Chapitre 14 : Elira Black, Linda Brown
Cela faisait un bon mois que son dernier était né et Elira s'habituait à sa nouvelle maison. Il n'y avait plus de cartons et de nouvelles étagères s'alignaient sur les murs du salon qui paraissait toujours très vides. Elle avait mis le bébé dans sa chambre et les deux autres dans celle d'à côté, laissant deux pièces vides.
Quand tous les enfants dormaient elle créait de nouvelles potions ou s'occupait simplement à produire de plus grandes quantités pour créer des stocks. Elira désirait laisser intact le compte qu'elle partageait avec son mari, et pour cela il fallait qu'elle s'ouvre un compte moldu en France et trouve un moyen de gagner de l'argent.
Il lui suffisait pour cela d'ouvrir la boutique mais elle ne savait pas trop comment s'y prendre.
Début septembre, elle possédait de grandes quantités de potions utiles en guise de cosmétiques. Mais elle n'avait pas suffisamment de flacons différents ou d'emballages pour les vendre. Sa situation, plutôt sans issue fut résolue par l'arrivée inopinée de Linda.
C'était un mardi matin, le ciel était encore gris et Elira venait de se recoucher après une nuit mouvementé à cause de Judicaël. Quand elle entendit la cloche de la porte d'entrée sonner elle fut très surprise : ses voisins ne venaient presque jamais et elle sortait peu. Elle descendit cependant à la hâte, le visage encore endormi.
Elle eut à peine ouvert la porte que Linda se précipitait à l'intérieur et la serrait dans ses bras à l'en étouffer.
-Tu ne sais pas à quel point j'ai dû chercher pour trouver où tu étais ! Tu es vraiment venue t'installer dans un coin perdu !
-Linda ? Qu'est-ce que tu fais ici ?
-Je sui venue te voir bien sûr ! Tu as la mine un peu pâle, cet endroit est parfait ! J'ai eu tellement d'ennui avec la paperasserie du transplanage international, c'est incroyable ! Je suis épuisée !
-je veux bien te croire ! Et donc tu as fait tout ce chemin pour me voir ?
Linda n'avait pas changé, elle était toujours aussi vive et pleine d'énergie, son visage toujours maquillé avec la perfection d'une poupée ne trahissait pas la perte de sa meilleure amie, ni même les nombreuses privations qu'elle avait dû subir lors de la guerre.
-Oui, bien sûr que je suis venue te voir ! Je m'ennuie terriblement tu sais ! Bien sûr que j'ai ma petite fille mais je la laisse pendant la journée. Alors je me suis souvenue que tu avais parlé d'une boutique, et on s'était tellement amusée à faire des bouteilles, enfin des flacons… Alors je me suis dit que je viendrai te voir pour en parler. Et voilà que tu as déjà trouvé la boutique parfaite ! Il ne nous reste plus qu'à l'emporter en Angleterre.
-Pardon ? Linda, tu es très gentille, c'est vraiment charmant de venir jusqu'ici pour me proposer de travailler avec toi, mais il y a une chose que tu n'as pas comprise : je reste ici.
-Je suis charmante ? Tu trouves vraiment ? Ici ? Dans cette boutique, mais naturellement !
-Non Linda, ici en France !
-Ici ? Ce n'est pas possible de faire bouger une boutique ?
-Ce n'est pas ça, bien que ce soit certainement une donnée essentielle du problème, je veux rester ici. Linda, l'Angleterre n'est pas un cadre idéal pour moi en ce moment.
-Vraiment ? Il pleut moins qu'avant tu sais !
-Je sais, on est en été ! Je m'appelle Black, tu as oublié ? Mon mari est en prison et les gens ne vont sûrement pas oublier ce « détail » en me voyant.
-Mais Elira, tu n'as rien fait !
-Ce n'est pas la question, ils verront mon mari à ma place. Ecoute je suis très touchée que tu sois venue…
-Elira, je suis vraiment venue avec l'intention de travailler avec toi, pas parce que tu es la plus brillante, la plus intelligente, la plus douée, la plus… culottée, bien que ce soient des facteurs essentiels. Tu es mon amie, une des dernières bonnes amies que j'ai encore, tu as un potentiel énorme dans un domaine qui ma passionne alors je vais t'aider à devenir une renommée mondiale !
-Mondiale ?
-Du moins assez connue !
-Tu sais Linda, je pensais justement à toi ces derniers temps, tu n'as pas d'autres idées de flacons ?
-Mais chérie, tu crois que je suis venue avec les mains vides ?
-Oh, tu es toujours tellement prévoyante !
-Bon, tu as un étage, ce sera plus confortable, montons et je te montre ce que j'ai !
Les deux jeunes femmes montèrent au salon et Linda ne put s'empêcher de déclarer « admirable » tout ce qu'elle voyait. Finalement Elira réussit à la faire asseoir et lui montra ce qu'elle avait déjà.
Linda pouvait paraître très superficielle mais dès qu'elle se plongeait dans un domaine qui l'intéressait comme la mode ou les potins alors elle était redoutable. Elle avait apporté suffisamment de croquis pour satisfaire amplement aux PSFF (potions sans flacon fixe).
Suivant les croquis Elira s'occupa alors de créer les bouteilles de verre pendant que Linda ensorcelait des plumes pour qu'elles recopient des étiquettes à coller sur ces flacons.
Quand les enfants se levèrent, elles durent se mettre sur une table pour éviter que les petits ne cassent les bouteilles ou ne mâchent les étiquettes.
Avec l'aide de Linda, Elira réussit en une semaine à finir de mettre en bouteille tous les stocks qu'elle avait. Elle aménagea dans le petit réduit noir juste derrière la boutique, un grand nombre d'étagères sur lesquelles elle entassa tout ce qu'elle avait.
Linda passa la semaine suivante à aider son amie à organiser la boutique, à mettre sur les étagères tous les flacons, à poser de manière attirante tous les produits sur des petites tables ou dans la vitrine, tout en décorant avec du tissus, des rubans et des fleurs.
Elira aimait beaucoup Linda mais elle savait qu'on ne pouvait pas rester longtemps dans la même pièce qu'elle sans risquer de devenir fou. Aussi, elle laissa à son amie le soin de s'occuper d'une grande partie de la boutique pendant qu'elle peignait sur la vitre de la devanture.
En grandes lettres roses, rouges et violettes elle indiqua : « cosmétiques et maquillages » « tout ce dont vous pouvez rêver » « ici, notre inspiration c'est vous » et enfin, tout en haut, à côté d'un sigle elle marqua le nom de la boutique et de la marque qu'elle créait avec Linda : « Fairy Wings ». Linda aimait beaucoup l'idée des fées chez les moldus et Elira rêvait d'apprendre à voler. De plus les petites étoiles qui tombaient des deux ailes qu'on voyait sur le sigle rappelaient celles des baguettes magiques.
Quand Elira eut fini de peindre la devanture et se fut assurée que de la rue on ne voyait pas l'intérieur de la boutique elle se décida à travailler avec Linda. Cette dernière avait un don pour tout bien arranger mais son esprit pratique était très limité.
Elira dut se battre pour mettre les boîtes d'emballage derrière le comptoir, les petites tables sur les côtés et pas en face de la porte. Enfin leur plus grande dispute fut sur le rayon sorcier.
Elira comptait vendre à des moldus en mettant sur les étiquettes une foule de produits qui sembleraient normaux, tout en conservant un rayon sorcier avec les potions qui montraient au premier coup d'œil qu'elles étaient magiques, comme le fard à paupière qui change de couleur quand on bat des yeux.
Finalement le mur de gauche tout entier fut réservé à ce genre de potion, les sorciers le verraient normalement et les moldus verraient un grand miroir encadré par des rideaux bordeaux.
Quand les deux jeunes femmes furent satisfaites Elira donna d'un coup de sa baguette un aspect brillant au parquet et remplit de fausses déclarations les papiers moldus autorisant la vente de produits de beauté.
Finalement, un jour, sans crier gare Elira retira la protection qui empêchait les passants de voir à l'intérieur et s'assit au comptoir, tapotant machinalement la caisse métallique qu'elle avait trouvé dans le grenier et appartenait certainement au dernier tenancier.
Linda était repartie en Angleterre la veille pour faire de la publicité et envisager la création d'un petit magasin de revente. Elle utilisait le miroir d'Elira pour se déplacer entre les deux pays. Ne voulant cependant pas rater l'entrée des premiers clients elle revint dès l'heure d'ouverture : 10h et s'assit à côté d'Elira.
Les passants curieux étaient nombreux à s'arrêter pour regarder de l'extérieur mais il fallut attendre deux bonnes heures pour que quelqu'un se décide à entrer. En fait il ne s'agissait pas d'une seule personne mais d'un groupe de quatre amies qui avaient jugé trop risqué d'entrer seules.
D'environ quarante ans, les quatre dames regardaient avec émerveillement la large gamme de produits qui s'offrait devant leurs yeux. Linda, toute émoustillée devait se retenir de sauter partout mais devant le regard encourageant d'Elira elle se dirigea vers les clientes et proposa dans son meilleur français, qui se résumait en fait à cette seule phrase :
-Vous avez besoin d'aide ?
Quand une des dames lui répondit « jvudraijustunrenseignemen » elle lui adressa un sourire radieux et se tourna avec espoir vers Elira qui explosa de rire et lui expliqua le sens de la phrase :
-Elle veut dire qu'elle voudrait que tu la renseignes, tu fais une vendeuse parfaite tu vois, elle se tourna ensuite vers la dame et continua en français pendant que Linda allait s'asseoir, oui madame, comment puis-je vous renseigner ?
-Oh ! Votre collègue ne parle pas français ?
-Non mais ne vous inquiétez pas, elle est ravie que vous ayez compris sa question !
-C'était très bien prononcé, oui, je voulais donc vous demander, ces produits sont-ils bio ?
-Ils ne contiennent aucun produit chimique, c'est-à-dire d'engrais versé sur les plantes ou ce genre de choses, si c'est le sens de votre question, répondit Elira avec un sourire.
-Parfait, parfait, mais sont-ils efficaces ?
-Vous désirez une démonstration ?
-Oh, j'aimerai beaucoup, mes amies et moi, sommes particulièrement attirées par cette crème qui « rend la peau lisse et unie ». Faut-il attendre longtemps ?
-L'effet est immédiat, mais temporaire, pour qu'il devienne permanent il faut utiliser cette autre crème juste après, pendant environ un mois.
Linda s'amusa ensuite à appliquer de la crème sur le visage des quatre dames qui se regardèrent ensuite dans le mur qu'elles voyaient comme un miroir. Ravies de l'effet elles achetèrent immédiatement un pot chacune.
Pour éviter d'avoir à supporter le discours de Linda sur la merveille de voir des gens acheter ce que vous avez fait, Elira lui conseilla de retourner en Angleterre où elle ferait certainement un très bon travail.
Pendant le premier mois la boutique fut dans une effervescence constante, du fait de sa nouveauté, puis les choses se calmèrent et Elira put laisser ses enfants venir dans la boutique avec elle sans risquer de les voir se faire écraser.
Une routine s'installa alors, Elira refournissait ses stocks, Linda lui apportait de nouveaux ingrédients de temps en temps et parfois elle cherchait de nouvelles idées. Plus les jours passaient, plus Elira sentait le poids de ses trois enfants. Elle réalisait combien il serait dur de les élever tous les trois toute seule.
Au bout d'un an, quand son ainé eut quatre ans et avait renoncé à demander son père, elle estima que la situation en Angleterre devait s'être calmée. Aussi résolut-elle de partir pendant une semaine rendre visite à sa belle mère. Elle pourrait voir les enfants et Elira pourrait tenter de voir Harry et peut-être même Sirius. C'est avec cet espoir qu'elle envoya une demande au 12 square Grimmaurd.
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