Bonjour,

Titre : Once Upon A Time - tome 2...

Auteur : Typone Lady

Disclaimer : L'univers de One Piece ainsi que ses personnages ne m'appartiennent pas : ils sont à Eiichiro Oda. Je les emprunte le temps d'une histoire.

Rated: M

Genre : Romance, Hurt/Comfort, Song-fic

Résumé : « Raconte-moi une histoire…une merveilleuse histoire comme on en voit si souvent dans les contes de fées. Laisse-moi imaginer encore un peu que nous aussi, nous avons le droit d'être heureux. » Peu importe à quel point ils le désirent, il y a des choses sur lesquelles ils n'ont aucun contrôle. Impuissant, ils observent les ruines de cette vie sans voir cette lueur d'espoir tapis dans l'obscurité.

Bêta correctrice : pommedapi

Note : Merci à ma bêta pommedapi pour ses précieux conseils et aussi pour avoir corrigé ce chapitre ;).

* Bonne année à tous ! J'espère que vous avez tous passés de bonnes fêtes de fin d'année.

Si vous avez pris des bonnes résolutions en cette nouvelle année je vous souhaite bonne chance pour les tenir, tout est une question de volonté !

Pour ma part ça fait longtemps que j'ai abandonnée, je vais juste faire en sorte de vous livrée la fin de cette histoire et essayer si possible d'en faire avec l'aide de ma super bêta une histoire agréable à lire. *


Once Upon a Time n'est pas une fiction à l'eau de rose.

C'est juste une histoire.

Leur histoire.

Parce que la vie n'est pas un conte de fées...

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Chapitre 13

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« Toute épreuve, celle du succès comme celle de l'adversité, secoue un homme et fait tomber son masque. »

Eugène Marbeau

Sabo


Jeudi 14 Décembre 2018

Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Pourquoi ? Comment c'est arrivé ?

Mon Dieu, mais qu'est-ce qu'il s'est passé ?!

-Sabo ! aboie le coach Ruyma. Concentre-toi!

-Pardon, coach!

J'essuie mon front perlé de sueur et après avoir repris ma respiration, me remets en mouvement. J'échange un rapide coup d'œil avec Gin avant de réceptionner maladroitement le ballon et de me mettre à dribbler vers le panier adverse. Je sens le regard du coach sur moi et malgré l'effervescence du match, j'entends très clairement son soupir. Je ne suis pas dans le match et c'est plus qu'évident. Si ça avait été un match officiel, ça fait longtemps qu'il m'aurait sorti. Heureusement pour moi, c'est un simple entrainement de club mais ça n'excuse pas mon manque d'implication. Je fais de mon mieux mais je n'arrive clairement pas à me mettre dedans.

Je m'arrête et grimace quand je ne vois aucune ouverture chez mon adversaire. Je suis bien en-dessous de mon niveau habituel et tout le monde l'a remarqué. Je feinte et, sans regarder derrière moi, renvois le ballon à Gin qui s'élance aussi vite qu'il le peut vers le panier. Pour éviter qu'il se fasse rattraper, j'effectue un simple blocage pour contrer nos adversaires. Fatigué, étrangement épuisé même, je n'ai pas le courage de regarder mon ami marquer. Sans parler du fait que je n'ai pas pensé une seule seconde à monter en soutien pour l'épauler. Je me fais honte...

La contre-attaque est donnée et je me réveille presque brutalement quand j'entends Lark filer à toute vitesse à côté de moi. Je ne réfléchis pas trop, ayant perdu assez de temps comme ça, et me mets en action, mes jambes me répondant difficilement. Depuis le début du match, j'utilise mal mon énergie et le résultat est une fatigue précoce et une tension inhabituelle dans les jambes.

J'entends un de mes coéquipiers m'appeler pour me demander d'arrêter Lark avant qu'il ne marque et je saute avec précipitation, presque de manière désespérée.

Le ballon rebondit quelques mètres plus loin. J'atterris un peu brutalement au sol et relève aussitôt la tête quand j'entends le plus jeune gémir de douleur.

-Lark ? Lark !

Les membres du club se précipitent vers lui alors que, pétrifié, je n'ose pas bouger. Je lui ai fais mal. Je l'ai peut-être même blessé gravement… Mes mains tremblent et ma respiration est laborieuse. Il faut que je me calme.

J'avance doucement vers mon cadet et quand je m'agenouille près de lui, je m'attends presque à me faire incendier mais ce n'est pas le cas. Lark m'assure d'un regard qu'il va bien et, aidé de deux autres membres du club, il se relève. Le coach s'assure ensuite qu'il n'a rien de cassé avant de l'autoriser à reprendre la partie.

Quant à moi, je me fais tout simplement sortir. Je ne me plains pas et trouve cette sanction trop douce encore. J'aurais pu le blesser gravement et alors, le blond n'aurait pas pu participer aux prochains matchs contre les autres équipes de la région.

Le cœur meurtri, je m'excuse convenablement auprès de mon co-équipier qui soupire à mon passage. Je reste seul sur le banc alors que les deux matchs joués simultanément sur le terrain reprennent.

Ace a été exclu pour une durée indéterminée.

Voilà ce qui me met dans cet état.

-Quel imbécile ! je jure à voix basse.

Quand j'ai quitté Ace pour aller au gymnase rejoindre le club de basket, tout allait bien. Ace se plaignait légèrement mais ce n'est pas non plus exceptionnel chez lui. Ça arrive même assez souvent quand il s'agit d'interagir avec les autres. J'avoue d'ailleurs avoir un peu ri quand Rob Lucci s'est présenté à lui pour bénéficier de l'offre que faisait le Glee Club.

Oui, quand je suis parti, tout allait bien.

Comment ça a pu dégénérer comme ça ? J'ai été mis au courant juste avant d'entrer sur le terrain. J'enfilais mes chaussures de sport quand un des membres du club a reçu un message d'un de ses amis qui le prévenait de la bagarre. Il m'a tout de suite informé et j'ai couru sans demander mon reste pour essayer de le retrouver. Certains m'ont suivi mais malheureusement, à notre arrivée, c'était déjà trop tard : le mal était fait. Ace s'est fait emmener dans le bureau du directeur et je n'ai pas pu l'attendre pour lui demander des explications ni pour m'assurer qu'il allait bien. Un professeur s'est vite chargé de disperser les élèves. Rob Lucci quant à lui a été emmené à l'infirmerie avant d'être lui aussi entendu par la direction. Quand il est passé à côté de moi, j'ai eu du mal à le reconnaitre : Ace l'avait tellement amoché... Mais bizarrement, il n'avait pas l'air si mal que ça.

Après, l'entrainement de basket a été d'une pitoyable médiocrité et je me suis ensuite rendu chez Ace, n'ayant pas le courage de rentrer chez moi. L'inquiétude me tordait l'estomac et je sentais que je ne pourrais pas dormir si je ne m'assurais pas que ça allait pour lui.

Roger m'a accueilli, la mine fermée. Il ne m'a pas autorisé à voir Ace, celui-ci étant consigné chez lui suite à ce qu'il s'était passé plus tôt. Jusqu'à nouvel ordre, il est privé de sortie ainsi que de son portable. Le père d'Ace m'a assuré que je n'avais pas à m'inquiéter pour son fils et qu'il s'occupait de lui, que je pouvais partir l'esprit tranquille.

L'esprit tranquille, quelle bonne blague… ! Je n'ai pas pu dormir de la nuit, tout simplement trop tendu, mais conscient de ne rien pouvoir faire. J'ai tout de même essayé de m'accrocher aux bras de Morphée. Sans résultat. Le lendemain, j'ai avalé avec peine mon petit déjeuner et j'ai enduré la journée avec tout autant de peine. Pas étonnant que l'entrainement de basket soit une telle catastrophe à nouveau...

Un quart d'heure plus tard, quand le coach siffle la fin de l'entrainement, je vis ça comme une libération et après avoir aidé au rangement, je file me changer. Il ne me faut pas plus de dix minutes pour être prêt, douche comprise. Je salue mes camarades qui n'osent trop rien me dire et me presse de sortir de Marie-Joa.

-Sabo ! m'appelle Perona.

Je repère les membres du Glee Club qui sortent eux aussi de l'établissement. Je les attends au niveau des grilles et suis surpris quand, arrivé à ma hauteur, Margaret ne s'arrête pas. Elle continue simplement son chemin sans même me saluer. J'envoie un regard étonné aux filles qui semblent soudainement assez mal à l'aise. Même la volubile Perona ne trouve pas ses mots.

-Elle est simplement en colère que ton petit-ami ait pété le nez de son petit-ami à elle, m'informe alors le seul garçon du groupe.

-Dellinger !

La gothic lolita lui lance un regard noir.

-Tu n'avais pas des choses à faire ?

-Si tu le dis.

Il hausse les épaules et commence à s'éloigner.

-A demain !

Ses camarades lui répondent avec plus ou moins d'entrain.

-Alors elle va me faire la gueule parce qu'Ace a cassé la figure de Rob Lucci ? dis-je, un peu vexé et énervé par ce raisonnement puéril.

-Elle est juste en colère parce que Lucci a eu quatre points de suture à l'arcade sourcilière plus sept à l'arrière du crâne ainsi qu'une épaule démise. Ça, plus tous les bleus et autres bosses qu'il a récoltés... Après, ça devrait quand même lui passer à un moment où à un autre. Mais bon sang, qu'est-ce qui a pris Ace de le frapper ?! Il a pété un plomb ou quoi ?! répond Perona.

-On a essayé de l'appeler mais il n'a pas répondu, m'informe Shirahoshi.

-Son père lui a pris son portable, je ne sais pas quand il le récupèrera. Les visites lui sont aussi interdites. A vrai dire, je ne sais pas quand il sera possible de le voir...

-C'est dur, commente Shirahoshi.

-En même temps, ce n'est pas rien ce qu'il a fait. Je ne comprends toujours pas ce qui lui a pris, dis-je en grimaçant.

-Il a franchement déconné sur ce coup-là! Nos professeurs nous ont dits qu'Ace était renvoyé pour une durée indéterminée! Il abuse! Il a des examens à la fin de l'année sans compter que nous, au Glee Club, on a besoin de lui ! s'indigne Perona.

-Si Ace ne revient pas, on ne pourra pas participer aux régionales, lance tristement Shirahoshi.

-Je sais... La semaine prochaine, il subira un conseil disciplinaire et suite à ça, la direction décidera de la nature de sa sanction. Ça, ou son renvoi définitif. Je ferai de mon mieux pour défendre ses intérêts mais franchement… Je ne sais pas ce que ça va donner.

Les filles ont l'air encore plus dépité que moi et devant la difficulté de la situation, on ressent encore plus fortement notre faiblesse. Les limites de ce qu'on peut faire.

Mais qu'est-ce qui lui a pris bon sang ?

Ace…

Vendredi 15 Décembre 2017

C'est en soupirant que je range mes affaires de cours. La matinée a été éprouvante et je suis bien heureux que ce soit le dernier jour de cours de la semaine. Dans quelques heures, j'accueillerai le samedi avec un intense soulagement mais en attendant, je suis les cours avec sérieux en espérant que les minutes défileront vite.

-Tu manges avec Nami ce midi ? je demande à Sanji alors qu'on sort de la salle.

-Ouais. Après si on a le temps, on ira dans le magasin de chaussures qui a ouvert à deux rues d'ici.

-Je suis sûr que c'est une idée de Nami, dis-je en souriant.

-Tu la connais bien ! Mais j'aime l'accompagner faire du shopping alors ça ne me gêne pas! Elle ne sourit jamais autant que quand elle réussit à faire une bonne affaire.

-Elle va finir par mettre un commerçant sur la paille.

-Je crois bien que tu as raison, acquiesce-t-il. Tu vas manger avec Koala ou les gars de ton club ?

-Ni l'un ni l'autre.

Je souris et me tais pour ménager mon effet et imaginer la tête que va bien pouvoir faire Sanji après ma révélation.

-En fait, je vais retrouver Zoro à Impel Down, on va manger dans un fast food.

La grimace de Sanji ne se fait pas attendre mais je serais incapable de dire si c'est l'évocation du kendoka qui suscite ça où simplement le dégout qu'il ne peut s'empêcher de ressentir pour la mal bouffe.

-Eh bien au moins, t'auras une salade à manger avec ton hamburger...

Je rigole et il hausse les épaules, se fichant bien de se moquer de Zoro.

-J'aimerais bien te demander ce qui te prend de manger avec lui mais je vais m'abstenir et juste compatir. Ce mec ne doit pas avoir plus de conversation qu'une huître en fin de vie, reprend-il.

-Les huitres ne parlent pas, je fais remarquer.

-Oui, c'est bien ce que je dis, me dit-il en souriant. Bon allez, je te laisse. Je ne veux pas faire attendre Nami.

-OK, bon appétit.

-Toi aussi.

Sanji s'éloigne rapidement et très vite, je le perds de vue derrière l'amas d'élèves qui se dirige d'un bon pas vers le réfectoire. Quant à moi, je bifurque à droite et sors de Marie-Joa pour me diriger vers l'arrêt de bus le plus proche. Une jeune fille y est déjà et comme elle a l'air d'avoir le même âge que moi, j'en viens à me demander si elle n'est pas aussi élève à Marie-Joa. Je m'assois à ses côtés et lui adresse un sourire poli. Elle fait de même, un peu gênée. J'esquisse alors un autre sourire. Elle ne semble pas rebutée par la brûlure que j'ai au visage et je dois dire que ça me fait assez plaisir.

Mais je n'y pense déjà plus quand, dix minutes plus tard, je suis dans le bus. J'envoie un message à Zoro pour lui donner l'heure approximative de mon arrivée et me cale ensuite sur mon siège pour observer d'un air tranquille le paysage.

xXx

-J'ai parlé avec Sanji avant de venir ici et il m'a une fois de plus dit tout le bien qu'il pense de toi, dis-je en croquant une frite.

Zoro grogne, peu dupe de ce que mon meilleur ami peut bien raconter sur lui.

-Je l'emmerde aussi.

-Eh bien, Sanji n'est pas allé aussi loin, tu sais...

-Pas devant toi mais je suis sûr qu'il doit cracher sur mon compte dès que t'as le dos tourné.

-Ce n'est pas son genre !

Zoro s'arrête de boire son Coca pour me jeter un regard fatigué.

-Je ne comprends toujours pas pourquoi vous n'arrivez pas à vous supporter, je reprends alors.

-Parce qu'il est trop débile.

-Je suis sûr que si vous mettiez vos rancœurs de côté et appreniez réellement à vous connaitre, vous pourriez vous entendre, je lance, ignorant volontairement sa précédente remarque.

-C'est ça, oui.

Il attaque son cheeseburger et je déballe le mien.

-Je veux dire, t'arrives bien à trouver Niji attirant alors que franchement, c'est u-

-C'est pas la même chose, me coupe-t-il aussitôt.

J'observe Zoro qui, les yeux baissés sur sa nourriture, fait de son mieux pour ignorer mon regard. C'est la première fois qu'on reparle de la relation étrange qu'il y a entre lui et Niji Vinsmoke. Et même si je n'aime pas juger les choix de vie des autres, j'avoue ne pas comprendre celui du kendoka. Je suis encore moins à l'aise à ce sujet. Le soir où je lui ai avoué que j'étais au courant, il m'a affirmé ne pas être amoureux de cet homme et que ce n'était même pas sérieux entre eux. Ce n'est pas sexuel vu qu'ils ne couchent pas ensemble et ils ne se fréquentent pas réellement à proprement parler… Enfin c'est-ce qu'il m'a dit. Mais le problème, c'est que Zoro n'a pas su quoi me répondre quand je lui ai demandé pourquoi il entretenait cette relation avec Niji.

Zoro est un homme fier et peut parfois se montrer assez orgueilleux. D'après moi, c'est pour ça qu'il refuse de dire qu'il est attaché à Niji. Le deuxième fils de la famille Vinsmoke a quand même bousillé une partie de sa vie, sans compter tout le mal qu'il a fait à tout un tas de gens : il a mis plusieurs familles à la porte. Quelqu'un de sensé le détesterait et c'est certainement ce que se dit Zoro. C'est sans doute pour ça qu'il a du mal à accepter l'idée qu'il l'apprécie bien plus qu'il ne veut l'avouer.

Ce ne sont que des suppositions. A vrai dire, je ne sais pas grand-chose de ce qui lie les deux hommes et comme Zoro ne veut pas m'en parler, je ne risque pas d'en savoir plus. C'est pourtant dommage. Étant donné que je suis visiblement le seul au courant pour eux, ça lui aurait permis de se confier un peu.

-Je n'ose imaginer la tête que ferait Sanji s'il apprenait un jour la vérité, dis-je en trempant une de mes frites dans le ketchup.

-Il a pas besoin de le savoir.

-Ça, c'est toi qui le dis.

Je soupire.

-Sanji… Ses frères lui font vraiment la misère, tu sais. Je crois que ça lui donnerait un petit avantage d'apprendre qu'il y a ce truc entre Niji et toi.

-Les problèmes de famille du cuistot pervers me concernent pas. Et puis c'est pas non plus comme si je pouvais y faire grand-chose, lance-t-il.

J'acquiesce, me rendant compte un peu tard que mes propos pouvaient être interprétés comme un jugement et inciter Zoro à culpabiliser.

-C'est vrai que Sanji sera le cadet de tes soucis, tu auras déjà assez à t'inquiéter de la réaction d'Ace...

Aussitôt, il grimace et même si je trouve ça amusant, je compatis tout de même pour lui.

-Je te préviens, si il doit l'apprendre – et il l'apprendra – je te laisserais seul, je l'informe nonchalamment.

-Comment tu peux me faire ça ?! s'étrangle-t-il.

-Je n'ai pas assez de vies pour me permettre de m'engager dans des batailles perdues d'avance. Et tu me croiras ou non mais Ace a suffisamment de raison de m'en vouloir pour que je ne veuille pas en rajouter d'autre, dis-je en grimaçant.

-Mouais… De toute façon, je pense pas que dans la situation où il se trouve, il se la ramène trop en ce moment.

-Hum. Est-ce que tu as réussi à avoir des nouvelles ?

-T'en n'as pas eu ? s'étonne-t-il.

Je secoue la tête, peiné.

-Son père ne m'a pas laissé le voir.

-Ah. J'ai appelé Law qui lui a eu des nouvelles directement de la mère d'Ace.

-Est-ce qu'il va bien ?

-Je sais pas si on peut dire ça.

-Tu sais pourquoi il a fait ça ? Pourquoi il a frappé Rob Lucci ?

-Non mais je connais bien Ace. Il est bon à encaisser mais quand ça concerne les autres, il perd le contrôle. Je suis sûr que c'est l'autre qui l'a cherché. Il est arrivé à peu près la même chose à Baterilla.

Je pousse un petit soupir de dépit et mords dans mon hamburger. Je n'arrive pas à en apprécier le goût.

-J'espère sincèrement que cette histoire ne connaitra pas la même fin...

-Faut voir. Sa mère était vachement furax et déçue.

-Son père n'avait pas l'air trop content non plus. J'aimerais tellement le voir...

Dépité, je laisse ma tête se poser sur la table, me fichant des miettes de nourriture. Ace me manque et ne pas avoir de ses nouvelles est juste horrible. Zoro vient de m'apporter un début de réponse avec cette histoire mais j'ai du mal à croire que Rob Lucci ait dit ou fait un truc assez horrible pour qu'Ace sorte de ses gonds ainsi. En même temps, si Zoro le dit, c'est que c'est possible... Il connait Ace par cœur et sait de quoi il est capable. Mais malgré la confiance que j'accorde à mon petit-ami, j'ai besoin de l'entendre. J'ai besoin de ses explications pour pouvoir comprendre.

Dimanche 17 Décembre 2017

Ce matin, j'ai reçu un mail de l'école m'informant de la tenue d'un conseil de discipline lundi 18 à 10h. Il ne fait aucun doute pour moi qu'il est question de Ace et que ce conseil va s'avérer très dur. C'est la première fois de ma scolarité que je participe à ça : les deux années précédentes, c'était, comme le veux le règlement, le président Torino qui y assistait. Aucun élève de ma classe n'avait eu à subir ce genre de cas litigieux et donc en tant que délégué de classe, je n'ai pas eu à en souffrir. Mais là, ça va être différent. Ce n'est pas seulement mon premier conseil de discipline, c'est également celui de Ace, mon petit-ami. Je ne sais pas comment je vais gérer.

Il y aura tous les professeurs d'Ace demain. Je ne sais pas exactement comment il se comporte cette année en cours mais en première, ça allait plutôt bien. J'espère ne pas me tromper en imaginant qu'il y a peu de chances que les professeurs donnent une appréciation négative sur lui ni qu'ils accentuent la thèse d'un acte violent qui serait le reflet de sa personnalité. En tout cas, ce ne sera pas le cas de Marco. Il est l'un des rares professeurs avec Nico Robin à réellement s'intéresser aux élèves et à chercher à voir au-delà de ce qu'on peut bien montrer. Il y a comme un lien invisible qui les lie. J'ai même l'impression que par le passé, Marco a aidé Ace à y voir plus clair et à avancer. Enfin, c'est plutôt compliqué… Sans compter ces photos qui ont tourné sur eux !

Mlle Nico Robin sera certainement juste. Si Ace a des circonstances atténuantes – et il en a, j'en suis sûr – elle les prendra en compte. Elle voudra tout de même qu'il soit puni et c'est normal. C'est sans doute le mieux qu'Ace puisse obtenir.

La professeure d'art ne tarie pas d'éloges sur Ace et je ne pense pas qu'elle cherchera à l'enfoncer. Elle est plutôt admiratrice de son travail apparemment acharné dans sa matière et loue Ace pour son talent. C'est à se demander comment ses chevilles n'ont pas encore fait pour gonfler!

Son professeur d'espagnol n'a pas non plus à se plaindre, tout comme celui d'anglais qui malgré les mauvaises notes de celui-ci n'a pas grand-chose à redire sur son comportement.

Je ne sais pas trop ce que les autres professeurs vont faire. A ce stade, je ne peux qu'espérer que tout se passe bien. A part moi qui assisterai à ce conseil de discipline en tant que président des élèves, il y aura également le délégué de la classe d'Ace dont le nom m'échappe, le représentant des terminales ainsi que Rob Lucci en tant que victime. Son témoignage jouera beaucoup et je suis à vrai dire totalement impatient de l'entendre.

Pour terminer, le directeur de l'établissement assiste généralement à ce genre de réunion mais le notre se fiche tellement de tout que je ne sais pas si ce sera réellement le cas. Et sincèrement, s'il pouvait ne pas venir, je crois que ça irait bien à tout le monde !

Je soupire et pose ma tête sur le clavier de mon ordinateur portable, me fichant bien d'appuyer sur toutes les touches. Déjà 14h35. Le temps va me sembler si long et en même temps si court jusqu'à demain... Je pousse un autre soupir et m'oblige à me redresser. Je me réinstalle sur la chaise autour du comptoir et fixe mon ordinateur avec un manque d'envie évident. De base, je l'avais allumé dans le but de chercher une auto-école que je pourrais intégrer courant février mais, comment dire, ma recherche ne donne pas grand-chose...

-Ça bosse dur à ce que je vois ! me lance Shanks qui s'installe à côté de moi, un café chaud à la main.

-Quelque chose comme ça...

Je grimace et ça le fait sourire.

-Tu sais, le mieux est de commencer à prendre des cours sur internet et de bosser un max ton livre de code. Quand tu sens que t'as amassé un tas d'informations, tu fais quelques écoles de conduite et tu vas vers la moins chère. Vu que t'as bossé en amont, ça peut aller vite. Et si ça va vite, tu dépenses forcément moins de sous. J'ai un ami, ça fait deux ans qu'il passe le code !

-Quoi ?! je m'étrangle, choqué par la révélation.

-Et ouais ! Bah qu'est-ce que tu veux, certains ont plus de mal que d'autres.

-Oui mais quand même, dis-je, terrifié qu'il m'arrive la même chose.

-T'inquiète pas, je t'aiderais si tu veux!

Je souris, assez mal à l'aise, quand je me rappelle la conduite sportive du roux. Je demanderai plutôt à Cavendish car même s'il est parfois trop prudent sur la route, il n'a jamais perdu de point ni eu d'amende. Sa conduite est même agréable.

-C'est gentil à toi.

Il acquiesce, plutôt content car inconscient du fait que je ne compte pas lui demander d'aide pour mon permis une seule seconde !

-Ah, au fait, je venais te voir pour te proposer de m'accompagner chez Roger. Je vais chez lui pour lui remettre quelques dossiers et lui faire un bilan des affaires dont je me suis occupé avant mon arrêt. Cette histoire met vraiment mes nerfs à rude épreuve! Et dire que je ne pourrai pas reprendre le boulot avant encore au moins un mois ! Je vais devenir fou à force de ne rien faire…

Shanks soupire et je le sens perdu dans ses pensées. Peut-être que, distrait, il a même laissé échapper ces quelques derniers mots.

-Enfin bref, tu veux venir ? Yassop passe dans cinq minutes pour me déposer, m'informe-t-il.

-Euh… C'est-à-dire que je ne sais pas si je peux, dis-je, hésitant à accepter son offre.

-Par rapport à Ace ?

J'opine du chef.

-Tu peux toujours venir pour voir Luffy. Sortir te ferait vraiment du bien, je pense.

Je fronce les sourcils, pas tout à fait à l'aise avec l'idée de me servir de Luffy comme excuse. Mais en même temps, Shanks a raison. Ca me ferait du bien de sortir et que je sois ici ou là-bas, il sera difficile d'empêcher mes pensées de vagabonder vers Ace alors autant y aller, non ?

Ça fait longtemps que je n'ai pas vu Luffy en plus. Je me demande comment il va et si cette histoire a des répercussions sur lui.

-D'accord. Mais ça m'étonnerait que Roger soit dupe.

Comme pour me donner raison, le roux m'offre un immense sourire.

xXx

-Shanks ! crie Luffy en ouvrant la porte.

Luffy a des étoiles dans les yeux, provoquées par la joie de revoir son grand ami. Il se précipite vers le roux avant de s'arrêter in extremis en avisant le bras toujours en écharpe de celui-ci. Il fait la tête un instant avant de me voir, immobile à côté de Shanks, et cette fois-ci, il ne se retient pas et m'emprisonne dans ses bras.

-Hé, pourquoi je n'ai pas droit au même accueil ? s'indigne le roux.

-Bah si je fais ça, je vais te casser ! explique simplement Luffy.

Bien entendu, Shanks se vexe et après un long soupir, fait semblant de bouder. Il essaie ensuite d'ignorer ses blessures pour marcher le plus dignement possible jusqu'au séjour. Malheureusement, sa tentative pour rassurer Luffy ne marche pas car celui-ci le regarde à peine, déjà pressé de m'accaparer. Au final, ça finit aussi par amuser Shanks qui, après un sourire, part saluer les tuteurs du chapeau de paille.

-Salut, Luffy. Prêt à travailler, j'espère ? dis-je pour le taquiner.

Et ça ne râte pas, le pauvre grimace déjà.

-Hein?! Je croyais que t'étais venu pour qu'on s'amuse un peu !

Il me relâche et croise les bras sur son torse dans une attitude de protestation.

-Mais non, je blague, Luffy. Réviser, c'est bien la dernière chose que je veux faire !

Cela le rassure car il retrouve immédiatement le sourire alors que je perds subitement le mien. Roger, ayant sûrement entendu le bruit d'une conversation à l'entrée, est venu voir ce qu'il se passait. Ça ou alors Shanks l'a tout simplement prévenu que je l'accompagnais. Dans tous les cas, je ne sais pas du tout comment agir…

Officiellement, je suis venu ici pour voir Luffy et si l'idée n'est pas de moi mais bien de Shanks, la chose reste tout de même délicate. Il est certain que si j'ai l'occasion de voir Ace, je ne vais pas m'en priver. Après, je peux tout à fait comprendre les raisons qui poussent Roger à appliquer une sanction aussi sévère. Cela dit, ça doit plus énerver Ace qu'autre chose et il doit à coup sûr maudire son père dès qu'il en a l'occasion.

-Bonjour, Sabo. Quelle surprise de te voir ici, lance-t-il, sceptique.

Je ne sais pas si on peut dire que ça commence mal mais en tout cas, c'est comme ça que je le ressens.

-Bonjour, monsieur. Je m'ennuyais un peu et comme j'avais du temps libre, je suis venu voir Luffy.

-Cool ! On peut aller jouer au basket dehors !

-Hein ? je fais, bêtement surpris. Attends, Lu…ffy.

Je soupire quand je le vois s'élancer dans les escaliers qu'il monte à toute vitesse pour rejoindre sa chambre. Je grimace ensuite, me faisant doucement à l'idée que ce n'est définitivement pas ma semaine.

-Tu sais, je ne suis pas dupe, s'amuse finalement Roger.

-Je le sais bien...

Je souris, soudain plus à l'aise face à sa bonne humeur.

-Je veux voir Ace et je ne vous cache pas que j'espérais un peu le voir par hasard en venant ici mais la raison de ma visite reste vraiment Luffy. Je suis content de pouvoir passer du temps avec lui, je lui avoue alors, décidant d'être honnête.

-Je comprends mais je suis désolé, je ne reviendrai pas sur ma décision.

J'acquiesce, compréhensif.

-Tu pourras néanmoins si tu le désires, le voir demain. On viendra sûrement un bon quart d'heure plus tôt et je ne t'empêcherai pas de passer du temps avec lui. Pour la suite, nous aviserons sa mère et moi, m'explique-t-il.

-Très bien, merci.

Quelques secondes plus tard, Luffy saute lourdement du milieu des escaliers jusqu'à l'entrée et garde difficilement son ballon de basket dans les bras. Je pouffe quand il s'essaie à quelques dribbles avant de s'arrêter juste devant moi.

-Papa, Sabo va m'apprendre à faire des dunks au terrain de basket d'à côté!

-Pas de problème, ne rentre pas avant d'avoir réussi alors.

-OK, tu verras, je serai trop fort!

-Je n'en doute pas. Assure-toi quand même de réussir avant le diner si tu veux en avoir un.

Roger sourit devant le visage livide de Luffy.

-Sabo, faut que tu m'aides ! m'implore-t-il et je rigole de plus belle.

-T'inquiète. T'y arriveras super vite. Avec moi comme prof, tu ne pourras qu'être bon!

Ça a l'air de rassurer Luffy car il me tire par la manche de ma veste et m'entraine déjà dehors. J'ai à peine le temps de dire au revoir à Roger que la porte se referme derrière moi. Je suis gentiment Luffy tout en repensant à cet échange assez particulier qu'il y a eu entre Roger et Luffy. Le « papa » de Luffy était si naturel qu'il ne m'a même pas étonné. Pour moi, c'est presque une évidence et pour Roger aussi visiblement. Il avait l'air heureux.

Le chapeau de paille continue de m'entrainer d'un bon pas vers l'extérieur du jardin de sa demeure quand je sens un regard sur moi. Je relève la tête, pratiquement certain qu'il s'agit d'Ace et suis heureux de ne pas me tromper quand je tombe sur ses yeux onyx derrière la vitre de sa chambre. Je souris et lui fais un signe discret de la main auquel il répond timidement. Je ne le distingue pas forcément très bien d'où je suis mais tant pis. Le voir, même de loin, ça me va.

Demain, je pourrai le serrer dans mes bras.

-Allez, Luffy ! Tu vas voir, à la fin de la journée, tu joueras aussi bien que Michael Jordan!

-C'est vrai ?! Trop cool ! s'exclame-t-il sans même attendre ma confirmation.

Je le regarde, amusé par sa crédulité.


« C'est pendant nos moments les plus sombres que nous devons nous concentrer pour voir la lumière. »

Aristote Onassis

Ace


Lundi 18 Décembre 2017

Roger sort de la voiture et après avoir essuyé mes mains moites sur mon pantalon, je fais de même. La portière claque et ce bruit semble résonner dans le petit parking situé devant les portes du lycée. Lui qui est habituellement rempli par le balai des voitures venant déposer les élites de demain, c'est assez déstabilisant de seulement voir la grosse Hummer de mon père.

Le visage dur, Roger me fait signe d'avancer. J'aimerais répliquer quelque chose, me défendre, mais je suis resté pratiquement silencieux ces derniers jours et je ne vais pas commencer à ouvrir ma bouche maintenant. J'ai déjà vécu ce genre de situation auparavant et la meilleure chose est certainement de ne rien dire, d'accepter les conséquences et de juste prier pour vite pouvoir passer à autre chose. Que peut-on faire d'autre quand on vous considère déjà coupable et qu'en plus, les faits jouent contre vous ? Ce petit fumier de Rob Lucci m'a bien eu et j'étais tellement fou de rage que j'ai mis 48h avant de me calmer !

J'ai serré les dents devant le directeur de pacotille de Marie-Joa. Je l'ai entendu postillonner et s'égosiller pendant presque une demi-heure sans jamais l'écouter ne serait-ce qu'une seule seconde. Je regardais son visage rouge de colère avec sa morve qui lui pendait au nez alors que toutes mes pensées étaient tournées vers une seule et unique personne : Rob Lucci.

Je pensais au fait que j'aurais d'abord dû l'émasculer avant de m'attaquer à son visage. Son sourire plein de sang alors que je le cognais était doucement en train de me rendre fou. Le mec était en train de morfler et tout ce qu'il faisait, c'était sourire. J'ai malheureusement compris trop tard que c'était simplement ce qu'il désirait. Qu'habilement, il avait réussi à m'amener là où il voulait. Mais ce qui m'énervait encore plus, c'était ses mots. Ce qu'il avait dit sur moi mais surtout sur X-Drake. Mon père est arrivé juste au moment où le directeur, fou de rage, commençait à s'étouffer avec sa salive. Je ne sais pas s'il m'a regardé ou même s'il m'a parlé lorsqu'il est entré. Mon esprit bouillonnant n'était pas en mesure de le capter.

La « discussion » avec le directeur a pu reprendre mais ce qu'ils se sont dits, je ne le sais pas étant donné que je n'ai pas plus écouté ce qu'ils ont bien pu se raconter que quand ce vieux Tenruybito vociférait tout seul. Sur le trajet du retour, Roger avait les dents serrées et sa conduite un peu sèche était un bon indicateur sur son humeur du moment. Il a voulu engager la conversation dès les portes de la maison passées mais je l'ai recalé en lui faisant comprendre que je devais d'abord redescendre.

Et j'ai mis deux jours pour ça. Deux jours où je me suis acharné encore et encore sur mes mains quand je ne frappais pas tout simplement les murs de ma chambre. La nuit, je m'endormais dans la douche après des heures à trembler de froid sous le jet d'eau glacial mais ça m'apaisait à peine. J'ai eu le droit au coup de fil de ma mère, plus énervée que jamais, mais surtout inquiète pour moi, pour ce soudain revirement de situation. Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il s'était passé ? Elle ne me comprenait pas et je me suis dit que c'était tout aussi bien comme ça. Je voulais la préserver de mes idées sombres, de ma colère et de ma frustration. J'ai été consigné dans ma chambre et privé de mon portable et de mon ordinateur. Mes amis ont été recalés à l'entrée et je les ai observés partir la mine sombre.

J'ai bien compris que je n'allais pas m'en sortir comme ça mais peu importe, mes parents ont déjà décidé de ma punition et me l'annonceront une fois la sanction du lycée prononcée. Au lycée, devant le conseil de discipline, je serai bien obligé de m'expliquer si je ne veux pas risquer l'exclusion définitive. Je me suis déjà fait renvoyer de mon précédent établissement pour les mêmes raisons – coups et blessures – alors si je me fais également virer de Marie-Joa, je ne sais pas ce que je vais faire. Je suis venu ici pour commencer autre chose, essayer de m'en sortir. Si même ici je ne réussis pas… Qu'est-ce qui me restera ?

Je n'en sais rien et ça me fait peur.

Aujourd'hui, je vais être fixé sur mon avenir.

On pénètre dans l'établissement qui lui aussi n'est pas bien fourni, les élèves étant encore en cours à cette heure-là. Je laisse mon père me guider et me contente de le suivre, la bouche résolument fermée. Je sais déjà que ça va être dur pour moi de m'en sortir et je me mets déjà en condition. J'ai l'impression que je vais devoir mener un combat.

On arrive finalement à destination et j'aperçois quelques professeurs déjà présents dans la salle. Marco avance vers nous et je me sens rassuré par sa présence. J'ai au moins un allié dans cette arène.

-Bonjour, professeur.

-Bonjour, Ace. Roger.

Il tend la main à mon père qui la serre.

-Je suis content de te revoir même si j'aurais préféré que ce soit en classe plutôt qu'ici.

-On aurait tous préféré ça, lance mon père en coulant un long regard sur moi.

Je me racle la gorge et hausse les épaules.

-Qu'est-ce qui va se passer exactement ? je demande.

Le mieux pour moi est de savoir ce qui m'attend. La surprise ne jouera pas en ma faveur, surtout avec autant de personnes contre moi. Le directeur doit rêver de me faire virer au moins une fois par semaine et les profs vont juste se centrer sur les faits, à savoir que j'ai frappé un élève sans motif apparent.

-Nous allons discuter de ton dossier scolaire et de ton comportement en général avant d'aborder le cœur du problème. Nous écouterons les explications des deux élèves concernés avant d'entendre le délégué de votre classe qui essaiera de te défendre, si tu es défendable. Le président des élèves et le représentant des terminales pourront également prendre la parole s'ils le désirent.

-Très bien, soupire mon père. Est-ce que Ace a une chance d'éviter le renvoi ?

Marco, le visage neutre, hésite à répondre.

-Eh bien, ça dépend de ce qu'Ace aura à dire, lâche-t-il finalement.

Mon père grimace et après un hochement de tête, Marco s'éloigne.

-J'espère, Ace, que tu as bien compris la situation.

Je ne réponds pas, sachant que le moindre mot que je serais susceptible de dire pourrait se retourner contre moi. A la place, j'acquiesce en espérant que ça suffise.

Les minutes s'égrainent et, petit à petit, plus de monde arrive. Des professeurs. Je reconnais aussi le délégué de ma classe ainsi que ce satané Rob Lucci. J'ai peur d'être déstabilisé et de perdre le peu de sang froid que j'ai regagné lors de ces derniers jours en le regardant alors je fais bien attention à ne jamais croiser son regard. Je ne sais pas du tout ce qu'il va raconter aujourd'hui, c'est vraiment le grand mystère. La seule chose dont je peux être sûr, c'est qu'il ne sera pas sincère. Ça m'énerve d'ailleurs à un point inimaginable et j'éprouve une certaine satisfaction à le savoir blessé pour un petit moment !

Je commence à m'impatienter et gigote un peu. Roger lui, est de marbre et je me demande bien comment il fait. Heureusement, je retrouve un peu d'apaisement quand Sabo arrive.

Il me regarde et avance avec hésitation vers moi, presque timidement. Mon père, bien droit dans ses bottes, a l'air pour la première fois de l'impressionner un peu. Il finit tout de même par s'arrêter devant moi et ses yeux remplis de tristesse et d'inquiétude sont baissés sur mes mains largement abimées. Je ne supporte pas de le voir comme ça. J'ai honte et j'aurais aimé pouvoir le lui cacher. C'est ce que j'essaie d'ailleurs de faire mais il les prend dans les siennes et de ses pouces, il touche mes boursouflures, mes coupures et toutes ces impuretés dont je suis encore couvert.

Il pousse un soupire tremblant et se blottit contre moi. Son front se pose sur le mien et ses yeux fermés me font me sentir encore plus mal. Je ne sais pas s'il me juge ou non, j'arrive juste à percevoir son trouble et son incompréhension. Lui aussi voudrait me demander pourquoi mais il n'en fait rien. Il me montre simplement son soutien et je lui en suis reconnaissant. N'y tenant plus, je le prends dans mes bras avant de l'embrasser. Le baiser est presque violent, à la hauteur de ma douleur, de mes faiblesses.

Je ne fais pas attention aux regards, aux murmures, ni à ce qui va arriver ensuite. Tout ce qui compte pour moi à cet instant, c'est Sabo.

-Ça va aller, m'assure-t-il.

Je ne sais pas s'il y croit mais désespéré comme je suis, je suis même prêt à croire à un mensonge.

xXx

Le conseil de discipline auquel je suis soumis a débuté voilà bientôt un quart d'heure. Le directeur vient tout juste d'arriver et ne prend pas la peine de montrer que tout ça l'intéresse. En fait, il s'amuse à jouer avec des mikados avant de les enfourner bruyamment dans sa bouche. Et c'est ce genre de personne que Rob Lucci qualifie de supérieure ? On ne doit pas voir la même chose, ce n'est pas possible. Enfin, dans tous les cas, personne ne s'est arrêté pour lui et depuis le début, la séance se passe comme si ce parasite n'était pas là. Le directeur adjoint a expliqué les raisons de notre présence ici avant de laisser la parole aux professeurs. Jusqu'ici, rien de surprenant. Marco nous avait prévenus après tout. Mon père et moi écoutons attentivement ce qu'il se dit. C'est de moi dont il est question et la moindre des choses, c'est de m'y intéresser.

-Ace est un jeune homme plutôt calme dans mes cours, pas très bavard et plutôt studieux, commence mon professeur de sciences. J'ai été surpris d'apprendre l'altercation qu'il y a eu entre ces deux élèves, Rob Lucci et Portgas D. Ace. Pour ma part, il ne semblait pas y avoir d'animosité quelconque entre eux.

-J'ai lu le dossier d'Ace en vue de ce conseil de discipline et j'ai pu noter qu'il avait déjà connu ce genre de problèmes par le passé. Il est évident qu'il a des soucis pour gérer ses émotions, surtout la colère. Cela dit, malgré ses difficultés dans ma matière et le peu d'intérêt qu'il y montre, je n'ai jamais eu de problème notable avec lui.

Ma prof d'anglais soupire et pose un regard désespéré sur moi.

-A vrai dire, Ace vient en cours, s'assoit, va sur son portable en pensant que je ne le remarque pas et attend comme il peut la fin du cours. Pour ma part, je suis loin de l'élève studieux dont vous parler, M. Sullog.

-Nous sommes tout aussi loin de l'élève bagarreur et inconstant comme c'est noté dans son dossier scolaire, réplique Mme Serenez, ma professeure d'espagnol. montre, comme beaucoup d'élèves, de l'intérêt seulement pour les matières qui l'intéressent. Son peu d'investissement dans votre matière ne fait pas de lui un cancre et encore moins un délinquant, appuie-t-elle.

Ma professeur d'anglais se ferme et son visage est si pincé que j'ai l'impression qu'elle vient d'avaler un bonbon au citron. Celle-là, elle ne m'apprécie pas des masses et ce n'est certainement pas auprès d'elle que je vais trouver du soutien. Je suis par contre surpris par Mme Serenez : je ne pensais pas qu'elle me défendrait autant. Ça me fait plaisir en plus de me redonner espoir.

-C'est exact, admet-elle. Par contre, ses actes de violences, si, réplique ma professeure d'anglais.

Nico Robin, qui sent la tension monter entre les deux femmes, intervient.

est un élève plus qu'appliqué et investit dans ma matière. Je n'ai rien de notable à dire sur lui et aucun reproche à lui faire. Je préfère réserver mon avis sur la situation après avoir entendu la version des deux principaux concernés par l'histoire puis les justifications du jeune homme.

-Tu as raison, Robin, acquiesce Mme Uru-Eya, ma très décontractée professeur d'art appliqué. Je ne peux imaginer un acte de violence gratuit et attends avec patience les explications de mon petit génie.

La réplique de Mme Uru-Eya a le don d'attirer tous les regards vers moi et, un peu déconcerté, je me contente de me racler la gorge pour faire passer la gêne. J'observe du coin de l'œil les agissements de Sabo. Il discute à voix passe avec mon délégué de classe et le représentant des terminales tout en prenant des notes de ce qu'il se dit. Après un léger moment de flottement, la conversation reprend et les débats incessants des professeurs aussi. Chacun y va de son commentaire, de ses appréciations, et les choses s'enchainent plutôt rapidement.

C'est ensuite au tour de Marco et c'est alors que le directeur se lève pour pointer le professeur de philosophie du doigt.

-Tu n'as pas le droit de donner ton avis !

-Oh ? s'étonne Nico Robin. Et pourquoi ça ? Ne sommes-nous pas là pour ça ?

Ses sourcils se froncent alors qu'elle interroge du regard le directeur. Marco, pour sa part, observe l'étrange personnage sans réelle émotion sur le visage.

-Il ne sera pas objectif après la relation qu'ils ont eue! C'est une honte ! Dégout-

-Monsieur le Directeur, le coupe Marco, déjà las. Cette histoire a déjà été réglée et je vous prierai, s'il vous plait, de tenir compte des conclusions de l'enquête.

Le visage du Tenruybito devient rouge de colère et le vice-directeur intervient, histoire de calmer son supérieur. Presque dix minutes s'écoulent avant que Marco ne puisse reprendre la parole.

-Comme certains de mes collègues, je préfère réserver mon avis. Les explications de mon élève m'intéressent beaucoup et j'ai hâte de les entendre. Pour moi, Ace n'est pas un élève violent et encore moins un délinquant. C'est pour ça que l'explication de son acte incompréhensible est d'autant plus attendue. Dans ma matière, Ace est pratiquement le meilleur et vous savez comme c'est dur d'être bon en philosophie.

Il continue de parler et est parfois interrompu par le professeur de sport qui lui pose quelques questions. Bientôt, ce sera au délégué de parler avant que Sabo et le représentant des terminales ne le fassent. Ensuite, je devrais parler, m'exprimer. Mais ce que j'attends avec impatience, c'est de savoir ce que va dire Rob Lucci. Jusqu'ici, il s'est montré calme et n'a pas décroché un seul mot. Assis bien droit sur sa chaise, il attend.

Les réactions de ce type me sont imprévisibles alors que lui semble anticiper les émotions et réactions avec une netteté presque affolante. Ses mots. Ses menaces à peine voilées... alors qu'il niait tout en bloc jusqu'à présent. Ce revirement de situation lui a plutôt réussi. Alors que je voulais montrer au monde entier son hypocrisie et son vrai visage de loup affamé, c'est à présent moi qu'on regarde comme un pestiféré. Comme une personne dangereuse. Ça va être dur de faire comprendre à tout le monde que je ne suis pas le plus fautif dans l'histoire, que j'ai porté les coups mais que ce n'était pas forcément eux les plus dangereux et les plus blessants.

Le conseil disciplinaire auquel je suis soumis continue et mon délégué de classe que j'ai l'impression d'entendre pour la première fois prend enfin la parole.

De nature plutôt effacé et discret, le grand dadais qui a été élu à l'unanimité par ma classe de terminale - même par moi qui ne le connais pas - a toujours eu à cœur de bien exercer sa fonction. Il n'est ni spécialement proche du populaire capitaine de foot et vice-président du conseil des élèves ni de moi, le mec brun assit au deuxième rang et qui quand il s'ennuie, fait des dessins dans la marge. Mais si je devais me prononcer à son sujet, je dirais que malheureusement pour moi, il serait plus du genre à se mettre du côté de Lucci. Ce mec là est pratiquement parfait aux yeux de tous alors que moi... C'est fou comme pour moi, ce qui se passe est devenu une espèce de concours de qui est du côté de qui alors que je sais très bien qu'il n'est pas question de ça ici.

Je l'écoute alors parler avec une certaine angoisse.

-Ace est un élève effectivement plutôt discret mais qui par son aura et sa prestance reste tout de même un élément central de notre classe. C'est à peu près la même chose pour Rob Lucci. Sans vraiment le vouloir, ils sont très vite devenus les deux piliers de la classe et leurs avis et agissements influencent souvent les autres élèves. Je ne comprends pas vraiment l'altercation qu'il y a eu entre eux deux. S'ils ne sont clairement pas amis, personne ne les imaginait pour autant ennemis.

-M. Portgas a-t-il déjà montré de tel signe de violence ? interroge le principal adjoint et je me demande s'il a réellement écouté le récit de mes profs pour poser une question aussi bête.

-Non, pas spécialement. On sentait qu'il ne fallait pas le chercher, c'est tout.

-Vous vous sentiez donc en danger ! fulmine le directeur et je serre les poings.

-Ce n'est pas ce qu'il a dit, intervient aussitôt mon père.

-On ne vous a pas encore autorisé à parler! s'énerve alors le Tenruybito qui voit en cette prise de parole un vrai manque de respect.

-Et quand le pourrais-je exactement ? Depuis tout à l'heure, je vous écoute parler mais je ne suis malheureusement pas venu ici uniquement pour vous entendre discuter de l'avenir de mon fils.

Je commence à gigoter sur ma chaise, pas très rassuré par la suite des évènements.

-Je vous prie de patienter encore un peu, demande poliment le directeur adjoint.

Mon père soupire fortement, leur faisant ainsi comprendre qu'il ne supportera pas ça très longtemps.

Je me désintéresse de ce brouhaha pour me concentrer sur Sabo et sa future prise de parole. Il capte mon regard et esquisse un sourire un peu crispé. Je vois bien que cette situation l'embête et je m'en veux de le mêler à ça. Il y a aussi cette part sombre qui a toujours vécu en moi et que j'aurais bien aimé qu'il continue à ignorer. Mais malheureusement, je me montre à lui sous mon apparence la plus hideuse et sombre. Elle fait partie de moi et c'était idiot de vouloir la lui cacher. Je suis comme ça et c'est un fait. J'ai toujours eu trop de colère en moi, ce qui faisait que petit, j'en venais vite aux mains avec les gosses qui me cherchaient des noises. Aujourd'hui, ça n'a pas changé. Peu importe les raisons, il faut toujours que ce cycle se répète, comme s'il me fallait une tonne de soucis pour être apaisé de toute cette violence.

-Je…, commence à dire Sabo avant de jeter un coup d'œil au directeur.

Visiblement, il s'attend à tout moment à être coupé par celui-ci. Et il a certainement raison. Cet imbécile serait capable de lui sortir un truc comme quoi il n'a pas le droit à la parole parce qu'il couche avec l'ennemi. Je fixe d'ailleurs aussi le Tenruybito avec un regard noir, le défiant presque de faire quoi que ce soit, mais celui-ci ne me voit pas, occupé à savourer son gâteau. Sérieusement, qu'est-ce qu'il fout là déjà ?

Mais c'est finalement le directeur adjoint qui va s'exprimer sur le sujet.

-Je ne sais pas si votre intervention est si utile que ça. Vous êtes un élève sérieux et vous devez savoir qu'il faut une certaine impartialité et un recule conséquent pour traiter cette affaire. Ce que vous n'avez pas vu la nature de votre relation avec l'élève incriminé. Lance-t-il. Mais je suis tout de même curieux de savoir ce que vous allez dire, finit-il par lâcher.

-Je ne vais pas revenir sur l'altercation pour une raison très simple, reprend Sabo. Je n'en sais pas assez sur l'évènement en lui-même et parce que je ne pense pas vraiment avoir mon mot à dire sur ce point-là précisément.

Il touche un peu à ses cheveux et je remarque qu'il a l'air plutôt hésitant.

-Je ne vais pas parler pour ne rien dire et je pense comme certains de nos professeurs qu'il faut attendre d'avoir la version des deux concernés avant de vouloir clouer Ace au pilori. Ce n'est pas un sanguinaire et encore moins un délinquant. Je pense que s'il a agi comme il l'a fait, c'est qu'il avait une raison. Son geste est plus que condamnable et je suis sûr qu'Ace aussi en est conscient. Je vous demanderai seulement d'être justes dans votre décision. C'est tout ce que j'avais à dire.

Certains professeurs acquiescent, plus ou moins d'accord. Pour ma part, c'est étrange mais j'ai un sentiment plutôt mitigé. Une part de moi aurait aimé qu'il prenne ma défense avec plus d'ardeur, qu'il se dresse contre tous pour me prouver à quel point il tient à moi et que son soutien est sans faille. Et puis, une autre part, plus raisonnable, est heureux qu'il n'en dise pas plus, qu'il me laisse m'en sortir seul parce qu'il croit en moi.

-Très bien. La réunion va bientôt toucher à sa fin, nous allons donc pouvoir écouter les deux personnes concernées par l'histoire avant de décider de la sanction de Monsieur Portgas D. Ace. Monsieur Rob Lucci, veuillez commencer, je vous prie, énonce notre professeur principal.

Je sens aussitôt toute la tendresse qu'avait évoquée les propos de Sabo s'envoler pour laisser place à la colère que je ressens envers cet hypocrite. Il lève un regard presque ennuyé vers moi et comme souvent, je suis incapable de deviner à quoi il peut bien penser. Que va-t-il dire ? Que peut-il dire ? Moi-même, j'ignore encore comment organiser ma défense. J'ai l'impression de ne pas pouvoir dire la vérité. Je doute d'être cru si j'affirme simplement que Rob Lucci est en fait une ordure. La seule chose dont je suis sûr, c'est que je vais assumer l'avoir frappé et qu'il ne s'est pas défendu.

Je claque ma langue contre mon palais, agacé, et je sens mon père bouger sur sa chaise. A l'évidence, je ne suis pas le seul à m'impatienter.

Mon camarade de classe reste silencieux pendant de longues secondes, faisant simplement monter mon niveau de stress.

A quoi est-ce qu'il joue, bon sang ?!

-Avant toute chose, j'aimerais présenter mes excuses à Ace.

J'ai l'impression de tomber de haut en l'entendant prononcer cette phrase. Le pire, c'est qu'il me regarde droit dans les yeux alors que je sais pertinemment qu'il ment ! Des excuses, mais pourquoi ? Pour ce qu'il m'a dit avant que je lui en foute une bonne? C'était clairement de la provocation. Il a éprouvé un plaisir jouissif à me parler de ce qu'il avait fait à X-Drake et je trouve ça si répugnant qu'y penser me donne envie de vomir. Et je ne parle même pas de la bombe qu'il a lâchée! Maintenant, je sais qu'il est au courant pour mes tocs et le savoir me fout autant la frousse que la haine ! Que va-t-il faire de cette information ?

Rob Lucci reprend la parole et je l'écoute attentivement, curieux de savoir où il compte en venir avec ses excuses.

-Si Ace a perdu son sang froid et a fait preuve d'autant de violence, c'est certainement en grande partie ma faute. Il m'a frappé parce que je lui ai fait une blague de mauvais goût. Il s'agissait de propos blessants et ça ne me ressemble pas de dire des choses pareilles. Pour cela, j'aimerais être sanctionné au même titre que mon camarade.

Des murmures d'indignation s'élèvent et j'en rirai presque de frustration. Alors c'est ça sa défense ?! A quoi joue-t-il? Il n'y a aucune sincérité dans ses propos ! Est-ce qu'il espère par ce retournement de situation me sauver la mise et ainsi que je me sente redevable envers lui ?

Comme si certains professeurs n'y croyaient pas non plus, ils lui demandent de préciser car ce sont de nouveaux éléments à ajouter au tableau. Mon père me regarde, les sourcils froncés. Il se demande certainement pourquoi je n'ai pas parlé de ça plutôt. Après tout, c'est ce qu'on pourrait appeler des circonstances atténuantes.

-Ace, est-ce que c'est vrai ? m'interroge-t-il finalement.

Je me contente de hausser les épaules en fuyant son regard. Je ne me suis pas préparé à ça et ne sais absolument pas quoi dire. Je fixe alors presque instantanément Sabo, comme à la recherche de soutien, et sens une boule de chaleur et de réconfort se former dans ma poitrine quand je vois son regard. C'est comme s'il avait toujours su que j'avais eu raison, que je n'avais pas agis ainsi dans un coup de folie, qu'il est simplement enfin serein maintenant que la vérité a été établie.

-Compte tenu de ces nouveaux éléments, je pense que nous devrions revoir en profondeur les raisons de la tenue de ce conseil de discipline, lance Marco.

-Et pourquoi ça ? demande ma prof d'anglais.

-Eh bien, nous tenons cette réunion dans le but de décider d'une sanction pour Ace et également pour parler de son avenir en tant qu'élève soit disant violent et dangereux, explique-t-il.

-Et c'est toujours le cas ! Vous pensez peut-être que parce qu'il a été provoqué, cela excuse son geste violent et son attitude plus que condamnable ?

-Bien sûr que non, soupire le blond.

-Nous sommes bien d'accord ! continue à s'énerver ma prof dont le visage devient étrangement rouge.

-Maintenant que nous avons entendu les explications de Rob Lucci, écoutons ceux du jeune Portgas avant d'enfin pouvoir clôturer cette réunion, s'agace le directeur adjoint qui élève la voix pour calmer ses enseignants.

Tous les regards se braquent alors vers moi et j'ai l'impression que c'est la première fois qu'ils me voient tous vraiment, qu'enfin ils m'accordent de l'attention. C'est de moi dont il a été question toute la matinée mais c'est fou comme ma parole n'avait pas l'air nécessaire et encore moins importante. Mais après avoir entendu tout ça, je ne suis pas plus énervé que ça. Je suis juste las et je ne veux qu'une chose, que ça se termine. C'est barbant. Quoi qu'il arrive, je serais sanctionné, que ce soit par le lycée ou mes parents.

-Je n'ai rien à ajouter. Rob Lucci a déjà tout dit.

Ma voix grave arrive à peine à cacher mon dégout. Qu'ils décident seuls du reste, moi j'en ai ma claque.

A vrai dire, tout ce que je veux à cet instant, c'est serré mon copain dans mes bras.

Ça et explosé à nouveau la tête de Rob Lucci. Parce que je suis loin d'avoir renoncé à pourrir ce fumier.

Mercredi 20 Décembre 2017

Ma séance du jour a été annulée, le Dr. César a appelé pour me prévenir qu'il avait un empêchement. J'ai simplement opiné du chef avant de raccrocher. A vrai dire, j'en ai été un peu soulagé. Avec ce qui m'arrive, je n'ai pas vraiment la tête à me pencher sur mon fonctionnement et à me repentir sur telle ou telle chose.

La sanction est finalement tombée hier : pour ce que j'ai fait, je suis finalement renvoyé jusqu'à la rentrée de janvier. Ça a été un gros soulagement, autant pour moi que pour mes parents. Cependant pour ma mère, il est hors de question que je me la coule douce pendant presque trois semaines. Il a donc été décidé qu'en plus de bosser avec acharnement mes cours, j'irai travailler quelques jours dans l'entreprise de mon père. Et bien sûr, je suis toujours privé de sortie et de portable.

Je n'ai pas dit non, heureux de m'en sortir à si bon compte. Sans oublier que je serai payé. Et puis heureusement, mes parents ne m'ont pas plus interrogé que ça sur les propos exacts qui ont menés à cette altercation. Ni eux ni qui que ce soit d'ailleurs. Désireux également de passer à autre chose, je n'ai pas évoqué le sujet et espère repartir sur de bonnes bases lors de la rentrée. Quant au problème Rob Lucci, je n'ai pas d'autre choix que de m'appuyer sur X-Drake. Il a réussi à le gérer pendant plus d'un an et revient d'ici quelques jours. J'ai sous-estimé le personnage mais à présent, il ne fait aucun doute que je vais avoir besoin de son aide pour affronter ce manipulateur. En tout cas, il est hors de question que je recule devant lui.

Le retour de X-Drake… On avait prévu de tous se réunir pour fêter le nouvel an mais je n'ai pas l'impression que le projet avance tant que ça. Et moi qui suis coincé là, coupé de tout le monde... J'ai pas envie de faire ça ici donc je ne compte pas demander à Roger de nous laisser la maison. De toute façon, avec ce qu'il s'est passé au lycée, ça m'étonnerait qu'il soit pour. Déjà s'il me laisse y aller, ce sera un miracle…

Sabo aussi est hors course pour accueillir la fête. Je ne pense pas qu'il ose déranger Shanks et il ne demandera certainement pas à son père de lui prêter sa demeure secondaire. Il ne peut et ne veut plus rien devoir à son père. Je ne sais pas ce qu'il en est des autres mais j'espère que l'un d'eux trouvera la solution à ce pépin.

Je soupire et me relève. J'ai peur de m'endormir sur mon lit à force de ne rien faire. Il est tout juste 11h et je m'ennuis horriblement. Je commence à bosser lundi alors en attendant, j'ai du temps libre. Enfin libre… je suis supposé bosser mes cours mais à l'heure actuelle, je n'en ai pas vraiment la volonté. Aujourd'hui, je dois discuter avec Roger de l'imminente venue de Law à la maison. C'est un truc qui tombe plutôt mal vu le contexte mais c'était prévu depuis plusieurs semaines déjà. Et au final, ça embarrasse plus mon père que moi. Si on me demandait mon avis, je dirais que je suis fou de joie.

Après, je peux comprendre le point de vue de mon père : je suis censé subir des sanctions suite à ce qu'il s'est passé au lycée et s'il me prive de visites, ce n'est certainement pas pour que j'ai mon meilleur ami à mes côtés pendant presque 2 mois. Mais il a donné son accord de principe à Law avant que celui-ci ne fasse sa demande de stage au CHU de Dawn. Se rétracter maintenant mettrait l'interne en médecine dans une situation plus que délicate. Il sous-loue déjà son appartement pour ces périodes là et n'a ni le temps ni les moyens de se trouver un studio à Dawn. Et même si j'y ai pensé un moment, l'appartement de Zoro est vraiment trop petit pour eux deux. Et tout ça, mon père le sait bien. C'est pour ça qu'il ne reviendra pas sur sa parole même si ça ne l'arrange pas vraiment !

Ça va vraiment me faire du bien d'avoir Law avec moi. Il a toujours été celui qui me comprenait le mieux et je dois avouer que nos discussions et nos moments de complicités me manquent. Je me tiendrai bien à partir de maintenant et je montrerai à mes parents que ce qu'il s'est passé avec Rob Lucci n'est qu'un incident isolé.

Je suis reconnaissant envers Roger de ne pas avoir annulé la proposition de logement de Law et je dois dire que Luffy m'a beaucoup aidé sur ce coup-là. Il adore Law – parce qu'il le trouve trop cool –et est presque plus heureux que moi encore de sa venue prochaine. Sauf qu'il oublie que mon ami vient là pour bosser et qu'il est souvent d'humeur massacrante dans ces cas-là !

J'esquisse un petit sourire et me dis que ça serait marrant d'assister à une scène entre Law et Luffy. Je sors ensuite de ma chambre et marche d'un pas nonchalant dans les couloirs vides de la maison. En descendant les escaliers, j'entends du bruit qui a l'air de provenir du séjour et je fronce les sourcils, surpris. Moi qui pensais être seul... Je continue de descendre et arrive bientôt à proximité de la pièce en question. J'entends donc plus distinctement ce qui se dit. Je reconnais alors la voix d'Hancock et chose plus étonnante, celle de Mihawk également. Je suis arrêté à quelques marches de l'entrée et j'hésite entre rebrousser chemin et continuer ma descente. La discussion a l'air un peu houleuse et j'ai la nette impression que je serais de trop si je les rejoignais. Mais si vraiment cette conversation était privée, ils ne seraient pas en train de s'engueuler dans le séjour, non ?

Alors que je m'interroge sur la conduite à adopter, les voix prennent encore plus d'ampleur si bien qu'en me concentrant, j'arrive parfaitement à comprendre ce qu'ils se disent.

-Comment as-tu pu nous faire ça ?!

-N'y vois pas un acharnement quelconque, soupire Mihawk.

-Ne pas y voir un acharnement ? s'offusque l'ancien mannequin. Comment ne pas en voir un alors que tu sais très bien que cette entreprise est supposée rester dans la famille !

-Ne sois pas hypocrite, s'il te plait.

Hancock émet un bruit assez bizarre que je suppose être un étranglement indigné face au propos de son frère. Malgré moi, j'esquisse un sourire amusé, tout de même assez heureux de voir quelqu'un remettre cette femme à sa place.

-Vous m'avez renié et tu voudrais que je continue à agir pour le bien de la famille ?

-Ne joue pas à l'innocent alors que ton corps est souillé par le péché! crache-t-elle.

-Je connais ton opinion sur le sujet et je n'ai pas envie de me fatiguer à essayer de te faire ravaler ton homophobie.

La réponse froide du brun ne semble pas arrêter la femme de mon père.

-Tu appelles ça de l'homophobie ? C'est juste de la jugeote ! Comment, toi, mon frère, tu oses te vautrer ainsi auprès d'autres hommes ?! Je ne te demande pas de te ressaisir parce qu'il est plus que trop tard mais au moins d'être stable !

- On n'est pas là pour parler de ça mais des parts d'entreprise que je possédais encore et que j'ai vendues, non ?

Silence de la part de Hancock et je me gratte la tête, gêné. J'en ai sans doute assez entendu : il s'agit de problèmes de famille et je n'ai pas à m'en mêler. Néanmoins, je constate que mon père n'a toujours pas réussi à mettre un peu de plomb dans la cervelle de sa femme et Dieu que c'est énervant ! J'entends bien qu'effectivement, elle n'y comprend rien et a des idées bien trop archaïques sur la chose mais quand même. Sa haine envers les hommes est démesurée… Peut-être que comme pour son attitude envers Luffy, ça vient d'un traumatisme? Je n'en sais rien du tout et franchement, si c'est pour découvrir un truc aussi gros que la perte d'un enfant, je préfèrerais ne pas savoir. Je m'étais senti si mal cette fois-là : la révélation était si énorme que je n'avais même pas su quoi en faire.

Après une grimace bien éloquente, je décide de descendre et d'aller discrètement dans la cuisine. Je ferai alors du bruit pour leur signaler ma présence et quelques minutes après, j'irai au salon. Voilà, je vais faire comme ça, et je verrais bien si au final ma venue annonce la fin de leur entrevue ou pas.

J'arrive pas à croire que je suis obligé de monter un plan pour aller regarder la télé! J'aurais peut-être mieux fait de réviser tranquillement dans ma chambre. Je me serais ennuyé comme un rat mort mais étant donné que je suis en sursis, je suppose que ce n'est pas mal non plus.

Je souffle un grand coup histoire de me donner du courage et exécute mon plan. Atteindre la cuisine a été chose aisée. Au séjour pourtant, la dispute continue : ils sont finalement revenus sur le sujet des ventes des parts que possédait Mihawk.

-Et bien sûr, je suis sûre que c'est ce satané Shanks qui est derrière tout ça !

Silence de la part du brun et je me mords la lèvre inférieure, la main sur la poignée du meuble que je dois normalement claquer. J'hésite encore. Je suis curieux de savoir ce que va dire Mihawk.

-Je n'arrive pas à croire que cet imbécile t'ait aidé!

Étrangement, la voix d'Hancock a perdu tout son venin et a juste l'air triste et dépité.

-Et pourquoi ça ? s'étonne le kendoka. C'est une requête que je lui avais transmise il y a quelques mois, il a juste effectué son travail.

-Pour être professionnel, il l'est ! raille-t-elle. Le problème, c'est plutôt toi! Tu sais ce qui lui est arrivé et pourtant, tu n'es pas parti le voir une seule fois ni même pris de ses nouvelles ! Quel piètre ami, tu fais! Ce n'est pas juste ton penchant pour les hommes le problème, Mihawk, c'est toute ta façon d'être! Nos parents t'ont rejeté et tu n'as même pas essayé de garder contact avec tes sœurs! Tu es juste parti! Tu fais toujours ce que tu veux sans penser aux conséquences!

-C'est vrai que tu es bien placée pour me faire la leçon.

-Eh bien, oui ! s'énerve Hancock.

-J'ai choisi de partir pour être libre et parce que je ne me reconnaissais pas dans le mode de penser de la famille. Mais c'est quelque chose qu'une personne comme toi ne peut pas comprendre.

Il fait une pause et reprend.

-Toi qui as fait un mariage d'intérêt simplement pour satisfaire les parents.

-J'aime sincèrement Roger!

La voix de l'ancien mannequin claque et son ton dur me donne la chair de poule.

-Tu ne sais même pas ce que ça veut dire. La seule personne que tu aimes plus que tout, c'est toi-même, Hancock.

-C'est toi qui me donne des leçons sur l'amour ?! rigole-t-elle. Tu n'es jamais tombé amoureux et certainement que même à ce moment là, tu continueras à être un crétin égoïste!

Le temps passe. Les secondes défilent et deviennent des minutes. Une question se pose : qu'est-ce que je fais ?

Mes mains commencent à devenir moites et l'angoisse me gagne à un tel point que j'oublie même ce que je fais là. Je cherchais de l'eau ou alors je suis venu ici pour mieux entendre leur discussion ?

-Tu te trompes.

La voix de Mihawk est lasse, comme fatiguée.

N'y tenant plus et ayant enfin retrouvé la raison, je m'emploie à fermer les portes des placards de la cuisine avec un peu trop de vigueur. Coïncidence ou non, au même moment, la porte d'entrée s'ouvre et j'entends la voix de Roger. Je ne me souvenais pas qu'il était supposé rentrer ce midi.

Je me sens comme un crétin, seul dans cette cuisine.

-Hé, mais dis donc, c'est qu'il y a du monde ici ! Moi qui pensais me retrouver seul et en profiter pour manger ce petit moka au chocolat!

-Je te rappelle que tu es au régime Roger, soupire la femme de mon père.

-Je te rappelle que tu m'as mis au régime et qu'il n'y a pas plus athlétique que moi.

Je me racle la gorge et me dis que ça ne sert plus à rien de me cacher dans la cuisine. C'est avec un peu d'appréhension que je rejoins les autres. Quand j'arrive, mon père est en train d'échanger quelques mots avec son beau-frère alors que sa femme parait bouder dans son coin.

-Oh, Ace, je ne t'avais pas vu, me dit-il alors que j'arrive avec une pomme dans la main.

-Nous non plus, tiens, siffle Hancock et je fais semblant de ne pas l'avoir entendue.

-Je m'ennuyais dans ma chambre, je viens juste de descendre.

-Hum, je comprends. J'étais venu te chercher justement, m'informe-t-il.

-Ah ouais ?

-Oui, je vais te faire visiter les locaux de l'entreprise comme ça, tu seras plus à l'aise pour ton premier jour chez Gol D. corp lundi. Après, on pourra aller se manger un morceau, ce n'est pas les bons restaurants qui manquent dans cette rue là.

-OK.

Roger hausse les sourcils, surpris par ma docilité.

-Je vais vous laisser, annonce Mihawk.

-Déjà ? Luffy sera déçu de t'avoir manqué.

-Je passerai le voir pendant les vacances.

-Si tu n'oublies pas d'ici là, lance Hancock, et je vois bien que je ne suis pas le seul à être mal à l'aise suite à sa petite pique.

Roger me jette discrètement un coup d'œil, l'air de me demander si c'est comme ça depuis longtemps. Un raclement de gorge assez significatif de ma part lui apporte la réponse.

xXx

-On dirait que j'ai bien fait de venir, souffle-t-il un peu plus tard alors que nous sommes en voiture.

Il quitte la route des yeux quelques secondes pour me regarder et me sourit. Mihawk a quitté les lieux un peu avant nous malgré les nombreuses protestations de Roger. Le rival de Zoro nous a expliqué qu'il n'était venu que sur la demande express de Hancock qui, fidèle à elle-même, avait su se montrer très convaincante. Une fois seuls, mon père m'a soufflé qu'Hancock avait certainement dû le menacer : autant dire que ça m'a fait froid dans le dos.

-Ouais, je sais pas s'ils n'auraient pas fini par s'étriper à un moment donné, j'avoue.

-Ces deux là n'ont jamais su discuter convenablement.

-Tu as fait exprès de débarquer à l'improviste ? je demande en fronçant les sourcils.

-Oui. Et quelque chose me dit que j'ai bien fait.

J'acquiesce, en accord avec lui.

-Hancock n'a pas apprécié que Mihawk revende les parts qui lui restaient de l'entreprise familiale ? me demande-t-il pour être sûr.

-Ouais, je crois. Enfin, j'ai pas tout compris, je mens.

Il ne manquerait plus que mon père me prenne pour un fouineur.

-J'ai été surpris quand j'ai appris la nouvelle. En plus, Shanks est supposé être en arrêt de travail. Même s'il a simplement joué un rôle de conseiller dans l'histoire, il n'aurait pas dû le faire.

Il hausse les épaules, fataliste.

-Cette histoire a l'air tellement compliquée ! Crois moi, je vais tout faire pour rester en dehors de ça, rit-il.

Je lève les yeux au ciel mais admets que je vais certainement adopter la même attitude.

On roule tranquille pendant encore presque dix minutes avant de ralentir et de rentrer dans un parking souterrain. Roger détache sa ceinture et je devine alors qu'on est arrivé. C'est étrange. Durant le trajet, ou même avant encore, quand mon père m'a annoncé ce qu'on allait faire, j'étais assez calme. Presque détaché par la nouvelle. Mais maintenant que j'y suis, je me sens étrangement nerveux. J'ai cette horrible impression de ne pas être à ma place alors que je ne suis pour l'instant qu'au parking. Ici, c'est l'empire de Roger, l'entreprise dont il a hérité de ses parents, son monde.

-On y va ? m'interroge Roger alors qu'il joue avec ses clés de voiture.

-Ouais.

Je le suis, toujours aussi silencieux.

-C'est assez impressionnant en apparence mais on a une équipe soudée et très dynamique.

On prend l'ascenseur et on monte jusqu'au premier étage où se trouve l'accueil. Dès que les portes de l'ascenseur s'ouvrent, j'écarquille les yeux d'émerveillement face au design et à la grandeur de la bâtisse. C'est haut de plafond et sur ce mur noir, quelques constellations sont représentées. C'est vachement beau et ce plafond splendide est bien la seule excentricité de l'endroit. Le reste est plutôt sobre mais assez chaleureux : les canapés ont l'air super confortables. Je me demande si j'aurais l'occasion de les tester…

-Viens, je vais te présenter Morian. Elle tient l'accueil depuis presque dix ans maintenant. Elle revient de 15 jours de congés, la pauvre a perdu sa mère et s'est un peu retrouvée seule pour gérer son enterrement. Elle reste, malgré ce qui lui est arrivée, très souriante et si jamais tu as un souci ou juste une question, tu pourras toujours aller la voir.

-OK.

Je suis un peu étonné que mon père connaisse si bien son employée mais vu qu'elle est là depuis pas mal d'années, c'est peut-être normal ? Je n'en démords pas, c'est vraiment étrange de voir mon père dans le rôle du big boss. Cependant, d'après ce que j'en vois, il a l'air d'un patron plutôt cool. Le connaissant, je l'imaginais mal en chef intransigeant reclus dans son bureau au 42ème étage et menant son équipe d'une main de maître de toute façon. D'ailleurs, il se fait gentiment chambrer par Morian parce qu'il a encore oublié de faire quelque chose.

Effectivement, comme mon père me l'a dit, l'hôtesse d'accueil est assez sympathique. Enfin, si je fais abstraction de ses « il est trop mignon! » et « c'est fou ce qu'il vous ressemble! » à répétition. Sans pouvoir m'en empêcher, je lui ai lancé un regard noir et elle m'a juste souris. Je déteste toujours autant qu'on me dise que je ressemble à mon père : je préfèrerai mille fois qu'on me dise que je suis le portrait craché de ma mère.

La visite continue et je découvre que tous les étages ne contiennent pas forcément des bureaux. Il y a notamment au troisième une garderie et une salle de jeux pour les parents qui souhaiteraient lors de leurs journées de travail y laisser leurs enfants. Nous rencontrons du monde, dont pas mal de jeunes. Roger m'explique alors que l'entreprise essaye de prendre de plus en plus de jeunes et en forme également un grand nombre. Il y a cinq ans, la direction a remarqué qu'ils n'avaient pratiquement pas de moins de quarante ans dans leurs équipes et ce alors que les autres branches en possédaient pas mal. L'entreprise a alors mis les bouchées doubles pour régler cette faiblesse d'attractivité chez les nouveaux diplômés.

Le tour du proprio s'achève sur une longue discussion avec Rayleigh, le second de mon père. Il est plutôt drôle et son humour laisse certaines fois un peu à désirer – il ressemble un peu à Shanks sur ce point-là –néanmoins, il inspire tout de suite confiance. Mon père et lui ont l'air assez proches et je devine qu'ils se côtoient depuis un moment déjà. J'apprends lors de cette discussion que c'est avec lui que je vais bosser.

-Est-ce que tu as des questions ? me demande Roger.

On vient juste de quitter l'entreprise et Roger s'installe à nouveau sur le siège conducteur. Il ne m'a pas encore dit où on allait manger et je pense que c'est parce qu'il l'ignore lui-même.

-Non, ça va, c'était plutôt clair et complet, dis-je.

-Tant mieux.

-Après, on n'a pas fait tous les étages.

-Et tant mieux ! répète-t-il en souriant. Ça aurait été trop barbant pour toi.

-Oh, en fait, j'ai une question.

Roger attache sa ceinture et me jette un rapide coup d'œil alors qu'il allume le moteur.

-Quoi donc ?

-Tu fais quoi comme boulot exactement ?

Il me regarde longuement et reste muet tout aussi longtemps. Je me demande alors si ma question le gêne ou si c'est simplement la surprise qui cause cette réaction chez lui.

Et puis, il sourit et commence à rouler pour sortir du parking.

-Mais tu sais bien, je travaille l'argent !

Il sourit encore et je reste pantois devant sa réponse. Il m'avait répondu la même chose il y a des années, quand une première fois déjà, je lui avais posé la question. Je n'arrive pas à croire qu'il s'en souvienne toujours.

Je secoue la tête et soupire pour lui signifier que ce n'est pas une vraie réponse. J'essaie au mieux de cacher mon sourire. Au fond, ça me fait plaisir de pouvoir de nouveau partager des moments comme ça avec lui.


Je ne sais pas quand arrivera la suite, mais pas avant au moins deux semaines, le temps de vous laisser digérer ce long chapitre. Le 20 ça me semble bien. On repartira avec Shanks !