9 - Les Coroda
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— Ils ne cherchent rien cette bande de détraqués, ils veulent juste me mater dans un freak show abusif et légal. C'est du foutage de gueule. Ça fait presque trois ans, presque un million ( environ 6500 dollars ) que je leur demande juste de changer quatre lettres sur mes foutus papiers, histoire de me simplifier la vie. Je vais appeler l'avocat. Qu'ils aillent se faire foutre, UNE FOIS JE L'AI FAIT ! Je ne le referais pas. J'vois un toubib qui se pointe, je lui tords la nuque ! raconta Sillas sur le trottoir. Ils s'apprêtaient à rentrer dans un café de Latina. Miguel hocha la tête, désintéressé. La mésaventure de son père l'avait secoué.
Assis sur une table ronde, une bière brune et un latte, ils se posèrent une vingtaine de minutes avant de s'aventurer dans El Rastro. Tyler avait pris d'assaut le flipper de la salle bondée de fidèles clients occupant leurs places habituelles. Peu d'entre eux saisirent les fils Coroda. Ceux qui le firent les plombèrent du regard avant de retourner à leurs occupations. Remarquant qu'ils n'allaient pas se fondre dans le décor, ils parlèrent à voix basse.
— C'est la merde, Miguel. Je suis obligé de mentir tout le temps pour que les gens me foutent la paix. J'suis obligé d'apprendre à mon gosse à mentir en récitant un texte par coeur.
« Ma maman est morte dans un accident de voiture. Elle est tombée dans le coma. Les docteurs n'ont pas pu la réveiller. Ils ont dit qu'il n'y avait rien à faire, alors ils ont demandé à Papa, s'il voulait la débrancher. »
« Et que s'est-il passé ensuite ? » demandèrent les gens qui poussaient la curiosité impudente à son paroxysme.
« Je ne sais pas. J'étais un bébé. Papa ne veut pas m'en parler. Tout ce que je sais, c'était que maman avait besoin de la machine pour respirer. Je sais pas ce qui s'est passé. »
— Oh non, merde, tu ne lui pas appris ça, Sil… pria Miguel, une main collée à sa bouche, comme si c'était lui qui venait de prononcer ce mensonge considérable.
— Certainement, oui ! Et en plus il est très convaincant le bougre de gosse ! Je ne sais pas ce qu'il compte faire de son avenir, mais je le soutiens à cent pour cent s'il devient acteur.
— Ou il deviendra mythomane.
— C'est bon Miguel, personne n'irait vérifier la mort de sa mère après ça. Je rajoute une couche émotionnelle par-dessus et c'est bon. Puis je voudrais t'y voir ! C'est pareil que leur expliquer l'Immaculée Conception ! Le père qui porte le gosse ? Genre, si on apprend ça, on me retire la garde de mon gamin et je peux séjourner à l'HP à me faire maltraiter. Il me faut ces putains de papiers, fais chier !
— Ça n'a pas de sens qu'ils te refusent les papiers. C'est toi qui te balades avec des faux papiers… de ta " femme morte ".
— Que c'est glauque dit comme ça, ah ah !
Il changea de ton.
— J'ai vraiment la flippe qu'on me retire mon fils, s'ils découvrent.
La main de Sillas frémissait tout en serrant sa bière, rendant ses doigts blancs. Il n'osait pas croiser le regard Miguel, il porta son attention sur le goulot de sa bouteille, ensuite sur Tyler qui soufflait d'avoir perdu une balle. Quand ils étaient gosses, Miguel n'avait jamais repéré un tremblement, un cri de peur, nulle expression chez son frère aîné qui prouverait de la crainte ou de la peur. Le désigner de tête brûlée était un euphémisme gentillet ; il était un pyromane niveau hardiesse.
— Papa et mama ont eu peur bien avant nous. Il faut dire que le régime n'a rien arrangé à l'époque.
Miguel eut un pincement au coeur en tripotant sa boîte en carton. L'assistante sociale était la chose qu'ils avaient eu le plus à craindre durant leur enfance. Cette femme venant telle la faucheuse les arracher de leur foyer ô combien dysfonctionnel, mais aimant. Accuser leurs parents d'être ce qu'ils étaient. Anormaux pour des enfants de leurs âges ? Des conneries tout ça. Cependant, s'éloigner de la norme relevait d'une imprudence fatale sous une dictature. Miguel restait soulagé qu'aucune autorité ne fut en mesure de le séparer de ses parents aujourd'hui. La pression se réitérait sur son frère désormais, il le plaignait. Il lui partagea que cela aurait été moins coûteux et plus aisé de faire des faux papiers que d'attendre ceux de l'administration qui n'arriveront onques, faute de préjugés et de délais invraisemblables. Sillas ricana. Il convoitait par pur principe d'honnêteté ses véritables papiers au lieu de se promener avec des faux. Il voulait prouver et légitimer son existence.
Il termina sa bière d'une traite, sentant que Miguel l'observait. Il allait poser une question à la con.
— Au fait, pourquoi m'as-tu légué ça ?
— Je n'en ai plus l'utilité. Tu en auras plus besoin que moi. Tu sais comment on s'en sert, n'est-ce pas ?
— Sil, c'est bon. Tulio s'est foutu en tête que l'on courait un grave danger de mort. On va se nicher dans un coin paumé où pas âme ne vit. Plus perdu que le fin fond du Portugal !
— Raison de plus, s'il s'agit de Montmescouilles Les-Fonds-Paumés. Qui viendra vous sauver si vous êtes encerclés ?
— Je ne sais absolument pas dans quel pays il veut se poser. Vu qu'on a négocié des passeports à l'international…
— Au-delà de l'océan ?
— Mexique ou Amérique latine, il dit que ça craint trop. Hooo, ça serait trop le panard si on pouvait se poser en Californie ou sur la côte ouest.
Son frère désirait lui fracasser sa bouteille en verre sur son crâne, lui faire parvenir le sens des réalités.
— Espèce de crétin, vous êtes sur liste noire. Et toi, tu penses aux vacances au soleil ?
— Il s'inquiète beaucoup trop ! Si Cortés avait voulu nous tuer, il l'aurait fait depuis le début. Même Lazar est d'accord là-dessus. Qu'il veuille l'argent ou autre chose, il nous veut vivants.
— Il veut Tulio en vie, pas toi, rectifia-t-il en poussant la boîte en carton dans les mains carrées de son frère. Garde ça sur toi, il vaut mieux.
Le blond doré ne retira pas les poings américains. Au fond de la boîte, il ne paraissait pas si dangereux. Quand il s'agissait d'attaque, Sillas et Miguel dominaient leurs adversaires au corps à corps. Bien qu'ils ne dépassaient pas le mètre quatre-vingt, ils compensaient par leurs muscles et leurs amples célérités, paradaient les coups et les distribuant avec savoir-faire - acquis très tôt dès la cour de l'école.
Miguel manipulait les armes à feu avec modération, à l'inverse son frère ou de Tulio, ce qui pouvait constituer un handicap s'il devait livrer bataille à un contre dix sbires fournis de flingues. Tulio restait de coutume à l'arrière, il ne manquait pas de couvrir Miguel pour autant. Un frappeur et un tireur. Les frappes de Miguel n'endommageaient pas que la gueule de l'adversaire, les os de sa main en pâtissaient également. L'avantage du poing américain était de frapper plus crûment en évitant de se blesser. Les griffures qu'il ornait pouvaient attester que Sillas s'en était servi fréquemment dans le passé. Par endroit, sa teinte rouge cuivreuse contrastait avec la couleur de l'aluminium.
— Surtout dès que tu as terminé avec, tu le plonges dans de l'eau de javel, tu passes de la vaseline après l'avoir récupéré. Une fois que le sang a pénétré le métal, il ne pourra plus s'extraire.
Le cadet le remercia du conseil, pas précipité de s'en servir.
— BON ! On passe au point essentiel. Quand est-ce que tu vas leur dire à nos parents, au sujet de ton escapade ?
— Je peux leur dire que je pars en stage professionnel !
— Non !
— Le patron de Tulio nous a invités à un mariage !
— Surtout pas, mama irait s'en mêler si c'est un mariage ! Et pourquoi tu sors des excuses de merde ?! Un mariage, ça ne dure pas quinze ans !
— Rah, j'en ai marre ! Je leur enverrais une carte postale pour leur expliquer ! Tulio trouvera un prétexte meilleur que… que je suis plus à Séville, voilà ! Ah ! Tu me fais chier. Je suis là pour me relaxer, re-la-xer ! En plus, je sais pas ce qu'a fichu papa… Toi aussi, tu t'es posé la question, pas vrai ? N'ose pas me dire le contraire.
— La question ne s'est pas posée, ça allait de soi.
— Et je fais comment pour sauver le coup, s'il ne dit rien, s'il ne me fait pas confiance ?!
— Il ne lâchera pas le morceau, tu le connais. Il refuse que ses gosses se mêlent de ses problèmes. Laisse mama faire, y a qu'elle qui puisse le faire parler. Si ça venait à arriver, elle m'avertira et je rappliquerai leur sauver la mise. Te monte pas la sauce, okay ? Pense d'abord à sauver tes fesses.
— Plus facile à dire qu'à faire…
— Ah, j'oubliais. On ne t'a rien dit par politesse, mais il faudrait que tu nous distribues les cadeaux de Noël un jour ou l'autre.
— MEEEERRRDE ! Ah quel con ! s'exclama Miguel en attirant toute l'attention sur lui.
— Si tu ne sais pas quoi leur prendre, file-moi de la thune et je m'en chargerais. Je dirais que ça vient de toi. Papa et mama nous ont offert des billets pour aller voir les Rolling Stones à Paris.
— Oh non… J'sais pas quand je reviendrais ici moi avec toutes ces conneries ! Purée, les Rolling Stones en plus.
— Je garde les billets avec moi. Si tu ne reviens pas à temps, j'emmènerais une de mes copines.
— N'essaie pas de me rouler !
— J'ai plus douze ans et toi non plus, répondit-il, piqué.
— Est-ce que tu penses que papa aimerait avoir un cheval ?
Miguel crut qu'il avait placé ses mots incognito. Ce fut le contraire. Sillas ouvrit encore plus grand les yeux que son paternel, il eut l'impression qu'on larguait une bombe devant lui. S'il n'avait pas bu sa bière, il aurait tout recraché sur la figure de son petit frère.
— Un pur-sang andalou ! poursuivit Miguel, avec le style d'un vendeur de voitures de course. Il est massif, il obéit au doigt et à l'oeil ! Il court super vite, tu verrais le bolide, c'est Schumacher ! Tu ne l'arrêtes plus.
— Enculé de Dieu… Alors c'était ça. Ne me dit pas que tu as acheté un cheval à Santiago, marmonna-t-il décontenancé.
Miguel la ferma sur le champ, donnant confirmation à Sillas.
Non. Je ne l'ai pas acheté, je l'ai volé. Il se retint de fauter. Seulement pour cette fois-ci.
— Il irait courir avec le lévrier ! Ils s'amuseraient !
— Oh la la, non putain. Miguel. Stop.
Il pensa Tulio quand celui-ci affirmait qu'il finirait par l'étrangler pour de bon. Ils étaient passés par là tous les deux - à la différence de Tulio, lui ne s'était pas privé. Il lui envoyait tous ses respects et son empathie de surveiller son frère de près, de se le coltiner tous les jours.
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Sillas étouffait ses réjouissances. Il s'était retrouvé dans Latina, pile le jour où des cohortes de bus touristiques envoyèrent leurs français envahir El Rastro. D'ailleurs les puces ce n'était pas son truc contrairement au reste de la famille.
Il voulut reporter la visite et ce fut là que son rejeton le lui avait sorti. Tyler avait hérité du regard canin, humide et pitoyable de son oncle. Le don inné qui ne passait que par les gênes et non l'apprentissage. Ça le saoulait tellement. C'était l'une des raisons pour laquelle il foutait des beignes à son petit frère, enfants. Par conséquent, il se voyait mal filer une tarte à son gosse pour si peu, bien que cela le fasse jouer sur les nerfs. Il espérait qu'il ne le ressorte pas à chaque tour. Sillas n'était pas le genre de père à tout laisser passer.
Sillas les suivit sans envie. Miguel, accompagné de son neveu sur les épaules, était partant pour se balader à la grande rue de Tolède. Ils ne distinguaient qu'une dizaine de stands au loin avant qu'ils ne s'évanouissent dans la poisseuse brume grise qui se dissipait au fur et à mesure. Le tatoué était en rogne de se taper autant de monde à esquiver. Ça faisait un bail que les touristes avaient envahi le quartier bohème qu'était Latina, galvanisant les bars et les cafés qui y prospérait - quoique les étudiants constituaient un sacré panel de la clientèle.
Depuis ces invasions, les rues s'enlisaient d'une maigre saleté, croissant au fil des ans. L'accumulation de la populace, additionnée aux rues trop étroites, ne facilitait pas le nettoyage ni pratique ni régulier. Les déchets revenaient avec une nouvelle vague de touristes ou de vagabonds. Des sacs et des gobelets de fast-food s'enfuyaient aux pieds des gens, portés par le vent hurlant.
Tyler souriait, profitant de la vue. Son oncle avançait au rythme de la foule. Il s'assurait de temps en temps si son frère aîné le suivait à l'arrière.
— Qu'est-ce qu'on a été foutre là ? râlait-il.
— C'est toi qui nous suis.
— C'est moi qui suis censé vous ramener surtout.
— OH PAPA ! REGARDE ! IL Y A UN BANANAPHONE !
— Un gramophone, Tyler, un gramophone.
— J'irais bien faire un tour aux CD et aux livres. J'ai envie de claquer de l'argent.
— Fais ce que tu veux, t'es pas accompagné du ministre des Finances à ce que je sache.
Non et c'était bien vrai. Tulio était à plus de quatre-cents kilomètres, dans leur appartement, en train de se flageller la cervelle, de s'engueuler avec son ex. Dans un sens, cela le délestait qu'une autre prenne pour lui. Il avait envoyé paître son meilleur ami qui subissait un séisme émotionnel causé par une surcharge de stress. Son moral creusait sa propre tombe jour après jour. Miguel espérait que leur voyage allait le revigorer. Évidemment, le comportement de Tulio envers lui était aussi digne qu'il avait décrit lors de sa tirade railleuse avant de le quitter. Peu importait, le blond aurait tout oublié à la fin de la semaine malgré son tempérament rancunier. Il fallait de temps en temps un peu de calme et de distance pour les tensions s'apaisent et que les relations se remettent au beau fixe.
El Rastro était une institution parmi les habitants de Latina, hélas, elle s'effritait avec les décennies. El Rastro n'était pas un immense marché de produits frais que l'on retrouvait dans les villes portuaires. Bon nombre de touristes cucul s'évertuaient à chercher le maraîcher ou le volailler. Pour autant, ce marché aux puces restait le plus ancien du Royaume d'Espagne, et l'un des plus vastes. Ce qui était dommage, pensait Santiago, au fur et à mesure qu'il attirait les touristes, les marchands de bibelots made in China proliférèrent. C'était mal considéré des puristes que certains puissent profiter d'El Rastro comme un marché de bric à broc étalé sur la plage. Tout bien considéré, qui donnait de l'importance à l'avis des puristes ? Ce furent les artisans effrayés de voir une multiplication de la concurrence, à des prix cassés, qui protestèrent face au phénomène.
C'était le genre de lieu où si Lazar possédait un stand, il parviendrait à refourguer tout son bazar. Concevoir Lazar quitter sa boutique était déjà surréaliste, imaginez-le ici ! On verrait le vieillard se métamorphoser en obus, hurlant à son voisin de stand de se taire ainsi qu'à la dame et ses trois marmots d'arrêter de toucher les meubles avec leurs mains adipeuses. C'était évident, non ? Pour vendre au marché, il fallait être un philanthrope. Tout l'inverse de ce vieux grigou.
Miguel adorait les marchés, les lieux bondés de monde où l'on trouvait des choses singulières. C'était dans sa nature d'aller à la rencontre des gens, découvrir des trucs nouveaux. Il tenait ça de sa mère, son air extraverti et la curiosité de son père.
À l'école primaire, Miguel ambitionnait une carrière de journaliste globe-trotter, d'anthropologue, ou travailler à National Geographic. Ses voeux se révélaient incompatibles avec ses notes et son comportement. Les enfants apprenaient mieux ce qu'ils les intéressaient. En mathématiques, il ne levait pas le petit doigt, ce qui braquait instinctivement l'instituteur contre lui. Il glandouillait pas mal en espagnol, en anglais, en science et en histoire/géographie ; ses facilités le hissaient presque en tête de classe. Néanmoins, les professeurs contestaient son attitude à ne pas y mettre du sien. C'était du gâchis, répétèrent-ils en un écho similaire. La décision de le faire redoubler au collège avait exagéré sa conduite au lieu de l'améliorer. Miguel devint un enfant turbulent, impertinent, un sauvage qui ne supportait plus de rester enfermé dans une salle de classe. Il restait tenable la plupart du temps, néanmoins il fallait veiller à ne pas lui crier dessus ou le mettre en colère. Sillas était du même acabit, toutefois vu qu'il séchait, les professeurs furent lestés du fardeau.
Miguel se retira du lycée durant ses examens finaux. Dans la foulée, il avait quitté le domicile familial sur une lubie. Le jeune homme n'avait pas but précis et se sentait perdu. Au moins n'avait-il personne à qui se plier. Rester solitaire, libre et son propre maître. Toutefois, il déplora sa décision, il avait fait vivre un très mauvais sang d'encre à ses parents, la santé de Santiago déclinait en chute libre suite à l'absence de ses deux fils, en froid avec le monde et leur famille.
Tyler épiait les différents stands. Bien que les bijoux et les pièces de tissus n'étant pas ce qui le passionnait le plus, il admira le travail d'artisanat. Miguel passa chez la bouquiniste habituelle. Celle où il venait acheter des romans et des bandes dessinées le jour où sa mère l'eut emmené au marché, âgé de quatre ans.
La dame l'avait à peine reconnu et quand elle se remémora sa ravissante frimousse, ses yeux verts pétillants, ses cheveux plus doré et brillant que l'or, elle eut une exclamation soudaine, presque troublée. Elle se rendit compte que le temps avait si vite passé. Miguel se souvint de la bouquiniste toujours avenante. Quand il lui serra sa main osseuse et fragile, sa peau glacée gardait la teinte du marbre ; ses épaisses veines bleues bombées donnaient du relief à la surface. Elle avait maigri, son châle pouvait faire deux fois le tour de sa taille.
C'est effrayant de ne pas revoir les gens pendant des années et les retrouver vieillis à ce point.
Ses cheveux bruns étaient devenus opalescents. Pas gris, ou gris clair. Un blanc somptueux qui n'entachait rien à leur beauté.
— C'est votre fils, ce jeune garçon ? interrogea-t-elle en pointant du doigt le gamin châtain aux yeux noirs.
— Non, non, ce n'est que mon neveu !
Elle le fit parler un peu afin d'avoir des nouvelles de sa mère et de son père. Si beaucoup désignaient les enfants Coroda de désastres ambulants, la bouquiniste réfutait toutes ses médisances. Le visage de Miguel respirait la droiture et la spontanéité. Il acheta une sacrée pile de livres dont deux John Grisham et un polar qui lui inspirait confiance pour son ami de là-bas. En revanche, il fut triste lorsqu'il apprit que son disquaire préféré ne revendait plus au Rastro. Il traversa la foule à contre-courant, sondant la rue, prospectant à droite et à gauche. Aucun autre disquaire ne s'y était installé. Dépité, il reprit l'allée principale, sortit par une ruelle menant à un bar à tapas arborant une devanture rouge et blanche. Miguel se balada en discutant avec son neveu.
— Dis, il est où tonton Tulio ?
Miguel se marra. Tulio détestait les mômes, Tyler le badait tel un seigneur. Il lui avait appris la mimique du cow-boy. Trouvant cela " super cool " Tyler l'utilisait à tout bout de champ. Il sortait dès fois à son père, désinvolte : « Tulio, il aurait fait ça comme ça, lui ! » ce qui avait le don de l'agacer. Le pire étant qu'il ne le voyait qu'une ou deux fois par an quand il passait chez les parents de Miguel, et il trouvait le moyen d'en faire son oncle ? On ne savait comment et Tulio non plus, il avait dû lui laisser une forte impression.
— Il est chez lui. Disons qu'il est malade.
— Oh… C'est grave ?
— Non, t'en fais pas. Il survit à tout Tulio. On a la peau dure !
— Elle va pas s'acheter toute seule la super Nintendo, bougonna le petit. Miguel rigola du toupet de son neveu. Entre l'éducation de Sillas et l'admiration qu'il portait à son coloc', Tyler allait finir par virer bad-boy avant d'avoir entamé sa puberté.
Ils arrivèrent enfin à la Citroën, Sillas patientait assis sur le capot, clope à la bouche. Miguel se retint de jurer devant Tyler. Il n'aurait pas manqué de faire avaler la cigarette. Personne ne se rendait compte à quel point il était pénible d'arrêter de fumer. Personne ne mentionnait l'effort. Ils l'emmerdaient quand il compensait par la bouffe ; quand il râlait, les autres lui reprochaient qu'il n'avait qu'à reprendre alors qu'ils furent les premiers à l'exhorter de cesser. Il s'y serait remis pour les emmerder, tiens, s'il n'avait pas fait le serment à son père. Le tabac avait causé un fibrome pulmonaire chez Santiago, les médecins avaient pu l'extraire à temps pour qu'il ne souffre pas de séquelles. À la suite de son opération, il s'était résolu ( surtout sa femme ) à se débarrasser de chaque paquet qu'il avait pu planquer. Dans un élan de solidarité, Miguel fit la promesse de s'y mettre.
Mais apparemment Sillas n'en avait rien à foutre, lui !
Il jeta son mégot, l'écrasa de sa Doc Martens, se leva, le capot grinçant de décrépitude. À croire que chaque bruit provenant de cette bagnole se rapportait à l'agonie.
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De retour chez eux, Lero fit la fête à Tyler, bondissant dans tous les sens jusqu'à qu'il retrouve sa balle. Le parc de jeu restait éloigné. Aucun membre de la famille n'allait prendre le risque de laisser le petit y aller à pied. Santiago restait en mesure de l'emmener, pas de le surveiller, nuance. Tyler tenta de convaincre son père ce qui se révéla inutile. Sillas avait eu l'indulgence de se taper El Rastro en solo. Le faire poireauter sur un banc en observant son fils s'amuser au milieu d'une surpopulation de moutards hurlant à tout va en se faisant convoiter par les mères célibataires, ça serait trop en réclamer en une journée.
Santiago travaillait sur sa machine à écrire, occupant toute la table de la cuisine. Ses lunettes lui donnèrent un air à la fois strict et ridicule, il ne pouvait s'en passer pour lire les paragraphes en police minuscule. Miguel passa à côté de lui, le laissant rédiger, s'abstenant de revenir sur l'incident. Son père lui prit le bras avec fermeté, la tête toujours dans son article.
— Au fait, Tulio a téléphoné. Il a dit que c'était urgent et que tu devais le rappeler.
— Okay. Merci de l'info.
— Miguel, tu peux venir cinq minutes ?
Il se dirigea à l'étage. Son frère ne l'avait pas appelé pour une quelconque tâche. Ils s'enfermèrent dans la salle de bain négligée dans laquelle traînait une profusion de crèmes, de shampoing et de lotions capillaires appartenant à Paola. Les joints des carreaux couleur jade étaient noirs et creusés. Le fond de la baignoire exhibait des rayures, le bac aux côtés irréguliers, la cloison de la douche branlante, les serviettes délavées, le miroir taché et fêlé, l'oeil noir du lavabo avalant les cheveux en le recrachant de temps à autre… Nulle chose ici ne sentait le neuf.
Sillas lui ordonna de chuchoter, l'isolation des murs demeurait loin d'être optimale.
— J'ai vu Manich' au Rastro.
Manich' était le gitan du coin qui réparait les tondeuses efficacement à un prix très attractif. Il souhaitait le bonjour aux gens sur son vélo. Il se faisait tout le temps houspiller par sa femme. C'était tout ce qu'il y avait d'essentiel à raconter sur son sujet.
— Et il va bien ?
— C'pas ce qui importe. Il a pris le temps de discuter avec moi, et ce qu'il avait à dire n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd.
Miguel se tut. Qu'est-ce que Manich' avait à raconter de si palpitant ? Cela le rendit curieux.
— Tu savais que les gitans de Séville recevaient et coupaient de la drogue d'Algérie ?
— Ben ouais, affirma Miguel un peu déçu. D'la merde, d'la came. C'est pour ça qu'ils ont des Mercedes et des montres flambant neuves. C'est à se demander pourquoi ils continuent à vivre dans leurs caravanes…
— Figure-toi qu'ils se sont fait dépouiller de leur came. C'est le cousin de Manich', Rodriguò qui était là-bas et qui s'est fait descendre. J'te rassure, ils étaient pas proches. Du coup, ça fait chier Manich', y a la veuve et ses cinq mioches qui se ramènent dans leur camp. Ils explosent de joie de se les farcir.
— Il est arrivé quoi aux camps de Séville, ils les ont rasés ? C'était un règlement de comptes entre eux ?
— À ce que j'ai compris, ils ont perdu le monopole. Quelqu'un devait revendre moins cher et ça les a foutus dans la panade. À la fin, ils sont parvenus à reprendre contact avec un gros client. Ils ont fait leurs petites transactions discrétos, sauf que l'autre camp n'a pas été averti et ils se sont fait enfler. Alors, ces bouffons, au lieu de réfléchir, ils sont précipités en mode « on va niquer leurs morts, sa race ! ». Ces bleus-bites se sont fait liquider. Et comme jamais deux sans trois, le reste de la bande a voulu les venger et VLAN ! Ventilé direct.
— Merde ! C'est dingue. Ça s'est passé…
— Exactement, hier soir. Les trépassés sont ceux du camp de l'hippodrome, et le reste, qui s'en est pas trop mal sorti, provient de la rocade après les hangars du carrossier.
Miguel imaginait l'expression plombée de Manich' en train de discourir : « Ha, c'est triste. Y faut pas met' les mains dans c'te sal'té. Ça n'apporte rien d'bon… » terminait-il en rajustant son béret. Manich' n'appréciait pas ses pairs de Séville, néanmoins il ne restait pas insensible face à ce massacre.
— Selon lui, poursuivit Sillas, les gitans de la rocade vont sans doute retourner leur veste et bosser pour ceux qui ont massacré leurs pairs.
— J'me demande qui a pu les faire sauter…
— Putain de… ! On l'a vu à la télé, hier !
— Hein ?
— Et tu crois qu'il y avait la police pourquoi, monter les décorations du Nouvel An ?
Le cadet se replongea dans ses réflexions. Sillas se mordit les lèvres afin de ne pas tempêter contre son frère, elles en devinrent rouges vifs. Il brandissait son poing, luttant contre une force inconnue le poussant à le rosser.
— Tu réfléchis à quoi, là ?! s'énerva-t-il devant son manque de discernement.
— Ça ne colle pas. Non. Que les flics fassent feu pour légitime défense, ça se conçoit. Cependant, je les vois mal débarquer dans un entrepôt sachant qu'ils se précipitent vers un piège. Et le gars qui as ordonné tout ça, il s'en sort genre avec sa came, peinard ?
— MIGUEL… Je vais t'en coller une.
— Hé ! C'est moi qui vais t'en coller une si tu n'arrêtes pas de me prendre pour un con. Si tu as quelque chose à dire, vas-y ! Accouche !
— Cortés ! Hier ! Avec des policiers ! Ça ne t'évoque rien ?!
L'aîné put souffler quand il aperçut une étincelle de bon sens illuminer son visage.
— Att- Attends. Tu veux dire que Cortés les a liquidés car il voulait le monopole de la came ? Ça n'a pas de sens. Je pense que ce sont les politiques qui ont commandé tout ça.
En fait, c'était Tulio qui le pensait… Passons.
« Tu comprends, poursuit Miguel, Cortés ne se tremperait pas là-dedans s'il n'avait aucune garantie d'en sortir un bénéfice. Il a dû profiter de tout ça pour se présenter propre sur lui et rapporter à qui veut l'entendre : « PAS DE DROGUE DANS MA VILLE ! ». Les gitans ont dû merder ou faire trop de grabuge, il a été contraint de faire le ménage. »
— Ouais. Pour l'autre camp, ils devront s'écraser, voilà le message.
— Tu parles. Je parie qu'ils doivent continuer à dealer mais que Vélasquez et cie leur imposent une commission ou un péage faramineux. ( le ton plus léger ) Bah, on est pas impliqué dedans, toute manière. Il veut, certes, nous tronçonner pour de l'argent ou je ne sais quoi. Pas de la came.
— Avoue que c'est louche. Comment ça se fait d'ailleurs que vous devez lui rembourser trois cent mille dollars ?
— Ça n'a rien à voir avec la came, nia Miguel en bloc. C'est de l'argent que Tulio doit lui rendre.
— Et si vous saviez que ça se terminerait ainsi, pourquoi avoir emprunté de l'argent ? Et pour quoi faire ?
Il se crut en interrogatoire et ça le fatiguait. Miguel finit par cracher le reste bien que Tulio lui ait expressément demandé de ne rien étaler. Il ne se risquerait pas à mettre qui que ce soit dans la confidence, ni se dévoiler et encore moins révéler son passé. Miguel se confessa pour alléger leur fardeau commun. Son frère montrait souvent un caractère de trou du cul à son égard pourtant ce fut l'un des gars auquel Miguel accordait le plus sa confiance.
— Je ne connais pas tous les détails. Il est probable que son père ait emprunté cet argent à Cortés, tandis que Tulio considère que c'est de l'argent qu'il sauvegardait pour Cortés.
— Il n'y a pas un chouïa de différence. Le père de Tulio avait l'argent de Cortés. Et ensuite ?
— Il devait conserver l'argent en lieu sûr. C'était le pactole du siècle ! Seuls les parents de Tulio étaient informés de la cachette. On ne sait pas si c'est de l'argent liquide dans un coffre, ou un chèque en Suisse, un compte off-shore, un bien immobilier… Tulio ignore tout. Ils ont emporté le secret dans la tombe.
— Mouais. Il se rattache à Tulio pour tenter de récupérer son pognon.
— Il avait beau clamer qu'il ne savait pas où se trouvait cet argent, Cortés n'a pas foi en lui. Tulio c'est un malin, et l'autre pense qu'il veut garder l'argent pour lui ou l'entraîner dans un piège. Donc, pour sauver sa face, Cortés l'a intimidé d'une farandole de persécutions si on ne lui rend pas tout son blé. Tu sais combien on devait lui rembourser initialement ? Les trois cent mille ne sont que la partie visible de l'iceberg.
— Fais-moi peur…
— Six million cinq-cent quatre-vingt douze sept cent, truc comme ça. Tulio connaît tous les chiffres après la virgule, les centimes avec.
— De pesetas ?!
— Non, de dollars !
Le plancher s'effondrait sous ses pieds après avoir découvert la somme astronomique. De telles ressources permettraient de rembourser plusieurs fois le crédit de la maison - de plusieurs maisons ! Il récita divers gros mots et insultes, il reprit ses esprits et interrogea Miguel sur la manière dont ils avaient déniché les divers cent mille dollars restants.
— On a couillonné les partenariats et quelques associés de Cortés. Avant de gueuler, je sais que ce n'était pas très intelligent, se défendit-t-il. Ce qui nous avantageait, c'est que Tulio connaissait le terrain dans lequel on s'aventurait et l'argent abondait. De plus, il ne pouvait pas se permettre de porter plainte, l'argent qu'on a dérobé provenait de fonds illégaux. Généralement, Tulio les plumait souvent aux cartes et aux jeux. Judiciairement, ça ne nous cause pas d'emmerdement. Ce fut plus délicat pour les embrouilles à l'assurance, les testaments rectifiés, les services rendus, les arnaques immobilières…
— Miguel. Je ne dirais pas que c'est stupide. Vous étiez gonflés et ingénieux pour mener des actions pareilles. Seulement il y a une différence entre toi et Tulio, c'est que lui n'a pas de parents. Toi, tu as une famille. Et tu t'es mis dans une position totalement merdique et dangereuse ! Avec tout ce que vous avez accumulé, vous allez finir la moitié de votre vie en taule si on ne vous fout pas une bastos dans la caboche !
— AH OUAIS ?! s'emportait Miguel, vexé que son frère lui fasse le sermon. Je sais mesurer les risques, merci, je n'ai pas besoin de ton aide pour ça ! En plus, tu peux la ramener, monsieur j'ai fait du trafic d'armes en Bulgarie !
Miguel ravala vite ses paroles lorsque son frère se figea. Au milieu de ses iris délavés, ses pupilles le transpercèrent net. Ses traits se raidirent. De sa main droite, il saisit le col de son pull-over bordeaux, l'attira contre lui de sa propre force et vociféra à une dizaine de centimètres de son visage rigide, les sourcils blonds froncés.
— Bosnie, Bos-nie ! Tu penses que j'avais le choix ?! Je préférais mille fois gagner de l'argent quitte à me faire zigouiller là-bas que de rester dans un pays en dictature qui allait me lobotomiser pour ce que je suis. Tu n'as pas la moindre idée de ce que coûte un chirurgien à l'internationale et d'en trouver un excellent !
Son frère se libéra de son emprise en le poussant en arrière. Sillas se heurta contre la cloison en PVC de la douche. Miguel était suffisamment tancé et rudoyé par Tulio, Lazar, Cortés et son frère qui se joignait à la fête. Il piqua une crise juste après.
— OKAY, OKAY ! Je suis désolé d'avoir ressorti ça. Toi aussi t'avais un truc à faire là-bas et je te le reproche pas ! Alors ne viens pas insinuer ce que j'ai à faire ! Je me suis engagé que cela me plaise ou pas, je ne laisserais pas Tulio gérer seul cette merde !
La sonnerie du téléphone fixe vint de sonner à l'instant. Ils se dévisagèrent. L'altercation prit fin au fur et à mesure que la sonnerie résonnait dans la demeure silencieuse. Ils connaissaient tous deux le correspondant au bout de la ligne. N'ayant rien à rajouter, Miguel se prépara à lui tourner le dos. Celui-ci lui lança :
— Tu as intérêt à ne pas te foutre plus bas que terre. Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, c'est moi qui viens te sauver la mise quand t'as des ennuis, à chaque fois ! Pour Santiago, je vais m'en charger. Après cela, ça sera terminé. Tu te passeras de moi pour vos coups fourrés.
La douche glacée fit effet immédiate. Miguel ressentit de la tristesse qui ressemblait à une rupture. Cela n'enchantait pas plus son frère aîné qui restait résolu. Un « Bien reçu » grinça avec la porte de la salle de bain qui s'ouvrit puis se referma progressivement derrière le blond cendré soupçonneux.
La sonnerie s'était évanouie. Miguel descendit les escaliers, promptement. Il remarqua le téléphone qui pendait, droit, accroché au fil du combiné, la tête en bas. Son père continuait à taper à la machine en marmonnant des mots inaudibles, se rendant impénétrable à toutes distractions. Miguel leva les yeux au ciel et récupéra le téléphone qu'il colla à son oreille.
— Allô ?
— Miguel, ah, enfin ! Ça serait mieux que j'arrête de tomber sur ton père au téléphone, ce n'est pas un messager très effi...
— Qu'est-ce que tu m'veux ?
Tulio se raidit à l'autre bout du téléphone. Ce n'était pas le gamin. Ce n'était pas le je-m'en-foutiste. Ce n'était pas le chouineur. Ce n'était pas le sarcastique. Il changea d'intonation. Il allait parler à un Miguel qu'il ne pratiquait que peu couramment. Celui qui conversait avec ressentiment.
— Écoute, je ne cherche pas à me faire pardonner. J'ai été naze et...
— C'est oublié. Qu'est-ce qu'il y a ?
Tulio balbutia bêtement, coupé dans le début de son laïus de rédemption. Il fut d'autant plus démuni, il ne s'agissait pas d'excuses bidon banalement psalmodiées.
— Il faut que tu reviennes. On part dans trois jours au Venezuela. Chel nous lègue une villa somptueuse, y a aucun tracas à se faire. Mets juste tes vaccins à jour, je m'occupe du reste. Sauf de ta valise.
— Et si je ne veux pas venir ?
— Je… Em. Miguel, t'as le choix. C'est pas prudent vis-à-vis des tiens…
— Je plaisantais, nigaud. Évidemment que je viens ! confirma-t-il, revêche.
— Qu'est-ce qu'il se passe ? Ça ne va pas ?
N'ayant pas envie de répandre ses états d'âme, il souffla. Puis il se souvint, comme une comète qui passait, l'amphigouri à la con de Santiago sur le mythe Oedipien. Toujours au téléphone, il se retourna vers son père ajoutant une feuille entre les rouleaux.
— Nan, mais en fait, Oedipe il ne s'est pas crevé les yeux parce qu'il était entouré d'une bande de dégénérés ! Il ne voulait plus assumer la merde dans laquelle il s'est plongé en entraînant les autres.
— Mouais… Y a de ça, répondit-il, encore en train de taper.
— Je laisse ça aux plaignards qui se consolent en se disant que c'est le sort de la tragédie, qu'on peut pas changer, bla bla bla, toutes ces conneries. C'est juste bon pour le cinéma.
— Mais de quoi vous parlez ? demanda Tulio, déboussolé.
— T'occupes. Je reviens lundi après-midi. Alors, STRESSE PAS, OKAY ?
Il raccrocha.
Laissant Tulio sur un Miguel des plus je-m'en-foutiste et philosophique.
Alors, vous en pensez quoi de sa famille à Miguel ? :D Dites-le moi dans les reviews !
Puis ce chapitre a pour vocation aussi d'appronfondir le passé de Miguel, le milieu d'où il vient, son enfance, ect... C'est quelqu'un de loyal, très attaché à sa famille et ses racines.
Suite au prochain chapitre. Chapitre 10 : Dernière nuit à Séville.
Merci encore de me lire et de vos reviews toutes plus sympas les unes que les autres !
