Coucou tout le monde,

La barre des 100 commentaires franchie, je ne peux que vous remercier pour tous vos mots d'appréciations et d'encouragements, c'est juste grisant. Merci à Not gonna die pour ses corrections et ses précieux conseils. Voici sans plus tarder le passage que vous attendiez tous.


Jamais la blonde n'avait songé à la possibilité que la brune face le déplacement. Même là-haut au sommet de la montagne de Moïse elle avait imaginé que ce serait à elle de retourner en Italie si toutefois elle en trouverait un jour le courage.

Là c'était un peu comme si le réalisateur du film avait décidé de se détourner du script original, mettant toute l'histoire sans dessus dessous. Après un long moment d'hésitation, Emma totalement abasourdie par cette visite impromptue retrouva enfin un semblant de voix, mais le seul mot qui daigna passer la barrière de ses lèvres fut :

- Regina.


Belle, sentant que les deux femmes avaient besoin d'intimité pour discuter, prit les deux enfants par la main, afin d'aller faire une activité avec eux. Marco conseilla Emma avec bienveillance d'emmener son amie dans sa chambre pour discuter.

Regina pénétra dans l'humble demeure de l'égyptologue. Il y avait un lit simple à gauche en entrant, quelques glossaires et romans sur une petite étagère au-dessus de lui. A droite une petite table, servant visiblement de bureau, sur laquelle s'étaient amassées des piles de paperasses, et contre le mur du fond une petite armoire avec un miroir fissuré sur chaque porte. Il n'y avait qu'une petite lucarne ronde en guise de fenêtre, permettant à peine à la lumière d'entrer.

En tant qu'héritière de la famille Médicis, Regina avait toujours connu le luxe, même si contrairement à Cora, elle n'en faisait pas étalage, aimant et profitant des belles choses, sans pour autant tomber dans les extrêmes. Cependant durant toutes ces années où elles avaient été amies, elle n'avait jamais songé qu'Emma puisse vivre dans une telle précarité. Pourtant elle aurait de le savoir, après tout ce n'était pas un secret que l'archéologie ne rapportait pas un sous, même Howard Carter (1) était mort miséreux, songea la brune honteusement.

- Pourquoi es-tu là Regina ? L'arracha Emma à ses pensées.

- A ton avis ? Je veux retrouver ma meilleure amie, ajouta-t-elle, pas très à l'aise sur le choix des mots à faire devant le masque qu'Emma avait arboré.

- J'ai essayé Regina, je te jure que j'ai essayé. Je pensais qu'avec les années ce serait plus facile, mais à croire que le temps rend la chose encore plus compliquée et douloureuse.

- Alors tu prends la poudre d'escampette sans même te retourner, sans nous laisser une chance de nous expliquer, c'est ça la solution pour toi ? Commença à s'emporter Regina.

- Qu'est-ce que tu crois, que je suis partie de gaîté de cœur ? J'ai tout tenté pour ne pas avoir à fuir encore, absolument tout, hormis peut-être de m'arracher le cœur à mains nues. Mais je ne peux pas changer qui je suis, ce que je ressens quand je suis en ta présence – et même sans cela – alors que toi tu ne partageras jamais mes sentiments.

- Mais bien sûr que si ! L'interrompit Regina en hurlant.

Son cri fit place à un long moment de silence, aucune d'elle sachant quoi dire après l'aveu de la brune.

- Bien sûr que si, reprit Regina dans un murmure.

- C'est le baiser, c'est ça ? Toi et moi savons que c'était juste un moment de faiblesse. Tu avais besoin d'être réconfortée après la mort de Daniel, et je n'ai pas trouvé mieux, mais ça te passera avec le temps.

- Pardon ? Alors c'est ça que tu penses ? Juste une passade de femme endeuillée qui s'estompera dès que j'aurai pris un peu le dessus. Décidément, tu n'es qu'une idiote Swan ! S'emporta Regina.

- Regina, je...

- Tais-toi ! C'est mon tour de parler maintenant. Je n'ai pas traversé l'enfer de ces derniers jours et fait ce voyage interminable pour entendre tes idioties, je... et puis mince à la fin...

Emma n'eut pas le temps d'esquiver, lorsque Regina attrapa subitement le pan de sa chemise pour l'attirer d'un coup sec contre elle, afin de plaquer ses lèvres contre les siennes.

Une fois revenue de sa surprise la blonde tenta une nouvelle fois de repousser la brune, mais celle-ci bien décidée de ne pas la laisser faire appuya encore plus fortement son baiser. Emma ouvrit la bouche pour protester, mais déjà la langue de Regina était au contact de la sienne, lui signifiant clairement que c'est ce qu'elle voulait.

Cette passion exprimée avec violence eut raison de ses dernières réticences. Elle passa une main dans le dos de Regina et l'autre dans les cheveux foncés, afin de la plaquer encore plus contre son corps. Elles s'embrassèrent comme si leurs vies en dépendaient, s'épanchant dans un discours que leurs mots avaient été incapables d'exprimer. Ce ballet endiablé de leur langues dansant aux rythmes effrénés, chassa petit à petit la frustration accumulée durant des années.

Réalisant enfin la signification de tout ceci, les jambes d'Emma devinrent coton, et sans crier gare elles se dérobèrent sous son corps. Bien que quelques centimètres plus petite et légèrement plus frêle, Regina réagit à temps et soutint son poids jusqu'au lit dans lequel Emma se laissa choir avant d'éclater en sanglots.

Regina l'attira dans ses bras, embrassant sa tempe, réalisant à son tour tout ce qu'Emma avait traversé et supporté seule des années durant. Évidemment qu'elle-même avait toujours su que ses sentiments envers sa meilleure amie étaient ambigus, bien qu'elle le démentait à chaque fois que Ruby l'insinuait, mais contrairement à Emma, elle avait eu Daniel, puis Victoria et à une moindre mesure son père, mais Emma n'avait eu personne pour prendre soin de son cœur.

Regina prit la résolution de ne plus jamais laisser Emma seule. Oh, elle savait qu'elles allaient encore se blesser, leurs caractères respectifs ne laissaient aucun doute à ce sujet, mais Regina se fit la promesse que même dans leurs combats futurs, elle ne laisserait pas Emma sombrer dans sa solitude que même l'adoption par Mary Margaret et David n'avait su combler.

- A quoi tu penses ? Lui demanda soudain l'objet de ses réflexions.

- Au fait que j'aurais dû venir il y a des années.

Emma secoua la tête tout en caressant le bras de Regina avec nonchalance.

- Non, sans cela tu n'aurais pas eu Victoria, et pour rien au monde je n'aurais voulu que tu sois privée de ta fille.

- Nous l'aurions eue autrement, répondit Regina spontanément.

Emma se redressa afin de faire face à son amie. Instinctivement sa main vint caresser la joue de son amie avec douceur avant de rapprocher son visage tout en regardant Regina droit dans les yeux. Puis telle une plume, elle posa sa bouche sur ces lèvres tant désirées. Avec douceur sa langue traça les contours pourpres, puis leurs souffles se mêlèrent dans une infinie tendresse.

- D'où ça vient ? Demanda l'égyptologue après un moment.

Regina haussa les sourcils, ne comprenant visiblement pas à quoi Emma faisait allusion.

- La cicatrice, précisa la blonde en passant son pouce sur la dite cicatrice, avant de prendre une nouvelle fois sa lèvre supérieure entre les siennes.

- Ma mère, sa bague, vint la réponse quelques baisers plus tard.

- Cora ! Cette espèce de garce, mais pourquoi t'a-t-elle frappée ? Interrogea Emma, comprenant qu'une grande partie de l'histoire ayant conduit Regina en Égypte lui échappait encore.

- Je lui ai dit quelque chose qu'elle ne voulait pas entendre, sourit Regina en lui saisissant la main : Nous devrions rejoindre les autres.

- Mais...

- Je te raconterai tout plus tard, promis, mais pour l'heure nous avons besoin de manger quelque chose, assez d'émotions pour le moment.

- D'habitude c'est moi l'estomac sur pattes, se mit à rire l'égyptologue, rapidement rejointe par son amie.

Le soleil était couché depuis deux heures au moins lorsqu'elles rejoignirent les autres sur la terrasse de l'institut où étaient généralement servis les repas pour le peu d'étudiants et les bénévoles, alors que les moines mangeaient entre eux dans un petit réfectoire situé face à leurs cellules.

Une tornade brune vint les accueillir, se jetant à la surprise de Regina dans les bras d'Emma.

- Emma, je suis trop contente, tu m'as trop manqué ! Lança Victoria.

- Toi aussi tu m'as manqué gamine.

Emma maintint la fillette d'un seul bras contre son flanc, refusant de lâcher la main de Regina qu'elle tenait toujours, ce qui n'échappa pas à Belle qui, bien que ça la démangeait, s'abstint de tout commentaire, se contenta de leur passer les plats.

La table regorgeait des habituels mets qu'on mangeait dans cette partie du monde. Il y avait bien sûr la crème de pois chiches (houmous) et celle de sésame (tahina), ainsi que la purée de fèves (foul) pour accompagner leurs galettes de pain et falafels de légumes, appelés ici taameia.

La fillette, visiblement perdue, observa avec attention chaque geste de Khepri qui avait naturellement pris place à ses côtés. Il rompit son pain plat, contenant peu de mie, afin d'en tremper les morceaux dans les différentes préparations. Victoria l'imita et grimaça, découvrant des saveurs auxquelles elles n'était nullement habituée. Heureusement pour l'enfant, les saucisses de bœuf et d'agneau (kofta), ainsi que les légumes farcis de riz (mahshi) furent plus à son goût.

Emma sirotait tranquillement sa bière, alors que Regina n'avait pas touché à la sienne. La blonde se souvint alors que son amie détestait ce breuvage ayant vu le jour quatre millénaire plus tôt sur les rives du Nil. Elle se leva sous le regard d'incompréhension de sa compagne.

- Ne t'inquiète pas, je reviens vite.

Ce qu'elle fit à peine trois minutes plus tard, une bouteille de vin à la main.

- Goûtez-moi ça les filles, au moins aussi bon que votre Chianti.

- Rien n'égale le Chianti, rétorqua Regina, reconnaissant toutefois que le nectar servi s'en approchait. Ce qui en soit était déjà une victoire pour la cuvée spéciale faites à base de raisins cultivés dans le Ouadi Natroun.

- Je vais me retirer pour ce soir, je suis très fatiguée et j'ai besoin de m'allonger, s'excusa Belle.

- Oh, pas avant d'avoir essayer les baklavas (2) Belle, ce sont les meilleurs de tout le bassin méditerranéen.

- J'en suis certaine, mais pas ce soir Emma, dit Belle en se levant de table, manquant de perdre l'équilibre lorsqu'une douleur lancinante traversa son bras.

Elle fut rattrapée de justesse par les bras forts de l'égyptologue qui se retourna inquiète vers Regina :

- Est-ce que tu vas te décider à me dire ce qui est arrivé ? Et ne me dis pas « rien » Regina, je connais suffisamment bien ta mère pour savoir qu'elle n'aurait jamais accordé de vacances à sa meilleure employée de maison pour qu'elle te suive en Égypte. Alors ? Insista Emma devant le silence des deux femmes.

- Tata Belle s'est fait tirer dessus, répondit une voix enfantine.

- Quoi ! Hurla Emma.

- Tata ? Interrogea Belle surprise.

- Bah, tu es l'amoureuse de ma tata Ruby non, alors tu es ma tata aussi, raisonna l'enfant.

- Tu as raison, lui répondit Belle émue.

- Aidons Belle à regagner sa chambre et je te raconterai tout, finit par dire Regina, consciente qu'Emma était sur le point d'exploser.

Celle-ci souleva l'ancienne employée des Médicis et la porta jusqu'à la chambre qui lui avait été allouée par le père Marco le temps de leur séjour. Regina admira la force brute dégagée par son amie. Ses yeux remontèrent le long du corps tonique et musclé, la silhouette ainsi sculptée par les vents du désert et dorée par les rayons du Père des dieux lui apparut plus belle que jamais. Surprise par l'élan de désir qui traversa subitement ses reins, Regina se mordit la lèvre.

- Alors, vous aimez ce que vous voyez Madame Mills ? la taquina Emma qui n'avait rien manqué du regard brûlant posé sur elle.

- Beaucoup, hoqueta Regina, la bouche sèche.

Elles retournèrent auprès des enfants, afin de savourer le succulent dessert en leur compagnie, avant de les envoyer au lit, afin d'avoir enfin la possibilité de parler des jours ayant précédé la venue de Regina.

Emma eut du mal à ne pas couper la parole à son amie. Le maire de Florence et Cora avaient réveillé des envies de meurtres en elle, mais elle se retint pour ne pas faire encore plus de mal à la fille Médicis qui avait pris le risque que son univers s'effondre pour elle.

- Je ne comprends pas, pourquoi ne voulais-tu plus venir, alors que visiblement Ruby avait trouvé une solution ?

- Je ne voulais pas que tu aies à subir le même calvaire que moi, avoua Regina penaud.

- Tu ne penses donc pas que c'est à moi de décider si oui ou non je veux prendre ce risque ? Dit Emma avec un ton plus agressif qu'initialement voulu.

- Et toi ?

- Quoi moi ?

- N'as-tu pas décidé à ma place lorsque tu as refusé toute discussion, t'enfuyant comme une voleuse, alors que tu m'avais promis de ne pas le faire, s'emporta à son tour Regina.

- Je ne voulais pas que tu te sentes obligée, que tu sois blessée, et ton histoire montre bien que j'avais raison, haussa le ton à son tour Emma.

- Quoi, mais j'hallucine. Tu aurais dû nous laisser une chance de nous expliquer. Je suis assez grande pour décider de ce que je veux pour ma vie Emma.

- La preuve que non, tu défies ta mère et manques de te faire tuer par la même occasion. J'avais raison de partir, c'était pour te protéger.

- Oui, ça je le sais maintenant, mais tu avais tort Emma, tout comme moi d'ailleurs.

- Puis-je au moins savoir ce qui t'a fait changer d'avis ?

- Tes parents, lui sourit Regina.

- C'est pas vrai, dis-moi par pitié que tu n'as pas fait ça ? Paniqua subitement la blonde, s'agitant dans toute la pièce comme un lion en cage.

- Calme-toi d'accord.

- Que je me calme ?

- On a leur bénédiction.

- Qu'est-ce que tu as dit? Redemanda Emma de peur d'avoir mal compris la première fois.

- Ils sont d'accord, disons sous réserve que je te rende heureuse, sinon ton père en vaillant chevalier qu'il est a promis de m'étriper.

- Oh mon Dieu, s'exclama Emma en songeant à l'incroyable révélation qui n'était autre que la cerise sur le gâteau de toutes les autres qu'elle avait eues cette dernière semaine.

Elle aurait largement le temps d'en parler avec Regina à un autre moment, mais là elle n'avait plus qu'une seule envie. Aussi attira-t-elle Regina dans un nouvel échange de baisers : doux, langoureux et passionnés. Et c'est bien trop vite qu'elles eurent à se séparer, regagnant chacune leur chambre pour la nuit.


1) Célèbre archéologue qui a découvert la cache inviolée du pharaon Toutankhamon.

2) Pâtisserie à base de pâte feuilletée (33 feuilles pour rappeler les années de vie du Christ), de beurre, sucre, amandes et fruits, aromatisée à la fleur d'oranger ou à l'eau de roses.


TBC: L'univers d'Emma et un week-end à Alexandrie