Note d'auteur : Bonjour tout le monde ! Avec un peu de retard (dû uniquement à la procrastination intense), voici un petit texte écrit lors de la Nuit de février, sur le thème Détresse. J'espère qu'il vous plaira. :)
L'horloge sonne deux heures lorsque Bellatrix referme son lourd grimoire. Le bruit résonne dans la bibliothèque vide. Elle éteint la flamme vacillante de sa bougie d'un souffle et se laisse guider vers la sortie par la lumière féérique de la lune. Ses rayons argentés illuminent les rayonnages comme en plein jour. Elle connaît si bien cette endroit de toute façon qu'il lui est impossible de se perdre. Elle sillonne entre les étagères jusqu'à la porte, ses pieds nus glissant sur le parquet froid.
Elle traverse le couloir, passe sans un bruit devant la suite parentale, et remonte jusqu'à sa chambre. La main sur la poignée, elle se fige en entendant un bruit étrange percer le silence ténébreux du manoir. Des sanglots, qui proviennent de la pièce voisine.
Bellatrix tend l'oreille, à la fois intriguée et rebutée. C'est Narcissa, qui pleure comme ça. Il n'y a aucun doute à avoir. Elle pince les lèvres, désapprobatrice, hésitant presque à l'ignorer. Mais les restes de son instinct de protection, les quelques traces d'amour qu'elle éprouve pour sa sœur et qui n'ont pas encore été effacé par la Magie Noire, la poussent à traverser le couloir. Elle ouvre le panneau de bois du bout des doigts et pénètre dans la pièce assombrie, uniquement éclairée par une chandelle.
Narcissa lui tourne le dos, couchée sur son lit, les épaules secouées de sanglots. Elle ne l'a même pas entendue entrer. Bellatrix laisse échapper un discret soupir qui n'atteint pas non plus ses oreilles. En temps normal, elle l'aurait rabrouée, sermonnée sur son comportement, mais en cet instant, au cœur de la nuit, elle plus que toute autre savait à quel point les convenances étaient ridicules. Alors elle s'approche de sa couche et s'assoit sur l'édredon blanc, raide et hésitante malgré sa bonne volonté.
— Cissy, souffle-t-elle.
Elle pose une main douce sur l'épaule de sa cadette, qui tressaille de surprise. Narcissa se retourne sans prendre la peine d'étouffer ses pleurs. Les larmes coulent sur ses joues d'albâtre et ses yeux bleus semblent noyés de tristesse. La gorge serrée, Bellatrix se sent impuissante pour la première fois depuis longtemps, depuis qu'elle a cette Marque gravée sur son avant-bras. Elle hait voir sa petite sœur ainsi.
— Bella…
Sa voix est étranglée par les sanglots, alors qu'elle cache son visage sur ses genoux, honteuse. Bellatrix caresse distraitement ses épaules tremblantes, comme lorsqu'elles étaient petites et sans savoir bien quoi faire d'autre.
— Dis-moi au moins pourquoi tu es dans cet état-là, souffle-t-elle d'un ton triste. Qu'est-ce que je peux faire pour toi ?
— Elle… Elle ne reviendra jamais. On l'a perdue. Pour toujours.
La voix de Narcissa n'est qu'un soupir larmoyant, mais ses mots parviennent bien aux oreilles de Bellatrix. Celle-ci se fige, sa main se crispant sur l'épaule de sa sœur. Il lui faut quelques secondes pour réagir. Pour comprendre que ce signifie toute cette stupide mascarade.
— C'est pour elle que tu es dans cet état ? siffle-t-elle, furieuse.
Elle se dresse d'un coup et s'éloigne d'un pas, comme un rejet instinctif. Narcissa porte sur elle un regard perdu. Ses yeux, emplis de détresse et de désespoir, accrochent ceux de Bella, la supplient de ne pas s'emporter. Mais cette dernière n'est plus que colère et haine.
— Tu devrais avoir honte de toi, murmure-t-elle avec hargne. Elle nous a abandonné, elle est partie sans nous jeter ne serait-ce qu'un regard. Elle a craché sur notre passé, nos souvenirs, nos liens, elle a jeté l'opprobre sur notre nom pour un vulgaire Né-Moldu ! Et toi, toi tu la pleures dans ton lit comme une pauvre fille abandonnée ? Ressaisis-toi !
Les mots violents laissent Narcissa sonnée. Le malheur et la douleur marquent toujours ses traits, mais elle semble incapable de pleurer désormais. Comme si sa peine était au-delà des larmes.
— Tu ne comprends pas, Bella, souffle-t-elle. Tu as toujours été la plus forte de nous trois. Je ne peux pas fermer mon cœur comme toi tu le fais. C'est notre sœur.
— C'était, la coupe brutalement Bellatrix. C'était notre sœur. Jusqu'à ce qu'elle décide de s'enfuir. Elle n'est plus rien pour nous, désormais, rien. Tu m'entends ? Une vermine, comme son mari. Rien de plus.
— Tu ne penses pas ce que tu dis.
C'est plus une supplication qu'une réelle affirmation. Narcissa tend vers elle une main offerte que Bellatrix rejette avec un certain dégoût. Elle n'a jamais pensé sa sœur si faible, et l'apprendre lui fait éprouver un malaise bien trop grand. Elle ne veut même pas songer à l'autre, celle qui les a trahies, celle qui est partie.
— Tu ne peux pas être entre les deux, Cissy, tranche-t-elle d'un ton définitif. Elle ou nous, il faut choisir.
« Elle ou moi », plutôt, mais l'amertume qui la brûle l'empêche de dire ses mots à haute voix. La fierté, aussi. Elle ne veut pas admettre sa faiblesse. Elle ne veut pas reconnaître à quel point ça la blesse de voir Narcissa si perdue par le départ de… l'autre.
— Comment est-ce que tu peux l'oublier en claquant des doigts ? proteste Narcissa d'une voix à peine audible. Elle fait partie de nous.
— Plus maintenant.
Sa voix cassante résonne dans la chambre vide, d'une façon presque mortuaire. Avant de céder devant les yeux emplis de détresse de sa jeune sœur – la seule –, Bellatrix tourne les talons et fuit, comme elle sait si bien le faire dans ce genre de situations.
Lorsqu'elle s'enferme enfin dans sa chambre vide, haletante, la douleur qui lui déchire le cœur est bien trop réelle. Alors elle prend fermement sa baguette, et elle murmure les quelques paroles que lui a appris Rodolphus le lendemain de leurs fiançailles. Un sort de Magie Noire simple, qui permet de purger son âme en l'emplissant de vils sentiments, qui la pourrissent jusqu'à la moelle. Une extase proche de la jouissance. Le bout de sa baguette luit d'une inquiétante lueur pourpre, tandis que les traits de son visage se détendent.
La culpabilité et le manque ont disparu, pour ne laisser la place qu'à une haine infatigable envers l'autre.
C'est bien plus reposant ainsi.
Note de fin : Merci beaucoup pour votre lecture ! N'hésitez pas à laisser un petit mot pour me dire ce que vous en avez pensé, et à bientôt peut-être pour les textes de la nuit de mars. :)
