Yo! Déjà je suis vraiment désolée pour la très longue attente mais je suis plutôt occupée par d'autres choses en ce moment et je n'avais pas la tête à écrire ni la motivation. Mais me voilà avec un nouveau chapitre! Et vous vouliez du romantique, et bien en voilà! Comme toujours, merci de me lire! Je ne vous fais pas plus attendre.


Chapitre 12: Tout s'effondre.

Il fulminait. Il rageait. Il était à la limite de casser tout ce qui passait sous ses mains. Furieux, il se laissa tomber sur le bord de son lit de roi et lança un regard des plus mauvais aux pauvres planches d'ébène de son plafond qui ne lui avait rien fait de mal. Il était énervé à en casser les murs pour deux raisons. La première était qu'elle ait osé penser qu'il la jugerait et qu'il se moquerait d'une chose aussi grave. Lui même était bien placé pour comprendre une telle douleur. Elle ne se souvenait pas du visage de ses parents. Elle avait été abandonnée. Elle avait été mise au monde pour n'être jamais aimée. Ça ne l'atteignait plus et elle s'y était faite: elle était habituée à la solitude. C'était encore pire que de perdre des parents qui aimaient leurs enfants. Elle n'avait jamais connu l'amour d'une mère et la protection d'un père: lui si. Cette fille était comme lui. Non. Elle ne partageait pas la même souffrance, elle vivait bien pire. Et il avait la nette impression qu'il n'y avait pas que ça qui la tourmentait. Et la deuxième chose était comment lui avait agis. Il avait dit qu'il ne la jugerait pas et voilà qu'il l'avait agressé d'une manière tellement brutale qu'il n'avait jamais imaginé lui parler de la sorte, avant de la laisser seule avec ça. Mais quel con! Elle allait forcément penser qu'il se moquait de sa situation, comme beaucoup d'autres à ce qu'il avait compris. Il n'osait même pas imaginer comment elle devait se sentir à présent. Cette fille souffrait et lui, il lui affligeait une torture supplémentaire alors que, pour une étonnante fois, il ne le voulait pas. Surtout pas avec ce qu'il venait d'apprendre. Il ne savait pas comment, mais il devait arranger ça.

Il sortit de sa cabine en trombe, toujours aussi énervé et alla sur le pont extérieur du navire. Il ordonna à l'ours de rentrer immédiatement, ce qui le réveilla et claqua la grande porte métallique derrière ce dernier. Elle se releva rapidement et prit peur: il était un peu trop remonté à son goût et après ce qu'il s'était passé, elle savait ce qui allait se passer. Ça ne l'étonnait même pas, ça avait toujours été comme ça pour elle. Mais même si elle y était préparée, elle avait quand même peur de lui. Elle le vit se rapprocher furieusement d'elle et lever la main. Elle recula aussi rapidement qu'elle le pouvait et ferma les yeux: elle était prête à recevoir ce qu'elle avait toujours reçu. Mais ce qui se produisit la choqua au plus haut point. Au lieu de recevoir des coups, elle avait senti la main du Chirurgien agripper son bras et la plaquer violemment contre lui. Elle ne comprenait pas. Pourquoi? Pourquoi ne l'avait-il pas frappée? Pourquoi était-elle contre lui? Pourquoi était-il en train de l'enlacer de ses bras? Il l'enlaçait si fort qu'elle en avait du mal à respirer. Elle l'avait pourtant énervé, elle savait qu'il allait la juger. Alors pourquoi était-il en train de la garder dans ses bras?

-Je suis désolé, lança-t-il soudainement.

Elle écarquilla les yeux. Elle ne rêvait pas? Venait-il vraiment de s'excuser, lui, le célèbre Chirurgien de la Mort au cœur de pierre? Elle n'en croyait pas ses oreilles. Et elle ne savait pas non plus pourquoi il lui avait dit cela, il ne donnait pas l'impression de vouloir en dire davantage. Ils restèrent ainsi pendant encore une longue minute. Son étreinte avait quelque chose de... réconfortant? Elle ne savait pas quoi. Elle était juste bien. Les bras le long du corps, elle était envahie par la chaleur de son étreinte. Elle ne comprenait rien à la situation. Elle ne savait pas pourquoi elle était dans ses bras ni pourquoi il lui avait dit ce qu'il avait dit mais ça lui était égal. Elle s'en foutait, elle voulait juste rester comme tel encore un peu. Elle savait qu'il s'était soudainement calmé: elle l'avait compris au son de sa voix lorsqu'il s'était excusé et aussi aux battements de son cœur qu'elle pouvait entendre puisqu'elle avait la tête contre son torse. Il était... triste? Touché par sa situation? Non, il ne fallait pas exagérer non plus. C'était un homme à la réputation de sans cœur, il n'avait de peine que pour sa propre petite personne, et encore. Elle sentit ses bras se desserrer d'elle. Non. Pas maintenant. Elle ne voulait pas encore quitter ses bras. Elle l'enlaça à son tour de toutes ses forces pour ne pas qu'il la lâche et enfouit son visage dans les plis de sa chemise. Il baissa la tête et l'observa un moment: il ne comprenait pas non plus ce qu'il se passait. Il ne savait même pas comment il s'était retrouvé à l'enlacer, son corps avait bougé de lui même avant qu'il n'ait pu réfléchir à quoi que ce soit. Il se baffa intérieurement. Lui, capitaine dur et froid des Heart pirates, faire un câlin à une femme avec une intention autre que de l'avoir ensuite nue sous ses mains? Absurde. Ça n'était pas lui et il se demandait bien où le vrai lui était partit. Il resserra ses bras.

-Écoute.

Elle frissonna à l'entente de sa voix. Elle ne savait pas ce qu'il allait dire et avait honnêtement peur. Elle cacha un peu plus son visage contre lui. Il posa une main à l'arrière de la tête de la jeune femme, ce qui la surpris. Depuis quand faisait-il ce genre de chose? Elle senti qu'il la serra davantage. Non pas que ça la dérangeait, mais elle allait finir en bouillie à force d'être broyée par ses bras musclés qui la prenaient pour un doudou.

-Je ne veux pas que tu penses que j'ai agis comme... tout ceux qui t'ont fait du mal. J'étais énervé, oui. Parce que tu m'as mis dans le même panier que ces déchets de la société. Et parce que tu m'as rappelé certaines choses. Et c'est parce que je me suis rendu compte de comment tu te sens que je me suis calmé. Je n'arrive tout simplement pas à savoir comment une personne aussi fragile que toi à pu survivre à autant de souffrance. Et ne me dis pas que tu es habituée, personne ne s'habitue à ce genre de chose. Et crois moi, je sais ce que je dis. Et ça me met dans tout mes états de savoir que ce sont toujours les mauvaises personnes qui ne souffrent jamais. Les bonnes personnes sont toujours les premières plongées dans la souffrance.

Elle fut parcourue de frissons. Indirectement, il l'avait qualifié de bonne personne. Elle ne comprenait pas. Comment pouvait-il dire cela sans rien savoir de son passé? Comment pouvait-il la qualifier de bonne personne après tout ce qu'il avait vu d'elle? Elle ne savait pas comment il pouvait la comprendre, personne ne l'avait jamais comprise. Personne ne pouvait comprendre la douleur d'être orphelin. À moins de... elle releva brusquement la tête et l'observa, l'air sérieux et inquiet à la fois. Il devina ce qu'elle lui demandait du regard et il approuva, par le regard lui aussi. Elle écarquilla les yeux. Il était donc comme elle? Non. Il avait juste ça en commun. Personne n'était comme elle. Personne ne pouvait l'être. Mais elle était touchée par ce qu'il lui avait dit. Ce qu'il avait appris avait changé quelque chose en lui. Il ne voulait plus la laisser se débrouiller. Il voulait la protéger. Il n'avait pas pu sauver cette personne si chère à son cœur alors il voulait la sauver elle, cette petite tête mauve si fragile. Et il était prêt à ne plus laisser personne s'en approcher. Elle lui rappelait bien trop cette personne pour la laisser souffrir davantage... Non. Il devait faire la différence. Elle n'était pas cette personne mais bien Raïka. Il avait su faire la différence sur la falaise quelques jours plus tôt, il ne devait pas les confondre à nouveau.

Il attendit encore un moment qu'elle daigne bien vouloir le lâcher mais elle ne semblait pas déterminée à cela. Il se raclât la gorge: la situation devenait plutôt gênante pour lui. Il allait finir par paraître trop gentil pour un homme à la réputation mauvaise. Elle finit enfin par le lâcher et se recula, essayant de cacher son visage ce qu'il remarqua. Il l'observa un moment avant de tendre une main vers elle et de dégager la mèche de cheveux qui cachait son visage. Elle détourna le regard: elle était aussi rouge qu'une pivoine. Il ne chercha pas à comprendre, il savait qu'avec elle c'était inutile. Et son énorme égaux sur-dimensionné lui criait que n'importe quelle femme normalement constituée rougirait après avoir été dans ses bras. Il lui tourna le dos sans prendre la peine de lui dire de le suivre, c'était une évidence même, et se dirigea vers la grande porte d'acier. Mais alors qu'il s'apprêtait à rentrer à l'intérieur, il fut stoppé par un petit souffle discret derrière lui qui semblait être un éternuement. C'était donc comme ça qu'une muette éternuait? Puis il se souvint de ce qu'il lui avait dit un peu plus tôt. Il se retourna et lui lança un regard des plus blasés.

-Je te l'avais dit.

Il jura sur le moment que si elle avait pu parler, elle lui aurait lancé un magnifique «ta gueule» désobligeant ou bien un «scrogneugneu» moqueur pour ne pas répondre, telle la gamine qu'elle était. Ils rentrèrent dans le navire et chacun alla de son côté: lui au travail qu'il avait à faire et elle à flâner un peu partout sans but précis. Il passa plusieurs heures dans le silence le plus complet de sa chambre et il devait bien avouer qu'il s'ennuyait: il avait finit son travail et bien que le calme lui avait manqué, il s'était habitué au bordel ambiant que provoquait la muette autour de lui et ça ne lui plaisait pas. Il prit un moment pour réfléchir à tout ce qu'il s'était produit jusqu'à présent et il en était arrivé à une conclusion: elle était en train de s'incruster dans sa vie. Il allait finir par la prendre comme membre à part entière de son équipage à force, au moins il ne la protègerait plus sans raison.

Il décida de renoncer à son ennui et se mit à chercher désespérément l'un de ses hommes avec lequel il pourrait discuter. Mais pour une fois qu'il voulait que l'un d'entre eux ne foute rien, ils étaient tous terriblement occupés par le travail et l'entretien que demandait un navire pareil. Même son ours parlant était occupé à gérer la navigation du sous-marin. Le capitaine ne voyait plus qu'une solution et grimaça: rien que le fait d'imaginer ce dernier recours pour faire passer son ennui ne lui plaisait pas des masses. Mais il ne faisait rien et elle non plus: autant la garder à l'œil pour qu'elle ne fasse pas de connerie. Ou pour qu'elle n'aille pas emmerder ses hommes occupés. Il laissa s'écouler quelques dizaines de minutes, révulsé à l'idée de ce qu'il allait lui demander et se lança à sa recherche. La trouver ne fut pas bien compliqué, elle était avec le groupe d'homme réunit autour de la table de la cuisine. Il se demanda d'ailleurs ce qu'ils pouvaient bien foutre ici au lieu d''être à leurs postes et il regarda l'heure sur l'horloge accrochée au dessus de la porte: il était effectivement l'heure de manger. Il alla rejoindre son équipage qui réclamait des sandwichs au cuisinier: ils voulaient vite retourner à leur tâches respectives pour finir plus tôt bien évidemment. Et qui dit finir plus tôt, dit glandage ultime digne d'un paresseux accroché à sa branche.

-Mais puisque je vous dis qu'il n'y a plus de pain! Soupira le cuisinier du navire.

-Tant mieux, intervint le capitaine, aussi neutre et aimable qu'une porte de prison.

Il pu jurer avoir aperçu un regard vers lui de la part de la muette. Un regard mi surpris de le voir ici, mi moqueur vis à vis de ce qu'il venait de dire. Il lui lança un regard désespéré le poing serré contre ses lèvres, ce qui lui donnait l'air de dire «toi, tu paies rien pour attendre.» Il alla s'asseoir sur un canapé à l'écart du reste, récemment mis là, et fut immédiatement imité par la muette qui s'installa à ses côtés, son carnet et un stylo sur les genoux.

-Tu veux quoi? Lâcha-t-il sans lui accorder le moindre regard.

«Ne sois pas si agressif...»

Il soupira et posa un regard doux sur elle, accompagné de son célèbre sourire en coin.

-Je ne le suis pas, lui dit-il calmement.

«Pour une fois.»

-Tu es là pour te moquer de moi?

«Exactement.»

Il lui lança un regard provocateur. Alors comme ça, elle voulait jouer? Très bien, ils allaient jouer. Il avait de la répartie et il n'hésiterait pas à s'en servir.

-Ce que femme veut, dit-il sur un ton ironique.

«Dis que je te fais chier aussi.»

-Tu me fais chier.

Elle lui lança une mine boudeuse ce qui le fit soupirer.

-Roh, si on ne peut plus plaisanter.

«Ton humour laisse à désirer.»

-Tout comme le visage de cette chère Sharina.

Il pu la voir afficher un grand sourire, à défaut de pouvoir rire. Quand à lui, ce fut la réponse de la muette qui le fit ricaner.

«Je vomis.»

Il ne savait pas trop ce qu'il se passait ni pourquoi ils s'entendaient soudainement si bien mais il savait maintenant comment la faire rire. Ou plutôt sourire. En se moquant de cette énergumène. Il n'eut pas le temps de penser plus que la tête mauve entra dans le vif du sujet.

«Alors comme ça à cet âge on fait des caprices et on aime pas le pain?»

Il pouvait constater qu'elle était fière de sa connerie vu le sourire qu'elle arborait.

-On parle de celle qui n'aime pas le riz?

Il s'attendait à tout sauf à ce qu'il vit: elle avait perdu toute joie et baissait à présent la tête. Il se demanda sur le coup si il avait fait une connerie. Était-elle si sensible que ça? Se vexer pour une telle chose était-il vraiment nécessaire? Il la vit écrire quelque chose et lui tendre le papier sans lui accorder de regard.

«Comment tu sais que je n'aime pas ça?»

-Je m'en suis souvenu. Le moment où tu me l'as dit, il est revenu dans mes souvenirs.

Elle le regarda avec horreur: elle aussi se souvenait de ce qu'elle lui avait ensuite avoué. Il comprit à son regard qu'elle était terrifiée à l'idée qu'il se souvienne.

«Jusqu'où t'es-tu souvenu?»

Il pu voir sa main trembler en lui tendant le papier. Ce fut l'élément qui lui prouva que ce qu'elle cachait n'était pas une simple histoire d'orphelinat. Le sujet était forcément délicat, et il allait devoir faire attention.

-Mes souvenirs se sont arrêtés juste avant que tu ne me dises qui tu es, dit-il en regardant ses hommes. Tu n'as pas à t'inquiéter pour ça.

Elle était soulagée et il le savait. Mais ça l'énervait de ne pas savoir. Il lui lança un regard lourd de reproche.

-Tu comptes me le dire un jour?

«Je n'ai pas besoin de le faire si tu te souviens petit à petit non?»

-Ou alors le moment n'est-pas encore venu, n'est-ce pas?

«Exactement.»

Et ce qui suivit la déconcerta au plus haut point. Il laissa passer un moment en l'observant, l'air triste. Plongeant soudainement son regard froid dans le sien, il leva une main vers le visage de la muette et caressa sa joue du bout des doigts avant d'attraper l'une de ses longues mèches de cheveux qui encadraient son visage, suivant la trajectoire de sa main de ses yeux.

-Pourquoi...

Il replongea son regard dans le sien.

-Pourquoi es-tu si mystérieuse avec moi?

Elle ne savait pas pourquoi, mais elle avait l'impression de ne plus être dans la cuisine. Ils n'étaient plus entourés du bruit ambiant des hommes mais d'un grand silence. C'était comme si ils étaient sur un grand espace vide à perte de vue. Des nuages blancs parsemant le ciel d'un bleu turquoise et une vaste étendue d'eau sous les pieds, ils étaient là, debout et face à face à se regarder dans le blanc des yeux, omnibulés l'un par l'autre. La main du capitaine se reposa doucement sur la joue de la muette avant de la faire lentement glisser sur son menton, lui relevant le visage vers lui. Il pouvait voir ses lèvres rosées et pulpeuses entrouvertes. Mais aucun son n'en sortait. Quelle ironie du sort. Une personne qui souffrait en silence et qui était privée de la capacité de demander de l'aide pour sa douleur, il en était presque à éprouver de la peine pour elle. Mais que lui arrivait-il? Depuis quand était-il si préoccupé par ses sentiments et ses états d'esprit? Depuis quand était-il si obsédé par l'histoire de cette fille? Non. Il s'en rendait compte. La vraie question était plutôt: depuis quand n'avait-il pas passé de jour sans finir par penser à elle? Au milieu de leur univers d'eau et de nuages, ils étaient là, invisibles, impénétrables, imperturbables. Pour la première fois depuis leur rencontre, ils se contentaient juste d'être en osmose l'un avec l'autre. Ils ne se battaient pas, ils ne s'insultaient pas, ils ne se faisaient pas de mal. Non. Pas de mots. Juste des regards et des gestes. Et pour la première fois de sa vie, la tête mauve se sentait enfin en confiance. Malheureusement, leur paradis ne dura pas longtemps. Tout fut brisé autour d'eux par la voix d'un homme qui les ramena à la réalité. Le capitaine retira rapidement sa main de la joue de la jeune femme et se releva. Sans lui accorder un regard, il alla voir l'homme qui l'avait interpellé, complètement perturbé par ce qu'il venait de se passer.

-Que veux-tu, Shachi? Demanda-t-il, la tête dans les nuages.

-Ah, Capitaine! Je voulais vous demander quelque chose.

Le Chirurgien alla se servir un verre d'eau, tournant le dos à son subalterne.

-Vous cachiez quoi il y a quatre ans?

Cette question le surpris tellement qu'il cru s'étouffer et dû se mettre au dessus d'un évier pour éviter de recracher ce qu'il avait bu par terre. Il adressa un regard des plus choqués au membre de son équipage ce qui surpris ce dernier. Il n'avait pas l'habitude de voir son capitaine si expressif.

-Euh... Capitaine?

-Qu'est-ce que tu viens de dire? Lui demanda-t-il sèchement.

-Euh... je...

Le pauvre pirate fut brusquement et violemment attrapé par le col de sa combinaison par un capitaine étant passé de la surprise à la colère.

-Comment? Lui cracha ce dernier, lui lançant un regard des plus mauvais.

-Je... je viens de m'en souvenir, tenta-t-il difficilement, ayant la gorge serrée par la poigne du Chirurgien sur ses vêtements. C'est tout...

-Tu m'espionnais?! Rugis le capitaine.

-Non! Ça crevait juste les yeux que vous cachiez quelque chose!

-Et pourquoi t'en souvenir juste maintenant?!

-Je... je sais pas, je vous ai regardé tous les deux quelques secondes et quand je l'ai regardé elle... des images me sont revenues brusquement à l'esprit...

-Quelles images?

-Hum... juste que vous nous aviez interdit l'accès à la salle d'opération et que vous aviez demandé une quantité de nourriture énorme comparé à d'habitude...

Le Chirurgien sembla soudainement se calmer. Voilà qui lui donnait de quoi se poser énormément de questions. Il lâcha le col de la combinaison de l'homme et posa un regard discret sur la muette qui les observait également mais qui ne semblait pas en entendre une miette, inquiète de ce qu'il se passait. Mais qu'est-ce qu'il s'était passé quatre ans auparavant? Pourquoi Shachi semblait-il lui aussi avoir perdu la mémoire? Pourquoi avait-il lui aussi un regain soudain de souvenirs? Était-ce la même chose pour tous les hommes de sont équipage? Mais qu'avait-elle bien pu faire pour causer une amnésie générale à son sujet? Il recentra son attention sur le pauvre Shachi et lui servi son célèbre sourire en coin, calmé.

-Si je ne te l'ai pas dit il y a quatre ans, je ne te le dirai pas maintenant non plus. Tu n'as pas besoin de savoir. Et n'en parles pas non plus aux autres. C'est entre toi et moi.

-Ou... oui capitaine!

L'homme semblait avoir les yeux remplis d'étoiles. Ah, qu'est-ce qu'il était cool son Capitaine! Ce dernier le laissa pour retourner auprès de la tête mauve qui s'apprêtait déjà à lui tendre un papier. Il avait bien failli oublier la raison de pourquoi il était allé la voir plus tôt et ce qu'il avait à lui demander. Une fois de retour à ses côtés, il attrapa le papier et se plaça debout face à elle.

«Il y a un problème avec Shachi?»

-Non, ne t'occupe pas de ça.

Elle n'avait pas besoin de savoir qu'elle était la cause du problème en question. Il avait déjà de la chance qu'elle ait été la seule spectatrice de la scène, il ne voulait pas que ses autres hommes se rappellent de quoi que ce soit. Elle ne chercha pas plus à savoir et fut littéralement arrachée du canapé sur lequel elle était par la main du capitaine qui la tira violemment par le bras pour la relever. Il se rendit compte qu'il n'y était pas allé de main morte lorsqu'il la vit se rattraper difficilement au dossier pour ne pas tomber en arrière et se le prendre de plein fouet dans la colonne vertébrale. Il devait vraiment apprendre à contrôler sa force lui ou il allait vraiment finir par la casser un jour cette petite. Il la tira dans le couloir sous les regards interrogateurs de son équipage.

-J'ai quelque chose à te demander et je ne veux pas qu'ils entendent, lui glissa-t-il discrètement.

La muette resta perplexe mais se laissa tirer. Lui, avoir quelque chose à lui demander? Étrange. Elle se demandait bien ce qu'il voulait. Ou alors il allait sûrement lui bassiner les oreilles avec le fait qu'elle lui cachait des choses sur elle mais sur lui également. Il l'emmena dans un couloir qu'elle n'avait jamais vu avant, ce qui l'étonna. Elle avait quand même fait le tour du navire lorsqu'elle ne savait pas quoi faire. Peut-être n'avait-elle pas fait attention. Plus ils avançaient, plus le couloir était sombre. Un petit peu de lumière ne ferait pas de mal monsieur le Chirurgien. Au bout du couloir, ils débouchèrent dans une toute petite salle très peu meublée et mal éclairée. Il n'y avait que des étagères vides et une chaise en bois sombre au milieu de la pièce. La muette se sentit soudainement mal: l'ambiance était... étouffante. Quelque chose n'allait pas avec cet endroit. Quelque chose de mauvais et d'angoissant. Le Capitaine lui tournait le dos sans rien dire. Maintenant qu'ils étaient seuls et au calme, quelque chose le bloquait à l'idée de lui demander ce qu'il voulait. Ça n'allait pas. Quelque chose lui hurlait que ce n'était pas encore le moment. Il la comprenait mieux maintenant, elle et ses moments pas encore venus. Mais il devait à présent trouver quelque chose d'autre à lui dire: il ne voulait pas l'avoir emmenée dans cette pièce secrète pour rien.

-Je t'ai emmené ici parce que c'est la seule pièce dont mes hommes ne connaissent pas l'existence. Quand j'en ai assez de les voir et que je ne veux pas qu'ils me trouvent, je viens là.

Ce qu'il ne remarquait pas, c'était la tête mauve au bord du malaise derrière lui.

-Cette pièce, dit-il en passant un doigt sur l'une des étagères. Un jour, cette pièce sera remplie de ce qui va me mener dans les hautes sphères. Et je me demande si tu seras toujours à mes côtés lorsque je...

Il fut interrompu par un bruit sourd derrière lui. Il se retourna et la découvrit appuyée contre le mur de l'entrée, des gouttes de sueur perlant sur son visage paniqué. Il n'eut pas le temps de lui dire quoi que ce soit qu'elle sortit précipitamment de la pièce. Ça n'allait pas. Elle devait sortir au plus vite. Elle ne faisait pas attention à la voix masculine qui l'interpellait et la suivait. Elle marchait aussi vite qu'elle le pouvait, s'aidant des murs pour ne pas tomber. Le Chirurgien voyait que quelque chose n'était pas normal. Il savait qu'elle était fragile et il l'avait déjà vu dans des états semblables mais cette fois ci était différente. Rien n'avait pu causer son malaise et elle se portait parfaitement bien juste avant. Cette fille était une véritable énigme à elle toute seule. Il la vit tourner dans un autre couloir et entendit un second bruit sourd résonner dans le navire, ce qui alerta les autres hommes. Il se précipita vers elle et la découvrit allongée au sol, face contre terre. Il s'agenouilla rapidement et la retourna, l'allongeant sur le dos et passant un bras derrière sa nuque pour la relever. Il pu découvrir son visage complètement paniqué. Elle était effrayée et semblait ne pas comprendre ce qu'il s'était passé ni pourquoi elle était au sol.

-Tu peux te relever? Demanda-t-il calmement tandis que ses hommes débarquèrent.

Il tenta de la calmer mais en vain. Sa respiration s'affola davantage lorsqu'elle constata qu'elle ne pouvait pas bouger. Sous le regard mi inquiet, mi interrogatif du Capitaine, elle se mis à frapper ses jambes, les autres hommes paniquant et hurlant. À ce moment là, le Chirurgien comprit ce qu'il lui arrivait mais fut très vite énervé par le bruit que faisait son équipage, ce qui le déconcentrait.

-Fermez vos gueules! Ordonna-t-il violemment. Et retournez à vos postes! Déguerpissez de là!

Il savait bien à quel point cela pouvait être stressant d'avoir du monde autour de soit dans une situation pareille. Les hommes ne cherchèrent pas à défier l'autorité du brun et disparurent aussitôt, tandis que la muette frappait toujours désespérément ses pauvres jambes. Il reporta son attention sur cette dernière qui levait le bras et stoppa son poing avant qu'il n'atteigne l'une de ses jambes.

-Arrête ça, lui dit-il calmement. Tout ce que tu vas faire c'est te faire mal. Laisse moi faire.

Elle l'observa un moment et baissa les bras, concentrant son regard sur ce qu'allait faire l'homme aux yeux bleus métalliques. Ce dernier allongea correctement ses pauvres jambes assenées de coups et effectua la même série de gestes sur chacune d'elles, l'une après l'autre. Glissant ses mains sur ses cuisses, il effectua une série de pressions de son index et son pouce jusqu'à ses chevilles et faisant de même en chemin inverse, remontant lentement sur ses hanches.

-Tu ne sens rien? Demanda-t-il doucement, gardant ses mains sur elle.

Elle secoua la tête: elle avait bel et bien perdu l'usage de ses jambes. Mais étrangement, elle ne paniquait plus autant qu'avant. Peut-être était-ce grâce aux attentions du Capitaine. D'ailleurs, en y pensant, elle trouvait qu'il s'était énormément adouci avec elle depuis leur rencontre ce qui la perturbait. En temps normal, il l'aurait simplement laissé littéralement crever sur le sol avec comme excuse que les faibles doivent rester à terre. L'avait-il enfin accepté? Tolérait-il enfin réellement sa présence? Elle n'eut pas le temps de comprendre qu'il lâcha ses hanches et la pris dans ses bras avant de la soulever. Sans un mot, il l'emmena dans le couloir des cabines et finit par s'arrêter.

-Tu veux que je te mette dans l'infirmerie ou dans ta cabine? Lui demanda-t-il, posant son regard sur elle.

Elle lui montra deux de ses doigts pour lui faire comprendre qu'elle choisissait la deuxième option. Sans plus attendre, il entra dans la cabine de la jeune tête mauve, refermant la porte derrière lui d'un léger coup de pied. Il alla la déposer doucement sur son grand lit, faisant attention à ne pas la brusquer. A peine fut elle sur son lit qu'il tourna les talons, bien décidé à aller trouver la raison de cette paralysie des jambes dans ses livres. Mais il n'eut pas le temps de partir: comme à chaque fois, une main le retenait par le poignet. Et il avait appris à savoir ce que ça voulait dire: reste avec moi. Il l'observa un moment avant de soupirer et de s'asseoir au bord du lit.

-Tu sais, lâcha-t-il soudainement et l'air grave. Je commence vraiment à me poser des questions sur ta santé. Et plus ça va, plus ça devient grave. J'ignore totalement comment ça va finir.

Elle ne lui laissa pas le temps d'en dire plus qu'elle attrapa le carnet et le stylo posés sur le guéridon à côté du lit et écrivit rapidement.

«Je ne vais pas te mourir sur les bras.»

-J'espère bien. Je te l'interdis. Pas avant de m'avoir tout dit de toi. De nous. Après, libre à toi de mourir. Non, en fait... tu n'as pas le droit de mourir avant d'avoir retrouvé ta sœur. Comme ça, j'aurai fait ma part du marché et toi la tienne.

La muette cacha difficilement sa peine face à ce qu'il venait de dire. Il n'en avait donc rien à faire qu'elle disparaisse ensuite? Bien évidemment. Il était le célèbre Chirurgien de la Mort après tout, à quoi s'attendait-elle venant de lui? Encore de la compassion? Bien sûr que non. Tout ce qu'il avait fait jusqu'à présent était uniquement par intérêt. Même le fait de rester avec elle actuellement l'était, elle en était sûre vu le soupir qu'il avait poussé. Cette homme n'était pas du genre sociable et amical. Quel faux-cul, se dit-elle. Faire semblant de s'inquiéter pour ensuite lui dire qu'elle pouvait mourir, il fallait vraiment être un homme abjecte et manipulateur pour cela. Quel homme impie. Elle lui lança soudainement un regard des plus mauvais et tourna la tête. Bien évidemment, il comprit le message ce qui l'énerva grandement.

-Je m'occupe de toi et reste parce que tu me l'as demandé et tu me fais comprendre que je dois dégager? Lui demanda-t-il sèchement.

Aucune réponse. Pas même un regard ni un soupir. Il fronça les sourcils et l'agressa littéralement.

-Comme tu veux, lui cracha-t-il.

Il se leva et l'observa une dernière fois avant de fermer les yeux dans un grognement d'énervement et sortit en claquant la porte. Il ne comprenait pas. Que s'était-il passé pour qu'elle soit soudainement ingrate et qu'elle lui somme silencieusement de disparaître de sa vue? C'était quoi son problème à elle? Il avait horreur qu'on se moque de lui.

Le reste du voyage vers la prochaine destination se passa plutôt... dans la mauvaise humeur. Aucun des deux ne se parlait à la différence que lui tentait toujours de savoir pourquoi. Elle, elle ne le regardait même pas. Il avait même finit par faire quelque chose qu'il n'avait jamais fait auparavant: se remettre en question. Si elle était comme ça, ce n'était pas pour rien. Il y avait forcément une raison et il commençait à penser que ça venait de lui. Il n'avait pourtant pas pour habitude de penser cela de lui même. Le voyage leur avait pris un jour de plus que prévu et il avait décidé de le passer à chercher la raison de ce rejet non pas auprès d'elle, mais auprès de ses hommes. Ils ne lui avaient rien fait de mal et elle était devenue plutôt bonne amie avec eux avec le temps, ils devaient sûrement bien savoir quelque chose. Malheureusement, ils n'en savaient pas plus. Il ne lui restait plus qu'une seule solution: son fidèle bras droit avec qui elle passait le plus de temps. Il partit à la recherche de l'ours et lorsqu'il le vit, il pu constater qu'elle était à ses côtés. Le Chirurgien, posté sur le pas de la porte et les bras croisés, fut surpris de voir qu'elle lui accordait enfin un regard lorsqu'elle le vit. Un bon gros regard noir rempli de haine. Bien évidemment, elle prit la fuite. Ou du moins, elle tenta mais en vain. Alors qu'elle tentait de sortir de la salle en bousculant le Capitaine, ce dernier lui attrapa brusquement le bras et la plaqua violemment contre le premier mur venu, plantant son regard stricte dans le sien. Il avait bien faillit lui arracher le bras sur le coup.

-Mais explique moi putain! Cracha-t-il.

Cette dernière tenta de se libérer de son emprise en bougeant et en donnant des coups dans tous les sens. Bien évidemment, le Capitaine ne se laissait pas faire, mais cette fois ci il ne ripostait pas. Il se contentait simplement d'esquiver en la regardant faire. Il ne comprenait pas. Il n'arrivait pas à savoir ce qu'il avait bien pu lui faire pour qu'elle le rejette ainsi et elle n'était pas coopérative, telle la gamine qu'elle était. Mais il en avait assez. Il devait remédier à cela. Au diable le passé de cette fille. Au diable sa foutue santé. Au diable ce qu'ils avaient en commun. C'était trop. Cette fille lui rendait la vie dure et perturbait le cycle de son équipage. Il avait accepté de l'aider et voilà comment elle le remerciait. Il passa soudainement de l'agressivité au calme le plus total.

-Arrête, ordonna-t-il sèchement.

Cela eut pour effet de glacer le sang de la muette. Elle se figea sur place et releva lentement la tête vers lui. Elle le découvrit la fixant d'un air grave: cela n'inaugurait rien de bon. Il hésita un moment avant de poser doucement une main sur la nuque de la jeune femme.

-Quand on arrivera sur l'île, on ira t'acheter des vêtements comme prévu et ensuite...

Il lui sembla qu'il hésita une dernière fois avant de finir sa phrase.

-Ensuite tu quitteras mon navire et disparaitras de ma vie.

Elle... venait-elle bien d'entendre ce qu'elle pensait avoir entendu? Venait-il bien de la jeter hors de son navire? Elle en était hébétée. Elle avait reçu ses dernières paroles comme une claque en pleine gueule. Tout ses mots se mélangèrent dans son esprit et tout prit soudainement sens. Mais quelle conne! Il venait tout juste de lui prouver qu'il ne le faisait pas par intérêt. Il le faisait parce qu'il le voulait. Si c'était uniquement par intérêt, il ne lui aurait pas dit qu'il allait quand même lui acheter des vêtements avant de se séparer. Tout ses mots, tout ses gestes, toutes ses expressions du visage. Il ne l'aurait jamais sauvé à plusieurs reprises sinon. Mais pourquoi avait-elle pensé cela? Elle était abjecte. À cause de son comportement horrible, tout ce qu'elle avait réussi à faire était d'avoir blessé celui qui lui avait tendu la main. Que lui était-il arrivé? Pourquoi devenait-elle aussi égoïste et impossible à vivre? Ça n'était pas elle. À leur rencontre, elle n'était pas aussi monstrueuse que cela. Ou plutôt, à leur seconde rencontre. Quelque chose se brisa en elle et aussitôt, elle sentit des larmes couler sur ses joues, abasourdie. Elle n'avait jamais tenu grande importance aux navires dans lesquels elle voyageait mais elle était sûre d'une chose: elle ne voulait pas voyager avec un autre. Il détourna le regard d'elle et s'en alla aussitôt, sans un mot de plus.

Elle lui couru immédiatement après et tenta de le retenir. S'accrochant violemment à l'avant bras du Capitaine, elle le supplia du regard. Regarde moi. Regarde moi! Elle hurlait intérieurement mais rien. Tout ce qu'elle eut comme réaction fut un rejet total de sa part. Il dégagea rapidement et violemment son bras sans lu accorder un regard, la poussant en arrière. Mais elle ne se décourageait pas. Elle se rattrapa aussitôt à lui et se colla dans son dos, enlaçant son torse de toutes ses forces. Il n'eut bien évidemment aucun mal à se débarrasser des cure-dents qui lui servaient de bras. Il la jeta de nouveau en arrière dans un grognement et il s'apprêtait à partir, en ayant assez d'être stoppé, mais fut interpellé par un bruit sourd. Il se retourna et la vit tituber: il l'avait jeté contre l'un des murs du navire et elle s'était cognée le crâne contre. Il vit un filet de sang couler d'en dessous de ses cheveux, se mélangeant aux larmes. Se tenant la tête d'une main, sa vision se troublait et ses oreilles bourdonnaient. Sous les yeux du Chirurgien, elle tenta de rester debout un moment avant de s'écrouler au sol, inconsciente.


Je dis beaucoup «bien évidemment» quand même. Encore désolée de l'attente!