Auteur : TheProblematique ( u/2176345/TheProblematique )
Titre : Veritas
Disclaimer : L'univers appartient à Gene Roddenberry et à J.J Abrams, et l'histoire à TheProblematique.
Avertissements : Traduction & fic slash assez graphique (traitant de relations amoureuses et sexuelles entre garçons).
Chapitre 13 : Celeritas Et Veritas
L'atterrissage fut dur, et pas dans le bon sens.
Si un mot devait lui rendre justice ce ne serait pas "vlan" mais plutôt "clang", des coudes s'enfonçant dans ses côtes et des genoux heurtant des endroits sensibles, sans parler des os des hanches de Spock qui laisseraient des bleus brûlant délicieusement pour une multitude de raisons qu'il ne devrait vraiment pas énumérer maintenant.
Aussi inélégante que puisse être leur position, cependant, Jim ne put s'empêcher de remarquer que Spock s'était contorsionné à la dernière seconde pour amortir une grande partie de la chute lui-même.
Pourquoi fallait-il qu'il soit à ce point un putain de gentleman ? En raison de cet acte de gentillesse de la part de Spock, le cerveau abasourdi de Jim n'enregistra que quelques faits à la fois, et dans le désordre.
D'abord : Spock est sous moi. Cela entraîna la déduction logique : Je suis sur Spock.
Troisièmement : nous sommes étendus sur un bureau, suivie rapidement par : pourquoi suis-je tombé sur le ventre ?
Et enfin : …Je ne peux pas bouger.
Quelques-uns des effets à court terme d'une gravité soudainement retrouvée sont l'affaiblissement des membres, l'étourdissement et la perte d'orientation, ainsi que la nausée et la migraine. Malheureusement pour Jim, il les ressentait tous à l'heure actuelle, ce qui ne rendait pas la situation amusante.
Par un hasard étrange et suspect Jim n'avait pas atterri sur le dos ; au lieu de ça la clavicule de Spock s'enfonçait dans son cou et l'empêchait de respirer, et il avait failli s'écraser le visage contre le bureau. Les montées et descentes lentes et régulières de la poitrine de Spock étaient, ridiculement, presque excitantes, ce qui de l'avis de Jim n'était qu'une preuve supplémentaire qu'il sombrait lentement dans la folie et pas que son Premier Officier lui plaisait bien plus qu'il ne le devrait.
Le bras de Spock était autour de lui, lourd et chaud et… et le seul avantage de l'état d'apathie soudain de Jim était qu'il ne permettait à aucune partie de son anatomie d'attirer l'attention, en dépit de l'intérêt indubitable qu'il avait ressenti quelques secondes plus tôt (et qu'il ressentait toujours, pourquoi mentir à ce stade, franchement ?).
Des gémissements et des sons étouffés commencèrent doucement à remplir la pièce dès que les gens furent capables de les émettre, mais il ne pouvait pas voir grand-chose en dehors de la surface lisse et lustrée du bureau, et jusqu'à ce qu'il puisse forcer ses membres à se décider à bouger, il était coincé.
N'ayant rien d'autre à faire, Jim tenta d'évaluer l'étendue des dégâts sur sa personne… mais découvrit malheureusement qu'une grande partie de sa personne était plutôt en sale état, ce que l'on pourrait considérer comme familier et réconfortant d'une certaine manière, mais ça craignait quand même.
« Kirk, » siffla une voix près de son oreille.
Jim sursauta et tourna lentement et douloureusement la tête. Seigneur, il avait mal partout.
C'était Moss, penché sur… non, agrippé au bureau pour rester debout, ses yeux injectés de sang et ses mouvements maladroits mais il restait effrayant d'une certaine manière.
« Par pitié, enlevez-vous du Commandant Spock ! »
Jim avait tenté de le faire même avant d'être sur le Commandant Spock, et prenait plutôt mal l'implication qu'il ne faisait pas absolument de son mieux pour atteindre son but.
« Chéri, c'est pas ce que tu crois, » dit-il d'une voix sourde en essayant encore. Moss ne fut apparemment impressionné ni par sa tentative d'humour, ni par le faible mouvement que les muscles gémissants de Jim produisirent.
« Je suis sérieux, Kirk. J'ai besoin que vous descendiez de là tout de suite. »
"Là" désignant, bien sûr, la sensation incroyable des angles de Spock s'emboîtant avec son corps, des muscles fins confortablement pressés contre chaque centimètre de lui – d'accord, il devrait franchement s'en aller tout de suite.
Avec des bras qui coopéraient à peine et beaucoup de volonté Jim réussit à se soulever de manière à être à quatre pattes (toujours au-dessus de Spock, bien sûr… tant pis) et regarda son Premier Officier pour échanger un regard gêné ou quoi, peut-être sourire tristement et faire un commentaire sexuel inapproprié que Spock prétendrait ne pas avoir compris mais qui l'exaspérerait intérieurement…
Mais les yeux de Spock étaient fermés.
« Spock ? » murmura-t-il avec hésitation, sentant quelque chose de tranchant se loger dans sa trachée. « Spock ? »
Les paupières du Vulcain ne s'ouvrirent pas pour révéler le regard calmement déconcerté de Spock.
Les tripes de Jim se glacèrent et il eut de nouveau beaucoup de mal à respirer, comme si l'air était aspiré de ses poumons. Il scruta le visage de Spock avait des yeux écarquillés à la recherche d'un signe, n'importe quel signe indiquant que Spock était vivant et que l'univers avait le droit d'exister. « Spock ! Réveillez-vous ! »
Il voulut le secouer mais même dans cette situation il eut le bon sens de se souvenir que s'il avait une blessure à la tête il vaudrait mieux ne pas bouger Spock du tout.
« Kirk, s'il vous plaît, les secours s'en occuperont… »
Mais Jim fit taire la voix de Moss ainsi que le reste des bruits de fond. Sa vision s'était aiguisée et s'était réduite de manière à ce que seulement le visage de Spock existe et jusqu'à ce qu'il fasse prouver à l'enfoiré qu'il allait bien, personne n'allait éloigner Jim.
Il se pencha doucement, couvrant le corps de Spock avec le sien dans une sorte de recroquevillement protecteur, de manière à ce que sa bouche soit à un cheveu de l'oreille courbée de Spock.
« Spock, » dit-il brusquement, strict et autoritaire ; de son ton signifiant "J'exige-une-obéissance-inconditionnelle".
Et enfin, enfin bordel, Spock ouvrit des yeux fatigués et le cœur de Jim ne ralentit pas son rythme irrégulier et heurté mais ça lui permit de respirer à nouveau, ce qui était un peu un soulagement.
« Capitaine, » dit Spock d'un ton égal. Bien sûr l'horrible crétin n'était absolument pas surpris par le fait de se réveiller avec son supérieur à califourchon sur ses hanches.
Oh, ce qui rappela au dit supérieur que la main de Spock était toujours drapée autour de la taille de Jim, comme si elle était trop lourde pour être soulevée ou retirée, et Jim devait mettre de l'espace entre eux immédiatement pour une raison très importante.
« Vous avez intérêt à remercier votre bonne étoile de vous avoir porté chance, » dit-il sans même essayer d'être menaçant.
« Je ne possède aucun corps planétaire, et le concept de "chance" n'est en aucun cas logique étant donné le fait que la probabilité statistique des évènements peut être déduite de… »
Pendant que Spock parlait Jim glissa de dessus lui puis du bureau, et réussit à ne pas atterrir sur les fesses, bien qu'il n'en soit pas loin. Titubant pour se lever et se sentant exceptionnellement maladroit, il sonda rapidement la pièce maintenant qu'il le pouvait.
Emerett parlait dans un communicateur et se débrouillait très bien pour avoir l'air occupé et important. Sulu n'était qu'à un mètre et essayait de se lever tout en se tenant la tête avec une grimace. Uhura, Bones et Scotty s'étaient rassis sur leurs chaises, ce dernier ayant l'air bien trop joyeux aux yeux de Jim, bien que l'ingénieur en chef Scotty soit bien sûr très habitué à ce que ce genre de chose se produise.
Areel était assise sur une pile de datapads et essayait de les trier avec l'aide de ses deux assistants, et Moss… Moss regardait encore Jim avec une expression qui réussissait à exprimer à la fois de l'inquiétude et de la colère.
Jim l'ignora et retourna à côté de Spock.
Il vit avec inquiétude que Spock n'avait pas bougé d'un pouce, il restait simplement allongé là, le souffle lourd et lent, ses yeux suivant les mouvements de Jim sans se fermer.
Il était peut-être blessé, aussi, raison pour laquelle Jim se mordit douloureusement l'intérieur de la joue quand il s'imagina brusquement grimper à nouveau sur ce corps.
« Est-ce que, euh, ça va ? Votre tête a été touchée ? »
« La force de mon impact a été négligeable, Capitaine, ne vous en inquiétez pas. Je pense souffrir simplement des séquelles des modifications de la gravité, et une minute supplémentaire pourrait être nécessaire à mon ajustement. »
« Oh, c'est vrai. » Le soulagement l'inonda comme une vague, non pas que Jim ait jamais été à la mer. « Bien sûr. Votre corps est habitué à une gravité bien plus basse donc l'apesanteur chamboule votre métabolisme, c'est ça ? »
« Précisément. »
Jim sourit. « Eh bien, au moins vous êtes enfin la demoiselle en détresse ! Ça devient ennuyeux d'être sauvé tout le temps, » ajouta-t-il avec un clin d'œil joyeux.
Spock n'avait pas encore assez d'énergie pour arquer un sourcil, mais ses yeux semblaient suggérer qu'il songeait à essayer.
« Kirk, » interrompit Moss avec impatience.
Mince, il n'arrêtait pas d'oublier que les autres existaient quand Spock était là. « Quoi ? »
« J'ai besoin que vous vous éloigniez maintenant, allez chercher le Dr McCoy et partez. »
Jim serra la mâchoire. D'un côté, il pouvait voir que Moss avait raison et un coup d'œil au jury avait confirmé que la plupart regardaient leur table, mais Spock le regardait avec une expression soigneusement contenue, et était incapable de bouger…
« C'est l'occasion parfaite et vous allez faire ce que je dis, » lui demanda Moss rapidement. « Allez chercher le Dr McCoy et partez pour aider à résoudre le problème, je suis certain que le Commodore Emerett vous laissera emmener votre ingénieur en chef à la centrale pour travailler avec les officiers là-bas – »
« Est-ce qu'il y a des blessés sérieux ? » La voix forte d'Emerett noya le reste du discours frénétique de Moss. Personne ne répondit au Commodore mais Jim avait retrouvé l'équilibre et il se sentait indubitablement dans un état plus normal. Il serra les dents, sachant qu'il devait faire ce qui était prudent et pas ce qui était juste, bien que son instinct se rebelle contre cette idée.
« Allez, Kirk. Partez. »
Spock hocha une fois la tête, lentement, et Jim émit un soupir de colère.
« Ouais, d'accord. »
Il se retourna sans un mot de plus, se frayant un chemin à travers la foule qui était debout, jusqu'à atteindre ses amis.
« Ça va vous autres ? »
Uhura acquiesça. « Oui, mais je ne comprends pas ce qui se passe. Est-ce qu'un autre circuit a dysfonctionné… ? »
« Ouais, on pense que c'est lié à cette première surcharge. J'expliquerai mieux plus tard – »
« Attendez, où est Spock… il va bien ? » Elle fronça les sourcils avec inquiétude, regardant par-dessus l'épaule de Jim.
Ce dernier jeta un regard en arrière, juste une seconde, et vit Spock se redresser lentement, Moss et un Sulu maintenant remis se tenant à côté de lui.
« Il a peut-être besoin d'un hypo, je pense qu'il n'a pas bien dormi ces derniers temps et que c'était un peu trop à supporter, » marmonna-t-il, voulant être celui qui aidait Spock à se lever et qui mettait un bras autour de ses épaules…
« Je vais aller jeter un œil, » dit McCoy, sortant le kit médical d'urgence qui était sous sa chaise. Jim ne put s'empêcher de pouffer de rire.
« J'arrive pas à croire que tu prends ça avec toi partout où tu vas. Est-ce que ça fait une bosse dans ton matelas quand tu vas au lit ? »
Mais le médecin voyait manifestement clair dans le jeu de Jim, et pouvait deviner qu'il était inquiet. « Ferme-la et sois reconnaissant. »
Jim lui lança un regard d'excuse et se tourna vers Scotty en haussant les sourcils. « Je suis là pour vous kidnapper et vous emmener à l'ingénierie centrale. Des objections ? »
Scotty se leva d'un bond et secoua vigoureusement la tête. « Non, Capitaine ! »
« Excellent. On s'en va, alors. »
Avant de suivre Scotty à l'extérieur, Jim se balança nerveusement d'un pied sur l'autre et enfonça légèrement son doigt dans le bras de McCoy.
« Tu vas bien aller voir Spock, pas vrai ? »
« B'sûr. »
« Reste avec lui, assure-toi qu'il va bien. Le fait qu'il peut contrôler la douleur ne signifie pas que tout va bien, donc tu devrais vraiment – »
« Jim, c'est juste une petite chute et de l'épuisement. Et puis je suis médecin, tu te souviens ? » Jim résista à l'envie de regarder encore Spock. « Il s'en sortira, » ajouta McCoy d'un ton bourru, puis il se dirigea vers l'avant de la pièce.
« Euh… »
Uhura lui barrait le passage, les bras croisés sur la poitrine, avec un regard pensif qui le figeait sur place. L'espace d'un instant Jim fut presque certain qu'elle allait faire un commentaire qui remettrait en cause sa perception de la vie, mais ensuite elle sembla se résigner, désignant Scotty près de la porte.
« Je crois qu'il vous attend, Capitaine. »
« Ouais. À plus tard, Uhura. »
Elle hocha la tête et s'écarta.
Juste au moment où Jim atteignait Scotty à l'entrée, cependant, Emerett frappa deux coups de marteau et la pièce se tut.
« La cour est ajournée jusqu'à ce que ce problème soit résolu, moment où nous reprendrons ces questions. Maintenant, l'infirmerie a été informée et il y aura une injection d'hypospray obligatoire quand vous sortirez de la pièce. Ne sortez pas encore, s'il vous plaît. »
La porte était déjà ouverte et Scotty se contenta de hausser les épaules.
« Si vous dites que vous allez bien, je ne pense pas que ce soit vraiment nécessaire. »
« Allons-y. »
Dans le chaos, personne ne sembla remarquer leur départ, ou s'ils le remarquèrent, personne ne sembla s'en préoccuper.
ooo
L'ingénierie restait, à ce jour, le seul travail que personne n'avait réussi à accomplir sans finir couvert de crasse, de suie et de taches d'huile. Jim se fit cette réflexion exaspérée tandis qu'il opérait prudemment sous l'un des circuits du panneau principal et sentait des gouttes grasses et noires de solution lubrifiante recouvrir sa chemise jusqu'à sa poitrine.
Il avait fini par jouer le rôle du second de Scotty pendant tout le temps qu'ils passèrent à l'ingénierie centrale.
Au début on lui demanda d'aider en passant des outils et en tenant des clés anglaises, ce qu'il fit sans protester, à la grande surprise du type qu'il l'avait appelé Capitaine Joli-Cœur en le regardant en face. Mais à la fin Jim réparait les relais individuels lui-même, organisait le travail et dirigeait les autres officiers de la base en respectant les instructions confuses de son ingénieur en chef (les ingénieurs de l'Enterprise étaient devenus habitués aux ordres rapides et à l'accent épais de Scotty, mais clairement ceux d'ici avaient besoin d'un médiateur).
Il s'était facilement intégré dans l'équipe en ne se contentant pas de leur dire quoi faire, mais en les y aidant également, et eut l'impression distincte que la plupart des gens qu'il rencontra étaient agréablement surpris par le fait qu'il ne soit pas, en réalité, un idiot fini.
La mécanique des noyaux de distorsion et l'astrophysique avaient été deux de ses matières préférées à l'Académie, non pas que beaucoup de gens en dehors de son équipage le sachent. Et même si les deux traitaient du fonctionnement des vaisseaux à plus grande échelle, Jim était doué pour bricoler des trucs, et son excellent sens de l'intuition combiné à cette connaissance faisaient qu'il était loin d'être inutile.
Ils réussirent carrément à refaire entièrement le rafistolage rapide du précédent incident, et recâblèrent même le système pour éviter une autre surchauffe grâce à l'une des idées brillantes et folles de Scotty (tellement brillante qu'après ça Jim dut gentiment éloigner son ingénieur des jeunes stagiaires en adoration, qui semblaient plutôt admiratifs).
Cinq longues heures de travail plus tard, il courut jusqu'à la cantine du pont 7, pensant attraper un sandwich (les réplicateurs de ses quartiers n'avaient pas de moutarde et Jim voulait de la moutarde, la moutarde était épicée et géniale. Jim n'avait pas honte de remplacer le sexe par de la moutarde) puis prendre au moins deux douches soniques. Cependant, ayant perdu la notion du temps, il ne réalisa pas que l'endroit serait bondé pour le dîner.
Son entrée fut on ne peut plus théâtrale ; la porte coulissa et la pièce se tut immédiatement alors que chacun se tournait pour le regarder bouche bée.
L'ingénierie n'avait eu aucun uniforme à donner et au lieu de demander à quelqu'un d'aller lui répliquer des vêtements, Jim avait attrapé les deux premiers vêtements un tant soit peu protecteurs qu'il avait pu trouver.
Le Capitaine le plus jeune de Starfleet portait un pantalon noir large et dangereusement bas (qui avait initialement été bleu foncé) et un maillot de corps sans manche, moulant et gris (devinez de quelle couleur avait été celui-là) qui faisait au moins une taille en dessous de la sienne. Les cheveux décoiffés et collants de saleté, des gouttes de sueur coulant encore lentement sur son cou, il commença à marcher vers la pile de plateaux dans le coin, et ne put s'empêcher de remarquer que chaque paire d'yeux suivit chacun de ses mouvements en détail. Une femme se lécha inconsciemment les lèvres et un homme se força à détourner le regard, rougissant, et secoua la tête comme pour se convaincre que rien ne clochait.
C'est alors qu'on entendit le grincement abrupt d'une chaise que l'on repousse ; ce qui était bizarre puisque Jim avait remarqué que dans cette cantine-là, les chaises étaient clouées au sol. Il faudrait une force plutôt impressionnante… une force Vulcaine.
C'était Spock.
C'était Spock qui se levait des restes de son siège et s'en allait, les yeux tournés droit devant lui, le regard concentré avec détermination sur quelque chose qui n'était absolument pas Jim. En un rien de temps le Vulcain se précipita vers la porte la plus éloignée, puis disparut. Parti.
…C'était quoi ça ?
Jim resta planté là, la mâchoire ouverte, pendant quelques secondes, tentant de trouver une explication au comportement de Spock. Était-il en colère contre Jim pour une raison ou une autre ? Spock avait parfois du mal à contrôler sa colère, mais quand même, devoir aller jusqu'à évacuer la pièce était un peu extrême. Pourquoi… pourquoi diable se lèverait-il pour partir sans reconnaître la présence de Jim ? Ou peut-être qu'il n'avait pas vu Jim du tout, mais c'était extrêmement improbable… et les clous métalliques violemment arrachés suggéraient une quelconque affaire urgente…
Confus, inquiet et tentant de ne pas trop réfléchir à la question avant que son cerveau ne l'oriente dans une direction qui était surréaliste et stupide et malsaine, Jim oublia totalement son sandwich à la moutarde. Après que les gens aient enfin semblé se lasser de le reluquer aussi ouvertement (ce qui ne les empêcha pas de lancer des regards plus discrets de temps en temps, mais il pouvait faire semblant de ne pas remarquer ceux-là), il remit le plateau en place et partit par la même porte par laquelle il était entré, celle opposée à l'endroit où Spock était sorti.
Il faudrait qu'il demande à quelqu'un de la maintenance de réparer cette chaise, par contre.
Faisant quelques calculs mentaux, Jim décida de commencer sa recherche au pont 5, où leurs quartiers se trouvaient. Se rendre au département scientifique aussi tard n'était pas inédit de la part de Spock mais semblait peu probable, de plus, leurs quartiers seraient privés, leur permettant de parler, et Jim croyait pleinement que Spock serait capable d'expliquer cette scène étrange d'une manière parfaitement logique.
Parce que sinon Jim était totalement déconcerté.
Cause : Jim entre dans la pièce en donnant l'impression que quelqu'un l'a tartiné de graisse, ce qui est plus ou moins ce qui est arrivé (si ce n'est avec plus d'hommes en sueur qui ont la cinquantaine lui demandant de faire leur sale boulot et moins d'ingénieuses sexy en jupes courtes et pas pratiques).
Conséquence : Spock se lève tellement brusquement qu'il pète la chaise, puis sort de la pièce.
Jim n'était pas aveugle. Il pouvait deviner ce que presque tout le monde dans cette cantine pensait quand il était entré, les hanches se balançant légèrement, les muscles tonifiés et ondoyants après autant d'exercice. Mais contrairement à l'opinion populaire, il n'était pas si prétentieux que ça non plus. Ouais, il savait qu'il pouvait utiliser son apparence quand il le voulait et que ça marcherait sur la plupart des gens, mais Spock n'était pas la plupart des gens. Spock était… Spock. Son ami Spock.
Son ami hétérosexuel Spock.
D'un point de vue objectif, bien sûr, il pouvait comprendre à quel point ça pourrait être difficile de donner une explication qui se rapprochait de la logique parfaite si on excluait l'option que Jim refusait de considérer. Mais ce n'était pas une option du tout. Il se souvenait que Spock avait dit un jour : "Quand vous avez éliminé l'impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, doit être la vérité." Le problème était que ce qui restait était aussi impossible. Il était juste hors de question que son Vulcain rationnel et calme puisse…
Donc il ne lui restait rien, et comment peut-on faire une hypothèse sans données ?
D'accord, il allait évacuer ce cours de pensée jusqu'à ce qu'il ait parlé à Spock parce qu'il n'était pas bon d'avoir les pensées mélangées et en bordel.
Malheureusement, et malgré le chant mental "J'y pense pas, la la la la la, j'y pense pas", Jim se sentait fiévreux et aussi nerveux qu'un écolier quand il se retrouva devant la porte des quartiers de Spock, le cœur battant.
Était-il totalement fou de sa part d'imaginer que, peut-être, juste peut-être, Spock pourrait… ? Était-ce vraiment si dingue que ça ?
Les paumes en sueur, il appuya sur la sonnette électronique de l'écran tactile, et voulut se gifler pour cette soudaine crise de nerfs. Il était ce putain de James T. Kirk, il ne –
La porte coulissa pour révéler la silhouette de Spock et Jim… Jim n'était pas un dégonflé ; l'idée même d'abandonner en rencontrant un obstacle était ce qui lui faisait contourner les méthodes conventionnelles et trouver un autre chemin (en le creusant lui-même s'il le fallait) pour atteindre son but. Néanmoins, en regardant les yeux d'un noir épais de Spock maintenant, il ne pouvait pas se départir du sentiment que cette bataille contre le charme de Spock était déjà terminée, et qu'il avait été mis totalement et profondément KO.
« Salut. »
Spock resta silencieux quelques secondes, puis rentra et fit signe à Jim de faire de même.
« Bonsoir, Capitaine. »
« Comment vous vous sentez ? »
« Entièrement remis. Je vous remercie. Je présume que vous souhaitez discuter des évènements qui viennent juste de se produire ? »
Comme si une seringue se plantait dans un ballon étincelant d'hélium, la théorie de Jim selon laquelle son apparence avait affecté Spock d'une quelconque manière s'effondra et s'écrasa pitoyablement au sol, mourant aussi soudainement qu'elle était née.
Son Premier Officier le regardait, aussi froid et composé que toujours, sans une once d'inconfort, et voir ça donna envie à Jim de rire de lui-même, l'étendue de sa folie devenant soudainement et amèrement claire.
Seigneur, ça commençait à devenir hors de contrôle, pas vrai ? Comment avait-il pu imaginer, même une seconde, que Spock pourrait… ?
« Capitaine ? »
« Désolé, ouais. Je n'ai pas rêvé en vous voyant quitter la cantine à cause de moi à l'instant, si ? »
« Non, bien évidemment. J'avais l'intention de discuter de quelque chose avec vous plus tard ce soir, mais pas dans un lieu public. »
Encore étourdi par son petit accès de folie momentanée, Jim se laissa tomber sur le lit de Spock (avec crasse, sueur, taches d'huile et tout) sans demander la permission.
« Qu'est-ce qui s'est passé, alors ? »
Spock déglutit prudemment et marcha jusqu'à sa chaise de bureau, mais ne s'assit pas.
« J'ai été forcé de m'en aller. »
Jim fronça les sourcils. « Par qui ? »
« Pardonnez-moi, ma phrase était vaguement formulée ; les circonstances m'ont forcé à m'en aller. »
Tu parles d'une formulation vague. Jim plissa les yeux et examina la posture de Spock ; en dépit du calme de son visage, quelque chose se cachait dans ses membres raides et l'inclination fatiguée de sa tête. Il fallait juste qu'il découvre quoi.
Dans le cas présent la manière d'obtenir des informations devrait être délicate. Subtile. Avec Spock, une approche directe n'apportait pas toujours des résultats parce que ça pouvait tout aussi bien le faire se renfermer et refuser de coopérer, donc Jim devait formuler avec prudence une question qui –
« …Donc qu'est-ce qui vous fait chier dont vous ne pouvez pas me parler ? »
Ou pas.
Spock cligna deux fois des yeux, puis sembla abandonner l'idée d'obtenir une clarification.
« J'ai longuement parlé avec M. Moss aujourd'hui, et il n'est pas satisfait de notre premier jour, » dit-il finalement. « Selon lui, notre comportement était passable mais les circonstances ne nous ont pas permis de donner une première impression positive au jury. Il connaissait un emportement émotionnel au moment où il m'a informé de ces observations, mais je pense que ce fait ne diminue pas leur crédibilité. »
Ce ne fut pas tout à fait dit comme une question, mais la façon dont le regard de Spock dévia vers Jim lui montra qu'il n'était pas entièrement certain que les diatribes énervées des Humains étaient fiables. Jim lui adressa un sourire tendu et un hochement de tête, pour indiquer que Moss avait sûrement été en rogne mais sincère.
Spock continua. « Il prétend nous avoir demandé d'agir normalement, mais qu'il voulait dire normal selon des critères réels, et non selon les nôtres, et que nous devons nous efforcer de… moins nous regarder. De plus, il prétend que nous ne sommes pas… "crédibles" comme simples amis, et qu'il est très insatisfait du fait que nous avons choisi de passer quatre-vingt-quinze pour cent de notre temps libre ensemble. »
Ce n'était pas tout à fait vrai, pensa faiblement Jim, mais il n'émit pas d'objection. C'était pas loin.
« Il a par conséquent conclu que nous devons passer moins de temps ensemble dans une tentative d'apaiser les rumeurs. Apparemment, il y a eu de nouveaux cas de personnes déclarant faussement nous avoir vus engagés dans des… activités sexuelles. Il est possible que le Commodore Emerett ne mentait pas à notre première rencontre, mais qu'il était simplement mal informé. »
Ayant terminé son discours, Spock croisa soigneusement les mains et regarda son Capitaine, dans l'attente.
« Alors… des activités sexuelles, hein ? » dit Jim, tentant d'être extrêmement nonchalant.
Les lèvres de Spock se plissèrent et un humour inattendu éclaira ses yeux. « J'aurais dû prévoir que vous adhéreriez à cette partie de mon explication. »
Jim pouffa et essuya ses paumes sales sur son pantalon encore plus sale. « Quoi, comme des gens disant nous avoir trouvés en train de nous bécoter dans des débarras, ce genre de chose ? »
« Il semblerait. Durant sa crise de frustration, M. Moss a déclaré que l'une des rumeurs concerne notre accouplement dans un turboascenseur bloqué. »
Devinez quoi, on était passé de "drôle" à "gênant" en un claquement de doigt.
Jim se força à rire. « Bon tout d'abord, ne dites plus jamais "accouplement" s'il vous plaît, c'est – » bizarrement et follement sexy « - très dérangeant, et ensuite, si ça arrivait vraiment, comment qui que ce soit pourrait le savoir ? »
Spock sembla y réfléchir sérieusement. « Les enregistrements de sécurité, je pense, fourniraient des preuves suffisantes, » répondit-il enfin avec un air pensif.
Ah oui, il était tout à fait émoustillé. Les soupçons que Jim avait tout à l'heure n'avaient rien d'un vœu pieux. Nan, il n'avait pas du tout exagéré les choses.
« C'est vrai. » Jim soupira et se frotta le visage des deux mains. « Donc, si je comprends bien, parce que des idiots inventent des histoires sur nous et parce que leurs systèmes de contrôle environnemental craignent, on n'a plus le droit de traîner ensemble ? »
La bouche de Spock s'affaissa et il hocha gravement la tête. « C'est la conclusion de M. Moss. »
Bien sûr, ça expliquait pourquoi Spock avait quitté la cantine si rapidement. Et cet incident de chaise arrachée du sol était sûrement dû à l'épuisement ; ça devait être dur de surveiller sa force tout le temps et, pendant un simple instant après une journée éreintante, Spock avait été négligent.
Voyez ? Parfaitement logique après tout.
Jim se leva et posa ses mains sur ses hanches, principalement pour empêcher son pantalon de glisser.
« Vous allez faire ce qu'il dit ? » demanda-t-il au sol, sachant quelle serait la réponse mais incapable de s'en empêcher.
« Bien entendu, sa déclaration était, dans son entièreté, emplie d'un sentimentalisme effréné, » clarifia rapidement Spock.
« Bien entendu. »
« Cependant… je dois m'en remettre à son expertise dans ce cas précis. »
Jim hocha stupidement la tête. « Ouais, b'sûr. Je suis d'accord. »
Ils restèrent silencieux quelques instants, jusqu'à ce que Jim se rende compte qu'il mourait de faim, et qu'il avait aussi désespérément besoin de cette douche.
« Donc je vais y aller, je pense ? » dit-il, s'étirant avec un seul bras pour empêcher quelque chose d'embarrassant de se produire (ce pantalon semblait résolu à descendre sur ses fesses, sérieusement). « Et, euh, je vous verrai sûrement pas avant… hé dites, vous savez quand le procès doit reprendre ? »
Spock hocha la tête. « M. Moss a été informé que votre témoignage reprendra demain à douze heures. J'ai aussi appris que vous et M. Scott avez mené une prouesse louable à l'ingénierie ce soir, ce qui a permis la normalisation des activités de la base. »
« Oh. Ouais, Scotty a fait un super boulot. »
Le silence fut tendu cette fois, jusqu'à ce que Jim le rompe.
« Ok, alors à demain. »
Il commença à partir, se demandant comment ce serait de ne plus manger avec Spock pendant un moment, ou de devoir arrêter de jouer aux échecs. D'être incapable de parler des trucs qu'il ne partageait qu'avec lui, de devoir être formel et tendu l'un avec l'autre tout le temps, jamais seuls, toujours en public.
« J'imagine que je vais devoir me contenter de Bones pour me protéger de Stavok pour l'instant, » dit-il, cherchant à être léger en souriant par-dessus son épaule, mais soudain Spock devint très immobile.
« Stavok. »
« Ouais. » Jim s'arrêta et se retourna en partie, la main toujours tendue vers le panneau de contrôle. « Le reporter, vous vous souvenez ? »
« Le chercheur diffuseur, » corrigea Spock presque distraitement. Ses yeux sombres s'étrécirent. « Vous n'aviez pas mentionné que son nom était "Stavok" jusqu'ici. »
« Vraiment ? » Le front de Jim se plissa alors qu'il tentait de se souvenir. Ah, peut-être qu'ils avaient tous les deux dit "reporter" ou "journaliste" tout le temps. Il s'appuya contre le mur à côté de la porte, les bras croisés.
« En effet. J'ai ce que vous appelleriez une mémoire eidétique. Je me souviendrais d'un tel nom. »
« Et pourquoi ça ? Vous le connaissiez ? »
Spock sembla choisir ses mots avec le plus grand soin quand il parla.
« Il est possible qu'il ne soit pas le Stavok dont j'ai… fait la connaissance. Vulcain était une planète d'environ six milliards d'habitants. »
Les épaules de Jim s'affaissèrent légèrement à la mention de Vulcain et il sentit cette douleur familière dans sa poitrine. « Mais il est aussi possible qu'il soit bien le type auquel vous pensez, » dit-il d'une voix plus douce. « Comment l'avez-vous connu ? »
« Stavok était dans le même centre éducatif que moi. »
« Vous êtes allés à l'école ensemble ! Wow, c'est… »
Il allait dire "super." "Une chance," même. Mais ensuite il se souvint.
Une fois, quand ils jouaient aux échecs, ils s'étaient mis à parler de l'enfance de Jim. Ce n'était jamais un sujet auquel il aimait beaucoup penser, surtout quand il s'agissait des fois où sa mère avait quitté la planète, mais la curiosité naturelle de Spock étant ce qu'elle était, Jim s'était retrouvé incapable de refuser à l'homme ce qu'il voulait honnêtement savoir. Donc il lui dit tout sur le départ de son frère Sam, sur les abus verbaux de Frank et sur la fois où il avait volé sa voiture, et sur le jour où sa mère avait enfin retrouvé la raison et avait dit à cet idiot de se tirer. Sur le fait de voir Winona aller progressivement mieux pendant la fin de son adolescence mais qu'il avait toujours besoin de mettre son énergie agitée dans quelque chose, n'importe quoi, sauvage et incontrôlable et presque écrasé sous le poids du nom de son père.
Ils avaient parlé longtemps, peut-être pas confortablement, pas encore, mais c'était sincère.
Et ensuite Spock avait fourni ses propres aperçus.
Il avait parlé en phrases courtes et d'un ton égal, encore prudent (c'étaient les tous premiers jours, quand le mot "amitié" était encore un concept étranger), mais sans retirer quoi que ce soit non plus. Spock avait été persécuté à l'école, jusqu'au point où il avait été sévèrement compromis émotionnellement et avait fini par casser le nez d'un autre gamin.
« Jim ? »
« Désolé. Je repensais juste à… est-ce qu'il fait partie des gamins qui vous ont persécuté ? »
« …Le Stavok que j'ai rencontré dans mon enfance a effectivement tenté de me soutirer une réaction émotionnelle. »
Jim revit le Vulcain qui avait semblé si distant et impassible. Au lieu de bloquer ce qu'il ressentait, Stavok avait semblé totalement vide d'émotions, d'une manière qui était très différente de Spock. Oui, la perte incommensurable qui s'était produite le jour où Nero avait détruit la planète faisait de Stavok quelqu'un qui inspirait la pitié, mais cela ne l'excusait pas pour sa malveillance.
« C'est à lui que vous avez cassé le nez ? »
Le regard de Spock voleta jusqu'au sol et remonta, probablement par embarras. « Oui, » dit-il abruptement.
« Tant mieux. Il le méritait. » Jim se souvenait parfaitement bien de ce que Spock avait expliqué à propos de la perte de contrôle émotionnel et de ce qui l'avait déclenchée. « Vous l'avez revu depuis votre enfance ? »
« Non. Je ne savais pas que sa candidature à l'Académie Vulcaine des Sciences avait été refusée, ni qu'il s'était engagé dans cette voie à la place. »
Jim fronça les sourcils, perturbé. Spock, voyant ça, fit deux pas en avant et attacha ses mains dans son dos.
« Jim, je ne peux ignorer votre expression faciale. »
« Qu'est-ce qui ne va pas avec mon visage ? » demanda Jim, plissant brusquement le nez pour faire sourire Spock. Bien sûr, ça n'arriva pas vraiment, mais Spock eut cet air qui disait qu'il ne souriait absolument pas.
« Rien ne "va pas" avec votre visage, Jim. Cependant, vous sembliez être inquiet pour ma personne. »
« Je ne suis pas inquiet. Je suis juste… » inquiet. « …Je suis, euh, déçu de ne pas avoir compris quel gros crétin Stavok est en réalité. » Mais ce n'était pas vrai et Spock le savait.
Son Premier fit un pas de plus vers lui et secoua la tête, une fois. « Ne vous souciez pas de moi. Vous attribuez à Stavok des aspects humains qu'il n'a pas. Les enfants vulcains ne possèdent pas les niveaux de contrôle émotionnel requis chez les adultes. »
« Même. Il est raciste. »
L'espace d'une seconde les yeux de Spock semblèrent briller dans la faible lumière, comme s'il était touché par l'irritation de Jim, mais ensuite ce ne fut plus le cas. « Dans son enfance, peut-être. Il doit avoir honte de son comportement à présent. »
Jim n'était pas convaincu mais il acquiesça. « D'accord. Mais si je le revois et qu'il est méchant avec vous, je vais peut-être devoir le frapper. »
Cette fois l'expression fut plus évidente, mais ce n'était pas de la gratitude ; au lieu de ça Spock parut grandement amusé, comme s'il trouvait l'idée même que Jim le défendrait adorablement ridicule.
« Une situation peu probable, Jim. Je présume que vous faites de l'humour. »
Il va sans dire que Jim ne fut pas impressionné par cette présomption.
« Vous êtes en train de dire que je ne pourrais pas réussir le moindre coup ? » dit-il avec indignation.
« …Oui. »
Il posa sa main sur son cœur en mimant la douleur.
« Aïe, Spock ! »
Spock détourna le regard sans rien regarder puis revint vers lui. Il était tellement proche de le faire lever les yeux au ciel !
Puis il eut une idée.
« Hé. Hum, écoutez, je sais que c'est contre les règles et tout… » dit Jim, sans regarder Spock dans les yeux. « Mais si vous voulez discuter un peu, peut-être me laisser expliquer à quel point mes compétences de combat sont épiques… et si, vous savez, vous n'avez pas encore dîné, on pourrait manger ensemble ? Ici ? Je veux dire, je sais qu'ils pourraient techniquement nous localiser mais ce n'est pas comme si quelqu'un surveillait chacun de nos mouvements sur les ordinateurs ou quoi que ce soit. Ce serait juste flippant. »
« Peut-être. Et illégal. »
Jim sourit. « C'est un "oui" ? »
Spock ne marqua même pas de pause avant de répondre. « En effet. Bien que j'aimerais suggérer… un changement de tenue, peut-être. »
Le regard dégoûté que ses vêtements reçurent de la part de Spock, après que le demi-Vulcain ait dit ça, indiqua à Jim que son Premier ne les appréciait pas beaucoup.
« C'est vrai. » Il eut un petit rire. « C'est votre manière polie de dire que je pue, pas vrai ? »
« Non. Cependant, votre apparence – »
« C'est bon, Spock. Je sais que j'ai l'air affreux. »
« Vous avez l'air… » Spock s'arrêta au milieu de sa phrase. Jim attendit qu'il continue, mais quand il reparla le cerveau de Spock semblait avoir totalement redémarré. « Je dois terminer quelques rapports pour la maintenance à quai de l'Enterprise, et je vous attendrai ici. »
« D'a-ccord. N'oubliez pas que je dois les passer en revue, par contre, avant de les envoyer. »
« Très bien. »
Spock prit un PADD sur son bureau et écrivit quelque chose dessus.
« Aurez-vous besoin d'autre chose avant de venir, Capitaine ? »
Un moment étrange pour revenir aux grades, et cette phrase était trop bien pour résister [ndt : « to come », venir, veut aussi dire jouir].
« Nan. » Il fit un clin d'œil, incapable de s'en empêcher. « Vous savez que je ne suis pas difficile. »
Spock laissa échapper un souffle qui pourrait être interprété comme un soupir d'agacement et se détourna.
D'un signe de la main adressé au dos de Spock, Jim quitta la pièce par la porte reliant leurs quartiers et tendit immédiatement la main pour retirer sa chemise en la faisant passer sur sa tête. Avant qu'il puisse terminer la manœuvre, cependant, il entendit un bruit derrière lui, qui ressemblait de manière suspecte à celui d'un PADD heurtant la surface de la table.
Il se retourna maladroitement et faillit tomber à la renverse, le tissu encore coincé autour de son cou et enchevêtré dans ses bras, l'empêchant de voir. Par contre, il entendit bien la porte coulisser (oh, elle n'était pas encore fermée ?) puis le silence.
L'espace d'une seconde il songea à demander à Spock si tout allait bien, puis réalisa à quel point ça semblerait stupide. Et Spock lui tournait le dos, donc il n'avait pas pu être scandalisé par le brusque strip-tease de Jim au point de faire tomber le PADD.
En secouant la tête comme un chien, Jim décida qu'il réfléchissait trop et fit descendre son pantalon, le retira et le laissa par terre.
ooo
Le lendemain matin, Jim et Spock petit-déjeunèrent face à face, mais à des tables séparées situées dans des coins opposés de la cantine la plus grande.
D'un côté, Jim savait que c'était pour leur propre bien et que Moss avait raison ; ils n'attiraient pas du tout l'attention, en comparaison avec les nombreux regards qu'ils recevaient quand ils étaient ensemble en public.
D'un autre côté, discrètement regarder Spock pendant qu'il mangeait méthodiquement son céleri déclencha une réalisation plutôt malheureuse chez Jim, mais vraiment, la nourriture ne pouvait pas être traitée avec autant d'amour et s'attendre à ce que tout aille bien.
Il allait devoir changer ses critères concernant ce qui était ou non pornographique à partir de maintenant.
Avaler, par exemple, était quelque chose que les gens faisaient tout le temps. Et c'était normal, et pas franchement hardcore et classé X. Par conséquent, logiquement, ça devrait être vu comme un acte commun et quotidien. Et quelqu'un qui avalait à une très longue distance était encore moins digne d'attention que, disons, quelqu'un qui avalait à une très courte distance.
Malgré tout, quand Spock le faisait, ça devenait tellement obscène que c'en était dérangeant. Ce qui en disait long sur le niveau de pathétique que Jim avait atteint.
S'il était bien une chose, c'était batteur de records.
Spock n'était pas seul, cependant. Uhura était assise avec lui, et il lui parlait de cette manière douce qu'il avait que Jim l'avait seulement vu utiliser avec des gens qu'il connaissait très bien ou en qui il avait confiance. Et c'était bien, super même, parce qu'ils étaient amis. Une méchante petite voix dans l'oreille de Jim chuchota qu'ils étaient des amis qui sortaient encore ensemble il y avait seulement un peu plus d'un mois. Et la relation avait sûrement impliqué du sexe. Sans blague, il suffisait de regarder Spock pour… hum, enfin, Uhura était très canon, aussi. Mais c'était hors de propos. Jim était parfaitement heureux qu'ils s'entendent si bien. Spock l'appréciait encore manifestement, bien que pas de cette manière, à moins que ce soit le cas et qu'ils soient sur le point de se remettre ensemble.
Une seule fois, Spock leva les yeux de son assiette et se trouva regarder Jim droit dans les yeux.
Jim était assis avec McCoy et Sulu, qui le soutenaient tous les deux et étaient aussi géniaux que d'habitude. Sulu avait même promis de lui obtenir une place pour le simulateur de vol dans quelques jours, bien que Jim pense qu'il était peu probable qu'il ait le temps, et à la seconde où le procès serait terminé il décollerait d'ici, d'une manière ou d'une autre.
Vers la fin de leur repas, deux femmes lui sourirent timidement et lui firent signe depuis une table à quelques rangées à la gauche de celle de Spock. Avec un peu de retard, Jim se souvint les avoir vues à l'ingénierie hier, bien qu'elles soient toutes les deux techniciennes informatiques et plus portées sur la programmation. La brunette avait proposé de sortir boire un verre ce soir et Jim avait dit non un peu plus fermement que d'habitude (non pas qu'il dise "non" d'habitude quand il n'était pas sur son vaisseau, mais on le lui avait déjà rappelé une fois cette semaine).
Ce n'était pas juste qu'il n'avait pas vraiment envie de coucher avec quelqu'un, pensa-t-il en attaquant violemment son toast avec le machin en forme de fourchette ronde ("Bon sang Jim, pourquoi est-ce que tu manges un toast en utilisant des couverts ?"). C'était qu'il n'avait pas vraiment envie de coucher avec quelqu'un qui n'était pas Spock.
Et ça ne pouvait vouloir dire qu'une chose : il devenait involontairement monogame.
Pour quelqu'un qui ne le voyait même pas de cette manière.
Ça comptait si tout ça arrivait contre sa volonté ? Il ne voulait pas ne vouloir être qu'avec Spock, ça n'avait aucun sens ! Mais dernièrement il avait l'impression de ne même pas avoir le choix.
Bientôt il commencerait à être à court d'adjectifs négatifs pour décrire à quel point c'était… atroce. Nom de Dieu.
ooo
Au moment où ils retrouvèrent Moss devant le tribunal du pont 16 Jim était, comme il se devait, à nouveau nerveux, mais moins que la dernière fois. Oui, il avait vraiment le béguin pour Spock. Mais tout irait bien. Il connaissait la question maintenant. Ça aidait, parce qu'il connaissait aussi la réponse. Il n'était pas amoureux de Spock. Il appréciait Spock… il était attiré par Spock, bien sûr, ça ne le dérangerait pas de coucher avec – concentration. Il n'était pas amoureux de cet homme. Il n'avait même jamais été amoureux, jamais.
« La séance est maintenant ouverte. »
"Amoureux" était synonyme d'engagement et il savait qu'il ne pouvait pas y parvenir. Mettre Jim Kirk et "mariage" dans la même phrase était simplement ridicule. Et il était inutile d'y penser, de toute façon, parce que c'était quelqu'un qui ne pourrait jamais lui rendre ses sentiments. Pas parce que Spock n'avait pas de sentiments… mais simplement parce qu'ils n'étaient pas dirigés vers Jim, et ne le seraient jamais, pas de cette manière.
« À la lumière des évènements qui se sont produits hier dans cette cour à quatorze heures trente, le Capitaine Kirk va reprendre son témoignage… »
Il n'était pas le genre de personne bonne et attentionnée que Spock méritait, de toute façon. Il travaillait dur pour s'améliorer, oui, mais ça ne le rendait pas bon. Ou au moins… au moins il savait que ça ne le rendait pas assez bien.
« …puis M. Moss avec la défense. Capitaine Kirk ? »
« Oui. »
« Vous pouvez rejoindre la barre. »
Jim se leva et marcha avec autant de confiance qu'il pouvait en rassembler, c'est-à-dire beaucoup, du moins en surface.
« Mlle Shaw ? Vous pouvez continuer votre questionnement, » appela Emerett, faisant signe à Areel de s'avancer. C'était presque comme si c'était la fin d'une parenthèse, que tout à coup il était revenu à hier, et que rien ne s'était produit du tout depuis.
« Bonjour votre honneur, mesdames et messieurs les jurés. Je crois qu'avant que nous soyons aussi rudement interrompus par les compensateurs de gravité je vous avais posé une question, Capitaine Kirk ? » dit Areel avec un léger sourire.
Jim attendit.
« Une question très importante, en fait. Certains pourraient dire que c'est la question qui pourrait régler toute l'affaire, si – »
« Objection, nous savons tous quelle est la question, peut-on s'il vous plaît laisser l'accusé y répondre ? » dit Moss en levant les yeux au ciel avec agacement.
« Retenue. Allez droit au but, Mlle Shaw. »
« Mes excuses, votre honneur. »
Areel sourit plus largement et Jim fut frappé par un horrible pressentiment, pas totalement différent de celui qu'il avait ressenti la veille quand l'air était mauvais.
« Êtes-vous amoureux du Commandant Spock, Capitaine Kirk ? »
« Non. »
Il sentit chaque tête se tourner vers le détecteur de mensonge et retint son souffle –
« Correct. »
Mais le sourire d'Areel ne faiblit jamais, comme si elle s'y attendait, que ça faisait partie de son plan, et le flamboiement de joie de Jim s'évanouit aussi rapidement qu'il était apparu.
« Eh bien, cela ne fait que prouver ce que les accusés nous ont dit depuis le début, n'est-ce pas ? » Elle se tourna vers le jury, cet éclat de triomphe dans ses yeux donnant à Jim la nausée. « M. Kirk – excusez-moi, le Capitaine Kirk n'est pas amoureux de son Premier Officier. »
Il y eut une pause tandis que toute la pièce comprenait, presque unanimement, ce qui allait arriver ensuite.
« Enfin… le Capitaine Kirk croit qu'il n'est pas amoureux de son Premier Officier. »
Oh, elle était douée. Elle était très, très douée, pensa Jim avec torpeur tandis que des murmures frénétiques commençaient et que Moss se levait pour dire : « Objection ! Pertinence ! Et pouvons-nous s'il vous plaît présumer que l'accusé est assez intelligent pour savoir s'il est ou non amoureux de quelqu'un ? C'est de la conjecture, et de la mauvaise conjecture en plus de ça ! »
« Silence ! » cria Emerett, abattant son marteau. « Objection retenue. »
Il regarda Areel en fronçant les sourcils.
« Mlle Shaw, ce que vous allez dire ensuite a intérêt à être bien. »
Si son sourire s'élargissait davantage elle allait commencer à rire, songea Jim d'une manière horrifiée et distante. Il ne pensait pas pouvoir supporter de se tourner pour regarder Spock, même s'il savait qu'il ne verrait qu'un masque de contrôle.
« Bien sûr, votre honneur. » Areel hocha respectueusement la tête. « Le Capitaine Kirk n'a pas menti quand il a dit ne pas être amoureux de M. Spock, mais cela ne nous dit que ce qu'il croit être la vérité. La machine ne peut pas interpréter les faits, elle ne peut détecter que les occasions où un sujet n'est pas honnête ; et c'est là que repose son inefficacité, comme nous le savons tous. »
Elle jeta un œil à Jim avant de continuer.
« Le Capitaine Kirk a démontré encore et encore qu'il devient émotionnellement compromis dès que son Premier Officier est impliqué ; son jugement n'est pas sensé, ses décisions sont brouillées par l'émotion. D'accord, c'est une émotion qu'il ne considère clairement pas comme de l'amour, mais cela n'importe pas. La vie personnelle de Kirk s'arrête là où la sécurité de son vaisseau et de son équipage commence. Et dans le cas présent, son opinion est sans importance. Les faits parlent d'eux-mêmes. Et les nombreux, nombreux exemples de désobéissance cités dans la liste des preuves sont plus que suffisants pour prouver cela.
« La relation entre Capitaine et Premier Officier est devenue préjudiciable au fonctionnement du vaisseau Enterprise, et mettre inutilement en danger les vies de plus de quatre-cent personnes n'est pas acceptable. »
Jim attendit qu'elle ait terminé avant de hausser les sourcils avec un air de confusion légèrement moqueuse.
« Oh, est-ce que c'est à moi de faire une déclaration dramatique maintenant ? »
Areel le fusilla du regard. Jim réprima ses propres émotions et sourit avec condescendance.
« Je veux dire, c'était une question ou… ? »
Elle l'interrompit avec un professionnalisme forcé dans la voix. « Imaginez le scénario suivant, Capitaine Kirk. »
« Je vais faire de mon mieux, » dit-il gracieusement, s'adossant à son dossier et s'étirant un peu pour se mettre à l'aise. Du coin de l'œil, Jim vit au moins trois membres du jury sourire avec exaspération.
« Excellent. »
Areel prit une inspiration pour se raffermir avant de continuer (s'il y avait bien une chose pour laquelle Jim avait toujours été très doué, c'était rendre les gens lentement et irrévocablement fous).
« Répondez à cela, s'il vous plaît, » dit-elle en serrant les dents. « M. Spock est incapable de revenir sur le vaisseau à temps et vous avez reçu l'ordre de l'abandonner. Que faites-vous ? »
La première pensée instinctive de Jim fut "Récupérer Spock, coûte que coûte." Mais bien sûr il ne pouvait pas dire ça, parce que ce coût, ces ordres, pouvaient être d'amener le vaisseau à une colonie de civils malades en attente d'assistance médicale, et qu'à chaque seconde où il repoussait le départ il pouvait y avoir des morts.
Et pourtant il savait aussi que s'il répondait "Laisser Spock et suivre les ordres", la machine dirait qu'il mentait.
En moins d'une seconde il digéra tout ça, et décida finalement de donner toute la vérité.
« Ça dépend. »
Areel cligna des yeux. « Vous plaisantez. » Soudain elle sembla se souvenir de l'endroit où elle se trouvait. « Je veux dire… veuillez développer. »
« Vous ne m'avez pas donné assez de détails sur la situation pour prendre une décision en connaissance de cause. Pourquoi m'ordonne-t-on d'abandonner un membre de l'équipage à la mort ? » Un rapide regard vers Moss lui indiqua qu'il se débrouillait bien. « De plus, dans quel genre de situation seulement mon Premier Officier serait coincé ? Où sont les officiers de sécurité qui sont descendus avec lui ? »
« Je ne – ils sont morts. »
« Alors je répète, pourquoi m'ordonne-t-on de partir… ? »
« Il y a une urgence. »
« Quel genre d'urgence ? »
« Je… » Elle hésita. « Seulement… une urgence. »
« Est-ce que des vies sont en jeu ? »
« Oui. »
« Pourquoi ? À quelle distance sont-ils ? Et est-ce qu'un court délai – »
Areel serra les poings. « Contentez-vous de répondre à la question, Kirk. »
« Mais je ne peux pas jusqu'à ce que vous me disiez – »
« Est-ce que ça importe ? »
Et enfin, pour une fois, Jim sut qu'il l'avait eue. Parce que cette salle était pleine de militaires et d'ex-militaires et que la dernière question d'Areel avait été très, très stupide.
« Bien sûr que ça importe, » dit-il, d'une voix forte et ferme et les yeux brillants. « Des vies sont en jeu ici. En tant que Capitaine, je suis celui qui est censé prendre ce genre de décision difficile. Si je peux sauver Spock en retardant un ordre pendant dix minutes sans perdre de vies, alors je le ferai. Quand vous y êtes… quand vous êtes au milieu d'une situation pareille, et pas en train d'en lire le rapport dans un bureau, c'est différent. »
La pièce était silencieuse, la foule buvant chacun de ses mots.
« Ça dépend souvent, Mlle Shaw, et ça importe vraiment toujours. »
Moss rayonnait en regardant Jim avec fierté et les yeux de Spock débordaient de respect.
« L'accusation a-t-elle d'autres questions ? » dit le Commodore Emerett après un court silence.
Areel avait l'air secouée, mais pas brisée. « Oui. Une dernière, » dit-elle.
Puis elle redressa les épaules et tenta de nouveau de donner une impression de contrôle, bien qu'elle sache parfaitement combien elle avait perdu pendant la dernière minute. Jim passa un instant à être désolé pour elle, mais le sentiment disparut immédiatement après sa question suivante.
« Souhaiteriez-vous qu'il y ait une quelconque sorte de relation amoureuse entre vous et le Commandant Spock ? »
