Chapitre 14
C'était la panique. Autant dans sa tête que dans son caleçon, à dire vrai. La main de Marco était toujours posée sur ses yeux et le maintenait fermement même s'il se tortillait de son mieux. En revanche, les doigts qui le caressaient une fraction de seconde plus tôt avaient disparu, s'activant pour le recouvrir du mieux possible.
Il avait reconnu sans problème la voix –indubitablement féminine- qui s'était élevée dans le dortoir. Il n'était pas bien difficile de comprendre pourquoi : Eren avait disparu avant que la jeune femme revienne de leur entraînement. Autant dire qu'il n'avait pas reparu devant elle, même quelques secondes, depuis facilement le milieu de la journée. Ou plus. Il n'était plus sûr. Il se souvenait juste qu'elle faisait partie de leur session elle avançait juste tellement vite et facilement, qu'ils la perdaient tous de vue dès les deux premières minutes. Ils en avaient pris leur parti et abandonné l'idée même de rattraper le niveau de la jeune femme.
Mikasa.
Pourquoi, d'entre toutes, il avait fallu que ce soit elle qui apparaisse ? Pourquoi à un tel moment, d'ailleurs ?
A contrecoeur, il ôta ses mains de la taille du brun, les posant sur la main qui l'aveuglait et essayant de l'enlever.
-Marco, lâ…lâche-moi…, murmura-t-il.
-Eh, Kirrstein ! retentit de nouveau la voix de la jeune asiatique. Où est Eren ?
Dans le mille. A peine ouvrit-il la bouche que Marco avait déjà réagi, posant un doigt sur s abouche pour lui intimer le silence.
-Jean, dit-il aussitôt, va te doucher. Je m'en occupe.
Un peu penaud sous le ton autoritaire de son camarade –enfin s'il pouvait décemment l'appeler ainsi-, Jean obéit sagement et roula sur le côté pour se redresser, libéré des mains de Marco et poussé un peu sèchement par ces dernières.
Il se sentit violemment secoué à l'épaule à ce moment-là, et il n'eut pas besoin de beaucoup tourner la tête pour comprendre : déjà près du lit, la jeune femme s'était presque jetée en avant pour l'attraper par l'épaule. Immédiatement, Marco l'avait en partie interceptée, l'attrapant par les poignets et la ramenant en arrière.
-Dépêche-toi, Jean, insista-t-il.
Peu rassuré, le garçon hocha la tête, évitant de regarder Mikasa. Il la devinait fulminant déjà.
-Tu fuis, Kirrstein ! entendit-il derrière lui, suivi d'un juron peu glorieux de Marco, visiblement adressée à la jeune femme.
Il n'avait pas traîné. La fraîcheur du couloir le prit directement au visage, mordant sa peau et lui remettant les idées en place. Ses talons claquaient légèrement sur le sol de bois alors qu'il avançait. Là, il se rendit compte qu'il avait la respiration encore rapide, les joues en feu. Et pas que les joues. Il baissa les yeux en marchant. Il pourrait dire adieu à sa chemise : il manquait la moitié des boutons. L'autre moitié faisait la gueule et pendait misérablement, prête à céder à la moindre occasion.
Gêné à l'idée que quelqu'un le croise ainsi, il serra d'une main les pans de la chemise, gardant les yeux baissés un instant, et constata au passage que les pantalons de leurs uniformes étaient décidément trop serrés. Et la ceinture trop basse.
Ce qui lui fit accélérer le pas jusqu'aux douches.
-Dis donc, Bodt, siffla Mikasa en regardant la porte se refermer derrière Jean.
A ce moment-là seulement, le garçon lui lâcha les poignets, après s'être assuré qu'elle n'irait pas lui courir après. Il ne savait jamais trop sur quel pied danser avec elle, surtout lorsque Eren était impliqué dans l'histoire.
-Qu'est-ce que ca signifie ? ajouta-t-elle. C'est avec Jean que j'avais à faire.
Libérée, elle s'était reculée, s'asseyant simplement au bord du matelas, reposant les pieds au sol. Croisant les bras, elle lui accorda un regard noir et peu avenant. Marco soupira, arrangeant le bas de sa chemise pour camoufler son entrejambe de son mieux. A priori, elle n'avait pas vu ce qu'il se passait.
-Si possible, dit-il doucement, j'aimerais que Jean n'ait pas à répondre au sujet d'Eren.
-Mais il… !
Il fit un geste évasif de la main.
-Dis-moi ce que tu sais.
Mikasa se renfrogna, plissant légèrement les yeux.
-Eren était avec Jean la dernière fois qu'il a été vu. Tout ce que les autres ont bien voulu dire, c'est qu'il a été mis aux arrêts. Personne n'a l'air de savoir ce qui s'est passé, mais je suis persuadée que Kirrstein l'a encore lancé dans je-ne-sais quelle bagarre…C'est probablement la seule chose à laquelle il soit bon !
Marco secoua la tête en s'assombrissant. Forcément, si Mikasa se mettait ce genre d'idées en tête et qu'on connaissait la proximité qu'elle entretenait avec Eren, il était normal qu'elle vienne agresser Jean.
-Je t'arrête de suite, dit-il. Jean n'est pour rien dans cette histoire.
-Qu'est-ce que tu insinues ? siffla-t-elle. Eren n'irait pas se battre jusqu'à se mettre en danger… ! Il n'est pas aussi idiot !
Elle se releva d'un bond, faisant un pas en avant avec visiblement la détermination de partir à la recherche de Jean. Aussitôt, le sang de Marco ne fit qu'un tour et la réflexion lui manqua il se redressa à peine qu'il avait déjà sauté après elle. Un bruit résonna à ses oreilles, sourd, mou, et il se demanda un bref instant comment il avait réussi à la mettre à terre. C'était Ackerman, après tout !
La maintenant de tout son poids sous lui, il lui bloqua un bras de chacune de ses mains. Il avait l'avantage d'être plus lourd qu'elle, même s'il lui semblait que ce n'était vraiment pas de beaucoup. Bon sang, elle avalait pourtant la même chose qu'eux, comment faisait-elle ?
-Désolée, Mikasa, souffla-t-il. Hors de question que tu ailles voir Jean…
-Je vais te botter le cul, Bodt, grinça-t-elle.
Il esquissa un petit sourire. Cette fille n'était pas mauvaise. Simplement entièrement dévouée à la cause de ce garçon.
-Jean a le sang chaud, mais il n'aurait jamais laissé Eren se faire prendre pour une simple bagarre. Tu en as déjà eu la preuve, non ? Ces deux-là se sont toujours arrêtés à temps.
-Pas cette fois ! Jean est allé trop loin, il…
-C'est Eren qui est allé beaucoup trop loin ! coupa aussitôt Marco. Il l'a agressé en profitant lâchement de sa faiblesse !
En la sentant s'agiter sous lui, il resserra ses cuisses sur le bassin de la jeune femme pour la maintenir plus fermement.
-Tu mens ! cracha-t-elle. Eren ne se bat pas sans raison !
-Je n'ai jamais dit qu'ils s'étaient battus…C'était une agression sexuelle, Mikasa ! C'est bien pire !
Pour la première fois, il pouvait observer aisément la couleur des yeux de l'asiatique, tant ils étaient écarquillés par la surprise. Il avait presque crié. Peut-être que l'insistance qu'elle avait eu l'avait énervée. Il voyait ses yeux chercher, à droite, à gauche, en haut, en bas. Une échappatoire ? Quelque chose à répliquer. Il la vit grimacer à un moment.
-Je me demande comment ça peut te perturber…, souffla-t-elle sèchement. J'ai bien l'impression que toi aussi tu t'en es donné à cœur joie sur lui, vu ce que je vois !
Il rougit furieusement. Pas besoin de chercher longtemps pour comprendre de quoi elle parlait, elle devait avoir une vue plongeante sur ce qui lui restait de ce moment à deux avec Jean.
-Là par contre, ca ne te regarde p…
La porte s'ouvrit à toutes volées, et Marco se fit violence pour ne pas hurler sur Connie qui entrait en fanfare dans le dortoir. Il en avait un peu assez d'être sans cesse interrompu, quel que soit le moment et l'action. Le petit rasé s'était cependant arrêté net en le fixant, une expression abasourdie décomposant ses traits. Après un moment de flottement, Marco comprit. Que ce soit Connie ou n'importe qui d'autre, il était plus que probable que le voir à califourchon sur Mikasa en la plaquant au sol pouvait être plus que tendancieux.
-Mec, bafouilla le garçon, tu fais quoi au juste ?
-On s'explique, répliqua-t-il aussitôt, hésitant à la lâcher.
Connie pinça les lèvres, devenant pivoine en le détaillant un peu plus, et s'approcha d'un pas rapide pour l'attraper par le col. Marco lâcha Mikasa sans se poser plus de questions, surpris de l'intervention du garçon. Les dents serrés, le plus petit rapprocha son visage de lui.
-Je me demande comment tu comptais t'expliquer avec elle, siffla-t-il d'une voix rauque. T'as la gaule, t'es au courant ?
Un instant, la panique se fit sentir et Marco pâlit. C'était mauvais, ça. Un coup d'œil plus bas lui confirma que les pantalons de leurs uniformes étaient non seulement trop étroits, mais également trop courts. Et sa chemise foutait le camp. Une catastrophe.
-Ca n'a rien à voir, souffla-t-il, essayant de se refroidir l'esprit.
-Ah ouais ? Putain Marco, j'aurais pu tout imaginer, sauf…Ca…
-Je te dis que non ! Merde, Mikasa ! Fais quelque chose !
La grande brune s'était redressée, arrangeant ses vêtements sur elle. La chute l'avait à peine échevelée. Elle lança un regard de travers à Marco, visiblement en pleine hésitation. Et baissa les yeux, grimaçant à nouveau.
-Mikasa ! gémit Marco, implorant.
