Kakashi s'étire longuement et s'assied au bord du lit. La lune est haut dans le ciel. Avec un rapide coup d'œil à sa montre, il se rend à l'évidence. Plus question de roupiller...Il faut passer à l'action. Le jeune homme se décide à se lever.

Un petit miaulement attire son attention. Le petit chat s'approche à pas de velours d'Anko, qui dort comme une bienheureuse.

- Pssss ! Héé, le matou ! Pas touche !

L'autorité du shinobi sur le chat est toute relative. Il s'arrête une seconde, regarde Kakashi avec effronterie et entreprend de gravir le dos d'Anko, qui émerge après un ultime ronflement.

- Raaa...C'est toi, le chat ? Je me disais bien aussi que tu avais une façon très douce de me réveiller, Kakashi.

Ce dernier, qui n'a pas l'impression d'être spécialement brutal, hausse les épaules.

- On y va ?

- Quand tu veux ! J'ai la super forme ! s'exclame Anko d'une voix peu enjouée.

OOOOOOOOOO

La nuit offre à Tendo la paix qu'elle mérite. Levés aux aurores, marchands et clients ne font pas long feu après le coucher du soleil. A l'exception des éboueurs, Anko et Kakashi ne croisent pas un seul noctambule durant leur marche à travers les rues pavées de la bourgade.

- Elle t'a dit à quoi ressemblait la maison ?

- Elle m'a assuré qu'on ne pourrait pas la manquer. Elle est montée sur pilotis, en fait. C'était à cause d'un étang, si j'ai bien compris, mais il s'est évaporé. La maison est restée.

- Avec un peu de chance, ils seront quinze ou seize, comme à Senoha.

- ...Ou quarante, à cause de leur précédente défaite...dit Anko, plus pessimiste.

- Ce n'est pas celle-ci ? Là, au bout du chemin.

- Tu as raison.

L'étrange silhouette de la maison se dessine sur la nuit. Elle est en bordure du village, perchée sur ses pilotis, tel un animal qui n'oserait pas s'approcher des hommes.

Une seule fenêtre est éclairée.

- Je ne vois pas de sentinelles...Constate Anko.

Les deux jonin s'approchent sans être inquiétés, et se tapissent sous la maison.

- J'avoue que j'émets des réserves quant à la présence d'un gosse ici...ou alors, ils n'ont toujours pas compris à qui ils avaient affaire...Chuchote Kakashi.

- Bon. Qu'est-ce qu'on fait ? On leur fait « coucou » et on leur demande de nous rendre le gamin ?

- Essaye de rentrer par le chien assis, sur le toit. Tu es plus agile que moi.

- Tu fais quoi, de ton côté ?

Il doit y avoir une porte de derrière...

- Et bien allons-y, soupire Anko, se mettant en quête d'une gouttière.

Kakashi attend qu'elle ait disparu de son champ de vision, et se faufile entre les pilotis. Un rai de lumière attire son regard, à deux mètres de lui. Il filtre entre deux planches. Kakashi, en tâtonnant quelques secondes, se rend compte qu'il s'agit d'une petite trappe, qui servait probablement à jeter les déchets dans l'eau de la mare, du temps où la maison avait les pieds dans l'eau. Il y colle son oreille. Le bois est humide et mou, une légère odeur de moisissure lui chatouille les narines. Il perçoit les pas d'une personne, au dessus de lui, et ne détecte pas plus de deux auras.

Je me demande si on frappe à la bonne porte...

Kakashi évalue la résistance des gonds et du verrou de la trappe. Rien de bien méchant...

Il sort de son gilet quatre petits parchemins-katon explosifs, et les colle dans les interstices autour de la trappe. Il va la faire sauter sans gâcher trop de chakra...

Ca ne sera pas très discret, mais quand on n'est que deux, il vaut mieux être rapide...

Il récite l'incantation à voix basse, accroupi en dessous de la trappe, prêt à bondir dans la maison lorsqu'elle cèdera.

5...4...3...2...1...VLAM !

- Héééé !

Au lieu de tressauter vers le haut, comme elle aurait du le faire, la trappe tombe droit sur Kakashi, qui n'a pas le temps de l'éviter. Au vu du poids qu'il reçoit sur la tête, il comprend rapidement ce résultat inattendu.

L'un des occupants marchait sur la trappe au moment même où les explosions se sont déclanchées, et elle a cédé sous lui, l'entraînant hors de la maison.

L'homme réalise lui aussi très vite ce qui se passe. Il tente de plaquer Kakashi sur le sol, mais ce dernier se dégage rapidement, et fait un bond sur le côté. A moitié recourbés pour ne pas se cogner au plancher du bâtiment, les deux hommes s'observent. L'adversaire de Kakashi est assez jeune, il lui donne à peu près vingt deux ans. Il porte le même costume noir que les hommes qui les avaient attaqués chez Yôki Arama.

S'il est de la même bande qu'eux, mieux vaut se méfier de son taijutsu... Songe Kakashi en dégainant deux kunais.

- Qui êtes vous ? Demande le jeune homme.

Un craquement et un bruit de chute dans la maison leur fait lever les yeux machinalement.

Le jeune homme sourit.

- Visiblement, vous n'êtes pas seul...

Il sourit comme si ça allait être facile...

Agacé par cette tranquillité, Kakashi bondit sur lui.

OOOOOOOOOOOOOOOOO

Anko essuie son front du revers de la main.

- Pfiou ! Ca n'a pas été une partie de plaisir ! En plus, on crève de chaud, ici...

Kakashi vient de revenir dans ce qui sert de chambre aux deux habitants de la maison.

- Il n'y a rien ici, c'est vide.

Il jette un regard à leurs deux prisonniers, qui gisent à leurs pieds, soigneusement saucissonnés. Le plus âgé des deux a un bel œil au beurre noir, mais garde un air imperturbable. Quant au jeune, il saigne du nez, et ses yeux vont et viennent du visage d'Anko à celui de Kakashi avec une certaine nervosité. Quand un ninja n'est pas tué sur le coup, c'est toujours très mauvais signe.

Anko s'appuie contre le mur derrière elle.

- Bon. Vous allez répondre à nos questions, avant qu'on se mette en colère pour de vrai. Un gamin a été soigné ici par une guérisseuse de Tendo. Vous avez quelque chose à nous dire à ce propos ?

- On ne voit pas de quoi vous voulez parler, réplique le jeune abruptement.

Anko sourit.

- Allons, du calme... On ne vous tuera pas, si vous coopérez.

Le plus âgé esquisse un sourire, mais reste muet. Son compagnon lui jette un regard de biais et aborde la même grimace ironique.

- Ils ne parleront pas, s'ils sont des « Fils du cerisier » comme chez Yôki Arama...soupire la jeune Kunoichi après avoir répété en vain ses questions.

Kakashi passe son doigt sur le tranchant de la lame d'un de ses kunai.

- Ils ne parleront pas si on les interroge comme ça...

Anko réprime un frisson, comprenant ce que sous entend cette phrase, malgré le ton neutre sur lequel elle a été prononcée. Elle lève les yeux vers son compagnon.

- Kakashi...

Il la prend par le bras et l'entraîne dehors, pour ne pas se faire entendre de leurs prisonniers.

Les deux jonin se fixent quelques secondes sans rien dire. Ils n'ont jamais eu à faire ça.

- Nous n'avons pas le choix. Nous tournons en rond depuis trop longtemps...murmure Kakashi doucement.

Anko se mord la lèvre inférieure. La tournure que prend la nuit lui rappelle des souvenirs redoutables.

- Je...Je suis d'accord avec toi, balbutie-t-elle.

- Bien.

- On...on prend lequel ?

- Le plus jeune, répond Kakashi sans hésitation. Il tiendra beaucoup moins longtemps, il a déjà peur.

Anko retient sa respiration, avec le mince espoir de calmer ses palpitations.

- On y va, alors ?

- Je m'en occupe seul.

- Mais...

Kakashi pose un doigt sur ses lèvres pour lui intimer de se taire.

- J'ai été dans l'Anbu. Je sais comment on fait.

Pour une fois, Anko se tait, et suit Kakashi à l'intérieur.

Le jonin aux cheveux argentés va tout droit vers le jeune combattant, et le force à se lever en le tirant par le col de sa tunique.

Avant de le pousser dans la pièce attenante, Kakashi regarde Anko par-dessus son épaule.

- Surveille l'autre...Et n'entre sous aucun prétexte.

OOOOOOOOOOOOO

Trois heures sonnent à la pendule, sur l'étagère. Anko se laisse glisser sur le plancher, face au prisonnier resté seul avec elle.

La Kunoichi sent une sueur glaciale rouler dans sa nuque, se perdre entre ses omoplates. Ses paupières n'arrivent pas à se fermer. Elle fait machinalement pianoter ses doigts sur les lattes, bat la mesure d'une chanson dont elle ne se rappelle plus.

Encore un gémissement...

Elle se force à clore ses yeux. Si elle se bouche les oreilles, elle perdra toute crédibilité vis-à-vis de l'homme qui lui fait face.

Quand est-ce que ça va s'arrêter ?

Elle tente de s'occuper mentalement, comme elle le fait depuis ces deux longues heures, où chaque minute s'égraine péniblement.

Elle se concentre sur les traits de l'autre prisonnier. Il a le visage carré, la mâchoire volontaire... Des yeux petits et violets. De la transpiration agglutine les cheveux sur son front large. Il soutient le regard d'Anko avec bravoure, mais celle-ci discerne la souffrance au fond de ses prunelles. La souffrance et la rancœur.

Un nouveau cri perce le silence.

L'homme ferme les yeux avec un grognement de bête blessée.

Anko refait son chignon sans y penser.

Des images fugaces et terribles se bousculent dans sa mémoire.

Elle continue de battre le rythme, de plus en plus rapidement. Ses phalanges blanchissent sous l'effort.

- AAARGH !

- Oh, c'est pas vrai !

Anko n'a pu retenir ses mots. Elle bondit sur ses pieds, sous le regard anéanti du prisonnier.

Ses poings se serrent contre ses cuisses.

Elle ne peut pas supporter ces cris. Même si c'est indispensable... Si la vie d'enfants en dépend... C'est trop dur pour elle, après ce qu'elle a vécu...

Elle avance vers la porte.

Il faut que ça s'arrête.

Elle pose une main tremblante sur la poignée.

- ...

- Kakashi...

Il a ouvert la porte juste avant elle. Il la voit sans la regarder.

- C'est fini.

Derrière lui, le silence est retombé.

L'autre prisonnier baisse enfin la tête, serrant les dents de désespoir.

Kakashi avance vers la sortie.

- Il faut...Il faut que j'aille prendre l'air.

Il franchit le pas de la porte, chancelant. Anko s'élance à sa suite.

Kakashi s'assied sur le perron et laisse ses jambes se balancer dans le vide.

Anko vient se mettre à ses côtés, se blottit contre lui instinctivement. Au lieu de la repousser, le ninja copieur s'appuie contre elle. Aux soubresauts irréguliers de ses épaules, elle voit qu'il a le souffle court.

- Ca va ?

Il hoche la tête lentement, contemple ses paumes poisseuses de sang ouvertes vers le ciel.

- Tu allais rentrer...dit-il doucement.

- Il fallait que ça s'arrête...
Elle regarde le ciel, dans lequel les étoiles commencent à pâlir.

- Tu savais que je ne pourrais pas...c'est pour ça que tu y es allé seul, hein ?

Kakashi, sous le coup de l'émotion, ne s'emmure pas dans son mutisme habituel.

- Je ne voulais pas que tu en souffres.

- Regarde l'état dans lequel tu es. A deux, ça aurait été plus facile.

- Peut être...

Le jonin aux cheveux d'argent pose ses mains contre ses jambes.

- Je dois tout supporter. C'est mon choix de shinobi. Mon intérêt passe après, si je peux éviter aux autres de souffrir.

- Mais qu'est-ce que tu me chantes ?

- Tu sais que... C'est la première fois que je travaille en équipe, depuis...

- ... ?

- Depuis Obito...

Elle croise son regard, profond et impénétrable comme un lac d'eau noire.

- Il...Il y a eu l'Anbu, non ?

- Ce n'est pas la même chose, dans l'Anbu...

Il lève lui aussi la tête vers les astres.

- ...On ne voit pas la douleur, sous les masques.

Héhé quel plaisir j'ai pris à écrire ce chapitre…vous n'avez pas l'impression que tout est prêt à imploser ?

Ce passage est un peu la pour vous rappeler que nos shinobis sont bien sympas, mais que ce sont avant tout des assassins de première classe…

Kakashi est un rustre oui, mais il se soigne :) (oui, Satji, on peut faire une fixation sur ce perso :p)…quant à Anko, eh bien elle essaye aussi de dominer son coté psychopathe :)

Merci pour vos commentaires :) ca fait plaisir de voir des nouveaux et des moins nouveaux (hello Temari bien sur que je me rappelle de toi) lire et commenter mon histoire….

PS : comment fait on pour voir le nombre de lectures ?

Bybye

Etincelle