors que les derniers éclairs électriques disparaissaient de la surface du bassin, les portes de la salle du Conseil s'ouvrirent, et le Seigneur entra, un grand sourire aux lèvres...


Sous la toile tendue à l'arrière de la carriole, Lin se débattait avec ses liens. Les bruits de sabots des chevaux étaient rapides, et il était ballotté de part et d'autre des planches de bois... Il avait beau essayer, les cordes rouges qui l'immobilisaient se reformaient aussitôt qu'il arrivait à les arracher, s'enroulant à nouveau autour de ses poignets dans des crépitements électriques... Il ignorait où ils étaient, mais il venait à peine de quitter la Citée de l'Est : où qu'ils aillent, il devait réussir à s'échapper avant leur arrivée... !

Soudain, il n'y eut plus de bruit. Plus de mouvements non plus. Il se redressa tant bien que mal, et tenta de voir par les fissures de la toile ; bleu... ? il ne voyait pas le paysage...

Un pan s'ouvrit, et Wrath apparut, souriant, l'air très fier de lui :

"Toutes tes tentatives sont inutiles, jeune homme. Je t'assure qu'il ne t'arrivera rien si tu restes tranquille."

"Où allons-nous ?!"

"Hn hn... tu verras, nous sommes presque arrivés."

Lin ouvrit de grands yeux surpris : déjà ? Alors qu'ils venaient de partir...?

Dans un rebond, la carriole se remit en route, mais les chevaux ralentirent rapidement... Puis Wrath revint, et l'attrapa par le bras pour l'obliger à se relever ; il le fit descendre, et Lin resta stupéfait en voyant le décors autour de lui...

Une montagne ?? Mais où étaient-ils ? Et comment étaient-ils arrivés aussi vite... ??

Il lui sembla comprendre - un peu - en apercevant les chevaux ailés qui tiraient la charrette...

Sans prendre la peine de lui donner une explication, Wrath l'entraîna, toujours ligoté, à travers les sentiers de terre rocheuse, de plus en plus haut, laissant les chevaux se transformer en petites boules lumineuses, avant de reprendre place dans la poche de sa veste... Il abandonna la charrette, et monta sur les flancs de la montagne...

Ils grimpèrent de longues heures... Lin se sentait faiblir à chaque pas ; cet homme n'était pas humain ! Puis, tout à coup, il s'enfonça, le tirant à sa suite, dans une crevasse affleurant la roche dure ; au bout de quelques pas, Lin découvrit une petite salle, comme sculptée, avec au centre, un bassin de pierre, au milieu d'une sorte de tonnelle ronde, formant un dôme au-dessus du fameux bassin... Il n'eut pas le temps d'en voir plus qu'il fut précipité à terre ; son visage s'entailla sur le sol rocheux et inégal... Mais il était trop épuisé pour tenter de se relever...

"Nous y voilà ! Cela va prendre du temps, mais... nous en avons, maintenant, n'est-ce pas ? Reste tranquille, que je commence..."

Wrath s'avança au-dessus de l'eau rouge du bassin, et versa un liquide de la même couleur dedans. S'en suivit un long sifflement, insupportable pour des oreilles humaines, tandis que l'eau crépitait et fumait, emplissant peu à peu la salle d'une épaisse fumée rougeâtre...

Lin suffoqua... Ajouté à sa fatigue et ses blessures, il finit par perdre connaissance, sous l'oeil de Wrath, qui surveillait toujours l'eau du bassin...


"Roy !"

Un grand silence lui répondit...

"Hum ! Où étais-tu ?"

"Je ne vois pas en quoi cela vous concerne..."

"Dans la mesure où je t'ai ordonné de rester au Palais, j'espère que tu n'as pas désobéi ?"

"... Non."

Le Seigneur sourit, voyant l'air furieux du jeune dieu.

"Vous vouliez me... parler ?"

"Effectivement... J'ai une bonne nouvelle. Pour moi, cela va de soi... !"

Il s'écoula un long moment de silence, Zolf attendant que Roy dise quelque chose, et Roy attendant que Zolf continue... Le jeune dieu était plus patient :

"Puisque tu fais partie du panthéon, tu es convié à la réunion qui aura lieu tout à l'heure..."

Silence choqué : personne n'était au courant de cette réunion ; que préparait donc le Seigneur ?

"Donc, reste ici le temps que les autres arrivent... !"

"Rester... ?"

"Dans la salle, oui. Vous tous, d'ailleurs. Installez-vous !"

Lentement, chacun se rendit à son fauteuil ; une fois qu'il fut assis, Zolf lança :

"Oh, Roy... Reste près du bassin. J'aurai quelque chose à te dire..."

Roy s'immobilisa, inspira profondément, puis retourna là où il était un instant auparavant... Rester debout... ? Dans combien de temps aurait lieu cette réunion... ? Il jeta un regard froid au Seigneur, qui lui sourit en retour...


"Une mission, dis-tu ?"

"Oui... c'est d'un ennui... Mais j'ai eu la liberté grâce à cela..."

"M'en parleras-tu ?"

"Pourquoi pas... Je suis censée retrouver deux enfants..."

"...? Deux petits blonds ?"

Elle tourna vers lui un visage radieux :

"Oui ! Oui ! Tu les connais ? Où sont-ils ?"

"Aucune idée."

"Ce n'est pas drôle... !" bouda-t-elle. Elle avait l'air d'une véritable enfant... Une jeune fille à peine sortie de l'adolescence, et pourtant déjà aux formes généreuses... Il détourna la tête. Cela faisait partie de son charme, mais il ne se laissait pas avoir si facilement : et c'était grâce à sa résistance qu'elle lui avait laissé la vie sauve depuis si longtemps...

"Il faut que je les retrouve, mais je ne suis pas pressée... Ils ne sont plus dans cette forêt, ça, je le sais... Enfin, cela me permet de profiter un peu de cette nouvelle liberté... !"

"Es-tu consciente que cela ne durera pas ?"

"Oh... ? Pourquoi pas ? Zolf est toujours si gentil avec moi... ! Je suis sûre qu'il me laissera tranquille..."

"Ne fais pas l'idiote. Zolf ne tiendra pas encore longtemps."

"Giansar ! Comment peux-tu dire cela ?" s'exclama-t-elle d'une voix aiguë.

"Arrêtes de jouer, tu ne me trompes pas..."

Elle grimaça, puis lui sourit gentiment.

"Alors, aurions-nous le même objectif ?"

"Hmm... pourquoi pas ?"

"Sais-tu ce que je risque à désobéir ?"

"Mais c'est justement cela qui t'amuse, n'est-ce pas ?"

Elle rit, d'un son enchanteur, mais hypocrite aux oreilles du sorcier...

"Tu as gagné ! Que veux-tu ?"

"Ne touche pas aux enfants."

"Lesquels ?"

"Ceux que Zolf t'a demandé de chercher..."

"Ils sont si importants ?"

"Ils le sont pour Roy, je pense..."

Ses yeux s'écarquillèrent, et un grand sourire étira ses lèvres.

"Roy... ?" minauda-t-elle. "Oh, c'est chou... !"

"Lilith, ne touche pas aux enfants."

"J'ai compris !" répliqua-t-elle, perdant ses manières. "C'est tout ? Que vais-je faire d'autre ?"

"Et bien... tu pourrais... commencé par récupérer les Kérès et les Juments..."

"Et je joue aux gentilles filles ? Très peu pour moi !" Elle ajouta d'une voix suave : "Tu me connais mieux que cela..."

Giansar n'y fit pas attention. C'était un don, il n'y avait que cette explication, car un homme ordinaire serait déjà mort de bonheur en cet instant - littéralement...

"Si tu aides Roy à les ramener, je sais qu'il te récompensera. C'est l'équivalence, c'est ainsi qu'il pense..."

"Hum... Je vais y réfléchir... En attendant... Tu viens nager ?" Et elle glissa le long de la berge, dans l'eau claire et fraîche de l'étang, en riant. Le sorcier secoua la tête, avec un sourire.

"J'ai des choses à faire. Mais j'ai été ravi de te revoir, ma belle..."

Elle le fixa une seconde, mais ne releva pas la remarque. Alors il se leva, épousseta ses vêtements, et quitta la clairière.

"Giansar ?" Il se retourna. Accoudée entre les joncs de la rive, elle agita la main, et lui envoya un baiser, ses yeux verts pétillants de malice... Il frissonna.

"Oh oh..." songea-t-il, un mauvais pressentiment lui enserrant le coeur ; mais il sourit, et se détourna ensuite.


Il avait à peine quitté la forêt, en direction de l'Ouest, qu'une forme soudaine tomba du ciel. Il baissa les yeux, pour voir quelle était donc la pauvre créature au sol...

Le corbeau blanc se redressa, et, dans un crépitement d'éclairs électriques, Envy apparut.

"Tiens tiens... Que me vaut ce plaisir ?"

"... Non partagé, je te l'assure !" répliqua l'androgyne. "Roy a une mission pour toi..."

"Une mission ?"

"Oui, une mission ! De la part de Phanès..."

"Oh ? Alors cela change tout... Quelle est cette... mission ?"

"Son prince héritier a disparu, et sa petite amie aussi."

"Sa petite amie... Une jeune fille blonde, aux yeux bleus ?"

"?? Il me semble... Comment sais-tu ?"

"Je l'ai déjà rencontrée... Que puis-je faire ?"

"Récupère la fille, il ne doit rien lui arriver. Mais... comment as-tu su que je parlais d'elle ?"

"Elle était marquée... Maintenant, je comprend qu'il s'agissait d'un cadeau de... Rose, n'est-ce pas ?"

"Euh... sûrement..." fit Envy, un peu perdu.

"Et où est-elle ?"

"À la Citée de l'Est. Il faudrait que tu te dépêches..."

"Hum... Bien, je peux m'en occuper en priorité... Mais je n'y arriverai pas si rapidement... À moins que... tu ne me donnes un coup de main ?"

Comme il s'y attendait, il dut esquiver la gifle que tenta de lui mettre Envy... Mais celui-ci, bien qu'affichant une expression menaçante, se changea en dragon vert et doré, semblable au Gardien, et le Sorcier grimpa sur son dos...


Giansar entra dans la ville. Le dragon vert derrière lui s'installa dans l'herbe, l'attendant. Avec un sourire, et un esprit d'efficacité, le sorcier leva les mains et traça une sorte de cercle dans les airs ; puis il continua sa route, vers le palais de la cité.


Winry était toujours en larmes, dans sa cellule... Elle se demandait ce qui allait lui arriver, et surtout, elle était affreusement inquiète pour Lin... Trois heures qu'il était parti avec ce... cet homme... elle ne savait pas où il était, s'il était en danger, s'il était même... toujours en vie... Chaque fois qu'elle s'attachait vraiment à quelqu'un, il arrivait malheur à cette personne... Comme ses parents...

Cela la fit repenser à cette horrible histoire... celle que la vieille madame Pinako lui avait racontée... Comment avait-elle pu oser... ! Elle ne lui pardonnerait jamais... Ses parents... et ces deux médecins qu'elle avait cru être ses parents... Quelle ironie, quand elle y pensait. Et cette femme, qui l'avait laissée toute seule... Heureusement que les Armstrongs avaient été là pour elle... Eux étaient une vraie famille... Et maintenant, avec Lin...

Elle ravala ses larmes. Il fallait qu'elle sorte d'ici !

Déterminée, elle se redressa et se dirigea vers la porte de fer, solidement fermée, puis se pencha pour en examiner la serrure. Alors qu'elle commençait à crocheter, non sans succès, la porte s'ouvrit brusquement, l'envoyant voler au sol ; massant son front douloureux, elle leva les yeux, et vit...

"OH !!"

Plaquant une main sur sa bouche, elle se releva et recula jusqu'au mur derrière elle...

"V...Vous... ?"

"Vous êtes Mademoiselle Winry ?"

"... ?? Que... Qui êtes-vous ? Qu'est-ce que vous faites là ? Qu'est-ce que vous voulez ?!"

"Je viens vous faire sortir, mais si vous préférez rester ici..."

Il fit mine de repartir, lui tournant le dos, et s'éloigna dans le couloir. Winry, d'abord stupéfaite, le suivit rapidement ; il atteignit une autre porte, au bout du couloir, et elle courut le rejoindre.

"Pou... pourquoi ?"

"Je vous demande pardon ?"

"Pourquoi m'aidez-vous ?"

"Hmm... disons que j'ai une dette envers un vieil ami."

"Lin ?"

"Hum ? Ah, le garçon... non, pas... Lin. Un vieil ami. Je dois vous conduire en sécurité..."

"En sécurité ? Et Lin ?"

"Hum. Vu l'endroit où il se trouve actuellement, on ne peut plus rien faire pour lui..."

Tandis qu'ils parlaient, ils avaient gravi plusieurs escaliers, traversé de nombreux couloirs, et enfin, finissant sa phrase, il ouvrit une autre porte et sortit... dans la cour du palais. Pleine de soldats, et de gens de passage qui ne manqueraient pas de la ramener bien vite à sa cellule...

Elle se figea, dans l'ombre de la porte, pétrifiée. Comment allait-elle sortir ?

L'homme se tourna vers elle avec un air impatient, et moqueur aussi...

"Vous venez ?"

"Mais ??"

"Restez près de moi, et nous pourrons sortir tranquillement..."

"... ??" Elle obéit toutefois, et se rapprocha un peu de lui. Puis ils commencèrent à traverser la cour...

Étrangement, personne ne prêtait attention à eux, et ils arrivèrent finalement hors du palais...

"Mais ?? Pourquoi personne ne nous a arrêtés ??"

"C'est bien simple, jeune fille : personne ne nous voyait."

"... quoi ? Je ne comprends pas..."

"Nous nous sommes déjà rencontré, Mademoiselle Winry. Vous souvenez-vous ?"

"Oui... !"

"Je suis un sorcier."

Silence. Winry stoppa net au milieu de la rue, les yeux écarquillés. Giansar se tourna vers elle avec un sourire étrange :

"Ne m'obligez pas à vous faire avancer de force, mademoiselle. Nous sommes pressés."

Mais elle recula d'un pas.

"Qui... êtes-vous... ? Pourquoi être venu me chercher ? Qu'est-ce que vous voulez ?"

"Je vous l'ai dit, je dois vous mettre en sécurité. À cause d'une dette. Ensuite, je dois aller délivrer votre petit ami. Chaque seconde que vous nous faites perdre ici est une seconde de moins pour le retrouver. Alors, si vous le voulez bien, avancez..."

Il continua. Mais la protection d'invisibilité ne s'étendait qu'autour de lui, et quand Winry entendit derrière elle : "Hé ! Toi, reviens-ici !!", elle courut pour rattraper le sorcier, et finalement, ils se retrouvèrent hors de la cité.

Elle poussa un cri de peur en voyant l'énorme dragon vert et or, mais le sorcier la retint par la main.

"Il va vous emmener en lieu sûr. Ayez confiance, nous ne faisons qu'obéir aux ordres... Vous n'avez rien à craindre."

Le dragon leva les yeux au ciel, puis baissa la tête pour leur permettre de grimper. Et il s'envola à nouveau.

"Où ?" grogna-t-il.

"Vers le Sud. Je sais qui pourra s'occuper d'elle." répondit Giansar, la jeune fille accrochée à sa taille derrière lui.


Tout le panthéon était à présent réuni... Roy, toujours près du bassin, au milieu de la pièce, sentait les regards peser sur lui, en particulier celui du Seigneur... Il n'aimait pas cela. Au bout d'un très long moment de silence, Zolf prit enfin la parole.

"Roy... Sais-tu pourquoi je t'ai laissé sous terre, toutes ces années... ?"

Il ne répondit pas, se contentant de garder une expression neutre. Maes s'agitait sur son fauteuil ; il sentait le danger, lui aussi, tout comme Hécate, et Riza...

"Pendant tout ce temps... j'ai cherché un moyen... quelque chose qui... me permettrait enfin d'être sûr... que je ne te reverrai plus..."

Un lourd silence s'abattit un instant sur la salle angoissée... Le Seigneur abordait un sourire si immense qu'ils étaient terrifiés rien qu'en le regardant... Roy commençait lui aussi à se sentir mal à l'aise...

"Et aujourd'hui... j'ai enfin obtenu ce que je désirais... Et cette fois-ci... tu ne pourras rien y faire... !"

Cette fois-ci, Roy prit vraiment peur...


Mis à jour le 01/01/2010
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