Mère louve et son chiot
Les nouvelles étaient vite arrivées. La guerre était à nouveau officielle. Quelques jours seulement avaient été donnés à tous pour rejoindre famille et amis avant ce qui serait la dernière bataille entre Racine et ANBU. Sur son cheval, Kotetsu pensait à sa femme et à son futur enfant. Il le savait maintenant il ne verrait peut-être jamais ce petit être qui viendrait au monde prochainement. Il ne serait peut-être jamais vraiment papa. Mais la guerre était la guerre. Il sentit sa gorge se nouer. Shizune ne savait pas encore. Elle et une amie proche sans famille habitaient loin du Bastion, isolées dans la forêt. Elles n'avaient pas supporté la Grande Séparation. Il savait que l'amie de sa femme, Kurenai, avait aimé un homme du peuple. Mais son statut l'avait naturellement destinée à rejoindre l'ANBU. Elle fut la seule avec un cousin éloigné à survivre aux massacres qui touchèrent sa famille. Une histoire de représailles. Et ce dernier parent était mort sur le champ de bataille. La jeune femme avait littéralement tout perdu dans cette guerre, comme tant d'autres. Shizune aussi avait travaillé parmi le peuple, dans une école, et dans un hôpital. Son statut n'avait jamais eu d'importance, alors très tôt, elle s'était disputé avec sa famille et quitté le domaine pour parcourir le monde. Kotetsu avait rencontré cette femme indépendante et profondément avide d'aventure dans une chambre d'hôpital. Il avait eu le rôle du patient, et elle du médecin. Elle en riait souvent, parce qu'il avait atterrit là à cause d'un bête accident à l'entraînement dans la salle d'arme de sa demeure. Ca avait été le coup de foudre, et ils ne s'étaient plus jamais quittés. Lui non plus n'accordait pas d'importance au rang. Il était fier de sa femme médecin. Il était fier d'être au service de la protection d'amis proches de sa famille. Il était parfaitement satisfait de sa vie. Du moins, jusqu'à la Grande Séparation.
Tous ces souvenirs, il les avait rangé de côté pourtant. Il avait dû se battre. Tuer des hommes pour protéger qui ? Il ne le savait pas. Mais dans son cœur, il se disait qu'il se battait pour que jamais personne ne s'en prenne à la femme de sa vie. Malgré cette détermination, la venue du maoh avait changé la donne. Il n'était pas le seul à se replonger dans le passé. Il avait écouté les discussions dans les salles communes. D'autres s'interrogeaient sur leurs « ennemis ». D'autres semblaient trouver la guerre bien absurde après tant d'années. Et cette nuit-là, appelé par Sasuke de toute urgence, il avait été au secours du prisonnier. Ils avaient trouvé le garçon dans la demeure du Capitaine Zabuza. Il détestait cet homme. Plus que le maoh. Et lui aussi avait été choqué de retrouver l'homme, son Second et l'adolescent blond dévêtus. Il avait sentit le désespoir de ce garçon qu'il avait vu pour la première fois achevant des soldats de son unité, recouvert de sang, un masque sur le visage. Son épiderme avait eu la chair de poule lorsqu'il avait compris les intentions des deux hommes. Et puis il s'était sentit projeté violemment contre le mur, et une voix avait pénétré son esprit. Les yeux fermés, les mains crispées, il n'avait pas pu lutter contre l'intrusion. Et ce qu'il avait entendu l'avait profondément chamboulé.
Le remord s'était violemment emparé de lui. Et voir Sasuke, là, à côté de lui, transformé, courroucé, dans cette violence qui était devenue pour lui comme une seconde peau, avait fini de le convaincre. Peu importe les promesses, Sasuke était un ami. Le brun était plus jeune que lui, mais il avait toujours eu beaucoup d'estime pour le garçon et son grand frère. Après quelques jours, il s'était décidé à lui parler, juste après une réunion. En privé. Loin des yeux et des oreilles des curieux. Pas que beaucoup de monde n'ose s'approcher de l'Uchiha de toute façon. Prenant son courage à deux mains, il écouta cette voix de la sagesse. La voix du maoh. Et il raconta au brun quelque chose qu'il espérait le ramènerait lui aussi à la raison. Il raconta à Sasuke Uchiha les circonstances de la mort de sa mère : Mikoto Uchiha.
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D'aussi loin qu'il se souvenait, Kotetsu avait été au service de la famille Uchiha. Sa propre famille, bien qu'appartenant à la classe noble, possédait une branche dédiée à la protection de l'une des plus puissantes familles du continent. Lui et d'autres jeunes s'étaient entraînés depuis leur plus jeune âge. Puis, finalement, un jour, il fut assigné à la protection de Mikoto Uchiha. La jeune femme était mariée à Fugaku Uchiha, le leader de la famille Uchiha. La femme brune, énergique et guillerette ne dépendait pas souvent de ses services, mais il la suivait comme une ombre lorsqu'elle partait loin du domaine sans son mari, pour l'accompagner.
Parfois, elle lui demandait quelques services. Il savait qu'elle aimait être au courant des affaires politiques même en temps que femme. Kotetsu trouvait cela dommage qu'une personne aussi intelligente soit écartée des affaires du pays en raison de son sexe. De plus, Mikoto Uchiha avait de très bons pressentiments. Aussi, quand elle lui demanda de contacter le Gardien de son amie afin d'enquêter sur des disparitions de maohs, il le fit sans plus attendre. Lui et Jiraiya partirent dans plusieurs régions. Ils découvrirent ne pas être les seuls à s'inquiéter de ces maohs. Quelqu'un d'autre semblait enquêter. Mais les hommes qu'ils croisèrent n'avaient pas l'air d'avoir d'intentions louables.
- Si tu me demandes, je trouve qu'ils ont une tête d'assassins, avait lancé Jiraiya en bougonnant.
- Si l'on avait le temps, j'enquêterais bien sur la personne qui suit les même pistes que nous, avait simplement répondu Kotetsu.
Après plusieurs mois, il avait dû quitter le Gardien à la chevelure de neige pour retourner auprès de Mikoto. La femme, bien qu'épanouie en présence de ses enfants, avait l'air bien plus sombre que d'ordinaire. Elle arrangea bientôt une rencontre avec son amie, Tsunade. Elle demanda à Kotetsu de réunir quelques hommes pour s'y rendre avec elle. Lorsque Kotetsu lui demanda la raison, Mikoto répondit qu'elle pensait que quelque chose de profondément terrible se tramait. Elle le sentait dans son estomac. Kotetsu fit confiance aux instincts de sa protégée.
Puis, une série de meurtres eurent lieux. Et enfin, une missive parvint à l'Uchiha. Jiraiya pensait avoir trouvé la source des disparitions de maohs. Il leur demandait de venir au plus vite dans le Haut Temple où Tsunade, dévastée par l'annonce de la découverte de cadavres de certains maohs absentés bien trop longtemps, s'était réfugiée pour demander conseil à la sagesse renfermée dans l'Arbre de la Vie, une relique spirituelle d'un âge passé. Seule elle semblait pouvoir se connecter si intensément avec la nature, tant est si bien qu'il était dit qu'elle pouvait communiquer et ressentir la présence de tous les maohs parcourant le continent.
Dès que possible, Mikoto partit avec Kotetsu et un petit groupe de guerriers de sa famille. Tous s'étaient habillés de noir, camouflés, et partirent dans le secret vers le Haut Temple. Ils empruntèrent un passage secret que leur avait indiqué Jiraiya dans sa missive. Le tunnel était assez étroit et semblait s'étaler sur des kilomètres. Malgré cela, Mikoto ne semblait pas importunée outre mesure et avançait d'un pas rapide, suivie par ses hommes.
- Pensez-vous que l'influence de Tsunade permettra de résoudre la crise ? Elle et Jiraiya ont déjà fait leurs preuves. Le conseil devrait les écouter, exposa Kotetsu, engageant la conversation avec l'Uchiha.
- Il faut l'espérer, Kotetsu. Il faut l'espérer, répondit Mikoto, la mine s'assombrissant.
- A-t-il donné un indice dans sa missive quant à l'identité du coupable ?
- Hmmm… Rien de direct, mais Jiraiya ne sait pas bien être mystérieux. J'ai le pressentiment qu'une des grandes familles est en cause.
- Des nobles ? lâcha Kotetsu, choqué.
- Il faut croire.
Kotetsu voulut ajouter quelque chose quand les murs et le sol se mirent à trembler.
- Nous arrivons bientôt, lança l'un des hommes derrière eux. On distingue une porte au loin.
Effectivement, le passage arrivait à sa fin. Une porte étroite, sûrement dissimulée de l'autre côté, était en vue. Mikoto semblait ignorer pourquoi Jiraiya ne risquait pas de les voir entrer par les portes de devant. Le Haut Temple était peu visité après tout. Surtout quand il n'y avait aucune cérémonie des maohs de prévue.
Kotetsu nota que la femme brune devant lui ralentissait le pas. Mikoto Uchiha semblait plus soucieuse que jamais.
- Kotetsu, n'entends-tu pas quelque chose ? demanda-t-elle.
L'homme tendit l'oreille. En faisant un effort, on percevait des voix, et aussi d'autres sons plus vagues. Soudain, un cri aigu déchira l'air. Mikoto se figea. C'est alors qu'elle et Kotestu entendirent ces paroles.
- Qu'avez-vous fait… murmura la voix, brisée. Que… Que s'est-il passé… Jiraiya… Pourquoi tu…
- Tsunade… Que s'est-il passé ?! s'écria Mikoto.
L'Uchiha s'élança vers la porte, alertée. Alors qu'elle s'apprêtait à ouvrir la lourde porte, un nouveau bruit sourd s'éleva, comme un grondement. Kotetsu tenta d'attraper Mikoto pour la tirer en arrière quand plusieurs ronces massives percèrent les murs.
- Mikoto ! Faites attention ! cria-t-il.
Un hoquet lui répondit. Il vit la chevelure noire de la femme s'agiter. Elle tourna le visage vers lui. Les autres hommes avaient accouru et ouvert les portes en trombe, pénétrant dans la salle, arme en main.
- M-Mikoto… souffla Kotetsu.
Devant lui, la femme qu'il avait été chargé de protéger était comme figée dans le temps. Le visage blême, l'Uchiha était agitée de spasmes nerveux. Au niveau de son ventre, une ronce traversait la chair, transperçant le corps gracile.
- K-Ko…
Ne pouvant achever ce qu'elle voulait dire, Mikoto commença à cracher du sang. Pris de panique, Kotetsu se saisit de son sabre et trancha la ronce, libérant Mikoto de sa position. Il la réceptionna dans ses bras. On entendit le cri déchirant de plusieurs hommes, ainsi que d'autres portes se refermer lourdement. Contre lui, Mikoto était agitée de tremblements incontrôlables. Du sang se déversait de sa bouche, dévalant sur son menton. Les prunelles brunes étaient écarquillées, et des larmes menaçaient de s'écouler. Quand l'un de ses amis revint, le visage blême, Kotetsu prêta à peine attention à ses paroles.
- Danzou est parti. Ses hommes sont morts. Il semblerait qu'une bataille ait eu lieu. L'homme que vous nous aviez décrit comme Jiraiya est à terre. Il faut partir pour le moment. La maoh a perdu la raison. Elle ne semble pas avoir conscience d'avoir relâché ses pouvoirs. Il nous est impossible de nous approcher.
- Il faut… marmonna Kotetsu. Il faut… ramener…Mikoto Uchiha… Il faut…
L'homme qui avait parlé prit alors conscience de la situation et ordonna rapidement aux survivants de le rejoindre. L'un d'entre eux, robuste, hissa Mikoto sur son dos, tandis que Kotetsu suivait sans réaction le groupe. Mikoto, malgré la douleur, avait entendu les paroles prononcées plus tôt. Elle tourna sa tête blafarde vers lui, ballotant sur le dos d'un des guerriers.
- Kote-tsu… Tsu-nade… Il f-faut… aider… Tsuna…
- Mikoto… ne parlez pas… Il faut vous soigner…
Les larmes dévalèrent sur les joues de Mikoto. Son amie était en détresse. Jiraiya était mort. Son esprit commençait à s'embrouiller. Lorsque Kotetsu prit sa main pour la réconforter, il la sentit glacée. Ses yeux perdaient de leur intensité. Dans un dernier effort, il somma à ses hommes d'accélérer le pas.
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Le lendemain, Mikoto Uchiha mourut dans les bras de son mari. Kotetsu était à son chevet également. Il entendit les deux garçons Uchiha pleurer derrière les portes. Fugaku Uchiha était dévasté. Son regard vide contemplait sans vraiment le voir le visage éteint de la douce Mikoto.
Il avait rapporté tout ce qu'il savait. Il était même retourné pendant la nuit dans le Haut Temple, mais Tsunade avait disparu. Il avait seulement pu ramener le corps sans vie de Jiraiya. Aucun message ne fut retrouvé sur l'homme. Dans sa mort, il avait emporté une information cruciale. Mais comment s'en énerver ? Il avait protégé jusqu'au bout Tsunade, et était mort par le poison, à un homme contre une vingtaine.
Après ces évènements, la Grande Séparation eut lieu. Plus de meurtres. Plus de corps dans les plaines ensanglantées. Le peuple et les nobles partirent dans des directions opposées. Il fut rapporté que le peuple suivait Danzou. La nouvelle rendit Fugaku Uchiha fou de rage. Il brisa tout dans la pièce où il se tenait, sous le regard impuissant de Kotetsu et d'autres hommes proches de la famille.
Mikoto Uchiha et Jiraiya, ainsi que d'innombrables amis furent enterrés. Kotetsu ne revit pas les fils Uchiha mais devina que les deux enfants n'avaient pas la force d'affronter quoi que ce soit. Lui-même, à peine plus âgé que l'aîné, était toujours sous le choc. Il revoyait sans cesse le visage pâle, le sang à la commissure des lèvres, cette ronce déchirant la chair. Il avait rejoint des centaines d'âmes ne sachant plus fermer l'œil, continuant d'avancer, exténuées. Des familles nobles entières, celles qui n'avaient pas figuré sur la liste de Danzou, partirent loin et construisirent un Bastion dans une terre isolée. Leurs domaines avaient été brûlés, comme les villages d'ailleurs. Tous ignoraient ce qu'il advenait de la population qui avait suivi Danzou.
- Kotetsu… Es-tu sûr de ne rien te rappeler de la missive que Jiraiya avait envoyée à ma femme ? avait demandé Fugaku.
- Désolée, monsieur. Je…
Quelque chose revint en mémoire de l'homme perturbé depuis les évènements du Haut Temple.
- Mikoto… votre femme… pensait que Jiraiya suspectait une des grandes familles. Il est possible que… que Danzou ait été celui qui suivait la même enquête. L'intérêt de Tsunade et Jiraiya a dû être mal interprété, et il les a tenu coupable mais… Mikoto savait toujours déduire le plus important…
- Mikoto… Mikoto, pardon… Ce garçon a raison… Tu as toujours vu ce que les autres ne savaient voir… souffla Fugaku avant de s'affaler sur un siège.
- M-Monsieur Uchiha…
Kotetsu ne savait que faire. Embarrassé, il resta là et détourna le visage quand il comprit que l'homme assit pleurait en silence.
- Kotetsu, appela finalement l'Uchiha de sa voix rauque et brisée.
- Oui, monsieur.
- Itachi est fort. Il saura quoi faire. Mais mon plus jeune fils, Sasuke… La mort de sa mère l'a dévasté. La construction de l'ANBU lui occupe l'esprit mais… il ne parle pas à personne. Accepteras-tu de te charger de lui ? Tu es bien jeune, mais je sais que tu as tout fait pour ma femme.
- M-Monsieur Uchiha… balbutia Kotetsu que la honte et le remord rongeait sans en démordre.
- Occupes-toi de Sasuke, coupa l'homme. Mais promet-moi de ne pas lui dire comment sa mère est morte. Il est mieux que ce soit Danzou qu'il imagine responsable… La haine le tiendra en vie. Et ce n'est pas loin de la vérité, après tout.
- C'est la vérité ! déclara Kotetsu, emballé. Si Danzou n'avait pas attaqué Tsunade…
Le jeune homme serra les poings. Il ne servait à rien de ressasser le passé. La guerre avait été déclarée. Danzou avait pris l'avantage en ralliant à lui tout le petit peuple. Il ne savait pas si l'homme avait vraiment voulu sauver les maohs, ou renverser le pays pour prendre le pouvoir. Mais Danzou payerait pour ses crimes contre les grandes familles.
- Je m'occuperai de Sasuke.
- Bien, conclut Fugaku. Tu peux disposer.
Kotetsu se retira après avoir salué l'homme qui deviendrait bientôt le leader de l'ANBU. Il ferma soigneusement la porte derrière lui, et s'avança dans le couloir. Il se trouvait dans le Bastion. Bien que le bâtiment ne soit pas encore terminé, c'était là que tous les guerriers des grandes familles s'étaient réunis pour protéger les leurs des attaques des hommes de la Racine, l'armée formée par les sujets de Danzou. Alors qu'il rejoignait une salle commune, les dernières paroles de Mikoto Uchiha lui revinrent à l'esprit.
'Kotetsu… Mes enfants… Mes garçons… Protège-les…Protège mes garçons…'
Il savait que le frère aîné avait rapidement formé un groupe armé avec des amis. Mais il s'occuperait de former le plus jeune. Il ferait de lui un Capitaine, et assurerait sa protection sur le champ de bataille. Quoi qu'il arrive, il ferait en sorte que Sasuke Uchiha vive. Quoi qu'il arrive.
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Las, Kotetsu finit par reconnaître les alentours de la demeure où il se rendait. La clôture de bois, les pierres grises, le potager, le ruisseau qui s'écoulait paisiblement. Il était enfin chez lui. Sa maison luxueuse ne lui avait jamais manqué. Sûrement parce qu'il avait passé son enfance à apprendre l'art de la guerre. Cette maison-ci lui suffisait. Etre avec sa femme lui suffisait. S'il avait eu la certitude que personne au Bastion ne connaisse l'endroit où lui, Shizune et son amie habitaient, il auraient peut-être eu l'audace de rester vivre ici, loin de tous. Loin de la Racine. Loin de l'ANBU. Loin de la guerre. Hélas, il était bien trop loyal à la famille Uchiha.
Laissant son cheval dehors, il entra dans la maison, sans faire de bruit. Il entendit bientôt les voix des deux femmes et les surpris dans la cuisine, une montagne de vaisselle sur la table en bois massif qui trônait au milieu de la pièce.
- Shizune, Kurenai, lança-t-il en guise de salut.
- Kotetsu ! Tu es revenu plus tôt que prévu ! s'exclama Shizune.
La femme sauta au cou de son homme, tout en prenant garde à ne pas déranger son ventre rond. Elle posa un baiser sur les lèvres du brun avant de rire doucement.
- Si tu savais ce qui nous est arrivé aujourd'hui !
- Cela a-t-il un rapport avec toute cette vaisselle ? Shizune, on dirait que vous deux avez tenu un banquet, remarqua Kotetsu en regardant les couverts et les plats vides.
Seule une assiette près du feu était encore remplie. Pour lui, très probablement.
- Hummm, presque ! fit Kurenai. Pas d'invité de marque, mais des invités tout de même.
Kotetsu ne put qu'écarquiller les yeux bêtement. Des invités ? Au beau milieu de la forêt ? Il n'eut pas le temps de formuler ses questions. Sa femme l'avait déjà attrapé par le bras pour l'emmener en dehors de la cuisine. Elle fit signe d'être silencieux et plaça un doigt sur sa bouche pour lui signifier qu'ils parleraient plus tard. Sur la pointe des pieds, elle le guida vers les chambres. Dans leur maison modeste, ils avaient tout de même installés plusieurs lits. Parfois, Itachi et ses amis revenaient de missions et passaient par chez eux. Kotetsu appréciait le frère aîné Uchiha autant que Sasuke. Tous les trois avaient passé du temps ensemble pendant la construction de l'ANBU et avaient appris à se connaître et s'apprécier.
Ce soir-là, en revanche, ce ne fut pas les membres de l'Akatsuki qu'il vit dans les lits de la plus grande chambre. Malgré l'obscurité, ce fut vers des adolescents autour de l'âge du Second de Sasuke qui dormaient paisiblement. Ce qui le frappa tout de suite fut leurs cheveux. Il faisait nuit, bien sûr, mais l'une des filles avait les cheveux blonds comme les blés, et l'un des garçons, une chevelure de neige.
'Comme Jiraiya', songea-t-il.
Faisant signe à sa femme qu'il avait quelques questions à poser, les deux s'en allèrent plus loin.
- Shizune… Explique-moi, chuchota-t-il.
- On les a trouvé dans le jardin cet après-midi. Affamés. Ils disent avoir fui de leur village.
- Kouhou ?
- Probablement, répondit la brune. Il n'y a pas d'autre village à ma connaissance. Il n'y a bien que nous pour habiter loin des zones protégées. Tu crois qu'il y a un risque à les abriter ici ? demanda-t-elle d'une petite voix coupable.
- Te connaissant, je ne crois pas. S'il y en avait eu un, aucun doute que toi et Kurenai les auriez chassé sèchement.
- Hahaha, oui, peut-être !
Shizune lui lança un clin d'œil avant de rire de plus belle. Puis, elle vint l'enlacer à nouveau, tendrement.
- Ce ne sont que des enfants. Des enfants comme celui qui attend ici-même de voir son père, lança-t-elle en pointant du doigt son ventre.
- Alors un de plus ou un de moins dans la maison ne fait pas une grande différence, c'est ça ?
- Hm !
Kotetsu se frotta la nuque avant de considérer sa femme. En étant réaliste, il ne se voyait pas renvoyer ces adolescents. S'ils avaient fui Kouhou, c'est sûrement qu'ils ne suivaient pas les idées de Danzou. Dans quelques jours, Itachi reviendrait de mission. Le mieux serait d'en discuter avec l'Uchiha. Et après cela, il lui faudrait annoncer à sa femme la reprise de la guerre. Kotetsu préférait mille fois mieux s'occuper d'adolescents du camp ennemi que de décevoir sa femme en repartant… pour ne peut-être jamais revenir auprès d'elle. Le sourire rayonnant de Shizune ce soir-là lui brisa le cœur.
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La nuit tombée, les membres de l'Akatsuki établirent rapidement un camp. Sasori, Konan et Pein sortirent des provisions de leurs sacs en cuir avant de préparer le repas. Les autres discutaient. La guerre allait reprendre, et il leur fallait prévenir l'ANBU de leurs dernières découvertes. Espionner l'ennemi n'avait jamais servi qu'à constater que, malgré la pauvreté qui régnait dans Kouhou, les habitants de la ville étaient dévoués à Danzou. L'homme avait réussi à endormir les consciences, et tenait les pauvres gens entre ses mains. L'Akatsuki, devant rester discret pour espérer pouvoir rapporter des infos, n'était jamais intervenu dans Kouhou même. L'idée leur était passée par la tête, bien sûr. Frapper l'ennemi de l'intérieur. Mais l'ANBU n'était pas ce genre d'armée. Fugaku Uchiha était un homme droit. Et il avait bien conscience que face à lui se tenaient des pauvres gens entraînés dans une guerre par défaut. Il n'était pas de bon goût de planifier le massacre d'innocents. Même quand ces mêmes innocents, obéissant sans faille à leur leader, avaient tué autant qu'ils avaient subi de pertes pendant les batailles.
Itachi réfléchissait à ce qu'il allait dire à son père une fois de retour dans les rangs de l'ANBU. Il se doutait bien que l'utilité de l'Akatsuki en tant qu'équipe d'espionnage touchait à sa fin. Il comptait bien prendre part à la guerre. Après tout, Sasuke était Capitaine, et serait également présent. Il ne laisserait pas son frère se rendre seul sur le champ de bataille face à l'armée de Danzou. L'espion se mordit un ongle, perdu dans ses réflexions. Ce fut Kisame qui le ramena à la réalité.
- Oy, Uchiha, lança le géant aux dents de requin.
- Hn.
- Nous nous demandions à l'instant ce que l'on ferait des deux chiens qui nous suivent depuis cet après-midi, expliqua platement Kisame.
- Tu veux dire, les deux présences qui nous suivent ? S'ils avaient voulu attaquer, ils l'auraient sûrement déjà fait, commenta Tobi.
- Hn. Mais ils sont lent, fit remarquer l'Uchiha.
- Allons donc les accueillir, suggéra Orochimaru. Si l'ennemi nous suit, je ne suis pas contre un peu d'amusement, railla-t-il.
- Non, protesta Konan de loin, tendant une cuillère de bois recouverte de ragoût en sa direction. Laisse-les venir à nous.
- Pourquoi ? demanda l'homme à l'allure de serpent, suspectant un plan ingénieux de la part de la femme.
- Trop fatiguée, lâcha Konan, sans émotion.
- Tch !
L'idée ne plut pas à Orochimaru, mais ce fut la stratégie adoptée. Lorsqu'ils se couchèrent pour la nuit, ils ne dormirent que d'un œil, guettant l'approche des intrus. Bientôt, Itachi ressentit les deux présences à nouveau. Aux aguets, il avait la main sur un poignard, prêt à se défendre. Sasori aussi était tendu contre lui, prêt à riposter. Itachi sentit les pas se rapprocher. Discret, mais lui et ses amis avaient l'habitude, eux-mêmes silencieux et furtifs en mission.
- Regarde par là. Ils dorment. Ca sent la bouffe, chuchota une voix.
Itachi ne bougea pas d'un millimètre pour autant. Mais il devait avouer sa surprise. Il pensait que les deux formes dans la nuit en auraient après leur vie, pas après leur nourriture. Quel inconscient viendrait voler les vivres de l'Akatsuki ?
Son corps se tendit lorsqu'il sentit une présence se rapprocher de lui et Sasori. Il sentit l'intention de ses amis, et aussitôt, tous se relevèrent. Lui et Sasori saisirent le premier des intrus, l'aplatissant au sol, un poignard sur la gorge, l'autre dans le bas des reins. De leur côté, Konan et Pein s'étaient saisis de l'autre personne qui poussa un juron. En un éclair, le groupe poussa les deux intrus vers le feu pour découvrir leur visage. Tobi poussa à son tour un juron. Konan lâcha un « ehhh ? » peu élégant. Itachi, lui, se contenta de hausser un sourcil. A terre, recroquevillé, se trouvait un gamin aux cheveux châtains. Pein tenait encore une fille plus âgée qui se débattait farouchement.
- Lâche-moi, sale pervers !
L'impassible Pein prit une teinte rosée avant de lâcher la fille qui hurlait violemment. Lorsqu'elle fut libre, elle se précipita pour prendre place devant son frère, barrant le chemin à Sasori et Itachi.
- P-Pervers ? souffla Pein, abasourdi.
Tobi éclata de rire avant de lancer une grande tape dans le dos de son ami. Itachi vit le rictus sur le visage de Kisame, ainsi que la mine déçue d'Orochimaru. Après tout, on ne touchait pas aux enfants.
- Eloignez-vous ! cracha la fille.
Itachi reprit conscience de la présence des deux adolescents à ses pieds. Voir ces deux jeunes lui rappelait son frère. Il soupira discrètement avant d'avancer.
- Pas un pas de plus ! prévint l'adolescente aux airs revêches.
- Tu n'as pas d'arme, dit simplement Itachi, déstabilisant son opposante. Que font deux gamins de Kouhou aussi loin de leur village ?
- Qu-que… Vous… Vos cheveux… Des ennemis, balbutia l'adolescente avant de se ressaisir. Tuez-moi si vous voulez, mais laissez mon frère tranquille !
- Oy, gamine ! On ne tue pas les enfants ! beugla Kisame.
Prise au dépourvu, celle-ci jeta un regard à Kisame. Ses yeux s'agrandirent sous la surprise. Les jambes tremblantes, elle se retint de tomber, apeurée. Les dents pointues du géant brillaient dans la nuit, et son rictus lui donnait un air démoniaque. Itachi se dit que s'il n'avait pas été aussi peu émotif depuis son enfance, il aurait pu lui aussi réagir de même la première fois qu'il avait rencontré celui qui était devenu sûrement son meilleur ami.
- On ne les mange pas non plus, lâcha-t-il à l'intention de la pauvre Hana.
Il esquissa un demi-sourire, pour lui communiquer de prendre sa phrase au second degré.
- Si vous avez fui Kouhou, je ne sais pas si l'on est vraiment ennemis.
L'adolescente contempla Konan qui venait de parler. Le seul membre féminin de l'Akatsuki poursuivit, jouant machinalement avec ses cheveux. Son attitude sembla calmer les deux jeunes.
- Toi et ton frère n'avez pas pu partir librement. Vous avez fui. Je ne dirais pas que vous êtes tombé sur un groupe de gens recommandables, mais, si vous le désirez, vous pouvez nous suivre. Je ne me vois pas laisser deux gamins mourir de faim dans la forêt.
- J'suis pas une gamine ! Et je m'appelle Hana !
- Enchantée, Hana, répondit simplement Konan face aux protestations véhémentes de la fille. Itachi ?
- Hn, répondit l'intéressé.
- Tu as bien dit que nous repasserions par chez Shizune et Kurenai ? poursuivit Konan.
- Hn.
- Les deux aiment autant les enfants que leurs soins pour les blessés. Tu penses qu'elles s'occuperont des deux mioches ?
Itachi ignora les nouvelles protestations d'Hana et maintenant du frère qui s'était relevé, bien que toujours en protection derrière sa sœur. Il se remémora le visage des deux femmes vivant loin de tout. Toutes deux avaient travaillé avant la Grande Séparation. Après cela, elles avaient continué à développer des manières de soigner autant de blessés que possible. Elles avaient aussi cultivé la terre les premières, guidant les nobles bien étrangers à ce genre d'entreprise. Puis, las de l'agitation qui régnait au Bastion, les deux femmes avaient bâti une maison au milieu d'une clairière, dans l'une des forêts au nord-ouest du Bastion. L'Uchiha n'avait pas oublié les paroles de Kotetsu, le mari de Shizune. Elle et son amie adoraient les enfants. Elles avaient toutes les deux travaillé dans une des écoles où enfants de la noblesse et enfants de la bourgeoisie s'étaient côtoyés comme égaux. Il rapporta l'information à Konan, qui décida pour le groupe que leur mission était désormais d'amener les deux adolescents chez les deux femmes. Ils partirent dans la nuit, et les deux enfants les suivirent sans oser protester, trop impressionnés par le groupe singulier qu'était l'Akatsuki.
Quelle ne fut pas leur surprise, en arrivant le lendemain matin, de découvrir chez Shizune et Kurenai pas moins de six autres enfants. Plus étrange encore, Hana et Kiba, les deux qu'ils avaient récupéré, connaissait parfaitement les six autres. Itachi se demanda comment ces gamins avaient eu le courage de fuir Kouhou. La réponse lui vint quand Hana et Kankuro, visiblement les plus âgés du groupe racontèrent à Kotetsu et Shizune comment ils s'étaient enfuis par des galeries souterraines. Les membres de l'Akatsuki comprirent qu'ils avaient découvert les passages qu'eux-mêmes avaient emprunté et partiellement creusé pour espionner les mouvements de Danzou. La responsabilité de leur fuite tombait donc sur le groupe d'espion à qui Kotetsu lança un regard amusé.
Plus tard dans la journée, alors que le groupe d'adolescent était dehors, aidant les adultes dans le potager ou dans l'enclos des quelques animaux que possédaient Kotetsu, sa femme et leur amie, Sasori rejoignit Itachi dans l'une des chambres. De tous les membres de l'Akatsuki, Itachi savait que son amant était celui le plus gêné par la découverte. Le rouquin semblait froid de l'extérieur, mais il avait perdu tous ses frères et sœurs durant la Grande Séparation. Il n'approchait jamais les enfants au Bastion, sauf peut-être Sasuke maintenant qu'il était plus âgé. L'Uchiha se demandait même si Sasori sortait de sa chambre en dehors des moments où ils se retrouvaient avant de partir en mission pour l'Akatsuki.
- 'tachi… marmonna le jeune homme.
- Hn.
Itachi fit signe à son roux de s'installer à ses côtés.
- J'ai…hâte de rentrer, confessa Sasori.
- Demain, promit Itachi.
Il passa la main dans la chevelure rousse de son amant. Sasori était magnifique. La peau pâle. Des sourcils fin. Un corps élancé, bien qu'il fut plus petit que lui d'au moins une tête. Il aurait dû avoir les cheveux noirs, comme les siens, cependant, une mutation génétique l'avait fait naître avec une masse de cheveux roux. Le seul de sa famille. D'abord complexé dans son enfance, il avait fini par croire ses nombreux frères qui l'assuraient que cela le distinguait aux yeux des autres filles de bonnes familles. Ses sœurs également, adorant le petit dernier de la fratrie, avaient pris soin de ne choisir pour lui que des vêtements qui s'accorderaient avec ses cheveux si particulier. Sasori avait été pourri gâté par ses frères et sœurs. Il s'en était longtemps amusé, se tordant de rire en voyant le roux piquer un fard lorsqu'il le lui rappelait. Aimé tendrement, vivant dans une famille noble mais discrète, son enfance avait été comme un rêve. Et comme le lui avait promis ses frères, Sasori avait attiré plus d'un regard. Parmi eux, celui d'Itachi. Il avait tout de suite été attiré par le garçon.
- Tu penses que tu pourras rester avec moi un moment, une fois de retour ? demanda-t-il a un Sasori silencieux, les sourcils légèrement froncés.
Son amant leva les yeux vers lui. Puis, il remarqua la lueur qui brillait dans les prunelles d'un noir envoûtant de son vis-à-vis. Sasori esquissa un petit sourire en coin, avant de répondre, taquin.
- Hmmm… Je me le demande.
- Tch. Viens là.
Plaçant une main derrière la nuque du roux, Itachi plongea ses doigts dans la chevelure rousse à nouveau. Il amena le visage de Sasori à lui, avant de l'embrasser tendrement. De son autre main, il invita l'homme plus petit que lui à prendre place sur ses genoux. Entre deux baisers, il souffla à son oreille.
- Ne t'inquiète pas pour ces enfants, Sasori. Ils seront protégés ici.
Les yeux du roux le contemplèrent un moment.
- Je sais, finit-il pas dire.
- Tu fronces toujours les sourcils quand tu t'inquiètes, remarqua Itachi. Tu vas finir ridé.
- J'aimerais… que plus aucun enfant ne meure dans cette guerre stupide… Tu crois que le maoh dont ton frère a la charge est le seul que la Racine a envoyé se battre ? J'en doute…
- Hn. Il faudra que je demande à Sasuke s'il a pu tirer des informations de son maoh, songea l'Uchiha.
Il se fit la remarque mentale qu'il n'avait pas pu donner ni recevoir de nouvelles de son jeune frère depuis longtemps. Il avait bien entendu quelques rumeurs sur le maoh blond, mais rien de vraiment utile. Surtout des fantaisies, des histoires de monstre aux cheveux d'or.
- En attendant, mon cher, j'aimerais mieux que tu te demandes comment tu vas t'occuper de moi durant les prochaines heures, chuchota Sasori au creux de l'oreille du brun.
Itachi sentit les mains de son amant dans son dos, avides. Il retint un sourire puis se leva, le roux accroché à lui, avant de le déposer sur le lit. Il s'allongea sur lui, se calant entre ses jambes.
- Ah… Sasori… Inquiet, mais pas assez pour se demander ce qu'il arriverait si l'un de ces mioches débarquait ici. Ou l'un des propriétaire des lieux peut-être ?
- Tu ne trouves pas ça excitant, toi ? demanda innocemment Sasori.
A la remarque, Itachi ne put que pouffer de rire avant d'embrasser à nouveau son amant si insouciant.
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Après quelques jours de flottement, Sai décida qu'il était temps de prévenir Sasuke du réveil du maoh. L'adolescent blond avait basculé entre conscience et inconscience pendant encore un temps. Il s'en était occupé tout ce temps, essayant de le nourrir lorsqu'il était éveillé. Aujourd'hui, son protégé semblait aller mieux et restait au lit, le dos calé par deux oreillers. Ses forces ne lui permettaient pas encore de tenir debout. Il s'en était excusé, gêné, sachant qu'il ne facilitait pas la tâche au brun. Mais Sai ne lui en tenait pas rigueur. Il était juste heureux de voir l'autre en vie.
Ce fut les yeux cernés, les jambes tremblantes de fatigue, les cheveux dans tous les sens qu'il arriva devant son maître. Mais il n'avait guère eu le temps de se contempler dans un miroir pendant plusieurs jours, et ne réalisa pas l'impression qu'il donnait à l'Uchiha. S'il n'avait pas eu autant sommeil, il aurait peut-être remarqué la difficulté de son maître à ne pas écarquiller les yeux, peu habitué au spectacle d'un Sai mal apprêté.
- Maître. Permettez-moi de vous informer du réveil du maoh. Ahem…, Sai hésita à faire sa demande.
Sasuke n'eut pas besoin de le voir se tortiller sur place, mal à l'aise, pour comprendre ce dont avait besoin son pauvre Second.
- Merci, Sai. Tu peux aller te reposer. Tu en as fait bien assez.
- M-Merci, murmura Sai, avant de quitter les lieux pour rejoindre sa propre chambre.
Il s'autorisa même à soupirer de bien-être lorsqu'il se glissa dans son lit, en début d'après-midi, les oiseaux chantant au dehors, sur le bord de sa fenêtre.
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Sasuke venait de renvoyer Sai. Il avait sentit son estomac se nouer lorsqu'il avait vu l'apparence du jeune homme, et lorsque ce dernier l'appela « maître ». Depuis quand Sai ne l'appelait-il plus par son prénom ? Parfois, Kotetsu restait formel avec lui, mais il corrigeait l'homme. Pas Sai. L'Uchiha savait que leur relation était devenue froide, formelle. Pourtant, c'est lui qui avait veillé sur le garçon plus jeune que sa famille avait retrouvé, abandonné à son sort, pendant la Grande Séparation. Sasuke songea qu'il lui faudrait avoir une conversation avec l'autre dès que possible. Après avoir laissé Sai reprendre des forces, bien sûr.
Pris d'une soudaine curiosité, Sasuke se leva, prêt à quitter son bureau. Il se rendit dans le couloir, et se dirigea vers la dernière chambre, celle où reposait le blond depuis qu'il l'avait ramené après ses mésaventures dans la demeure du Capitaine Zabuza. Il se fit la remarque que personne n'avait entendu parler de l'homme ou de son Second depuis les évènements. Pourtant, il doutait que cela soit dû au fait qu'ils aient été surpris prêt à abuser sexuellement d'un mineur. Ces deux-là avaient bien trop peu de considération tant qu'ils pouvaient assouvir leurs besoins charnels. Ils ne cachaient qu'à moitié la relation physique qu'ils entretenaient, bien que l'Uchiha doute qu'il y ait de sentiments derrière tout cela, pour la simple bonne raison que le Capitaine ne semblait pas capable d'une chose telle que «ressentir de l'amour ». Mais peut-être se trompait-il. Il n'avait jamais été très intéressé par les ragots. Bien sûr, une relation entre hommes semblait contre nature, bien qu'il ait appris récemment pendant son temps de lecture que si des êtres décrit comme pures, les maohs, s'y adonnaient, alors cela devait sûrement être plus naturel qu'il ne le pensait. Nul doute que le couple étrange que formaient Haku et Zabuza n'était pas la seule relation peu conventionnelle au sein de l'ANBU.
Chassant ces réflexions futiles, Sasuke s'apprêta à pénétrer dans la chambre du maoh. D'un geste délicat, il ouvrit la porte. Comme le lui avait rapporté Sai, le garçon blond, sa longue tresse reposant sur son épaule, était éveillé. Sa chemise blanche était entrouverte, et laissait voir l'énorme bandage qui barrait son torse. A gauche, des pansements épais formaient une protection sous les bandes immaculées. L'adolescent, l'air mélancolique, regardait par la fenêtre, comme il l'avait souvent fait lorsqu'il avait été enfermé dans le manoir des Uchiha, loin des zones protégées qui entouraient le Bastion. Seules les grandes familles comme la sienne ou celle de Neji avaient pris la peine, voyant que la guerre durerait des années, de construire des manoirs. Les édifices n'avaient peut-être pas la même splendeur que les domaines familiaux qui avaient été brûlés par l'armée de Danzou, mais ils restaient néanmoins des lieux où s'étaient reconstruit les familles décimées. Peu de femmes prenaient part à la guerre, alors celles-ci avaient dû se refaire une vie. Les hommes plus âgés avaient commencé à cultiver la terre, s'occuper du bétail et éduquer les jeunes enfants. Et si Sasuke n'avait pas pris Sai comme Second, nul doute que le garçon serait réellement devenu jardinier.
Alors que des souvenirs se bousculaient dans son esprit, Sasuke finit par sentir le regard du blond posé sur lui. Le maoh le fixait, mais il n'aurait pu deviner à quoi pensait l'autre depuis ce soir où il l'avait empêché de se suicider. La seule chose dont il était certain, c'est que le blond ne semblait plus vouloir attenter à sa vie.
- Sai m'a prévenu. Peut-être t'a-t-il convaincu de vivre également.
- Puisque je n'ai apparemment pas le droit de mourir, rétorqua le blond.
Ses sourcils fins et clairs se froncèrent légèrement. Sasuke se fit la remarque que le physique du malade avait définitivement changé. En dépit de sa récente blessure, ses proportions semblaient plus normales que lorsqu'il l'avait capturé. Les vêtements qu'on lui donnait le seyaient parfaitement. Le blond avait serré ses mains délicates sur les draps du lit. Cela n'empêcha pas le brun de venir à ses côtés et de s'asseoir sur la chaise qu'avait occupé son second avant lui. Après un moment pesant, l'Uchiha finit par soupirer. Le maoh sembla étonné, et releva son regard azur vers lui.
- La guerre, semblerait-il, a fait plus de dégâts que ce qu'on imaginait.
- Vraiment ? demanda, désabusé, le blond.
- Si je te demandais de me pardonner, moi qui ne connaissait pas l'existence de ton espèce, que dirais-tu ? lança Sasuke, d'une voix sans émotions.
Au fond de lui, il appréhendait la réaction du blond. Il connaissait son erreur. Il savait, maintenant, qu'il s'était égaré en chemin. Il l'avait vu dans les yeux de Sai. Dans ceux de Shikamaru. Dans les lignes écrites par son frère lors de rares correspondances. Mais un Uchiha était un Uchiha. Il n'excellait pas dans l'art de s'excuser. Cela blessait déjà sa fierté de devoir reconnaître n'avoir été qu'un personnage aigri et violent. Devant lui, l'adolescent cloué au lit semblait hésiter. Sasuke ne le lâcha pas des yeux, attendant sa réponse. Finalement, le blond releva la tête. Ses joues semblèrent rosir légèrement.
- Pourquoi… ce changement ? Pourquoi m'avoir empêché ? demanda-t-il, toujours en évitant les yeux de l'Uchiha.
- Parce que deux hommes venaient de tenter d'abuser de toi.
Le visage du blond devint carmin en un instant.
- Et parce que je t'ai maltraité. Parce que j'étais ignorant.
Cette fois-ci, le maoh tourna son visage vers l'Uchiha, le regard rempli d'incompréhension. Il écouta attentivement ce que le brun avait à dire. Ce dernier était celui qui évitait de croiser le regard du blond à présent.
- En réalité, je n'ai pas pu faire autrement. C'était une impulsion. Comme si la foudre m'avait frappé et pris possession de mon corps. Le remord, peut-être ?
Quand Sasuke eut finit sa dernière phrase, il tomba silencieux. Il ne se l'avouerait jamais, mais il commençait à être vraiment embarrassé. D'ailleurs, il ne parlait jamais autant. Pourquoi il avait sauvé le blond n'aurait même pas dû être important à ses yeux. On l'avait chargé du prisonnier, il s'en était occupé, point. Ennuyé par la situation, il se leva, prêt à quitter la chambre, n'ayant rien d'autre à ajouter. Il marcha d'un pas décisif, décidé à ne pas laisser le malade voir son visage confus. Dans son dos, le maoh le considérait, perplexe.
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Il avait sentit la présence du brun sans même avoir à tourner la tête en direction de la porte de sa chambre. Il ne savait quoi penser de cette présence, mais l'atmosphère pesante lui retournait l'estomac. Les paroles de l'Uchiha avaient fait encore plus. Il aurait dû être en colère contre l'effrayant Capitaine et son doucereux Second. Mais aussi étrange que cela puisse paraître, il avait changé d'avis lorsque, par mégarde, il s'était infiltré dans l'esprit du plus âgé, et de l'homme qui avait débarqué aux côtés de l'Uchiha. Naruto était perdu. Toute la douleur qu'il avait ressentit, tout son dégoût pour le monde dans lequel il vivait, tout le désespoir contre lequel il avait lutté si longtemps, tout semblait s'être envolé. Bien sûr, cela faisait toujours partie de lui.
'Le remord, peut-être ?'
Les mots résonnaient en lui, bruyants, lourds. Le brun s'était déjà levé, prêt à quitter la chambre. Fébrile, encore affaibli par sa blessure au torse, Naruto se déplaça lentement. Il voulait que l'autre s'arrête, qu'il ne parte pas. Pas maintenant. Il n'aurait pas su l'expliquer, car c'était plus un instinct, une sorte de pressentiment. Il voulait que le Capitaine reste. Il fallait qu'il reste auprès de lui. Péniblement, il leva une main tremblante en direction de celui qui avait sauvé sa vie.
'Arrête-toi !' supplia-t-il mentalement.
Soudain, ses yeux le piquèrent. Il sentit une énergie déferler en lui. Dans le même temps, l'anneau autour de sa cheville pesa plus lourdement, lui faisant mal. De l'air se rassembla autour de son corps. Sa longue tresse flottait, libre de la gravité. Sa main tendue, un sentiment de panique lui serrant le cœur, il sentit comme une onde partir de son corps pour retentir dans toute la pièce. Les yeux toujours rivés sur le brun, il le vit s'arrêter brusquement. La première onde fut suivie par une seconde. Maintenant, le blond sentait son cœur peser dans sa poitrine. Il agrippa sa peau et une partie de son bandage à cet endroit avec son autre main, retenant un grognement de douleur.
- Que…, entendit-il de la bouche de l'autre, toujours debout, immobile.
Puis soudain, Naruto se rappela de ces sensations. Il savait bien qu'il ne maîtrisait guère ses habilités de maoh. Avec la guerre, personne n'avait pu le former au Jardin Céleste. Mais il avait eu une expérience similaire chez les Hyuuga. Il se rappelait d'avoir été avec Hinata et Sai. Et, par réflexe, avait dégagé une vague d'énergie dans leur direction. Mais aucune résonnance ne lui avait répondu. Aujourd'hui, c'était différent. Les ondes n'étaient pas les mêmes. Et bientôt, d'autres vinrent le frapper au lieu d'émaner de lui. Entre temps, Sasuke Uchiha s'était retourné. Perturbé, il avait avancé dans sa direction, la main accrochée à sa chemise, au niveau de son cœur. Le blond comprit alors, et en fut encore plus décontenancé.
- Qu'est-ce-que tu fais ? parvint à formuler l'Uchiha, se rapprochant de lui.
Prenant peur, Naruto tenta de se lever. Mais à peine sortit de son lit, ses jambes le trahirent. En un instant, le brun s'était retrouvé à ses côtés, le tenant fermement dans ses bras. Ses yeux se perdirent dans les onyx, et le temps sembla s'arrêter. Il sentit l'odeur de la peau du brun, la sensation de la chemise noire que le Capitaine portait sur ses bras. Progressivement, les iris de l'Uchiha prirent une teinte ensanglantée. Dans leur reflet, il voyait ses propres yeux, lumineux, d'un bleu si intense qu'il lui semblait aveuglant. L'oxygène lui manquait. Il avait bien conscience d'être blottit contre le brun, s'accrochant désespérément à ses vêtements. L'autre non plus, ne semblait pas contrôler sa prise ferme sur lui. Ils restèrent ainsi pendant ce qui sembla une éternité, jusqu'à ce que les ondes cessent de voyager à travers eux et dans toute la chambre. Même ainsi, ils ne se séparèrent pas. Naruto était envoûté par les yeux d'un rouge sang de l'Uchiha. Il regarda pourtant les iris changer à nouveau de couleur pour retrouver leur teinte habituelle. Ses propres yeux devaient avoir repris leur bleu originel. Sa respiration également redevenait plus régulière. Il lécha ses lèvres sèches avant de déglutir.
- Maoh, tu… commenças l'Uchiha.
- Mon nom… est Naruto.
- Qu'as-tu fais, Naruto ?
Lui, ne savait que répondre. Qu'avait-il fait ? Quel genre de destin avait décidé d'une chose aussi incompréhensible ? Ses battements de cœur s'accélérèrent.
- J'ai… enfin rencontré mon Gardien… murmura-t-il, toujours perdu dans le regard de l'autre.
- … Gardien ? … le brun semblait hésiter. Tu parles… de moi ?
Naruto acquiesça d'un timide hochement de tête, déglutissant à nouveau. Pour la première fois, il put lire les expressions traversant le visage du Capitaine sans difficulté. Mal assuré, il attira néanmoins le brun vers le lit, où il le fit s'asseoir à côté de lui. Les deux adolescents levèrent la tête en direction de la fenêtre. Ils se tenaient la main et s'étaient rapproché, leurs épaules en contact avec l'autre. Dehors, le vent soufflait doucement.
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Bonjour !
Je ne me lasse pas d'imaginer les visages dubitatifs de Sasuke et Naruto à la fin de ce chapitre xD ! Ils ne sont pas dans les têtes des fans de Sasunaru, alors eux ne s'en doutaient vraiment pas ! Il faut absolument que j'exploite plus Konan et Hana, j'aime vraiment beaucoup ces deux personnages :D !
Deux annonces aujourd'hui:
1. Je pars quelques jours à la campagne. Je n'aurai pas internet (oui, c'est possible, et oui, c'est plutôt cool des fois). De ce fait, je ne posterai probablement pas avant le weekend prochain.
2. Hier, j'ai passé la journée avec une amie. On a décidé sur un coup de tête d'aller en Autriche à la fin du mois. C'est tout réservé déjà xD ! Du coup, cela fera encore un weekend où je ne pourrai pas poster, mais d'ici là, j'essayerai de me rattraper en semaine :) Maintenant, j'ai deux semaines pour foncer sur Duolingo et apprendre l'allemand. Et, pour une fois, c'est une langue que je n'ai jamais étudié auparavant, alors on verra ce que ça donne :P !
Franchement, si vous avez 200~300€, prenez le temps de voyager tant que vous êtes encore étudiants. Après, on s'invente un tas d'excuses pour rien. (Mais une qui est véridique, c'est que vous risquez de perdre vos amis de vue. En tout cas moi la plupart travaillent dans d'autres pays.) Voyagez, ça vaut mieux que toutes les après-midi shopping du monde, et il y a forcément des choses à voir proche de chez vous, où que vous soyez dans le monde :) (bon, sauf si j'ai des lecteurs qui habitent dans des îles du pacifique).
Y'aurait-il un flashback que vous aimeriez particulièrement voir dans le futur ? Des personnages qui vous intéressent ?
Merci d'avoir lu, mis en favoris, suivi l'histoire, commenté, tout ça me fait plaisir :) Alors merci à vous tous !
A la prochaine !
