Note : Surprise : suite du chapitre précédent ! Vous auriez jamais pu deviner, pas vrai ? xD


Chapitre 15 : Shinigories BIS

...

Attendre le train

- À demain Tamao !

- Au revoir, salue une dernière fois la jeune femme avant de quitter l'auberge.

Yoh lui fait signe depuis le perron, avec son grand sourire. Mais Tamao ne rosit ni ne bafouille plus désormais quand elle est en sa présence. Elle le trouve toujours très beau garçon, mais elle n'a plus le cœur qui s'emballe à chaque fois qu'elle est près de lui. Du moins plus trop.

En attendant son train, elle sort machinalement son cahier à dessins. Que dirait Yoh s'il savait pour son frère ? Elle se demande si sa mort lui pèse toujours. Elle connaît bien Yoh. Même s'il n'en montre plus rien aujourd'hui, les premiers mois avaient été difficiles. Tamao avait réussi à voir ce que sa langue taisait mais que ses yeux criaient. Comme Manta. Comme Anna.

Et Hao, comment se sent-il ? Elle l'emmène partout avec elle, y compris à l'auberge, mais il n'a pas le droit de se montrer. Elle n'a jamais vraiment eu besoin de le lui dire d'ailleurs, elle l'a juste décidé. Elle contrôle les moments où il « sort » du cahier, mais par défaut il y est enfermé.

Tamao caresse la couverture beige, l'esprit un peu vide, puis relève la tête vers le panneau d'affichage. Son train est affiché avec 5 minutes de retard.

- Trésor, appelle-t-elle sur un coup de tête en se levant.

Et l'instant d'après, elle est sur le seuil de son appartement.

...

Cuisiner un gâteau

Jeanne a décidé de cuisiner, pour faire un gâteau-surprise à Tamao. Elle est pleine de bonne volonté et les fantômes gardiens de son amie ont proposé de l'aider. Problème : tous les fantômes de Tamao se sont proposés. Et elle a beau avoir tenté de refuser, certains insistent à la « conseiller » envers et contre tout.

- Tu es sûre qu'il n'y a pas de piment dans un gâteau au chocolat ? Fais comme tu le sens Maiden, mais ça va être moins bon…

Pour l'instant, Jeanne est d'un calme exemplaire, snobant tout simplement le fantôme insupportable, mais elle n'est pas sûre de pouvoir continuer ainsi très longtemps.

- Ponchi, je ne trouve pas l'huile, fait-elle.

- Sur ta droite, répond laconiquement Hao. Mais tu ne veux pas plutôt mettre du vinaigre ? Je suis sûr que ça marcherait aussi.

Jeanne s'empare de la bouteille sur le rebord de l'évier, ignore Hao qui fait mine de chercher du vinaigre sur les étagères et s'approche du saladier.

- C'est le liquide vaisselle ! l'interrompt Conchi en désignant, affolé, la bouteille qu'elle tient à la main.

...

S'affronter du regard

- Toi…

Cette fois Jeanne est en colère.

- Cesse d'essayer de nous empoisonner et fiche le camp de cette cuisine !

Le fantôme la toise sans bouger.

- Voyons… Non, pas envie.

Jeanne voit rouge mais arrive quand même à retenir le « je le dirai à Tamao » qui lui brûle les lèvres. Il ne la laisserait jamais en paix s'il lui échappait.

- Tu es censé « être sage », cite-t-elle à la place.

- Mais je suis sage, je t'aide à lui préparer une surprise.

- Hao, déclare Jeanne d'une voix polaire, tu es condamné à obéir à Tamao pour toute l'éternité. Si tu ne veux pas que cette éternité te soit trop désagréable, tu sors de cette pièce. Maintenant. Ou je te jure que je lui demande de te forcer à rester coincer dans les tuyaux d'évacuation pour le restant de ton existence.

Le silence s'abat sur la pièce. Ponchi et Conchi sont dans un coin et ne disent plus un mot.

Jeanne sait qu'elle a mis fin au « jeu » en lui rappelant qu'il était à la merci de Tamao. Elle ne joue plus.

Hao, cependant, ne se départit pas de son sourire et a décidé d'aller s'asseoir sur le frigo.

- Tu te trompes, Jeanne.

Ladite Jeanne n'est pas habituée à ce qu'il l'appelle par son prénom mais n'en montre rien.

- Vraiment ?

- Je suis son fantôme gardien. Je ne lui dois pas obéissance pour « toute l'éternité » mais tant qu'elle est une shamane, donc jusqu'à ce qu'elle décède. Ce qui, dans le cadre d'un malheureux et tragique accident, pourrait arriver plus vite qu'on ne le pense.

Jeanne le fixe il soutint son regard.

C'était donc ainsi... Sa porte de sortie, son objectif. Tuer Tamao pour être libéré de toute entrave.

À serrer les poings comme elle le faisait, ses ongles avaient transpercé sa peau et quelques gouttes de sang lui coulaient sur les doigts sans qu'elle n'y prenne garde.

Un bruit sur le côté, mais aucun des deux ne cille.

Colère sourde. Appréhension aussi.

- Salut.

Nul ne réagit à l'arrivée de Tamao dans la cuisine. Elle a les yeux qui clignotent et cache un bâillement derrière sa main. Hao sourit diaboliquement ; Jeanne rompt le contact visuel en premier en détournant la tête.

- Ça ne va pas Jeanne ?

- On peut mourir en ingurgitant de la javelle cuite ? lâche-t-elle tout à trac.

- Non, lui répond Tamao, surprise.

Jeanne refuse de se tourner vers Hao qui doit être en train de se moquer intérieurement.

- Par contre, reprend Tamao, il ne faut surtout pas en mélanger avec du vinaigre blanc, sinon ça dégage un gaz toxique.

Jeanne envoie un regard assassin à Hao qui fait mine d'être intéressé par les magnets collés sur la porte du frigo à côté de ses jambes.

Garder Tamao en vie allait s'avérer fort ardu.

...

Chuchoter dans le noir

Il fait nuit depuis plusieurs heures maintenant mais Jeanne se sent parfaitement réveillée. Elle fixe le plafond sur lequel avec Tamao elles ont collé des étoiles phosphorescentes. Jeanne ne pouvait pas dormir sans.

Lorsqu'elle voyageait avec Marco et Rakist, ils avaient de grandes étoiles qu'ils accrochaient aux plafonds des hôtels, auberges et chambres dans lesquelles ils résidaient avec de la patafix. Une idée de Rakist, initialement. Pour remplacer la veilleuse de l'orphelinat.

Jeanne se tourne vers Tamao en la sentant bouger à côté d'elle et est surprise de la découvrir les yeux grand ouverts.

- Tu ne dors pas ? chuchote la japonaise.

Jeanne fait « non » de la tête sans répondre tout de suite.

- C'est Hao, chuchote-t-elle simplement.

- Il est dans le cahier, lui rappelle inutilement Tamao.

Le fantôme y était toujours enfermé lorsque Tamao dormait. Sauf pendant ses siestes, mais il avait obligation de rester dans l'appartement. Et d'être sage. Si ça ne tenait qu'à Jeanne, il ne quitterait jamais le cahier, de jour comme de nuit.

- Il…

Elle bute sur les mots, hésite, sent les larmes lui monter aux yeux.

- Il a menacé de te tuer, souffle-t-elle.

Tamao ne réagit pas, ne semble pas inquiète, ne semble pas surprise.

- Tu le savais ? demande Jeanne d'une voix tremblante.

- Je m'en doutais, lui répond platement Tamao.

Alors Jeanne comprend qu'il avait dû proférer les mêmes menaces à son encontre.

- Mais on s'en fiche, Jeanne, déclare Tamao d'une voix calme. Les menaces, c'est la seule chose qu'il lui reste. Il ne peut rien nous faire. Ne t'inquiète pas.

Et disant cela, elle prend sa cadette dans ses bras.

Jeanne ferme les yeux et chasse Hao de son esprit pour profiter pleinement de l'étreinte de sa camarade. Sa chaleur, l'odeur de sa peau, son souffle dans ses cheveux.

Mais en réalité, elle n'est pas rassurée.

...

Dîner chez des amis

- Quand rentres-tu en France, Jeanne ?

Ladite Jeanne, qui était en train de s'assurer que Ryu ne lui versait pas trop de vin, releva la tête vers Yoh.

- Un mois. Peut-être un peu plus. Je ne sais plus exactement à quelle date j'ai mon avion, mais mon stage finit dans cinq semaines.

- Ça va te faire bizarre, non ?

- Oui, acquiesça Jeanne. Tamao va me manquer, ajouta-t-elle naturellement.

Tamao piqua un fard et cacha ses joues roses derrière sa serviette. Yoh éclata de rire.

- Tu m'étonnes, lança-t-il. Ça te plairait de revenir ?

- Tu veux dire, essaya de comprendre Jeanne, pour vivre au Japon ? Y travailler ?

- Ouais, par exemple, sourit Yoh.

Jeanne ne s'était jamais posé la question.

- Je ne sais pas, répondit-elle en fronçant les sourcils. Ce n'est pas prévu.

- Marco est en Italie, fit remarquer Anna en s'emparant du plat de tempuras.

Jeanne sentit son cœur se serrer. Elle n'était pas sûre de vouloir aborder ce sujet.

- Où est parti Amidamaru ? changea de sujet Tamao en remarquant son malaise.

- Avec Tokagerô et tes fantômes dans la pièce d'à côté, signala Manta. Au fait Jeanne, ça se passe bien avec eux ?

Jeanne se raidit mais répondit dignement.

- Ça se passe très bien avec Ponchi et Conchi.

Tamao évita son regard. Jeanne enchaîna sur autre chose.

Si elle n'avait dit à personne qu'elle avait scellé Hao, ce n'était pas pour maintenant dévoiler que Tamao se l'était attaché en tant qu'esprit.

...

Essayer et essayer encore

Tamao a toujours continué à s'entraîner, ne serait-ce qu'une heure par semaine, à faire des exercices avec Ponchi et Conchi. Mais depuis qu'Hao est également devenu son fantôme gardien, cette activité prend une toute autre tournure.

- Tssk, tu n'arriveras à rien comme ça, commente-t-il alors que la pomme qu'elle tente de faire léviter décolle douloureusement de la table.

Elle essaie de ne pas tenir compte de sa remarque.

Échoue.

La pomme rebondit et roule par terre.

La shamane déconcentrée fait les gros yeux à son cahier à dessins dans lequel son insupportable fantôme est enfermé. Il y avait des fois où elle arrivait instinctivement, presque sans y penser, à utiliser ses pouvoirs comme elle le souhaitait pour réaliser des choses aussi extraordinaires que se téléporter. Même Yoh n'en était pas capable !

Et puis il y avait les jours où elle n'arrivait pas à faire léviter une toute petite pomme de rien du tout et où il fallait qu'elle s'arme de patience pour supporter les railleries de son esprit. S'il se moquait beaucoup, il finissait toujours par laisser échapper un indice sur la manière dont il fallait s'y prendre. Indice lâché volontairement. Et si elle ne l'attrapait pas au vol, il faisait remarquer avec morgue que « pourtant [elle avait] tous les éléments en main ».

En même temps s'il ne l'aidait pas du tout elle ne lui donnerait pas même le droit de parler.

Le fantôme de Hao se dessine vaguement au-dessus du cahier à dessins, nonchalamment appuyé contre le mur.

Fatiguée, Tamao laisse tomber l'exercice de la pomme pour attraper son katana. Elle voit la convoitise s'allumer dans les yeux de Hao mais il tient sa langue. Le « non » qu'elle lui a opposé la dernière fois qu'il a envisagé le hyoi fusion pour lui apprendre était catégorique. Elle ne veut plus lui laisser son corps. Même si elle a gagné son obéissance, elle ne lui fait pas confiance.

La jeune femme fait tourner l'arme dans sa main pour bien la tenir.

- Si tu veux vraiment progresser, demande à Yoh et Amidamaru de t'entraîner.

Tamao relève la tête vers le fantôme, étonnée. Ce n'est pas son genre de donner des conseils aussi directs.

- Pas à vous ?

Hao lui renvoie un sourire blasé.

- Tu ne veux pas de mon aide.

Tamao sent qu'elle est sur le point de faire une bêtise.

Cède.

- Apprends-moi.

Et brusquement elle exécute une hyoi fusion et l'absorbe.

Deux âmes, un corps. C'est complexe et nouveau. Ce n'est pas comme la fois où il a pris possession d'elle, elle garde le contrôle. Mais il est là, à proposer à ses muscles des mouvements qu'elle peut accepter ou refuser. Très étrange.

L'entraînement prend une toute autre dimension. Soudain elle peut tout faire. Et la pomme au lieu de s'envoler explose malencontreusement.

- C'est Jeanne que tu aurais dû tenter de faire léviter, ricane Hao quelque part en elle.

Ça y est, il redevenait ignoble… Ils n'allaient pas rester fusionnés très longtemps…

...

S'inquiéter très fort

Dispute. Encore.

Jeanne ne comprenait pas pourquoi Tamao ne laissait pas Hao moisir dans son cahier. C'était ce qu'elle avait fait, elle.

- Tu ne le contrôles pas, lui avait-elle dit.

- Non, avait admis Tamao. Pas encore. Et ce n'est pas le but.

Ça avait énervé Jeanne. Elle se mettait en danger et pour quoi ? Tamao n'était pourtant pas avide de pouvoir !

- Ah la la !

Jeanne retourna un regard meurtrier au mort qui avait osé la suivre. Et surtout, qui avait osé tenter de prendre le contrôle de Tamao.

- J'ai fait ça ?

- Ne lisez pas dans mes pensées !

Elle avait crié.

Hao haussa un de ses sourcils fantomatiques.

Ce qu'elle le haïssait… Mais ce qu'elle détestait le plus, c'était de voir ses flammes brûler dans les yeux de Tamao. Même s'ils ne faisaient que « s'entraîner ».

- En vérité, tu n'aimes pas me voir avec elle par peur ou par jalousie ? À moi tu peux le dire tu sais.

Jeanne le foudroya du regard sans répondre.

- Tu veux que je te confie un secret, Maiden ?

Elle n'osa pas dire « non ».

Hao s'approcha, un sourire mauvais sur le visage.

- Te voir pleurer, tourmentée, torturée… J'aime ça. J'y prends un plaisir que tu n'imagines même pas.

Jeanne ferma les yeux, essaya de faire abstraction de ses paroles, respira lentement, échoua. Ses muscles tendus commencèrent à trembler et elle réalisa qu'elle était sur le point de pleurer.

- Pourquoi…

Elle n'arrivait pas à finir sa phrase.

- Pourquoi suis-je si méchant ? se moqua Hao. Es-tu réellement en train de me poser la question ? Alors que tu m'as scellé dans une boîte en métal pendant sept ans ?

Sa voix se fit dangereuse mais Jeanne rouvrit les yeux et affronta son regard sans ciller.

- Ce n'est pas moi qui suis jalouse, répliqua-t-elle dignement.

Et sur ce, elle le planta là avec sa drôle de grimace.

...

S'aimer tout simplement

Le plus beau restaurant que Tamao connaissait. Un film à l'eau de rose. Leurs mains qui s'enlacent. Les rires dans le froid. Le train qui arrive. Leur petit chez elles – enfin surtout chez Tamao. Un nid de bonheur. Un déluge de cadeaux.

Elles ne supporteraient pas son retour en France.

- C'était le meilleur anniversaire de ma vie, chuchote Jeanne.

Baiser volé.

...

Bâiller au petit-déjeuner

Avec plaisir, Jeanne récupéra ses toasts parfaitement grillés.

Tamao arriva en bâillant et en s'étirant, croisa son regard, rosit, mais ne ramena pas ses bras contre sa poitrine comme elle en avait l'habitude, avant. C'était une marque de confiance qui réchauffait le cœur de Jeanne.

Elle attrapa la confiture de fraises et commença à en étaler sur les toasts comme Tamao aimait. Son amie sortit la casserole et se mit à lui faire chauffer du lait. Jeanne adorait le chocolat chaud le matin.

- Hier… tenta-t-elle, hésitante.

Tamao leva ses grands yeux confiture sur elle.

- Merci.

Tamao lui retourna un sourire rayonnant.

Jeanne sourit faiblement et baissa la tête. Elle n'osait pas aborder le sujet Hao… mais elle désirait tellement savoir.

- Tu avais laissé tes fantômes ici ?

Elle lui tendit ses toasts sans lever les yeux vers elle. Comme si Tamao pouvait ne pas comprendre… Elle disait « Ponchi et Conchi » quand elle ne voulait parler que des deux farceurs.

- Hm…

Tamao ne répondait pas tout à fait.

- Merci.

C'était un « merci » timide, hésitant. Pas comme celui assuré et heureux prononcé quelques secondes auparavant.

Un silence.

Puis Tamao reprit.

- Je lui ai demandé de nous laisser. Juste… demandé. Il n'était pas obligé.

Jeanne cligna des yeux.

- Tu lui as juste demandé ? Et il…

Elle ne finit pas sa phrase. Tamao acquiesça doucement avant d'attraper le bol préféré de Jeanne pour y verser son lait.

Est-ce que cela voulait dire… qu'il allait falloir qu'elle le remercie ?

...

Partir se coucher

- Bonne nuit Tamao.

- Bonne nuit, répondit la shamane en refermant la porte de sa chambre sur Ponchi et Conchi.

Elle n'était pas sûre de réussir à dormir avant que Jeanne ne soit rentrée de sa soirée, mais si elle n'essayait pas son amie serait contrariée.

Elle défit son chignon et avait à moitié retiré ses vêtements lorsqu'elle se rendit compte que son troisième esprit était dans la pièce. Elle referma aussitôt son kimono avec un glapissement.

- Que…

Hao resta totalement impassible, simplement appuyé contre un mur.

Tamao rougit. Envisagea de le chasser. Elle ne laissait aucun fantôme rester dans sa chambre lorsqu'elle se couchait. En particulier Hao, qui d'ordinaire passait la nuit dans le cahier.

- On ne t'a pas beaucoup vu aujourd'hui, fit-elle finalement remarquer.

Hao ne répondit pas.

- Merci, pour Jeanne, ajouta-t-elle.

Hao poussa un soupir. Ou du moins le mima.

Ils s'affrontèrent du regard. Un moment. Puis Hao se retira, réintégrant le cahier à dessins.

Et Tamao, la bouche sèche, se demanda ce qu'il se serait produit s'il ne l'avait pas fait.