Je ne possède aucun des personnages des films ou des livres.
Un recueil de textes courts sur l'univers de Tolkien et de la Terre du Milieu nous plongeant dans un instant ou une pensée des protagonistes de l'histoire.
Le nuit a été longue et difficile, les combats se sont enchaînés, pourtant c'est bien le message qui arrive restera le plus important.
Cet OS est la suite du précédent.
Bon, je m'amuse bien avec les nuits du FoF alors j'ai décidé de me prendre au hasard une liste de thèmes déjà passés et de me faire ça dans les conditions de la nuit.
Ce texte a été écrit sur un thème des Nuits du FoF sur le thème "Message"
(Rappel des règles : 1 thème pour une 1 heure entre 21h et 4h du matin)
En espérant que cela vous plaise
Bonne lecture
PS : Au fait j'ai commencé à faire du tri et à remettre de l'ordre dans mes publications en faisant une sorte de table des matières dans mon profil alors n'hésitez pas à y faire un tour ;)
Le jour du message
La nuit avait été longue, difficile, non pas que Thranduil ait été obligé de faire face à ses cauchemars, mais parce que le palais avait encore été la proie d'une attaque violente, brutale et imprévisible des Orcs. Alors, il avait fallu se battre, tenir, résister… Se battre parce que c'était tout ce qu'il y avait à faire, tout ce qui leur restait au final.
Si jamais ils cessaient le combat, si jamais la lassitude les atteignait alors tout serait perdu. Le palais tomberait et les elfes des bois se feraient engloutir par la Nuit. C'était une dure réalité, mais c'était la réalité. Thranduil ne pouvait lutter contre cela. Il ne lui restait qu'un seul choix : se battre ou mourir… Il y avait longtemps, il avait choisi de combattre, il ne s'arrêterait pas… Il ne pouvait pas. Il n'avait pas le droit.
D'un pas un peu chancelant, perdant le fil de ses pensées remplies de lutte et de questions, Thranduil pénétra dans sa chambre. Ses yeux se posèrent sur le buste de sa douce et tendre épouse, morte dans d'horribles circonstances et il frissonna. Comme elle lui manquait… Comme il n'arrivait pas à s'ôter de l'esprit la vision de son corps recouvert de sang, même maintenant, surtout maintenant en fait… Maintenant qu'il se retrouvait seul dans ce palais…
Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas été seul, si longtemps qu'il irait essayer de prendre un peu de repos en sachant que la chambre d'à côté serait vide, en sachant que ses cauchemars ne pourraient être apaisé par un passage furtif dans la chambre de son fils… Pourtant, quand il se sentait mal, quand ses cauchemars devenaient trop violents, quand le souvenir des morts venait le hanter, le Roi des elfes des bois savait qu'un regard sur son enfant paisiblement endormi suffisait à lui redonner l'envie de ne pas laisser tout cela le submerger.
Bien sûr, ce n'était pas la première fois que Legolas n'était pas au palais. Il y avait eu les patrouilles au retour aléatoire, leur légère brouille après la bataille devant Erebor, les missions en compagnie du descendant d'Isildur, mais là, c'était différent. Thranduil le savait… Quand ils avaient capturé cette chose corrompue par le pouvoir de l'unique, il avait compris… Compris qu'il avait raison et que leur Ennemi n'allait pas tarder à revenir. Son ombre était déjà si grande sur ce bois vert et luxuriant devenu un lieu de peur et d'effroi, mais maintenant, plus personne n'oserait contester qu'il était bel et bien là, tout proche… et presque malgré lui, le roi des elfes sylvains était pris d'une peur incontrôlée… Chaque combat lui avait arraché un être cher qu'il continuait de pleurer… Doriath, Dagorlad, Gundabad… Et cette fois… cette fois il ne lui restait qu'une seule personne, une personne qui était parti pour Imladris et qu'il ne supporterait pas de perdre à son tour… Parce que cette personne était celle qui lui avait sauvé la vie, celle qui l'avait poussé à continuer à vivre… et pourtant… pourtant ils s'étaient disputés, comme à leur habitude, pour des motifs futiles, mais ils s'étaient disputés, une fois de plus, une fois de trop peut-être au vue de ce qu'il voyait se profiler à l'horizon…
Thranduil ne put réprimer un tremblement pendant que ses jambes cédèrent et qu'il se laissa tomber assis sur son lit pour ne pas s'effondrer totalement. Il ferma les mains pour contrôler ses doigts qui tremblaient eux aussi et sursauta lorsqu'un coup fut donné à sa porte.
Le seigneur des elfes des bois se redressa vivement, se recomposant une prestance derrière laquelle il parvint à cacher ses doutes. Il était si habile pour donner cette froide apparence qui participait à sa réputation de seigneur froid et sans cœur. Si seulement les gens qui le jugeaient aussi hâtivement pouvaient voir qui était réellement Thranduil, mais ce n'était pas quelque chose dont il se souciait. Avoir cette réputation était aussi une protection efficace.
- Entrez !
La porte de la chambre s'ouvrit et Thranduil laissa échapper un soupir quand il vit Galion pénétrer dans la pièce. Devant lui, il pouvait baisser la garde et laisser son angoisse redevenir visible. Une angoisse qui devint encore plus grande lorsque son échanson lui tendit une missive en murmurant à voix basse.
- Un message en provenance de la vallée cachée.
Thranduil tressaillit, demandant d'une voix légèrement tremblotante.
- De la part d'Elrond ?
- Je ne pense pas, répondit Galion en lui remettant la lettre avant de s'éclipser.
Ce dernier savait bien que son Roi préférerait sans doute la lire seule. Thranduil le suivit du regard et se laissa retomber assis sur son lit. D'une main toujours aussi tremblante, il décacheta la lettre dont il reconnut immédiatement l'écriture droite et nerveuse qui avait tracé ces mots.
- Lass pin nìn[1]… murmura-t-il en sentant une boule dans sa gorge.
Thranduil prit une inspiration. L'écriture de son fils était rapide, remplie d'émotion et il passa le doigt sur une tâche, une tâche qui ne trompait pas… une larme… Son fils avait pleuré en écrivant ces mots, des mots qu'il voulait lui dire et dont Thranduil appréhenda la lecture.
Il prit donc une inspiration et parcourut la missive presque en apnée.
« Ada[2]… Je ne sais pas d'où nous viens cette manie de se disputer au lieu de se parler, mais goheno nìn ada[3]. Je ne pensais pas un seul de mes mots. Melin le[4]. La quête qui s'annonce est sombre. Je ne sais pas si j'en reviendrais, alors c'est pour cela que j'avais envie de poser ses mots sur une feuille, pour qu'ils vous arrivent un jour, si je ne dois pas revenir. Amin hirathea ada[5]. Melin le. J'espère que je rentrerais, pas parce que je ne veux pas mourir, mais parce que je veux vous prendre dans mes bras, j'ai besoin de vous revoir et de vous demander pardon de m'être emporté. Melin le ada… N'en doutez jamais, mais ada, no dirweg[6], l'Ombre s'étend aussi de plus en plus sur notre Royaume. Si je me bats, battez-vous aussi, mais ne vous faites pas tuer. Melin le. Ne m'abandonnez pas et je vous promets de revenir, amin mella le[7] ada. I Melain berio le[8] et qu'ils nous accordent de nous revoir un jour. »
Au dernier mot, ce fut Thranduil qui éclata en sanglot.
- Mon Dieu, mon tout petit, comment j'ai pu te laisser partir sans te serrer dans mes bras. Ce n'est pas de ta faute… C'est de la mienne, rien que de la mienne. Reviens Legolas. Par pitié… Reviens mon tout petit… Je ne pourrais pas te survivre… Mon petit garçon. Accordez-lui la grâce de revenir en vie… Je vous en supplie.
Thranduil manqua de s'effondrer. Dans un geste paternel presque dérisoire, il pressa la lettre contre lui et continua à pleurer. Il y avait de la détresse dans ces mots et ce n'était jamais bon de partir au combat avec cet état d'esprit… C'était le meilleur moyen de se faire tuer et cette fois… Cette fois Thranduil savait qu'il ne survivrait pas à cette perte… pas lui, pas cet enfant qui lui avait sauvé la vie par sa présence, pas cet enfant qui était sa dernière raison de vivre…
- Melin le ion nìn… Reviens-moi… Par pitié, reviens-moi…
[1] Ma petite feuille
[2] Papa
[3] Pardonne-moi papa
[4] Je vous aime
[5] Je suis désolé papa
[6] Méfie-toi
[7] Je t'aime tellement
[8] Que les Valars te protègent
