12 —

Royaume-Uni, Londres,

12 Janvier

Jour 74

— Mademoiselle, asseyez-vous je vous prie.

L'homme lui fit signe de s'installer dans le fauteuil face à son grand bureau et ses montagnes de dossiers. Elle croisa ses jambes, inconfortable dans ses nouveaux collants en laine. Il faisait affreusement froid, et malgré son désir de réduire ses dépenses au maximum, elle avait quand même cédé aux sirènes de ses besoins vestimentaires. Vêtue d'une robe pull H&M en laine rose et de bottes fourrées, Anna se concentra sur son patron, pressée d'en finir avec lui.

— Si je vous ai fait venir à mon bureau, c'est pour vous annoncer votre nomination comme éditrice et journaliste officiellement préposée aux nouvelles internationales. Vous devez savoir que de récentes lois viennent encore de passer, notamment sur le droit des Bêtas à recourir à la justice lorsque les Alphas font l'objet de trop de traitements de faveur...

— Excusez-moi, mais cette loi concerne également les B Alphas ainsi que les B Omégas si je puis me permettre, intervint-elle.

— Oui, bien entendu. Vous serez chargée de couvrir les dispositifs d'application: projets concrets, exemples dans la société, opinion publique sur le sujet également, etc... Je comprends que la Loi Internationale vous occupe encore énormément, mais elle semble être bien installée dans les esprits. Ces nouvelles lois constituent donc de réels challenges pour les gouvernements du protocole de Londres ainsi que la société. Votre mission sera de publier un article à ce sujet toutes les semaines. Entendu? fit Nicolas Van Person en rajustant ses lunettes.

— Quand dois-je commencer?

— Vous disposez de deux jours pour réfléchir à la proposition. Dans le cas contraire, je serais dans l'obligation de nominer une autre personne. Sinon, vous êtes assignée sur une enquête. Vous travaillerez dessus avec votre binôme Kitty Reilly.

— De quoi s'agit-il?

— Le maire de Londres est un B Alpha reconnu mais comme vous devez déjà le savoir, il est sujet à une enquête sur ses agissements en faveur des gens de sa même dynamique et des Omégas.

— Ce ne sont que des rumeurs. Je ne vois pas en quoi faire toute une affaire.

— Cela n'est pas de l'avis des haut dignitaires du gouvernement.

— Vous vouliez que je fasse une enquête factice dans le but de décrédibiliser ouvertement l'un des hommes les plus bons et populaires du pays, voire de tout l'Occident dans le but de plaire à certains politiciens non Alphas?

— Vous vous méprenez. Ce n'est qu'une enquête...

— ... Si le MET ne fait pas d'enquêtes là-dessus, à quoi bon m'investir? Je ne suis qu'une journaliste, intervient froidement Anna. Elle sentait venir une trahison interne.

— Votre carrière ne tient qu'à un fil depuis votre dernier exploit en date. Et Kitty m'a informé de source interne que le maire est proche d'un certain Mycroft Holmes disparu depuis quelques temps. Si je ne m'abuse, cet homme, un politicien conseiller, n'est autre que le frère de Sherlock Holmes. Et vous devez savoir que le fameux détective A Alpha fait actuellement l'objet d'une enquête minutieuse du MET.

— De la politique donc. Qu'importe les relations entre Mycroft Holmes et le maire. Mais bâtir de toute pièce une accusation et créer des preuves inexistantes pour le chasser? J'imagine que vos amis du gouvernement attendent beaucoup de vous là-dessus.

— En ces temps d'élections, la présence d'un B Alpha à la tête de la capitale et ville mère du protocole de Londres est très... déstabilisant.

— Pourquoi ne le remplacent-ils pas sans scandale donc? Il y a bien des moyens: bonus de départ, échange de procédés, copinage pour un poste plus haut dans la politique et plus effacé... Les possibilités sont nombreuses. Ce que vous me demandez est loin d'être éthique. Je suis une journaliste, j'ai prêté serment de toujours dire la vérité, dans la mesure de mes possibilités.

— Et clamer haut et fort vos opinions.

— Sauf que c'était intentionnel. Je n'ai fait de mal à aucune personne en particulier. Ici, vous me demandez de détruire la carrière et l'image d'un homme bon qui fait bien son travail. Les répercussions sur sa vie personnelle ne sont pas à négliger non plus. Désolée, j'accepte la mission première de couvrir les nouvelles lois, mais pour cette enquête, ne comptez pas sur moi.

Anna se leva et sortit rapidement du bureau. Elle était en rage. On lui demandait exactement de faire ce qu'elle dédaignait le plus chez les journalistes: casser une personne par du faux. Et Kitty dans tout cela? Son binôme n'était pas une bonne personne, c'était dorénavant sûre. Elle avait toujours eu des doutes à ce sujet, et ce, depuis leur premier jour ensemble. Elle n'avait pas envie d'entrer dans les méandres de la politique. Et si elle devait perdre son job pour cela, et bien... Tant pis!

— Kitty, je pense qu'on devrait parler, jeta Anna au visage de sa collègue surprise par une arrivée soudaine.

— Heu... oui?

Anna l'entraîna dans un couloir désaffecté.

— Je ne pense pas qu'on devrait continuer à travailler ensemble. Nous ne sommes visiblement pas sur la même longueur d'onde, dit-elle calmement, toujours calme.

Elles entendirent la voix de Nicolas appelant Kitty à son bureau.

C'était fichu, Kitty allait avoir l'affaire.

Que faire désormais? Elle devait alerter le maire en personne. Il est le symbole d'une cohabitation possible entre Alphas, Omégas et Bêtas. S'ils veulent sa peau, c'est que Londres ne souhaite plus être égalitaire. On tombe de plus en plus dans une paranoïa anti-Alphas et Omégas. Ce ne sont plus les dynamiques extrêmes qui sont en cause, dorénavant, tous les non-Bêtas sont sujets aux changements.

Anna soupira et couru prendre ses affaires.

*xXx*

Royaume-Uni, Londres,

14 Janvier

Jour 76

Encore heureux, elle avait toujours son boulot et écrivait. Cependant, Kitty n'était plus sa binôme et pseudo assistante, mais avait retrouvé son poste en tant que journaliste. Anna n'était pas rancunière et les histoires de postes, politique interne... ce n'était visiblement pas pour elle. Elle aimait son travail: continuer à écrire pour informer. Rien de plus.

Ramassant ses affaires, elle quitta d'un pas calme le bureau pour rentrer chez elle. Elle ne voulait pas toiser les regards gênés de ses collègues. Encore nouvelle, elle devait continuer à faire ses preuves et avec la nomination de Kitty, son statut venait de prendre un sérieux coup dur. Désirant écrire au calme, cela ne lui servait à rien de rester à écouter les chuchotements vers elle.

Elle sortit du bâtiment et ajusta le col de son manteau en laine, toujours H&M. Une voiture noire s'arrêta à son niveau.

Fronçant des sourcils, Anna alla voir ce qui se passait, puisque cette voiture la suivait depuis un certain temps. Une vitre descendit, une porte s'ouvrit.

Anna regarda autour d'elle, et avança d'un pas assuré vers le véhicule luxueux. Un homme était assis. C'était un B Alpha, sans aucun doute, et très haut placé au vu de son costume sur mesure et son assurance. Anna savait reconnaître les gens importants, déformation professionnelle en soi.

— Bonsoir, la place est libre, dit d'une voix grave l'homme inconnu.

— Bonsoir. Pourriez-vous me dire ce que vous désirez de ma part? Je ne pense pas que ce soit pour un rendez-vous galant, n'est-ce pas? répondit-elle avec sang froid, le visage impassible.

L'homme éclata de rire devant son interprétation.

— Anna Ulanov, j'espérais seulement m'entretenir avec la jeune et fameuse auteur de ce manifeste très révélateur et passionné sur l'égalité des dynamiques. Cependant, vous me semblez bien froide.

— Mes coordonnées sont disponibles sur le site officiel du journal. Pourquoi toute cette mise en scène?

— Hahaha! Vous me surprenez de plus en plus. Je me présente, Arthur Winston, conseiller du premier ministre. Auriez-vous l'amabilité de m'accompagner à un rendez-vous?

Anna fronça de nouveau les sourcils, mais accepta de rentrer dans la voiture. C'était dans sa nature, elle aimait le danger.

*xXx*

Etats-Unis, New York,

14 Janvier

Jour 76

6h matin,

Tout le dispositif SSA et la sécurité privée de Bai Long s'étaient mis à disposition afin de retrouver au plus vite la trace de Kalyn Keller, plus connue sous le nom d'Anthea.

John Watson s'arma d'un Glock, le dernier modèle en date et très maniable. Il ajouta quelques munitions dans une poche et toisa le regard de Sherlock. Son Alpha hésitait avec un Walther P99. Il choisit finalement ce dernier, car bien plus précis. Les deux se regardèrent avant de sortir en courant de la camionnette affectée à leur usage.

Il rejoignirent rapidement leur position, à l'extrême gauche d'un hangar sous-terrain, sans doute bâti par le Circus lui-même.

C'était Mycroft Holmes qui avait eu la nouvelle quelques heures auparavant, par message codé de ses propres agents SSA. L'A Oméga avait repris son traitement, mais avec une efficacité toute autre. Ne marche que sur du court terme, très pratique mais seulement en mission, avait-il précisé.

John avait finalement décidé de reprendre ses cachets anti-chaleur. Ayant un cycle de six mois, et obligation de faire un arrêt tous les dix-huit mois environs — le dernier arrêt s'étant soldé par sa liaison avec Sherlock —, il avait le loisir de se prendre en main en cours de cycle, au grand damne de Sherlock. En effet, il ne pouvait pas se permettre d'entrer en chaleur durant une période aussi chaotique. Sherlock attendra, l'homme avait déjà attendu pas mal de temps de toute manière.

Ethan et Lestrade étaient positionnés à leur opposé, prêts à entrer et venir en secours s'il y avait des blessés. Quant à Mycroft, il s'était précipité à l'intérieur avec son parapluie. Néanmoins, John avait eu le temps de distinguer une arme sous son costume.

Ils étaient installés. Il leur fallait désormais attendre.

*xXx*

Etats-Unis, New York,

14 Janvier

Jour 76

8h matin,

Toujours pas une âme qui vive. Il faisait froid, John se cala davantage contre Sherlock qui le prit dans ses bras.

— Hey, ça va? demanda l'Alpha lui frottant les bras.

— Ou... Oui, ça va aller. Et toi? chuchota l'Oméga levant les yeux vers sa moitié.

Sherlock l'embrassa tendrement et lui murmura que oui, tout allait pour le mieux.

John, réchauffé par le baiser, se remit en position et reprit ses instincts de soldat.

*xXx*

Etats-Unis, New York,

14 Janvier

Jour 76

9h matin,

— Mais on sang! Que font-ils? s'écria exaspéré Sherlock. Cela faisait trois heures qu'ils attendaient.

John jeta un coup d'oeil vers Ethan et Greg, toujours en position. Ethan le salua des mains et les deux rirent un bon coup.

BAMMM!

Ils se levèrent d'un coup, les quatre, pour voir se qui se passait. Et ils virent sortir Mycroft poursuivi par deux hommes armés, très... musclés.

— Sherlock! Il faut qu'on aille le couvrir! Ethan, Greg! cria John en se levant rapidement. Il dégaina son arme et couru vers Mycroft, prêt à tirer.

Sherlock et ses deux amis le suivirent rapidement, et les quatre se dirigèrent vers la course poursuite.

— Mycroft! cria Ethan, pointant le canon de son semi-automatique. Un des hommes se retourna vers lui, et Greg fit volte-face pour lui tirer dessus, profitant de la diversion.

Raté.

John tira à son tour et réussit à le déstabiliser, touché à la cuisse. Il s'écroula avant que John et Ethan ne se précipitèrent sur lui.

Les deux militaires se jetèrent sur l'homme et réussirent à l'immobiliser.

— John, à terre! cria Lestrade courant vers eux.

Une flopée de tirs jaillit dans leur champ de vision.

— Sherlock! cria à son tour John, plaqué au sol, caché derrière une voiture abandonnée.

Ethan veillait à ce que leur victime soit toujours dans les vapes. Il prit son arme et le cala dans sa veste.

— Sans ça, il ne sera plus une menace, ajouta l'américain, un rictus malicieux aux lèvres.

— Oui, oui, bien, mais on se fait tirer dessus, commenta Sherlock qui s'était joint à eux. Il attrapa le visage et John et inspecta ses yeux.

— Ca va aller Sherlock! Mais où sont ton frère et Greg? GREG! hurla John inquiet.

En effet, pas de signe de l'inspecteur ni de l'aîné Holmes.

— Je vais voir, restez ici, dit calmement l'américain se levant doucement. Il jeta un coup d'oeil par-dessus la voiture avant de s'accroupir à la hâte, surpris par une nouvelle flopée de tirs.

— Alors? haleta Sherlock.

Tout d'un coup, le calme revint. Ils n'entendirent plus que leurs respirations respectives.

D'un geste de la main, John les somma de le suivre. Ils s'autorisèrent un premier coup d'oeil par dessus le capot du véhicule criblé de balles.

— La voie est libre.

Ils sortirent de la planque. Ils arrivèrent sur un champ de bataille.

— Greg! cria John bientôt rejoint par Ethan et Sherlock.

— Ici! ATTENTION! répondit la voix rassurante de Greg.

Une nouvelle flopée de tirs rejaillit.

— A TERRE! gueula Ethan, plaquant Sherlock et John au sol. Ils rampèrent vers une autre voiture, et se risquèrent à observer la scène.

— Bon sang, mais où est Mycroft? demanda inquiet John.

Et là, ils virent arriver l'homme, une mitrailleuse aux bras, costume trois pièces toujours impeccable.

Mycroft tira quelques coups avec assurance vers des cibles introuvables. Et tout se fit silencieux.

— C'est bon, fit-il en surveillant la scène des yeux, alerte.

Les quatre hommes sortirent de leurs planques respectives et coururent vers l'aîné Holmes qui s'époussetait la veste.

— Un sur le toit, un autre derrière votre première planque. Bonne initiative d'être sortis et d'avoir changé de position, ils vous épiaient. Greg, merci pour mon poursuivant, ainsi que vous. Ils étaient deux à ma suite et trois planqués.

— Et Merry?

— Entrée sans problème dans le bâtiment. La diversion a marché, faisant cinq victimes, dont deux encore vivantes. Vous êtes trop gentils, faites attention, ajouta l'A Oméga en inspectant l'arme. Il enleva les munitions et les fourra dans sa poches. En deux trois mouvements, il réduisit l'arme en pièces détachées.

— C'est un modèle issu de l'armée, d'où facile à démonter. Il jeta les pièces au hasard. Sortant un révolver, il tira deux coups dans le canon de la mitrailleuse. Elle est fichue pour de bon, ajouta-t-il en remettant son arme dans une poche.

*xXx*

Etats-Unis, New York,

14 Janvier

Jour 76

10h matin,

Merry longea un couloir, à des mètres sous terre.

Qui aurait pu croire qu'il y avait un QG de cette envergure sous New York?

Elle s'arrêta contre une porte et attendit que des gardes sortirent avant de s'y engouffrer.

Si les plans sont bons, je devrais encore continuer quelques mètres.

Elle inspecta le plan une dernière fois avant de le refourguer dans la poche arrière de son jean. Inspirant un grand coup, elle continua à marcher.

J'espère que papy n'a pas fait des siennes avec cette mission, pria l'Alpha-Oméga.

Mycroft et Sherlock avaient immédiatement établi un plan de sauvetage lorsque les indices étaient suffisamment crédibles pour localiser le lieux. D'après quelques taupes bien placées, Kalyn était enfermée dans les geôles de la base, c'est-à-dire à dix mètres sous terre. Un exploit architectural en soi. John et Ethan leur avait expliqué le fonctionnement des bases militaires et Ethan, en bon retraité des Marines, leur avait expliqué les caractéristiques américaines.

C'était ainsi que Mycroft et Merry entrèrent dans la base déguisés en haut fonctionnaires du Circus, connaissant Moriarty et Arthur Winston. Ensuite, Mycroft s'était fâché et avait délibérément provoqué les gardes, attirant l'attention sur lui. Daiyu, se faisant discrète, s'engouffra dans une conduite d'air et rampa jusqu'à arriver dans la salle de repos. Elle avait assommé un garde endormit et revêtu son uniforme par-dessus ses vêtements. L'uniforme était presque civil: jean brut et pull militaire. Cheveux attachés, elle sortit incognito de la salle, les clés et les papiers de sa victime en poche.

Daiyu envoya un message informant sa position de son portable à usage SSA, création des laboratoires sous la direction personnelle de Myc. Ce dernier était féru de nouvelles technologies. Un téléphone mobile récepteur d'ondes émises par un satellite privé — famille Li et sa fortune aidant, sponsorisé par la Reine d'Angleterre et portant les armoiries du Vatican —.

Elle atteignit une autre porte sécurisée et l'ouvrit à l'aide du badge électronique.

*xXx*

Etats-Unis, New York,

14 Janvier

Jour 76

10h30 matin,

— Dernière position de Daiyu. Elle a trouvé la planque. A nous d'agir maintenant, commenta Greg les yeux rivés sur l'écran d'ordinateur dans leur camionnette de laveurs de carreaux.

John et Ethan localisèrent la position rapidement sur un plan papier.

— Voici sa position. La connaissant, elle devrait sortir par là, dit Mycroft en pointant la position de l'index.

— Mais une autre possibilité reste ici, la porte principale, comme toi, cher frère, ajouta Sherlock.

Mycroft approuva et ils se divisèrent rapidement. Cette fois-ci, Ethan ferait équipe avec Mycroft et Greg tandis que Sherlock et John s'occuperaient de la partie centrale. Ils savaient bien qu'il était impossible de séparer les colocataires liés.

*xXx*

Etats-Unis, New York,

14 Janvier

Jour 76

10h45 matin,

Daiyu descendit encore quelques marches de l'escalier de secours. Elle ouvrit une autre porte magnétique et entra dans une salle éclairée. Quelques portes ornaient les murs, chacune portant un numéro.

— Ni zai ma? chuchota-t-elle en mandarin.

— Zhe li! répondit une voix familière.

Numéro 209 donc. Daiyu alla ouvrir la porte, mais elle était scellée. Elle sortit un couteau suisse de sa poche et força la serrure habilement, appris aux côtés de Myc.

Elle découvrit sans surprise Kalyn, agenouillée à terre, mains liées, yeux bandés.

— Comment vas-tu? demanda-t-elle en coupant les liens de son amie.

— Pas le temps, on y va? murmura cette dernière se relevant et découvrant ses yeux.

Les deux femmes sortirent rapidement de la pièces et prirent l'escalier.

— On va prendre une route alternative, suggéra Merry. Elle ne voulait pas se risquer à revenir sur ses pas, trop dangereux. Elles passeraient par la sortie de secours. Reprenant son mobile, elle envoya un autre message codé à Myc.

*xXx*

Etats-Unis, New York,

14 Janvier

Jour 76

11h matin,

— C'est bon, elles sortent à ce moment même. Elles ont été rapides, soupira de soulagement Greg toujours fixé sur l'écran de son portable. Il ne savait pas que le sien, donné par Kalyn en personne, possédait les mêmes fonctions que celui de Mycroft et les autres.

A ce moment précis, ils virent sortir à l'air libre Daiyu accompagnée de Kalyn amaigrie et très fatiguée. Néanmoins, elle était saine et sauve.

A ce moment également, des tirs surgirent. Mycroft dégaina immédiatement, imité par Ethan, John et Greg. Ils tirèrent à bout portant et se précipitèrent vers les deux femmes, coincées par les tirs. Daiyu n'était pas armée, et Kalyn... c'était évident.

Un garde surgit et avant que les cinq hommes n'eurent le temps de faire quelque chose, il assomma les deux femmes, aidé par deux tirs dans les cuisses de Kalyn, en position d'attaque.

— NON! cria John se précipitant vers la blessée.

— Restez ici! ordonna sèchement Mycroft. Il riposta en tirant sur le garde, le tuant sur le champ.

Mais trop tard, d'autres gardes avaient déjà intercepté les deux femmes.

— MERDE! gueula Greg.

Mycroft rabaissa son arme et couru vers la camionnette.

— Ne restons pas ici! cria-t-il en démarrant.

Les quatre autres hommes le suivirent, se jetant dans la fourgonnette.

— Que fait-on? demanda inquiet Ethan.

— On se tire d'ici et on pense à un autre plan. Elle ne resteront pas à New-York, ou du moins, pas toujours. Il nous faut absolument retrouver les autres QG du Circus, ceux assez sécurisés pour accueillir des VIP comme nos deux captives. Pas le choix, débita Mycroft en se dirigeant vers le sud de Manhattan.

— Mais elles sont en danger! désapprouva John, perplexe.

— Non, elles sont trop précieuses vivantes. Ils ne les tueront pas. Une haut gradée de trois services secrets et l'héritière de la famille Li... Pas de doutes là-dessus. A mon avis, ils vont prendre contact rapidement avec Bai Long.

— Nous devons aller à Hong Kong? osa intervenir Greg.

— Non, mais j'ai mon idée là-dessus.

La discussion était close. Ils avaient échoué.

Mycroft tourna une nouvelle fois vers une ruelle de l'Upper East Side. Il sortit en trombe du camion, suivit des autres, et s'engouffra dans une magnifique BMW X6. Les autres prirent place dans le 4x4, non sans se serrer sur la banquette arrière.

— Nous allons chez moi, à New York. C'est inconnu et calme, reprit Mycroft en prenant une autre ruelle.

Définitivement, ils avaient leurs quartiers new-yorkais à SoHo, surprenant de la part de l'aîné Holmes.

— C'était l'appartement préféré de Will. Il aimait ce recoin plutôt... éclectique, en tout bon philosophe qu'il était, commenta Mycroft les menant dans l'ascenseur.

Ils arrivèrent dans les derniers étages de l'immeuble en brique avec seulement une seule porte. C'était donc un appartement particulier dans un immeuble, en plein centre de New-York, à deux pas de Broadway.

Mycroft entra grâce à une carte magnétique et son empreinte.

— Je mettrais les vôtres dès que nous seront rentrés. Comme ça, vous l'aurez à disposition, dit-il en accrochant son manteau dans l'entrée.

Un magnifique loft s'étendant sur deux étages et une terrasse privée s'offrirent à leurs yeux.

— Je l'ai acheté avec Will. Désormais, j'en suis l'unique propriétaire, ayant remboursé le prêt moi-même. C'était son choix. J'aurais préféré habiter vers Central Park, mais il aimait cette partie de la ville.

L'homme s'écroula dans un fauteuil en cuir noir et commença à défiler les messages de son portables. Il était perturbé.

Normal, puisque nous avons deux captives au lieu d'une, une catastrophe en soi, pensa John en s'asseyant à son tour, bientôt imité par les autres.

Que faire maintenant?