Salut salut ! Alors non, cette fic n'est pas morte, voilà enfin ce putain de chapitre 14, il me semble avoir dit que je sortirai les chapitres toutes les deux semaines, m'enfin bon, l'inspiration est radine ces temps ci. La motivation aussi.
Ouais puis bon j'avoue des fois j'avais la flemme. QUOI QU'IL EN SOIT, c'est encore et encore de la parlotte, parlotte qui m'a prit plus de mots que ce que je pensais, parce que de base ce chapitre était censé être l'avant dernier mais au final jvais sûrement me retrouver avec un ou deux chapitres de plus, m'enfin jvais essayer d'aller un peu plus vite pour la suite, bonne lecture !
Oh, et, désolée si ya des fautes je suis en L mais je sais pas toujours écrire :(
Saga regarda le bateau partir. Shura s'en allait. Loin de lui.
Encore une fois...
... C'était lui, qui l'avait éloigné. Pas son double maléfique, non, mais bien lui, dans toute sa lucidité qui, il y a quelques mois, l'avait éloigné de lui.
Il serait bien hypocrite de regretter.
Le Capricorne lui manquait, oui. Mais il préférait mille fois cette situation plutôt que celle qu'il subissait auparavant. Au moins... N'avait il plus à affronter les yeux de Shura. Au moins... Shura était sur le chemin qu'il avait choisi.
La mer avait revêtu son mélancolique manteau à la lumière de l'aube naissante, le son des vagues comme un doux et triste chant d'adieu : c'était la voix de l'eau, adressée au sable qu'elle quittait, c'était ses larmes qui abandonnées restaient sur le rivage et que la terre absorbait.
On dit que c'est le vent qui pousse les vagues, alors le vent est comme le temps, le temps qui passe, le temps qui détruit, le temps qui pourrit et tait les plus sublimes promesses...
Le Gémeaux ferma les yeux.
N'avait-il été que le sable, dans cette histoire ? Ou n'avait il pas-lui aussi poussé l'eau au loin ?
Sa pensée était un cercle vicieux, un cercle éternel, qui lui rappelait que depuis le début, de la naissance de cet Autre, jusqu'à sa séparation avec Shura, il avait tout voulu. Il avait tout voulu, d'une certaine manière, puisqu'il avait tout causé. Depuis le début. Et Shura lui même ne savait pas à quel point c'était le cas. Saga lui même ne s'en était souvenu que quand son Autre avait refait surface, il y a maintenant sept ans.
Il baissa les yeux vers sa main droite.
Il avait tout causé.
Il était le début.
Il sera la fin.
C'était le devoir de Chevalier qu'il devait au moins accomplir, à défaut d'accomplir celui que son cœur lui dictait...
-Vous avez bien grandi.
Shura sursauta, tiré de ses pensées, et se tourna vers le marin qui l'avait interpellé. Il fronça légèrement les sourcils, sans comprendre la phrase du vieil homme qui lui souriait tranquillement. Apparemment pas offensé, celui ci s'expliqua :
"Oh, vous ne devez pas me reconnaître, mais je sers dans ce bateau depuis bien, bien longtemps, et j'ai une bonne mémoire. Shura, c'est ça ?
Le Capricorne acquiesça lentement, tandis qu'il comprenait peu à peu.
-Le Sanctuaire utilise t-il donc tout le temps le même bateau ?
-Presque. En tout cas, vous êtes déjà monté ici, il y a huit ans.
-...Oh... Je vois...
L'espagnol avait senti son cœur faire un bond sur le coup du souvenir. Oui, il y a huit ans, sur ce même bateau...
"ne grandis pas trop vite"
L'expression de Shura dut brusquement se faire plus fermée, puisque le marin resta silencieux et arrêta de sourire. Détournant le regard vers l'horizon, il changea habilement de sujet.
-C'est pas à côté, l'Afrique. Surtout qu'on doit faire tout le tour pour aller directement en Ethiopie. Si vous voulez mon avis, c'pas un endroit où on passerait des vacances, c'est un régime totalitaire là bas, rien que ça.
Il marqua un silence pour s'allumer une cigarette. Il en proposa une à Shura, qui l'accepta avec un remerciement.
"Y'en a eu des répressions particulièrement sanglantes, ya quelques années. Ça s'est calmé, mais ça reste pas joyeux. Chienne de vie.
Il tira longuement, très longuement sur le bâton et ferma les yeux en expirant.
"Vous savez faire votre boulot comme je sais faire le mien, mais faites attention. On ne résout pas tout à la force des poings.
Shura acquiesça. La conversation s'arrêta là.
-Tu es Shura ? "Bienvenue. Mon nom est Ruan, Chevalier d'Argent de Cassiopée. C'est moi qui t'entraînerai afin que tu puisse revêtir l'armure d'or du Capricorne. Sur ces mots, il s'accroupit pour se mettre à la hauteur de l'enfant de sept ans et lui poser la main dans les cheveux. "Il est trop tard pour regretter ces temps passés, Shura. Tu as choisi ton chemin. Il est temps de te réveiller.
Il acquiesça avec une retenue qui tenait plus du sérieux que de la timidité, s'attirant un demi-sourire de la part de l'homme aux longs cheveux blancs qui le regardait.
Il souriait toujours.
D'un sourire étrange, comme gravé dans la pierre : une ligne courbe, tracée d'un seul geste.
-Vous dormez ?
Shura ouvrit les yeux.
Le rythme régulier du bus ennuyait le Capricorne, qui pensant faire passer le temps plus rapidement avait baissé les paupières et s'était mis à somnoler.
-Hmm... non.
Il se redressa, la nuque douloureuse, avant de remarquer que le bus était à l'arrêt. Il se retourna vers la personne qui l'accompagnait, un homme à l'air banal mais au regard ébène enveloppé de la brume mystérieuse de la malhonnêteté : Saga savait choisir ses alliés...
Il était arrivé en Ethiopie ce matin, un peu avant huit heures, et avait rencontré ce contact une heure plus tard : Il était censé l'emmener, d'abord en bus, puis à pied près de cet endroit où il devait trouver Kalpila.
-On est arrivés.
Le Capricorne acquiesça machinalement, puis attendit que l'homme se lève avant de le rejoindre, dégageant sa Pandora Box de l'endroit où il l'avait fourré et quittant le bus en silence.
Ils étaient sur une route un peu au milieu de nulle part, dans un paysage figé par la chaleur ambiante, où le jaune des hautes herbes se mariait avec le vert fade des arbres rares. Shura resta un moment immobile à observer les alentours, encore prit dans les vapes de son demi-sommeil, jusqu'à ce qu'il remarque que l'homme avait commencé à avancer. Il resserra la lanière de son fardeau et se mit à le suivre sur cette route qui semblait s'étendre à l'infini et où ils étaient complètement seuls.
La nature les entourait, de sa haute température les oppressait et pourtant se taisait. C'était une ambiance toute particulière qui fascinait le Capricorne plus qu'elle ne le mettait mal à l'aise, si bien qu'il s'enferma dans le silence nécessaire à la contemplation jusqu'à ce que des bruits attirent brusquement son attention.
Surpris, il se reconnecta à la réalité et se tourna vers l'origine du vacarme :
Plus loin, sur une route perpendiculaire bordée d'un mur sale, il y avait un petit attroupement. En s'approchant, Shura put distinguer cinq hommes armés qui encerclaient et menaçaient trois autres hommes à genoux affairés sur le mur.
L'espagnol arqua un sourcil et s'approcha encore, atteignant l'embranchement de la route et s'arrêtant là pour jeter un coup d'œil interrogateur à son accompagnateur.
Celui ci plissa les yeux, puis haussa les épaules.
-On dirait que des petits malins se sont amusés à dessiner des caricatures du dictateur sur le mur et qu'on leur en fait payer le prix. Regardez les, ils nettoient.
Shura se retourna vers la scène, et en effet il y avait des traces de peinture sur le mur.
Il ne restait presque plus rien du dessin, juste des tâches par ci par là sur lesquelles s'acharnaient les pauvres diables. L'un d'eux semblait traîner un peu trop, alors un des hommes armés s'avança et lui cria quelque chose dans sa langue en lui envoyant sa crosse derrière la nuque. L'homme poussa un couinement et accéléra ses mouvements, la tête baissée, complètement soumis.
Un chien. Un chien sale des rues, frappé par un homme ricanant sur la route, voilà ce que lui évoqua cette personne prostrée.
Shura se demandait comment il pouvait bien se sentir, à l'intérieur. Souffrait-il de l'humiliation, ou avait-il trop peur pour s'en soucier ? Maudissait-il ces hommes qui le forçaient à effacer son art, à taire son opinion, ou se maudissait-il lui et ses amis d'avoir fait quelque chose d'aussi stupide ? Est-ce qu'il, quand il avait le pinceau à la main, un sourire aux lèvres en se vengeant de l'injustice de son gouvernement, se doutait de ce qu'il allait arriver, ou se disait il que tout irait bien, qu'après tout, il servait la morale au péril de sa vie, qu'il était un héros, et qu'en conséquent il n'avait pas le droit d'avoir peur ?
Il avait fait le malin, très certainement, et maintenant il découvrait la réalité de ses actes, et il baissait l'échine en espérant s'en sortir. Oublié, les grands idéaux de liberté. Oubliée, l'amertume de la servitude, la soif de révolution, après tout, ne valait-il pas mieux de vivre, quitte à ce que ça soit comme un chien ? Ce n'était pas si mal, après réflexion...
L'espagnol avait légèrement serré le poing, mais il n'y avait pas de mépris dans ses yeux.
Après tout, qui était le plus méprisable de tous les personnages de la scène ? Ceux qui avaient stupidement voulu s'exprimer librement même si les lois leur interdisaient de le faire, ou ceux qui les regardaient s'enfoncer dans la désillusion avec indifférence, le cœur battant au rythme du cliquetis de l'arme avec laquelle ils jouaient ?
Que resteraient ils de ces rebelles, une fois que leur oeuvre effacée, ils devront à nouveau baisser la tête et oublier leur humi-
Un coup de feu.
Un.
Deux.
Trois.
L'un des soldats rata sa cible.
Quatre.
Cinq pour le plaisir.
Le sang gicla sur le mur blafard et s'étendit sur le sol, autours des corps désarticulés qui venaient de s'écrouler. Les trois hommes venaient de mourir.
Shura resta interdit un instant, et apparemment son compagnon de route sentit sa tension car il plaqua une main dans son dos et le poussa en avant pour le forcer à avancer.
-Vous vous attendiez à autre chose ? Allez, bougez, c'est mieux si on se fait pas trop remarquer.
L'espagnol obtempéra, mais alors qu'il n'avait fait que quelques mètres en avant, il tourna la tête en arrière pour voir qu'on évacuait les corps et qu'on balançait de l'eau sur le mur pour en faire partir le sang.
Des civils venaient de mourir, devant ses yeux.
Des innocents.
...N'aurait il pas pu faire quelque chose ? Oh, bien sûr que si, si depuis le début il s'était révolté contre ces manières et s'était avancé, qu'avait il à craindre des balles, lui qui se déplaçait à la vitesse de la lumière ?
...Bien évidemment, il n'avait rien fait. Leur sort ne lui était il pas indifférent, au final...? Parce que clairement, de quel côté était il le plus ?
De celui des pauvres civils mécontents persécutés qui se révoltent contre une force dictatoriale, ou de celui de la main armée de cette même force dictatoriale ?
...Combien de temps encore, avant que Saga ne lui demande de lever Excalibur pour tuer des innocents ?
-Hé, dépêchez vous un peu, on a pas toute la journée !
Se plaignit l'homme, une main dans ses rares cheveux noirs, qui avait bien quelques mètres d'avance sur l'espagnol qui secoua la tête et rattrapa son retard, tournant définitivement le dos à cette vision qui l'avait obnubilé pendant quelques minutes.
"Tu as choisi ton chemin"Il avait accéléré le pas, passant devant son guide qui protesta.
"Oh, allez pas trop vite, c'est moi qui doit vous guider, pas l'inverse...
Shura haussa un sourcil mais ralentit un peu le pas, laissant passer devant lui un homme à la démarche lourde grommelant quelque chose dans sa barbe inexistante.
Mais à peine l'espagnol se mit à regarder autre chose, un arbre particulièrement grand sur sa droite, qu'une nouvelle protestation retentit, lui arrachant un soupir agacé.
-Quoi, enc-
Il ne termina pas sa phrase, car ce qu'il vit en se retournant lui coupa momentanément la voix.
L'homme se débattait, l'air surpris et un peu affolé, entre les bras d'un autre homme, plus grand que lui, à la peau brune et aux cheveux chocolat, rassemblés en tresses très fines sur ses épaules. De ses yeux, pourtant fermés, il semblait fixer le Capricorne tandis que de ses longues mains fines, il empêchait sa prise de crier.
-Bienvenue, Shura, Chevalier d'Or du Capricorne.
Le soleil se levait.
Shaka le sentit grâce à la chaleur qui lui caressa la peau, et releva le menton qu'il avait légèrement baissé pendant sa méditation.
Un nouveau jour arrivait et tenait par la main de nouveaux événements, tournant d'un doigt gracile la page du livre de la vie et se saisissant d'une plume volatile pour la remplir.
Doucement, il se leva, reconnectant peu à peu son corps à la réalité tandis qu'il faisait quelques pas vers l'extérieur, ses longues mèches diaphanes caressant ses épaules au rythme de ses pas.
Il inspira doucement, et resta là debout sans bouger, histoire de profiter un peu de l'air libre avant de retourner à ses occupations habituelles.
Le Chevalier de la Vierge était de ces gens qui œuvraient à instaurer une certaine monotonie sereine dans leur vie, dont les fluctuations tenaient plus des mouvements imprévisibles de la pensée que de la danse irrationnelle des sensations : C'est ce à quoi Shaka tentait de tendre, du moins, quand son repli intérieur n'était pas troublé par le cosmos approchant de l'un de ses camarades. Il ne bougea pas quand les bruits de pas s'arrêtèrent juste derrière lui, le regard toujours dans la direction du vent.
-Qu'est ce que tu fais là, Aphrodite ?
Un léger bruit derrière lui lui indiqua que le Poisson gloussait discrètement.
-Je passe juste, j'ai des ordres du Pope à accomplir un peu plus bas. Pas d'objection à me laisser passer ?
-Non, ça ira.
Mais le suédois se contenta de faire quelques pas en avant pour se mettre au niveau de l'indien, avant de s'arrêter à nouveau.
-Shaka, tu vois encore ton maître ?
Le blond arqua un sourcil fin, formant un joli arc de cercle au dessus de sa paupière, et releva la tête.
-...Pourquoi cette question ?
Les épaulettes de l'armure des Poissons produisirent un petit cliquetis quand son propriétaire haussa les épaules.
-Comme ça. Il est encore vivant, lui.
Shaka resta silencieux un instant.
-... Je ne suis pas censé le revoir, de toute manière. Je n'ai pas que ça à faire d'aller le voir, et il n'a rien à faire au Sanctuaire.
-Tu es bien dur.
-Je ne fais que dire ce qui est vrai.
La stricte vérité. Celle que ce même maître dont ils parlent ensemble, Kalpila, prônait et apprenait à son élève. "Les mensonges ne font que retarder l'échéance", disait il souvent. De quoi voulait parler Aphrodite, au juste ?
Un petit silence passa.
-Tu sais où est parti Shura, n'est ce pas ?
Shaka poussa un soupir. C'était donc pour ça.
-Oui.
Après le tragique accident avec l'ancien Chevalier du Bélier, le Grand Pope avait envoyé Shura discuter avec l'un des deux derniers renégats encore en vie, qui se trouvait être son ancien maître. Rien de bien important, en somme. Pourquoi devrait il s'en soucier ? Les ponts avaient été coupé il y a bien longtemps, après cette nuit ou sans rien expliquer du pourquoi de ses actes, Kalpila avait donné son rosaire à Shaka, lui expliquant brièvement qu'il ne méritait plus d'être Chevalier, puis été parti.
L'indien ne lui en voulait pas, après tout ça n'aurait pas été du genre de son maître de faire des grand discours pour se disculper. Il avait toujours respecté son maître étant enfant, et maintenant qu'il avait grandi, il comprenait accessoirement quel homme il avait été. Ça s'arrêtait là.
-...Tu t'en fiche, en fait ?
-Complètement.
Le ton de la voix de la Vierge avait été un poil plus sec que ce qu'il aurait voulu. Il se retourna, prêt à retourner dans son temple puisqu'on ne le laisserait pas tranquille à l'extérieur. Mais Aphrodite lui posa une dernière question :
-Il était comment ?
Shaka poussa un soupir, et conscient que le Poisson ne se satisferait pas d'une réponse vague, il chercha ses mots un instant.
-...C'était quelqu'un qui savait ce qu'il devait faire. Et qui n'avait pas peur d'assumer les conséquences de ses actes. Quitte à ce que ça lui retombe dessus, et quitte à ce qu'on le haïsse pour ça. Bien souvent, c'est ce qui lui permettait d'éviter le combat. Il n'était jamais pris par surprise. En quoi ça t'intéresse, au juste ?
Aphrodite rit.
-Va savoir... Je me renseigne. J'étais juste curieux de savoir à quel type de personnage Shura allait se frotter.
-Et qu'est ce que ça peut bien t'app-
Des bruits de pas s'éloignaient, et Shaka comprit que le suédois s'en était allé. Il poussa un énième soupir, agacé, mais aussi teinté, sans qu'il puisse vraiment l'expliquer, d'une pointe d'appréhension...
Aphrodite, de son côté, avait esquissé un sourire en marchant. Ce Kalpila, sans armure, ne serait qu'une partie de plaisir pour un Chevalier comme Shura, paré de son armure scintillante. Mais d'après du peu que l'autre coincé de Shaka lui avait dit, il n'allait pas se laisser faire sans répliquer. A moins qu'il n'ai déjà un coup d'avance sur le Capricorne.
Il passa une main dans ses boucles claires, et tandis qu'il passait par la maison du Bélier, plaça délicatement une rose rouge entre ses lèvres.
Le deuxième Saga avait vu juste.
Il y avait une raison pour laquelle, quand il avait machinalement appelé Shura à lui, sa bonne personnalité l'avait influencé pour envoyer Shura affronter Kalpila, l'ancien Chevalier d'Or de la Vierge, celui là même qui pouvait voir l'avenir, et qui détenait très probablement plus de vérités que n'importe qui.
Plus malin qu'il n'en avait l'air, le pauvre Chevalier des Gémeaux au grand cœur.
Aphrodite allait probablement devoir intervenir...
-Kalpila...
Murmura Shura, sa garde momentanément baissée par la fascination qu'avait brusquement exercé l'ancien Chevalier de la Vierge sur lui.
Son cosmos, bien que retenu, rayonnait d'une énergie calme mais sans limites : il n'était pas taché par cette force mystérieuse que le Capricorne avait senti chez l'ancien Bélier. Tout en lui illustrait cette impression, de ses paupières fermées à son attitude décontractée. Il portait des vêtements ample de couleur chaude, mais ses longues mains aux poignets fins révélaient la grande minceur de son physique.
Cela ne l'empêcha pas d'asséner un coup simple, direct, sec, à l'arrière de la tête de son otage pour le mettre inconscient : il accompagne sa chute au sol avec douceur puis fit face au Capricorne.
-Tu as bien grandi, depuis la première fois que je t'ai vu. Ton cosmos a gagné en puissance.
Il ne s'était même pas mis en position, contrairement à Shura qui avait froncé les sourcils, un pied en arrière pour affermir sa position, à l'affût du moindre geste de la part de l'éthiopien.
-... Tu sais pourquoi je suis là ? Demanda l'espagnol froidement.
Kalpila acquiesça.
-Bien sûr. C'est pourquoi je suis là aussi. Si tu étais venu jusqu'au village, notre combat aurait pu faire un massacre.
Un petit silence passa, et l'ex-Vierge pencha la tête sur le côté, faisant tinter ses grandes boucles.
"... Mais veut tu vraiment me combattre, Shura ?
Un frisson remonta l'échine du Capricorne qui plissa les yeux, tentant de se débarrasser de ce désagréable sentiment.
-Pourquoi je serais là, autrement ?
Agacé par la tournure que prenait les événements, il appela à lui son armure, qui vint recouvrir son corps dans un éclat lumineux, puis fit un pas rapide de côté, et sans prévenir, attaqua l'ex-Vierge d'une rafale de cosmos. Son adversaire ne tourna même pas la tête, mais sa voix se leva tranquillement.
-Kân.
Une orbe de cosmos pâle entoura aussitôt l'éthiopien, absorbant totalement l'attaque de l'espagnol. Ce dernier s'y attendait, mais il claqua la langue, agacé. Pourquoi ne ripostait il pas...?
"Pour obéir à un ordre qui t'as été donné par la deuxième personnalité de Saga, il semblerait.
Shura allait répliquer, quand il réalisa les mots de Kalpila et ouvrit des yeux surpris.
-Tu... sais pour...?
-J'en sais plus que ce que tu semble penser. Mais là n'est pas la question. Dis moi, ta volonté, Shura, s'accorde t-elle avec cet ordre ?
-Bien évidemment.
Le Capricorne serra les dents, et fonça rapidement en avant, envoyant son poing au visage de son adversaire, qui se contenta de le dévier du plat de la main en se déplaçant de côté. Même sans armure, il ne semblait absolument pas intimidé par la menace de l'espagnol. Il lui faisait face, droit, et il y avait quelque chose d'étrange, une sorte d'aura peut-être, qui perçait ses yeux fermés et semblaient voir à travers Shura.
-Pourquoi cela ? Est ce parce que tu écoute l'homme que tu aime que tu es si déterminé ?
L'espagnol se figea, les yeux écarquillés, manquant de faire un pas en arrière sur le coup de la surprise, avant de redevenir difficilement maître de lui même.
Comment... Comment pouvait il savoir...?
-Ne raconte pas n'importe quoi, je ne...
-Ne joue pas à ce jeu là avec moi. Tout ce que tu essaye de me cacher, ton cosmos le hurle, Shura.
Kalpila fit un pas en avant, toujours aussi calme, mais son cosmos commençant à résonner avec une force que le Capricorne ne pensait pas être possible venant de quelqu'un comme lui, sans armure, et sans intention de se battre.
-C'est deux hommes que tu crois aimer, alors que tu n'en aime qu'un seul. C'est au nom d'une idéologie que tu viens m'affronter, mais c'est au nom d'une autre que ton cosmos souffre de m'affronter et souffre de tes précédents combats.
-Tais toi. Tu ne sais rien. Rétorqua l'espagnol, plus pour se rassurer lui qu'autre chose. Son cœur battait fort. Il détestait ça. Comment pouvait il savoir ? Comment pouvait il prétendre savoir ?
...Comment faisait il pour savoir...?
...Non, il ne savait rien. Rien. Car il n'avait rien à savoir. Shura savait ce en quoi il croyait.
Ce pour quoi il se battait.
Ses poings se renforcèrent quand il augmenta son cosmos, et attaqua une nouvelle fois Kapila. Cette fois ce dernier sentit le réel danger, et s'éloigna d'un bond en arrière. Sans rien pour le protéger, il ne pourrait clairement pas rivaliser avec Shura. Un simple coup de poing lui briserait les os. Son regard s'était durci, assassin, froid. Mais de la même manière qu'un tel regard n'aurait pas trompé Saga, son aura, son ton de voix, son cosmos ne tromperaient pas Kalpila qui continua, sans pitié.
-C'est vrai. De ce que tu ressens exactement, de ce pour quoi tu te bat, au fond de toi, je ne sais rien si ce n'est que ce n'est pas ce que prétends. Alors je te pose la question.
Tout en parlant, il esquivait les attaques répétées de Shura, avec une grâce surprenante et un sang froid hors du commun, jusqu'à ce que, sans prévenir, il se dérobe derrière Shura, et d'une poussée de cosmos le fasse reculer de quelques pas. Le Capricorne ne pouvait qu'affronter la vue de son visage, du regard de son cosmos.
"Pourquoi te bat tu, Shura ?
Le Capricorne serra davantage le poing qu'il s'apprêtait à donner à l'ex-Vierge, mais l'arrêta, la mine sombre, le regard beaucoup moins assuré qu'auparavant.
Qu'il se taise. Il voulait qu'il se taise. Il secoua la tête. Tout ce qu'il disait n'avait pas de sens. Après tout, il pouvait bien spéculer comme il voulait, croire qu'il comprenait, mais... mais comment pouvait il savoir quelle relation unissait le Capricorne et le Gémeaux ? Comment pouvait il savoir pour Saga ?
...Qu'est ce qu'il savait sur lui, exactement ? En savait il plus que lui...?
L'image du Gémeaux, ses longs cheveux bleus défiant la brise, son air droit, son sourire gentil, quand il était encore un adolescent, s'imposa à lui. Les dents de Shura grincèrent. Il resta immobile.
-Tu ne peux pas comprendre. Il finit par lâcher, en se forçant à baisser le bras et à affronter les paupières fermés de son adversaire.
Kalpila marqua un silence.
-Ah oui ?
-...Ce pour quoi je me bat. Pour qui. Saga... tu ne peux pas comprendre ce qu'il défend.
Personne ne pouvait. Personne n'était en mesure de se départir de ses beaux discours, ses belles paroles, ses beaux espoirs. Personne... n'avait le courage de voir la réalité.
A regret, Shura se relâcha un peu. Il y avait quelque chose, chez l'ex-Vierge, qui le réduisait à cette incapacité totale à l'attaquer, à se battre.
Il pensait vouloir comprendre, vouloir le faire taire, au fond, pourtant, il voulait savoir.
Nouveau silence, beaucoup plus appuyé. Kalpila esquissa un demi-sourire qui fondit aussitôt après être apparu.
-Détrompe toi.
Il tourna à moitié le dos à Shura qui, surpris, ne put que le suivre du regard tandis qu'il marchait doucement autours de lui.
"A n'importe quel endroit du monde, à n'importe quelle époque, il n'est pas aisé de croire dans le genre humain. A un endroit comme celui ci, en pleine dictature, il est bien plus évident, bien plus rassurant de plonger dans la haine pure et simple de l'humanité. Perdre foi en sa possible bienveillance, ne voir plus que sa violence, ses passions égoïstes, ce qu'elle détruit plus que ce qu'elle construit, ce qu'elle empire plus que ce qu'elle arrange.
Il s'arrêta brusquement. Sembla rassembler ses mots. Puis reprit la parole.
"C'est tout naturel. Détruire est beaucoup plus simple que de créer. L'homme, à son échelle, peine à faire le bien, à créer la moindre petite lumière d'espoir, alors que parallèlement, il possède un pouvoir immense qui lui permet de détruire en masse. Alors oui, je comprends, Shura. Si nous faisons plus de mal que nous faisons de bien, si nous n'avançons que d'un pas et reculons de quatre à chaque fois, à quoi bon se battre pour notre survie, à quoi bon prétendre que tout ira mieux, alors que le plus simple serait de répondre à la violence par la violence, de mater la passion humaine, et la forcer enfin à faire ce qui doit être fait et ce qu'elle est incapable de comprendre par les mots ?
Le Capricorne se rendit compte qu'il retenait son souffle. Comme il avait été pendu aux paroles de Saga, il l'était à la voix brutalement dure de Kalpila.
"Mais dit moi, Shura, dans un monde où toute volonté humaine, tout le potentiel d'évolution humain est écrasé, réduit à néant pour éviter les risques, y a t-il encore une chance de voir des gens se battre pour le bien ? Y a t-il encore une chance de voir qu'en de rares occasion, le bien l'emporte sur le mal, l'espoir sur le désespoir, que parfois l'homme est capable des plus belles réussites ? L'individu qu'on guérit d'un cancer en lui ôtant la vie, a t-il vraiment été soigné ?
Le ton avait brusquement changé, revenu à sa neutralité habituelle, sans se départir de sa puissance, loin de là. Kalpila se tourna brusquement vers Shura, comme s'il savait exactement où il se tenait.
"Ta raison te dit de suivre ce Saga maléfique, car doté d'un pouvoir infini, il pourrait régner sur le monde, éliminer les faibles qui traînent les forts vers le bas, et sans rentrer dans une spirale de violence car sa puissance ne pourrait jamais être renversée, imposer la paix au monde. La raison de n'importe quel homme désespéré ou arrogant en viendrait à cette extrémité. Mais ton cœur, lui, ne pleure t-il pas pour ces personnes justes qui sont tombées sous ta lame ? Ne crains t-il pas le jour où tu abaissera le bras et assassinera hommes, femmes, enfants civils, innocents, protestant, ceux là même que le mal écrase et que tu étais censé protéger ?
Shura ne répondit pas. Ne crispa même pas les muscles.
"Tant qu'il est vivant et libre, l'homme peut s'exprimer et se battre. Changer. Et l'homme seul peut se changer lui même et les autres. Il évolue, que ça soit dans le bon sens ou le mauvais. C'est irrémédiable. C'est là son seul et fatal destin, c'est là le sens profond de son existence. Les Dieux n'y peuvent rien, et c'est pourquoi ils tentent de les détruire ou de les soumettre, eux qui ont largement la puissance de le faire et voient les hommes leur échapper pour voler de leurs propres ailes. Et nous, Chevaliers, condamnés à notre puissance, nous n'y pouvons rien non plus. L'évolution de la société, nous ne pouvons que la regarder impuissant, depuis l'extérieur. Mais tel est notre devoir, Shura. Veiller sur cette évolution. Empêcher que les forces du mal, les Dieux, les gens comme ce Saga maléfique y mettent fin pour servir leurs propres intérêts. Peut-être que le mal et la violence ne disparaîtront jamais du cœur des hommes, mais tant que le mal existera, le bien existera aussi, et inversement. C'est une balance éternelle qui ne saurait être brisée. Dit moi, a quoi bon que les guerres disparaissent de ce globe, si avec elles disparaissent les espoirs, cet enfant là qui malgré la famine, la difficulté, est capable de sourire et de vivre le temps qui lui reste à vivre, ces deux personnes là qui unissent leurs forces pour atteindre leur but et en partagent le gain en riant, deux amis main dans la main, cette personne là, qui, sans armure, protégeant celle en qui il croit, s'est mis devant ton attaque et a perdu la vie pour que l'espoir de la jeunesse puisse perdurer et changer ce monde dans lequel tu as perdu foi ?!
L'accusation finale frappa le Capricorne de plein fouet. Il réagit finalement. Serra les dents. Détourna sa tête baissée, dissimulant son expression, mais brûlant d'une énergie noire de haine, tristesse, désespoir, culpabilité réunis.
-Je t'interdit de parler de ça.
Kalpila se détendit.
-Tu t'en veux, Shura. Tu t'en veux. Tu t'en veux horriblement. Tout ce temps, tu t'en es voulu, et tout ce temps, tu as refusé de le voir, de l'admettre. Désespéramment, tu as tenté de t'accrocher à une autre idéologie que celle que tu avais souillé, tu as tenté de croire en la justice de tes actes. Mais tu as échoué. Tu n'a pas réussi à te mentir, ou plutôt, tu n'a pas plié face à tes propres mensonges comme d'autres l'ont fait. Car ton cœur n'est pas celui de quelqu'un de mauvais. Tu n'es pas quelqu'un de mauvais.
"Tu n'es pas quelqu'un de mauvais"
...Ruan. Son maître.
Il y avait quelque chose d'humide, sur les joues de Shura. Il y porta la main.
...Non, ce n'était pas possible.
-Et ?
Sa voix était éraillée, mais en même temps résolue et dure.
"Et alors ? C'est trop tard. J'ai choisi mon chemin. Aioros, mon maître, ils ne reviendront pas à la vie. Saga a la main mise sur chacun de nous, il manipule chacun des Chevaliers d'Or et les amènera un jour à faire les pires choses ou les tuera. Le Sanctuaire, le gardien de cette si belle idéologie dont tu parle, pourrit de l'intérieur. Il est trop tard. Plus personne...
Elle se brisa sur la fin. Kalpila ne l'interrompit pas. Il n'avait pas bougé, pas changé d'expression. Il ne jugeait pas. Ne disait rien. Il attendait. Il écoutait. Shura inspira et reprit.
"Plus personne ne peut arrêter ça. Plus personne ne peut arrêter Saga. Aioros est mort, Athéna a du le suivre, simple bébé qu'elle était dans les bras d'un cadavre, mon maître est mort et Saga fera assassiner les autres, et moi... Moi je ne peux rien faire.
Il se laissa doucement glisser à genoux, la voix morne.
"Parce que je l'aime. Je l'aime à la folie, et je ferai n'importe quoi pour le protéger, pour qu'il ne meure pas, quitte à ce que l'humanité sombre dans la décadence pour cela. Son autre le protège. Je ne peux pas l'arrêter. Je ne peux pas le tuer. Même si je le voulait. Personne ne le peux.
Puis il baissa la tête et les épaules.
"...Pourquoi Saga m'a envoyé à toi...? Pourquoi vous me faites subir ça...?
Kalpila s'avança, lentement, puis il s'assit en tailleur juste en face de Shura, qui releva des yeux inexpressifs, vagues comme toujours. Il avait reprit son air habituel, résigné. L'ex-Vierge, lui, n'avait toujours pas changé.
Puis il ouvrit les yeux aveugles, surprenant le Capricorne au passage. C'était des yeux troubles, bleus-verts, qui tranchaient avec tout le reste de son corps et même ses vêtements.
-Pour que nous discutions, Shura. J'ai beaucoup de chose à te dire, et pas beaucoup de temps. Alors écoute moi bien. Je vais te raconter une histoire. Et te dire la vérité...
