Résumé : Alors que l'assemblée extraordinaire du Magenmagot doit enfin se tenir pour débattre du projet de loi de Dolorès Ombrage, Severus, Drago, Kingsley et Harry sont à Grimmaurd, le ministre reçoit une lettre mystérieuse des Renégats. Que va-t-il advenir de Lucius ? Qui sont les mystérieux Renégats ? Bonne lecture à tous, à bientôt lilywen…

PS : si vous voulez lire (et surtout envoyer des reviews d'encouragement) pour cette histoire ou pour une des trois autres que j'écris actuellement (HP et l'enfant maudit, littérature et opération quand bébé arrive), n'hésitez surtout pas ! Cela fait toujours plaisir… Alors à bon entendeur… bises à tous.

La quête des temps nouveaux

Chapitre 14 : Plaidoyer

Harry se sentait comme glacé de l'intérieur, il frissonnait malgré la chaleur étouffante du lieu, il était ballotté de droite et de gauche, par la masse de sorciers qui affluaient à nouveau vers la salle du tribunal, avec un empressement évident qui lui donnait littéralement la nausée. On se serait cru au temps du cirque dans la Rome antique, tous guettaient l'annonce de l'impitoyable sentence avec un enthousiasme malsain, le moment où tel un Jules César, Ombrage lèverait sa main boudinée et annoncerait sa condamnation. Quelques sorciers profitaient de la cohue magistrale pour le saluer. Il pria de toutes ces forces pour tenir encore un peu, mais ses jambes tremblaient dangereusement, il était tellement épuisé de paraître, d'être toujours en représentation devant le monde sorcier alors qu'il n'espérait qu'une chose que cette journée interminable s'achève enfin. Il suivait comme un automate Kingsley qui se frayait péniblement un passage pour le laisser passer, l'homme noir repoussait de son corps massif les sorciers qui guettaient le passage du survivant.

Le ministre se rapprocha du brun et lui demanda avec une inquiétude clairement lisible dans son regard sombre :

« Tu tiens le coup, Harry… »

Le jeune garçon se contenta d'hocher un peu la tête, il n'avait pas besoin de répondre à Kingsley. De toute façon, mentir au sorcier lui aurait probablement coûté les dernières miettes de sa volonté. Ils pénétrèrent en même temps dans la salle où il avait été lui-même accusé par cette femme odieuse lors de sa cinquième année. Les gradins étaient déjà remplis, il vit quelques membres de l'Ordre dont Arthur Weasley qui lui adressa un petit signe de main encourageant. Il sentit la main de Kingsley sur son épaule qui le pressait d'avancer encore. Il se retrouva comme avant l'interruption au premier rang des témoins et ses yeux émeraude se fixèrent automatiquement sur le prisonnier que deux aurors ramenaient avec force sur l'étrange siège magique. Le cliquetis des chaînes résonna douloureusement à ses oreilles malgré le tumulte des conversations. Harry se retint de se précipiter vers lui, d'hurler contre ces hommes pour qu'il le libère immédiatement. Il serra ses mains, si fort qu'il en eut mal, tordant le tissu de sa robe. Il crut que son cœur allait sortir de sa poitrine lorsque le regard gris métallique se porta sur lui. Harry se sentait comme hypnotisé, comme s'il était ensorcelé par les yeux fascinants du vampire, il avait l'impression que l'ancien mangemort devinait toute son angoisse de se retrouver à nouveau face à lui, tellement impuissant et inutile.

Lucius semblait réellement amaigri, des cernes noirs marquaient le visage aux joues plus émaciées et de voir dans quel état se trouvait le jeune homme le rendait littéralement fou de colère. Son instinct lui hurlait de le protéger, de le serrer contre lui, de l'enlever loin de tout ce tumulte. Il hocha légèrement la tête dans sa direction comme pour le rassurer, lui faire comprendre qu'il n'était en rien responsable de cette sordide mascarade. Le blond grogna presque malgré lui alors que les chaînes qui entouraient ses poignets et ses chevilles se resserraient un peu plus, le privant de tout confort et de toute liberté. Le tremblement d'Harry le toucha, le gosse s'inquiétait vraiment pour lui et c'était déjà beaucoup. Que n'aurait-il donné pour se retrouver même une minute seul à seul, comme dans cette cellule miteuse du ministère ? Que n'aurait-il avoué à cette bande de vautours assoiffés de sensationnel pour pouvoir se réchauffer au contact de sa magie si pure un instant ? Il regrettait infiniment cette délicieuse sensation qu'il n'avait qu'effleurer de ses doigts, de ses lèvres. Il fut brusquement interrompu dans ses pensées lorsque le regard émeraude se détourna de lui, Kingsley interpelait le jeune sorcier.

« Harry, Harry, tu m'écoutes ?

- Hmmm…

- Concentre-toi. Ombrage veut te rappeler à la barre d'après ce que m'a expliqué un des membres du magenmagot, le vieux Graysmith.

- En… Encore. »

Il y avait de la stupéfaction, de l'incrédulité.

« Je sais. Harry… J'ai…

- Quoi ?

- Drago et Severus sont prêts à agir s'ils se passent quoi que ce soit, il ne risque rien, alors concentre-toi uniquement sur elle. Ne pense pas à cette lettre. »

L'incrédulité se transforma en une colère sourde qui marquait clairement le visage juvénile.

« Ah oui ! Et comment suis-je censé faire ? Dis-moi !

- HARRY ! »

Le brun eut la décence de rougir et de baisser le regard, visiblement gêné d'avoir parlé un peu durement à cet homme qui le soutenait toujours sans faillir. Harry ne cessait de se remémorer les mots terribles de cette lettre que Kingsley avait reçu le matin même. Il était terrifié, comme probablement jamais il ne l'avait été. Il entendait la voix caverneuse du sorcier noir résonnée encore en lui…

« A tous les membres éminents du Magenmagot, nous les Renégats déclarons une guerre totale aux traîtres à notre race, à notre sang.

Mesdames et Messieurs du Ministère, nous savons que nombreux, parmi vous, sont déjà intimement persuadés de la justesse de notre cause, que beaucoup d'entre vous sont prêts à risquer leur vie pour défendre la pureté de notre monde, et ce parmi les plus hautes sphères de notre gouvernement. Nous sommes dans le même camp, celui de l'avenir de nos enfants si purs, celui de notre Race supérieure. Nous pouvons parvenir à notre but ensemble car vous n'êtes pas nos ennemis pas plus que nous ne sommes les vôtres, contrairement à ce qu'on voulut faire croire certains disciples de l'Ordre du Phénix.

Les amis des Sangs-De-Bourbe ont manipulé et travesti la vérité honteusement, prêtant aux idéaux du Seigneur des Ténèbres des intentions mauvaises alors qu'il n'était question que d'assurer la prédominance de notre monde sur les êtres inférieurs comme les hybrides. Ils ont, par leur opposition farouche et démoniaque, déclenché un conflit interminable, qui a endeuillé nos nobles familles sorcières et nous le déplorons. Beaucoup de sorciers admirables aux origines des plus prestigieuses ont été tués au cours de cette guerre aussi inutile que ridicule et vaine, certains, comme Lucius Malefoy, croupissent encore à Azkaban, attendant un procès joué d'avance. C'est intolérable et nous ne l'acceptons pas, nous ne l'accepterons jamais. Il est cependant encore temps pour nous de nous unir pour sauver notre sang et faire de notre race, la Race Supérieure. Il suffit que tous les sorciers, purs et nobles, se joignent enfin à nous. Nous ne souhaitons pas reprendre les hostilités et si vous embrassez corps et âme notre cause, un autre monde est possible, un monde où les sorciers retrouveront leur position prédominante sur les créatures de sang-mêlés, les hybrides… »

« Harry, Harry… »

Le brun sursauta à l'appel du ministre qui lui adressa un regard compatissant.

« Cesse de penser à cette lettre. Concentre-toi plutôt sur ton discours. »

Le survivant hocha faiblement la tête, son regard se reportant aussitôt sur le blond enchaîné. Pourquoi tout devait être si compliqué ? Il était déjà terrifié à l'idée de présenter au magenmagot ses arguments contre la loi d'exception d'Ombrage. Il devait faire comprendre à cette bande de lâches qui pliaient sous la moindre menace que Lucius Malefoy n'était pas responsable de la seconde attaque de Poudlard qui avait causé la mort de Luna et Narcissa, les convaincre qu'il n'était pas le coupable idéal que se plaisait à décrire cette garce d'Ombrage. Le vampire n'était qu'un pion dans le jeu de cette vieille sorcière aigrie : en le faisant condamner, elle espérait décrédibiliser l'image du survivant aux yeux de l'opinion publique. Kingsley soutenant ouvertement Harry tomberait dans le même temps. Ombrage pourrait alors récupérer le pouvoir qu'elle espérait de tous ses vœux.

Qu'importent toutes les preuves apportées par l'Ordre et les Aurors d'une reprise des activités illégales du moment qu'elle obtenait ce qu'elle désirait. Comme si cela ne suffisait pas, cette lettre des Renégats était arrivée le matin de l'assemblée extraordinaire du magenmagot. Elle ne plaidait certes pas en faveur de Lucius puisque l'auteur de ce message n'hésitait pas à faire référence à l'emprisonnement de l'ancien mangemort et à son procès à venir, réclamant à mots couverts sa libération immédiate, sans cela, il laissait présager des temps encore plus sombres pour le monde des sorciers. Harry se trouvait devant ces juges, avec l'impression d'être piégé, pieds et poings liés. Défendre Lucius équivalait à cautionner les propos infâmes des Renégats et donnait à Ombrage des arguments évidents contre Kingsley qui avait pris son parti. Ne rien faire condamner irrémédiablement le blond. Il se sentait tremblé à la seule pensée de le perdre. L'effervescence électrique qui régnait au sein du tribunal était presque palpable.

« Levez-vous devant l'honorable assemblée du Magenmagot ! »

La voix forte du secrétaire de séance avait résonné magiquement, calmant aussitôt toutes les conversations. Harry n'y prêta cependant guère attention. Lucius le fixait avec une telle intensité, un tel désir qu'il songea que quiconque percevrait ce contact, comprendrait immédiatement le lien qui les rapprochait l'un à l'autre. Le sorcier noir à ses côtés sembla le réaliser car il le percuta d'un coup de coude pour le sortir de son trouble évident.

« L'honorable présidente, Madame Dolorès Ombrage… »

La petite sorcière se dandina jusqu'au centre de l'estrade des juges et se racla bruyamment la gorge, réclamant toute l'attention de l'assistance.

« Nous reprenons les débats concernant le vote de la loi d'exception et nous rappelons à la barre des témoins, Monsieur Harry James Potter. »

Le garçon eut l'impression de tanguer légèrement lorsqu'il se releva et se dirigea vers le centre de la salle. Sans doute, la proximité de Lucius n'aidait pas à son état. Il pouvait presque sentir l'aura magique du vampire qui l'entourait et le faisait suffoquer. Il avança péniblement de quelques mètres et s'accouda lourdement à la balustrade :

« Monsieur Potter, nous vous rappelons que votre témoignage est fait sous serment.

- Oui, Madame la présidente. »

L'utilisation du titre ronflant par le Survivant fit gonfler d'orgueil et de prétention Ombrage et Harry dut se mordre les lèvres pour ne pas vomir à cette scène.

« Reprenons… Voulez-vous préciser les faits qui vous permettent d'affirmer que la loi d'exception engendrerait injustice pour l'accusé, ici présent, puisqu'il s'agit de cela, n'est-ce pas ?

- Madame la présidente, nous ne sommes pas ici pour juger l'affaire de Monsieur Lucius Malefoy mais bien pour statuer sur la proposition de loi dont vous êtes l'auteur. Monsieur Potter n'a donc pas à présenter son témoignage concernant la seconde attaque de Poudlard et le cas du prévenu, il me semble.

- Monsieur le Ministre, dois-je vous rappeler que votre rang ne vous permet en aucune façon d'interférer sur la justice qui doit être rendue sereinement par vos pairs, ici même ? »

Harry contemplait presque fasciné la joute verbale qui opposait le sorcier noir et la prétendante à la plus haute fonction. L'impression que les débats tournaient en rond se confirmait et la longue interruption demandée par certains membres du Magenmagot n'avait finalement rien changé, bien au contraire car Ombrage restait butée sur ces positions. Les murmures des conversations reprirent aussitôt, se transformant immédiatement en un tumulte scandalisé, certains défendant ardemment la position de la Présidente pour savoir ce que cachaient le prisonnier et le survivant, d'autres outrés du procès d'intention fait à l'encontre du ministre et de celui qui les avaient tous sauvés il y a encore si peu de temps.

Un des vieux sages du tribunal frappa de sa baguette magique et d'un sonorus, sa voix résonna dans la salle :

« Cela suffit ! Monsieur Potter, je suis sans nul doute un de vos plus ardents défenseurs et vous, Monsieur le Ministre, je ne saurais dire à quel point votre nomination à ce poste fut pour moi une nouvelle extraordinaire, j'ai confiance en votre jugement. Cependant… »

Le vieil homme marqua une pause, tout le public semblait pendu à ses lèvres et le regard triomphateur d'Ombrage ne laissa que peu de doutes à Harry qui soupira légèrement :

« Cependant, la loi d'exception sur laquelle nous devons statuer, n'est pas une mince affaire et les membres du Magenmagot ont besoin de connaître tous les tenants et les aboutissants de cette triste affaire pour rendre une décision juste et honorable, comme l'exige notre fonction. Le cas de Lucius Malefoy, même si nous le déplorons, sera primordial dans notre choix, d'autant plus après que nous ayons reçu cette scandaleuse lettre qui rattache le prisonnier aux Renégats…

- IL N'EST PAS AVEC EUX ! »

Harry avait hurlé malgré lui et comprit aussitôt à la mine défaite de Kingsley que ce n'était certainement pas ce qu'il aurait dû faire à cet instant. Le regard émeraude se porta sur le vampire qui le fixait avec une envie évidente, fier et heureux d'être défendu si ardemment par le jeune homme qui cachait de plus en plus difficilement son attachement à son encontre. Le vampire aurait tout donné pour se précipiter vers lui et l'embrasser violemment dans l'instant, pour lui prouver qu'il le voulait tout aussi passionnément. Le garçon sembla encore plus troublé par son regard empli de désir et Lucius se concentra pour canaliser son aura magique et ne pas mettre un peu plus en porte-à-faux le brun après cet esclandre malheureux. Interpellé à nouveau par le vieux juge du Magenmagot, Harry se redressa, essayant de retrouver un peu de contenance.

« Monsieur Potter, vous semblez vraiment convaincu de l'innocence de Monsieur Malefoy, ce qui est, reconnaissez-le, plus que surprenant, au vu de ce qui s'était passé au ministère, il y a un peu plus de deux ans, au département des mystères, dans la salle des prophéties et qui a valu une première condamnation à cet homme. Vous n'êtes pas étranger à cette décision, en raison de votre témoignage au côté du grand Albus Dumbledore. C'était alors que vous avez affirmé haut et fort, avec juste raison, le retour du plus grand mage noir de tous les temps. Est-ce exact, jeune homme ? »

Harry hésita mais il acquiesça finalement. A quoi bon renier ce qu'il avait dit sur Lucius à l'époque, même s'il craignait à juste titre que maintenant, cela ne se retourne contre eux. Il n'eut cependant pas l'occasion de répondre que le vieux sorcier reprenait :

« Vous ne pouvez donc nier que fut un temps, vous étiez vous-même convaincu de l'allégeance du prisonnier au Seigneur des Ténèbres. Il était indubitablement présent lors de la grande bataille de Poudlard et après à la seconde attaque, les aurors ont recueilli les dépositions de plusieurs témoins qui vont à l'encontre de vos dires…

- NON… Non… Je… »

Harry respira profondément, essayant de calmer la tempête qui grondait dans son esprit, il reprit aussi posément que possible alors que les battements de son cœur lui semblaient encore plus rapides et précipités, comme s'il allait exploser dans sa poitrine.

« Ecoutez, je sais que des déclarations sous veritaserum ont été faites en toute bonne foi. Je ne remets pas en question les propos de Ronald Weasley, tout comme j'ai connaissance des dires de sa sœur, Ginerva, ils sont mes amis, comme vous le savez par ailleurs, non, il ne s'agit absolument pas de cela… Je sais qu'au moment de l'assassinat ignoble de Luna Lovegood et de Narcissa Malefoy, ils ont cru le voir…

- Ils ont 'cru' le voir, dites-vous ?

- Je… Je sais que cela peut paraître étrange au vu de mes déclarations après l'affaire du département des mystères mais j'affirme devant cette cour, en mon âme et en toute conscience, sans aucune manipulation d'aucune sorte, que Lucius Malefoy, ici présent, était à mes côtés, le matin qui a suivi la grande bataille de Poudlard, il n'est nullement responsable de cette odieuse tragédie. Quant à son rôle lors des combats qui ont ensanglanté notre école pendant la nuit, sachez qu'il était seulement préoccupé par la survie de son fils unique, Hermione Granger, Ronald Weasley et moi-même avons été témoin d'une scène où il demandait à Voldemort la permission de rejoindre Drago. J'ai assisté à toute leur discussion, c'était juste un peu avant que Severus Snape ne soit sauvagement attaqué par Nagini, sous les ordres de son maître.

- Vous affirmez donc que Lucius Malefoy est non seulement non coupable des faits qui lui sont reprochés concernant son action primordiale lors de la grande bataille, mais qu'en plus, il était à vos côtés le matin de la seconde attaque, ce qui est en complète opposition avec les témoignages de deux de vos amis.

- Oui, Monsieur, c'est exact. »

Harry pensa un bref instant avoir convaincu certains membres jusqu'à ce que résonne sinistrement le petit rire suraigu de la présidente qui reprit avec un sarcasme et une morgue à pleine voilé :

« Voyez-vous cela, Monsieur Potter défend cet homme alors que nous savons par ailleurs que ce groupuscule… Comment s'appellent-ils déjà ? Ah oui… Les Renégats… Les Renégats prétendent que Monsieur Malefoy est bien l'un des leurs. Ils menacent notre société en affirmant qu'ils seront prêts à tout tenter pour aider tous les mangemorts emprisonnés à Azkaban… Ce sont les mêmes hommes qui remettent clairement en question notre vénérable institution et vous, le Survivant, celui dont les parents sont morts, assassinés par ce genre d'individus, prenez la défense de cette engeance innommable !

- Madame, ne vous est-il pas venu à l'idée que peut-être, leur volonté était au contraire de vous faire croire à la culpabilité de Monsieur Malefoy, que l'intention des Renégats était justement de discréditer le prisonnier dans cette lettre, en le désignant comme l'un des principaux coupables, de le faire condamner par le Magenmagot afin de pouvoir ensuite cautionner leurs actions illégales. Leur souhait est de vous voir adopter cette loi d'exception pour que le monde sorcier crie à l'injustice. Ils veulent un prétexte pour justifier la reprise de cette guerre des Sangs purs et vous allez le leur fournir sur un plateau d'argent.

- Oh, je vois, Monsieur le Ministre, notre justice doit donc céder face au chantage des Renégats si je suis votre raisonnement.

- Je n'ai jamais rien dit de tel, Madame, nous vous demandons simplement de rendre une justice sereine et non de céder à la facilité en adoptant une loi d'exception qui condamnera forcément des innocents, niera toute forme de justice pour faire de prétendus exemples et engendrera à nouveau rancœur et vengeance. Si vous ne voulez pas d'un nouveau Voldemort, écoutez Harry Potter, pour une fois dans votre vie ! »

Le brouhaha qui suivit l'échange entre le ministre et la Présidente fut sans doute des plus surprenants. Quelques journalistes faisaient bouger frénétiquement leur plume à papote tandis que d'autres sorciers se levaient, tantôt hurlant au scandale, tantôt applaudissant avec ferveur les propos du ministre. Harry regarda le vampire qui lui adressa un léger sourire réconfortant, bien loin de ce qu'il ressentait au fond de lui. Le brun avait peur comme rarement dans sa vie, lui qui avait affronté un homme qui voulait le tuer, un sorcier craint par tous, il tremblait simplement à l'idée de ne pas avoir été à la hauteur, il redoutait les conséquences pour Lucius, plus que tout au monde.

Kingsley s'avança calmement jusqu'à la barre des témoins et rejoignit Harry dont les traits trahissaient clairement son angoisse. Le ministre se pencha légèrement, il serra doucement son épaule dans un geste réconfortant et chuchota à l'oreille du jeune homme :

« Reste calme, il ne faut surtout pas que tu réagisses à ces provocations. C'est tout ce qu'elle espère maintenant, elle souhaite te faire passer pour une personne immature et peu fiable auprès de l'assistance, pour ensuite invalider ton témoignage.

- Je sais, Kings'…

- La partie est loin d'être gagnée mais je pense qu'Ombrage a perdu une partie de ses soutiens en t'attaquant aussi directement, c'est une très bonne chose… Cependant…

- Quoi ?

- Il reste encore Sanders. Je crains réellement cet âne buté et borné, ce vieux bougre est un ardent défenseur de la justice et il a une très haute opinion de sa charge au sein du Magenmagot. J'ai bien peur que malgré l'estime qu'il te porte, il ne partage au final l'avis d'Ombrage concernant la loi d'exception… Evidemment, ses motivations sont très différentes. Lui ne vise pas ma place mais il a toujours ardemment défendu l'idée d'une justice intransigeante et exemplaire. C'est ce qu'il m'a rappelé clairement avant-hier quand je l'ai reçu dans mon cabinet et cette mégère lui offre là une occasion unique de parvenir à son but. Qui plus est, il a une influence considérable au sein de l'assemblée.

- Tu crois…

- Harry, est-ce que tu m'écoutes ?

- Oui…

- Par pitié, cesse de le regarder ainsi. Il doit absolument conserver tout contrôle sur son pouvoir.

- Je…

- Suis désolé… Je sais, Harry, je crains que tu ne te répètes un peu trop depuis ta visite au ministère mais tu peux me croire, j'ai parfaitement compris et enregistré ton charmant mea culpa de ce matin. Méfie-toi cependant que personne ne remarque la façon dont vous vous observez car si Ombrage suspecte quoi que ce soit, ton témoignage sera immédiatement invalidé, elle aura beau jeu de prétendre qu'il t'a manipulé, au vu de la situation. »

Harry hocha de la tête. A plusieurs reprises, la présidente utilisa sa baguette pour réclamer le silence. Visiblement, le débat était aussi animé parmi les juges, ils chuchotaient entre eux sans prêter attention aux remarques exaspérées de la Présidente. La sorcière était livide de rage et fixait avec colère le garçon à la cicatrice et le ministre. Après de longues minutes, le calme revint au sein du tribunal et un bref conciliabule se déroula entre Ombrage et le vieux Sanders. Ce dernier se redressa, se raclant bruyamment la gorge et continua :

« Je pense, Mesdames et Messieurs, que nous ne pouvons tenir compte de ce message si menaçant soit-il pour notre société, notre décision ne peut être influencée d'une quelconque façon par des bandits sans foi ni loi, anciens disciples du mage noir. Nous entendons bien sûr vos inquiétudes, Monsieur le Ministre. Quant à votre témoignage, Monsieur Potter, il est des plus intéressants et à n'en pas douter, il devrait peser dans nos débats au sujet du prisonnier Malefoy, mais en ce qui concerne la question qui nous réunit aujourd'hui…»

Le vieux sorcier marqua une pause dans son discours, il croisa ses mains sous son menton et s'avança légèrement dans son fauteuil :

« Je suis persuadé que dans les temps troubles qui bouleversent notre monde, notre justice est essentielle, elle doit être rendue avec zèle, efficacité et rapidité, elle se doit d'être inflexible, intransigeante et exemplaire. L'honorable assemblée du Magenmagot va devoir se retirer dès à présent pour procéder aux délibérations, mais sachez que pour ma part, ma décision est prise, j'affirme en mon âme et conscience que le vote de la loi d'exception proposée par notre Présidente ne peut être différée davantage…»

La suite, Harry ne voulait pas l'entendre, il ferma brièvement les yeux, désemparé. Il y eut ensuite une clameur grandissante dans la salle alors qu'Ombrage jubilait littéralement car elle avait désormais un nouvel allié de poids au sein du Magenmagot et en cascade, de nombreux membres semblaient approuver d'un hochement de tête les dires du vieil homme. Les jambes flageolantes, Harry se sentit tangué légèrement et Kingsley le retint contre lui au dernier moment. Lucius ne put s'empêcher de bouger sur son fauteuil de prisonnier, il aurait voulu se dégager de ces chaînes et se jetait sur le gamin pour lui signifier sa présence, pour le réconforter, au lieu de cela, il vit un auror à l'air peu engageant se rapprocher de lui et d'un informulé, le mastodonte l'immobilisa complètement en resserrant davantage les liens qui le retenaient au fauteuil, le faisant grimacer de douleur.

Harry sentit sa magie bouillonnée en lui alors que le visage du blond exprimait clairement sa souffrance, de petites étincelles blanches crépitaient au bout de ses doigts et Kingsley resserra fermement ses bras autour de la taille fine du jeune sorcier. Le regard émeraude sembla encore plus furieux qu'on le retienne ainsi :

« Laisse-moi !

- Harry, tu arrêtes immédiatement à moins que tu ne tiennes absolument à ce qu'il soit condamné avant la fin de la journée parce que ton témoignage sera invalidé.»

Le brun se figea aussitôt. Son visage trahissait autant son désarroi que sa colère. Il se dégagea assez violemment de l'étreinte du grand sorcier noir et siffla rageusement :

« Fichez-moi la paix ! Tous ! »

Le reste se déroula probablement en une fraction de secondes, les premières détonations, les rayons lumineux qui frappaient au hasard et les hurlements paniqués dans l'assistance…

A suivre…