Chapitre 14
À la faveur de la nuit.
Les minutes semblaient si longues que la mère de Kagome ne savait plus depuis combien de temps au juste elle était là, dans cette vieille cabane à demi-cachée par les arbres. Le seul indicateur temporel était la couleur du ciel, qui avait viré à l'or puis au noir, lorsque le soleil avait disparu définitivement derrière l'horizon.
Elle n'avait pas bougé depuis que les quatre enfants l'avaient assise sur cette chaise inconfortable. Elle tentait d'ordonner ses idées, de donner un sens aux dernières heures qui venaient de s'écouler, sans y parvenir.
Elle avait la curieuse sensation que tous ses repères, tout ce en croit elle croyait dur comme fer se révélait faux. Mme Higurashi n'avait que rarement interrogé sa fille sur le monde féodal. Kagome n'en donnait d'ailleurs que des descriptions assez vagues et, maintenant sa mère le savait, volontairement rassurantes.
L'existence des youkais, le sang froid de ses petits-enfants, l'omniprésence du danger dans ce monde étrange et inhospitalier, la disparition de sa fille et celle de son compagnon… Tout cela faisait beaucoup pour une seule journée.
Trois coups brefs cognés contre la porte la tirèrent de sa léthargie en la faisant sursauter.
Naoki s'approcha de la porte. Il frappa deux coups brefs. Trois nouveaux coups se firent entendre. Le petit garçon eut un sourire et ouvrit la porte.
Malgré la noirceur de la nuit, Mme Higurashi reconnut la jeune femme qui l'avait consolé plus tôt dans la journée. Sango n'avait pas enlevé son armure de tajiya et portait toujours l'Hiraikotsu à l'épaule, pour assurer la sécurité des enfants jusqu'au village, mais cela, la mère de Kagome ne le savait pas.
Elle dévisageait Sango avec étonnement, découvrant une force peu commune dans le corps d'une femme somme toute assez jeune. Le même âge que Kagome, quelques années de plus, peut être. Etait-ce donc le destin de tous les… Humains ici ? Se battre pour leur survie à chaque instant ? C'était étrange que personne ne fasse mention du type d'adversaires que les hommes avaient affrontés dans le Japon féodal dans les livres d'Histoire. Il y en aurait des choses à dire… songeait Mme Higurashi.
- Vous venez ? interrogea doucement Sango à l'adresse de la mère de Kagome
Elle acquiesça en silence, et tous les six se mirent en marche pour regagner le village.
Kagome observait l'entrée de la caverne, par la fenêtre de cette étrange maison suspendue qu'elle habitait depuis ces quelques mois. Elle apercevait un carré de ciel sombre, sans étoiles.
Tout lui semblait presque familier. Le grincement de la porte. Le vent froid qui, implacable, traversait les cavernes chaque soir, les pleurs des enfants du village qu'on entendait parfois.
Néanmoins, il y avait ce soir-là un changement de taille, à savoir la main d'Inuyasha autour d'elle, et la chaleur émanant de son corps qu'elle sentait contre son dos. Le sentiment de plénitude qu'elle ressentait était inédit depuis son voyage temporel.
Oh, bien sûr elle était toujours très inquiète. Pour sa famille. Pour ses enfants bien sûr, mais aussi pour sa mère, pour Sôta, Sôta qui avait été blessé de la voir heureuse, interprétant son bonheur pour du désintérêt. Il y avait aussi la crainte. La crainte de mourir dans ce combat contre les jidayoukais, celle de perdre quelqu'un qu'elle aimait dans cette bataille. Celle de ne jamais revoir Kiyo et Yuriy. Celle, plus forte que les autres, de perdre Inuyasha. Si vite après l'avoir retrouvé, c'aurait été injuste.
Inuyasha sentit le corps de la miko se crisper sous son bras. Il la tourna doucement vers lui, sondant son regard pour y déceler la cause de son inquiétude. Il ne lui avait rien dit des prédictions fatalistes du Nao de son époque. S'ils parvenaient à changer l'avenir, il serait inutile de lui en faire part. Dans le cas contraire… Non, il ne voulait pas penser au cas contraire. Avant la naissance de Kiyo et Yuriy, il aurait projeté de mettre fin à ses jours s'il venait à perdre Kagome. Mais il était père maintenant. Il n'avait pas le droit d'abandonner ses enfants. La perspective de vivre sans elle, de la perdre comme il avait perdu Kikyo était si difficile qu'il se refusait à l'imaginer. Il préférait tout faire pour ne jamais y être confronté.
- Qu'est ce qui ne va pas ? interrogea-t-il pour couper court à ses pensées silencieuses qui prenaient une tournure si fataliste.
- Rien. Je pensais au combat. J'ai peur de te perdre, c'est tout.
- Tu ne me perdras pas. On a survécu à bien pire que cela.
Elle acquiesça doucement.
- Toi et Rin voulez absolument que le combat ait lieu le plus tôt possible. C'est pour les enfants que tu es inquiète ? Ils ne risquent rien, Miroku et Sango sont…
- Ce n'est pas pour cela, murmura-t-elle.
Il caressa son visage, écartant une mèche de ses cheveux. Kagome sourit dans le noir, elle savait qu'il s'autorisait ce genre de geste uniquement lorsqu'il faisait sombre, il n'aimait pas qu'elle le voie rougir. Elle posa sa main sur sa joue et, sentant sa peau s'enflammer, elle embrassa doucement ses lèvres.
- Tu n'as pas répondu à ma question, commenta Inuyasha, se gardant bien cependant de l'éloigner de lui.
- Il faut que nous soyons rentrés avant la naissance de Kikyo.
Inuyasha se tendit à son tour, sans comprendre.
- Nous sommes revenus en arrière. J'ai rencontré sa mère. Elle est enceinte. Si Kikyo naît alors que je suis encore ici, l'une de nous deux mourra. Rappelle-toi , « deux corps pour une seule âme ». Si elle ne te rencontre pas, tu ne seras pas ensorcelé, tu ne connaîtras pas l'amour, je ne te rencontrerai jamais… Trop de choses seraient bouleversées, je n'arrive même pas à imaginer quel chemin nous aurions tous suivis. Je refuse que cela arrive.
Il la serra davantage contre lui, tandis qu'il imaginait tout ce que la mort prématurée de Kikyo pouvait déclencher. De plus, il avait été heureux grâce à elle. Elle faisait partie de son passé. Il n'avait aucune envie de l'oublier. Et il n'imaginait pas ce qu'il serait devenu s'il n'avait pas rencontré Kagome.
- Mais alors… Si Kikyo va naître,moi, je suis…
- Enfant, confirma la miko.
- C'était toi, hein ?
La miko de son enfance. La jeune femme qui l'avait consolé, le jour de la mort de sa mère.
- Je suis désolée. Je n'imaginais pas que tu avais tant souffert.
- Arrête. Les choses ont changé depuis.
Il n'aimait pas se plaindre, ni être plaint. Elle le savait, aussi changea-t-elle de sujet.
- Tu te rends compte où tout cela nous a mené ? A cause d'un unique youkai.
- Je te le fais pas dire. Dis-toi que j'ai dû voyager pendant des semaines avec Seshommaru.
En effet. Shippô s'était chargé de résumer dans les grandes lignes le curieux équipage qui s'était lancé à leur recherche. Kagome et Rin regrettaient de ne pas y avoir assisté, imaginant sans peine les altercations quotidiennes qui avaient dû accompagner le quotidien de l'exépdition.
- Et qu'est ce que ça a donné ? interrogea-t-elle.
- Une vraie fête. Comme tu le sais, il est très facétieux.
Kagome éclata de rire en imaginant les nombreuses disputes qui avaient dû opposer les deux frères. Tout les séparait. Ils n'avaient aucun point commun… Si ce n'est…
- Il t'a parlé de Rin ?
Inuyasha hésita avant de répondre. Non pas qu'il ressente ne serait-ce qu'une once de culpabilité pour parler des sentiments de son frère à Kagome. Il ne savait tout simplement pas lui-même comment décrire la relation du taiyoukai et de Rin.
- Il tient à elle. C'est évident. Jamais il ne se serait lancé à la recherche de qui que ce soit, il y a quelques années. Je me demande même s'il y serait allé pour qui que ce soit d'autre que pour Rin… Il est bizarre. Il n'admet pas ce qu'il ressent, alors que j'ai l'impression que c'est bien plus fort que je ne le croyais.
- Rin l'aime. Elle souffre par sa faute.
Kagome avait parlé plus durement qu'elle ne l'aurait voulu. Lui revenait en mémoire les questionnements de la jeune fille, son refus de se lier aux garçons de son âge…
- Il l'aime aussi, à sa façon. Tu sais, Seshommaru a plusieurs centaines d'années. Il a toujours vécu pour lui. Ça doit être difficile de se rendre compte d'un seul coup qu'on est lié à quelqu'un. Moi, je m'en suis rendu compte petit à petit... Lui il est tellement borné qu'il a fallu le mettre au pied du mur pour qu'il voie la réalité en face. Il ne doit pas vraiment savoir comment gérer tout ça…
Kagome sourit.
- Tu le défends ?
Il répliqua aussitôt.
- Mais non… C'est pas ça… Il… Il est stupide, j'ai jamais dit le contraire, mais bon…
Elle éclata une nouvelle fois de rire. Borné. Eternellement têtu. Mais c'est aussi pour cette raison qu'elle l'aimait. La miko se serra davantage contre lui, désireuse de profiter de cette nuit de retrouvailles. Peu importe si elle restait parfaitement immobile, la tête contre son torse, pendant toute la nuit. Cela ne la dérangeait en rien.
Mais en la sentant si près de lui, le demi-démon ne pouvait s'empêcher de la serrer contre lui, l'embrasser, lui dire combien il l'aimait, et combien elle lui avait manqué. Kagome se laissait faire, retrouvant peu à peu chaque parcelle de ce corps si familier, lui rendant caresses et craintes inavouées.
Elle sentit ses lèvres se poser sur les siennes, retrouvant la sensation de chaleur qu'elle connaissait si bien. Il avait cru ne jamais la revoir, et le soulagement mêlé à l'amour amplifiait son désir. Désir qu'elle partageait d'ailleurs. Elle lui rendait son baiser avec passion, cherchant à profiter de lui comme si elle ne devait plus jamais le revoir.
Ils n'échangèrent plus un mot de toute la nuit.
Assise au bord de la rivière souterraine, Rin était pensive. Aucun bruit ne venait troubler le silence des cavernes, ce qui était étonnant, étant donné le nombre d'enfants en bas âge. Elle s'endormait régulièrement avec les pleurs de plus jeunes, mais cela ne la dérangeait pas.
Mais là, rien. Il n'y avait que le bruit du vent, et le clapotis de ses pieds dans l'eau pour briser le silence. Elle était assise au bord de la rivière souterraine, rituel nocturne devenu régulier, à croire que la solitude l'aidait à ordonner ses pensées.
Il faisait frais, comme toutes les nuits, et l'eau était froide. Mais Rin s'en fichait. Elle avait passé toute son enfance aux côtés de trois youkais. Inutile de dire qu'ils ne recherchaient pas les sources d'eaux chaudes. Depuis toute petite, elle se lavait dans tous les bassins qu'elle pouvait trouver. Il y avait longtemps que l'eau froide ne la dérangeait plus.
Elle repensait à Seshommaru… Non c'était inexact. Elle ne repensait pas à lui, étant donné qu'il n'avait pas quitté ses pensées depuis leurs retrouvailles silencieuses.
Elle ne savait pas comment se comporter. Elle aurait vraiment souhaité oublier ce qu'elle ressentait pour lui, elle aurait donné très cher pour anéantir toutes les attaches qui la retenait au taiyoukai. Mais c'était impossible. Il était là, dans son esprit, en permanence. C'était extrêmement frustrant.
Rin prenait conscience qu'elle ne pourrait pas continuer de vivre auprès de lui sans souffrir. Et elle ne voulait pas souffrir. Pour une cause vaine en plus, c'était stupide… Elle repensa au jeune homme qui l'avait suivi dans la forêt, jusqu'à ce que Seshommaru intervienne… Elle avait attiré ce garçon. Il n'était pas impossible qu'elle puisse plaire à des humains, si elle prenait la peine de passer du temps avec eux...
Le fil de ses réflexions la firent sourire. Elle-même mainteant désignait ses semblables de la même manière que le taiyoukai. Quelle ironie... Surtout quand on sait que son village avait été anéanti par des youkais.
Mais… Ces humains... Ils ne remplaceraient pas Seshommaru. Personne ne pouvait rivaliser avec lui dans le cœur de la jeune fille. Mais cela signifiait-il qu'elle devait s'interdire le bonheur qu'elle pouvait trouver auprès des autres ? Il serait plus faible que celui qu'elle aurait connu en vivant auprès du taiyoukai, mais au moins elle cesserait de souffrir…
Machinalement, sa main droite s'était posée sur son ventre. Là où elle aurait dû trouver une peau lisse, elle rencontrait les boursouflures, témoins de sa rencontre avec le taiyoukai. Cela faisait plusieurs semaines maintenant. Elle ne souffrait plus à cause de ses blessures. Mais elle conserverait des cicatrices. A vrai dire, son pouvoir de guérison aurait pu les éliminer. Elle n'aurait même pas gardé de marques... Mais cette altercation lui avait fait prendre conscience de l'obstacle que représentait sa condition humaine. Ces cicatrices le lui rappelait sans cesse, et l'empêchaient de se bercer d'illusions, ce qui n'était pas plus mal.
Rin se demanda soudain si, à l'image des marques qu'elle garderait toute sa vie, elle se souviendrait toujours du regard de Seshommaru, froid et dépourvu du moindre remord, tandis qu'il se préparait à lui ôter la vie…
- Rin.
Elle sursauta, et se redressa vivement.
Seshommaru…
Perdue dans ses pensées, elle ne l'avait pas entendue arriver. Pourtant, elle pouvait reconnaître sa démarche depuis qu'elle était enfant. Il était silencieux, mais pas assez pour ses oreilles entraînées. Elle avait manqué de vigilance.
Rassurée, elle se rassit au bord de l'eau, reprenant sa position initiale, dos à lui.
Le taiyoukai hésitait sur la marche à suivre. Il savait, parce qu'il la connaissait, qu'elle ne parlerait pas la première. Elle était fière elle-aussi. Cependant, il désirait sa compagnie, même silencieuse. Aussi décida-t-il de laisser son orgueil de côté, chose que de toute façon il avait déjà faite en acceptant de voyager aux côtés de son frère. Il s'assit doucement près d'elle.
Au bout de quelques minutes, elle soupira. Dieu qu'il était agaçant ! Il ne dirait rien, elle le savait. Venir s'asseoir auprès d'elle était déjà un premier pas, elle devait probablement faire le second…
- Vous m'avez manqué.
Tant pis. Autant être honnête. Kagome le lui avait bien assez répété, elle ne gagnerait rien à ignorer ce qu'elle ressentait.
Le taiyoukai s'efforça d'ignorer le contentement qui le parcourait pour répondre d'une voix égale.
- Toi aussi.
Elle sourit dans le noir, ce dont il s'aperçut. Il la voyait presque comme s'il faisait jour. A croire que la noirceur de la grotte faisait ressortir l'éclat de ses yeux, et de son sourire.
Rin n'osait pas le regarder, craignant ce qu'elle pourrait dire, ou faire, qui pourrait gâcher cet instant. Elle s'efforçait de retenir chaque son, chaque sensation, pour se souvenir de ce moment aussi longtemps que possible. Car c'était la première fois qu'elle obtenait quelque chose de lui.
Seshommaru la regardait, sans rien dire. Il ne l'avait quitté que quelques semaines auparavant, pourtant quelque chose avait changé. L'éclat de ses yeux était plus déterminé, presque intimidant, à croire qu'elle lisait en lui à livre ouvert. Ses jambes, qui trempaient nues dans l'eau glacée, semblaient plus bronzées, plus musclées aussi. Ce qui était normal après les longues heures de marches que la jeune fille avait dû faire avec Kagome.
Consciente qu'il l'observait, Rin n'osait pas détourner la tête. Comme chaque fois qu'elle pensait au taiyoukai, elle passa machinalement sa main sur son ventre. A travers le fin tissu, elle sentait les trois cicatrices qui zébraient son ventre.
Elle retira vivement sa main, réalisant que ce geste était également très significatif pour Seshommaru, qui lui avait infligé ses blessures.
Le taiyoukai leva la main, esquissant un geste, avant de s'interrompre.
- Je suis désolé.
- Vous n'y êtes pour rien. Je n'aurais pas dû venir à votre rencontre. J'aurais dû me douter que…
- Que j'étais incapable à l'époque d'avoir la moindre compassion ?
L'adolescente soupira, puis se tourna vers lui.
- En avez-vous maintenant ? Eprouvez-vous de l'attachement, de la compassion, des sentiments humains ?
Rin avait volontairement choisi un mot qui interpellerait le taiyoukai. Il serait tenté de nier en bloc, dés lors qu'elle le comparait à un humain. Mais elle voulait des réponses. Et, à la simple lueur des quelques rares étoiles qui se reflétait dans l'eau noire, elle se sentait capable d'affronter la vérité.
Le taiyoukai était pensif. Il devait donner une réponse explicite à tous ces sentiments qui s'entremêlaient en lui. Il avait donné une piste à Inuyasha, et les longs monologues qu'il avait eus avec sa conscience ces derniers jours le mettait dos au mur.
En niant tout en bloc, il mentait à Rin. En essayant de se persuader qu'elle ne représentait rien pour lui, c'est à lui-même qu'il mentait.
Il sortit de sa rêverie en croisant son regard anxieux. Elle semblait craindre une réponse blessante. Le taiyoukai se souvint alors de leur première dispute, le jour de la naissance de Kiyo. Ce jour-là, il avait fait couler pour la premières fois les larmes de Rin. Oh bien sûr il l'avait vu pleurer. Ce n'était qu'une enfant lorsqu'elle avait rejoint ses errances. Bien des fois elle était tombée, bien des fois elle s'était blessée inutilement en voulant aller lui cueillir des fleurs… Cette manie qu'elle avait de vouloir lui offrir quelque chose… Mais lorsqu'elle s'était mise à pleurer, ce jour-là, il s'était senti coupable. Pour la première fois.
- Je pense que maintenant, je suis capable de comprendre les humains…
- Au point de partager leurs émotions ?
Dieu qu'elle était agaçante ! Elle ne lâcherait pas. Il ne pouvait pas éluder. Il aurait dû s'en douter. Rin se contentait rarement d'un non-dit. Mais après tout, elle avait été honnête. S'il existait une personne sur terre à qui il avait envie de s'ouvrir, en admettant qu'il ait un jour envie de s'ouvrir, c'était elle, ce serait elle… Ce serait toujours elle, avant tous les autres.
- Certaines émotions, oui.
Rin ne répondit pas. Mais elle semblait satisfaite de cette réponse. Ses pieds continuaient de tourner doucement dans l'eau, mais le haut de son corps semblait figé.
Le taiyoukai s'autorisa alors un geste qu'il avait retenu quelques minutes auparavant. Il était assis tout près de Rin. Si près qu'il aurait pu la prendre par la taille en étendant le bras. Il se contenta de passer sa main sur le ventre de la jeune fille, attardant des doigts sur les cicatrices qu'elle portait par sa faute.
Il se sentait coupable, pour la seconde fois. Mais c'était bien pire, parce qu'il avait fait couler le sang de Rin, en plus d'avoir fait couler ses larmes.
Elle se laissa faire, mais elle ne put empêcher son cœur de battre la chamade, si vite qu'elle le sentait dans ses tempes. Malgré le tissu, elle sentait sa peau s'enflammer, et elle se surprit, elle qui n'avait jamais cru en aucune puissance excepté Seshommaru, à prier tous les dieux qu'elle connaissait pour qu'il ne remarque rien.
Lorsqu'il retira sa main, il était pensif. Presqu'en colère, songea-t-elle.
Elle appuya doucement sa tête sur l'épaule de Seshommaru, ce qu'il apprécia. Elle lui signifiait silencieusement qu'il était pardonné. Il était heureux d'obtenir son pardon, a défaut de se pardonner lui-même.
Il passa son bras autour d'elle.
Ils ne dirent plus un mot jusqu'à la fin de la nuit, même lorsque ivre de fatigue, Rin s'endormit sur l'épaule de Seshommaru, et que le taiyoukai dû la porter jusqu'à son lit.
- Oji-san ?
Sôta était debout dans la cour du temple.
Si n'importe qui de l'époque moderne l'avait vu, pieds nus et dans cette tenue, il l'aurait pris pour un fou, ou pour un membre d'un étrange bal costumé.
Après les retrouvailles avec sa mère, le terrassement du youkai par Sango et Miroku, et d'autres événements dont il ne se rappelait même plus, il avait fallu reconstruire ce que le démon avait détruit. Des maisons avait été démolies, plusieurs toits étaient abîmés, et la roue à eau du petit moulin construit à l'époque où Kikyo était miko avait lui aussi pris un sacré coup.
Sôta avait donc aidé à la reconstruction. On lui avait très vite proposé des vêtements de l'époque, et il avait accepté, conscient que sa tenue de civil était tout à fait inapproprié pour des travaux d'extérieurs, sans compter qu'il ne ménageait pas sa peine.
Il avait dû ensuite enlever ses chaussures. Outre le fait qu'une paire de baskets donne lieu à des flots de questionnements, il s'était fait fortement réprimander par Sango en entrant dans la hutte avec de la poussière plein les pieds. Il avait alors reçu un sermon assaisonné type « on-ne-t-a-jamais-appris-à-enlever-tes-chaussures-avant d-entrer-dans-une-maison », et ce, malgré son âge avancé. Il avait été relativement surpris d'ailleurs, car il n'avait plus été grondé de la sorte depuis plusieurs années.
Enfin toujours est-il qu'il était présentement pieds nus dans la cour du temple, encore vêtus des vêtements donnés par les villageois.
N'obtenant aucune réponse de son grand-père, Sôta se décida à entrer dans la maison. Il appela une nouvelle fois le vieil homme. Constatant que seul le silence lui répondait, il prit une grande inspiration quand des bruits de pas l'interrompirent.
- Voilà, voilà… Oh…
Le vieil homme marmonnait des paroles inintelligibles. Il alluma la lumière, dévisageant Sôta avec étonnement. Le jeune homme soupira de soulagement. Il avait craint que son grand-père ne fut parti les chercher dans quelque lieu inhabituel. Il aurait alors fallu le retrouver, ce qui aurait été long et fort désagréable.
- Enfin mon petit on n'a pas idée de réveiller un vieil homme aussi brutalement… Tiens, mais c'est quoi ces vêtements ?
L'esprit du grand-père était encore alerte. Il fit tout de suite le rapprochement avec sa petite fille, revenue elle aussi habillée en miko, bien des années auparavant. Il en arriva à la conclusion que son petit-fils avait rejoint Kagome. Il avait dû trouver un moyen de passer le puits… Après tout, ils étaient frères et sœurs.
- Ah, c'était donc là que tu étais.
Tout en parlant, le vieil homme s'était rendu dans la cuisine, où il se faisait chauffer du thé, indifférent de la mine ébahie de Sôta.
- Tu t'es pas inquiété pour nous ? Tu savais où on était ?
- Rassure-moi, ta mère est avec vous ?
- Oui… Attend, ça fait trois jours que tu es là, et tu fais comme si de rien n'était ? Alors qu'on a disparu ?
- Bah, vous êtes grands. C'est plus de mon âge toutes ces âneries. Si je m'en allais faire un infarctus chaque fois que vous prend l'idée saugrenue de disparaître, je m'en sortirais pas… Avec ta sœur qui nous avait ramené ce… Comment c'était son nom, déjà ?
- Inuyasha, oji-san.
Ce que le vieil homme ne disait pas, flattant son ego en même temps qu'un certain sens de l'observation, c'est qu'il avait trouvé la porte du temple ouverte, et des traces de pas près du puits. De là, il n'était pas bien difficile d'arriver à la conclusion que la mère et le fils avaient rejoint Kagome.
- Oji-san… Tu veux venir avec nous ? demanda Sôta timidement.
Le vieil homme manqua en lâcher sa théière.
- Avec vous ? Tu veux dire… Dans le Sengoku Jidai ?
- Oui. Je sais comment te faire passer.
- Un fragment de la perle de Shikon, je présume.
Sôta était abasourdi. Non seulement il ne s'inquiétait pas, mais en plus il avait tout compris avant tout le monde.
- Une vieille légende, se contenta de dire le vieil homme.
Ce qui était d'ailleurs vrai. C'est fou ce qu'on pouvait trouver dans les vieux livres de la famille, quand on prenait le temps de chercher. Les légendes sur la perle de Shikon et ses pouvoirs étaient plus nombreuses qu'il n'y paraissait. Un ancêtre du vieil homme avait même écrit un mémoire dans lequel il évoquait un possible passage par le puits… Mais c'était une autre histoire dans laquelle le grand-père de Sôta n'avait aucune envie de se lancer.
Présentement, le vieil homme réfléchissait à l'opportunité qui lui était offerte. Malgré le peu d'envie qu'il avait d'abandonner le temple, chose qu'il n'avait pas fait depuis environ 20 ans, il était tenté de connaître ce monde féodal dont on ne parlait que dans les vieux livres d'Histoire, et que personne ne connaissait vraiment dans cette époque moderne. Les youkais étaient totalement passés sous silence.
Et puis… Il pourrait revoir Kagome, ce qui n'était pas négligeable. Depuis toutes ces années… Elle avait dû devenir la miko de son village. Peut être avait-elle des enfants… Que n'aurait-il pas donné pour savoir ce qu'elle était devenue…
- Très bien, s'écria le vieil homme, son visage s'éclairant tandis qu'il parlait, à nous le Japon Féodal !
Debout à l'entrée de la caverne, Kohaku était pensif. Il songeait à la bataille qui se préparait. Il craignait de nouvelles pertes. Il avait vu mourir son père, tous les tajiyas de son village. Il avait vu mourir Kagura, et Kanna… Il espérait de tout cœur ne pas perdre Rin et Kagome-sama, comme il avait déjà perdu tant d'autres…
Il entendit des bruits de pas se rapprocher de lui. Il ne se retourna pas, car il reconnaissait cette démarche pour l'avoir entendue des centaines de fois.
- Kohaku ?
Le jeune homme se retourna vers Shippô. Il lut sur le visage du kitsune qu'ils partageaient les mêmes craintes.
- Tu as vu Rin et Kagome ? interrogea Kohaku.
- Tu penses bien qu'elles profitent de leurs retrouvailles. Kagome est avec Inuyasha et Rin…
- Seshommaru ?
Le kitsune acquiesça. Il avait surpris le taiyoukai et la miko près du fleuve de la caverne. Mais il était trop loin pour qu'ils entendent ses pas résonner sur le sol. Seshommaru avait dû sentir sa présence, mais il n'avait pas daigné réagir.
- Tu crois vraiment que Seshommaru est capable d'aimer une humaine ?
Kohaku était sceptique. Les gens ne peuvent changer du jour au lendemain. Il reste toujours des traces du passé, il était bien placé pour le savoir. Seshommaru avait été démoniaque pendant tellement d'années que lui-même n'arrivait sûrement plus à les compter. Pouvait-il ressentir de l'attachement, pour une jeune femme dont la durée de vie, comparée à la sienne, semblait misérable ?
- Je ne pense pas qu'il ne voit Rin que comme une humaine, commenta Shippô, et puis avoue qu'il a changé quand elle a disparu.
- Je sais. C'est plus pour elle que j'ai peur. Elle avait l'air tellement fragile quand elle était petite.
- Elle a grandi depuis. Je ne pense pas qu'elle ait gardé toutes ses illusions. Elle sait ce qu'était réellement Seshommaru.
Le chasseur de youkais était perplexe. Mais il espérait que Rin ferait le bon choix. De toute manière il avait bien compris, en vivant près d'elle, que Seshommaru était une part très importante de sa vie.
- Et toi ? L'interrogea Shippô, tu feras quoi quand on sera rentré ?
- Que veux-tu que je fasse ? rétorqua Kohaku, étonné de la tournure que prenait la conversation.
- Tu vas retrouver Haru je présume.
- Ah…
Que répondre à cela ? Le jeune homme n'avait aucune idée de ce qu'il devait faire. L'éloignement, le retour sur les routes, la menace du danger… Tout cela lui rappelaient étrangement son passé. Il ressentait une certaine nostalgie, en repensant à Kagura et Kanna. Mais il savait qu'il devait regarder vers l'avenir, et non vers le passé.
Mais il avait beau se répéter toujours la même chose, il avait le sentiment dérangeant que son passé le rattraperait toujours, où qu'il aille.
Shippô, conscient des interrogations qui avaient découlé de sa question, ne reprit pas la parole, laissant Kohaku seul avec ses pensées. Le kitsune espérait néanmoins qu'un jour viendrait où le jeune homme se libèrerait définitivement de son passé. Mais pour cela, ils devaient gagner la bataille qui s'annonçait.
***
Me revoilà, avec une semaine de retard -.-''
J'espère que ce chapitre vous plaira. Pour ne pas changer mes habitudes, voici un autre chapitre –qui-pense-quoi-de-qui.
Enfin, je voulais quand même que chacun se pose des questions, surtout avec le bataille qui se prépare.
D'ailleurs, avis à la population, je vais devoir prendre plus de temps pour les chapitres qui suivent.
On arrive presque à la fin de l'histoire, j'aimerais autant que ce soit réussi -.-''
Alors je ne posterai le prochain chapitre que dans deux semaines minimum, pour être sûre d'avoir du temps pour tout rédiger correctement.
Voilà voilà, merci quand même d'être toujours au rendez-vous.
Ciao !
C-MIB
