14.
Elle ferme les yeux sur les dernières notes de violon. Attend un peu avant de les ouvrir de nouveau.
Une main immense et chaude s'empare de la sienne, serre ses doigts, elle ne répond pas, laisse sa main se desserrer de cette étreinte qu'il y a encore vingt quatre heures la faisait se courber sous des mots d'amour.
Mais voilà son cœur ne bat plus au même rythme, il a pris une cadence amère où se mêlent dégout et tristesse. Elle sent plus qu'elle n'entend le soupir douloureux de Castle, son air chaud qui transporte lui aussi sa propre douleur.
Son regard retrouve la couleur dorée de cette fin août. Jim lance les derniers amas de terre sur le corps sans vie de Marguerite. Amy part en courant, Jude range son violon Alexis retient ses larmes et Bettie dépose un dessin sur la croix bancale et faite main qu'ils ont fabriqué un peu plus tôt. Liam et Paul ne sont pas là, perdus quelque part. Martha non plus.
Une larme s'écoule sur la joue de Kate. Elle ne l'arrête pas. Voit simplement la main de Rick se crispée, comme pour l'effacer mais ne sachant si il en a la permission. A ce doute une deuxième larme fuit. Elle se déteste, mais la colère est plus forte. Sur le monticule de terre elle jette la cloche de cuir où était gravé le nom de cette vache adorée et raillée, elle ne regarde personne, elle court.
Sans lui.
Il a trouvé leur cachette, il les regarde de loin, ne veut pas les déranger, eux aussi ont le droit de garder leur douleur pour Eux. Un peu comme le font tous les adultes présents, voguant entre une colère muette et une douleur asphyxiante. Il entend la musique qui s'échappe du petit poste à pile, reconnaît la chanson préférait de Côme, soupire, cherche Kate des yeux, ne la trouve pas, enfouie son visage dans ses mains, essaie de se souvenir de ces premiers jours, du mystère et des surprises, de ses lèvres puis plus tard, bien plus tard de son corps, contre le sien, dans cette bulle qui paraissait incassable et légère.
Si légère.
Il y a un raclement de gorge qui le fait sursauter puis le sourire triste et les rides trop prononcées de Jim. Il s'assoit n'attend pas d'invitation. Parle.
_Je sais que ça va vous paraître dur à croire, mais sans vous ça aurait été pire…
_Pire ?
_Le départ de Côme, Marguerite.
_Pire comment ?
_Comme des bouteilles de Scotch qui s'enchainent.
Rick grogne, un bruit étrange, qui se coince dans le fond de sa gorge.
_Où est-elle ?
Jim rit.
_Je vous l'ai déjà dit, elle se cache, quand tout est trop, elle se cache… Et je ne serais vous dire où…
_Parce que vous ne savez pas ?
_Parce que je ne veux pas savoir…
Un silence s'installe, avant que Castle ne demande.
_Vous pensez qu'elle pourrait récupérer le garde, je veux dire si on allait devant un tribunal, si on leur montrait les progrès de Côme et… Et ce qu'il vit là-bas…Avec eux…
_Et que vit il là-bas ?
_Et bien vous avez vu … Il, enfin… Ils l'ont attrapé et…
_ Et c'est tout… Tout ce que nous savons de la situation présente, sans parler de ce qui a pu se passer avant, aujourd'hui Hervé a récupéré ses droits parentaux et nous Rick, nous ne sommes qu'un pointillé sur le chemin de l'Histoire de Côme.
_Un pointillé… Alors c'est un « non », c'est fini, juste comme ça, avec un claquement de porte et une vache morte.
_ Juste comme ça…
Le silence qui suit et empli de la fameuse colère silencieuse. Au loin le soleil se couche, les oiseaux se taisent. Paul et Liam fuient la cabane en trainant toujours leur peine. Martha est là, Alexis dans ses bras, Jude aussi. Lotte est avec Bettie, Boomer est venu aussi et il se tient sous la pergola, un peu maladroit mais présent. Kate, elle, n'est pas revenue.
Il erre dans les couloirs de cette maison qui a pris tant de place dans son cœur, dans sa vie, dans sa tête. Des mots se précipitent sur ses doigts, lui livrent des émotions fortes, intenses, personnelles, des idées nouvelles et vraies. Sans meurtre, mais avec une violence singulière. D'amour immense et d'un chagrin profond. Dehors un éclair délivre sa couleur banche, puis sa musique infinie et colossale. La pluie arrive ensuite, jouant sur les ardoises, apaisant, lavant presque la peine de ses dernières heures.
Il sourit, derrière lui le parquet grince, il se retourne. Un éclair, encore un, illumine la grande entrée. Jupiter grogne devant la silhouette trempée, puis s'avance plus confiant, avant que sa queue ne fasse des va-et-vient plein de joie, de soulagement presque. Et alors il la voit. Perdue dans un pull immense et lourd d'eau qu'elle lui a volé. Elle est là tremblante, les yeux rougis et une bouteille de vodka à la main, presque vide. Il s'avance, elle pose la bouteille. Ses cheveux cache son visage, lui continue, sur les lames bruyantes qu'il n'entend plus sous le tumulte orageux. Elle le rejoint, tombe dans ses bras, il la serre, elle explose, en sanglot et en mots d'excuses. Il la rassure longtemps, se laisse tomber sur le parquet accompagner par les chiens. Elle le serre, l'étrangle. Il s'en fiche, elle est là. Il l'aime, elle le lui dit.
La pluie continue, l'orage lui s'éteint. Soudain Kate se lève, court jusqu'à la salle de bain, une main sur la bouche l'autre sur son estomac, elle n'a pas le temps d'atteindre la cuvette de toilettes que son estomac se libère dans la baignoire. Une première fois, puis une seconde. Ses jambes tremblent, son corps aussi. Elle ferme les yeux, revoit Marguerite, puis le cri de Côme, les portières qui claquent, le coup de feu. Une fois de plus son estomac se révulse. Elle tombe presque, avant que les bras forts dont elle ne plus se passer l'attrapent. Il va vite. Ses gestes doux et rapides, efficaces. Il lui enlève son pull, puis son jean tout aussi trempé. La laisse nue une seconde, avant de l'emmitoufler dans une serviette épaisse et douce. Lentement il la fait s'assoir, laisse un gant d'eau chaude sur sa nuque avant de s'occuper de la baignoire. Elle ne dit rien, le regarde, laisse la chaleur l'envelopper. Ses yeux se ferment de nouveau. Mais avant que le sommeil n'ait pu la happer, Rick est de nouveau là, enlevant gentiment de ses mains la serviette salvatrice.
_Castle… Elle tente de grogner.
_Juste une douche Kate et après tu pourras dormir.
Elle soupire, puis se laisse faire.
Une fois de plus il est rapide, et avant même qu'elle ne puisse se poser la question, elle est de nouveau emmitoufler chaudement dans un pantalon de jogging trop grand et un tee-shirt extra large.
L'instant d'après elle est dans ses bras, sous deux énormes couvertures douillettes, entourée de son odeur rassurante. Elle se pose. Son estomac s'est calmé, ses larmes aussi.
_On va réussir ? Elle demande.
_A quoi ?
_ A vivre sans lui ?
Castle ne dit rien, pèse ces mots qui pour lui sont comme une seconde nature.
_ J'aimerai pouvoir te dire que Oui, Kate, seulement, là de suite, dans la seconde il n'y a qu'un non qui me vient à l'esprit…
Il s'arrête, se racle la gorge.
_Alors je ne peux te donner qu'un peut-être…
Elle soupire, s'enfouie un peu plus contre lui.
_Peut-être ?
_Peut-être.
Elle ne s'endort pas, lui non plus.
Et l'automne passe, comme ça, comme un rien, à une vitesse folle. La rentrée n'est pas la même, pour personne. Côme n'est pas là, Alexis oui. Il y a parfois une euphorie temporaire, mais souvent, souvent il y a l'absence. Et pourtant, la vie continue, la maison se range, avec de nouvelles pièces, un bureau pour Castle, une salle de musique pour les plus grands, une vraie cabane dans les arbres pour les plus jeunes. Et la grange, la grange qui reste leur paradis perdu.
Pauline est passée, une semaine après le départ de Côme, elle leur a expliqué pourquoi, elle leur a dit qu'elle n'avait rien pu faire. Que les décisions venaient de plus haut, de sphères austères où ils ne regardent pas les noms, ils signent d'un « c'est la loi » et retournent aux montagnes de paperasseries qui hantent leurs jours.
Mais les hantent-elles eux ? Les hantent-elles ?
Personne n'a trouvé de réponses, Pauline était désolée. Kate aussi. La journée s'est écoulée, avec cette lenteur effrayante qui peint leur quotidien, et Castle a appris l'histoire de ce petit garçon qui n'a pas eu le temps de lui raconter.
Une histoire banale, sans grand drame qui mène à la folie, sans excuse.
Juste une violence latente, une colère qui est là, depuis toujours certainement et cet homme qui ne la gère pas, qui s'en félicite presque, d'être un homme fort et immense, un homme qu'on écoute, tout du moins qu'on se doit d'écouter, sinon… Et bien sinon il y a les coups, pour tous, n'importe quand.
Arrive ensuite une bande, les appeler des loubards serait trop simple, trop gentil aussi. Se sont des chiens affamés, de terribles bêtes, des monstres et plus les années passent plus ils sont nombreux.
Avec leurs ceintures de cuir et leurs mégots de cigarettes.
Côme nait dans cette ambiance, il est le troisième enfant d'Hervé Carranno, le second de Colette son épouse du moment.
Son fils ainé fait partie de la bande. Il s'appelle Camille, vient d'avoir quatorze ans. Son dos est dans un piteux état, il s'en moque c'est un rite de passage.
Côme n'a pas un an, quand cet enfant, ce frère qui aurait dû le protéger, commence à lui assener des coups.
La suite est banale, d'une banalité effroyable. Une bande de loups qui se revendiquent, une famille, bien installée dans une banlieue pavillonnaire de Province. Ils sont aimables, rendent quelques services. La rumeur veut qu'ils trainent dans des combines un peu louches, mais par les temps qui courent… Que voulez vous ?
Ils rient souvent et fort. Les enfants vont à l'école, ils sont propres, ont toujours leurs affaires même si les devoirs ne sont pas souvent faits, ils sont timides, calmes et silencieux. Et parfois ils ne sont pas là.
Côme a exactement deux ans et cent douze jours quand la bande dérape une fois de trop. Quand la colère se transforme en haine. Pourquoi ? On ne sait pas. Certainement parce qu'elle était là depuis toujours.
C'est Pierre onze ans, qui meurt ce jour là.
Il est le grand frère de Côme, le premier fils de Colette. Camille et lui ont volé un scooter, ils se sont fait prendre Camille s'est sauvé à laissé son frère. Pierre, lui, a eu peur, et a tout raconté à la Police Les combines, les trafics, les coups aussi, les enfants qui travaillent, les femmes qui circulent, tout. Ils viendront demain à la première heure.
Pierre n'a pas vu le coup venir. Il a hurlé. La bande s'est levée, les ceintures ont glissé de leurs anneaux en jean, les cigarettes se sont embrasées et le regard d'Hervé s'est assombri. La suite ne se raconte pas, mais la fin est connue. Pierre est mort, d'épuisement, de lassitude certainement aussi.
Ce n'est pas Hervé qui l'a tué, enfin pas que Hervé, toujours est-il que le coup fatal a été attribué à Camille, pas encore dix-sept ans au moment des faits. Côme lui a été retrouvé dans un placard, soixante douze heures après la première venue de la Police. Sans nourriture, sans eau, avec des traces de coups et des brûlures.
Colette a fuit, on ne sait où. La bande aussi s'est dispersée dans toute l'Europe. Etrangement Hervé n'a pas bougé. Il s'est laissé menotter, est parti au commissariat, a écouté les charges retenues contre lui et a souri. Parce qu'il avait réussi son coup. Personne ne les avait soupçonné, personne n'avait vu ou voulu voir. Leurs combines marchaient encore, sans lui, mais qu'importe, elles seraient toujours là quand il reviendrait. Parce qu'il reviendrait. La police n'avait rien. Que de la poussière, des miettes. Pierre avait parlé, il était mort, mais aucune preuve ne rattachait directement Hervé aux évènements.
La drogue était partie avec la Bande, les filles n'étaient plus là, les enfants trop petits ou trop amochés, Camille prêt à endosser la responsabilité de l'homicide involontaire. Hervé Carranno était sauf.
Un accord a été trouvé avec le juge. Six ans pour maltraitance et non assistance à personne en danger, une remise de peine possible et la garde de son fils, Côme Carranno, s'il se tenait tranquille plus de deux mois après sa libération.
Hervé avait signé, sachant très bien que des grands pontes lui devaient quelques faveurs. Et voilà qu'un an est demi plus tard, il venait briser une famille déjà bancale.
Tout ce qu'il y a de plus banal. Donc.
Désormais nous sommes en hiver. La campagne est recouverte d'un givre cristallin, qui scintille sous les rayons timides du soleil qui rase l'horizon. Noël se prépare, doucement, avec moins de joie qu'autrefois, mais avec Richard Castle.
Il revient tout juste de New York où il est allé « livrer » les premières esquisses de son roman. Gina a été surprise. Agréablement. Pas de meurtres, ni de mystère policier, mais ça lui a plu, elle en veut plus. L'auteur lui a promis six chapitres avant la fin de l'année. Elle l'a laissé s'envoler vers son paradis perdu.
Et le voilà revenu avec des cartons de décorations de Noël qui feraient pâlir plus d'un hypermarché français !
Alors si la tête était encore pleine de souvenirs lourds et tristes, le cœur lui, s'est laissé emporté par les guirlandes lumineuses et le Jingle Bell d'un père Noël grandeur nature.
C'est au milieu de chocolats chauds et de Diana Krall chantant « Santa Claus is coming to Town », que le vieux téléphone se met à sonner. Les regards se croisent, on n'attend personne, Paul est ici, Lotte et Billie aussi. Martha est dans la cuisine, avec Jim, et Boomer est en voyage d'affaire. Toute la tribu est ici, sous la chaleur de la vieille cheminée, entourée des ronflements des chiens et de la senteur du sapin fraichement coupé. Mais la sonnerie criarde ne s'arrête pas. Et quand un instant elle est lasse qu'on ne lui réponde pas, elle prend une inspiration de silence avant de réitérer.
C'est Kate qui se dévoue. Elle arrache de son socle vert le téléphone hurlant et attend.
_Kate ?
_Oui ?
Il y a un soupir de soulagement de l'autre côté du fil.
_C'est Philippe.
Les épaules de la jeune femme se relaxent, un sourire nait au coin de ses lèvres. Philippe est un ami, brigadier chef, à la petite gendarmerie du village.
_Mon père n'a pas encore fini le glaçage des cookies Phil…
L'homme laisse échapper un rire. Trop petit, trop timide, trop vite effacé.
_Kate…
Elle est sérieuse, ses yeux croisent ceux de Rick, il a compris, s'avance vers elle.
_Qu'y a t'il ?
_Dans combien de temps peux-tu être aux Herbiers ?
_Moins d'une heure, pourquoi ?
Phil soupire, Castle prend sa main.
_Carranno a fait des siennes…
Diana Krall se tait.
La Vendée à une histoire, une histoire de soldats, de révolution, et de génocide républicain. Une histoire qui se dessine dans ses terres, dans ses paysages, où les couleurs sont plus contrastées, les lumières plus vives, où la douceur angevine déjà s'estompe.
Quand ils arrivent au dernier domicile connu d'Hervé Carranno, de la douceur il n'y en plus.
Peut-être n'y en a t'il jamais eu.
Il y a la gendarmerie, les pompiers, le Samu.
Rick demande à Alexis de ne pas sortir de la voiture, de rester avec les plus petits. Elle acquiesce la gorge serrée. Jim est dehors, Martha en retrait, une main sur la bouche, le regard troublé. Il sort à son tour, Kate le rejoint.
Un instant ils restent interdits devant la scène qui se joue sous leurs yeux, avant que Pauline ne viennent vers eux.
_Je suis heureuse que Philippe ait réussi à vous avoir…
Elle est essoufflée, ses yeux sont rougis, mais les larmes sont absentes.
Kate ouvre la bouche, mais les sons ne viennent pas. C'est Castle qui se racle la gorge.
_Que s'est-il passé ?
_On ne sait pas. Un règlement de compte au sein même de la bande. On soupçonne Carranno d'avoir voulu reprendre sa place, là où d'autres s'étaient faits Chef en son absence… On a retrouvé de la drogue, des armes, des filles aussi. Elles sont prêtes à parler. Carranno est en route pour l'hôpital, il est salement amoché. Ils ne savent pas s'il va s'en sortir…
Personne ne scille. Aucune empathie.
Finalement Kate trouve le seul mot qui lui importe.
_Côme ?
Les yeux de Pauline se rougissent un peu plus. Sa voix se rouille.
_On… On ne la pas trouvé. Il… Il manque deux enfants. Côme et le dernier enfant de Carranno, Solal, il a deux ans et demi.
_Rien dans la maison ? Demande Jim.
_Les enfants de certaines des filles présentes. Des mecs de la bande, mais on a fouillé toutes les pièces il n'y a rien.
Elle inspire, regarde Kate, puis Rick.
_Un des sbires de Carranno a hurlé qu'ils…que… qu'ils les avaient tué. Et que Camille, le fils ainé de Carranno serait le prochain dans son foyer de redressement…
Ils ne disent rien puis Martha s'avance.
_Pauline, Darling, tu connais nôtre Côme, il doit être caché quelque part, n'ont-ils pas des chiens ces braves jeunes hommes ? Demande t'elle en pointant les gendarmes.
_Ils sont en train de faire les recherches. Mais il y a un lac, un peu plus loin, et les plongeurs ne sont pas encore là…
_On va aider à chercher. S'il nous voit, peut-être qu'il sortira… Assure Kate, se dirigeant vers la voiture où sont entassés contre les fenêtres Jude, Alexis, Amy et Liam.
Bettie et Paul sont restés aux Marais avec Lotte.
Sans commentaire et sans faux espoir, la petite troupe se joint aux gendarmes, hurlant le prénom des enfants disparus, arpentant les herbes hautes, et les recoins de la propriété. Ils hurlent vainement depuis plus d'une demi-heure quand Kate désenlace ses doigts de ceux de Castle.
_Il faut qu'on se sépare, il a pu partir loin… Se cacher là où personne n'y penserait…
L'écrivain acquiesce, laisse un baiser aux coins de ses lèvres puis part dans une autre direction.
Une heure passe. Une seconde.
Jim, Martha, les enfants, tous ont rejoint Pauline sur les escaliers de l'ancienne maison. Le soleil est au ras des herbes, le ciel mélangeant son bleu aux rayons rouges orangés. Amy pleure, Liam aussi.
Kate les rejoint, le chef des gendarmes commence à rappeler ses hommes. Castle finalement sort des champs et se rapproche de sa famille.
_Rien ?
Il demande sans espoir.
_Rien.
Il s'assoit sur les marches. Liam vient se blottir contre lui.
L'écrivain regarde cette vieille ferme si différente des marais. Elle est aussi haute mais les fenêtres sont moins nombreuses. Les portes sont des arches et le lierre a prit demeure contre les murs humides. Un instant son imagination l'emmène sur les champs de bataille de l'année 1793, il voit devant lui au milieu de ces champs désormais verdoyants, des paysans, de simple hommes prendre les armes pour défendre leurs croyances, la royauté, les prêtres. Il imagine les labours transformés en tranchées. Il entend le râle des chevaux, les tambours des enfants qui précédaient les étendards, les cris des femmes dont on brûlait les maisons, les balles qui transperçaient le corps des fusillés.
Il frisonne sous l'Histoire.
Et soudain se souvient.
_La cave !
Les têtes se lèvent.
_Ils ont déjà fouillé la cave, Richard. Argumente Pauline.
Il ne l'écoute pas, déjà se lève, et entre dans la maison. Les gendarmes le regarde curieusement, ne l'arrête pas.
_Après la révolution française, une guerre civile éclata en France, et surtout dans l'Ouest de la France, entre les Républicains, dit les bleus et les Royalistes, dit les blancs. Les guerres de Vendée sont connues car elles ont donné beaucoup de fil à retordre aux armées républicaines, mais aussi parce que les vendéens ont caché nombres de leurs Curés durant le conflit. Et pour cela, certains paysans, sont même allés jusqu'à construire des pièces secrètes…
La cave est humide, elle sent le champignon et la cigarette. Une ceinture traine par terre, un cendrier est plein dans un coin. Un immense bâton est accroché à côté de la porte, au delà de ça, la pièce est vide.
_Castle… Tente Kate, sa main glissant le long de son bras.
_Il ne fallait pas que les républicains les trouvent. Ils étaient devenus un symbole. Le symbole de valeurs devenues interdites, mais qui pour Eux, peuple paysan étaient primordiales.
Ses mains glissent le long du mucus et de la mousse. Les pierres roulent sous ses paumes, comme si elles lui transmettaient les secrets dont elles ont été les témoins. Elles sont lourdes et vivantes, jusqu'à la dernière. Creuse, et lisse.
Un pan de mur entier, il se baisse, voit les rayures contre le béton, les traces telle de la craie sont récentes.
Kate suit son regard, comprend, tous les deux poussent le mur…
La première chose qu'ils perçoivent c'est un écoulement d'eau, un ruissèlement, de ceux qui vous rendent dingue si vous y prêtez trop d'attention. Puis leurs yeux s'habituent à la pénombre, et ils distinguent une forme. Petite, tremblante. Castle s'avance, s'accroupissant tellement le lieu est étroit. Il pose sa large main sur le petit tas, sent la pointe de chaleur qui s'échappe. Presque imperceptible. Il soulève le drap trempé et noir de crasse et trouve les deux silhouettes manquantes.
Il se débarrasse de son manteau est enveloppe la plus petite, la plus froide aussi, dedans.
Solal à les lèvres bleues, le corps jonché de traces et de coups.
Il le passe à Kate.
Cette dernière s'arrête instant sur le petit visage du garçonnet. Ses yeux sont pleins de larmes, son cœur de rage, elle dépose un baiser sur sa tempe avant de le laisser dans les bras de Pauline. Quand elle revient vers Castle, Côme est dans ses bras. Plus petit, plus maigre, plus mal en point que la première fois qu'elle l'a vu. Elle se débarrasse de sa veste, aide Rick à l'envelopper correctement, puis le réajuste dans les bras de l'écrivain, avant que ses doigts n'aillent se perdre contre son cou, pour y trouver le battement trop lent et trop faible de son cœur.
Ensemble ils sortent, un peu plus loin un médecin les attend. Ils se dirigent vers lui. Ils ne sont pas à sa hauteur que Côme ouvre les yeux. Les regarde. Attrape la chemise de Rick avec toute la force qu'il lui reste, murmure le nom de Kate et sourit.
A suivre.
NDA : Merci, merci et merci mille fois pour tous vos commentaires splendides et construits. Merci de suivre cette histoire.
J'espère que vos fêtes de fin d'année se sont bien passées.
Et enfin à vous tous je voudrais dire que je vous aime. Je pense qu'il est important aux suites des évènements tragiques de ces derniers jours, de distribuer un peu d'espoir et un peu d'amour et je pense que vous êtes tous un très bel exemple de gentillesse, d'amour et de fraernité vous qui prenez le temps si ce n'est de commenter, de lire ce que nous écrivons sur ce site. Et pour cela, mille fois merci. Love tendresse chocolat et chamalow. Mow
