TITRE : SCOTTFIELD'S LEGEND

Auteur : Marianclea

Hello !

Alors je tenais d'abord à vous présenter mes plus plates excuses pour ce retard dans la publication de ce chapitre. Pour résumer : la vie nous oblige parfois à prendre du recul sur les évènements et sur soi. J'ai préféré mettre un peu plus de temps mais vous offrir un chapitre de qualité.

Et pour me faire encore plus pardonner, je vous ai intégré une petite scène qui plaira aux plus destiel d'entre nous.

J'espère que vous apprécierez ce nouveau chapitre.

Enjoy it


Résumé du chapitre précédent :

25 Juillet 1876. Londres, Eglise Saint Giles

David Thomas, l'avocat de Lord Blake, accompagne Castiel à sa noce. Durant le trajet, il s'interroge sur la nature des évènements qui ont conduit le fils de son ami à épouser la jeune Alexane de Winter qu'il héberge chez lui depuis quelques mois. Bien qu'il ait cherché des réponses, aucun des trois protagonistes n'a daigné répondre sur le sujet. Il sait qu'un élément lui est caché. Un lourd secret qui a eu des répercussions catastrophiques sur leurs vies respectives. Lorsque Castiel reprend connaissance, sans souvenir du drame, il assiste impuissant au départ de Dean Winchester qui a été déshérité par son père. Par hasard, il découvre le secret des jeunes gens ou du moins le suppute. Conscient du trouble intérieur du jeune Comte, il tente par tous moyens de lui faire entendre raison quant à l'échec de l'union qu'il s'apprête à contracter. C'est un fiasco. Castiel le somme de ne pas poursuivre en ce sens où ils rompront tous liens. Il cède à contrecœur.

Dans le même temps, Alexane de Winter reçoit une "leçon de savoir-vivre" du majordome de la maison des Blake suite à son manque d'appétit. En discutant avec Martha, sa lingère, elle prend conscience de l'image qu'elle renvoie aux autres et se promet d'agir en conséquence. Son reflet la replonge dans l'étonnante demande en mariage de Castiel, aux raisons qui l'ont poussé à le faire et le pourquoi de son acceptation. Elle lui doit la vie. Elle fera tout ce qu'il faut pour sauvegarder son honneur quand bien même son cœur est déjà engagé ailleurs. A l'issue de leur contrat, elle sera libre de choisir sa voie.

Dean Winchester qui vit désormais dans les quartiers pauvres de Londres rejoint à pied le lieu de la cérémonie. Avant de quitter définitivement son sol natal, il veut s'assurer du bien-fondé de sa démarche. Il sait que Castiel n'a aucun souvenir de lui, que nul ne saurait le reconnaître aujourd'hui sous ses atours. Par mesure de précaution, son frère ayant été invité à la noce, il se cache derrière une colonne et assiste à l'union de ces deux personnes qu'il aime de manière différente. Il réalise trop tard que Castiel est vraiment l'homme de sa vie et qu'il doit le fuir. Il n'a plus d'autre choix. Dans sa précipitation, il heurte un autel portatif qui s'écrase en un bruit sourd et attire les regards vers lui. Alors qu'il s'échappe, il se retourne et se retrouve nez à nez avec les mariés. Il stoppe tout mouvement.

Alors que Castiel est enfin uni à Alexane la protégeant à jamais du Duc de Worthington, la présentation des époux est interrompue par un bruit sourd. Immédiatement, il se rend sur place et découvre un pauvre hère qui tente de fuir. Lorsqu'il pose son regard dans ses yeux, son passé endormi ressurgit. L'homme face à lui s'appelle Dean. Il le sait, il l'a toujours su. Il n'a pas le temps d'esquisser le moindre geste vers lui qu'il s'effondre, le prénom de Dean sur ses lèvres.

CHAPITRE TREIZE

Avril 1876 – Londres, Demeure des Blake.

Les dix heures sonnaient à l'horloge lorsque Rupert Stevenson, majordome de son état, se décida à frapper à la porte de Castiel Blake, Comte de Scottfield.

Il savait que son employeur était rentré fort tard du Bal de la Reine la veille. Conformément à ses instructions, il ne l'avait pas attendu. Du moins, il ne s'était pas présenté devant lui à son retour. Cependant il avait discrètement suivi chacun des faits et gestes de Castiel jusqu'à sa chambre à coucher et il s'était assuré que tout était en ordre avant de regagner son lit douillet. Il lui appartenait de pourvoir à ses desiderata à toute heure du jour et de la nuit bien que le jeune Lord n'abusa jamais de sa position.

Le lendemain matin, à l'heure convenue, il avait donc été plus que surpris de ne pas le voir les rejoindre à la cuisine pour le petit-déjeuner. Il avait patiemment attendu un signal de ce dernier jusqu'à ce que les regards lourds des autres domestiques ne l'enjoignent à le retrouver. Personne ne pipa mot mais tous s'interrogeaient. Son absence ne lui ressemblait pas. Castiel était aimé de ses gens et tous s'inquiétaient pour ce maître qui n'en portait que le nom.

Sans leur accorder le moindre regard ni prononcer la moindre parole, il avait donc quitté la cuisine et sa chaleur coutumière. D'un geste habituel, il avait grimpé rapidement les escaliers menant à l'étage et s'était dirigé d'un pas assuré vers les appartements de Lord Blake.

Il avait stoppé ses mouvements lorsqu'il avait cru percevoir des sons étouffés lui parvenant de l'intérieur. Ni une, ni deux, il avait repris silencieusement sa marche vers le bruit. Le visage soucieux, il avait toqué à la porte avec vigueur. Sans réponse.

Il s'était alors précipité dans la chambre de Castiel.

Tout son corps s'était brusquement figé lorsqu'il réalisa qu'aucun bruit ne venait de la pièce. En outre, malgré les rais de lumière qui filtraient des lourds rideaux bruns et indiquaient que la matinée était déjà bien avancée, la chambre était encore plongée dans la pénombre. Et cela était d'autant plus étrange lorsque l'on connaissait les habitudes matinales du propriétaire des lieux. Faisant fi du malaise croissant qui s'insinuait en lui et lui donnait la chair de poule, il referma doucement la porte derrière lui. « Un mauvais présage » aurait dit sa défunte mère.

Instinctivement, il porta son regard vers le lit qui trônait au centre de la pièce et fut rassuré d'y deviner le corps du jeune Comte. Non. Il était bien là. Il entendait le souffle profond de Castiel. Emmitouflé sous le duvet de plume d'oie, ce dernier était encore perdu dans les bras de Morphée et aucun signe de vie n'indiquait son imminent réveil.

Finalement, ces bruits devaient être le fruit de son imagination ou plus exactement ceux de sa fatigue latente. En cela, il devait reconnaître au jeune Lord Blake un sens de l'observation hors norme. Car oui il n'avait plus la fougue de ses vingt ans lorsqu'il accompagnait feu Henry Blake dans ses pérégrinations. Aujourd'hui, se coucher à des heures aussi tardives le rendait moins frais et disposé bien que rien dans son attitude ne refléta son état intérieur. Il se devait à sa charge et ce jusqu'à l'heure de sa retraite ou de sa démission. Son âge n'était pas encore un facteur déterminant pour assurer convenablement sa fonction. Pourtant le nouvel héritier en titre le ménageait grandement et de cela il lui en était gré. Imperceptiblement, un sourire éclaira ses traits. Où qu'il soit Henry Blake pouvait être fier de son fils cadet. Castiel Blake était décidemment un jeune Lord fort surprenant.

Avisant d'un dernier regard chaleureux le jeune Comte endormi, il décida de le laisser se reposer tout son saoul. Après tout, l'heure de la messe était déjà sonnée et ce n'est pas comme si Castiel était un fervent croyant. Qu'il profite de ce somme pour reprendre des forces et jouer son rôle dans les hautes sphères de l'Etat.

Mais alors qu'il s'apprêtait à sortir un geignement retentit. Se retournant vivement, il s'avança vers lui à pas feutrés.

Il n'avait donc pas rêvé.

Les sons venaient bien de cette pièce et du Comte.

Le corps qu'il pensait apaisé quelques minutes plus tôt semblait à présent agité et parsemé de soubresauts comme si Castiel était aux prises à un violent cauchemar. La couette s'élevait et s'abaissait de manière aléatoire. Des borborygmes sortaient de ses lèvres. Ses bras fendaient l'air comme si il se battait contre un ennemi invisible. Il discernait la crispation sourdre et envahir les traits de son maître. Il ne pouvait rester sans agir. Tirant sur la couette pour le dégager, il se penchait déjà vers lui pour le sortir de ses songes lorsqu'il l'entendit clairement murmurer un prénom auquel il ne s'attendait pas.

- Dean… Dean… Dean…

Perdu au milieu de la foule qui évoluait sur Trafalgar Square, Castiel cherchait des yeux le jeune héritier Winchester. Où diable était-il passé ? Quelle que soit la direction empruntée, il devait le retrouver. Il devait le prévenir. Tout son être hurlait que c'était un piège. Dean devait fuir. Le laisser et revenir le chercher plus tard. Il l'attendrait. Ici ou ailleurs. Bien malgré lui, il décida de s'engager dans la masse mouvante jouant des coudes pour avancer mais nulle trace de cet homme aux yeux verts qui embrasait son corps et son âme. Il s'arrêta lorsqu'il comprit que sa démarche ne serait pas couronnée de succès. Se déportant sur une des arcades encadrant la haute statue en bronze de l'Amiral Nelson célébrant la victoire de l'Angleterre sur la flotte franco-espagnole en 1805, il prit le temps de la réflexion. Dean devait bien être quelque part tout de même. Il ne lui ferait jamais faux bond. Pas après leur conversation de la nuit. Fort de ses réponses, il parcourut de nouveau les alentours plus longuement. Un homme qui correspondait à son profil venait de s'engager à l'angle du Square. D'un pas souple il se dirigeait vers l'ombre familière et le hélait lorsqu'il se sentit soudainement retenu dans ses mouvements et happé par une voix grave qui le sollicitait.

- Monsieur…. Monsieur… Réveillez-vous !

Castiel s'éveilla en sursaut, les pupilles dilatées et le cœur battant à tout rompre. Haletant et transpirant légèrement, il croisa sans le voir le regard préoccupé de son majordome. Satisfait, ce dernier avait d'ores et déjà relâché son épaule qu'il avait saisie et tapotée à plusieurs reprises pour le réveiller.

Clignant des yeux tout en cherchant à déterminer qui lui parlait, le trouble parfaitement lisible dans ses traits chiffonnés, le Comte le fixa quelques secondes supplémentaires avant de s'adresser à lui d'un ton hésitant :

- Rupert ?

- Oui, Monsieur.

« Ne rien laisser transparaître ». Telle était la devise d'un bon majordome. Pourtant ce matin face à un Castiel aussi mal en point, il ne pouvait être de glace. Le Comte semblait hébété presque indifférent à ce qui l'entourait. Rien qu'à son regard, Rupert savait que les rêves du Comte n'avaient rien d'idylliques. D'ailleurs ses premiers mots s'en ressentaient. Il peinait à reprendre pied dans leur réalité.

- Je…Rupert… Quelle heure est-il ?

- Dix heures passées du quart, Monsieur.

Distraitement, Castiel se passa une main sur les yeux pour en chasser les dernières traces de sommeil et reprit après un nouveau bâillement :

- Je vois... Merci d'être venu à ma rencontre. Je vous rejoins d'ici quelques minutes. Ouvrez juste mes rideaux. Je saurai bien me vêtir seul.

- Comme Monsieur le désire.

Une fois les rideaux tirés, le soleil se déversant à flots dans la pièce, Rupert disparut aussi discrètement qu'il était apparu. Castiel l'avait suivi des yeux le temps de la manœuvre sans pour autant esquisser le moindre geste ni prononcer le moindre mot.

Il s'égarait dans ses pensées.

Pour la première fois depuis qu'il avait investi la Demeure des Blake à Londres en qualité de Comte de Scottfield, il sentait une chape de plomb se poser sur lui. Quoi que ce soit, quelque chose grandissait dans l'ombre. Le Mal. Un mal d'un genre nouveau qui attendrait sagement son heure. Il le percevait mais il lui était impossible de le retranscrire ou de l'exprimer. Une intime conviction qui lui donnait déjà la nausée. Devait-il croire ses boniments de femme selon lesquels leur famille était réellement maudite ?

Non. Il devait se reprendre et vite. Heureusement, il savait quoi faire pour retrouver une certaine forme de sérénité. Il ferma de nouveau les yeux pour chasser l'arrière-goût amer qui montait et songea à son domaine en Irlande. Scottfield. Ses terres. Son parc ombragé. Sa rivière. Sa plénitude. Cette vision l'avait toujours calmé et rassuré lors de ses crises de panique. Et à présent il en aurait besoin tous les jours. C'était une évidence.

Pourtant ce ne fut pas l'image chère à son cœur qui s'imprima dans ses rétines mais plutôt celle de l'héritier du Comte de Kent, le beau Dean Winchester. La courbe masculine de son visage. Le magnétisme de ses yeux verts. La souplesse de son corps ferme qu'il avait deviné sous ses atours de jeune premier. La fraîcheur de ses mains sur sa peau. Le son mélodieux de sa voix. La forme de ses lèvres lorsqu'il lui avait adressé ses excuses pour son comportement inqualifiable.

Sans qu'il n'en prenne conscience, son désir s'éveilla. Sa virilité se raidit au fur et à mesure que la vision de Dean se précisait. Ressentant une gêne inaccoutumée à l'entrejambe, il repoussa les draps et écarta les plis de son vêtement de nuit pour calmer cette nouvelle vigueur qui le saisissait.

Surpris, il observa cette partie de son corps qui émergeait enfin. Contrairement à ce que certains de ses pairs imaginaient, il n'était pas si innocent. Ses lectures passées l'avaient largement informé des transformations de son corps survenues à l'adolescence et bien qu'il ne l'ait jamais expérimenté, il connaissait ce symptôme d'érection matinale et ce qu'il pouvait faire pour y remédier.

Aujourd'hui, l'envie et le désir s'insinuait dans ses veines. Pour la première fois, il ressentait le besoin de s'assouvir. Il inspira profondément et laissa sa main droite dériver le long de son flanc et délacer le lien de flanelle qui l'empêchait de se satisfaire. Se fiant à son intuition, il décida de se laisser guider par ses sensations.

Le simple fait de poser ses doigts sur son membre roide l'électrisa et envoya une onde de plaisir dans son corps. Elle se propagea dans ses reins et s'étendit le long de sa colonne vertébrale. Il poussa un petit geignement étonné. Il devait s'avouer qu'il n'imaginait pas éprouver pareilles impressions à cet acte tant l'onanisme était réprouvé par les membres de l'Eglise. Curieux, il poursuivit ses investigations en douceur.

D'une main caressante il engloba la chair ferme qui se lovait dans sa paume. Il sentit son membre durcir davantage et pulser au rythme des contacts de plus en plus rapprochés. Les battements de son cœur s'accélérèrent. Le feu brûlant du désir se déversa graduellement dans ses veines.

Naturellement, il alterna les mouvements sur sa hampe dressée. Tantôt rapides. Tantôt lents. Il se rendit compte que chaque prise différente dans son intensité augmentait d'autant ses soupirs et ses gémissements. A présent des frissons parcouraient inlassablement son corps. Des vagues de chaleurs s'infiltraient dans chaque pore de sa peau accroissant ostensiblement la fièvre ressentie dans ses reins. Son bassin semblait s'être doté d'une vie propre. Ce dernier ondulait lascivement et se tendait invariablement vers cette paume qui l'enserrait à la recherche d'un plaisir qui se refusait encore à lui.

Il avait de plus en plus de mal à retenir ses cris rauques qui s'échappaient parfois de sa gorge. Et il devait à tout prix se retenir de hurler son contentement au risque de voir son majordome faire de nouveau irruption dans ses appartements.

Immergé dans son désir impérieux, il intensifia ses attouchements et accentua les va-et-vient, se laissant griser par les sensations qu'elles provoquaient dans son corps en manque. Son autre main agrippa les pans du drap en pagaille et les serra convulsivement. Alors que la douleur se mêlait à présent à son désir inassouvi, ce fut l'image d'un Dean dont la bouche était légèrement entrouverte qui provoqua son premier orgasme. Le plaisir le submergea en une longue vague brûlante. Son souffle se coupa dans sa poitrine. Son corps se relâcha et retomba sur les oreillers bien qu'il n'eut jamais conscience de s'en être détaché. Pantelant, ivre d'un plaisir nouveau, il se laissa dériver un moment sur la myriade d'émotions qui venait de s'offrir à lui.

Dieu Tout Puissant que cette sensation était divine. Ses yeux reflétaient encore l'intense bien-être qui l'avait secoué quelques minutes plus tôt. Sa respiration saccadée reprenait lentement son cours normal. Son corps était alangui. Ses draps tâchés. Et ses vêtements de nuit étaient recouverts d'une fine pellicule blanche et gluante mais il n'en avait cure. Seul un sentiment de plénitude le dominait. Il était conquis par l'expérience et se réjouissait déjà de la prochaine tentative. Oublié le rêve troublant. Ne restait que le souvenir gravé au fer rouge de cet homme.

Sans un bruit, il se leva de son lit, à moitié débraillé. Il se dirigea rapidement dans le coin toilette qui avait été installé dans l'angle droit de la chambre. Il reconnaissait au moins que cette disposition prise par son père était utile, en particulier en de telles circonstances.

Epongeant les traces de son plaisir interdit, il se débarbouilla consciencieusement. Nul ne devait apprendre à quel jeu il jouait. En particulier lorsqu'il songeait à … C'est là qu'il prit réellement conscience de « qui » l'avait mené aux chemins de la félicité. Face au miroir, il s'observa sidéré. La stupeur le saisit. Le bonheur fugace s'évapora. Et le plaisir aussi.

Une seule phrase tournait maintenant en boucle : Avait-il vraiment joui au souvenir d'un homme qu'il n'avait rencontré que deux fois dans sa courte existence ?

Etrangement cette première interrogation en avait soulevé beaucoup d'autres qui s'amoncelaient dans son esprit : Aimait-il les hommes ? Etait-ce normal de fantasmer ainsi ? Devait-il mettre cela sur le compte de son rêve étrange ?

La logique lui disait qu'il était déviant. Après tout, sa vie durant il n'avait entendu que ce mot là sortir de la bouche mesquine de ses compagnons d'université, le qualifiant de « socialement inadapté ».

Sans parler de l'échec lamentable avec la gente féminine. Même la jeune Alexane de Winter qui était fort belle le laissait de marbre. Pourtant il voulait encore y croire. Au moins pour la descendance. Dans tous les cas, il devrait se résoudre à cacher ce vice, si vice il y avait.

En attendant, il devait faire face à ses responsabilités et jouer le rôle du parfait gentleman. Nul ne devait se douter de ces étranges émotions qui l'étreignaient lorsqu'il pensait à Dean Winchester.

Muselant son ressenti, il s'habilla hâtivement et rejoignit sans plus tarder sa domesticité. Il ne pouvait leur faire davantage défaut. On comptait sur lui. Alexane comptait sur lui.

XXX

Même jour – Londres, Demeure des Winter

« Dernière minute : La jeune et belle Alexane de Winter fiancée à un Lord de haut rang, le Comte de Dare, Byron Gloucester ! »… « La Belle et la Bête vont s'unir. Une histoire à ne pas manquer. A suivre dans notre gazette ».

Tels étaient les éditoriaux qui illustraient les premiers quotidiens londoniens de ce dimanche matin.

Alexane les reposa en un geste sec sur la desserte à ses côtés et en détourna le regard, écœurée. Finalement, elle n'était pas surprise. Elle aurait du se douter qu'un tel évènement aurait fait les gros titres. Les journalistes étaient décidemment des vautours avides de rêve, de gloire et d'argent facile. Ils ne respectaient rien ni personne.

Elle s'interrogeait sur le rôle du Duc de Worthington dans cette affaire. Vu son empressement à la voir mariée ce qui l'intriguait au plus haut point, elle ne doutait pas qu'il ait joué de son influence pour que l'information soit connue. Connue de tous. Mais bien entendu ce n'était que simple supposition. Quand bien même elle aurait des preuves, nul ne la croirait. Le Duc était trop puissant pour être inquiété.

Non, ce qui l'inquiétait sourdement était plutôt ce mot utilisé par un de ces journaleux de bas étage : "Bête". Son futur mari était affublé d'un surnom terrifiant. Que devait-elle en penser ? Devait-elle croire ce qu'elle avait lu dans ces feuilles volantes ? Etait-il affreux physiquement ou était-il foncièrement mauvais, un tyran domestique ? Tant de questions dont les réponses ne pourraient lui être données par quiconque. Ou plutôt si mais il était hors de question qu'elle s'abaissât à le lui demander.

Elle soupira fortement et colla son front contre la boiserie de la fenêtre observant les petits oiseaux migrateurs s'envoler et virevolter dans les branches des marronniers de la rue. A l'automne, ils partiraient vers des horizons plus chauds. Libres de toute attache.

"Liberté". Ce mot qui courait dans ses veines depuis sa plus tendre enfance et qui l'avait bercé des années durant au fil de ses pérégrinations. Son père lui avait transmis sa passion pour les voyages et les découvertes d'autres cultures et civilisations. Mais en aucun cas il ne l'avait pas préparé à une telle vie, fade et monotone, enfermée dans un manoir perdu du fin fond de l'Angleterre. Que du contraire. Il lui avait donné accès à un monde coloré et plein de vie qu'on lui retirerait sous peu. Elle n'était pas stupide loin de là. Une fois mariée, elle serait contrainte de se plier aux désirs et aux volontés de son mari. Elle n'aurait plus d'existence propre. Elle devrait le suivre. Se cantonner aux tâches domestiques, les superviser et surtout enfanter. Puisque tel serait son devoir d'épouse. Quel gâchis !

Elle en aurait pleuré si la colère ne la remplissait pas tant. Colère envers ce père inconscient de ruiner sa vie. Colère envers ce Duc de malheur dont la simple vue lui donnait la nausée.

Sa liberté était sur le point de s'éteindre. Dans l'indifférence générale. Ou presque.

Son avenir lui paraissait sans espoir depuis la veille au soir lorsque le Duc s'était imposé dans sa danse avec le jeune et beau Dean Winchester. Lorsqu'il avait annoncé publiquement ses fiançailles réduisant à néant toute tentative de rébellion.

Elle revivait chaque minute de cette soirée si particulière à ses yeux cherchant dans sa mémoire ce qui avait conduit le Duc à ainsi les contraindre au silence.

Elle ressentait encore la chaleur des bras de Dean contre son corps, la bienveillance de son regard sur elle, les sourires qu'ils s'étaient échangés, les danses qu'ils avaient partagés dans un plaisir réciproque. Heureux pour quelques instants de ne pas être asservi par le poids de la bienséance.

Et puis soudain le vide. Le froid. Le néant.

Elle revoyait le visage baissé de Dean, son corps tendu à l'extrême, se retenant d'agir et contraint de partir par la position du Duc dans la haute société londonienne. Elle avait lu à travers lui sans difficulté. Elle avait compris trop tard qu'il ne pouvait rien faire sans s'attirer de graves ennuis. Bien que le geste la toucha, elle n'avait pu le rassurer. Elle l'avait simplement laissé partir, la culpabilité inscrite au fond de ses prunelles émeraude.

Elle avait tant bien que mal donné le change pour le reste de la soirée. Son rapide passage dans les toilettes pour dames lui avait permis de chasser les quelques larmes qui s'étaient échappées à son insu et qu'on aurait pu mettre aisément sur le compte d'un coup de chaleur. Face au miroir, elle s'était composée un visage neutre. Son sourire s'était figé et était demeuré de circonstances. Elle avait patiemment attendu d'être à l'abri dans sa chambre pour s'effondrer.

Elle ne s'était pas déshabillée immédiatement mais avait retiré ses chaussures de danse pour être plus à l'aise. Et elle s'était simplement allongée sur son lit, pensive.

La soirée ne s'était pas déroulée comme elle l'escomptait.

Cet homme sur lequel elle fondait de grands espoirs n'était pas apparu. Peut-être avait-il été empêché de paraître ? Bien qu'elle n'y crût pas. Un homme de sa position se devait d'être présent à une telle cérémonie.

Alors pourquoi n'était-il pas venu à sa rencontre ? La réponse que son esprit lui souffla l'acheva. Peut-être qu'il s'était simplement ravisé et avait décidé de la laisser dans son marasme. Cette perspective lui fit froid dans le dos mais elle était objective, raisonnable.

Après tout, il ne lui devait rien. A quoi devait-elle s'attendre d'autres ? Si le don juan de la Cour n'avait pu tenir tête à pareil homme, ce n'était point le jeune et frêle Comte de Scottfield qui le pourrait.

Finalement peut-être aurait-elle mieux fait de ne pas attirer son attention. Elle n'aurait pas espéré en vain. De toutes manières, cela n'avait plus d'importance à présent. Les dés étaient jetés.

D'un geste rapide et souple malgré l'heure tardive, elle avait retiré ses vêtements blancs qu'elle honnissait, symboles de son prochain hymen. Elle avait enfilé la première tenue de nuit à sa portée et s'était glissée dans ses draps. Elle avait enfoui son visage dans l'oreiller et avait crié à l'envi. Les pleurs et les sanglots étouffés l'avaient submergés et tenus éveillée une bonne partie de la nuit et elle s'était finalement assoupie lorsque l'aube avait dardé ses premiers rayons.

Elle s'était réveillée, épuisée, deux heures plus tard. Le visage chiffonné, les traits tirés. Lasse, elle s'était levée et avait versé le broc d'eau dans la vasque posée sur sa commode pour se rafraîchir. Après une rapide toilette qui l'avait revigorée, elle s'était vêtue d'une simple robe en coton et avait rejoint la cuisine où elle avait pris une collation légère. Son appétit était coupé au moins pour quelques heures encore.

Comme chaque matin depuis leur retour d'Europe du Sud, elle s'était installée dans la bibliothèque attendant que son père la rejoigne, ce qu'il ne manquerait pas de faire une fois qu'il l'aurait entendu.

Elle avait vu les quotidiens déposés sur la table basse et s'en était saisie pour les compulser. Elle aurait mieux fait de s'abstenir. En couverture s'étalait sa prochaine union avec un vieux Comte anglais.

Devait-elle en rire ou en pleurer ? Hurler au scandale ? A quoi cela servirait-il ?

Elle entendait déjà les répliques assassines de ces jeunes filles bien nées et de leurs duègnes de mère qui ne manqueraient pas de fleurir sur son passage lors du prochain bal. Car à n'en pas douter, le Duc de Worthington n'allait pas se contenter de la cloîtrer jusqu'à son mariage. Au contraire, il se servirait d'elle pour montrer sa toute puissance aux autres membres de la noblesse. Il serait fier d'annoncer partout qu'il était l'instigateur de ce mariage de haut rang. Et elle, en fille bien élevée, devrait se soumettre aux volontés de cet homme que son père avait choisi pour l'initier au "grand monde".

Son père.

Détournant le regard de la fenêtre, elle porta son attention sur la pièce et constata bizarrement qu'il n'avait point encore paru. Etrange.

Malgré sa rancœur, elle se dirigea vers le bureau de celui-ci et toqua. Un discret "entrez" l'invita à se présenter devant lui. Elle ouvrit la porte et le vit.

Penché sur son bureau, il poinçonnait avec méticulosité un nouveau papillon aux couleurs bleutées qui viendrait compléter sa collection de Lépidoptères. Sans lever son regard, il lui adressa un rapide "bonjour" avant de s'en retourner à ses préoccupations premières.

Rassurée par sa présence silencieuse, elle n'insista pas et le laissa à ses œuvres. Même si elle lui parlait, il ne serait pas réceptif à ses propos. Elle attendrait donc un autre moment pour savoir ce que le Duc lui avait dit la veille au soir. Discrètement elle referma la porte.

La passion de son père réveillée, elle passerait sans doute sa journée seule. Autant l'occuper d'une manière agréable.

Une idée se forma dans son esprit alors qu'elle retournait vers la bibliothèque. Prenant une feuille de papier dans son secrétaire, elle écrivit une note à son père l'informant qu'elle se rendait à l'Eglise Saint Giles en premier lieu pour y allumer un cierge en l'honneur de sa mère et qu'elle irait ensuite se promener dans les allées de Hyde Park, bien que ce dernier soit assez éloigné de leur domicile. Elle longerait Oxford Street qui la mènerait directement au parc en profitant de l'aubaine pour rendre une petite visite à la librairie de Monsieur Watson. De là elle flânerait dans les allées et irait sans doute écouter l'orchestre du kiosque.

Déposant le mot de manière visible sur la table de la cuisine pour qu'il ne s'inquiète pas inutilement de son absence, elle grimpa à l'étage. Elle se vêtit en conséquence et claqua la porte en sortant. Elle disparut dans les rues pavées de Londres, heureuse de quitter ses murs pour bénéficier du soleil printanier.

Elle ne savait pas combien de temps elle pourrait encore profiter de cette liberté qu'elle chérissait sans que son moindre geste soit épié ou autorisé. Mais il était inutile de se torturer l'esprit davantage. Elle avait tenté de trouver un appui qui s'était soldé par un échec. Elle devait donc accepter sa défaite et essayer de se résoudre à cette vie qui ne serait plus qu'une pâle copie de celle d'avant. Respirant un grand coup, elle accéléra sa marche pour se rendre dans ce lieu mystique qu'elle affectionnait tant. Un sourire flottait sur ses lèvres alors qu'elle pénétrait dans l'Eglise Saint Giles.

A Endell Street, le Baron Allan de Winter s'était réinstallé confortablement dans son fauteuil. Il réfléchissait aux évènements qui s'étaient produits ces dernières heures. Au choix qu'il avait du se résoudre à prendre pour son unique enfant. Choix qu'il devrait non seulement lui annoncer mais aussi lui faire accepter.

Et contrairement à ce qu'il avait laissé croire à sa fille, il n'avait pas décidé de poursuivre son étiquetage des derniers lépidoptères reçus la semaine précédente. Il avait juste trouvé ce moyen pour la convaincre de ne pas le déranger. Ce n'était sans doute pas honorable comme procédé mais il préférait cette solution temporaire à une discussion qui serait incontestablement houleuse.

Depuis leur retour de ce Bal, il s'interrogeait. Il avait parfaitement noté que Alexane n'était pas en grande forme. Sa fille chérie, si pétillante et si pleine de vie, oscillait en de curieuses phases dépressives.

Cela avait commencé lorsque le Duc de Worthington l'avait introduit dans sa demeure pour la familiariser avec les us et coutumes propres à l'aristocratie britannique. Ces étranges crises avaient ensuite empiré la semaine passée à son retour de promenade et alors qu'il envisageait de convoquer un médecin pour un avis, sa fille avait curieusement repris des forces pendant quelques heures. Du moins jusqu'à hier soir pour être exact.

Lorsqu'il l'avait vue danser avec ce jeune homme, il avait vu à son sourire que ce dernier était naturel et non empreint d'une politesse convenue. Il avait soupiré de soulagement. Il avait soudain réalisé que son enfant découvrait le "monde réel" et non celui des livres poussiéreux. Après tout Alexane était encore une jeune adolescente. Elle devait connaître ses premiers émois amoureux ce qui l'inclinait naturellement vers des périodes alternatives de joie et de chagrin. Il avait donc du se faire du souci pour rien.

Pourtant quelque chose le tracassait. Une pièce manquait à son raisonnement. Il en aurait mis sa main à couper. Car la jeune fille radieuse qu'il avait entraperçue au détour d'une valse était revenue froide et distante au bras de leur mentor.

Un évènement particulier avait donc du se produire sur la piste de danse pour que le Duc décide d'intervenir en personne. Pourtant lui n'avait rien noté de particulier dans l'attitude des deux jeunes gens mais il était si peu coutumier de ce type de soirée. Et si le Duc avait décidé de prendre les choses en main, il n'avait pas son mot à dire. Il n'avait pu que constater que la joie de vivre de sa fille s'était dissipée comme neige au soleil.

Arrivés près d'eux, le Duc l'avait immédiatement confiée aux bons soins de sa femme. D'un simple geste de la main, il avait indiqué à cette dernière de les éloigner au plus vite et sans discussion. Une courbette plus tard, ils étaient seuls.

Le Duc avait alors profité de leur absence momentanée pour l'informer séance tenante des dispositions qu'il avait prises concernant son enfant. Si son esprit s'était échauffé à l'entente des propos qu'il avait tenu sur le jeune Comte de Kent, il ne l'avait cependant pas interrompu. Il avait écouté ses arguments et s'était rangé naturellement à son avis.

De toute manière, il était de notoriété qu'un mariage de raison était beaucoup plus durable et profitable qu'un mariage d'amour. Alors il avait accepté de rencontrer l'heureux élu choisi par le Duc et ce dès que possible. Il avait simplement tenu à prévenir lui-même son enfant.

Il n'avait pas soupçonné un seul instant que l'hymen à venir serait déjà connu des journalistes du gotha et par là même de la cité londonienne le lendemain matin. Il n'avait pas caché sa stupeur à la lecture des articles de presse. Dans quelle histoire s'était-il engagé ?

Le Duc ne lui avait pas encore donné le nom de l'homme qui épouserait son enfant et pourtant celui-ci s'étendait en grosses lettres dans les journaux. Se pourrait-il qu'il se soit joué de lui ? Non. Cela ne ressemblait pas au Duc. Il était un homme important et respectable. Quelqu'un avait du surprendre une conversation, et de bouche à oreille, elle était arrivée dans les mains d'un journaliste peu scrupuleux qui s'était empressé de répandre la nouvelle, inconscient qu'il venait de réduire à peau de chagrin ses chances de faire accepter à Alexane cette union arrangée. En attendant, il devrait lui parler, trouver les bons arguments pour la convaincre et le plus tôt serait le mieux.

Fort de ses résolutions, il se leva et se dirigea machinalement vers la bibliothèque lorsqu'il prit conscience que la porte avait claqué sur ses gonds un peu plus tôt. Alexane avait du penser qu'il valait mieux aller prendre l'air en attendant qu'il sorte de son antre. Il la reconnaissait bien là. Toujours soucieuse du bien d'autrui.

Il bifurqua vers la cuisine où il savait par habitude qu'elle avait dû laisser un mot à son attention. Ce dernier déposé au centre de la table en chêne lui indiquait où et comment la retrouver si il en avait le désir.

Et bien soit. Direction Hyde Park. Ses allées. Son kiosque à musique. Au moins leur conversation se déroulerait en territoire neutre. Et qui sait, selon un adage bien connu, "la musique adoucit les mœurs".

Prenant le chemin tracé par sa fille, il ne vit pas un petit homme rondouillard se retourner sur ses pas et le suivre à distance raisonnable. Un second homme grand et basané sortit de l'ombre et prit le chemin inverse. Il avait des comptes à rendre à son maître.

XXX

Même jour – Londres, Demeure du Duc de Worthington

Bien qu'il n'ait que peu dormi, le Duc s'était levé de bonne humeur à son heure habituelle.

Malgré son âge avancé et sa fatigue, le Bal de la Reine était un évènement auquel il était difficile d'échapper. Et se coucher à l'aube découlait de ses obligations bien que leur souveraine ait déjà rejoint ses quartiers privés depuis plusieurs heures.

Et puis il était plus que satisfait du déroulement de la soirée. Ses projets étaient en bonne voie. Signe de sa joie, il avait même accordé un câlin matinal à sa si charmante et si dévouée épouse pour son implication dans cette délicate affaire. Cette dernière, inconsciente des enjeux de ses actes, n'y avait vu que du feu. Ayant l'habitude des mœurs un peu particulières de son mari, elle l'avait laissé mener ses assauts sur sa personne dans un silence confortable et courant. Avec le temps, elle avait fini par y prendre du plaisir même si elle ne l'avouerait jamais à son confesseur. Le plaisir étant encore un pêché aux yeux de l'Eglise anglicane. Il l'avait finalement abandonnée à moitié endormie dans le lit conjugal, son estomac criant famine.

Après un copieux petit déjeuner, il s'était installé dans son bureau pour y lire les dépêches du jour.

Un large sourire suffisant avait éclairé ses traits lorsqu'il avait parcouru les gros titres. Il devait reconnaître que son plan était un succès total. Avec cette publication qu'il avait subtilement orchestré, le Baron de Winter ne pourrait jamais faire machine arrière et serait contraint d'accepter le contrat de mariage en bonne et dû forme qu'il lui présenterait.

Sa si précieuse enfant serait bientôt en sa possession et il pourrait enfin connaître les joies de sa chair tendre. Et bien qu'elle ait un caractère plus trempé que d'autres, il saurait bien la remettre à sa place. Il ne serait pas contre de la mater à sa manière. Sans l'abîmer bien entendu. Car il ne faudrait pas gâter la marchandise. D'ici peu, sa beauté diaphane éclairerait le côté sombre de Londres. Elle se vendrait à prix d'or au marché noir et sa fortune serait acquise définitivement à chaque passe. Oui, Alexane de Winter serait sa "poule aux œufs d'or".

Bien sûr, son père chercherait sans doute à l'accompagner dans sa nouvelle demeure dans le Comté de Dare voire à la suivre. Il devrait donc s'arranger pour couper tout lien filial avant sa "disparition" de la vie publique. Mais chaque chose en son temps. Dans quelques heures, au plus tard demain, le Baron se présenterait à sa porte pour obtenir des informations sur le futur époux et surtout des explications sur cette publication. Il l'accueillerait comme il se doit et lui réserverait ses meilleurs arguments pour le faire tomber définitivement dans sa toile. Aucun Winter ne lui échapperait.

Alors qu'il classait les coupures de presse dans le dossier "Winter", un serviteur toqua et lui indiqua qu'un pli urgent était arrivé à son attention. L'invitant à entrer, il s'en saisit et congédia le serviteur d'un signe de la main. Sans même attendre le cliquetis du penne de la porte, il l'ouvrit et à l'odeur parfumé qu'il s'en dégageait, il sut de qui il émanait.

Lady Hunt. Lady Hunt et Dean Winchester. Voilà une lecture fort intéressante pour égayer son dimanche.

Epousant complètement le dossier de son fauteuil, il déplia la page mauve et débuta sa lecture un sourire malsain et avide inscrit sur ses lèvres. Ses traits se contractèrent au fur et à mesure qu'il parcourait la missive. Son sourire s'effaça à mesure qu'il saisissait de quoi il retournait. Il dut se frotter les yeux à plusieurs reprises pour être certain d'avoir bien lu.

Il ne pouvait croire ce que Lady Hunt laissait entendre à travers les lignes manuscrites. Elle devait se tromper. C'était impossible. Il l'avait vu de ses yeux courtiser nombre de jeunes femmes dans les soirées privées qu'il organisait. Après il ne l'avait jamais surpris en posture délicate. Il pouvait très bien ne jamais passer à l'acte et pourtant cela ne ressemblait pas au "don juan" proclamé de la Cour.

Mais si ce qu'elle avançait était vrai alors il se devrait d'agir. Pour le bien commun.

Et surtout il devrait avertir le Comte de Kent. Et c'était là que le bât blessait. John Winchester l'avait sollicité au sujet de son aîné et il avait accepté de le surveiller discrètement pour connaître le nom de l'heureuse élue. Il n'avait évidemment rien appris de bien compromettant. Il s'encanaillait dans les faubourgs de Whitechapel comme une grande majorité des jeunes aristocrates de sa génération. Bagarres, beuveries, sexe. Rien que de très banal. Mais jamais aucun rapport n'avait fait mention d'une telle infamie.

Il n'avait simplement pas envisagé cette option. Et à sa connaissance, nul homme n'avait été vu en sa compagnie. Il devrait donc redoubler de vigilance. Il veillerait à ce que ses hommes de main cherchent dans cette direction.

Dans tous les cas, il n'agirait pas sans preuve tangible. Et au vu du service que le jeune homme lui avait rendu à son insu, il s'engagerait à ce que sa "tare" ne soit pas connue ou du moins qu'elle ne l'empêche pas de vivre. Bien qu'il soit conscient que certains hommes aient de telles prédispositions, il connaissait le sort peu enviable qui leur était réservé : certains étaient mis au ban de la société ; d'autres étaient écroués et certains étaient même enfermés à l'asile.

Et en qualité d'héritier du Comté de Kent, Dean Winchester se devrait d'être hétérosexuel. Pour assurer la lignée. Quand bien même son orientation sexuelle serait déviante. De gré ou de force, il devrait se plier à ses ordres et à ceux de son père.

XXX


A suivre...

Voilà... Je sais je vous replonge dans le passé mais au fur et à mesure toutes les informations vous seront transmises. No panic.

Et pour votre information, je suis déjà sur le prochain chapitre.

Au plaisir de vous lire

Marianclea