Toutes mes excuses pour le retard !
J'ai eu quelques contre temps pour poster...
Et merci infiniment pour les reviews !
nlov : je suis ravie que l'idée avec l'obscurus t'ait plu ! J'espère que ce chapitre te plaira autant ! La confrontation Voldemort/Quirrell et Aurore arrive très bientôt aussi ;)
adenoide : Cela pourrait être une bonne idée, mais bon à sa décharge il est un peu trop confus et occupé par pleins de problèmes qu'il a du mal à penser à être un bon professeur. Oui, c'est vrai que Drago peut être extrêmement pénible… Mais bon on ne le changera pas ! Quant à Neville… Le choixpeau a eu ses raisons de le mettre à Gryffondor, mais il est vrai que pour le moment il a un peu oublié d'être courageux. Et que dire pour Aurore si ce n'est que j'espère que tu y verras plus clair sous peu ?
Bonne lecture !
Quatorzième Chapitre : Sombre dénouement
Partie Une
Peur et aveux
Le lendemain, les souvenirs de la retenue de la veille s'emmêlaient dans l'esprit d'Aurore dans un surprenant tourbillon de peur et d'inquiétude. L'image de Rogue leur ordonnant de partir alors qu'il partait à la poursuite de l'ombre tournait dans sa tête, alors que la jeune fille sentait ses entrailles se crisper. Qu'était-il devenu ? La forêt ne paraissait pas agréable et calme, quelques heures plutôt... Et la chose n'avait-elle pas montré qu'elle pouvait les séparer du maître des potions, et ce contre la volonté de ce dernier ? Quand elle ne vit pas le professeur au petit déjeuner, son cœur se serra : que lui était-il arrivé ? Elle avait fort à parier qu'il était rentré, mais dans quel état ? Discrètement, elle se dirigea vers son bureau sans que Céleste et Drago ne la voit : ils auraient posé des questions, et elle ne voulait pas y répondre. Lorsqu'elle prit la précaution de toquer, et qu'aucune réponse ne lui parvient, Aurore prit une grande inspiration avant de pousser la poignée.
La première chose qui la frappa fut le silence inhabituel de l'office : d'ordinaire, les grincements d'une plume sur du parchemin côtoyaient le doux bruit d'une potion en ébullition, alors que les bruits de pas rapides traversaient le bureau de droite à gauche, généralement à la recherche d'un outil ou d'un ingrédient de potion égaré au loin de ses semblables. La seconde chose qui étonna Aurore, tout en lui fournissant la preuve de la présence d'un occupant, fut le doux feu ronflant dans la cheminée. Rogue n'allumait presque jamais le feu de bois, préférant la froideur et le manque de lumière habituels des cachots de Poudlard. Le sorcier avait d'ailleurs prit un grand plaisir à lui refuser la chaleur des flammes durant ses quelques cours particuliers, des années plus tôt. Habituée à détailler le repaire du Serpentard dans l'obscurité, la jeune fille cligna plusieurs fois des yeux pour s'habituer à la différence de luminosité. Certains détails lui apparaissant avaient, jusqu'à présent, feint l'inexistence : ainsi, un bocal avec des plumes s'exhibait sous ses yeux étonnés tandis que certains vieux tiroirs, dont les manches étaient ornés de feuille d'or, faisaient agréablement danser les ombres des flammes jusqu'à l'autre bout de la pièce.
Trop occupée à s'étonner de ce changement d'ambiance radical, Aurore n'avait pas entendu le faible et régulier bruit de respiration qui raisonnait doucement entre les murs. Lorsqu'elle tourna sa tête vers l'un des fauteuils, posé dans un coin, la jeune fille y aperçut une forme sombre assoupie. Le sorcier dormait d'un sommeil, apparemment lourd, habillé de son éternelle redingote bleu nuit et de son pantalon noir. Ses flancs se soulevaient doucement alors que Rogue semblait... paisible.
N'importe qui aurait trouvé la scène... normale, et se serait hâté de partir. N'importe qui, sauf Aurore. A côté du fauteuil, sur une petite table ronde faite de bois, trônait un flacon étrangement familier à la jeune fille : son verre, tiré vers le haut, frôlait la couleur orangée et sa base reposait en un hexagone parfait. La fiole ressemblait beaucoup trop à celle de l'infirmerie pour qu'Aurore parte tranquillement, le cœur serein. Pour la Serpentard, le récipient évoquait ceux dans lesquels le maître des potions et l'infirmière rangeaient les potions contre la douleur extrême. Quand Aurore s'aperçut que plus une goutte ne subsistait dans le flacon, son cœur rata un battement. Que c'était-il passé, cette nuit-là, alors qu'ils retournaient tous au château ? Les multiples hypothèses, douloureuses pour son esprit, chassaient toute autre pensée.
Après longue délibération, Aurore s'approcha sans bruit, et avec une lenteur toute calculée, de la table pour se saisir de la fiole : n'était-il pas tout à fait possible qu'il ait tout simplement recyclé le flacon pour y déposer une potion de sommeil sans rêve ? Miraculeusement, elle parvient à se saisir du récipient et à s'approcher du bureau pour l'examiner, et ce sans réveiller le propriétaire de l'office. Trop occupée à constater que, malheureusement, son premier diagnostic était le bon, Aurore ne remarqua pas que le doux souffle régulier ne retentissait plus dans l'air.
- Sunshine ?
Dans un sursaut de peur, le flacon quitta les mains de la Serpentard pour rouler doucement sur la surface de bois. Aurore n'osa pas se retourner immédiatement, consciente du regard posé sur elle. Pendant un court instant, la respiration de la jeune fille se fit saccadée avant qu'elle n'en reprenne le contrôle. Elle trouva le courage de se retourner juste à temps pour voir Rogue se lever avec lenteur, s'appuyant sur les bras du fauteuil, alors que son visage se déformait en grimace de douleur. La scène projeta des frissons dans le corps entier de l'élève : c'était la première fois qu'elle le voyait, physiquement, aussi faible. Avec une difficulté effrayante, il se traîna jusqu'au bureau où il prit appui, sous le regard inquiet de sa protégée. Sa respiration, saccadée de par l'effort effectué, ne lui permit que de murmurer les mots :
- Pourriez-vous... aller... me chercher... la même ... potion ?
Rapidement, Aurore s'exécuta et fouilla dans la réserve du professeur pour en ramener la même potion antidouleur. S'il y avait bien une chose qu'elle détestait, c'était le regarder ingurgiter deux potions d'une telle puissance avec de possibles effets secondaires en cas de surdose. Seulement, dans l'état où elle avait trouvé le professeur, la Serpentard préféra passer cette remarque sous silence. Le liquide avalée, Rogue ferma les yeux quelques minutes durant, dans ce qui semblait être une tentative de sentir le fluide se répandre dans ses veines. Prenant une grande inspiration, il se traîna jusqu'à sa chaise et s'y assit avec une autre grimace de douleur.
- Que vouliez-vous, Sunshine ? Demanda-t-il plus intelligiblement.
- Je... Vous n'étiez pas dans la Grande Salle... Et j'étais inquiète... Je... Je ne pouvais pas arrêter de penser à ce qui c'était passé hier soir et... Je me demandais si vous alliez bien ?
- C'est très gentil à vous, mais je n'ai pas encore l'intention de me laisser avoir par une ombre dans une forêt...
Il y eut un silence alors que le professeur s'armait d'une plume et d'un parchemin traînant sur son bureau. Aurore avait détourné le regard et fixait résolument le sol, ignorant quel devait être son prochain mouvement : Partir ? Lui demander s'il avait besoin d'autre chose ? Aucune de ces deux solutions ne la soulagerait de son inquiétude grandissante. Alors, rassemblant son courage à deux mains, elle releva la tête.
- Que s'est-il passé ?
Le griffonnement de la plume cessa subitement, alors que les iris noirs quittaient la surface jaunie du parchemin pour la paire d'yeux verts devant lui. Ses lèvres se déformèrent en un désagréable rictus qui contredisait fortement l'étincelle inquiète dans ses yeux onyx. Tout comme elle le faisait souvent, il prit le temps de la détailler avant de prendre sa décision.
- Il me semble que vous le savez déjà : j'ai poursuivi votre attaquant qui m'avait savamment trompé plusieurs heures durant grâce à un sortilège d'illusion.
- Que vous est-il arrivé pour que vous en soyez réduit à prendre ces potions ? Ce sont les plus fortes dont vous m'ayez jamais parlé. Avez-vous seulement vu à quel état vous êtes réduit ? Je ne vous ai jamais vu vous traîner ainsi dans une pièce...
Aurore s'interrompit pour déglutir douloureusement, et attendit une réponse qui ne vint pas. Rogue se contentait de la regarder avec une souffrance apparente. Un silence inconfortable s'installa entre eux. Puis, lassé, le professeur fut sur le point de reprendre son travail quand elle continua.
- Vous êtes plus mal en point que ce que vous prétendez ! Laissez-moi vous faire part de mon hypothèse : vous êtes rentré avec de nombreuses blessures et une douleur insupportable alors, avec un supplice que je n'ose imaginer, vous avez pris la potion. Seulement vous saviez que vous étiez trop faible, alors vous êtes allé vous asseoir. Comme vous l'aviez prévu, la potion était tellement forte que vous vous êtes endormi. Et pourtant, quand je vous ai vu vous lever, j'ai remarqué que vous teniez à grande peine debout... or vous savez aussi bien que moi qu'une telle dose ne devrait pas laisser la moindre courbature... Alors je vous en supplie, professeur : dites-moi ce qu'il vous est arrivé.
Les lèvres de Rogue s'entrouvrirent alors que les mots refusaient de quitter sa gorge. Il avait les petits tremblements au niveau des épaules, accompagnés des mouvements incontrôlés de ses mains, jouant avec la plume, qui caractérisaient les personnes stressées. Or le maître des potions n'était pas sorcier à se laisser aller au stress. Après ce qui sembla être une dure bataille contre lui-même, le professeur parvient à formuler sa phrase.
- Miss Sunshine... Ne savez-vous pas que la curiosité est une activité dangereuse ? Je vous demanderai de ne pas vous mêler de ce qui ne vous regarde pas. J'ai... tout simplement payé le prix de mon imprudence. S'il n'y a rien d'autre, je vous prierai de me laisser seul et de profiter de votre dimanche.
Par endroits, la voix avait tremblé alors que ses yeux avaient effectué quelques va-et-vient nerveux dans leur orbite. Il y avait quelque chose qui clochait. Qu'est-ce qui pourrait rendre Severus Rogue nerveux ? Une fois de plus, la lueur inquiète dans les yeux noirs retient son attention. Serait-il possible qu'il s'inquiète pour elle ? Serait-ce la raison qui l'empêchait de lui décrire les événements de la nuit ? Rassemblant tout son courage dans une grande inspiration, Aurore invoqua cette "obstination Gryffondorienne" qui, d'ordinaire, agaçait tant le maître des potions.
- Est-ce que... Est-ce que c'est à cause de "l'ombre" que vous ne voulez rien me dire ? Avez-vous peur que cela se retourne contre moi ? Qu'est-ce qui nous a attaqués ? Ou plutôt, dîtes-moi qui professeur...
Une fraction de seconde. Tout se joua dans la fraction de seconde où un éclair de peur passa dans les yeux du maître des potions. Cette fraction de seconde, qui prouva à Aurore qu'elle avait vu juste. Seulement, l'euphorie qui atteint la jeune fille ne dura que le temps de cette même fraction de seconde. Les traits du professeur se déformèrent en un masque de fureur alors que, dans un geste inconscient, Rogue brisait la plume entre ses mains. Prenant appui sur son bureau, il se leva à moitié, penché en avant de façon intimidante. Ses iris remplies de fureur lancèrent des éclairs.
- Écoutez-moi bien, Sunshine : Vous allez arrêter de me poser des questions et NE PLUS VOUS MÊLER DES AFFAIRES NE VOUS CONCERNANT PAS !
Les derniers mots, hurlés, résonnèrent plusieurs minutes durant entre les murs de l'office. Si le sorcier lui avait implicitement demandé de sortir, ce ne fut pas ce qui décida la jeune fille à quitter le bureau : ses yeux avaient immédiatement remarqué les tremblements secouant les bras du professeur, comme s'ils n'étaient pas en mesure de supporter la pression qu'on leur infligeait. La bouche d'Aurore s'ouvrit pour marmonner une excuse, une autre question, un au revoir... n'importe quoi qui aurait permis à cette conversation de finir autrement. Mais comme aucun son ne franchissait la barrière de ses lèvres, Aurore se contenta d'un dernier regard pathétique avant de quitter le bureau en détournant le regard.
Alors qu'elle fermait la porte, il y eut un bruit sourd, indiquant que Rogue s'était certainement laissé tomber sur sa chaise avec une grimace de douleur.
Aurore se sentait soulagée à la simple idée que ceci était le dernier cours de Défense contre les forces du Mal avant les examens. C'était la dernière fois qu'elle aurait à supporter le bégaiement insupportable de Quirrell... Comme à son habitude, la Serpentard prit place à côté de Céleste dans l'une des tables du deuxième rang. Quirrell sortit de son bureau et descendit maladroitement les escaliers, manquant de se heurter aux différents éléments de décorations étranges qu'il avait, lui-même, installés. Trébuchant sur un drap en boule près du bureau, le professeur parvient à se rattraper de justesse au dos de sa chaise. Marmonnant quelque chose au sujet de cet idiot d'esprit frappeur, il tira une baguette de couleur beige et fit disparaître l'objet responsable de son ridicule. Ce fut alors que Céleste, Drago et Aurore se figèrent d'horreur : cette baguette beige... D'où venait-elle ? La baguette habituelle du sorcier au turban était d'une couleur marron clair et le bois tournait légèrement sur lui-même, donnant une impression de torsade. La Serpentard ayant fait part à ses deux acolytes de ses soupçons au sujet de leur professeur, ainsi que de la scène où la baguette de "l'ombre" avait été brisée en deux; ils parvinrent tous à la même conclusion. Attrapant sa plume, Céleste fit mine de noter les paroles du professeur sur du parchemin, écrivant en réalité ces quelques questions à l'adresse d'Aurore :
Est-ce que Quirrell était dans la forêt où était-ce... Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom ? Est-ce que Quirrell travaille pour Voldemort ? Pourquoi la baguette de Quirrell a-t-elle été remplacée ? Se pourrait-il qu'elle ait été cassée dans la forêt ? Pourquoi Rogue surveille-t-il Quirrell ? A-t-il des soupçons ?
Discrètement, la main d'Aurore glissa jusqu'au minuscule fragment de parchemin que son amie avait déchiré, et le glissa sous ses yeux, près de son rouleau pour ne pas trop attirer les regards. Un coup de coude la tira de sa lecture quand Quirrell tourna le regard vers elles, mais malheureusement c'était légèrement trop tard. Dans un mouvement, apparemment involontaire, Céleste envoya toutes les affaires d'Aurore et Drago au sol. Celui-ci protesta avec véhémence et, alors qu'il ramassait ses affaires, récupéra avec la plus grande discrétion le morceau de parchemin avec les suspicions. Quand Aurore releva la tête, Quirrell était posté devant elle.
- M-Miss Sunshine ? Pr-Prêtez-vous att... attention à ce que je dis ? Cela p...pourrait-être très utile dans... v... v... votre cas, bégaya-t-il avec un air sérieux qui ne lui allait pas.
Intriguée, la Serpentard se retint de justesse d'hausser un sourcil interrogateur et opta pour un air faussement désolé et repentant. Alors que sa bouche s'ouvrait, une violente douleur jaillit de la cicatrice traversant son dos la poussant à tousser. D'un seul coup, Aurore se sentit extrêmement fatiguée, ses paupières se firent lourdes, sa volonté de résister à la douleur moindre et sa tête menaça d'exploser sous l'assaut d'une violente migraine. Seulement, la jeune fille ne voulait pas les laisser voir à quel point elle allait mal, aussi elle se força à relever la tête et à croiser le regard de Quirrell.
- Excusez-moi, Professeur, je ne me sentais pas très bien... Je vous promets de prêter attention... Murmura-t-elle.
Le ton calme masquait savamment toute la douleur la traversant, pourtant les trois Gryffondor et ses deux amis ne furent pas dupes : ils avaient tous remarqué les discrets changements de postures de leur amie, son dos se cambrant puis se ratatinant... Il leur semblait évident qu'elle mettait en place tous les moyens pour réduire la douleur. De plus, la quinte de toux était un symptôme irrévocable du mal dont elle était atteinte alors que, pour tous les autres élèves, Aurore avait simplement avalé de travers.
Fait étrange, les lèvres de Quirrell se déformèrent momentanément en un rictus vainqueur avant de reprendre leur position initiale. Le professeur retourna à son bureau.
- Excusez-moi, professeur ? Tenta Aurore, aussi calmement qu'elle le pouvait. Pourquoi avez-vous changé de baguette ?
Comme elle l'avait imaginé, la remarque ne fit pas plaisir au professeur de Défense contre les forces du Mal. Malheureusement, il sortit aisément du piège.
- Il.. Il se t...trouve que je po... possède plusieurs baguettes. Celle-ci est plus adaptée aux sortilèges informulés et à la Legilimansie... V-vous devriez e...essayer de changer de baguette plus souvent... Miss Sunshine. Ce...Cela pourrait améliorer certaines de vos prédispositions naturelles comme... je ne sais pas ... L'o...l'Occlumancie.
Avec un sourire poli, il attrapa ses feuilles de cours et commença son explication, faisant un grand effort pour limiter son bégaiement.
- Donc comme j...je vous le disais, pour ce dernier cours nous allons parler d'un phénomène très rare qui arrivait aux enfants au Moyen-Age, avant que nous ne trouvions refuge dans d...des endroits comme Poudlard. Les nés-moldus ou enfants sorciers grandissant avec des moldus étaient parfois maltraités par ces derniers à cause de leur pouvoir. Alors, dans leur esprit, la solution s'imposait d'elle-même : s...supprimer leur magie. Seulement, au lieu de le faire, ils développaient un parasite magique noir appelé O...Obscurus. Ces enfants appelés O...Obscurials possédaient tant de force magique en eux qu'ils étaient capables de raser des villes entières. Ils mourraient généralement avant l'âge de dix ou onze ans. Il n'y en a plus eu depuis 1926 à New-York.
En entendant cela, Hermione et Aurore se tournèrent l'une vers l'autre et se lancèrent un regard horrifié : mais pourquoi parlait-il de ça ?
- Professeur ? Interrogea un élève de Gryffondor. Mais, à imaginer que l'un d'entre nous soit un obscurial, aurait-il des chances de survie ?
- Il se trouve qu'aucun obscurial co...connu n'a sur...survécu. Mais j'ai trouvé, au f...fil de mes années de recherches une so...solution qui lui permettrait de survivre.
Hermione fronça les sourcils alors qu'Aurore haussait les épaules. Si cela l'amusait de faire des recherches sur des créatures parasitaires disparues, et bien qu'il le fasse. Il n'y avait aucun obscurial dans cette salle et il n'aurait certainement jamais l'occasion de tester sa "solution miracle", tant pis pour lui. Faisant semblant de prendre des notes sous l'œil étrangement critique de Quirrell, Aurore passa son cours à évaluer tous les indices qu'elle avait à disposition. Étrangement, Hermione passa son temps, non pas à prendre notes mais à lancer de nombreuses œillades à la Serpentard.
Le cours dura beaucoup trop longtemps aux yeux d'Aurore, qui était partagée entre douleur et énervement. Quand le cours fut terminé, la Serpentard sortit avec l'horrible impression que le regard bleu pâle de Quirrell l'accompagnait à chaque pas. Dès qu'elle eut franchi le seul de la classe, le mal dans son dos s'accentua avec une telle force que l'élève tomba au sol, respirant avec difficulté. Aurore sentait sa magie et son énergie partir douloureusement en même temps qu'elle se régénérait. Un cercle vicieux infini et infiniment douloureux. Céleste, qui était sortie moins d'une minute avant, avait entendu le bruit sourd de sa chute et, en quelques enjambées, fut aux côtés de son amie.
- Aurore ? Qu'est-ce qu'il se passe ?
- C'est... C'est Quirrell, souffla-t-elle avec difficulté.
Une minuscule plainte de douleur s'échappa à contre cœur de ses lèvres alors que la blonde relevait la tête vers la salle de classe.
- Il... Il n'est pas là Aurore. Il n'est plus dans la salle, remarqua-t-elle.
- Quoi ?
Une aura noire se dégagea autour de la jeune fille à ce moment et, curieusement, la douleur disparut. Céleste l'aida à se relever et demanda doucement " infirmerie ?", ce à quoi Aurore répondit d'un signe de négation, faisant voler ses cheveux noirs autour d'elle.
Alors que les deux amies allaient se diriger vers la Grande Salle pour déjeuner, une élève aux cheveux bruns bouclés leur bloqua le passage. Hermione semblait à la fois déterminée et inquiète.
- Tu as été le voir, n'est-ce pas ? Lança-t-elle à l'intention d'Aurore. Dis-moi que tu as été le voir.
- De quoi parles-tu Hermione ?
- De Quirrell ! Il... Il a dit qu'il avait une solution !
- Ecoute-moi, Hermione Granger : je ne suis pas atteinte de ce bidule truc. Deuxièmement, je ne vais pas aller me jeter dans la gueule du loup ! Je ne fais pas confiance à Quirrell.
- Tu fais bien confiance à Rogue, alors qu'il veut voler ... la ... la ... la chose !
- Rogue ne veut pas la voler ! Tu as entendu Hagrid ! Il veut la protéger ! Il ne perdrait pas son temps à faire une épreuve s'il la convoite ! Par contre, je suis prête à parier que Quirrell ...
- Il a peur de son ombre, Aurore ! Protesta fermement la Gryffondor.
- C'est ce qu'il vous fait croire ! Tu n'as pas vu son rictus quand il a vu que je souffrais ? Je suis presque sûre que c'est lui qui est à l'origine de mes problèmes. Mais tu veux peut-être un argument autre que ces spéculations ? Je ne suis pas allé le voir parce qu'il s'attendait trop à ce que je le fasse.
- Donc... Donc tu n'y es pas allée par Pur. Esprit. De. Contradiction ?! S'énerva la brune, haussant la voix à un tel point que celle-ci résonna entre les murs du château.
- Exactement, répliqua Aurore d'une voix calme. Qu'attendre d'une Serpentard ? Tiens, je suis presque sûre que si j'allais voir Rogue, il me donnerait des points pour ça. Maintenant, si tu veux bien m'excuser Hermione, je n'ai pas beaucoup de temps pour déjeuner, je dois donc y aller. A plus tard.
Sur ce, la Serpentard aux cheveux noirs passa royalement à côté de la Gryffondor et partit à grandes enjambées vers la Grande Salle. Elle avait légèrement menti à Hermione : elle avait largement le temps de déjeuner, avec une heure de temps libre en plus de son heure de déjeuner. Seulement... Elle avait d'autres plans. Éclipsant à la sortie du réfectoire, Aurore se dirigea, à vitesse de marche rapide, vers les toilettes de Mimi Geignarde. Elle allait finir par croire que ce basilic idiot était mort après avoir essayé de dévorer les coqs d'Hagrid. Ou du moins, ce fut ce qu'elle pensa jusqu'à ce que, en plein milieu des couloirs du deuxième étage, une voix sifflante résonne dans son esprit.
Maîtressssse ! J'ai trouvé ! Je ssssuisss de retour dans la chambre maîtressse.
Contre sa volonté, un sourire satisfait se plaqua sur ses lèvres alors que la jeune fille accélérait l'allure et ouvrait, d'un mot de Fourchelangue, l'accès à la Chambre des Secrets. Sachant cette fois à quoi s'attendre, Aurore ne se blessa pas à la sortie du toboggan et fit même un atterrissage remarquable. Avançant d'un pas déterminé, elle siffla à distance les serpents de pierre et la porte s'ouvrit dans un timing parfait, laissant Aurore la franchir sans ralentir. A l'intérieur, le Basilic semblait légèrement excité, et elle lui siffla de se calmer sur le champ.
- Qu'est-cccce qui t'a pris autant de temps ? Râla-t-elle. J'attends ta réponssse depuis des mois !
- Excusssez-moi, maîtressssse, mais le chien ne voulait pas me laisssser passser. J'ai pris longtemps à trouver une bouche d'égout pour passser sans le tuer.
- C'est ccccela qui t'a pris autant de temps ? Tempêta Aurore, foudroyant la créature du regard.
Bien que le Basilic fasse plusieurs mètres de haut et de long, il sembla blessé et effrayé et baissa sa tête reptilienne.
- En fait non, maîtresssse. Il y avait cette... Chose... En quatrième épreuve. Avec des cases noires et blanches et des sssculptures sur plusieurs cases. La porte derrière ne voulait pas me laissser passser... Alors... Je l'ai... un petit peu amochée...
- SSSERPENT IDIOT ! TU AS CASSSE LA PORTE DE L'UNE DES EPREUVES ?! Hurla Aurore, ajoutant quelques jurons pour elle-même faisant frémir le roi des Serpents.
- Euh... Un tout petit peu ? Mais je l'ai réparée aprèssss ! S'empressa-t-il de rajouter en secouant la tête.
Voilà qui allait faciliter la tâche à Quirrell s'il ne devait pas passer l'échiquier que venait de lui décrire le serpent. Elle rumina de rage pendant plusieurs minutes avant de soupirer de déplaisir. Elle ne faisait pas confiance au Basilic pour avoir réparé la porte "correctement". Un grognement s'échappa de sa gorge alors qu'elle se tournait à nouveau vers le roi des serpents.
- Quelles sssssont les épreuves ?
- La première : le chien. La deuxième : une plante... Un fffilet du diable. La troisième : des clefffs volantes. La quatrième : les cases. La ccccinquième : un troll...
- Tu l'as tué ou pétrifffié ? S'alarma Aurore.
-Non, de toute manière il dormait. La cinquième épreuve ne nécccesssssite pas de magie : ccc'est une énigme. Dès que l'on rentre des flammes bleues et noires apparaissssent. Il y a plein de potttttions sur la table au milieu.
- L'épreuve de Rogue... Murmura Aurore.
Il s'agissait bien du genre d'épreuve qu'elle c'était imaginé. De la logique... S'il y avait bien quelque chose que le maître des potions ne supportait pas, c'était bien le manque de réflexion. Nul doute que c'était le critère qu'il mettait en avant pour laisser à la pierre philosophale passer. Seulement, les doses de potions devaient être extrêmement petites... La seule option restante pour Aurore était donc de fabriquer les potions...
- Cccc'est tout ? La pierre est après la deuxième rangée de flammes ?
- Non, je n'ai pas vu la pierre. Ssseulement un miroir où l'on voit la pierre.
-Récapitulons... Touffu pour Hagrid. Le filet du diable pour Chourave. Les clefs pour Flitwick. Échecs, ccc'est McGonagall. Le troll Quirrell et les potions Rogue. Quant au miroir... Oui ççça doit être Dumbledore.
Distraitement, Aurore passa sa main sur les écailles brillantes entre les yeux de la bête. Elle observa distraitement les couleurs de la Chambre, froides près des flaques d'eau, chaudes aux côtés des rares torches éclairant le chemin.
- Tu sssais... Je crois que nous sssommes pareils... Nous ne sssavons pas à qui faire confffiance...
Sortant sa baguette, la Serpentard entama une longue incantation, qui projeta une aura bleuté autour du serpent géant. Le sortilège finit, Aurore rouvrit les yeux et un rictus satisfait déforma ses lèvres.
- Plus personne ne pourra te blessssser. Ainsi tu resteras toujours à mes côtés ...
Le souffle du Basilic projeta une petite fumée autour d'eux, alors que la main d'Aurore continuait de grattouiller distraitement les écailles.
Derrière le brouillard, Aurore sourit.
Elle avait enfin trouvé un plan pour atteindre la pierre... Et il était presque infaillible.
Le cerveau d'Aurore ne cessait de la taquiner sur une question plus qu'étonnante : Comment avait-elle réussi à passer presque tous ses examens sans que le Seigneur des Ténèbres n'ait fait irruption dans la salle, entre temps, pour tous les tuer ou les réduire à sa merci ?
Encore une fois, Aurore s'approcha de la porte du troisième étage, y collant l'oreille dans l'espoir d'entendre le chien géant. Quand le son, rauque et crissant, de son triple jappement déchira ses tympans, la Serpentard sut que Touffu était toujours de garde, et bien vivant.
La jeune fille s'éloigna en secouant la tête : si Quirrell n'avait pas encore réussi, son plan restait également à un point mort. Aurore avait essayé de parler avec Rogue, mais n'en avait soit pas eu le courage; soit le professeur l'avait regardé d'une telle façon, que la jeune fille avait marmonné un « Non... Ce n'est rien... Excusez-moi de vous avoir dérangé, professeur...», et était partie rapidement. Pourtant, s'il y avait bien une chose que Rogue ne pouvait plus lui reprocher, c'était bien la qualité de ses potions : Aurore prenait à nouveau à cœur la préparation des breuvages et philtres, et mettait un point d'honneur à retrouver le niveau du début d'année.
L'image du dernier filtre d'Amnésie lui revint en mémoire tandis qu'elle traversait les longs couloirs menant aux cachots, dont les couleurs ocre et grises s'illuminaient à la douce lueur dansante des torches. Au détour d'un des chemins, une horloge attrapa le regard vert aux reflets noirs : il lui restait cinq minutes. C'était plus que suffisant. La silhouette de ses robes de travail, tourbillonnant derrière elle, disparu rapidement derrière l'unique passage secret du couloir faisant la liaison entre les cachots et le reste du château. S'accroupissant sur le sol froid, dos au mur, Aurore sortit sa baguette et marmonna un faible «Lumos». La lumière fut suffisante pour qu'elle puisse lire le contenu d'un petit carnet de cuir noir, dont la couverture reposait en un serpent de cuir endormi. Le, certes faible, vent froid du passage fit accidentellement tourner la page que la jeune fille lisait, lui arrachant un grognement. Prenant soin à ne pas déchirer le fragile bout de papier, les doigts fins de la Serpentard remirent la page à sa place pour qu'elle puisse terminer sa lecture de la liste des tâches nécessaires à son plan. Toutes étaient rayées, sauf trois :
- Demander de l'aide à C et D.
- Legilimancer Quirrell.
- Convaincre Rogue de m'aider pour les potions.
La dernière ligne était soulignée de multiples traits d'encres, et entourée de plusieurs cercles bâclés. Sans celle-ci, Aurore ne passerait pas la dernière épreuve, et n'aurait pas accès à la pierre... Pour faire plus simple, le professeur de Défense Contre les Forces du Mal s'emparerait de l'objet tant convoité. En dessous de la fameuse tâche, une écriture penchée et fine, presque en italique, indiquait : «Ramener la copie-punition de Noël, l'ouvrir sur la page des potions contre les flammes.» Si, pour ce devoir que Rogue lui avait demandé durant les vacances de Noël, Aurore avait sût expliquer le processus de fabrication, et avec brio, elle craignait de les réaliser : ces potions étaient de celles dont un ingrédient mal haché, ou une étape bâclée, menaient à la catastrophe; au poison et à sa longue agonie.
Avec un soupir, Aurore réalisa que quatre minutes étaient déjà passées, et rangea le carnet dans son sac à bandoulière, avant de vérifier si sa copie était bien là. Quand la jeune fille eût vérifié que tout était à sa place, elle sortit rapidement du passage et courut à travers les mêmes couloirs ocre et gris, jusqu'à une salle de cours où elle s'arrêta la respiration haletante. Elle avait beau être arrivé discrètement, Céleste et Drago avaient remarqué son entrée rapide et la dévisagèrent avec curiosité et une, très légère, inquiétude. Rogue, qui venait de sortir de la classe et faisait signe aux élèves de rentrer, haussa un sourcil interrogateur et moqueur en voyant sa protégée aussi essoufflée. Alors que les élèves prenaient place aux tables grises, deux par deux, Aurore s'approcha de la table du fond, presque jamais utilisée, et s'y installa seule. Encore une fois, le regard perçant de Rogue s'attarda sur elle, visiblement étonné et se demandant si la Serpentard préparait un mauvais coup. Sans surprise, ce fut la potion d'Amnésie qui tomba au programme. Seulement, au contraire des autres examens trimestriels, Rogue ne tourbillonnait pas entre les élèves armé de son regard sévère... Et pourtant il semblait en mourir d'envie. Au contraire, il s'agitait autour de son propre chaudron, regardant avec sévérité, et une envie bien dissimulée, les élèves préparant ce qui déciderait de leur passage dans l'année supérieure.
La veille au soir, et durant une grande partie de la nuit, Aurore avait ingurgité différents parchemins, qu'elle avait elle-même écrits en utilisant comme base des papiers de la bibliothèque, sur les différentes façons de gérer au mieux sa potion en la terminant également le plus rapidement possible. La jeune potionniste avait finalement retenu une solution, qui consistait à tirer le plus rapidement possible l'essence des baies de gui et de la valériane grâce à de nombreux et brusques changements de température. Elle ne l'avait jamais fait avant, et espérait vraiment que tout se passerait sans accrocs... La réussite de son plan et de sa carrière scolaire en dépendait.
Une vingtaine de minutes passèrent, où Aurore se détacha des autres élèves en s'affairant deux fois derrière son chaudron. Le professeur et l'élève se détachaient du décor habituel de la classe, bougeant gracieusement et rapidement derrière leur œuvre. Quand la jeune fille aux cheveux noirs se laissa tomber sur sa chaise, ce fut avec un soupir de soulagement. Son esprit d'amoureuse des potions jubilait : elle l'avait fait ! Elle avait fini la potion d'Amnésie en une vingt minutes ! Seulement, le plus difficile restait à faire : convaincre Rogue de la laisser faire autre chose pendant les quarante minutes restantes. Encore une fois, ce fut le regard remplit d'envie que le professeur posa sur la classe qui attira la paire verte d'Aurore. Il brûlait visiblement de faire son numéro habituel... Apparemment, la potion sur laquelle il travaillait était importante. Ce fut alors qu'une idée des plus folles traversa l'esprit de la Serpentard. Levant la main, elle signala au maître des potions qu'elle avait fini sa préparation. Avec un soupir résigné, Rogue s'éloigna avec un regret apparent de sa préparation, bouillant dans les tons violets. Il jeta plusieurs coups d'yeux intrigués et experts à la potion de couleur orange et tirant sur le rose clair. Fronçant les sourcils, il déplaça son regard pour le planter dans celui d'Aurore.
Une seule goutte de ceci suffirait à vous faire oublier toute votre vie, sans oublier votre nom, prénom et âge. Remarquablement réussie... Un peu trop si vous voulez mon avis, transmit-il à l'aide de cet étrange lien tissé entre leurs deux esprits.
- Vous avez, une fois de plus, terminé trop tôt Miss Sunshine, énonça tranquillement et à voix haute le professeur, remplissez un flacon et posez-le sur mon bureau avec une étiquette à votre nom. Vous ensuite êtes libre de quitter la classe, ou de vous occuper calmement en attendant la fin de la cession.
Et il s'éloigna à nouveau vers son bureau quand, dans un élan de courage (et probablement de stupidité) Aurore ferma les yeux et transmit :
Professeur ? Y-a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous aider avec votre potion ?
Rogue s'arrêta brutalement dans l'allée que composait l'agencement des tables, et se retourna vers Aurore avec des sourcils froncés et une expression interrogatrice, alors que quelques curieux levaient le regard vers eux pour le replonger très rapidement dans leur potion quand celle-ci menaça d'exploser.
Comme ça vous pourriez...
Pour compléter sa phrase, la jeune fille laissa son regard dériver vers les autres élèves et notamment Neville qui s'agitait avec une légèrement panique autour de sa valériane. Si possible, les sourcils du maître des potions se froncèrent plus encore. Ses yeux noirs passèrent de la potion à la jeune fille dans ce qui sembla être l'expression d'un profond dilemme interne. Quand, avec un soupir, la main de Rogue lui fit signe d'approcher, Aurore sentit un sourire excité fendre ses lèvres alors qu'elle rejoignait rapidement le professeur derrière son bureau.
- Bien, murmura-t-il d'une voix si basse qu'Aurore se doutait être la seule à pouvoir l'entendre, ceci est une potion de vérité.
- Du Véritasérum ? Demanda-t-elle, incertaine.
- Non, corrigea-t-il en secouant légèrement la tête, le Véritasérum est la plus puissante et connue d'entre elles. Cette potion est la plus faible, mais aussi la plus rapide à préparer. Elle ne permet que de répondre à une ou deux questions. Son intérêt est d'être prête en une heure, au contraire du Véritasérum qui, comme vous le savez, nécessite un cycle de lune pour mûrir. J'ai besoin d'une fiole pour cet après-midi, alors je vous préviens : si vous ratez une seule étape et que je n'arrive pas à rattraper votre erreur, vous passerez le reste de la semaine à nettoyer le sol des cachots !
D'un geste souple et gracieux, il tira un parchemin d'un des tiroirs de son bureau avant de le placer aux côtés des ingrédients et du chaudron. D'un long doigt fin et pâle, il lui montra la onzième ligne d'une liste d'instructions qui devaient en contenir une trentaine.
- Je viens de finir cette étape. Oh, et faites attention : le philtre a tendance à se changer aisément en poison ou acide s'il n'est pas correctement surveillé. Bonne chance, ajouta-t-il sur un ton narquois alors qu'il s'éloignait vers les tables des élèves.
La première chose qu'Aurore entendit, avant même d'avoir le temps de lire les consignes, fut la moquerie de Rogue sur un Neville effrayé.
- Alors, Londubat... Vous n'avez toujours pas fait exploser ce chaudron ? Mais, dites-moi... Pourquoi ces gestes hésitants ? Et ça prétend avoir écouté en cours... Vous pensez franchement être capable de réussir l'examen ?
Ce qu'il restait de l'heure passa rapidement et dans le calme le plus complet. Assez fière d'elle, Aurore avait trouvé comment renforcer un peu le pouvoir de la potion, en ne rajoutant qu'une quinzaine de minutes à l'heure initiale. Quand la cloche sonna, tous les élèves (y compris Neville) avaient rendu leur fiole et Rogue alla les ranger dans une sorte de malle, sur laquelle il posa une étiquette « Première Année, Gryffondor-Serpentard», enfin, il se pencha par-dessus l'épaule de la jeune fille pour examiner la potion. Sa première réaction fut de regarder tour à tour l'élève puis la potion au repos. La seconde fut de crier.
- Merlin, Sunshine ! Je vous avais expressément indiqué que j'avais besoin de cette potion pour cet après-midi ! Cela vous amuse-t-il de ruiner mon travail ? Vous avez exactement trois secondes pour me dire ce que vous avez changé dans la recette, et que Serpentard vous aide si jamais c'est irréparable.
Dans un sursaut digne de Neville, Aurore attrapa le parchemin contenant les instructions et montra la vingt-et-unième ligne où elle avait rajouté une note à la main :
- C'est juste qu'il est demandé d'ajouter directement les cloches de muguets... Seulement, si on ne laisse pas la plume de Jobarbille infuser dans le mélange, on perd de l'efficacité au niveau de la puissance des vérités soutirées, alors j'ai pensé...
- Qu'en mettant le muguet en même temps que l'asphodèle, vous augmenteriez la puissance de la potion quitte à devoir rééquilibrer avec de l'herbe basique, termina Rogue alors que ses yeux ne quittaient plus la potion.
Quand la paire d'yeux noirs se tourna vers la verte, Aurore y lut une minuscule étincelle de fierté qui lui fit chaud au cœur.
- Brillant, lâcha-t-il, presque à contrecœur. Vous voyez quand vous voulez, Sunshine...
Quelques secondes durant, il laissa une expression dédaigneuse traverser son visage alors qu'il jetait un dernier coup d'œil au parchemin tout en le bannissant au fond d'un tiroir.
- Cela faisait quelques temps que je devais corriger ce chiffon... Celui qui a inventé cette potion est un idiot fini, seulement je dois avouer que son cerveau de pois-chiche a réussi à pondre quelque chose d'à peu près utile. C'est la première fois que je faisais cette potion car toutes celles d'un niveau «acceptable» mettent trop de temps à mûrir. Une chose est sûre : je suis ravi de voir que, dès la première fois, vous êtes capable de modifier une recette.
Il hésita un instant, plongeant à nouveau son regard dans celui-ci d'Aurore et lâcha finalement :
- Ne laissez plus rien baisser votre niveau en-dessous de ça. Je suppose qu'il nous reste une dizaine de minutes avant que la potion ne soit définitivement prête. Je suppose que vous désirez rester pour «voir le résultat de votre travail» ?
Rogue s'assit à son bureau et sortit quelques parchemins qu'il devait relire. Aurore, quant à elle, retourna s'installer au fond de la classe et sortit de son sac la copie avec le fameux commentaire qui faisait, à chaque fois, sourire la jeune fille : «Suis-je obligé de le compter dans votre moyenne ?». Pourtant, Aurore n'osa pas tenter sa chance avec le maître des potions, et se contenta finalement de relire ses propres notes au sujet des deux potions. Quand Rogue eut mis la potion en bouteille, il tourna la tête vers elle avant de la secouer légèrement en signe de légère incrédulité.
- Vous devriez aller déjeuner Sunshine. Je sais que vous avez décidé de vous ressaisir, mais les examens sont finis... Vous avez votre vendredi après-midi de libre, alors profitez-en... Quel élève sain d'esprit passerait son temps libre dans les cachots de Poudlard ?
- Quel professeur sain d'esprit y passerait sa journée ? Voilà peut-être le point... Sain d'esprit, ricana-t-elle amèrement, y-a-t-il quelqu'un qui le soit ?
Plus amusé qu'énervé par la réponse, le professeur prit l'une de ses fioles en levant les yeux au ciel.
- Professeur ? L'interpella-t-elle. Avant de partir, je voulais vous poser une question...
Le soupir énervé et lassé ne lui échappa pas. Quand les yeux noirs se tournèrent pour jauger l'élève, il n'y avait plus aucune étincelle de quoique ce soit : seuls deux tunnels noirs, infinis et vides.
- Devons-nous vraiment passer par là chaque jour ? Pourquoi ai-je été stupide au point de penser que cela serait différent aujourd'hui ? Dites-moi, Sunshine, avez-vous vraiment besoin que je vous jette un nouveau regard noir, ou pouvons-nous sortir calmement de cette salle ? Il me semblait vous avoir déjà dit que je ne voulais pas que vous vous mêliez de ce qui ne vous regardait pas.
Baissant la tête, Aurore se fit silencieuse. Sa main droite se serra un peu plus sur sa copie tandis qu'elle passait son sac sur son épaule droite. Rogue lui jeta un regard désapprobateur alors qu'ils quittaient la salle. Malgré cela, un petit murmure fugitif s'échappa de la gorge sèche de la Serpentard.
- Je voulais juste vous demander de l'aide pour préparer une ou deux potions...
Les yeux noirs s'écarquillèrent sous l'étonnement alors que Rogue fronçait les sourcils devant la position pittoresque qu'avait pris son élève : dos avachi, yeux fixés sur le sol, lèvres pincés et air défait. Pour parfaire ce tableau, la faible-lumière des flammes faisait varier les teintes lumineuses et sombres sur la jeune fille. Il dut avouer, quelque part au fond de lui-même, qu'il ne s'attendait pas à ça.
- Si vous avez réussi la potion de vérité, je ne vois pas trop quelle potion pourrait vous donner du fil à retordre, Sunshine, articula-t-il lentement.
Dans un mot, Aurore lui tendit le devoir et montra les paragraphes sur les potions contre les flammes. Devant le silence pesant, elle ne put se retenir d'ajouter :
- Je veux vraiment récupérer mon niveau d'avant... Et celle-ci sont vraiment intéressantes. Et... Enfin... J'ai peur de les réaliser seule et espérais que vous accepteriez de m'aider...
Au grand malheur d'Aurore, le silence continua de peser entre eux. Quand Rogue se tourna à nouveau vers elle, son visage était plus fermé qu'une huître.
- Effectivement, je n'avais pas fait entrer ces potions dans mon équation... Pendant de longues secondes, il sembla se battre contre lui-même avant d'ajouter : venez me voir après déjeuner, et n'oubliez pas vos affaires de potions.
- Je comprends que vous ne soyez pas d'accord mais... Attendez, se rattrapa Aurore, vous avez dit oui ?
- Ne me faîtes pas revenir sur ma décision, grogna-t-il. Je vous veux dans mon bureau à deux heures précises, suis-je suffisamment clair Miss Sunshine ?
- Oui, professeur ! Merci infiniment !
Son visage s'éclaira subitement, faisant lever les yeux au professeur alors qu'Aurore partait rapidement en direction de la Grande Salle.
En son for intérieur, la jeune fille n'en revenait pas que cela se soit dérouler si bien.
Maintenant, son plan était en marche... Pour de bon.
"Entrez."
Comme toujours, Aurore s'étonnait de la facilité avec laquelle la voix profonde de Rogue faisait écho parmi les murs des cachots. La jeune fille écarquilla les yeux quelques instants, pour s'habituer au changement de lumière. Elle avait beau passer plus de temps dans les cachots et la Chambre des Secrets, que dans le reste du château, passer deux heures dans la Grande Salle, pleine de lumière de par son immense baie vitrée derrière la table des professeurs, la rendait moins réceptive à l'obscurité des cachots. D'un geste de la tête, la forme sombre occupant le bureau lui désigna la table dans un coin, sur laquelle était posé un chaudron. Posant ses affaires non loin, la jeune fille attendit patiemment qu'il termine de lire son parchemin. Il attrapa deux rouleaux dans l'un de ses tiroirs et les ramena sur la table. Ouvrant le premier pour laisser paraître de multiples lignes d'instructions, Rogue annonça simplement :
" Nous allons commencer par les flammes violettes."
Le professeur lui sortit les ingrédients pendant qu'elle lisait, encore une fois, les instructions. Puis, il commença à lui indiquer où se trouvaient les petites astuces, lui indiquant les erreurs à ne pas faire. Alors qu'elle commençait à préparer les ingrédients, Rogue lui indiquait comment tirer profit de la neige éternelle dans la potion. Une étrange sensation de chaleur, sous forme de plaisir et joie liquide, traversa le corps d'Aurore alors qu'un petit sourire déformait ses lèvres : de doux souvenirs lui revenaient à l'esprit et, rapidement, elle se revit, plus jeune, préparant des potions à la même table et dans les même conditions. Alors qu'elle continuait de voguer à travers les doux nuages des mémoires heureuses, un écran de fumée noire s'installa devant ses yeux avec un ricanement mauvais, à la fois aigu et grave. Dans un sursaut de peur, Aurore lâcha la spatule, qui tomba dans le chaudron, avec un petit cri d'horreur. Tout était noir.
La jeune fille ne sentit même pas ses épaules trembler, ni son corps tout entier convulser.
Il n'y avait plus que ce brouillard se moquant, ricanant, et la déchirure nette qui traversait la vision même de l'écran de fumée. Tout lui était horriblement douloureux. Il n'y avait plus que tristesse, peur et vide. Écarquiller les yeux ne provoqua aucun changement, si ce n'est la densité grandissante de la forme sombre et négative ainsi que la fissure de plus en plus marquée de la scène.
Des lèvres tremblantes. Ce fut la première chose qui la rattacha de nouveau à la réalité : ses lèvres tremblaient de peur et d'horreur. Ses mains tremblèrent, et le retour à la réalité fut telle une longue chute dans le vide. Tenait-elle debout ? Les vertiges de sa tête au milieu du brouillard, se dissipant avec un regret apparent, l'empêchaient de se repérer. Alors que le brouillard partait, le bureau flou demeurait séparé en deux par la fissure du monde. Les éléments composant le décor n'avaient plus aucun sens pour son esprit. Pourquoi tout bougeait-il d'avant en arrière ? Sa prochaine prise de conscience fut les mains la tenant par les épaules et la secouant violemment pour lui faire reprendre ses esprits. Puis un bruit, un son non identifié. Un son qui s'aiguisa, se transforma en une longue vague d'ondes. Les ondes, qui devinrent finalement un mot. Puis un deuxième. Enfin un troisième.
- Sunshine ! Par Merlin... Sunshine !
La voix et les mains semblaient venir du même endroit, une chose, une créature noire, un humain déguisé, un sorcier en robes noires. Un sorcier chez qui tout était noir, sauf la pâleur d'un visage cireux déformé par l'inquiétude. Quand son regard vide et voilé, aux couleurs jadis vertes et noires, croisa la paire d'yeux noires de Rogue, la déchirure se résorba lentement et les couleurs revinrent peu à peu avec la netteté du monde. Son tuteur arrêta de la secouer et observa d'un œil inquiet la première année reprendre peu à peu ses esprits. Les tremblements nerveux n'avaient pas cessé, ni diminué, mais Aurore semblait bien de retour.
- Que... Que s'est-il passé ? Bafouilla-t-elle.
- A vous de me le dire. Auriez-vous fait une crise d'angoisse, de panique, ou de je ne sais quoi ?
Il y eut quelques secondes de battement. Quelques secondes durant lesquelles la jeune fille hésita à tout révéler à l'adulte. Après tout, n'avait-elle pas confiance en lui ? Mais la question était bien celle-là : en qui pouvait-elle avoir confiance ? Rogue, parmi tant d'autres, pouvait-il garder un secret ? Puis la décision fut prise d'elle-même : comme pour la Chambre des Secrets, elle préférerait et emporterait sûrement ses problèmes dans sa tombe.
- Cela doit être quelque chose dans le genre, marmonna-t-elle avec difficulté.
Rogue ne l'avait toujours pas lâchée, sûrement de peur qu'elle ne tombe brutalement à la renverse. Il y avait un petit quelque chose de réprobateur dans son regard... Mais trop fatiguée par sa soudaine crise et problèmes mentaux, Aurore ne prit pas la peine d'en identifier la cause. Sa tête pivota lentement et avec une difficulté évidente vers le chaudron qu'elle avait laissé sur la paillasse. Une flamme de surprise alluma ses prunelles à nouveau colorées : à l'évidence, la Serpentard s'attendait à ce que le contenu ait explosé et pulvérisé la moitié du bureau.
- C'était la phase de repos, indiqua le professeur comme s'il avait lu dans ses pensées. Nous avions fini la première. Il n'y a plus qu'une étape.
- Je vais le faire, murmura-t-elle, comme pour elle-même en se dégageant doucement de la poigne de Rogue pour se diriger vers le chaudron.
Il en resta figé, interdit.
- Vous êtes folle, fut le murmure final de l'homme.
- Je sais, merci.
Le ton léger démentait formellement tout événement survenu dans les dernières minutes. Les yeux de l'élève parcouraient à nouveau la feuille alors que ses mains glissaient habilement entre le chaudron et les ingrédients, les mélangeant subtilement à l'aide des ustensiles. Aurore avait pris la décision de ne plus se laisser envahir par de quelconques souvenirs heureux, persuadée que cela avait été le déclencheur de la crise. Après un grognement réprobateur, Rogue la rejoignit à nouveau et l'aida à mettre le liquide dans une fiole, les gestes de la jeune fille étant encore trop hésitants et tremblants. Alors qu'ils réalisaient, après insistance d'Aurore, la potion contre les flammes noires, la Serpentard s'immobilisa provoquant un regard inquiet chez son tuteur.
- Sunshine ? Appela-t-il doucement.
- Que s'est-il passé, depuis le début de cette année ? Demanda-t-elle, articulant avec une difficulté surprenante. J'avoue avoir perdu le compte.
Les yeux du professeur se posèrent quelques instants sur la jeune fille à côté de lui, avant de se replonger dans les vives couleurs variées des ingrédients.
- Tout a commencé avec le directeur et sa demande d'examen magique, souffla-t-il doucement, choisissant ses mots avec soin. Je suppose que vous n'avez pas oublié ce qu'il s'est passé à ce moment. Madame Pomfresh n'ayant pas réussi à remettre votre magie correctement, vous êtes tombée malade... La seule solution que j'avais, alors, trouvée était la page dans le livre de magie noire. Cela a résolu le problème, en agissant comme de la colle pour souder votre magie à votre corps, jusqu'à ce que quelqu'un, dont nous ne connaissons pas l'identité, ne commence à profiter de l'auto-régénération comme réserve d'énergie infinie. Entre temps, vous avez cumulé les aventures avec le match de Quidditch, les sorties sous votre cape d'invisibilité, qui a d'ailleurs disparue de mon bureau... (Le ton et le coup d'œil désapprobateur lui firent comprendre que le professeur était persuadé qu'elle l'avait récupérée elle-même) Oh ! J'oubliais votre aventure à Halloween et votre balade dans la Tour d'Astronomie. C'est à peu près tout ce que je suis capable de vous résumer.
Rogue s'interrompit sous le coup d'une brève hésitation avant de susurrer :
- Mais j'ai l'impression que vous me cachez quelque chose... Qu'il y a des informations que vous refusez de partager avec moi... Comme de possibles données sur vos accès de colère, ce que vous faisiez dans la Cabane Hurlante avec le Professeur McGonagall, ou encore vos crises comme celle dont j'ai été témoin il y a moins d'une heure.
L'infime raidissement des épaules fut la preuve suffisante pour valider sa théorie : elle ne lui disait pas tout. Si seulement il connaissait l'étendue des informations lui étant caché... De dépit, le professeur lâcha un soupir.
- Vous avez tort.
L'affirmation fit sursauter Aurore qui releva rapidement la tête, l'interrogeant du regard.
- Vous avez tort de me cacher des informations. Cela pourrait épargner bien des tourments... Dans nos deux cas.
Le silence résolu de la jeune fille ne tint pas longtemps quand, quelques minutes plus tard, elle lâcha le chaudron pour se retourner vers le professeur d'un air accusateur.
- Je ne suis pas la seule : vous me cachez beaucoup de choses. (Le sourcil arqué de l'adulte la fit bouillir et elle ajouta :) Comment voulez-vous que je vous révèle tout, si vous me laissez dans l'ignorance ?
- Toute vérité n'est pas bonne à entendre. Cela vaut aussi pour les données sensibles.
- Vous tâcherez de vous en rappeler la prochaine fois que vous insinuez que je vous cache des choses, aboya-t-elle soudain en jetant rageusement le dernier ingrédient dans le chaudron.
Le silence qui suivit étonna grandement Aurore, qui s'attendait à un hurlement indigné du professeur; un sermon ou encore une courte mais cassante réprimande. Pourtant rien. La jeune fille refusa obstinément de s'excuser, se considérant dans son droit et ne souhaitant pas rompre le silence, action qui serait certainement interprétée comme une trace de faiblesse d'esprit. Encore une fois, les minutes s'écoulant l'intriguèrent, car Aurore n'était que trop bien consciente du regard fixé sur elle. Ce regard pesant, lourd, qui ne déviait pas de sa cible laissait presque une trace brûlante dans son dos. Cette brûlure, qui devint de plus en plus dérangeante et douloureuse au fil des secondes, s'écoulant lentement, au point que les bras d'Aurore se mirent à trembler au-dessus du chaudron. Pourtant, Rogue ne faisait rien d'autre que la regarder avec calme, la tristesse se mélangeant à une, incroyablement rare, touche de compassion et à de la perplexité.
- Vous vous entendiez bien avec le Professeur McGonagall... N'est-ce pas ? Lui auriez-vous dit, si... Si c'était toujours elle ? Demanda-t-il doucement, avec une douceur surprenante de la part de la Terreur des Cachots.
Une larme silencieuse descendit avec grâce sur la joue pâle de la jeune fille. La musique du chaudron bouillant berçait leurs oreilles alors que le corps d'Aurore était pris de lentes convulsions irrépressibles.
- Je... Je... Je pense... Oui... Je l'aurai fait, chuchota-t-elle alors qu'une seconde larme succédait à la première.
Avec le début d'un sanglot, la bouche de l'enfant se déforma en une grimace de douleur, qui reflétait tout ce qui cachait à l'intérieur. Rogue, quand à lui, n'avait pas bougé bien qu'il sente, au fond de lui, un léger pincement qu'il balaya rapidement : comment se faisait-il qu'il se soit tant attaché à elle ? L'image de Lily lui revint alors, mais il la chassa également pour se préoccuper de l'enfant aux cheveux noirs, qui revivait sûrement l'un des moments les plus douloureux de son enfance, de sa vie.
- Je vois... Est-ce que Minerva avait déjà joué avec vous à cache-cache ? Ou à des devinettes ?
Les yeux verts brouillés de larmes se levèrent immédiatement vers lui, remplis d'étonnement.
- Où... Où est le rapport ? Sanglota-t-elle.
Un rictus involontaire vint barrer les lèvres fines du Professeur alors qu'il choisissait ses mots avec soin.
- Parfois, il faut dépasser les apparences... Les choses ne sont pas toujours ce qu'elles semblent être, murmura-t-il. Je suis bien placé pour le savoir. Je ne nierai pas que le comportement de Minerva est étrange, variable et très souvent exécrable : je vous rassure, elle l'est également avec moi. Mais je suis persuadé qu'il y a quelque chose d'autre... Personne, et certainement pas Minerva McGonagall, ne se met à haïr sans raison. Nous n'avons tué personne à ce que je sache. Je suis certain que, si vous réfléchissez à ce qu'il s'est passé en ce début d'année, vous entreverrez peut-être la raison derrière tout cela...
Les sanglots se calmèrent avec lenteur, au fur et à mesure que la jeune fille reprenait un minimum de contrôle sur elle-même. Pendant un très bref instant, le maître des potions fut sûr qu'elle ne réagirait pas, qu'elle se murerait un peu plus autour de son silence... Mais ce ne fut pas le cas.
- Nous ne jouions jamais à cache-cache, ou ce genre de chose. La plus part du temps, je le passais en vadrouille dans le château. L'autre partie, je venais me cacher dans votre bureau, j'espionnais vos cours... Poudlard est un endroit merveilleux, mais c'est une école. Il n'y a rien à faire quand on est un enfant. Je... Je... Je regrette vraiment de ne pas avoir cherché à passer plus de temps avec elle... (une nouvelle larme descendit de son proche chef, alors qu'Aurore faisait tous les efforts du monde pour réprimer les sanglots faisant à nouveau surface. Cependant elle se força à continuer :) J'aimerai tellement que rien de tout cela ne se soit passé... J'aimerais tellement que tout recommence comme avant... Je voudrais vraiment ... que... que...
- Qu'est-ce que vous voudriez ? L'encouragea-t-il doucement.
- Je ... Je voudrais que rien de ceci ne soit jamais arrivé ! Je voudrais être normale ...
Une lueur inquiète passa dans les yeux de Rogue, mais il garda son ton posé tout en demandant :
- Normale ? C'est à dire ?
- Je ne sais pas... Sans puissance... Peut-être devenir une Poufsouffle sans pouvoir me conviendrait... J...J'en ai franchement assez. Ce...Cela ne me dérangerait pas si la magie n'existait pas... La magie a tué mes parents...
- C'est le Seigneur des Ténèbres qui les a tués, corrigea le professeur.
- La magie m'a effacé la mémoire...
- Dumbledore...
- J'ai failli mourir à cause de la magie, coupa-t-elle, à cause de ma magie, et cela, vous ne pouvez pas le contredire : personne ne l'a programmée pour qu'elle dysfonctionne... Le mieux dans toute cette affaire, c'est que ce que je suis a éloigné la seule personne que je pouvais considérer comme étant ma "famille".
Au fur et à mesure de la tirade, la voix s'était tarie jusqu'à ne devenir plus qu'un murmure finalement couvert par le bruit du chaudron. A ce moment, Aurore ne sut plus quoi faire : une partie d'elle brûlait de donner quelques coups de poings dans le décor, avant de faire exploser le reste; l'autre voulait éclater en sanglots. La jeune fille ne s'était jamais sentie aussi faible de sa vie : elle n'avait plus aucun contrôle sur ses émotions, qui volaient de plus en plus dans chaque coin de son esprit. Tout se mélangeait, tout se brouillait. A côté, elle entendit le professeur s'éclaircir la gorge.
- Je... suppose que c'était, en quelque sorte, votre mère ?
Aurore ne fut pas sans remarquer l'hésitation et la gêne présente dans le ton de sa voix. Après quelques tentatives, la gorge sèche de la jeune fille lui permit enfin de répondre.
- Je... suppose effectivement que c'était... qu'elle était ce qui pouvait se rapprocher le plus d'une mère. Mais ... Est-ce qu'une mère aurait abandonné son enfant comme ça, pour quelque chose d'aussi bête qu'une maison ?
- Parfois, souffla Rogue, un parent agit dans l'intérêt de l'enfant...
- Pas cette fois... Ce... Ce n'était pas justifié... Si ? Rendez-vous compte... en moins de vingt-quatre heures... De la gentillesse à la haine... De l'amour à la Guerre, ajouta un murmure au fond d'elle, près de son cœur.
A cet instant, l'un et l'autre se turent, se demandant lequel craquerait en premier et dévoilerait à l'autre une information cachée. Ce fut un silence horrible, pesant, augmentant la gêne des deux occupants sans pour autant que l'un ou l'autre ne cède à la tentation. Finalement, le professeur se racla la gorge avant de reprendre :
- Je suppose que vous n'arrivez pas à vous rapprocher de... Potter.
Le nom, au départ presque craché avec dédain, devint étrangement doux sur la dernière syllabe, mais Aurore n'était pas en état de comprendre.
- Je le connais à peine, c'est un Gryffondor, et un idiot. Qui serait parti en courant derrière les traces de licorne en pleine forêt interdite ? Qui entraînerait deux autres élèves dans la sombre et stupide théorie, disant que vous souhaitez voler la pierre ? Se retint-elle d'ajouter.
La Serpentard aurait juré, pendant un instant, avoir entendu une pensée du professeur qui prenait, à grande peine, un air compatissant et son envie de sourire face au portrait d'Harry paraissait clairement sur ses traits. Brave petite.
S'apercevant que la potion était prête, Aurore se hâta de la mettre en flacon, ayant soudainement envie de partir le loin possible de Rogue, ses excuses, son semblant de compassion...
Il ne peut pas comprendre. Lui souffla une voix. Personne ne saura jamais ce que tu ressens... Il ne tint pas à toi... Tu n'es qu'un fardeau...
Prenant sur elle pour ignorer les dires de la chose, la jeune fille inspira et rangea les flacons dans son sac. Le regard du maître des potions demeurait fixé sur elle, la suivant dans chacun de ses mouvements; pourtant, il ne semblait pas vouloir ajouter quoi que ce soit, alors qu'Aurore se sentait incapable de le saluer et de le remercier. Elle fit un pas déterminé en direction de la sortie, puis un autre qui le fut moins. Il y avait quelque chose qui partait un peu plus pour chaque centimètre qui l'éloignait du professeur. De la peur et de l'incertitude, qui apparaissaient pour chaque nouveau millimètre. Un froid polaire parcourant son corps, provoquant de nombreux frissons, pour chaque nouvelle tentative de quitter la pièce.
Ce fut à ce moment, qu'elle s'aperçut du détail vivant reclus au fond de son esprit, comme si quelqu'un l'y avait poussé. Aurore s'arrêta.
- Oui ? Lui parvient la voix douce de l'adulte, à travers le brouillard blanc et gris de son esprit.
A mesure qu'elle prenait conscience de l'ampleur du phénomène, tout devenait plus clair, plus limpide. Des souvenirs rejaillissaient sans douleur, avec la fluidité d'un cours d'eau, avec le débit d'une cascade. Un petit rayon de lumière dans un monde noir et froid.
- Vous savez... professeur... Je crois que j'ai trouvé... Vous avez toujours eu quelque chose de plus que le professeur McGonagall. Je ne comprends pas pourquoi je viens seulement de m'en apercevoir mais... Je me suis toujours sentie plus en sécurité avec vous... Je ne sais pas pourquoi, mais, c'est un fait.
Quand elle se retourna, elle vit un Rogue perplexe mais à l'expression légèrement adoucie. Visiblement il comprenait. Une douce chaleur irradia dans l'esprit d'Aurore et s'y répandit comme un baume guérissant toutes ses plaies et soulageant, momentanément, ses maux de têtes et ses pensées douloureuses. Un minuscule et inaudible soupir s'échappa de ses lèvres entrouvertes et ses paupières se fermèrent une fraction de seconde pour l'accompagner. Ce qui passa entre eux quand leurs regards se rencontrèrent fut plus éloquent que toutes les paroles échangées avant. Mais cela voulait aussi dire : "Merci". Cette fois, Aurore sentit qu'elle pourrait s'éloigner sans que la chose ne revienne immédiatement à la charge. Avant il y avait une dernière qu'elle voulait lui dire.
- C'était... très gentil ce que vous avez dit à Harry au début de l'année. Dommage qu'il n'ait pas compris...
Rogue sursauta tout en la dévisageant d'un regard profond, différent de celui vide et froid avec lequel il s'affichait en classe. Visiblement, il ne s'attendait pas à ce quelqu'un le perce à jour. Sa mâchoire se crispa ostensiblement.
- Depuis quand ...?
- J'avais un gros doute depuis le Miroir d'Erised, qui s'est concrétisé quand je suis allé vérifier dans un livre sur les plantes... Je n'aurai franchement jamais pensé que la Goutte de Mort Vivante avait une signification pareille à vos yeux...
Les pupilles de Rogue se rétrécirent dans un message de menace avant qu'il ne lâche à son tour un soupir.
- La Goutte en elle-même n'a aucune importance. La seule qui comptait était l'asphodèle... Je me serais passé du reste... Je suppose que vous savez pourquoi.
Les autres ingrédients, en particulier l'infusion d'armoise, symbolisaient la mort et le regret... Même si elle n'avait jamais compris pourquoi le regret ressortait à chaque fois. Rogue n'avait sûrement pas à se reprocher la mort de Lily Evans ? Si la jeune fille sentait qu'elle pouvait user de ce moment pour ramasser des informations, elle ne le fit pas.
- Je ne dirai rien, promit-elle, merci pour les potions... J'ai l'impression qu'elles me seront plus utiles que je ne l'aurai jamais imaginé.
En un geste brusque et inattendu, le professeur se propulsa vers sa réserve à ingrédients et ouvrit plusieurs tiroirs à la volée. Le vacarme en résultant alla parfaitement de pair avec le visage ahuri d'Aurore qui n'avait jamais vu le maître des potions envoyer valser des fioles sur le côté, ni être aussi pressé et peu méthodique. Il en sortit une pierre polie de forme ovale et aux bords plats, qu'il mit de force dans la main de la première année.
- Je veux que vous gardiez ce bézoard sur vous jusqu'à la fin de l'année, vous pourriez en avoir plus besoin que vous ne le pensez.
A ce moment, la seule chose qui induisit le professeur en erreur fut l'air étonné et perdu de la jeune fille qui hocha faiblement la tête.
- Bien professeur.
- Sachez également que nous ne vous aurions jamais envoyé dans la Forêt Interdite si nous avions pu faire autrement.
Si cette dernière information laissa Aurore perplexe, elle partit tout de même vers la porte avec le cœur plus léger qu'au début de l'après-midi. Alors que sa main se posait sur la poignée de la porte, Rogue l'interpella une dernière fois.
- Oh, et puisque nous y sommes, faites-moi plaisir et restez loin de Quirrell.
Avec un petit sourire entendu, elle ferma la porte sur l'image du maître des potions retournant à son bureau dans un bruissement de cape. Pour la première fois depuis le début de l'année, le vide laissé par McGonagall se remplissait de nouveau. Légèrement, lentement, mais il se remplissait tout de même. Il était temps.
Partie Deux
Vérité et Plans
La journée était ensoleillée, et cela se voyait jusque dans le dortoir de Serpentard, où de la lumière filtrait miraculeusement à travers les profondeurs du lac. Les mains d'Aurore glissèrent habilement les deux flacons, nouvellement fabriqués, dans le tiroir au verrou magique. Elle espérait sincèrement ne pas en avoir besoin mais, la fin d'année approchant à grands pas, la jeune fille se doutait que Quirrell passerai bientôt à la vitesse supérieure. L'après-midi était déjà bien avancé, et étrangement les quelques heures passées avec le professeur Rogue semblaient à la fois lointaines et proches. L'atmosphère calme et parfaite d'une après-midi ensoleillée, avec les examens terminés, faisait perdre la notion du temps. Vider son cœur devait également aider. Pourtant, ce temps précieux filait entre ses doigts. Il restait encore une chose à faire pour mettre toutes les chances de son côté. Cela devrait fonctionner mais... Allait-ce être suffisant ?
Être à Serpentard avait appris quelque chose à Aurore : foncer tête baissée dans les ennuis était bien quand il n'y avait pas de temps pour les plans. Or, elle connaissait l'issue globale du problème depuis une semaine. L'autre "défaut" que la jeune fille aurait certainement gardé si elle avait été répartie à Gryffondor, était d'être têtue au point de s'engager seule dans ce genre d'aventure. Dans ce cas précis, le choix des coéquipiers était bien maigre.
Avec un soupir, la Serpentard referma le tiroir magique et prit son courage à deux mains. En cela résidait l'inconvénient de Serpentard : dans certains cas, la situation exigeait un peu d'arrogance, de faux courage, mais rares étaient celles qui nécessitait de la véritable bravoure. Les lions savaient l'appeler à eux, pour les serpents c'était plus compliqué.
Qui a-t-il de si terrible à devoir leur annoncer qu'ils devront espionner pour moi ... ? Tenta-t-elle, en vain, de se convaincre.
Les recherches d'Aurore la menèrent jusqu'au parc, ensoleillé. Les deux blonds étaient assis sous un arbre près du lac, et la première année aux yeux bleus riait de bon cœur devant une blague du garçon. La Serpentard s'immobilisa derrière le tronc d'un chêne non loin, hésitant à les déranger. Secouant la tête, elle rebroussait chemin au moment où Drago se tourna en sa direction.
- Aurore ? Appela-t-il. Tout va bien ? Nous ne t'avons pas vu de l'après-midi.
Le "prince de Serpentard", comme ses suiveurs l'appelaient, s'était levé et lui jetait un regard inquiet. Tournant légèrement la tête en arrière pour les dévisager, Aurore réfléchit : voulait-elle vraiment prendre le risque de les mêler à une affaire plus importante et dangereuse que celle dans laquelle des élèves devraient être impliqués ? Souhaitait-elle prendre le risque qu'ils se blessent ? Ils avaient l'air si heureux comme ça...
- Ce n'est rien, murmura-t-elle finalement en repartant vers le château.
La jeune fille n'eut pas fait deux pas qu'une poigne ferme la retint par le bras. Drago.
- Je ne suis pas Legitruc...
- Legilimens, corrigea Céleste, qui s'était placée à leur hauteur.
- C'est ça, Legilimens, se reprit-il, mais en tout cas, je sais que tu mens et que tu ne vas pas bien. Qu'est-ce qu'il se passe ? C'est Quirrell ?
- Je... Bon d'accord, céda-t-elle. Si nous trouvons un endroit calme, je pourrais tout vous expliquer.
Ils restèrent silencieux plusieurs instants, cherchant des idées, jusqu'à ce que les regards des trois enfants ne se croisent. Le blond secoua la tête en signe de refus.
- Non. Non, certainement pas. Vous ne me traînerez pas dans les anciennes toilettes des filles. Surtout pas quand elles sont hantées par un fantôme geignard !
- C'est le seul endroit où personne ne viendra nous embêter à cette heure-ci, claqua Céleste. De plus, j'ai envie de savoir ce qu'Aurore a à nous dire.
Cette dernière soupira avant de se diriger vers le domaine de Mimi Geignarde, ainsi que l'entrée de la chambre des secrets. Elle hésita à les faire rentrer dans la chambre, mais chassa rapidement l'idée : c'était son havre de paix. Personne ne viendrait le détruire. Elle ne le mettrait pas en danger.
Après avoir chassé le fantôme, les trois s'installèrent et la chef du groupe commença par récapituler ce qui s'était passé depuis le début de l'année, depuis le troll à sa découverte de la pierre philosophale tout en omettant le Basilic. Ce fut assez facile jusqu'à ce qu'elle aborde le "problème Voldemort".
- Dans la forêt... C'était Vol... le Seigneur des Ténèbres. Et sûrement Quirrell... Quirrell veut la pierre philosophale pour la donner au Seigneur des Ténèbres. Il doit subsister sous forme précaire. Vous savez à quoi sert le sang de licorne ?
- Ce n'est pas pour survivre si on est très malade ? Demanda Drago.
- Je pense que Quirrell en prenait pour permettre à son maître de survivre jusqu'à ce qu'il vole la pierre.
Les deux blonds se regardèrent avant de poser, synchronisés, une question qui fit soupirer la jeune fille.
- Comment peux-tu être sûre que c'était Quirrell ?
- Vous ne vous êtes pas demandés pourquoi je lui ai fait remarquer qu'il avait changé de baguette ?
Sa voix était plus ennuyée qu'énervée.
- Tu... Tu penses que c'était sa baguette écrasée par le centaure ?
- Je croyais que vous aviez deviné...
- Eh bien... Commença Céleste.
- Au départ nous pensions que tu faisais surtout ça pour l'énerver, ou pour le menacer d'un quelconque truc...
Il y eut un silence.
- Oui, mais il faudrait qu'ils soient en contact directe pour que Quirrell puisse faire profiter des effets du sang de licorne au Seigneur des Tenèbres, fit remarquer Drago.
Ne s'attendant pas à la question, Aurore resta silencieuse pendant que tous ruminaient pour trouver une solution au problème. Les trois élèves se glacèrent en parvenant à la même conclusion.
- Le turban, murmurèrent-ils.
- Voldemort est caché dans le turban de Quirrell, répéta Aurore, faisant sursauter ses deux amis. C'est pour ça qu'il ne l'enlève jamais et qu'il sent mauvais l'ail : il doit sûrement masquer l'horrible odeur que doit dégager un être de poussière vivant à l'arrière de votre crâne... Il est plus près que nous ne l'avions jamais imaginé.
Brutalement, les yeux bleus de Céleste s'écarquillèrent d'inquiétude alors qu'elle tournait la tête vers l'autre blond :
- Tes parents... Ils n'étaient pas des... Suiveurs du Seigneur des Ténèbres ?
Ce fut au tour de Drago de pâlir :
- Si... Je... Je ne pourrais pas m'opposer à lui si nous le croisons. Sinon, je ne sais pas ce qu'il me fera... ou fera à mes parents.
Un autre soupir quitta la gorge serrée d'Aurore et elle marmonna :
- Voilà pourquoi je ne voulais rien vous dire... Je vais vous apporter des problèmes... Beaucoup plus gros que ceux de la tour d'astronomie. Oubliez ce que je vous ai dit et finissez tranquillement l'année. Je me débrouillerai seule.
- Hors de question ! Tempêta Céleste.
Surprise, la brune se retourna et les dévisagea de ses yeux verts et noirs.
- Vous... Vous voulez... m'aider ?
- Comment oses-tu seulement nous le demander ! Hurla Drago en se levant, et en venant se planter devant son amie.
Céleste, qui ne comprenait plus rien, le dévisagea avec étonnement.
- Écoutez, je suis désolée d'avoir émis un truc aussi idiot. Partez et oubliez.
- Tu n'as rien compris ! Et dire que je te croyais intelligente Aurore, cracha-t-il, provoquant une nouvelle vague d'incompréhension chez les deux filles. Qu'est-ce que je t'ai dit après notre première aventure à Poudlard ?
Des souvenirs de leur enfance, alors qu'ils avaient huit ans, sautèrent aux yeux d'Aurore sans qu'elle ne puisse comprendre où il voulait en venir.
- Je t'ai dit, que si jamais tu avais besoin de moi, je t'aiderais. Peu importe la situation... Alors, même si je risque de croiser le Seigneur des Ténèbres... Je le ferai. Un Malefoy tient toujours ses promesses.
Ce fut le coup de massue final qui acheva Aurore. Que venait-il de dire ?
- Tu es fou, marmonna-t-elle, toujours aussi incrédule.
- Inutile de me remercier, répondit-il dans un geste de la main. Tu es avec moi Cel' ?
- Et comment !
Aurore ne comprenait plus ce qu'il se passait : elle ne s'y était pas attendue. Maintenant, elle se retrouvait face à deux Serpentard surmotivés, la regardant avec insistance. Après une ultime hésitation, elle releva la tête pour planter son regard, désormais froid et déterminé, dans le leur.
- Drago, j'ai besoin de toi pour surveiller Potter et ses amis : ils ne doivent pas avoir d'informations de plus comparé à nous. Sinon, cela risque de finir en bain de sang... Tu connais les Gryffondor... De plus, ils cherchent le mauvais voleur. Ils sont aveugles.
Le blond hocha la tête et la Serpentard donna sa dernière consigne :
- Céleste... Puisque Rogue t'a donné un ou deux cours... J'ai besoin que tu Legilimens Quirrell.
Aurore passa le reste de la soirée avec le Basilic. La Chambre était vraiment devenue son havre de paix... Et comme pour tout bon havre de paix, la seule envie habitant sa gardienne était de le garder pour elle, loin de possible forces destructrices. Aussi, la Serpentard prenait la plus grande attention à ne pas disparaître trop longtemps, à ne pas éveiller les soupçons. Étrangement, c'était le seul lieu où elle se sentait en paix; malgré la proximité des nombreuses bouches d'égout et l'odeur qui s'en dégageait.
Une dizaine de minutes avant le couvre-feu, Aurore se glissa hors du passage, se demandant comment une fourche-langue pouvait avoir une migraine à cause des sifflements de serpent... Seulement, la bonne humeur qui l'habitait la quitta bien vite quand elle aperçut Céleste et Drago assis dans la salle avec un air préoccupé. Dès qu'ils la virent, ils se levèrent et elle sentit immédiatement qu'ils devaient se parler. Immédiatement. Seulement, il y avait encore d'autres élèves dans la salle. Sortant très discrètement sa baguette, elle lança un maléfice pour que les autres occupants de la salle ne puissent pas les entendre. La jeune fille vit plusieurs Serpentard relever la tête et froncer les sourcils tout en secouant la tête, avant de partir se coucher en croyant à une soudaine fatigue. La préfète, Gemma, tourna la tête vers Aurore et arqua un sourcil. La première année lui sourit et susurra :
- Tu dois être fatiguée...
Les yeux de la préfète s'écarquillèrent et elle se dirigea vers les dortoirs, ne comprenant plus ce qu'il se passait. Satisfaite, Aurore, fit signe à ses deux amis de s'asseoir sur le canapé en face et prit le temps de s'installer avant de verrouiller son regard dans celui des deux autres.
- Alors ?
Le ton ferme et sévère masquait habilement toute l'appréhension qu'elle tentait de confiner au fond de sa gorge. Il y avait un problème... La jeune fille l'avait deviné à l'atmosphère pesante lui ayant sauté à la gorge au premier pas. Drago lui sembla soudain beaucoup moins courageux que quelques heures auparavant, et Céleste hésitait à prendre la parole. D'agacement, les doigts d'Aurore commencèrent à jouer sur le bras du fauteuil.
- Tu nous avais demandé de surveiller Quirrell...
- Je t'avais demandé de surveiller Quirrell, murmura-t-elle dangereusement, que dois-je comprendre Drago ?
L'humeur de la jeune fille avait changé de façon brusque, et le sentiment d'étau se refermant autour de sa cage thoracique n'aidait pas. Inconsciemment, sa respiration se fit légèrement sifflante et ses yeux se transformèrent en éclairs. Drago tenta de se redresser et de soutenir le regard, désormais noir, mais le résultat fut assez piteux.
- Écoute Aurore, je suivais Potter et compagnie quand...
- Quand quoi, Drago ?
Le ton mielleux fit sursauter Drago : la peur l'envahissait lentement... Ce n'était plus la même partie d'Aurore en face de lui, mais une jeune fille sombre, en colère et extrêmement puissante. Alors que Céleste prenait le relais, il se demanda si ses parents ressentaient les mêmes craintes face au Seigneur des Ténèbres.
- Il n'y est pour rien Aurore. Harry et ses amis sont passés non loin du bureau de Dumbledore... Seulement Quirrell était par là et allait le remarquer d'une seconde à l'autre, me démasquant du même coup, alors je l'ai tiré derrière l'armure depuis laquelle j'observais la scène. Et c'est là... C'est là qu'il y a eu un problème.
- Quel genre de problème ?
Les deux blonds échangèrent un regard et le garçon lâcha un son tremblant, dont Aurore avait très bien compris la nature.
- Rogue.
- Il vous a vu ?
- Non, expliqua doucement Céleste, mais ils se sont croisés avec Quirrell... La discussion était assez bizarre... Je crois que c'est trop compliqué à expliquer... Je crois qu'il faudrait que tu le voies... Nous n'avons pas vraiment compris ce qu'il s'est passé, des informations pourraient manquer à l'appel.
La Serpentard lâcha un autre soupir. La jeune fille se força à reprendre le contrôle d'elle-même, et à faire basculer la couleur de ses yeux au vert. Il ne fallait pas qu'elle ait l'air menaçant... Surtout pas.
- Drago ?
Le riche Malefoy leva la tête avec une appréhension et peur qu'il peinait à dissimuler.
- Non. Ce n'est pas juste : on n'avait pas dit que vous n'utilisiez pas de Legilimancie sur moi ?
- C'est le seul moyen... Céleste doit naturellement savoir comment se défendre... Ce ne sera pas douloureux et tu ne t'apercevras pas de ma présence...
Encore dubitatif, le blond la dévisageait et la brune sentit qu'il n'était pas vraiment prêt à lui ouvrir le passage vers le souvenir; aussi elle prit une grande inspiration.
- Tu te rappelles de ce que tu m'avais dit, quand nous étions perdus dans la forêt interdite, quand nous avions neuf ans ? Je t'avais demandé de me faire confiance et tu m'avais répondu : I trust you, and always will. (Je te fais confiance, et le ferai toujours) Est-ce toujours le cas ?
La voix douce n'avait plus rien à voir avec les accents sévères et doucereux ayant raisonné quelques minutes plus tôt, et les yeux verts ne demandaient qu'à ce qu'on les croit.
- D'accord, finit-il par dire, la gorge sèche. D'accord. Seulement, fais en sorte que je puisse le sentir, ça me ferait bizarre de savoir que quelqu'un est dans mon esprit comme un voleur, en quelque sorte. Oh!, et rappelles-toi que je n'ai confiance qu'en Aurore Sunshine. Personne d'autre.
Aurore ne prit pas la peine d'essayer de comprendre et, une seconde plus tard, ses yeux vrillaient dans ceux de Drago, à la recherche du souvenir. En un clin d'œil, elle se retrouva à quelques pas du bureau directorial.
##
La lumière du jour déclinant colorait de multiples couleurs le sol de pierre, et apportait une touche de fantaisie dans le couloir gris. La première chose qu'Aurore chercha fut le point de vue depuis lequel elle observait la scène. Ses yeux scannèrent le décor, passant tour à tour sur la gargouille, les tableaux et les armures gardant le couloir, prêtes à surgir pour défendre les occupants de forces obscures. Pour l'instant la gargouille ne bougeait pas, et Quirrell n'était pas encore là. Prise d'une soudaine envie, la jeune fille tenta de tourner sur elle-même... Et à sa grande surprise y parvient. Le couloir semblait désert, et Aurore ne vit ni Céleste, ni Drago cachés derrière l'une des armures face au bureau. Pendant plusieurs minutes, elle regarda dans chaque recoin; derrière chaque pierre; à l'intérieure de chaque armure de métal, mais ne trouva personne. Alors qu'elle prenait la décision de s'expulser de l'esprit de Drago pour déverser sa colère, des bruits de pas raisonnèrent. Quirrell arrivait d'un air tranquille, avec un air serein qui ne lui allait pas, ou du moins qui divergeait énormément de l'image du sorcier bégayant qu'il arborait quotidiennement. Heureusement pour Aurore, il ne pouvait pas la voir. Il s'arrêta à deux pas d'elle, regardant fixement la gargouille, attendant visiblement quelqu'un. La jeune sorcière sursauta quand il releva légèrement le menton d'un air satisfait. Tout était si réel qu'elle s'attendait presque à ce qu'il lui adresse la parole. Pourtant sa concentration, dirigée vers la statue de pierre, ne lui permit pas de voir Céleste s'approcher, ni ce cacher derrière une armure.
Il y avait un problème avec toute cette scène : Drago n'était pas là, et ne pouvait donc pas savoir ce qu'il c'était passé. S'approchant d'une des armures, la jeune fille donna un violent coup de poing qui ne rencontra que des étincelles grises immatérielles. Tout ceci était imaginé. Tout ceci résultait très probablement d'informations données par Céleste. Au loin, un garçon brun accompagné d'un roux et d'une brune se fraya un passage dans le couloir, alors qu'ils étaient tous trois en plein conciliabule. Avec le trio de Gryffondor, le décor devint plus consistant; plus vrai, dans une certaine mesure. Aurore devina que Drago devait les suivre de près et avait une bonne vue de la scène. Quirrell pivota la tête vers eux et leur adressa un maigre sourire.
- Mon...Monsieur Potter... Qu'est-ce qui v...vous amène par ici ?
- Nous voulions voir le professeur Dumbledore... Commença Harry, puis il sembla se rappeler qu'il n'était pas sensé savoir où se trouvait le bureau car il ajouta : Mais je crois que nous nous sommes un peu perdus...
Quirrell leur adressa un second sourire compatissant et bienveillant en murmurant :
- Eh bien... Le Hasard f...fait bien les choses, v...vous êtes juste en face. Seu...Seulement j'attends moi-même pour v...voir le Directeur. Je c...crains que vous ne soyez obligé de passer v...votre chemin...
Hermione et Ron soupirèrent et regardèrent Harry, qui passait sa main dans ses cheveux en pétard avec ennui. Un tic, d'après Aurore.
- D'accord... Eh bien merci professeur... Je suppose que nous devons y aller dans ce cas. Hermione, Ron, vous venez ?
Ensemble, ils partirent vers l'aile des Gryffondor, traversant le couloir. Alors que Drago apparaissait au loin, le professeur suivait leur progression en secouant la tête d'un air incrédule. Profitant du fait que Quirrell lui fasse dos, le Serpentard avança plus rapidement et, avant qu'il ne puisse réaliser ce qui lui arrive, fut tiré derrière l'armure par Céleste.
Alors que le professeur de Défense Contre les Forces du Mal retournait à son surveillance attentive de la gargouille, Aurore entendit des bruits de pas résonner dans les escaliers du directeur. Elle avait reconnu la démarche et la cadence des pas, avant même que son esprit ne lui rappelle qui ses deux amis avaient aperçu. La statue de pierre s'écarta pour laisser apparaître le sorcier en robes noires, qui s'arrêta brutalement à la vue de son collègue au turban. Un rictus barra ses lèvres alors que Quirrell gardait cette expression simple et sûr-de-lui.
- Je vois que je n'aurai pas à chercher dans tout le château... Le directeur veut vous voir Quirrell.
- Tu n'as toujours pas réussi à me faire renvoyer, Severus ? Sourit le sorcier, faisant abstraction de la précédente réplique.
- Ce n'est qu'une question de temps, se renfrogna Rogue. Tu n'en as plus pour longtemps.
Le fait que son tuteur tutoie le potentiel voleur de la pierre philosophale rendit Aurore extrêmement perplexe.
- Dit le maître des potions après une année de passivité et d'échecs constants. Il n'y a plus qu'une semaine et je doute franchement que tu réussisses maintenant, sourit le professeur de défense. Tu crois que je ne suis pas au courant pour la ridicule potion de vérité que tu viens de livrer à Dumbledore ? Il paraît que toi, maître des potions reconnus et ayant inventé une ou deux fioles noires, tu as été obligé de faire les fonds de tiroirs pour trouver quelque chose d'inefficace à ramener dans l'heure. Encore mieux, tu le fais faire par "ta petite protégée"... Es-tu seulement encore capable de me préparer une camomille ?
Un long grognement s'échappa du maître des potions, et ses poings se serrèrent comme s'il regrettait de ne pouvoir sauter sur l'autre sorcier et de l'étrangler à main nues.
- Eh bien, je peux toujours te préparer ta tisane, mais il serait terriblement dommage que tu ne te réveilles pas, n'est-ce-pas ? Après tout, avec mes maigres connaissances je pourrais confondre le sachet avec une fiole de fève soporifique. Mortelle en cas d'overdose, bien-sûr.
Pendant quelques instants, ils se défièrent du regard et, à la grande surprise de la jeune fille, Rogue semblait légèrement en retrait.
- Il... s...serait dommage qu'il lui arrive qu...quelque chose, pas vrai ?
Le bégaiement et l'air malheureux n'était que de l'huile sur le feu, des moqueries supplémentaires. Comment les rôles avaient-ils pu être ainsi échangés ? Comment Quirrell était-il devenu celui qui menaçait ? Ses questions furent bousculées par une autre, à mesure qu'Aurore s'apercevait ne pas connaître la nature de l'instrument de chantage.
- Je ne te laisserai plus l'approcher de trop près, gronda Rogue, mais je dois reconnaître que tu as su profiter de la situation. J'ose seulement espérer que tu apprécies ta nouvelle puissance magique ?
- Et je ne puis que te remercier de me l'avoir servie sur un plateau d'argent, ricana-t-il, mais tu es trop faible pour faire ce qui arrangeait tout le monde.
- Il n'y a plus de guerre, Quirrell, souffla le maître des potions en quittant le passage alors vers les cachots en dépassant le professeur de défense.
- C'est vraiment ce que tu penses ?
La voix clairement déçue de Quirrell arrêta le sorcier en noir.
- S'il y en avait une, n'est-il pas évident que je me rangerai du bon côté ?
Encore une fois, Rogue voulut reprendre sa progression, sans un regard ou geste pour son collègue, qui s'était retourné pour mieux l'observer.
- C'est tout ce que tu vois ?
L'agacement du professeur atteint son paroxysme, et il se retourna pour mettre le point final à cette discussion :
- Effectivement, la seule chose que je vois est un idiot qui essaye de tromper Dumbledore, voler la pierre, et tout cela dans l'unique but de devenir riche et immortel. Ce sont les seules choses que j'ai besoin de voir. Un dernier avertissement, Quirrell : ne t'approches plus d'elle, où tu le regretteras amèrement.
Sans un mot de plus, Rogue s'enfonça dans les couloirs moins éclairés, et disparut sous le regard à la fois déçu et moqueur de Quirrell : visiblement, il n'avait pas peur. Il secoua une seule fois la tête, dans un mouvement incrédule, avant de monter les escaliers du bureau directorial en murmurant :
- Tout ça pour une arme...
Aurore n'avait pas bougé et, au carrefour entre les différents couloirs et le bureau, regarda les murs, le sol ainsi que le reste du château disparaître dans des fumées noires et bleues. Ses lèvres tremblaient et ses yeux, glacés d'effrois, regardaient le processus s'accomplir sans vraiment le voir. Elle avait compris ce que le professeur de défense utilisait pour faire chanter Rogue, réduire la portée de ses actions. Avec horreur, Aurore venait de comprendre pourquoi Céleste et Drago s'étaient embrouillés... C'était la dernière phrase qui les avait induis en erreur ... "L'arme" ... L'instrument de chantage... C'était elle.
##
Voilà plusieurs minutes qu'Aurore avait quitté l'esprit de Drago, et pourtant ces minutes ne changeaient rien aux tremblements agitant ses lèvres et ses épaules. Le brouillard de l'esprit avait depuis longtemps disparu, mais ses yeux ne voyaient rien d'autre que du blanc. Ce blanc, dont les objets, les personnes et la salle elle-même semblaient colorés : le blanc de l'horreur. Elle ne s'apercevait pas qu'elle peinait à respirer, ne voyait pas les regards embarrassés et effrayés de ses deux amis, ne sentait plus la douce chaleur du feu de la cheminée, ne comprenait plus rien. Quand elle eut regagné un peu de contrôle, la Serpentard trouva la force de plonger sa tête entre ses bras, eux-mêmes appuyés contre le bras du fauteuil, pour cacher les larmes furtives dévalant son visage pâle. Voyant qu'elle menaçait de rester dans cette position, Céleste vint s'asseoir à ses côtés et demanda doucement :
- Aurore ? Est-ce que... L'arme... Est-ce la pierre philosophale ?
Le peu de conviction apparent dans sa voix indiquait que la blonde n'en pensait mot, mais refusait également de croire à l'horrible nouvelle.
- Non, leur parvient le murmure étouffé, c...c'est moi.
- A cause de ta magie ? Compléta Drago.
Même s'il ne s'attendait à aucune réponse, un faible hochement de tête lui parvient. Les deux blonds échangèrent un nouveau regard, hésitant à lui annoncer la deuxième mauvaise nouvelle. Pourtant il le fallait.
- Il y a une deuxième mauvaise nouvelle Aurore... Murmura la blonde.
La tête aux cheveux noirs se releva lentement vers eux, un sourcil arqué sur le visage aux yeux mouillés. Qu'est-ce qui pouvait être pire, ou rendre la situation plus compliquée encore ?
- Quirrell est Occlumens. Sauf que je n'ai pas réussi à passer sa barrière... Car je ne l'ai pas trouvée. Je ne sais pas s'il m'a sentie...
Céleste s'interrompit devant le malaise évident de son amie : sa respiration était, si possible, plus ardue encore; les tremblements se transformèrent en convulsions et les deux Serpentard s'attendaient à ce que de nouvelles larmes glissent sur ses joues, même si aucune ne vint.
- Il... Il est Occlumens ? Bafouilla-t-elle, incrédule.
Aurore laissait ses yeux glisser de Drago à Céleste, puis inversement. Tout cela devenait beaucoup trop compliqué, beaucoup trop dangereux. Il ne fallait plus que ses deux amis s'approchent de Quirrell : la Serpentard croyait difficilement au fait que le professeur ne se soit pas aperçu de l'intrusion de Céleste. Prenant sur elle-même, la jeune fille se redressa contre le dossier du fauteuil avec le plus de dignité qu'il était possible de posséder dans ces moments.
- Très bien. Changement de plan. A partir de maintenant, vous ne vous approchez plus de Quirrell.
- Mais, Aurore, commença Drago.
- Il n'y a pas de mais, aboya-t-elle en se levant, vous allez surveiller étroitement Harry, Hermione et Ron. Empêchez-les d'approcher du troisième étage, ou de Quirrell. Espionnez-les ou utilisez tous les moyens que vous jugez nécessaire, mais faîtes en sorte d'être au courant de chaque nouvel indice qu'ils obtiennent. Aidez-moi à trouver comment passer Touffu, le cerbère, ajouta-t-elle en voyant la tête du blond. Dès que vous apprenez quoique ce soit, venez me voir. Si je juge que nous avons assez d'informations, nous allons voir Rogue.
- Tu... Tu veux en parler à Rogue ? Répéta Céleste, incrédule.
- Évidemment, renifla la brune, vous ne voulez pas que je nous engage dans un combat contre le Seigneur des Ténèbres et un professeur de défense, aussi faussement incompétent soit-il. S'il ne fait rien, nous devons aller voir Dumbledore, et en dernier recours, McGonagall. Si aucun n'est disponible ou ne veut nous aider, il faudra... Nous allier avec le trio de Gryffondor.
- Tu ... Tu veux que... ? S'étouffa Drago.
- Oui. Nous aurons plus de chances de nous en sortir. Et si... Si jamais il m'arrive quelque chose, ne tentez rien et restez, ou retournez, dans la salle commune. Je ne veux pas vous mettre en danger.
- Eh, nous savons nous défendre !
- Vous pensez franchement que cela fera une différence face à Quirrell ? Je pourrais, avec un peu de chance, mettre notre cher professeur au tapis. J'ai assez de magie pour faire exploser le bâtiment, alors si je la concentre vers Quirrell, il se peut même que je réussisse à nous en débarrasser. Vous ne pourrez pas. Drago, tu es assez doué en potions et en sortilèges, ou devrais-je dire maléfices, mais cela ne suffira pas. Céleste, ta Légilimancie ne sert à rien dans ce cas précis. Vous n'êtes que des première année. Moi... Je suis une arme. Sa voix trembla, mais elle se força à continuer : c'est le détail qui décidera duquel d'entre nous survivra.
Ils voulaient réfuter. Elle le voyait. Ils mourraient tous deux d'envie de lui dire qu'elle n'était pas une arme. Mais ils savaient également qu'elle n'avait pas tort. Alors ils lui lancèrent tous deux ce regard rempli de pitié et de compassion qui la rendit nauséeuse.
- Allez-vous coucher, je ne sais pas pourquoi, mais je ne sens que la journée de demain ne sera pas de tout repos.
- Où vas-tu ? Interrogea la blonde alors qu'Aurore se dirigeait vers la sortie de la salle commune.
- Je vais voler un peu, murmura-t-elle sans se retourner. Cela me fera du bien.
Si aucun des deux ne comprit la signification de la phrase, ils hochèrent la tête en signe de compréhension, et la regardèrent s'éloigner et disparaître derrière le mur qui servait d'accès au repère des Serpentard. Pendant quelques secondes, ils fixèrent le mur attendant quelque chose dont ils ignoraient eux-mêmes la nature. Finalement, ils soupirèrent de concert. Alors que les deux Serpentard se dirigeaient vers leur dortoir respectif, Drago lança un dernier regard à Céleste.
- Au moins, cela nous fera quelque chose à raconter à nos enfants dans une vingtaine d'années, ironisa-t-il dans une tentative de faire baisser la tension.
- Si nous survivons jusque-là, murmura-t-elle en retour.
Avec ce retour à la réalité, le blond jeta un dernier regard à la porte et ils suivirent chacun leur chemin en silence. Ils avaient tous deux, ou plutôt tous trois, compris que s'ils survivaient à cette première année, la seconde serait pire, et ainsi de suite jusqu'à ce que leur groupe soit brisé par la force des choses.
Aucun d'eux n'avait hâte d'être au lendemain.
##
Le samedi quatre juin commença de façon banale, et contrairement aux visions d'horreurs ayant hanté les rêves des trois Serpentard: le soleil brillait de la même façon; le lac n'avait aucun reflet rouge sang; le Seigneur des Ténèbres réincarné ne les attendait pas à chaque tournant; et Poudlard demeurait Poudlard.
Un détail, cependant, s'avérait être effrayant : aucun d'entre eux n'avait vu Quirrell. Que préparait-il ? Rien de bon, ils le savaient. Pendant que Céleste et Drago avaient surveillé les Gryffondor toute la matinée, Aurore avait, en vain, tenté de débusquer le professeur de défense. Toute la matinée, elle avait ratissé les couloirs, les passages secrets, et avait même demandé aux fantômes; et rien. De frustration, la jeune fille avait lâché sa magie dans un passage, détruisant plusieurs briques d'un mur. Et ce ricanement... Était-ce l'invention d'un esprit dérangé, frustré ? Ou bien quelqu'un la suivait-il ? Qui était vraiment le chassé et le chasseur dans ce jeu du chat et de la souris ?
Lorsque l'après-midi pointa le bout de son nez, les trois amis se réunirent dans le parc de l'école. La frustration d'Aurore était à son paroxysme; si bien qu'elle fulminait toujours quand, une demi-heure plus tard, Céleste et Drago lui proposèrent de faire une pause et de s'asseoir tranquillement sous un arbre. Au fond d'elle, la jeune fille s'insurgea : comment pouvaient-ils vouloir faire une pause dans un moment pareil ? Finalement, elle céda face à leurs airs insistants. Pourtant, un instant plus tard, la jeune fille remercia Merlin et tous les autres grands sorciers de l'avoir fait accepter : à quelques mètres d'eux, le trio de rouge et or était allongé dans l'herbe et profitait, à première vue, d'une journée loin de la pression des examens. Ou du moins, tel était le cas de Ron et Hermione; Harry, lui, frottait sa cicatrice apparemment douloureuse. Les mouvements brusques des frottements contre son front attiraient aisément le regard. D'un coup de coude, la Serpentard fit signe à Drago qui tourna la tête vers l'autre garçon en grognant et maugréant. Sa réaction déçu la jeune fille :
- Bah quoi ? Le balafré frotte sa cicatrice, qu'est-ce qu'il y a d'anormal à ça ?
- Il y a qu'Aurore et Harry ont l'air d'être "reliés" à différentes personnes à travers leur cicatrice, intervient Céleste, Aurore souffre quand Quirrell lui vole de l'énergie... Et Harry doit certainement être lié au Seigneur des Ténèbres. Donc s'il se frotte la cicatrice, c'est certainement que Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, et donc Quirrell, n'est pas loin. Un autre cas de figure serait qu'elle fonctionne comme une sorte d'alarme et, dans ce cas, il va certainement nous mener à un nouvel indice ou à un événement important.
Tout en fixant Drago, Aurore leva la main en direction de la blonde et lâcha un ironique "Merci, Céleste. Heureusement que quelqu'un écoute, pas vrai Drago ?".
Comme pour donner raison à la blonde, Harry se leva en grognant un "J'aurai dû m'en douter..." parfaitement audible depuis leur emplacement. Les sourcils de la jeune fille se froncèrent alors qu'elle rattrapait à grandes enjambées les Gryffondor, Céleste et Drago sur les talons. Trop occupés à écouter la tirade du brun, ni Ron ni Hermione ne virent les Serpentard, qui restaient à distance respectable tout en tendant l'oreille.
- Vous ne trouvez pas ça bizarre, l'entendirent-ils, que Hagrid ait toujours rêvé d'élever un dragon et que, comme par hasard, il rencontre quelqu'un qui a justement un œuf de dragon dans sa poche ? Vous en connaissez beaucoup, des gens qui se promènent avec des œufs de dragon dans leur poche, alors que c'est interdit chez les sorciers ? Étrange que celui-là soit précisément tombé sur Hagrid, vous ne trouvez pas ? J'aurais dû m'en rendre compte plus tôt...
Ron posa une question à laquelle Harry ne répondit pas.
- C'est qu'il a un point, Saint Potter, s'étonna Drago.
Un vague grognement approbatif lui répondit : Aurore était trop occupée à lier ce nouveau fait aux données déjà récoltées. Puis il y eut le choc de sa conclusion.
- Oh non, lâcha-t-elle fébrilement. Il a raison ...
- De quoi parles-tu, Aurore ? Interrogea Céleste, perdue. Tu veux dire que ce n'est pas Quirrell ? Que c'est Rogue ? Mais ce n'est pas possible...
- Ce n'est pas ça : Hagrid a toujours rêvé d'avoir un dragon... Il a gagné celui-ci dans un pub... Or, Hagrid a tendance à rentrer... comment dire ? Totalement ivre. Si ce voyageur se trouve être Quirrell, ce dont je suis sûre à quatre-vingt-dix-neuf virgule quatre-vingt-dix-neuf pour cent, alors il l'a fait boire jusqu'à ce que Hagrid lui dise comment passer Touffu... Et encore, je ne suis pas certaine qu'il ait eu besoin d'aller jusque-là : ce géant est vraiment trop facilement manipulable.
- Mais l'œuf date d'il y a un certain temps... Fit remarquer Drago. Si Quirrell sait comment passer le cerbère, il l'aurait fait il y a longtemps, non ?
Les jambes d'Aurore s'arrêtèrent brutalement, alors qu'elle s'immobilisait pour mieux réfléchir.
- Il doit avoir peur de quelqu'un qui est là en permanence... Quelqu'un qui l'empêcherait d'agir... Ce n'est certainement pas McGonagall, ou l'un des autres professeurs... Cela aurait pu être Rogue, mais nous savons que les rôles se sont inversés depuis peu... Oh non... J'espère franchement que ce n'est pas ça. Pourvu qu'il soit encore à Poudlard...
- Mais qu'est-ce que tu racontes à la fin ? S'énerva Drago.
- Pas le temps. Maintenant, vous me laissez parler.
Et Aurore rattrapa le trio de Gryffondor.
- Harry ! L'interpella-t-elle. Tu vas chez Hagrid ?
Le brun l'ignora comme il l'avait fait avec ses deux amis. Derrière, elle entendit Drago pouffer. Or, en bonne Serpentard, Aurore n'aimait pas qu'on l'ignore.
- J'ai remarqué un fait assez étrange... Tu ne trouves pas bizarre que quelqu'un arrive avec un œuf de dragon ...
- Quand Hagrid a toujours voulu un avoir un, termina Harry en tournant légèrement la tête de son côté, toi aussi tu trouves ça bizarre ? Je suppose, par contre, que nous n'avons pas le même suspect.
Inclinant la tête sur le côté, Aurore confirma : elle avait depuis longtemps perdu l'espoir de le faire, un jour, changer d'avis.
Hagrid était assis dans un fauteuil, devant sa cabane. Il avait relevé ses manches et s'occupait à écosser des petits pois dans un grand bol.
- Alors, dit-il en les voyant, c'est fini, les examens ? Il jeta un coup d'œil soupçonneux à Drago, avant de proposer : Vous voulez boire quelque chose ?
- Non nous sommes pressés, dirent les deux bruns en même temps.
- J'ai quelque chose à vous demander, commença Harry, le soir où vous avez gagné Norbert aux cartes, à quoi ressemblait le voyageur qui vous l'a donné ?
- Je ne sais pas, il a gardé son capuchon sur sa tête.
En voyant l'air stupéfait des trois Gryffondor et horrifié d'Aurore, il leva les sourcils.
- Ce n'est pas si étonnant que ça, dit-il. Il y a des tas de gens un peu bizarres à la Tête de Sanglier. C'est un des pubs du village. Peut-être que c'était un marchand de dragons ? Je n'ai jamais vu son visage. Il garde toujours son capuchon.
- Un marchand de dragons ? Explosa Aurore, alors qu'Harry se laissait tomber à côté du bol de petits pois. Un marchand de dragons ? Savez-vous que l'élevage de dragons est interdit et qu'il est donc presque impossible de croiser un marchand de dragons n'ayant pas été appréhendé par les aurors ?
- Eh bien... Tenta le géant.
- Étiez-vous, par le plus grand des hasards, soûl, Hagrid ? Coupa-t-elle.
Le silence et les regards gênés du garde-chasse sidérèrent la jeune fille qui lâcha un soupir d'exaspération.
- D'accord, vous étiez soûl.
- Est-ce que vous lui avez dit quelque chose au sujet de Poudlard ? Demanda Harry.
- C'est ... possible. Les sourcils d'Hagrid se froncèrent sous l'effort, alors qu'il tentait de se souvenir de la soirée. Ah, oui... C'est ça... Il m'a demandé ce que je faisais comme travail...
- Comme s'il en avait besoin, lâcha Aurore, s'attirant ainsi un regard noir des Gryffondor.
- Et je lui ai dit que j'étais garde-chasse ici... Ensuite il m'a posé des questions sur les créatures dont je m'occupais et là, je lui ai dit que j'aurais bien voulu avoir un dragon... et puis... je ne me souviens pas très bien, continua-t-il en rougissant légèrement de honte, il... il n'arrêtait pas de me payer à boire... Il m'a dit qu'il avait justement un œuf de dragon et qu'on pourrait peut-être le jouer aux cartes si ça m'intéressait ... Mais il voulait être sûr que je sache m'en occuper... Et je lui ai répondu qu'après Touffu, je n'aurais pas de mal à m'occuper d'un dragon...
Bien qu'elle ait prévu cette issue, Aurore se laissa tomber sur une chaise qui traînait et prit sa tête entre ses mains : c'était une catastrophe.
- Et il ... il s'est intéressé à Touffu ? demanda Harry, qui essayait visiblement de garder son calme.
- On ne rencontre pas beaucoup de chiens à trois têtes dans la région, même dans le métier, dit-il en regagnant un peu de fierté, alors... il se peut que je lui en aie parlé un peu... Je lui ai dit que Touffu était doux comme un mouton quand on savait s'y prendre. Il suffit de lui jouer un air de musique et il s'endort.
Sans pouvoir se contrôler, Aurore se leva en serrant les poings, et lâcha un jet de magie qui détruisit à moitié un arbre. Elle était déjà loin quand Hagrid s'horrifia et s'écria :
- Je n'aurais jamais dû vous dire ça ! Oubliez-le ! Hé! Où allez-vous ?
Les Gryffondor, Céleste et Drago s'étaient mis à courir en direction du château.
Aurore ne s'arrêta de courir que lorsqu'elle fut arrivée dans le hall d'entrée du château, qui paraissait sombre et froid quand on venait du parc. Heureusement pour elle, le lieu était désert quand elle laissa échapper le hurlement de rage, jusqu'à lors retenu au fond de sa gorge. Il ne manquerait plus qu'il ne soit plus dans l'établissement pour empêcher Quirrell de s'emparer de la pierre. Sans attendre les autres, elle s'enfonça à grandes foulées dans les couloirs, cherchant un quelconque signe de la présence, ou du passage, de Rogue. Alors qu'elle s'engageait dans une nouvelle direction, elle tomba nez à nez avec le professeur McGonagall qui portait une énorme pile de livres dans les bras. Avant que l'une ou l'autre n'ait le temps de ralentir, ou de s'éviter, elles se retrouvèrent toutes deux par terre, les ouvrages éparpillés sur le sol.
- Je suis vraiment désolée... S'excusa platement et rapidement la jeune fille.
- Que faites-vous ici ? Demanda le professeur en réajustant ses lunettes.
- Je cherchais le professeur Rogue, répondit-elle après s'être relevée, tout en ramassant les livres.
- Le professeur Rogue ? Répéta McGonagall avec une nuance amère dans sa voix sévère.
- Je... Je dois lui demander quelque chose en urgence. Vous ne l'auriez pas vu par hasard ?
- Il... Il me semble qu'il patrouille dans le couloir près des serres de botaniques...
- Merci !
McGonagall eut à peine le temps de se retourner que la jeune fille disparaissait déjà au détour du plus proche couloir. Aurore trouva effectivement le maître des potions à proximité du lieu désigné. Au moment où elle arrivait à proximité, le sorcier prit le chemin de la salle des professeurs, ayant certainement quelques ultimes copies à corriger.
- Professeur Rogue ! Appela-t-elle, de peur de ne pouvoir le rattraper.
- Sunshine ? Dit-il en se retournant vers la source du cri. Un problème ?
- Non... Enfin... Oui, bafouilla-t-elle, le souffle court. J'ai besoin du mot de passe pour le bureau du professeur Dumbledore... S'il-vous-plaît.
Rogue la toisa sans rien dire, prenant certainement du plaisir à la faire attendre.
- Je regrette, souffla-t-il sur un ton qui contredisait la précédente information, mais c'est impossible.
Sur ce, il repartit en direction de la salle des professeurs. Désespérée, Aurore s'efforça de marcher à son rythme et de le faire changer d'avis.
- C'est très important...
- Je n'en doute pas, fut la réponse sarcastique.
- Et urgent...
- C'est ce que vous avancez à chaque fois.
- Professeur... S'il-vous-plaît...
- Vos jérémiades m'épuisent.
- Je vous en supplie... C'est...
- Ça suffit, coupa Rogue en se tournant, menaçant, vers elle. Je ne peux pas vous le donner, c'est tout.
- Pourquoi ?
- Vous êtes plus agaçante que Londubat.
Le professeur voulut reprendre sa progression mais, dans un geste impulsif et incontrôlé, elle se mit devant lui en lui adressant un regard suppliant. Il soupira.
- Je ne vous le donnerai pas, tout simplement car le professeur Dumbledore n'est plus là : il est parti il y a dix minutes de cela.
A l'annonce de ce qu'elle avait tant craint, Aurore s'effondra.
- C'est une catastrophe... Murmura-t-elle.
- Et puis-je savoir... Pourquoi ?
- Je... Je devais lui parler... Répéta-t-elle d'une voix fébrile.
- Le professeur Dumbledore est... très demandé... Auriez-vous quelque chose de plus important à lui dire que le Ministre de la Magie ? Oh, j'oubliais, vos petits arrangements ont priorité sur tout, n'est-ce-pas ? Quelle dommage qu'il ne vous ait pas dit qu'il partait en urgence...
Rogue avait changé de méthode : il tentait de la pousser à bout. Seulement, cette fois, cela fonctionna.
- Arrêtez avec cette histoire d'arrangements ! Dans ce cas, rien n'est plus important, car quelqu'un va voler la pierre philosophale !
Il n'y eut pas de "Comment savez-vous ?" ou de "Comment pouvez-vous ?...". Il se contenta de la foudroyer du regard, sans réussir à cacher cette étincelle victorieuse au fond de ses yeux.
- Eh bien, souffla-t-il dangereusement, voilà qui est tout à fait... atypique, comme sujet de discussion. Ne vous avais-je pas demandé de ne pas vous mêler de ce qui ne vous regardait pas ?
- Ce n'est pas le problème, cracha-t-elle, tout contrôle perdu. Je sais que quelqu'un va essayer de voler la Pierre. Nous savons tous deux qui va essayer de la prendre, Professeur. Je pense que vous savez également pourquoi.
Brutalement, il fit deux pas en sa direction qui la firent reculer.
- La Pierre est suffisamment protégée pour que vous passiez votre chemin, me suis-je fait comprendre ?
- Il sait comment passer Touffu ! Rétorqua-t-elle.
- Le cerbère ? Demanda-t-il, les yeux réduits à deux fentes.
- Oui... Et je suis sûre qu'il sait tout sur les autres épreuves.
Le sorcier recula d'un pas, mais la foudroyait toujours du regard.
- Pas la mienne. Et vous ne ferez rien pour l'empêcher de s'emparer de la Pierre.
- Pardon ? Et vous... Vous... Vous allez l'en empêcher, pas vrai ? Vous ne pouvez pas le laisser ramener Voldemort à la vie !
Heureusement, le couloir et ses environs étaient vierges de tout autre élève ou professeur. Aurore nota le sursaut du maître des potions au nom du mage noir.
- Ne prononcez plus jamais ce nom en ma présence ! Hurla-t-il.
Sa voix fit écho entre les murs de pierre alors qu'il semblait réprimer des tremblements de rage. Son visage, livide, exprimait toute la haine, mais surtout la peur, qu'il possédait pour ce nom. Il y eut un moment de battement, avant que le professeur ne murmure :
- Je ne peux rien faire et, même si je le pouvais, je ne ferai rien.
Aurore n'en croyait pas ses oreilles.
- La pierre n'est pas une fin en soi, ajouta-t-il comme pour compléter ses pensées.
Sur ce, il s'éloigna vers sa destination première, mais une dernière question sidérée de la Serpentard l'arrêta.
- Qu'est-ce qui pourrait vous empêcher d'agir ? Et... comment ça la pierre n'est pas une fin en soi ? Je ne comprends plus rien !
- Vous ne connaissez pas toute l'histoire...
Aurore resta sur place, ne sachant que faire. Il avait dit non... Il ne ferait rien... Sur sa liste de demande à l'aide, ne restait qu'une personne. Une personne à laquelle elle évitait autant que possible d'avoir affaire...
Aurore ne s'aperçut pas du chemin qu'elle emprunta, trop occupée à réfléchir à sa dernière confrontation... Elle ne connaissait pas toute l'histoire... De quoi parlait-il ? Avant de pouvoir ruminer la question plus longtemps, la jeune fille se trouva face au trois Gryffondor et à Céleste et Drago. Harry semblait furieux et ne lui prêta pas attention. En revanche, les deux Serpentard se dirigèrent immédiatement vers leur amie.
- Nous devons parler à McGonagall, annonça-t-elle, sans préambule. Rogue ne "peut rien faire et ne fera rien". Dumbledore est...
- Parti il y a dix minutes, compléta Céleste, nous le savons déjà : Harry a essayé de soutirer le mot de passe à McGonagall, mais elle a dit non. Il me semble que ses paroles étaient : "Je ne sais pas comment vous avez fait pour connaître l'existence de la Pierre, mais soyez rassuré, personne ne peut la dérober, elle est trop bien protégée. Potter, je sais ce que je dis !"
Si le contexte avait été différent, plus simple, Aurore aurait éclaté de rire face à l'imitation de la voix sévère de la directrice adjointe. Mais la situation n'était pas simple, et avait coupé l'envie de rire de la Serpentard.
- Si McGonagall a dit non, il faut enclencher le plan D... Ou devrais-je dire le Plan P, comme Potter.
Avec un soupir fatigué elle rejoignit les rouge et or, en pleine discussion.
- Rogue va essayer d'ouvrir la trappe, il a tout ce qu'il faut pour y arriver et il s'est arrangé pour éloigner Dumbledore. C'est lui qui a envoyé la lettre. Ils vont être étonnés, au ministère de la Magie, en voyant débarquer Dumbledore.
Alors qu'Aurore s'apprêtait à le corriger et lui dévoiler toutes les informations sur Quirrell, Hermione étouffa un cri. Tous les cinq firent volte-face pour découvrir que, derrière eux, se tenait Rogue.
- Bonjour, dit-il d'une voix douce.
Des frissons parcoururent l'échine des trois Serpentard, particulièrement quand le regard noir glacé croisa le leur. Les six enfants le regardèrent avec des yeux ronds.
- Vous ne devriez pas rester à l'intérieur avec un beau temps pareil, dit-il et il eut un étrange sourire qui ressemblait à un rictus.
- Nous étions... commença Harry qui faisait la traditionnelle erreur de vouloir se justifier.
- Vous devriez faire attention, dit Rogue. A vous voir comme ça tous les trois, ou devrais-je dire tous les six, on dirait que vous préparez un mauvais coup. Gryffondor ne peut se permettre de perdre plus de points, et Serpentard ne peut pas avoir trois de ses membres en retenue alors que nous avons gagné la coupe de Quidditch et probablement celle des Maisons... N'est-ce pas ?
Harry et Aurore devinrent écarlate, même si, machinalement, cette dernière retroussa sa lèvre pour dévoiler ses dents. Si la Serpentard soutient son regard, Drago et Céleste s'intéressèrent au sol gris, et les trois Gryffondor se tournèrent vers la porte menant au parc. Malheureusement pour eux, Rogue les arrêta.
- Je vous préviens, Potter, susurra-t-il. Si vous recommencez à vous promener la nuit dans les couloirs, je veillerai personnellement à ce que vous soyez renvoyé du collège. Définitivement. Sunshine, il serait dommage que vous changiez d'établissement et ne puissiez plus voir vos amis, n'est-ce pas ? Sur ce, bonne journée à vous.
Et il partit en direction de la salle des professeurs. Perplexe, Aurore parvient à se demander comment elle avait atteint Harry et ses amis avant le maître des potions. Il serait toujours temps d'y réfléchir plus tard.
- Voilà ce que nous allons faire, dit Harry lorsqu'ils furent tous à bonne distance de Rogue, sur le grand escalier de pierre. L'un de nous six doit surveiller Rogue. Il faut l'attendre à la sortie de la salle des profs et le suivre. Hermione ?
- Pourquoi moi ?
- C'est évident, répondit Ron. Tu peux faire semblant d'attendre Flitwick. Oh, professeur... J'ai peur d'avoir échoué à la question 14B...
- Ça suffit, coupa Hermione. Arrête. Je veux bien m'occuper de surveiller Rogue.
- Moi aussi, proposa Aurore.
- Mais... Je croyais que tu pensais qu'il s'agissait de Quirrell, interrompit le brun.
- Je n'ai pas changé d'avis mais, ainsi, je pourrais voir s'il est dans la salle... Allez viens, ajouta-t-elle quand les rôles furent répartis.
Céleste et Drago devaient accompagner Harry et Ron pour bloquer le couloir du troisième étage.
Elles attendirent longtemps un quelconque signe de vie de Rogue ou Quirrell, mais en vain. Ce ne fut qu'au bout d'une longue demi-heure, à ne rien faire sinon mémoriser tous les détails du bois brut, que la porte s'entrouvrit. Pendant un moment, Aurore espéra qu'il s'agissait du professeur de Défense, mais ce n'était qu'un faux espoir.
- Que faîtes-vous ici, Miss Granger ? Miss Sunshine ? Demanda sèchement Rogue.
- Je... J'attends le professeur Flitwick, dit timidement Hermione.
- Si ce n'est que ça... Et vous ?
- J'accompagne seulement Hermione, déclara-t-elle après une hésitation qui ne passa pas inaperçue.
Avec un reniflement méprisant, le maître des potions retourna dans la salle et revint avec le professeur Flitwick, qui semblait assez heureux d'avoir une élève si enthousiasmée par ses cours. Rogue, qui avait très bien compris qu'il ne s'agissait que d'une excuse, fit un signe sec de la tête à Aurore, lui ordonnant de le suivre. Quand ils furent à un couloir désert, il se tourna vers elle, les yeux lançant des éclairs.
- Je suis extrêmement déçu... Commença-t-il. En quelle langue dois-je m'exprimer pour qu'un seul traître mot atteigne votre misérable esprit ?
Alors qu'un frisson de peur traversait la Serpentard, une voix les fit tous deux sursauter :
- Professeur Rogue ? Miss Sunshine ?
Se tournant simultanément dans la direction du bruit, ils se trouvèrent nez à nez avec le professeur McGonagall.
- Professeur McGonagall, salua Rogue avec humeur. Qu'est-ce qui vous amène...
- Dans un couloir ? Compléta-t-elle. Je vous cherchais. D'ailleurs, un couloir n'est-il pas un drôle d'endroit, pour un conciliabule ?
Rogue se renfrogna immédiatement et entreprit de la foudroyer du regard, oubliant Aurore un instant.
- Je suppose que vous êtes au courant des intentions loufoques de Potter ? Continua la directrice adjointe, en faisant abstraction de la gestuelle de son collègue.
- Oui, dit Rogue, retrouvant son calme le plus complet, malgré l'agacement présent dans sa voix. Il n'est pas le seul d'ailleurs, ajouta-t-il avec un regard en biais pour la Serpentard.
- Peu importe, soupira McGonagall, il n'y a plus qu'à espérer que le professeur Dumbledore reviendra assez vite. Mais je ne pense pas qu'un quelconque voleur puisse s'emparer de la Pierre. Elle est trop bien protégée.
- A ce propos, avez-vous parlé de votre épreuve à quelqu'un, professeur McGonagall ? Interrogea le maître des potions, avec une touche d'espoir non dissimulée.
- J'ai dû en parler à Quirrell, déclara-t-elle pensivement. Tout comme l'on fait Filius et Pomona...
A ces mots, Rogue et Aurore se décomposèrent. C'était pire que ce qu'ils pensaient. Le professeur fut le premier à se reprendre et à dévoiler un faux sourire quand la directrice adjointe ajouta :
- Mais entre collègues gardiens, je suppose qu'il n'y a pas de problème.
- Mais bien-sûr, professeur McGonagall. Seulement, je doute que vous soyez venu me trouver pour parler de votre épreuve.
- Oui, oui, bien-sûr, se reprit l'enseignante. En fait, je vous cherchais tous deux. Je... dois vous avouer plusieurs choses.
Le sourcil arqué de Rogue la fit soupirer.
- Venez, les invita-t-elle, nous serons mieux dans mon bureau que dans un couloir.
Avec réluctance, ils s'installèrent dans le bureau et attendirent patiemment, mais non sans angoisse, les révélations du professeur de métamorphose. Les coups d'œil réguliers, mais tristes, que leur jetait McGonagall mettaient Aurore de plus en plus mal à l'aise. La seule chose que la directrice adjointe fit, fut de leur tendre une enveloppe, ayant apparemment été ouvertes plusieurs fois. Fronçant les sourcils, Rogue s'en saisit le premier alors qu'Aurore ne savait plus quoi faire. Prenant son courage à deux mains, elle jeta un coup d'œil par-dessus l'épaule du professeur.
Pour Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore, Directeur de l'école de Sorcellerie Poudlard.
Au dos, des restes de cire permettaient de reconstruire le sceau du ministère de la Magie. Pourquoi le ministère aurait-il envoyé une lettre à Dumbledore, qui les concernerait ? Il était évident que la lettre avait un lien avec eux, sinon pourquoi leur donner ?
- Comment l'avez-vous eue ? Questionna sèchement Rogue.
N'y ayant pas pensé, la jeune fille laissa son regard faire des allers-retours entre les deux professeurs.
- Je l'ai prise dans son bureau.
- Vous voulez dire que le Directeur n'est pas au courant que nous allons lire ceci ? Reprit Rogue, après un léger silence, en agitant l'enveloppe sous le nez de McGonagall.
- C'est exactement ce que j'insinue.
Aurore ne réagit pas, trop choquée pour comprendre ce qu'il se passait, et se contenta d'observer le dialogue entre les deux directeurs de maison.
- Y-a-t-il une raison au fait que vous voliez dans le bureau d'Albus Dumbledore, Minerva McGonagall ?
- Je ne l'ai pas volée, Severus Rogue, claqua l'enseignante. Dumbledore était simplement trop occupé pour m'écouter et vous la faire lire. Qu'est-ce que vous allez faire, si je ne vous raconte pas toute l'histoire ? Se moqua-t-elle. Refuser de la lire ?
Jetant l'enveloppe sur la table, le sorcier croisa les bras et se recula dans le siège.
- Exactement.
Alarmée, Aurore releva la tête vers lui :
- Professeur... J'aimerai lire...
- Silence ! Intima-t-il en lui adressant un regard sévère.
Se tassant sur son siège, la Serpentard baissa les yeux et grogna doucement.
- Cette lettre la concerne plus que vous, Professeur Rogue. Vous n'êtes là que pour la seconde partie.
- La différence est que j'arrive presque toujours à obtenir ce que je veux provoquer chez vous, Professeur McGonagall, dit-il avec un rictus parfaitement visible.
- Quoi ? Comment osez-vous... S'offusqua la directrice adjointe.
- Qu'est-ce que je disais ? Vous êtes trop prévisible.
Un sourire moqueur barra les lèvres du professeur alors que le visage de sa collègue se décomposait lentement. Il profita quelques instants de la scène avant de reprendre :
- Donc, nous disions que nous aimerions connaître les... circonstances dans lesquelles vous avez pris connaissance de cet, à priori, très intéressant bout de papier.
Le regard bleu du professeur de métamorphose se fit perçant, avant qu'elle ne pousse un long soupir.
- Comme vous voudrez : J'en ai pris connaissance la première fois juste après l'épisode du livre magique. Vous aviez raccompagné Sunshine à son dortoir, j'en avais fait de même avec Miss Granger avant de me diriger vers le Bureau du Directeur. J'étais désemparée : j'en avais plus qu'assez de son plan...
- Quel plan ? Interrompirent ses deux interlocuteurs, étonnés.
- Il vaut mieux que je vous en parle après vous avoir montré la lettre.
Avec un reniflement méprisant, Rogue laissa échapper un "Continuez" qui froissa légèrement la vieille professeur.
- J'en avais assez de jouer la comédie... Quand il m'a dit que je pourrais bientôt arrêter, je ne pensais pas qu'il voulait dire à la fin de l'année, se souvient-elle dans un ricanement amer. Pour la lettre, je lui ai très légèrement forcé la main : je me suis mise à lui hurler dessus de par le fait qu'il ait ordonné cet examen barbare... C'est alors qu'il a sorti cette enveloppe et... Quand je l'ai lu cela m'a sidérée... Je suppose que c'est à votre tour.
- Cela ne nous dit pas pourquoi vous nous la donnez, répliqua sèchement Rogue. Après tout, il ne serait pas très futé de notre part de nous mettre en opposition au Directeur sans raison valable...
Aurore aurait juré que McGonagall avait marmonné une insulte sous son souffle.
- Puisqu'il est parti au Ministère, j'en ai profité pour faire un rapide aller-retour dans son office. Je ne pouvais pas attendre plus.
- Et ?
- Et de toute manière, il vous l'aurait donnée à la Coupe des Maisons. Avoua-t-elle avec mauvaise grâce. S'il n'y avait pas eu tous ces problèmes depuis Halloween, je suis certaine qu'il l'aurait fait plus tôt.
Le soupir lassé du maître des potions fit écho dans le bureau. Aurore ne comprenait plus rien. Mais que se passait-il ? Son buste se redressa lentement et son corps commença à glisser du siège dans une tentative de sortir discrètement du bureau. Son geste fut interrompu par un regard, non pas autoritaire, mais suppliant de McGonagall. Le malaise de la jeune fille augmenta avec le sentiment de bloquer volontairement sa dernière porte de secours.
- Une dernière chose, avant que nous n'ouvrions l'enveloppe : vous n'avez toujours aucune idée de qui a envoyé le papier de la Forêt Interdite ? Questionna Rogue.
McGonagall secoua la tête.
- Non, je vais finir par croire que c'était vraiment Albus... Mais pourquoi vous aurait-il attaqué aussi violemment ? Je n'en ai aucune idée...
- De quoi parlez-vous ? Éclata Aurore, qui n'en pouvait plus.
- De la forêt Interdite, souffla doucement le maître des potions. Je vous avais déjà dit que nous ne vous y aurions jamais envoyés si nous avions eu le choix : la veille de ce matin, où vous avez reçu la date de votre retenue, nous avons nous même reçu une lettre. Signée par le Directeur. Je vous laisse en deviner le contenu...
Les battements du cœur d'Aurore s'accélérèrent.
- Cela nous a surpris, continua McGonagall, car le Professeur Dumbledore n'aime pas savoir des élèves dans la forêt Interdite. Seulement, devant le manque de preuves, nous avons dû céder à la requête. Même si, pour être franche, nous ne vous aurions pas laissé y aller si le Professeur Rogue n'avait pas dit qu'il garderait un œil sur vous.
- Et le professeur Dumbledore ... ? Interrogea la jeune fille.
- N'était pas disponible ce jour-là, soupira le maître des potions. Pas plus qu'il ne l'était les jours suivants... Ni le jour de la retenue, où il était absent.
Aurore ne savait plus vraiment quoi faire. Puis, quelque chose lui apparut, un détail devint évident : alors que Rogue allait reprendre la parole, la jeune fille se demanda s'il ne faisait pas exprès de retarder l'ouverture de la lettre, la lui faire oublier. En retardant l'ouverture de du parchemin, il la gardait près d'elle, l'empêchait de partir à la recherche de la Pierre. Avant qu'il ne puisse prononcer mot, elle tira doucement l'enveloppe dans leur direction, et lui lança un regard appuyé, se sentant trop fatiguée pour parler.
- Ah, dit-il, clairement ennuyé. Je pense qu'il serait mieux que je la lise le premier, Sunshine.
Après une courte hésitation, la Serpentard hocha lentement la tête. Ses entrailles se nouaient ostensiblement, ses poings se crispaient sans qu'elle y puisse quoique ce soit. Il n'y avait plus qu'à attendre. Son angoisse s'aggrava quand McGonagall détourna le regard. Le visage de Rogue se décomposa un peu plus à la lecture de chaque nouvelle ligne. Quand il baissa le papier, son visage était livide, transparent. Il ne croyait pas ce qu'il avait lu. Son regard onyx se tourna lentement sur la jeune fille, avant qu'il ne lui tende, de la même façon, la lettre.
Voulait-elle vraiment l'ouvrir ? Dans un élan de lâcheté, son bras s'allongea vers la table.
- Lisez, l'interrompit-il. C'est à votre sujet.
Puis il se mit à faire les cent pas en marmonnant des phrases incompréhensibles. Rien n'aurait pu lui ôter plus l'envie de lire le parchemin. Tentant de rassembler son courage, elle lut :
Très estimé Directeur,
Il est venu aux oreilles du Ministère qu'une certaine Aurore Sunshine, qui fera sa rentrée le mois prochain dans votre établissement en première année, aurait quelques problèmes pour contrôler sa magie. Nous savons qu'elle est actuellement au primaire dans l'école française "Beauxbâtons", mais nous craignons toujours un possible incident lors d'une surdose émotionnelle éventuellement ...
Notre objectif étant la sécurité de tous les élèves de Poudlard, nous vous prions de soumettre la dite élève à un examen de teneur en magie avec, cela va de soi, la présence d'un membre hautement qualifié de notre Ministère.
Nous vous prions d'agréer à notre demande, et ce dans le but de rassurer le Ministère sur les bonnes intentions et le bon déroulement du plan prévu il y a onze ans de cela. Comprenez nos inquiétudes de par la chose du département, que nous gardons bien évidemment en sécurité.
Veuillez agréer à nos sentiments les plus distingués,
Cornélius Fudge, Ministre de la Magie,
Mathilda Gethsman, Secrétaire du Ministre,
Ainsi que l'ensemble du Département des Mystères et de la Justice Magique.
Le choc laissa Aurore bouche bée. Ce n'était donc pas Dumbledore... Tout n'était pas arrivé à cause de sa crise de colère dans le bureau du Directeur, le soir de la rentrée... C'était prévu depuis longtemps. Qui avait fourni le rapport à son sujet ? Quelqu'un avait-il contacté le Ministère, ou les "Responsables de la chose du département" avaient-ils mandé un agent ? Aurore ne se souvenait pas avoir eu de problèmes magiques à Beauxbâtons. Mensonge ou Souvenir volé ?
Aurore ne pouvait tout simplement pas y croire. Sa gorge sèche, accompagnant ses yeux incrédules et sa bouche ouverte, l'empêcha de prononcer un seul mot. Quand son bras hésitant s'étira suffisamment pour déposer la lettre sur la table, la jeune fille remarqua la tâche laissée sur le parchemin par ses mains moites.
Une violente migraine la cueillit entre ses serres, se superposant à la douleur déjà présente dans son esprit. Ses yeux se fermèrent sous les assauts. Elle déglutit bruyamment.
- Il ne voulait pas vous inquiéter, chuchota McGonagall à leur intention.
- Cela aurait été beaucoup plus facile si nous avions su que le Ministère était au courant ! Rétorqua sèchement le maître des potions à la place de la Serpentard.
- Quel est la seconde partie ? Murmura-t-elle si faiblement que les deux professeurs sursautèrent.
Le regard rempli de pitié du professeur de métamorphose ne faisait qu'aggraver ses maux. Les iris noirs de Rogue étaient posés sur la lettre et le bureau, mais la jeune fille savait sans mal qu'elles brûlaient de l'étincelle de la rage. Il y eut un silence alors que la directrice adjointe hésitait à prendre la parole.
- J'aimerai en finir, professeur McGonagall, chuchota la première année tout en refermant ses yeux.
Chaque seconde d'attente augmentait son mal être. Aurore n'était plus sûre de pouvoir tenir le coup, tout comme elle l'avait fait pendant toute l'année.
- C'est assez compliqué... Et pourtant cela tint en si peu de mots... Soupira McGonagall d'une voix brisée. Je n'ai jamais voulu céder votre garde, Aurore.
Si la précédente nouvelle l'avait surprise et horrifiée, celle-là l'anéantit. Laissant prise aux tremblements, la jeune fille tenta de vocaliser son désespoir et son désarroi sans y parvenir.
- A quoi jouez-vous ?
La voix de Rogue tremblait de rage. Jamais Aurore ne l'avait vu s'énerver à ce point contre un autre professeur. Deux pas plus tard, le visage du maître des potions n'était plus qu'à quelques centimètres de celui du professeur de métamorphose.
- Je me souviens très bien de ce que vous m'avez dit ce soir-là ! Continua-t-il sans laisser le temps à Aurore de dire quoi que ce soit. Je me souviens très bien que vous ne vouliez pas, effectivement, céder au Directeur. Seulement, quelques minutes plus tard, vous vous êtes rangée de son côté et m'avez forcé la main ! Alors, comment osez-vous prétendre que vous n'avez jamais été pour ? Vous aviez dit que c'était pour cette histoire idiote de phénix !
- Ne pensez-vous pas qu'il vous manque quelques minutes de discussion, Severus ? Répliqua-t-elle sèchement. Il le fallait, pour que son plan marche.
- Mais de quel plan parlez-vous donc, par Merlin ? S'emporta Rogue. Pendant toute l'année vous avez moins bien traitée que Drago Malefoy ! Vous vous moquiez totalement qu'il lui arrive du mal !
- Le Professeur Dumbledore craignait que ce phénomène, ce phénix et cette magie noire déjà présente dans son corps, ne résultent que d'une maladie normalement disparue ! Cracha-t-elle, faisant reculer son collègue d'un pas. Il voulait absolument que vous vous rapprochiez pour que vous l'aidiez à contrôler cette poussée anormale, de par le fait que vous êtes passionné par ce côté de la magie ! Dumbledore m'a assuré que c'était absolument indispensable ! Je parie que vous vous demandez également pourquoi j'étais si antipathique avec vous deux, N'EST-CE-PAS ? Hurla-t-elle. Eh bien cela faisait également parti de ce fichu plan pour que vous vous rapprochiez ! Alors ne me dîtes pas que je n'ai rien fait pour elle ! NE ME DÎTES PAS, SEVERUS ROGUE, QUE JE M'EN MOQUAIS !
Les hurlements cessèrent finalement. Rogue la dévisageait, abasourdi. Mais ce n'était rien par rapport à ce qui se déroulait dans la tête de la jeune Serpentard. Quand elle eut repris son souffle, McGonagall se tourna vers la plus jeune.
- Sauf que maintenant, je ne me soumets plus à ce plan idiot, souffla-t-elle beaucoup plus gentiment. Ce que j'essaie de dire, c'est que tout peut revenir à la normale.
- A... la normale ? Articula Aurore d'une voix brisée.
- Oui ma chérie, tout peut redevenir comme avant.
"Ma chérie"... Ces mots, que McGonagall lui avait si rarement adressés... Rogue parut nauséeux à leur utilisation. Et, si elle devait être franche avec elle-même, c'était également le cas d'Aurore.
- Plus rien ne peut être comme avant, dit-elle finalement, avec une lenteur incommensurable. C'est... C'est fini.
Aurore se leva et courut hors du bureau, alors qu'une larme coulait sur ses joues. Elle ne faisait plus attention aux chemins qu'elle empruntait. Plus rien n'importait plus que de s'éloigner de ce lieu maudit et de ses deux occupants. Ses maux de tête quadruplèrent et, à chaque nouveau pas, la fissure dans son esprit s'élargissait.
Cela continua, jusqu'à ce sa vue soit trop brouillée pour avancer...
Cela continua, jusqu'à ce qu'elle doive s'appuyer contre l'un des murs de pierre...
Cela continua, jusqu'à ce qu'elle éclate en sanglots...
Jusqu'à ce que son esprit se déchire en morceaux.
Voilà donc qui conclut ce quatorzième chapitre.
Je vais essayer de poster le quinze le plus tôt possible.
N'hésitez pas à me laisser des reviews, j'adore connaître votre avis !
Et en attendant à bientôt !
