Chapitre 14
Drôle de déclaration
"Johanne! Attendez moi!" s'écria Rogue, la poursuivant dans les couloirs.
La jeune femme ne décolérait pas depuis qu'elle était sortie de la salle sur demande. Au contraire même! Elle se sentait bouillir et lorsque son mentor posa sa main sur son épaule, pour la stopper, elle se retourna violemment. Elle poussa Severus des deux mains pour qu'il la lâche.
"Ne-me-touchez-pas." Siffla t-elle, le foudroyant du regard, détachant chaque mot avec précaution.
Le maitre des cachots n'en menait pas large. D'un côté il avait envi, non, il voulait s'expliquer avec son assistante. Après tout elle était la première fille à s'intéresser à lui depuis bien des années. Il espérait pouvoir se rattraper, ne pas gâcher sa seule chance avec la demoiselle. Mais de l'autre, il était tenté de laisser la jeune demoiselle à sa colère, tout cela était une prise de tête passablement inutile, une perte d'énergie considérable qu'il préférerait éviter.
"Laissez moi au moins vous expliquer..." Bredouilla t-il un peu perdu d'être passé de bourreau à accuser en quelques millièmes de seconde.
"Il n'y a rien à expliquer professeur! Tout est clair, parfaitement clair! Comment dit-on déjà? Clair comme de l'eau de roche!"
Rogue se rembrunit devant le ton qu'employait son assistante. Elle commençait à lui courir sur le haricot celle là. Il n'y a pas deux minutes, elle aurait tué pour passer cinq secondes à son bras et maintenant elle le haïssait farouchement. C'était bien une fille! A quoi bon tenter de lui parler? Elle était surement aussi sourde que ses congénères. D'ailleurs la furie ne lui laissait pas un temps de pause pour qu'il puisse s'exprimer. Elle lui hurlait dessus, agitant furieusement les mains à la manière d'un italien dans ses meilleurs jours. Ses braillements avaient ameuté nombre d'élèves et une foule de badauds silencieux s'était formée autour du duo. Soudain, Chourave fendit la masse, cherchant à connaître l'origine de l'attroupement. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir Johanne, en pleure, en train de marteler du doigt le torse du maitre des Potions. Lui, restait figé, droit comme une statue, et ce malgré la montagne de mots que la jeune fille lui crachait au visage.
"Que ce passe t-il ici?" Hurla Chourave pour couvrir la voix de l'assistante.
"Il se passe que je ne suis pas Lilly Evans! Et que je ne le serais jamais!" Fini de s'emporter l'assistante avant de partir en courant.
"Severus, vous me devez une explication." Conclu simplement la botaniste.
Mais l'homme était déjà parti de son côté.
Johanne traversait les couloirs,
essuyant les larmes qui coulaient de ses yeux, au pas de course. Elle
ne rêvait que d'une chose: retrouvait sa chambre et dormir. Dormir
pour ne plus penser. Le tourbillon qui soufflait sur son cerveau, la
véritable tempête qui ébranlait son crâne lui donnait le
sentiment qu'elle allait bientôt exploser. Elle dépassa la limite
que les professeurs avaient imposé aux élèves avec un certain
soulagement, ne supportant plus les regards que certains pouvaient
lui lancer. C'était comme s'ils lui disaient tous: on t'avait
pourtant prévenu. Tu savais parfaitement qui était le professeur
Rogue. Tu ne peux t'en prendre qu'à toi même. Elle n'y pouvait
rien! Elle était bêtement tombée amoureuse de cet homme. Et cela
ne serait pas arrivé si elle était restée en France. Elle se jeta
sur son lit, secouée de sanglots incontrôlables. Thad, qui dormait
sur une pile de linge, leva la tête, les yeux encore clos. Lorsqu'il
remarqua sa maitresse en pleure, il sauta à terre pour venir ensuite
se loger contre elle. Il miaula plusieurs fois en frottant sa tête
contre un de ses bras. Serrant son chat contre elle, la jeune femme
se mit à attendre le sommeil.
Néanmoins, on semblait avoir
décidé de ne pas la laisser dormir en paix. Sa porte s'ouvrit en
grand et trois personnes pénétrèrent dans la chambre, à pas de
loup.
"Hé bien Johanne." Souffla la voix du professeur de botanique, alors qu'elle s'installait à ses côtés sur le lit. "Calmez vous un peu..." Elle lui caressa les cheveux d'une main.
L'infirmière s'installa au côté de Chourave, posant quant-à elle, une poigne rassurante sur son bassin. Elle ne dit pas un mot mais pressa plusieurs ses doigts sur sa peau. La dernière personne vint s'installer à l'opposé des deux femmes. Le professeur Dumbledore se mit à grattouiller Thad en silence.
"Hé bien, hé bien ma fille. Cette grande asperge de Rogue ne mérite pas que vous vous m'étiez dans un état pareil pour lui." Souffla t-il enfin pour briser le silence. "Je ne sais pas ce qu'il a pu vous dire, ou encore faire, mais je vous..."
"Je... *hoc* je veux *hoc* rentrer en France." Hoqueta Johanne entre deux sanglots.
Ses trois amis échangèrent un regard.
"Pour le moment oui, mais laissez le temps au temps... Ne prenons pas de décision attive voulez vous... Le vite est l'ennemie du bien." Marmonna Dumbledore en indiquant aux deux femmes qu'il fallait la laisser maintenant.
Johanne s'endormit quelques minutes plus tard.
On dit que la nuit porte conseil. Allez savoir si ces conseils sont bons ou mauvais. Une chose est sure c'est que, très tôt ce matin, Johanne avait fait ses bagages et était prête à quitter les lieux. Un hiboux était déjà partie pour les longs courriers afin que ses amis viennent la chercher à la gare. Maintenant il ne lui restait plus qu'une chose à faire. Mais pas là moindre: démissionner. Elle savait parfaitement que l'homme allait tenter de l'en dissuader, c'était d'ailleurs pour ça qu'elle partait si tôt. A cette heure, le directeur devait encore dormir et elle ne le croiserait pas. Sa décision était prise. Comment pouvait-elle encore travailler avec Rogue après une telle humiliation? De toute manière, le maitre des cachots ne voulait certainement plus la voir... d'ailleurs elle ne voulait plus le voir non plus. S'aurait été comme recevoir un coup de couteau en pleins coeur. Elle était triste, mais aussi en colère contre lui. Contre elle aussi. Si pour une fois elle avait mis une croix sur sa curiosité, rien de tout cela ne serait jamais arrivé.
"Citron meringué."
La gargouille la laissa passer et elle s'engagea dans l'escalier. Une fois arrivée au niveau de la porte du bureau, elle fut surprise de voir Dumbledore lui ouvrir alors qu'elle s'apprêtait à glisser la lettre sous celle ci.
"Je vous attendais." Expliqua t-il en souriant. "Alors, on va mieux ma pauvre Johanne."
La jeune fille se contenta de secouer la tête de droite à gauche, baissant le nez.
"Pourquoi vouliez-vous me voir?"
"Je veux rentrer en France."
"Mais bien sur, pas de problème. Voir votre famille durant les vacances vous fera le plus grand bien. Asseyez vous. Un chocogrenouille?"
Dumbledore n'avait cessé de lui tenir les épaules jusqu'à ce qu'il la laisse enfin pour retourner derrière son bureau. Il fouillait actuellement dans ses tiroirs.
"Définitivement."
Le directeur leva le nez, étonné.
"Je ne comprends pas. Définitivement quoi?"
"Je veux retourner en France, définitivement." Marmonna Johanne en baissant les yeux.
"Mais voyons... Johanne vous... ne pouvez pas partir."
"Je démissionne professeur. Je ne peux indéniablement pas rester ici. Sincèrement." Elle leva des yeux mouillés de larmes vers le vieux monsieur. Sa gorge se serrait. "Croyez bien que je vous remercie de m'avoir offert cette opportunité. Mais je ne me sens pas de terminer l'année en croisant le professeur Rogue tous les jours. Ce serait intolérable. Alors je préfère partir, avec le peu d'honneur qu'il me reste."
"Vous ne pouvez pas faire cela Johanne! Vous êtes une Poufsouffle! Que faites vous de votre loyauté?!" Commença à argumenter Dumbledore.
"J'adore Poudlard, je vous adore tous ici! Je vous assure, si tout cela ne tenait qu'à moi je resterait à Poudlard! Car vous vous êtes tous occupés de moi comme de vrais amis! Mais je ne peux pas!"
Là dessus, l'ex assistante, claqua sa lettre de démission sur le bureau de l'homme avant de se lever. Elle traversa le bureau aussi vite que possible sous les yeux effarés de Dumbledore.
Elle fila récupérer ses valises, le coeur battant. Elle savait que bientôt ils viendraient tous pour la dissuader de partir. Et si elle avait réussi à passer l'épreuve Dumbledore, elle ne supporterait peut-être pas le regard de Chourave et de Pomfresh. Elle s'élança dans les couloirs, prenant soin de ne croiser personne. Mais à vrai dire, le château dormait encore. Elle passa devant la porte de la grande salle, traversa le parc, sa valise flottant devant elle. Ses yeux s'attardèrent sur le lac et elle s'arrêta un instant pour regarder autours d'elle. Histoire de graver une dernière image de Poudlard dans sa mémoire. Si elle ne s'était pas stoppée, à ce moment précis, elle aurait surement pu passer la grille du château sans problème. Mais voilà, ces quelques minutes de perdues par pure nostalgie lui coutèrent ses adieux en silence.
"Johanne!" Hurla Chourave alors que la demoiselle s'apprêtait à passer la grille pour ensuite transplaner. "Ne faites pas ça, je ne vous le pardonnerai jamais sinon!"
"N'avez-vous pas honte de nous abandonner à notre triste sort?!" S'époumona Pomfresh à sa suite.
Les deux femmes étaient encore en robes de chambres. Chourave portait sur sa tête une filet qui enserrait ses cheveux, Pomfresh elle n'avait même pas pris le temps d'enfiler ses chaussons. Elle courrait pieds nus sur le chemin en grimaçant à chaque fois que sa peau rencontrait un cailloux. Johanne voulu faire un pas de plus mais déjà Chourave l'attrapait par le bras.
"Ne vous comportez pas comme une gamine Johanne! Réfléchissez!" Lui dit-elle en la secouant. "Qu'allez vous faire une fois en France?"
"Comment osez vous nous abandonner! Vous n'avez pas le droit de partir comme ça!"
Johanne baissa les yeux.
"Allez vous tout jeter par la fenêtre comme ça? Mettre une croix sur votre avenir d'enseignante? Croyez bien qu'une année ou deux de plus et Dumbledore vous trouvez un véritable poste! Ici ou ailleurs! Et vous, vous préférez partir?!"
L'argument faillit presque la convaincre... mais Pomfresh commit alors une énorme erreur.
"Vous n'allez pas nous abandonner pour une raison aussi stupide!"
"Stupide?!" S'emporta Johanne. "Stupide?! Parce qu'avoir le coeur brisé c'est stupide?! Parce que ne pas avoir envi de souffrir le reste d'une année c'est stupide?! Vous croyez peut-être que j'ai envi de partir? Non, je n'en ai aucune envie! Mais je ne peux pas, je ne veux pas, je ne supporterais pas de devoir croiser son regard! Je suis humiliée! Anéantie!"
Là dessus elle se libéra de l'étreinte de Chourave, des larmes de rage perlant au coin de ses yeux. "Je n'avais jamais été amoureuse! Et il a fallu que ça tombe sur lui?! Comment voulez-vous que je fasse?! Je ne suis pas Lilly et voilà tout le problème!"
"Ha mais quand allez-vous comprendre que je m'en fou!" Gueula Severus au loin, courant vers le trio, Dumbledore derrière lui.
Le voyant Johanne ouvrit de grands yeux effrayés et recula de quelques pas. Soudain elle pivota pour faire face à la grille, mais elle n'eut pas le temps de faire un pas qu'elle tombait au sol, entravée. Alors qu'elle s'apprêtait à insulter Rogue pour ce coup bas, elle vit Chourave sa baguette à la main, la pointant toujours sur elle. La femme montrait une réelle détermination à ne pas la laisser partir avant qu'elle n'ait le temps de s'expliquer avec le professeur de Potions. L'ex assistante roula sur le dos et s'empara de sa propre baguette. Mais cette fois ci se fut Pomfresh qui lui lança un Experliarmus qui fit voler l'objet au loin. La colère qui la submergeait quand elle pensait à Rogue se porta sur ses deux ex amies. Pourquoi faisaient-elle ça? Pourquoi ne pouvait-elle pas simplement partir! Ces deux femmes voulaient-elles vraiment qu'elle ait le coeur en miette?! Ne savaient-elles pas ce que c'était d'aimer quelqu'un qui en aimait une autre?! Johanne hurla de rage alors que Rogue atteignait enfin le lieu de l'action.
"Par Merlin, pourquoi m'a t-on collé une assistante caractérielle dans les pattes?!" Grogna t-elle en se laissant tomber à genoux devant elle. Il l'empoigna pour l'obliger à le regarder. Il était temps de tirer les choses au clair!
"Écoutez petite égocentrique. Vous n'êtes pas toute seule dans cette histoire. Il y a vous et il y a moi! Et croyez bien que je fais des efforts depuis le début de l'année! De sacrés efforts! Si je n'avais pas eut, des le débuts, quelques sentiments, je ne parle pas de sentiments amoureux! Mais quelques sympathies pour votre personne, vous seriez retournée en France dès votre première semaine en ces lieux! Mais voilà, vous aviez quelque chose que les autres n'ont pas! Du cran, des choses qui vous tiennent à coeur, un sens de la justice qui ne passe pas inaperçue. Et en cela vous ressemblez à Lilly Evans!"
"Je ne suis pas Lilly!" Hurla Johanne.
"Mais je n'ai jamais dit le contraire!" vociféra Rogue en la secoua. "Vous êtes Johanne! Une empotée de service, maladroite et parfois profondément stupide! Et ce n'est pas Lilly que je veux comme assistante, c'est vous! Vous et personne d'autre! Parce que si au début j'avais envi de vous coller des claques, aujourd'hui je ne peux pas faire cours sans vous avoir dans les pattes, vous m'entendez?! Je n'imagine pas ma classe sans votre présence! Et si vous partez, si vous m'abandonnez lâchement, si vous me tournez le dos, alors là oui, là d'accord, vous serez comme Lilly Evans! Parce que c'est ce qu'elle a fait! Elle est partie et elle m'a brisé le coeur! Alors êtes vous Lilly Evans?!"
Johanne baissa les yeux. Elle ne savait plus quoi penser. Elle était perdue. Maintenant, elle ne savait plus si elle devait partir ou non. Et surtout, elle ne savait plus exactement ce que le professeur Rogue pouvait ressentir pour elle. Tout ce qu'il disait été emprunt de colère et de rage. C'était étrange comme déclaration, cela ressemblait plus à un savon. Elle releva les yeux, le coeur battant à tout rompre dans sa poitrine, vers le professeur. Et quand elle croisa ses prunelles noires elle se contenta de le prendre dans ses bras et de le serrer fort contre elle. Elle laissa son visage se placer au creux de son cou. Rogue se contenta de passer ses bras autour d'elle, sans rien faire de plus.
"Bon et bien, on n'a plus qu'à remonter vos valises dans votre chambre!" Lança la voix enjouée de Dumbledore. "Et étrangement votre lettre de démission à disparue de mon bureau avant que je n'ai pu la lire."
Le drame était passé depuis quelques jours, mais Johanne était encore honteuse. Après coup elle s'était rendue compte qu'elle avait agi sur un coup de tête. Comme elle le faisait bien souvent d'ailleurs. Elle et Rogue ne s'étaient pas croisés depuis, pour la bonne et simple raison que la demoiselle l'évitait comme jamais. Elle avait tellement peur de le revoir et ne se sentait pas encore prête à lui adresser la parole. Et d'ailleurs elle ne parlait presque plus, et ses camarades de thés respectaient ce silence. Les deux femmes n'abordaient jamais le sujet tabou et ne tournaient même pas autour du pot. D'ailleurs pourquoi l'auraient-elles fait?
"Et donc à ce moment précis Filius me demande si je ne veux pas aller lui emprunter un livre à la bibliothèque et devinez ce que je lui ai répondu..."
Pomfresh était en pleine narration d'une de ses aventures d'infirmière dans une école de magie. Ce qui était souvent très drôle. Johanne leva la tête.
"Vous croyez qu'il est amoureux de moi?"
"Le professeur Flitwick n'est pas vraiment fait pour vous" Rigola Pomona.
"Non, je parle de Rogue."
Les deux femmes échangèrent un regard. Elles se turent un moment, le temps de trouver les bons mots. Il fallait prendre des gants pour répondre à ce genre de question.
"Je pense qu'il vous aime plus que bien. Mais de là à être amoureux, non, je ne pense pas." Répondit Pomfresh.
"Oui, il a indéniablement des sentiments pour vous, sinon il n'aurait pas pris la peine de se déplacer pour vous empêcher de partir..."
"Néanmoins... Rogue est quelqu'un qui se protège beaucoup. Vraiment beaucoup."
Johanne secoua la tête de haut en bas.
"Il faut laisser le temps au temps Johanne." Compléta Chourave. "Vous avez déjà bien entamé sa carapace."
"Oui, le temps au temps..."
