Sans savait que sa protégée était entre de bonnes mains, il n'avait rien à craindre pour elle. Son frère cadet prendrait soin d'elle comme il l'avait exigé mais cela lui fendait le cœur de la laisser seule. La fillette s'était beaucoup attachée à G et jamais encore celui-ci ne s'était absenté autant de temps. Il espérait juste être de retour dans deux jours, comme prévu.

Le frère aîné rassembla ses dernières affaires, ajusta sa cravate, boutonna son veston puis poussa un soupir. Il croisa son reflet dans le miroir de la salle de bains. Dieu, qu'il avait changé. Plus le temps défilait, moins il se reconnaissait. Toutes ces cicatrices, ce regard froid et lugubre... Qui était-il réellement sous cette apparence ? The crowbar rogue n'était qu'un personnage qui lui donnait l'illusion d'exister aux yeux des autres. Sans fit glisser son doigt sur la nouvelle fêlure faite par Undyne. Elle était profonde et pouvait devenir grave s'il ne se hâtait pas de faire quelque chose pour celle-ci. Papyrus était inquiet à ce sujet.

Agacé de s'observer ainsi, G sortit de la pièce pour rejoindre Papyrus dans la cuisine qui buvait une autre tasse de thé. Kitty-cat était calme, mangeait une part de gâteau au citron qui avait été préparé par le frère cadet une trentaine de minutes plus tôt et, aussi étrange que cela puisse paraître, le gâteau était très bon. Cela était très rare lorsque le cadet réussissait à faire des miracles en cuisine. La fillette releva la tête lorsqu'elle aperçut G prendre son manteau. Papyrus vint le rejoindre, déposa sa tasse sur la table basse en face du canapé.

« Comme je te l'ai dit, je serai de retour dans deux jours, dit l'aîné. J'te passerai un coup de fil si jamais il y a un problème, d'accord ?

- D-d'accord, répondit le concerné en prenant la petite fille dans ses bras. Je ne sais pas ce que tu comptes faire pendant tout ce temps mais promets-moi de faire attention à toi, Sans !

- Je ne préfère rien promettre mais j'essayerai. (il prit son chapeau, le mit sur sa tête avant de se pencher sur Kitty-cat pour lui caresser les cheveux) Je serai de retour bientôt, sweetheart. »

Elle opina faiblement, comme si elle n'était pas tout à fait d'accord avec le fait qu'il parte de la sorte. G adressa un dernier au revoir à son frère et sa protégée qui elle, agita la main pour le saluer. Il referma la porte derrière lui, enfila son manteau, mit ses mains dans ses poches puis descendit les escaliers pour rejoindre le rez-de-chaussée où se trouvait la concierge qui passait le balai. Sans lui adressa un simple « bonsoir ». La lapine à la fourrure violette releva la tête, afficha une expression inquiète, cessa son travail pour saluer brièvement le squelette qui venait déjà de quitter le bâtiment.

« Bonsoir, monsieur G... »


G était enfin arrivé à destination. Devant lui se dressait une grande baraque qui témoignait bien de la puissance que Don T exerçait sur les autres gangs de Quietdistrict. Il était un homme fortuné, très fortuné. Le Roi lui demandait des services dans l'ombre, le trafic de drogue rapportant beaucoup plus d'argent que lui ne peut en apporter pour soutenir l'Underground. Sans haïssait cet endroit. Une atmosphère froide, pesante. Il avait l'impression d'avoir un poids sur les épaules. Le squelette fit des pas de plus, une main dans une poche, l'autre tenant son pied de biche sur son épaule. Il pouvait sentir le message dans sa poche droite que lui avait remis Harry tout à l'heure lorsqu'il avait été informer ses compagnons qu'il devait y aller seul. G ne désirait pas être accompagné, il ne voulait aucune perte. Si quelqu'un devait mourir ce soir, ce serait bien lui.

Sans était plein d'appréhension. Il ne savait pas réellement ce qui allait arriver, ce qui allait lui arriver, comment tout cela allait se dérouler. Son cœur se mit à battre un peu plus fort dans sa poitrine lorsqu'il mit un pied sur le territoire de Don T. Il progressait lentement, regardait partout autour de lui. L'endroit était plongé dans la pénombre mais l'environnement dans lequel il avançait était tout à fait reconnaissable.

N'ayant subi pour l'instant aucun agression de la part d'un des membres de la famille du Don, G ne se gêna donc pas pour pénétrer dans la baraque. Il poussa la porte qui se referma dans un léger grincement. Le loquet émit un cliquetis. Devant Sans, un long couloir où résonnaient ses pas. A première vue, l'endroit semblait vide mais mieux valait ne pas se fier aux apparences. La baraque était loin d'être aussi miteuse que la sienne. Elle était décorée de manière assez ancienne mais c'était cela qui lui donnait ce qu'on appelait "du charme". Dans un soupir, G sortit une cigarette puis l'alluma avant d'expulser un nuage de fumée. A peine eut-il le temps de recracher sa bouffée grisâtre, que quelqu'un se présenta à lui. Un adversaire. Un seul. S'il avait été particulier, le squelette aurait pris la peine de l'analyser mais il se contenta de lui adresser un clin d'œil en guise de salutations.

« Si jamais tu veux te battre, c'est maintenant ou jamais, dit le squelette.

- The crowbar rogue ? Je vais te réduire en poussière ! s'écria celui-ci en se ruant sur son adversaire.

- Oh, vraiment ? »

Sans esquiva sans mal, retroussa les manches de son manteau puis fit tomber son pied de biche à seulement quelques centimètres de la tête de son ennemi qui parvint à éviter cette attaque qui aurait pu lui être fatale. G se jeta sur le monstre qui dégaina un revolver et essaya de tirer, le doigt sur la détente mais le squelette l'en empêcher en envoyant valdinguer l'arme à feu qui glissa sur le carrelage sur plusieurs mètres. Il lui porta un coup de pied de biche dans le bras. L'adversaire poussa une plainte puis eut un mouvement de recul, la main sur l'endroit blessé et le regard rivé sur quelque chose qui semblait se trouver derrière Sans. Celui-ci ne se laissa pas duper, repartit à l'assaut mais l'ennemi dont le bras était sanguinolent, déclara forfait avant de prendre la poudre d'escampette. Le combat fut très court. Sans trouvait cet accueil terriblement décevant mais décida tout de même de laisser son ennemi en vie. Il était évident qu'il était plus faible que lui alors pourquoi s'acharner sur plus vulnérable que soi ? G épousseta son manteau, remit sa main dans sa poche puis s'apprêta à reprendre sa marche avant que l'on interrompe son action.

« ... Tr-Très bien, articula une voix grave familière au squelette. »

Il fit volte-face et fut d'autant plus surpris de découvrir Jerry qui était un monstre court sur patte, difforme - G disait qu'il avait la forme d'une pomme de terre - dont le visage incitait à rire (ou à pleurer, cela dépend de vos goûts). De plus, son langage était d'une grossièreté sans pareil.

« Qu'est-ce que tu fous là ? »

Jerry était un être assez singulier. Il n'appartenait à aucun clan en particulier mais pouvait très bien faire un coup bas à un gang à qu'il avait rendu service avant de faire de même avec un autre, tant que cela lui rapportait de l'argent. Il vivait pour l'argent et rien d'autre. Les valeurs ? La loyauté ? Jamais il n'a entendu ces mots. La famille de G!Sans ne haïssait pas Jerry, elle le méprisait un peu. Il n'avait jamais encore fait quelque chose de terrible à la petite organisation alors il n'y avait pour l'instant aucune raison de lui en vouloir ou de le détester.

Le nouveau venu semblait d'ailleurs agacé. G ne pouvait comprendre pourquoi à moins de lui poser la question mais des bruits de pas sur le carrelage le coupa dans son élan. Quelqu'un se rapprochait, quelqu'un venait. Jerry reporta son attention sur la personne qui s'invitait, se raidit.

« Je ne peux plus supporter cette putain d'insubordination, boss ! s'écria Jerry, colérique. »


Papyrus saisit un cadre photo sur le meuble de la télévision qu'il n'était toujours pas parvenu à allumer. Elle devait sûrement être en panne. Kitty-cat était en train de dessiner derrière lui, couchée sur le ventre. Il était déjà dans les alentours de vingt heures, la fillette devait avoir faim.

La photographie que regardait le cadet la connaissait bien. C'était lui qui souriait avec son frère aîné, à l'époque. Sa petite taille, sa grosse veste bleue avec la capuche à fourrure, son large sourire permanent, son attitude nonchalante. Tout cela lui manquait terriblement. Même s'il avait passé son temps à le réprimander à propos de sa paresse, il voulait retrouver cette époque. Juste en dessous de cette photographie, une autre plus petite en format instantané. Dessus se trouvait Kitty-cat dans un pull bien trop grand pour elle, sur le flanc, endormie sur le lit dont les draps étaient froissés. Elle semblait paisible.

« P-Pap, articula une petite voix dans son dos. »

Il se retourna. C'était le petit humain qui l'appelait. Celui-ci releva son petit carnet de dessins à spirales, laissant tomber ses crayons de couleur. Sur l'une des pages était dessiné Papyrus. Certes, ce n'était pas du grand art (les traits étaient maladroits, les lunettes du squelette disproportionnées) mais cela était si adorable que Papyrus manqua d'en rougir.

Suite à cela, le cadet s'empressa d'aller préparer quelque chose pour remplir l'estomac de la petite fille. Lorsque le dîner fut prêt, il l'appela et elle rappliqua en deux temps trois mouvements. Elle s'installa à table puis se mit à dévorer son repas comme si elle n'avait pas mangé depuis une quinzaine de jour, prenant de grosses cuillerées.

« Hé ! D-doucement, dit-il. »

Elle lui adressa un petit sourire avant de terminer ce qu'elle avait dans son assiette. Le cadet débarrassa, il irait faire la vaisselle lorsque la petite humaine serait couchée. Il entreprit ensuite d'aller la baigner. Il se demandait si Sans le faisait souvent, lui qui avait eu tendance à négliger son hygiène à l'époque. Papyrus se dirigea dans la salle de bains, fit couler un bain chaud, plongea la fillette - qui s'était dévêtue - dans l'eau puis lui lava la chevelure tandis qu'elle s'amusait à envoyer de la mousse. Il la sécha, lui chercha quelque chose à lui mettre sur les épaules. Le squelette fouilla dans les tiroirs, trouva de nombreux vêtements à la taille de Kitty-cat. Sans avait eu l'air de s'être fait plaisir à acheter tous ces habits mais ce n'étaient pas des vêtements de nuit.

La fillette revint à ses côtés, une robe de nuit sur le dos. Finalement, elle n'avait pas eu besoin de son aide pour s'habiller avant d'aller dormir. Elle était adorable. Il décida de lui laisser encore un peu de temps pour s'amuser avant de se coucher. Papyrus se rendit dans la cuisine, se prépara une tisane pour se détendre et penser à autre chose qu'à son frère aîné qui vagabondait dans la nature. Il s'installa sur la table de la cuisine, devant un journal que devait être en train de lire Sans en ce moment. Les articles traitaient de faits divers et d'actualités peu intéressantes. Certaines étaient un peu spéciales. Le cadet n'avait pas l'habitude de lire ce type de chose.

Il remit correctement ses lunettes, but une gorgée de sa tisane chaude, songeant toujours à son frère. Il ne parvenait pas à se concentrer sur sa lecture. Après une vingtaine de minutes, Kitty-cat vint de nouveau le voir. La pauvre fillette avait l'air épuisé. Elle tira sur la manche de la chemise de Papyrus pour attirer son attention.

« Qu'est-ce que tu as petit humain ? demanda t-il d'un ton doux. »

Elle avait les cheveux en bataille, des petites cernes sous les yeux mais malgré cette fatigue, semblait réclamer quelque chose. Il comprit. Cela faisait très longtemps qu'il n'en avait pas eu de la part de son frère aîné.

« Une histoire ? Bien sûr ! »

Sans plus tarder, il délaissa sa tisane pour se mettre à la recherche d'un livre adapté. Papyrus ne trouva rien d'autre dans la petite bibliothèque du séjour que des livres de sciences, de physique ou des romans étranges. La petite fille lui rapporta un ouvrage qui n'était pas très épais : c'étaient des contes pour enfants. Le cadet connaissait ce bouquin, l'un des enfants monstres de Snowdin le possédait. C'était parfait, cela suffirait amplement.

Kitty-cat alla se mettre sous la couette dans la chambre de Sans, somnolente. Le cadet s'assit sur le flanc du lit, jeta un bref coup d'œil au sommaire pour trouver un conte qui était susceptible de plaire à la petite humaine puis se mit à le lire lorsqu'il en eut trouvé un. Alors qu'il venait de terminer le récit, la petite fille l'interpella. Lorsqu'il reporta son attention sur elle, elle affichait une expression inquiète et triste à la fois. Le cœur de Papyrus se serra, il lui caressa les cheveux pour la réconforter.

« G ? dit-elle d'une petite voix endormie.

- Ne t'inquiète pas, répondit-il. Il sera très vite de retour. Essaye de dormir, d'accord ? »


G sentit les battements de son âme redoubler dans sa cage thoracique qui lui parut pendant ce court instant, d'une fragilité sans pareille. Jerry s'était raidi mais essayait tout de même de garder une posture sérieuse. Sans n'en avait que faire de ce stupide monstre grossier à cet instant.

A seulement quelques mètres de lui se tenait la personne la plus influente de Quietdisctrict, parmi les autres gangs, les petites organisations qui n'étaient que des moucherons à côté d'un homme d'une puissance telle que celle-ci. Il pouvait écraser sans remords, sans difficultés. Mieux valait ne pas l'agacer et pourtant, G avait osé. C'était le seul moyen pour lui de prendre sa place. Les chances étaient minimes mais restaient tout de même présentes.

« B-boss ? articula Jerry, tremblant. »

Don T demeura immobile, dans l'ombre du grand couloir. Il était possible de discerner la forme de son corps mais son visage était dissimulé. Cet homme à la carrure peu imposante dégageait une aura très particulière. Sans n'en avait jamais ressenti de telle auparavant.

« ... Hé, gamin, lâcha celui-ci d'un ton calme et froid. »

Simplement avec ces quelques mots, l'atmosphère s'était subitement modifiée. G n'osait pas bouger d'un centimètre, répondre ou même respirer. Il savait qu'il s'adressait à lui mais ne comptait pas prendre la parole.

« Est-ce que tu te souviens de la raison pour laquelle tu es ici ? poursuivit le Parrain. »

G conserva son silence, attendant la suite des paroles du Don T. C'était à ce moment-là que le squelette se souvint de sa condition. Si son organisation était si faible, peinait tant à se développer, ce n'était pas pour des raisons inconnues. C'était à cause du joug du Parrain sur eux, sur toute la pègre. Il exerçait un grand pouvoir, les autres n'étaient que des esclaves. Les seules personnes qui importaient un tant soit peu à ses yeux étaient son Sotto Capo ou bien son Consigliere, sûrement.

« Si tu continues sur cette lancée, avec tout ce que tu as fait jusqu'à présent... Tu sais parfaitement ce qui va t'attendre par la suite. »

The crowbar rogue avait tué de nombreux membres de la famille du Don. Qu'espérait-il à vouloir effectuer un échange avec celui-ci ? Il était évident que quelques heures avant, il allait lui envoyer une lettre de menace et n'allait pas hésiter à les rappeler une fois en face à face. Peut-être aurait-il du demander à ses compagnons de venir avec lui, finalement ? G avait toujours fait les mauvais choix, celui-là en était un de plus à ajouter sur la liste.

« Tu sais très bien ce qu'il risque d'arriver aux personnes que tu essayes de protéger, de garder loin de toutes ces activités que tu considères comme un travail, n'est-ce pas ? »

G sentit son cœur faire un bond dans sa cage thoracique. Il connaissait Papyrus, c'était certain et devait sûrement avoir eu vent de Kitty-cat avec les rumeurs qui circulaient. Celles qui disaient que Sans avait en sa possession un petit humain.