(herm) Aphrodite
Par Maria Ferrari
———
Les personnages de Vision d'Escaflowne ne m'appartiennent pas, je ne tire aucun profit financier de leur utilisation.
———
—Chapitre 14—
Dilandau resta longtemps blotti contre le torse de Jajuka, emmitouflé dans ses bras rassurants ; l'homme-chien songeait que son tempérament s'était considérablement adouci, la fin de la guerre, se retrouver dans un vrai foyer, tout cela lui avait fait du bien. Dilandau finit par se convaincre qu'il lui faudrait à un moment ou à un autre quitter les remparts que lui offrait le corps de son protecteur et affronter le reste du monde la tête haute ; il s'écarta donc, lui adressa un sourire empli de gratitude. Il ressentit le besoin de se confier à lui, lui raconta ce qui l'unissait à Van, lui fit le récit de tout ce qui lui était arrivé depuis un mois et insista bien sur le fait qu'il ne se rappelait plus de ce qu'avait fait Van durant la guerre.
« Ce n'est pas grave, tout ça n'est pas grave, l'important, c'est que tu sois heureux.
— Il vous a tués.
— Et alors, tu l'ignorais au moment où… et même si tu l'avais su, qu'est-ce que cela pourrait bien faire ? Nous sommes revenus à la vie, grâce à Van qui plus est. Tu n'as donc plus aucune raison de lui en vouloir. File-le rejoindre, je vois bien que tu en meurs d'envie. »
Muni de la bénédiction de son protecteur, Dilandau fila rejoindre Van et l'embrassa sur les lèvres devant l'assemblée médusée. Jajuka regarda cette scène avec tendresse et tristesse. Il était content que Dilandau aille mieux et qu'il soit heureux ; il avait cependant l'impression que Van lui volait la petite fille qu'il avait connue.
« Vous êtes ensemble ? demanda naïvement Chester.
— Cela fera un mois bientôt. » Le bonheur et la fierté débordaient de Van alors qu'il prononçait ses mots. Il était à nouveau au bras de Dilandau ; il était tellement splendide, tellement beau.
Allen aussi avait assisté à ce petit événement, son cœur s'était serré. Il songeait au projet de mariage qu'il avait eu pour sa sœur ; il avait déjà du mal à supporter un simple baiser entre Dilandau et Van, comment se serait-il senti au moment de laisser partir sa sœur pour sa nuit de noces ? Il s'y serait fait sans doute, tout comme il se ferait à la relation entre son frère et le jeune roi ; Dilandau avait l'air tellement heureux ainsi, il n'avait pas le droit de lui enlever son bonheur.
Il contempla Dilandau, eut un sourire bienveillant ; Dilandau surprit ce sourire et le lui rendit.
-
Il était presque une heure du matin et certains demandèrent s'ils pouvaient dormir au manoir ; l'acte de ressusciter s'était révélé physiquement exténuant. Les revenants n'étaient pas les seuls à être fatigués, la journée avait été riche en émotions pour tout le monde.
« Je crains qu'il faille mettre deux personnes par lit, est-ce que cela gêne quelqu'un ? demanda Allen après une courte réflexion.
— Non », répondirent en chœur Dilandau et Van. Le chevalier céleste fut un instant décontenancé. Il s'apprêta à refuser violemment qu'ils dorment ensemble mais se contint, se répétant qu'il fallait qu'il se fasse au fait qu'ils étaient un couple et qu'ils avaient déjà – Dieu ! – commis le péché de chair.
~oOo~
Dilandau venait à peine de tourner la clé, s'enfermant lui et Van dans sa chambre, qu'il dut la tourner dans l'autre sens en entendant cogner au panneau ; il entrouvrit la porte, vit Allen.
« Dilandau, je ne veux pas que tu fermes ta porte à clé, murmura ce dernier.
— Pourquoi ? demanda Dilandau innocemment.
— Parce que je… De toute façon, il n'est absolument pas question que vous fassiez… quoi que ce soit cette nuit. Et vous dormez habillés ! Il n'est donc pas utile de…
— Habillés ? intervint Van. Je n'ai rien à me mettre pour la nuit !
— Allen, nous avons déjà fait… la chose, rappela gentiment Dilandau.
— Peu importe. Pas cette nuit. Promettez-le, bredouilla Allen précipitamment.
— D'accord, c'est promis », céda Dilandau. Il ne se sentait pas d'humeur à discuter et avait décidé d'être plus diplomate avec Allen pour améliorer leur relation et rendre la vie plus tenable au manoir.
« Bien », soupira Allen, soulagé. Il se retira.
« Comment ça « d'accord, c'est promis » ? s'exclama Van. Tu pourrais me demander mon avis, je ne suis pas d'accord, moi !
— A partir du moment où j'ai décidé que je ne le ferai pas, je ne le ferai pas, peu importe ton avis. Il en est d'ailleurs de même pour toi, si un jour j'ai envie et toi non, nous ne le ferons pas non plus. Faire l'amour est un acte consensuel.
— Jamais je ne te refuserai de faire l'amour si tu en as envie », déclara Van d'un ton amer. Surtout qu'il ne parvenait pas à concevoir qu'il puisse lui ne pas en avoir envie.
« Voyons, Van. Vois l'aspect positif. Allen accepte notre relation, cela vaut bien quelques efforts de notre part ! Et puis, c'est notre première nuit ensemble, je trouve très romantique l'idée qu'elle soit platonique.
— Le romantisme… » marmonna Van en fronçant le nez. Enfin ! Il n'avait plus qu'à obéir : Dilandau avait promis et il avait l'air bien décidé à ne pas renier sa parole. « Avec quoi vais-je dormir ? Monsieur "ton frère" veut que je dorme habillé.
— Ton caleçon suffira ; quant à moi, je vais enfiler une chemise.
— A-t-on au moins le droit de se déshabiller l'un l'autre ?
— Cela n'irait pas à l'encontre de ma promesse, mais je préfère qu'on s'abstienne. C'est déjà un jeu sexuel, comme tu n'as aucune retenue tu voudras aller au-delà, et je devrai batailler pour te rendre raisonnable.
— La confiance règne ! s'exclama Van.
— Tu as remarqué l'empressement avec lequel Miguel s'est proposé pour dormir avec Chester ? » demanda Dilandau pour changer de sujet. Van haussa les épaules, puis fronça les sourcils : « Je te vois venir. Tu sais, ce n'est pas parce que nous le sommes, qu'il faut en voir partout ! » dit-il en se déshabillant. Dilandau eut ce que Van appelait "son sourire démoniaque".
« Mmmh, je n'ai pas inventé le regard qu'il a lancé à Chester ; je le connais ce regard, je l'ai déjà vu.
— Et où l'as-tu déjà vu ? »
Dilandau lui adressa un regard qui signifiait clairement « A ton avis ? », Van en déduisit que le désir se lisait dans le sien, ce qui ne l'étonnait guère.
Dilandau rampa sur le lit et se fourra sous les couvertures ; Van s'agenouilla sur le lit.
« Donc, si je résume, commença-t-il d'un ton professoral, eux, ils vont sans doute le faire, mais nous, on n'a pas le droit ? » Il se leva, souleva les couvertures. « C'est vraiment dommage… surtout qu'Allen n'en saurait rien, souffla-t-il en se glissant aux côtés de son ami.
— Je lui ai promis qu'on ne le ferait pas cette nuit, donc, on ne le fera pas cette nuit. Je n'ai qu'une parole », rétorqua Dilandau d'un ton sévère. Allongé de profil, le coude planté dans les draps, le menton dans la main, Van regarda Dilandau de longues secondes.
« Et si on le fait au petit matin ? proposa-t-il. Ça ne serait pas renier ta promesse.
— Dors Van ! » ordonna Dilandau… après avoir hésité un instant.
~oOo~
Dilandau s'éveilla, les paupières papillonnantes. Il détermina rapidement la cause de son réveil : du bruit ! On faisait du bruit au rez-de-chaussée alors qu'il était encore couché ! Protester s'imposait, il fallait se lever et leur faire connaître sa façon de penser.
Le corps de Van était pressé contre le sien et ses deux bras l'entouraient. Il regarda sa main gauche posée sur son ventre, tenta de l'enlever, sentit de la résistance et entendit son amant pousser un grognement. Van bailla, retira ses deux bras et s'éloigna pour s'étirer ; Dilandau en profita pour se lever et faire la même chose que son amant, mais en position verticale. Il se dirigea ensuite vers son miroir. Il entendit Van éclater de rire, se tourna, les sourcils interrogatifs.
« Les cheveux ébouriffés, les yeux bouffis, la bouche pâteuse, les fringues mal mises et la peau encore marquée par les plis du drap ! Tu m'offres là un bien triste spectacle !
— Moque-toi ! Tu crois peut-être avoir meilleure allure ? rétorqua Dilandau.
— Moi ça ne fait pas une telle différence. Toi qui fais tellement attention à ton allure, à tes attitudes, à ton image… te voir aussi négligé, ça fait un choc. »
Dilandau réajusta sa tenue et ses cheveux, fit quelques mouvements de gymnastique et se tourna vers son amant.
« Mieux ? demanda-t-il laconiquement.
— Mouais, répondit Van, dubitatif, c'est pas grandiose.
— La ferme ! Quelle heure est-il ?
— Je ne sais pas, huit heures peut-être.
— Huit heures ! On s'est couché après minuit et on est réveillé à huit heures ! Qu'est-ce que c'est que ces manières ? D'habitude, même quand je me couche avant minuit, je me lève plus tard ! Ils vont m'entendre ! »
Sur ces mots, Dilandau sortit d'un pas ferme.
« Moi qui avais bon espoir de passer un moment agréable ce matin », soupira Van. Il souleva le drap, regarda en dessous. « Tant pis, que veux-tu ? Nous allons devoir nous arranger entre nous ! »
~oOo~
« Que signifie ce tapage ? protesta Dilandau en débarquant dans la cuisine.
— Tiens… enfin levé ! s'exclama Folken.
— Comment ça "enfin levé" ? Il est huit heures !
— Absolument pas, il est onze heures et demie », assura Folken, amusé.
Dilandau se sentit bête et en rendit son amant responsable ; n'était-ce pas lui qui avait fait cette estimation erronée ?
« Il faudra que je fasse installer une pendule dans ma chambre, ton frère est nul dans ce rôle-là », assura Dilandau. Folken fronça les sourcils.
« Dilandau, te voilà enfin ! s'exclama Allen en arrivant. Que faisais-tu donc pour rester aussi longtemps au lit ? »
Dilandau en resta bouche bée, regarda son frère, médusé ; Allen avait dit cela en plaisantant, il semblait même assez à l'aise… après tout le mal qu'il avait eu à admettre sa relation avec Van et qu'il lui ait imposé de ne pas faire l'amour cette nuit ! Ce que Dilandau ignorait, c'est qu'Allen, légèrement insomniaque et surtout très inquiet, était venu fureter régulièrement dans sa chambre toutes les heures dès cinq heures du matin pour être sûr que les deux amoureux dormaient gentiment, qu'ils ne faisaient rien de répréhensible et que, par conséquent, il était parfaitement sûr qu'ils s'étaient conduits sagement… du moins à partir de cinq heures.
« Où sont mes slayers ? demanda Dilandau pour masquer son trouble.
— Ce ne sont plus tes slayers », précisa Folken.
Le ton employé indiquait qu'il était important que Dilandau ne les considère plus ainsi ; le jeune homme s'efforça de ne pas prendre la mouche.
« C'est affectueux dans ma bouche, assura-t-il, tentant de ne pas montrer que la remarque de Folken le blessait.
— Ils sont tous dehors, ils ne voulaient pas vous réveiller toi et Van.
— Je vais les rejoindre !
— Dans cette tenue ? » s'exclama Allen dans un semi-cri.
Dilandau lui lança un méchant regard, se remémorant l'altercation qu'ils avaient eue au sujet de sa façon de s'habiller. Avant de jeter quelques propos acerbes à la figure d'Allen, il jeta un coup d'œil instinctif à ses habits et se rendit compte qu'il était seulement vêtu de la chemise qu'il avait portée toute la nuit, que c'était un peu juste pour se promener dehors ; par conséquent, Allen n'avait pas tout à fait tort de ne pas vouloir qu'il sorte habillé ainsi.
« Je suis descendu précipitamment », expliqua-t-il avant de retourner à l'étage.
En entrant dans la chambre, il trouva Van fort occupé.
« Ne te gêne surtout pas pour moi ! s'exclama-t-il, vaguement scandalisé.
— Si ça t'intéresse, je peux t'en faire profiter, proposa Van juste avant de se mordre la lèvre comme une petite vague de plaisir déferlait.
— Obsédé !
— Nous avons toute la matinée devant nous. Allez, rejoins-moi, tu ne le regretteras pas.
— Il est onze heures et demie, Van. Je n'appelle pas ça "avoir toute la matinée devant nous".
— Déjà ?… Tu auras du temps pour moi cet après-midi ?
— Cet après-midi, je compte bien être avec mes slayers !… Et il faut que je tire les vers du nez de Chester à propos de Miguel.
— La curiosité est un vilain défaut. »
Sur ces dernières paroles, Van se leva et alla coller sa bouche à l'oreille de Dilandau.
« Et si nous prenions notre douche ensemble ? »
Cette idée parut plaire à son partenaire.
~oOo~
Van s'installa, fraîchement douché, sur une chaise en face de son frère.
« Je rentre à Fanelia, m'accompagnes-tu ? » demanda-t-il. Folken parut méditer sur le bien-fondé de son retour au pays natal après en avoir commandité la destruction. Même en admettant que personne à Fanelia ne soit au courant de ses méfaits – ce dont il doutait –, il était considéré comme un lâche et un traître là-bas.
« Je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Je serais très mal reçu et… je ne suis pas sûr d'avoir envie d'y retourner.
— J'aimerais t'avoir à mes côtés », insista Van. Folken secoua la tête. Son frère baissa les yeux tristement, il se leva, alla embrasser Dilandau avant son départ. Ce dernier était installé dans le canapé et avait entendu la conversation des deux frères.
« Et moi ? murmura-t-il à Van quand celui-ci se pencha vers lui.
— Quoi toi ?
— Tu n'as pas envie que je vienne avec toi ? précisa Dilandau à mi-voix pour que Folken ne les entende pas.
— Tu ne devais pas tirer les vers du nez de Chester cet après-midi ?
— Je le ferai une autre fois. M'emmènes-tu ? »
Van se gratta l'arrière de la tête, cherchant ses mots pour lui répondre.
« C'est encore un peu tôt, finit-il par dire, un peu gêné.
— Tu m'as déjà emmené.
— Oui, mais… quand je l'ai fait, ils ne savaient pas encore.
— Raison de plus, assura Dilandau, bien décidé à vaincre. Présente-moi officiellement. En ce moment, tu passes pour un homosexuel qui ne s'assume pas. Assume, cela améliorera peut-être les choses. »
Van était dubitatif.
« Ou ça sera peut-être encore pire. Sans compter que les gens ressuscités ne sont sans doute pas encore au courant.
— Ça ne saurait tarder. À ta place, je précèderais tout le monde, ça passerait mieux si tu l'annonçais directement, fièrement. Présente-moi à ton peuple ! Présente-leur la nouvelle reine de Fanelia ! »
Van écarquilla les yeux devant cette déclaration ; il les releva vers son frère, en quête d'une confirmation de ce qu'il venait d'entendre… ou même d'un avis. Folken était stoïque, les yeux rivés sur un livre, il ne semblait ni avoir entendu les propos de Dilandau, ni avoir intercepté le regard de Van.
« Je n'ai rien entendu, je ne veux rien savoir, je ne veux pas être mêlé à ça », dit-il pourtant. Van baissa alors les yeux vers Dilandau. Le regard de son amant était décidé, un « non » ne semblait pas envisageable.
