14.

A l'entrée de sa visiteuse, Célémandryne se leva, lui désignant un fauteuil.

- Je ne t'attendais pas, Lauréane. Une limonade ?

- Je préfèrerais quelque chose de plus fort.

L'Impératrice s'assit, acceptant le verre offert.

- Dois-je qualifier ceci du verre de la trahison ? s'enquit-elle.

- Tes gardes sont là ? préféra s'enquérir Célémandryne.

- Non. J'ai décrété une chasse aux sorcières – aux Résistants plutôt – mais c'est encore trop tôt pour la déclencher dans mon propre palais, cela sous-entendrait trop de traîtrises, et je ne suis pas encore prête à perdre mes désillusions ! Pourquoi as-tu fait tout cela, Cel ? Je t'avais accordé toute ma confiance !

- Je ne vois pas de quoi tu parles… fit encore prudemment la brune scientifique en buvant pour sa part de la grenadine.

- Il n'y avait que toi, poursuivit Lauréane, curieusement paisible, le regard clair et sans reproches. Tu étais le lien entre les Pirates et ceux qui ont aidé leur capitaine à reprendre son envol !

- Est-ce que tu t'en doutais, depuis le tout début ? reconnut alors la jeune astrophysicienne.

- Non. J'étais sincère quand je disais avoir besoin d'une amie. Quelqu'un dans ma position n'a aucun ami – sinon ceux intéressés – d'une femme pouvant comprendre ce que je pouvais endurer dans ma fonction. Evidemment, il trottinait toujours dans ma tête le fait que tu avais côtoyé les Pirates au plus près, surtout un ! En revanche, à ce jour, je n'ai aucune preuve de ta trahison, je ne soupçonne que tes complices. Et ce sont eux qui te donneront pour sauver leur peau, là je ne pourrai rien pour toi.

Célémandryne fixa de ses prunelles grises le trop parfait visage de la belle rousse pâle.

- Et toi, pourquoi me protéger alors que tu devines toute la vérité ?

- Je viens de te l'avouer : je n'ai jamais eu de véritable interlocutrice, à défaut d'une amie, à qui parler sans ambages ou sans qu'on me réponde par mensonges – enfin jusqu'ici jusqu'à ce jour. Tu es courageuse, mais je ne te pardonnerai jamais d'avoir aidé à la fuite de l'ennemi éternel de Gaïa ! En revanche, si tu n'es pas découverte, tu seras sauve. Aussi, un conseil, d'amie entièrement bien que tu ne croies pas un instant en mon sentiment : ne fais plus rien pour ce Pirate sur le retour ! J'ai ta parole ?

- Je ne peux te la donner.

- Je comprends, fit Lauréane en se levant. Je ne viendrai plus te déranger. Mais si quiconque vient encore frapper à la porte de cet appart, sache que ce sera pour ta condamnation sans procès et donc sans appel.

- Je n'avais jamais envisagé mon avenir autrement.

Une lueur nostalgique et en même temps passionnée éclaira un instant le regard de Célémandryne.

- Avant même de l'avoir rencontré, je lui avais voué ma vie. Il était encore plus merveilleux que dans mes rêves les plus chauds ! Je ne pouvais accepter de le perdre, je devais tout faire pour qu'il brille à nouveau !

Célémandryne fronça les sourcils.

- Tu n'as donc jamais ressenti cela, Lauréane ?

L'impératrice de Gaïa ricana, se retournant sur le seuil de l'appartement.

- Si. Il m'a dominée, je l'ai fait exécuter !

- Je te plains.

- Je t'en sais gré, je te sais sincère – dans le fond tu n'es qu'une petite fille. Mais la réalité est dure, il te faudra l'apprendre, quelles que soient les conditions !

Sa visiteuse ayant pris congé, Célémandryne revint dans son fauteuil, buvant distraitement sa grenadine.

« Un mois que tu es parti sauver ton équipage, Albator. J'ignore si tu y songeais un seul instant… Non, pas à ce moment-là, ce fut trop bref et trop intense à la fois ! Mais ce futur que Lauréane semble avoir toujours refusé, je compte bien veiller dessus et le protéger de toutes mes forces, de ma vie ! ».

Après un long bain, Célémandryne avait cédé à l'un des luxes accordés de par sa position au palais, et deux masseuses avaient pris soin d'elle, interminablement.


Au dîner, elle s'était contentée de plats froids, cuits, avec une carafe d'eau filtrée. Ne faisant cependant pas l'impasse sur un dessert très sucré, elle avait fini son repas par une tisane.

Debout devant les fenêtres lui donnant une vue qui n'avait plus rien de paisible sur la capitale de Gaïa, elle soupira.

- Viens vite, Pirate de mes rêves et de mon cœur. J'ai tellement hâte, nos corps ont frémi à l'unisson juste avant que tu ne repartes, le petit être en moi en est la preuve !